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samedi 19 septembre 2026

1492-DEROY, "PORTS DE MER D'EUROPE - VUE DE NICE PRISE DU CHEMIN DE MONT-ALBAN" - ENQUÊTE SUR UNE LITHOGRAPHIE DU XIXe s.-2


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 


- DEROY Isidore Laurent (1797-1886), dessinateur et lithographe, 
Vue de Nice [est-ouest] - prise du chemin de Mont-Alban /
 Vista de Niza - tomada del camino de Monte-Albano, éditée début 1868,
feuillet aux larges marges avec une image de 49,8x33 cm,
chromolithographie, épreuve coloriée et vernissée en partie
(éditée par Louis Turgis Jeune, imprimeur-lithographe à Paris),
Paris, Bibliothèque nationale de France, Collection De Vinck (Gallica, ici).






LES SÉRIES DE "PORTS DE MER"


Catalogue du fonds L. Turgis et fils, 1893 (Paris, BnF, Gallica, ici).

Ca Catalogue amène de nombreux éléments nouveaux. Il est cependant tardif (1893) et ne précise malheureusement jamais les noms des dessinateurs et des lithographes.

Les vues connues de Ports De Mer D'Europe y apparaissent listées dans la collection n° 78, "Ports de mer" (p. 52), qui présente un total potentiel de 71 vues mais dont les titres des n° 24, 27, 30, 31, 32 et 33 ont été retirés.

La collection englobe les différentes séries de vues des Ports De Mer D'Europe (57 vues), Ports De Mer D'Amérique [Amérique du Sud (4 vues) et Amérique du Nord (3 vues)], Ports De Mer D'Afrique (5 vues) et Ports De Mer D'Asie (2 vues), sur format papier de 55x72 cm, avec un sujet de 32x45 cm.

Les vues d'Europe sont citées sous le même numéro relevé sur les planches consultées, comme Malaga sous le n° 5, Santander sous le n° 12 ou Nice sous le n° 61. 

La vue n° 1 est celle de Constantinople et la vue n° 71 est une deuxième vue de Lisbonne. Les vues des pays hors d'Europe s'intercalent seulement dans la liste à partir de la vue n° 42 et l'ensemble de la numérotation semble reflèter un ordre chronologique.

En croisant les données du Catalogue et celles parues dans la Bibliographie de la France, on obtient le tableau suivant (années concernées : numéros des lithographies éditées), avec une datation à un an près cependant, certaines lithographies étant éditées en début ou fin d'année, et deux mois pouvant s'écouler avant l'annonce de leur parution :

- 1847 ou 1848 : 1, 2 - 1848 : 3, 4 - 1849 : 5 - 1849 ou 1850 : 6, 7, 8, 9, 10 - 1851 : 11, 12, 13, 14, 15 - 1852 : 16, 17, 18, 19 - 1852 ou 1853 : 20, 21, 22 - 1853 : 23, 24, 25, 26 - 1853 ou 1854 : 27 - 1854 : 28 - Entre 1854 et 1859 : 29 à 38 - 1859 : 39, 40, 41, 42, 43, 44 - 1859, 1860 ou 1861 : 45 - 1861 : 46 - 1861, 1862, 1863 ou 1863 : 47, 48, 49 - 1863 : 50, 51, 52, 53, 54 - 1863 ou 1864 : 55 - 1864 : 56, 57 - 1864, 1865 ou 1866 : 58 - 1866 : 59 - 1866, 1867 ou 1868 : 60 - 1868 : 61 - 1869 : non - 1870 : 62, 63, 64, 65 - Entre 1870 et 1875 : 66 - 1875 : 67, 68, 69 - 1876 : 70, 71 -

Les choses ne sont cependant pas aussi simples : 

- comme déjà précisé certains numéros ont été retirés du Catalogue de 1893 et les vues éditées entre 1877 et 1879 n'y sont pas citées

- des titres connus (lithographies conservées ou citées dans la Bibliographie de la France), comme Ajaccio, Calais, Ostende ou Anvers restent absents de la liste (sans obligatoirement correspondre aux numéros retirés) 

- et d'autres titres, comme Porto, Catane, Dieppe, Cadix ou Port-Mahon semblent décalés dans le temps (nouvelle vue du même lieu ou vue renumérotée lors d'un nouveau tirage ?).

Cependant, il est possible que quelques vues connues de la série des Ports de Mer D'Europe soient par ailleurs listées dans :

- la collection n° 79 du Catalogue de 1893, "Vues, Ports de mer et marine" (p. 53) qui présente un total de 15 vues, sur format papier de 63x90 cm, avec un sujet de 44x65 cm

- ou même dans la collection n° 80 (p. 53), "Grandes vues à vol d'oiseau", qui présente un total de 35 vues sur format papier papier de 63x90 cm, avec un sujet de 38x58 cm.

Le croisement des renseignements fournis par la Bibliographie de la France et le Catalogue Turgis de 1893 permet également de désigner une trentaine de lithographies de la série Ports de Mer D'Europe, auxquelles Deroy a participé. 

Il aurait dessiné et lithographié : 

- les vues de : Porto en 1861 - Granville (n° 56) en 1864 - Nice (n° 61) en 1868 - Messine, Palerme et Catane en 1869 (nouvelles vues ou retirage en 1869 des numéros respectifs 20, 21 et 22 des années 1852-53 ?) - Bilbao (nouvelle vue ou retirage en 1870 du n° 8 des années 1849-50 ?), Le Cap (n° 62), La Havane (n° 63), San Francisco (n° 64) et le Canal de Suez (n° 65) en 1870 - Marseille (nouvelle vue en 1875 ou retirage, après ajout du Palais Longchamp, du n° 13 de 1851 ?) - Porto Rico (n° 67) en 1875 -

- mais également celles de : Lisbonne (Coll. 78 n° 48) vers 1861-63 ou (Coll. 78 n° 71) en 1876 (?) - Naples (Coll. 78 n° 3) en 1848 (ou Coll. 79 n° 2 ?) - Boulogne-sur-Mer (2 vues) dont l'une (Coll. 78, n° 29) entre 1854 et 1859 -

Il aurait lithographié le dessin d'un confrère : 

- pour les vues de : Santander (Coll. 78 n° 12), Gênes (Coll. n° 14), Londres (Coll. 78 n° 15) et Ajaccio (n° ?) en 1851 - Ancône (Coll. 78 n° 28), en 1852 - Lisbonne (Coll. 78 n° 48) vers 1861-63  ou (Coll. 78 n° 71) en 1876 (?) - Pondichéry (Coll. 78 n° 54) en 1863 - Tunis (Coll. 78 n° 57), Le Havre (Coll. 80 n° 15 ?) en 1864 - Barcelone en 1866 -

- mais également pour celles de : Cherbourg (Coll. 79 n° 12 ?) - Dieppe (Coll. 78 n° 9 ?) - Saint-Malo (Coll. 78 n° 58 ou Coll. 79 n° 8 ?) - La Rochelle (Coll. 78 n° 39 ?) - Trieste (Coll. 78 n° 51) -



LES VUES DE NICE DE DEROY


Nous savons désormais que la Vue de Nice réalisée par Isidore Laurent Deroy (1797-1886) a été éditée début 1868 (Bibliographie de la France du 1er février 1868) mais nous ignorons toujours à quelle(s) date(s) elle a été dessinée.

Isidore Deroy a créé, tout au long de sa vie, des centaines et centaines de dessins et de lithographies. Il a été actif de la fin des années 1810 à la fin des années 1870.

Il a collaboré à de nombreux albums, séries, collections et ouvrages ayant pour thèmes des pays, villes, guides ou expositions, et produit des vues des mêmes lieux à plusieurs reprises, que ce soit pour un même éditeur ou pour des éditeurs différents.

Il est donc primordial de s'intéresser aux années où il a réalisé des vues de Nice, au-delà même de la série Ports de Mer D'Europe, tous éditeurs confondus, que ce soit avec des lithographies réalisées d'après ses propres dessins ou d'après les dessins de ses confrères.

Deux des documents déjà cités, listent ses productions de la région niçoise [j'ajoute entre crochets les références retrouvées de la Bibliographie de France].


L'Inventaire du fonds français après 1800 de la Bibliothèque nationale (vol. VI, 1953 pp. 277-314 ; vol. ?, 1867-68, p 872) répertorie :

- les planches n°10 et 11 d'une suite sur la Côte d'Azur (représentant Beaulieu et Monaco) d'après F. Cocx (sic), en 1854 [chez Lemercier à Paris et Visconti à Nice - Biblio. Fr. du 7 octobre 1854, p. 713] ;

- douze chromos sur Nice, chez [Lemercier à Paris et chez] Visconti à Nice, de 1856 à 1858 : Vue du jardin public et du quai Masséna [Biblio. Fr. du 22 mars 1856, p. 320] ; Colline de Carabacel [Biblio. Fr. du 18 septembre 1858, p. 512] ; Costumes des bergers et des bergères de la Briga, d'apr. A. Nègre et Costumes des paysannes de Nice, d'apr. le même [Biblio. Fr. du 9 février 1856, p. 154] ; Vue prise du col de Villefranche [1857 ?] ; Menton [Biblio. Fr. du 14 février 1857, p. 80] ; 

- deux Costumes de Nice, d'apr. A. Nègre, impr. Lemercier, 1856.  Jardin public et quai Masséna à Nice, ibid., 1856 [Biblio. Fr. 1856, p. 154 ?] ;

- Vue de Nice - prise du chemin de Mont-Alban / Vista de Niza - tomada del camino de Monte-Albano, n° 61 de la série Ports De Mer D'Europe [chez Turgis] [Biblio. Fr. du 1er février 1868, p. 54] ;

- dans la série, Les Ports de mer de France, deux pl. de douze vues chacune, chez Sinnett, en 1875, dont Nice, Toulon, Marseille et Cette, dans la planche n° 2 [?].


Nice historique

Ce site, dans sa partie dédiée aux estampes (ici) reproduit :

- les vues évoquées ci-dessus de : Nice, Colline de Carabacel, Jardin public et quai Masséna à Nice, Costumes des bergers et des bergères de la Briga, de l'Album Nice et ses environs, 1855 [Biblio. Fr. du 9 février 1856 p. 154 et du 22 mars 1856, p. 320 ; du 18 septembre 1858 p. 512]

- mais également celle de, Nice, Vue du quai du Midi, vers 1850-1860 [Biblio. Fr. du 6 février 1858, p. 79].


Autres sources

On peut ajouter :

- Nice, Vue prise du côté du nord et Vue de Saint-Jean, 2 pl. par Deroy, Paris, imp. Paris, imp. lith. Lemercier, citées dans la Bibliographie de la France du 6 février 1858, p. 79.

- la Vue panoramique de Nice réalisée d'après les croquis de Deroy et publiée dans Le Monde Illustré du 14 avril 1860, à l'occasion du rattachement de Nice à la France. Cependant, le croquis montrant la Baie de Nice peut-être daté au plus tard de 1858 ;

- la lithographie citée dans le Catalogue du fonds L. Turgis et fils de 1893, au sein de la collection 79, "Vues, Ports de mer et marines", portant le n° 15 et intitulée, Nice, vue prise des hauteurs de Villefranche (date ?) ; cette vue, malheureusement non consultable, devait être en partie semblable à celle étudiée mais prise depuis le flanc sud du Mont-Boron ;

- une lithographie listée dans le Catalogue Turgis de 1893 mais dans la collection 77, "Vues des principales capitales du globe", portant le n° 45 et intitulée MonacoIl s'agit en fait de la planche dessinée et lithographiée par Deroy (le nom de l'éditeur L. Turgis n'est pas indiqué) intitulée, Monaco (Principauté) (dans la marge supérieure) et Vue Générale De Monaco - Prise de la Gare du Chemin de Fer / Vista General De Monaco - Tomada del Paradero del ferrocarril (dans la marge inférieure). 

Cette vue peut être datée vers 1870. Elle montre, en effet, à Monte-Carlo, en contrebas du Casino, la terrasse hémicirculaire du Tir aux Pigeons, érigée entre août 1869 et novembre 1871 mais pas encore renforcée d'arcades aveugles (1871).

- une autre vue de Monaco, cette fois lithographiée par Auguste Victor Deroy (1825-1906) (fils d'Isidore Laurent), intitulée Casino de Monaco, éditée par Lemercier et Cie, qui est citée dans la Bibliographie de la France du 5 juillet 1873, p. 345.


Bilan d'étape

Il ressort de cette étude qu'Isidore Deroy a essentiellement travaillé sur des vues de Nice et ses environs dans les années 1850 et que ces dernières ont été éditées entre 1854 et 1858. 

Ce n'est, bien sûr, qu'un indice mais il est temps de décrire et d'analyser plus en détail la Vue de Nice - prise du chemin de Mont-Alban, pour vérifier si tout ou partie du dessin pourrait dater de cette même période.



LA VUE DE NICE PRISE DU CHEMIN DE MONT-ALBAN


Description

Le point de vue du dessinateur est situé sur les hauteurs du versant ouest du Mont-Boron (aux environs de l'actuelle allée de la Palmeraie), sur le côté droit de l'image, le regard tourné vers le sud-ouest.

La composition s'ouvre, au premier plan, par le chemin de Mont-Alban qui passe entre deux bosquets d'arbres du Mont-Boron (sorte de rideau de scène qui recentre le regard) puis plonge au bas de la colline, pour rejoindre la voie qui mène au Port.

Sur le côté gauche du chemin, trois paysans, accompagnés d'une chèvre, attirent le regard, notamment du fait de leur position centrale et des habits rouges des deux femmes. Ils donnent vie et échelle au paysage pittoresque et évoquent la douceur de vivre de l'Arcadie mythique.

La vue aérienne est-ouest dévoile une ville essentiellement constituée d'architectures des XVIII° et XIXe siècles, avec tout d'abord le thème principal de la série, le Port (Lympia), puis la Colline du Château, l'étendue de la ville en bord de mer et enfin l'étagement des collines, du Cap d'Antibes jusqu'aux Monts de l'Estérel.

La vue panoramique se voit divisée par la diagonale, sur les trois-cinquièmes de sa hauteur, en deux bandes triangulaires aux couleurs complémentaires : l'une, de mer bleue et l'autre, de terre aux architectures ocres et à la végétation brun-vert. 

Ces deux zones sont dominées par une bande horizontale de ciel beige et lumineux ; là, le profil des nuages s'effiloche au-dessus de la silhouette des monts qui, progressivement, s'estompe avec l'éloignement.


Étude des premiers plans

Afin de dater le dessin, il est nécessaire de zoomer sur certaines de ses zones pour en étudier le détail. L'étude va suivre l'ordre des plans qui s'imposent au regard.

Seuls les tout premiers plans de l'image, le Mont-Boron, la route de Villefranche et toute la zone qui précéde le Port, semblent majoritairement dater des années 1860, alors que les plans plus éloignés du Port, de la Colline du Château et de la Baie de Nice semblent majoritairement dater des années 1850.

Moins d'un vingtaine de bâtiments (villas et bâtisses), accostés ou entourés de végétation, sont présents au bas de la colline.

La voie qui mène au Port est la "Nouvelle route n° 6 de Nice à Villefranche" (actuel boulevard Carnot). Elle est seulement visible entre deux grands virages, dans sa partie perpendiculaire au Port.

La zone décrite n'est pas représentée sur les Plans de la ville de Nice avant 1865, excepté sur un plan de 1855. 

La Nouvelle route de Villefranche, destinée à contourner le col de Villefranche de l'ancienne route située au nord du Port, n'est, en effet, entreprise qu'à partir du mois de juillet 1860. Malgré les difficultés rencontrées au travers de la colline, elle est intégralement ouverte dès le 16 mars 1862 (Le Messager de Nice 1860-1862).

Dès lors, la route est visitée par une foule conséquente de promeneurs et un projet de reboisement est entrepris sur le Mont-Boron.

"L'ouverture d'une si belle route ne pouvait manquer d'apporter la vie à ce quartier" (Émile Négrin, Les Promenades de Nice, nombreuses éditions dès 1862, Édition refondue et augmentée de 1869, pp. 163-164 et 183-188).

L'acquisition de plusieurs parcelles de terrain, en 1862 et en 1863, est suivie de la construction d'une villa, réalisée dans l'année suivante. 

"C'est M. Année qui le premier, en 1862, y a construit des villas et tracé de luxuriants parterres au-dessous des oliviers (...). 

Maintenant qu'on a jeté sur la nudité du mont Boron les feuilles de figuier bibliques ; maintenant que les eaux de la Compagnie y ont été distribuées; que même des sources vives (...) y ont été découvertes, la prospérité de ces terrains d'une exposition admirable est une chose acquise. 

On se dispute les lambeaux qui restent encore; et les mineurs, comme Pompée, frappent le sol du pic pour en faire surgir des maisons princières." (Émile Négrin, op. cit.).

Dès le milieu des années 1860, les villas se multiplient en effet tout le long de la nouvelle route, au point que l'on peut se demander si l'état des lieux de la portion visible sur la lithographie est bien celui qui existe en 1868 ou s'il est antérieur de quelques années.


- DEROY Isidore Laurent (1797-1886), dessinateur et lithographe, 
Vue de Nice [est-ouest] - prise du chemin de Mont-Alban, éditée par L. Turgis en 1868,
détail montrant la Nouvelle route de Villefranche, bordée de ses premières villas
Paris, Bibliothèque nationale de France, Collection De Vinck (Gallica, ici).




Les Villas Année dominent la route et la Villa de l'avocat Jardel, celle de Michel Gustavin et celle d'André s'alignent sur le côté sud de la voie (le côté nord offre des terrains surélevés)

Ces villas subsistent en partie de nos jours. Voir notamment les anciennes Villas Année  (Villa Alta, Villa Casa Vecchia et Villa des Isnards) et l'ancienne Villa Jardel (Villa Les Lotus) sur PSS Archi et PSS Maps (ici).



- Plan Indicateur de la ville de Nice, janvier 1865,
gravé chez Erhard et édité chez Jougla, à Nice,
Paris, BnF (Gallica, ici).
détail de la Nouvelle route de Villefranche bordée de villas.
Le plan a été pivoté sur la droite, afin de recréer un axe de vision est-ouest semblable à celui de la lithographie, le dessinateur étant placé sur les hauteurs, c'est-à-dire, tout en bas de l'image, à droite. Seules les Villas de la Veuve Astraudo et de Laurens s'avèrent absentes de la lithographie.




Quant à la grande Villa vénitienne, proche du bord de mer et précédée d'un jardin, il s'agit de la Villa Vigier dont la première pierre a été posée le 23 avril 1862. 


- DEROY Isidore Laurent (1797-1886), dessinateur et lithographe, 
Vue de Nice [est-ouest] - prise du chemin de Mont-Alban, éditée par L. Turgis en 1868,
détail montrant la Villa Vigier,
Paris, Bibliothèque nationale de France, Collection De Vinck (Gallica, ici).



Un tel aspect du quartier n'a donc pu être dessiné qu'entre 1863-64 au plus tôt (époque d'achèvement des premières villas) et 1868 au plus tard (date d'édition de la lithographie).

Une très rare photographie de Miguel Aleo, intitulée Quartier du Port (vu de la route de Villefranche) et datée de "1864" (Collection privée, vente Drouot 2023), permet de faire la comparaison.

Elle révèle la même zone, avec le même axe est-ouest, mais avec un point de vue moins élevé (le regard ne franchissant pas la Colline du Château) et un cadrage moins large (ne montrant pas la Villa Vigier en bord de mer).

L'état des lieux de la montée de la route de Villefranche est presque identique, tant en termes d'architectures qu'en termes de végétation. La lithographie est en effet très fidèle à la réalité. 

Elle ne trahit que des détails infimes des façades, comme le nombre ou le profil des baies. Elle traduit fidèlement, en revanche, l'emplacement et la taille des bâtiments et s'applique à reproduire jusqu'au grand arbre isolé, situé près du Port, au bout et à gauche de la route.


Étude des bâtiments de la Baie de Nice

La partie haute de la Vue de Nice révèle les architectures emblématiques de la Promenade des Anglais puis, après l'embouchure du Paillon, celles du quai du Midi et des Ponchettes (actuel quai des Etats-Unis), réparties de chaque côté du Théâtre-Opéra de Nice (reconstruit en 1826-27).

Certains des bâtiments apportent des repères chronologiques précieux. 


- DEROY Isidore Laurent (1797-1886), dessinateur et lithographe, 
Vue de Nice [est-ouest] - prise du chemin de Mont-Alban, éditée par L. Turgis en 1868,
détail montrant les architectures proches de la Baie de Nice
Paris, Bibliothèque nationale de France, Collection De Vinck (Gallica, ici).
1 - L'Hôtel Victoria
2 - Le Jardin des Plantes 
3 - La Manufacture des Tabacs 
4- Le clocher de l'église Saint-François-de-Paule (située à l'arrière du Théâtre-Opéra).




- L'Hôtel Victoria (1), préalablement situé sur la place du Jardin des Plantes, a déménagé sur la Promenade des Anglais dans ce bâtiment imposant et haut de gamme, érigé entre début 1854 et fin 1855, et fêté son ouverture officielle le 3 octobre 1855. 

- Le Jardin des Plantes (2), créé près de l'embouchure du Paillon à partir de novembre 1851, apparaît ici à un stade encore peu développé.

- La Manufacture des Tabacs (3) est étrangement dépourvue du nouveau hangar d'un seul niveau, érigé en bordure du quai du Midi, fin 1850-début 1851.

- Le clocher de l'église Saint-François-de-Paule (4), a été reconstruit, vers 1853 mais les travaux ont dû être interrompus, probablement par manque de fonds, et l'étage entamé s'est vu coiffé d'un pavillon provisoire. Les travaux n'ont été achevés que vers 1858-1859, l'extrémité du clocher doublant de hauteur et se voyant couronnée d'un dôme.

Il semble donc que le dessin date de 1855 au plus tôt (présence de l'Hôtel Victoria) et de 1858 au plus tard (clocher bas de l'église Saint-François-de-Paule), ce qui correspond parfaitement à la période où Deroy réalise ses autres vues de Nice (1854-1858).

Quelques photographies niçoise conservées, datant des années 1854-1857, permettent également de confirmer la configuration des lieux. Elles ont été prises depuis la pointe sud de la Colline du Château par Louis Crette mais également par Édouard Baldus et Henri de Rostaing.




ÉPILOGUE

La Vue de Nice de Deroy

Il faut se résoudre à penser qu'Isidore Laurent Deroy a réutilisé un ou plusieurs croquis  réalisés à Nice au milieu des années 1850, qu'il a réactualisés ou fusionnés avec de nouveaux croquis du milieu des années 1860.

Une partie de ces croquis a pu être réalisée sur place, s'être inspirée de dessins de confrères qu'il a lithographiés ou encore de photographies. 

Le fait que le hangar de la Manufacture des Tabacs ne soit pas représenté s'explique peut-être par ce collage de vues d'années différentes, notamment par l'utilisation de dessins de F. Cockx/Cockk, lithographiés par Daniaud dès 1847 (Bibliographie de la France du 27 mars 1847 p. 156) et justement par Deroy dès 1854.

Chaque image d'une ville, prise à un instant T, témoigne par définition de l'évolution des lieux sur plusieurs siècles et montre dans une même rue des bâtiments d'époques, de décennies et d'années différentes, sans cesse modifiés ou renouvelés.

Ce qui distingue cependant la lithographie de Nice étudiée, c'est le fait qu'elle ne reflète pas la ville à un instant T mais à plusieurs instants successifs, dessinés et combinés entre eux : la Promenade des Anglais reste ainsi figée dans les années 1850 alors que le Mont-Boron est déjà gagné par l'étalement urbain des années 1860.

Cette construction plastique et intellectuelle fournit une vision impossible, imaginaire ou faussée. L'image générale de Nice n'en reste pas moins crédible, avec son environnement et sa morphologie urbaine spécifiques, ses quartiers identifiables et ses bâtiments emblématiques.


La Vue de Nice de Wentzel

La Vue de Nice prise du chemin de Mont-Alban reste l'une des rares images à avoir choisi ce point de vue spécifique, alors que de très nombreuses représentations (tableaux, lithographies, photographies) ont adopté un point de vue situé plus au nord (à proximité du Col de Villefranche ou du Fort de Mont-Alban) ou plus au sud (à proximité du Château Smith dont une vue de Deroy lui-même).

Outre la photographie déjà évoquée de Miguel Aleo (1864), je n'ai connaissance que d'une seule autre représentation adoptant un point de vue identique. Il s'agit d'une lithographie en couleurs de 35x28 cm, légendée comme suit sous l'image :

- "Lith. F.C. Wentzel édit. à Wissembourg (Alsace). ----- Déposé -- Dépot chez F. Wentzel à Paris rue St. Jacques, 65. - 1093 - NICE ------ NIZZA" (voir notamment, Maps-Prints, ici ; Abebooks, ici1stdibs, ici).

Cette lithographie a donc été éditée par Frédéric Charles Wentzel (1839-1877) à Wissembourg (Alsace), qui affiche également un dépôt parisien. Or l'adresse de ce dépôt n'a été ouverte qu'en 1867 par son père, et Frédéric Charles Wentzel n'a pris la succession de ce dernier qu'en 1869.

La lithographie est donc postérieure à celle de Deroy. Elle est surtout très (trop) semblable à cette dernière, par son point de vue (qui dévoile les terrasses des Ponchettes) et son cadrage identiques mais aussi par la coexistence d'éléments figés dans les années 1850 à l'arrière-plan (comme le clocher bas de l'église Saint-François-de-Paule), et d'éléments datant des années 1860 au premier plan (villas récentes du Mont-Boron). 

Elle n'en diffère que par un traitement simplifié des architectures, le changement de quelques détails (personnages du premier plan, bateaux, perspective atmosphérique...) et une gamme colorée plus restreinte et froide.  

Un seul détail fait vraiment la différence avec la vue de Deroy : le prolongement du môle du phare, à l'entrée du Port Lympia.

 Ce prolongement effectué entre 1869 et 1872 semble en cours de réalisation et implique une date vers 1871 (ce prolongement reste de toutes façons dépourvu du mur-abri qui le bordera en 1875-76 et du nouveau phare qui sera érigé à son extrémité en 1879-80). 

Il semble ainsi probable que cette nouvelle lithographie affiche, parallèlement, des aspects de Nice qui datent du milieu des années 1850, du milieu des années 1860 et du début des années 1870.




dimanche 8 février 2026

1438-"NICE TELLE QU'ELLE ÉTAIT EN 1843" (SOUVENIRS D'UN ANGLAIS)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- Plan de la ville de Nice, paru dans L'Indicateur nicois de 1847,
Archives départementales des Alpes-Maritimes.



PRÉSENTATION


Voici la traduction du témoignage d'un Anglais, recueilli en 1903, évoquant la ville de Nice en 1843 (The Swiss and Nice Times du 5 avril 1903, Paris, BnF, Gallica). 

En réalité, si ces souvenirs concernent principalement la période d'avant l'Annexion, ils s'étalent bien au-delà, mêlent plusieurs décennies et restent sujets à caution. 

Cela n'en reste pas moins un document précieux qui rejoint les rares témoignages relatant l'histoire de Nice entre 1840 et 1900 :

- Édouard Corinaldi, "Souvenirs de Nice (1830-1850)", Annales de la Société des Lettres, Sciences & Arts des Alpes-Maritimes, 1901 ;

- Léon Sarty, Nice d'Antan. Notes et Souvenirs, Nice, Visconti, 1921.



NICE TELLE QU'ELLE ÉTAIT EN 1843.

Souvenirs d'un ancien résident. La colonie étrangère à cette époque - Anecdotes.


Nice a toujours été une station balnéaire très prisée, et tout ce qui touche à Nice d'autrefois ne manque pas d'intéresser les nombreux visiteurs et résidents qui connaissent Nice aujourd'hui. L'éditeur de ce journal a eu la chance de rencontrer un résident anglais de la bonne vieille époque, et ce monsieur nous a raconté certains de ses souvenirs de Nice il y a soixante ans.


"Lorsque j'ai découvert Nice pour la première fois", a-t-il déclaré, "c'était à la bonne vieille époque des diligences, le comté faisait alors partie du royaume de Sardaigne et la frontière française se trouvait au niveau du fleuve Var. Il n'y avait pas de quais sur le Paillon, pas de Jardin Public ni de Promenade des Anglais. 

La poste se trouvait alors à l'extrémité est de la rue du Pont Neuf et était un établissement très rudimentaire. En venant de la poste vers l'ouest, du côté nord de la rue, se trouvait un entrepôt anglais de tapis et d'ameublement tenu par un Anglais nommé Messiah, et juste à côté, Mme Hammand, une couturière anglaise. 

Au coin de la place Saint-Dominique, côté ouest, se trouvait le bureau du consul britannique, M. Lacroix. À l'extrémité ouest de la rue se trouvait Weeks, le tailleur et mercier anglais. Une autre maison de commerce anglaise était celle de M. Berlandina, épicier, située rue Saint-François-de-Paule, tout près du théâtre.

À cette époque, et pendant de nombreuses années par la suite, le marché se tenait sur la Piazza St. Reparata, et de 7 à 10 heures chaque matin, toutes les rues étroites qui y menaient étaient presque bloquées par les acheteurs et les vendeurs.

Le Corso et la Terrasse étaient les promenades à la mode. Ce qui m'a le plus frappé, ce sont les habitudes des Niçois : se lever tôt et se coucher vers huit ou neuf heures du soir. Alors qu'à sept heures du matin la ville était aussi animée qu'à midi, le soir, tout était calme à huit ou neuf heures.

Le port était alors le même qu'il y a quelques années, lorsque les travaux d'excavation du nouveau bassin ont commencé. À l'est se trouvait la prison où étaient détenus un certain nombre de prisonniers qui, pendant la journée, travaillaient en groupes de deux ou trois, enchaînés les uns aux autres. Ils étaient principalement employés à l'extraction de pierres dans la partie nord-ouest du port. 

Deux petits bateaux à vapeur venaient au port deux fois par semaine, en provenance de Gênes, et deux autres fois par semaine en provenance de Marseille. À part quelques felouques transportant du charbon de bois, peu d'autres bateaux fréquentaient le port. La douane n'est plus très importante aujourd'hui, mais à l'époque, c'était un bâtiment beaucoup moins prétentieux. Nice étant alors un port franc, elle n'avait pas besoin d'une douane très importante. À l'extrémité du port se trouvait la maison où Garibaldi était né.

En revenant par la rue Ségurane, il n'y a pas grand-chose à noter jusqu'à la place Garibaldi, alors appelée Piazza Vittoria. Tous les grands changements ont eu lieu à Nice-Ouest. 

Sur la place Masséna, au lieu d'une foule d'élégantes calèches allant et venant, il y avait des déchets et des détritus éparpillés. En guise de maisons, il n'y avait que celle située à l'angle de la place, en face de l'emplacement actuel du Casino, où se trouvait à l'époque le vieux Pont Neuf (car le lit de la rivière était alors à ciel ouvert), et une autre maison appartenant à M. Ambroise Tiranti, qui se trouvait dans un creux, à quelques mètres au nord de l'emplacement du Café Monnod. 

Sur le côté ouest de la place se trouvait la maison avec les arcades, telle qu'elle existe aujourd'hui. Après avoir dépassé l'hôtel Cosmopolitan, on ne trouvait qu'une rangée de maisons délabrées. En direction de l'actuelle gare, tout n'était que champs jusqu'à Carabacel.

Parmi les magasins de l'avenue Masséna (anciennement le quai), il y avait, au coin, celui de Gent, un épicier, puis Zani, qui louait des pianos et publiait une Liste des Étrangers, et Daniel, un pharmacien. 

Toutes les autres maisons étaient des habitations privées, à l'exception de l'Hôtel de France. L'Hôtel Victoria se trouvait à l'emplacement de l'Hôtel de la Grande Bretagne, et la Pension Anglaise à celui de l'Hôtel d'Angleterre [place du Jardin-Public]. Les meilleurs hôtels étaient les Hôtels deFrance, Victoria, des Étrangers, des Empereurs, de l'Europe, Paradis, Chauvain et York. Les seules bibliothèques et salles de lecture étaient celles de Gilletta, rue de la Préfecture, et de Visconti.


ÉTRANGERS CÉLÈBRES

Le Chemin des Anglais, comme on l'appelait alors, n'avait rien à voir avec la splendide promenade d'aujourd'hui. Un mur aveugle le longeait sur toute sa longueur, tournant à la ruelle Saint-Philippe et débouchant sur la rue de France. Je mentionnerai que juste après la ruelle Saint-Philippe se trouvait la Villa Avigdor, qui, en 1857, était habitée par l'impératrice de Russie. 

Mon ami, M. Lavit, venait de terminer sa belle maison du côté ouest et la louait au grand-duc Constantin, au comte Apraxin, à Schouvaloff et à d'autres membres de leur suite. En continuant vers l'ouest, mais en restant sur la route de France, on passait devant la Villa Ghies et la Maison Deporta, où vivait en 1846 le révérend Childers, aumônier très estimé. 

À environ un kilomètre plus loin se trouvait la Villa Gastaud, aujourd'hui Villa Howard, qui était, à l'époque et pendant de nombreuses années après, considérée comme la meilleure maison de campagne de Nice. Elle était louée par le comte Des Geneys, ainsi que par M. Higgins, paterfamilias, et Jacob Omnium du Times. Elle était également occupée par Lady Mary Fox, fille de George IV. C'est dans cette villa que M. Gastaud reçut l'empereur Napoléon et l'impératrice Eugénie. M. Gastaud connut une fin tragique, se suicidant à Turin, si je ne m'abuse.

En revenant à Nice en suivant le sommet de la colline, on trouvait une très belle villa, appelée Villa Jaume, à une courte distance à l'est du Pont Magnan. Et plus loin, du même côté, le Pavillon Brès, entouré d'une grande orangeraie, l'un des plus beaux jardins de Nice. Presque en face se trouvait la Villa Henri Avigdor, une très belle maison, aujourd'hui connue sous le nom de Villa Lions. 

Et un peu plus à l'est, la Villa Orestis, connue plus tard sous le nom de Villa Stirbey, à travers laquelle le boulevard Gambetta a été tracé. C'est dans cette maison que Louis de Bavière, qui connaissait si bien Lola Montès, vécut et mourut. 

En continuant vers l'est, on arrivait aux épiceries de Prosper Marchisio, non loin de Saint-Pierre. La femme de Prosper était anglaise, et sa carrière ne démentait en rien son nom. Il dirigea une entreprise florissante de 1837 à 1858, année de sa mort. Marchisio fut le premier à Nice à lancer un service de transport public pour les trajets courts. 

Plus près encore de la ville se trouvaient l'Hôtel de l'Europe, la célèbre Croix de Marbre et la grande Villa Saissi, aujourd'hui le Palais Marie-Christina, où la reine de Sardaigne avait coutume de résider. 

À proximité se trouvait l'église anglaise, mais elle ressemblait alors à une grange ou à une étable. La belle église qui occupe aujourd'hui le site a été construite en 1862-1863. M. Pullen, de Londres, supervisa sa construction pour le compte de l'architecte Sir Gilbert Scott. 

Au nord de l'église se trouvait la Villa de Cessole, qui possédait un grand jardin ; en fait, tout n'était que jardins dans les environs jusqu'au village de Saint-Étienne. À l'est se trouvaient les Maisons Veran et Tiranty frères. Dans cette dernière vivait mon ami, M. Jean Lavit, qui exerçait le métier de restaurateur et traiteur. Ce qui était connu dans tout Nice sous le nom de Maison Tiranti frères n'est plus aujourd'hui que le 2, 4, etc., rue Longchamp.

M. Lavit avait passé plusieurs années à Londres en tant que chef au Reform Club. Il avait bien réussi et avait pris sa retraite avec une bonne rente, mais il n'a pas vécu longtemps pour en profiter. Il est décédé en 1864 [le 1er octobre 1865, à Nice] ; son frère, ses neveux et son petit-neveu ont tous fait fortune à Nice. M. J. [Joseph] Lavit, qui était autrefois propriétaire de l'Hôtel des Iles-Britanniques, est décédé l'automne dernier [le 1er octobre 1865, à Grandola, Italie].

Deux autres personnalités bien connues sont venues à Nice vers 1855. Je fais allusion au défunt duc de Hamilton et à Son Altesse Royale le duc de Parme. Le duc de Hamilton était très affable et généreux. Je me souviens bien de la dernière fois où je l'ai rencontré (en juillet 1863), quelques jours seulement avant sa mort. J'étais dans son hôtel particulier de la rue Arlington, à Londres. Le lendemain de ma visite, il partit pour Paris, où il trouva la mort le soir même de son arrivée, en tombant dans l'escalier de la Maison Dorée. Les journaux parisiens ont fait leurs colonnes pleines de souvenirs concernant cet événement tout récent, en raison de la fermeture définitive de la célèbre Maison Dorée.

S. A. R. Charles de Bourbon, duc de Parme, roi d'Étrurie, etc., est né en 1799. En 1814, à la chute de Napoléon Ier, il fut transféré au duché de Lucques, puis en 1847, à la mort de Marie-Louise, au duché de Lucques et Gustella. Il finit par abdiquer et prit le nom de comte de Villafranca.


UN GRAND DIPLOMATE

Tom Ward, le favori du duc de Parme, était un personnage familier à Nice. Tom Ward était un palefrenier du Yorkshire qui gravit les échelons jusqu'à devenir maître d'écurie et premier ministre de Lucques en 1845-1847. Tom Ward fut envoyé en mission diplomatique importante auprès du grand-duc de Toscane, mais celui-ci refusa de le recevoir parce qu'il n'était pas noble. Mais le duc de Lucques, ne voulant pas voir ses plans contrariés, nomma immédiatement son ambassadeur baron et le renvoya en Toscane. On dit que Ward fit preuve d'une telle habileté dans les négociations qui lui étaient confiées qu'il reçut les compliments du prince Metternich et de Lord Palmerston. Le duc de Parme et Lucques mourut en 1883.


MILORD PAYSAN

Je mentionnerai deux hommes très connus qui vivaient souvent à Nice à cette époque, Sir Charles Lamb [Maréchal de la Maison Royale] et le capitaine Grindlay. 

Le premier s'habillait de la manière la plus absurde qui soit. Parfois sans chaussettes, simplement pieds nus dans des chaussures très ordinaires, le reste de sa tenue vestimentaire reflétant la même excentricité. C'était un homme très riche et très libéral, il était donc très populaire à Nice et dans le quartier où il était appelé, non pas Sir Charles Lamb, mais "milord paysan". 

Il lui arriva un jour de se voir refuser l'entrée d'une maison en Écosse, car on le prenait pour un mendiant, ou du moins pour un vagabond [un "Gaberlunzie" ou mendiant écossais]. Sir Charles était le beau-père du défunt comte d'Eglinton et participa au célèbre tournoi de 1839 en tant que chevalier du Lion [ou Chevalier de la Rose Blanche ?].

On raconte une anecdote à propos de cet homme excentrique. Il connaissait un artiste célèbre du nom de de Angelis et le harcelait sans cesse pour qu'il fasse son portrait. Finalement, l'artiste lui dit un jour : "Je ne peins que d'après nature et si je fais votre portrait, ce sera une telle démonstration de laideur que même vous-même en serez effrayé".

Contrairement à Sir Charles, le capitaine Grindlay n'était pas porté sur la chevalerie, mais il n'en était pas moins un homme remarquable. Il avait beaucoup voyagé et était un très bon artiste. Ses croquis sur des sujets indiens étaient bien connus, Sir Walter Scott en parlait et Christopher North, de Blackwood's, en faisait mention dans ses célèbres Notes. Le capitaine s'habillait à sa manière, son parapluie blanc en bandoulière. On pouvait le voir pendant sept mois de l'année, se promenant tous les matins, à cinq ou six heures. Il mourut en 1875 à l'âge de 90 ans.


NOS MÉDECINS 

Les médecins anglais exerçant à Nice à cette époque étaient les docteurs Travis, Fitzpatrick et Henry Gurney. Le seul point saillant concernant les médecins concerne ce dernier. Un certain M. Josiah Howard vint à Nice avec sa famille et un pupille. Au cours de l'été, un groupe d'Anglais, dont M. Childers et sa famille, ainsi que le docteur Gurney, se rendirent à San Dalmazzo [Saint-Dalmas, près de Tende], à l'hôtel tenu par Zegetelli [Zichitelli], qui tenait également l'hôtel Victoria à Nice. Une relation amoureuse naquit entre le docteur Gurney et la pupille de M. Howard, et ils finirent par se marier un mois plus tard à Turin.


MARIÉ MALGRÉ LUI 

Cette référence à ce mariage me rappelle une autre union qui fit beaucoup parler d'elle à l'époque. Un commerçant anglais, qui travaillait alors dans l'un des magasins, avait par hasard tapé dans l'œil d'une jeune et charmante Niçoise. Le jeune Anglais, opposé au mariage, battit en retraite. La jeune femme, loin de se laisser décourager, rendit visite au secrétaire du gouverneur et protesta que le jeune Anglais avait promis de l'épouser et avait laissé entendre qu'elle était dans un état intéressant. 

Un conseil fut convoqué, auquel assistèrent le gouverneur et l'évêque, et l'Anglais fut convaincu d'épouser la belle. Le mariage eut lieu en bonne et due forme, et l'union fut heureuse, mais, chose étrange, la femme n'eut jamais d'enfants. L'accusation qu'elle avait portée contre l'Anglais était un subterfuge suggéré par son affection ; en bref, c'était l'un des stratagèmes de l'amour.

Parmi les autres résidents anglais, je peux mentionner M. How, qui a commencé comme épicier, mais qui n'a pas réussi dans ce domaine. Il est ensuite devenu propriétaire de l'Hôtel d'York. M. Robert Morrison, tailleur anglais au Jardin Public, auquel succéda M. Russell. M. Hodgson, négociant en vins et spiritueux bien connu, prospéra au coin de la rue du Pont-Neuf. La fille de Mrs. Hammand épousa M. Francinelli, dont le nom est familier en rapport avec les Villas Francinelli. Mme Trabaud, épouse d'un banquier dont la maison était près du Pont Garibaldi, était anglaise.


Comme le montre cette rapide esquisse, Nice était une ville rurale il y a soixante ans. Même après l'ouverture de la ligne ferroviaire, le terminus est longtemps resté au bord du Var [!?].

À cette époque, juste après le carnaval, les visiteurs anglais avaient pour habitude de faire des excursions à dos d'âne, empruntant les ruelles étroites qui menaient à l'ancienne route de Villefranche, puis à Saint-Jean et Beaulieu. Ces ânes pouvaient être loués auprès d'un laitier du nom de Naturel, dont la boutique se trouvait place Masséna".




mercredi 12 novembre 2025

1423-PATRIMOINE DU XIXe-ARTICLES 2015-2025 LES PLUS LUS DU BLOG


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- Edouard Baldus (1813-1889) et/ou Henri Charles Emmanuel de Rostaing (1824-1885), 
Le Port de Nice, vers 1855
épreuve de 26x19 cm, P_240-1.r-11.-11,
Magyar Országos Levéltár (Archives nationales de Hongrie).



PATRIMOINE DU XIXe SIÈCLE

LES ARTICLES (2015-2025) LES PLUS LUS DU BLOG



1-   NICE - LES TOMBES DE LA FAMILLE GARIBALDI AU CIMETIÈRE DU CHÂTEAU (592 & 593).

2-   NICE - LE BOULEVARD CARABACEL, 1850-1875 (1069) & 1875-1900 (1071).

3-   CANNES - LE QUARTIER DES ANGLAIS AU MILIEU DU XIXe SIÈCLE (1182 & 1213).

4-   CANNES - LE BOULEVARD DE LA CROISETTE, 1860-1877 (1055) & 1878-1885 (1056).

5-   NICE - LES "THIEL", UNE FAMILLE DE PHOTOGRAPHES (1061).

6-   NICE - ESSAI DE DATATION DES PHOTOGRAPHIES ANCIENNES DU PORT (742744  & 746).

7-   NICE- LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU : LE PLATEAU GROSSO (777 & 781).

8-   NICE - NOUVELLE LISTE DES PHOTOGRAPHES DOMICILIÉS DANS LA VILLE (1840-1900) (933).

9-   MONACO - LA PRINCIPAUTÉ DE 1856 À 1870 (1210).

10- NICE - LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU : TROIS PLAQUES DE VERRE DE 1898 (804).

11- CANNES - LE PORT AU MILIEU DU XIXe SIÈCLE (1184).

12- CANNES - LE COURS/LES ALLÉES AU MILIEU DU XIXe SIÈCLE (1183 & 1214).

13- NICE - VISITER LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU (1175).

14- NICE - LES MAGASINS DU GRAND HÔTEL (798).

15- CLAUDIUS COUTON, PHOTOGRAPHE (1837-1929) (810).

16- ÉMILE DEMAY (1828-1883) ET LOUIS DEMAY (1851-apr.1920), PHOTOGRAPHES (1172).

17- NICE - EUGÈNE DEGAND (1829-1911), PHOTOGRAPHE (607).

18- NICE - LES TOMBEAUX DE GAMBETTA  (435) ET LA PYRAMIDE DE GAMBETTA (603AU CIMETIÈRE DU CHÂTEAU.

19- NICE - PETITE HISTOIRE DU CIMETIÈRE DU CHÂTEAU (1176).

20- CANNES - LE PHOTOGRAPHE JOSEPH CONTINI (1185).




samedi 1 novembre 2025

1420-NICE : LA PENSION BESSON, PRÈS LE TEMPLE VAUDOIS (XIXe s.)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


1- Début de l'annonce parue dans L'Avenir de Nice du 1er novembre 1859,
Nice, Archives départementales.



LA PENSION BESSON PRÈS LE TEMPLE VAUDOIS



EMPLACEMENT


Le quartier

La Pension Besson, aujourd'hui disparue, s'est implantée dans les années 1850 sur la rive droite du Paillon, dans un quartier de Nice alors en plein développement.



2- GUESDON Alfred (dessinateur, 1808-1876) et ARNOUT Jules (graveur, 1814-1868),
 Nice, Vue prise au-dessus de Montalban, vue 6, détail, dessin de 1848, 
lithographie de 1849, extraite de l'ouvrage de, ETIENNEZ Hippolyte (1813-1871), 
L'Italie à vol d'oiseau ou Histoire et description sommaires des principales villes de cette contrée,
 accompagnée de 40 grandes vues générales dessinées d'après nature par A. Guesdon,
 Paris, A.Hauser éditeur, Paris, Imprimerie Lemercier, 1849 (et 1852),
estampe reprise dans, L'Illustrazione Universale, 28 maggio 1865, p 755,
 sous le titre, Panorama di Nizza, Collection personnelle.

Le cercle jaune indique l'emplacement approximatif de la future Pension Besson.




Les noms de la Pension et de son propriétaire et maître d'hôtel sont révélés par des publicités qui paraissent dans le Galignani's Messenger, à partir du 26 septembre 1859 (Image 3), "Nice. - Besson's Boarding-House, near the Vaudois-Carabacel Temple, facing the south", puis dans L'Avenir de Nice, dès le 1er novembre 1859 (Image 1), "Pension Bessonrue Carabacel, près le Temple Vaudois" (1).


3- Annonce parue dans Galignani's Messenger du 26 septembre 1859,
Paris, BnF.



La maison est située sur la rive droite du Paillon, dans le "faubourg Saint-Jean-Baptiste" ou "Bourgada", au revers de la ligne de constructions anciennes et deshéritées qui longent le bord de rive (Image 2). 

À la fin des années 1850, cette zone reste encore essentiellement constituée de jardins maraîchers mais est ponctuée, dans sa partie sud, de quelques bâtiments, érigés au début de la décennie (Image 4). 


4- Nice, Plan d'alignement du quartier délimité par la place Masséna et la colline de Carabacel
correspondant au projet de Plan régulateur approuvé en 1858,
 
Nice, Arch. dép. Alpes-Maritimes, 1 Fi 188.

Eléments surlignés en jaune : 
- par un cercle : emplacement de la future Pension Besson
- par un rectangle : emplacement du Temple Vaudois (déjà édifié)
- par une ligne : tracé de la rue Carabacel (nommée).



La rue Carabacel 

Sur les plans d'ensemble de la ville de Nice, la rue Carabacel est souvent représentée mais sans être nommée (2).

Son tracé part des abords du Pont-Neuf, sur la rive droite du Paillon (partie occidentale du quai Saint-Jean-Baptiste ; actuelle avenue Félix-Faure), monte obliquement vers le nord-est, en direction de la colline de Carabacel, et débouche sur le chemin de Saint-Barthélemy, "un peu avant les maisons d'Abadie" (3) (au milieu de l'actuelle avenue Desambrois - Image 4).

La voie prend cependant le nom de "Carabacel" sur le plan de secteur ci-dessus de 1858 (4) où elle accoste l'Hôtel Chauvain puis de "rue de Carabacel" dans sa partie sud (accostant la rue Chauvain) et de "Chemin de Carabacel" dans sa partie nord, sur les plans de ville de 1865 et 1867 (5).

Réduite à quelques courts tronçons découpés par le quadrillage en îlots de l'urbanisation croissante, elle n'est plus dénommée sur les plans suivants mais reste citée dans les autorisations de voirie jusqu'à 1890 (6).

L'urbanisation rapide du quartier entraîne, en effet, l'ouverture progressive de rues dont le nom et la longueur changent au rythme des édifications et des expropriations.


"Près le Temple Vaudois"

Les bâtiments de la rue Carabacel n'étant numérotés que dans sa partie la plus méridionale, les publicités de la Pension Besson indiquent le repère du Pont-Neuf mais également celui du Temple Vaudois.

C'est le pasteur suisse Léon Pilatte (1822-1893), nommé à Nice en 1854, qui a acheté en 1855 un terrain situé quartier Camp-Long/Champ-Long/Lonchamp, à l'arrière de la maison Gent du quai Saint-Jean-Baptiste, pour y faire construire ce Temple (7) (Image 4). 

La pose de la première pierre a eu lieu le lundi 13 août 1855 et l'édifice a été inauguré 15 mois plus tard, le 27 novembre 1856 (8). Dès lors, le Temple, dont l'entrée principale donne sur la rue Gioffredo (Image 5), est devenu le bâtiment emblématique et le centre attractif de ce nouveau quartier (9).

C'est dans ce contexte précis que la maison Besson semble avoir été édifiée, entre 1858 et 1859, au revers du Temple Vaudois dont elle est séparée par une ruelle. La Pension y ouvre en septembre 1859.

Le bâtiment n'est d'ailleurs pas représenté sur le plan de secteur de 1858 (Image 4) et n'est pas cité dans le Guide des Etrangers 1858-1859 (paru en octobre 1858). 

Il est ensuite représenté, mais non nommé, sur le plan de ville de 1860 (2) puis représenté et identifié sous le nom de "Pension Besson" sur celui de 1865 (5) mais pour la première et la dernière fois (Image 5).


5- Plan indicateur de la Ville de Nice, détail, 1865,
plan gravé par Ehrard, édité à Nice chez Charles Jougla,
Paris, BnF.



L'un des premiers clients de la Pension Besson est le photographe romain, Giuseppe Silli, dès la fin du mois d'octobre 1859 (10). Il y installe son studio saisonnier de 1859 à 1862. 

C'est là qu'il va notamment photographier le Prince Oscar de Suède et de Norvège (qui fréquente probablement le Temple Vaudois), lors de la saison d'hiver 1861-62. Il  mentionne, au revers de ses cartes de visite"Silli - Photographe, - derrière le Temple Vaudois - à - Nice" (11). 

Entre 1859 et 1865, les annonces publicitaires de l'établissement hôtelier affichent, "Pension Besson" (1859-1864) puis "Hôtel et Pension Besson" (1865), "rue Carabacel, près [ou plus exceptionnellement, "derrière"] le Temple Vaudois" (12).

Elles proposent généralement, "Pension Besson - Appartement et chambres meublée - Rue Carabacel, près le Temple Vaudois - Situé en plein Midi, à l'abri du vent, du bruit et de la poussière, avec jouissance d'un grand et beau jardin [environnement idéal pour les malades]. Prix du logement et nourriture de 5 à 7 fr. par jour [prix modérés]. Proximité de la ville et des théâtres [de l'activité et des loisirs](L'Avenir de Nice du 1er novembre 1859) (Image 1). 

Une "grande salle à manger" est parfois citée, ainsi que son "excellente cuisine". Le mot "Appartement" passe au pluriel en 1862 (suite à des travaux d'agrandissement). L'Hôtel et Pension est ensuite dit "meublé tout à neuf", en 1864 et 1865. 


Nouvelles adresses

En 1861, la Pension Besson, se retrouve près de l'angle formé par la "ruelle du (sic) Carabacel" (orientée sud-nord) et la "rue du Théâtre" (alignée ouest-est), ouverte au travers des propriétés Tiranty et Chauvain (13). 

La "rue du Théâtre" prend parallèlement, dès 1861, le nom de "rue du Temple" [Temple Anglais] (14) dont elle devient la prolongation orientale. 

Ce nom de "rue du Temple" va ensuite s'imposer (Image 5) puis être remplacé par celui de "rue Garnier/Garnieri", vers 1868 (15) (partie occidentale actuelle de la rue de l'Hôtel-des-Postes, depuis 1888).

Quant au tronçon de rue Carabacel qui longe la Pension Besson, il se voit pour sa part englobé, vers 1862, dans la nouvelle rue Albert/Alberti (16) (dénomination conservée de nos jours). 

Ces dates doivent cependant être relativisées. En effet, le plan du quartier daté vers 1858 (Image 4), nomme déjà les futures voies du quartier dont les rues "Garnier" et "Alberti". 

Peu de documents permettent en effet, entre 1855 et 1865, de vérifier les noms de rues et il est probable que des noms, comme ceux de "rue du Théâtre" puis "rue du Temple", se soient imposés sur les plans de situation (17), à l'époque où cette voie ne s'étendait qu'entre le Théâtre (à l'ouest) et la place (à l'est), dénommée place des Platanes puis place Beaulieu (actuelle place Wilson).

Les noms de voies du plan de 1858, ne semblent être, pour la plupart, devenus officiels et reportés sur les plans de ville qu'une fois chaque rue ouverte et aménagée sur toute sa longueur. 

Ainsi, alors que les Plans de Nice de 1855, 1856 et 1860 (2) ne précisent pas leurs noms, celui de 1865 cite seulement la "rue du Temple" (Image 5), celui de 1867 (5), les rues "du Temple" et "Albert" (du fait de son achèvement récent) mais il faut attendre celui de 1872 (18) pour trouver conjointement les noms des rues "Garnieri" et "Alberti".



L'EX-PENSION BESSON


En 1865, M. Besson, cède la direction de la Pension qui porte son nom mais reste propriétaire du bâtiment. 

 

Pension d'Allemagne et Hôtel Windsor

C'est Henri Trüb/Trub, restaurateur (né à Zurich vers 1832) et sa femme Elisa (née à Berne vers 1842/46), anciens employés de l'Hôtel Chauvain, qui succèdent à M. Besson.

Les annonces qui paraissent de septembre 1865 à avril 1866 dans Les Échos de Nice conservent l'ancienne dénomination, "Hôtel Et Pension Besson, Rue Carabacel, Près Le Temple Vaudois - Tenu pour M. Trub, Suisse", mais précisent, "Cuisine Allemande" (12) (Image 6). 


6- Annonce parue dans Les Échos de Nice dès le 15 septembre 1865,
(Google Livres).



Celles qui paraissent dans le Journal de Nice dès décembre 1867, reprennent des termes semblables mais situent l'adresse, "Rue Gioffredo, près le Temple Vaudois".

Lors de la saison 1866-67, le texte de l'annonce devient, "Pension d'Allemagne, ancienne Pension Besson, tenue par Besson propriétaire" (sans précision d'adresse), comme le montre l'annonce qui perdure, lors de la saison suivante, dans Les Échos de Nice du 15 septembre 1867 (Image 7).


7- Annonce parue dans Les Échos de Nice, du 15 septembre 1867,
(Google Livres).



Cependant, l'annonce change dès Les Échos de Nice du 5 octobre 1867, "Hôtel Besson - Rue Alberti près le temple Vaudois, centre de la Ville", puis change à nouveau, à partir du 26 octobre 1867, mais cette fois pour le reste de la saison, "Hôtel Windsor, Ex-pension Besson - Rue Alberti près le temple Vaudois, centre de la ville. E. Duret, propriétaire".


8- Annonce parue dans Les Échos de Nice du 26 octobre 1867
(Google Livres).



En fait, ces multiples changements de dénomination reflètent la faillite d'Henri Trüb, dès février-mars 1867 (19).

M. Besson fait paraître, dans le Journal de Nice du 25 février au 13 mars 1867, l'annonce suivante (dépourvue d'identification) : "A remettre un Hôtel, à proximité de la ville avec grand jardin. Belle exposition au Midi. S'adresser au Journal".

Le successeur d'Henri Trüb est Emmanuel Duret qui va s'attacher, dès le printemps 1867, à rénover l'intérieur de la Pension Besson et la réouvrir en septembre : 

"Appartements pour familles et chambres séparées. Beau jardin au midi. Cuisine recherchée. Service exact et soigné. - Nouvelle réorganisation par Emmanuel Duret, propriétaire. Prix très modérés. - Pianos et musiques. - On parle diverses langues" (Journal de Nice du 19 octobre 1867) (12).

Il va conserver tout d'abord le nom de "Pension d'Allemagne" (Image 7) puis le changer, dès octobre, en "Hôtel Windsor" (Image 8).

Emmanuel Duret a en effet déposé, le 5 octobre 1867, une demande d'autorisation municipale de voirie pour faire l'inscription, "Anglais De Windsor Hôtel", à l'angle de la rue Alberti et de la rue du Temple. Il fera début octobre 1868, une nouvelle demande pour poser cette fois une enseigne au nom de, "Hôtel Windsor" (20). 

Malgré le fait que plusieurs Guides de voyage citent encore l'Hôtel Windsor dans leur édition de 1870 (21), il semble qu'Emmanuel Duret ait quitté la rue Alberti au début de l'année 1869 (22).



M. BESSON 


"Gioffredo Bessone" est né le 15 novembre 1820 à Ostana (province de Coni, Piémont), un petit village alpin de la Vallée du Pô, situé à 64 km au nord-ouest de Coni/Cuneo. Il est le fils de Giuseppe Bessone et de Gioanna Bernardi.

La date où Gioffredo Bessone s'installe à Nice n'est pas connue. 

Le 15 mai 1859, domicilié dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste et âgé de 38 ans (ses parents sont alors décédés), il se marie à l'église Sainte-Marie-de-l'Assomption de Cimiez, avec Antonietta Vial, 28 ans. 

Cette dernière est née à Nice le 31 mai 1831 et est domiciliée dans la vieille-ville. Elle est la dernière enfant d'Agostino Vial (Piémontais, décédé à Nice le 29 octobre 1854) et de Rosa Mao/Maü (présente à la cérémonie ; née en 1788) qui se sont mariés à Sospel le 25 novembre 1804.

Gioffredo Bessone ou Geoffroy/Geoffoi Besson ouvre la "Pension Besson", rue Carabacel, la même année, en septembre 1859. 

Le lien entre ces deux évènements interroge. Son mariage (tardif) découle-t-il d'une fréquentation professionnelle de la famille Vial ? 

Rien n'est connu de la profession de Gioffredo Bessone avant 1859 mais il apparaît que le père de son épouse a été aubergiste et que plusieurs membres de sa belle-famille sont aubergistes et marchands de vins, ce qui renforce l'hypothèse.

Suite à l'Annexion du Comté de Nice par la France, Geoffroy Besson opte pour la nationalité française.

À partir de l'année 1861, il entreprend des travaux d'agrandissement et de rénovation de sa Pension, qui vont s'étaler sur près de quatre ans. 

En juin 1861, il exhausse d'un étage le bâtiment de sa Pension. En juin 1862, il entreprend une construction neuve sur le terrain voisin, acquis auprès de M. Barralis, puis fait poser, au mois d'octobre 1863, une enseigne portant, "Hôtel Besson". Début 1864, il fait réaliser une nouvelle construction et installe une enseigne dès le mois de septembre suivant (23).

M. Besson est cité pour la première fois dans l'Annuaire des Alpes-Maritimes des années 1864 et 1865 mais uniquement dans la liste alphabétique des noms de famille : "Besson, hôtel et pension, quartier Longchamp"

Sa fille, Rose Bessonnaît le 23 décembre 1866, au "quartier Carabacel, propriété Vial". L'acte précise, "fille de Geoffroy, né à Bagnolo (Italie), propriétaire, âgé de 46 ans et de Vial Antoinette, son épouse, née à Nice, rentière, âgée de 36 ans" (24). 

Rose décède malheureusement, à l'âge de 11 mois, le 20 novembre 1867, à la même adresse. L'acte précise cette fois que chacun de ses deux parents est "rentier".

Geoffroy Besson ne tient plus, en effet, la Pension et n'y est plus domicilié, ayant déménagé, avec sa famille, dans la propriété de sa belle-mère, Rosa Vial. Son nom disparaît d'ailleurs des annuaires de cette période où il loue sa Pension à Henri Trüb puis à Emmanuel Duret.

Son fils Joseph Besson naît cependant, le 16 janvier 1870. à l'adresse de la Pension, "rue Alberti, sept", ce qui vient confirmer le retour de la famille dans les lieux, en 1869, après le départ d'Emmanuel Duret.

À partir de cette date, il transforme la Pension en immeuble d'habitation et en agrandit les locaux. Entre 1869 et 1875, il va faire exhausser d'un, puis de deux étages, les façades de la rue Alberti et de la rue du Temple/Garnier (23).

Le nom de Geoffroy Besson va être à nouveau cité dans les Annuaires, à partir des années 1870, au gré des nouvelles dénominations et numérotations de la rue : 

"Besson, Geoffroy, rue Garnieri, 17" (1873) ; "Besson, (G.), propriétaire, rue Garnieri, 17" (1877) ; "Besson, G., rue Garnieri, 5" (1879) ; "Besson Geoffroy, rue de l'Hôtel des Postes, 5" (1890-1906 ; le changement de dénomination de la rue date de 1888).

En 1890, il fait cette fois exhausser de deux étages la maison donnant à l'arrière des rues de l'Hôtel-des-Postes et Alberti (23), sur le passage du Temple Vaudois (25), parvenant ainsi à deux ensembles de six niveaux. 

C'est à l'adresse de la rue de l'Hôtel-des-Postes, 5 que son épouse, Antoinette Besson, née Vial, décède le 22 août 1896, "âgée de 60 ans" [65 ans].

Son fils Joseph, âgé de 26 ans, propriétaire, se marie à Nice le 20 octobre 1896, avec Anna Lea Grosso, 21 ans, sans profession (née à Nice le 25 juillet 1875, de parents propriétaires) et il quitte le domicile familial pour s'installer plus à l'est du quartier, rue Penchienatti, 6.

En 1907, à l'âge de 87 ans, Geoffroy Besson quitte ensuite l'adresse de la rue de l'Hôtel-des- Postes, pour s'installer dans le même immeuble que son fils.

C'est rue Penchienatti, 6, que "rentier", il décéde le 18 mai 1913, âgé de 92 ans. 

Son corps repose dans le caveau familial du Cimetière de Cimiez, notamment auprès de celui de sa fille Rose Besson (1866-1867), sa femme Antoinette Besson, née Vial (1931-1896) et de celui de l'épouse de son fils Joseph Besson (1870-1942), Anna, née Grosso (1875-1907 ?).

L'ancienne maison de la Pension Besson, située à l'angle des rues de l'Hôtel-des-Postes et Alberti, a été vendue à M. Marty, fin 1911. Elle a été démolie pour reconstruire à son emplacement le bâtiment du "Grand Hôtel William's", qui a ouvert le 1er janvier 1913. 

L'immeuble, qui abrite des logements depuis la fin des années 1970, occupe toujours l'angle de la rue de l'Hôtel-des-Postes (n° 33) et de la rue Alberti (n° 12).



NOTES


1- Galignani's Messenger, Paris, BnF ; L'Avenir de Nice, Archives départementales des Alpes-Maritimes.

2- Plans de Nice : 1834, Nice Bibliothèque municipale de Cessole ; 1847, Indicateur Niçois de 1847, Nice, Archives départementales, Annuaires ; 1856, Paris, BnF ; 1860, Nice, Archives municipales, 1 Fi 1-18.

3- Guide Cauvin, Indicateur Niçois, 1855, vol. 2, Cicérone de l'Etranger pour Nice et ses environs, p. 79).

4- Nice, Plan d'alignement du quartier délimité par la place Masséna et la colline de Carabacel, correspondant au projet de plan régulateur approuvé en 1858, Nice, Arch. dép. des Alpes-Maritimes, 1 Fi 188. Ce plan qui représente le Temple Vaudois sans le nommer, ne montre pas encore la maison Besson mais nomme déjà les rues "Garnier" et "Albert".

5- Plans de la Ville de Nice : 1865, Paris, BnF ; 1867, Nice, Archives départementales des Alpes-Maritimes, 1 Fi 229.

6- La partie nord-est de la rue Carabacel, parallèle à la partie neuve du boulevard Dubouchage, est encore visible sur le plan de ville de 1872 (Paris, BnF) mais elle disparaît quasiment sur celui de 1878 (Nice, Bibliothèque municipale de Cessole). La rue Carabacel est cependant encore nommée dans les Annuaires des Alpes-Maritimes des années 1880, faisant suite à la rue Chauvain, en allant de la rue Garnieri au boulevard Carabacel.

7- L'Église est rattachée aux Églises évangéliques des vallées du Piémont puis, après l'Annexion de 1860, à celles de France.

8- Sur la pose de la première pierre du Temple Vaudois, cf., L'Avenir de Nice des 13-14 août 1855. Sur son inauguration cf., Le Constitutionnel du 7 décembre 1856 et Guide des Etrangers 1858-59, octobre 1858, p. 62. À ce jour, seule une photographie ancienne du Temple vaudois est connue ; elle est l'oeuvre d'Eugène Degand (1829-1911) et peut être datée vers 1872-75 (Collection privée).

9- Avant même la cérémonie de pose de première pierre du Temple Vaudois paraît, par exemple, une petite annonce de vente d'une maison, "près le nouveau temple vaudois" (L'Avenir de Nice du 5 août 1855). 

10- Giuseppe/Joseph Silli (1826-1886) est notamment cité à la Pension Besson dans la Liste récapitulative des Etrangers de L'Avenir de Nice du 1er novembre 1859, des Échos de Nice du 1er décembre 1859 et du Messager de Nice du 28 novembre 1860 (Nice, Archives départementales des Alpes-Maritimes). 

La Villa ou Pension Besson accueillera ensuite le phottographe Jean Walburg De Bray (1839-1901) en 1865 (Les Échos de Nice du 26 septembre 1865).

11- Cette mention, "derrière", au lieu de, "près le Temple Vaudois", se retrouve uniquement dans les petites annonces de la Pension Besson parues dans Le Messager de Nice des 7 et 28 juillet 1860 (Nice, Archives départementales des Alpes-Maritimes).

12- Publicités pour la Pension Besson (journaux et guides) :

- Galignani's Messenger (Paris, BnF) : septembre-octobre 1859, "Besson's Boarding house, near the Vaudois-Carabacel Temple".

- L'Avenir de Nice (Nice, Archives départementales des Alpes-Maritimes) : novembre 1859-janvier 1863, "Pension Besson, Rue Carabacel, près le Temple Vaudois"

- Le Messager de Nice (Nice, Archives départementales des Alpes-Maritimes) : juillet 1860-janvier 1863, "Pension Besson, Rue Carabacel, près le Temple Vaudois".

- Guides (Google Livres) : Emile Négrin, Les Promenades de Nice, 1862, p. 297, "Pension Besson, rue Carabacel" ; De Carli, Conseiller au touriste à Nice et dans ses environs, 1864-65, p 34, "Pension Besson, rue Carabacel, près du Temple Vaudois" ; Dr Lubanski, Guide aux stations d'hiver du littoral méditerranéen, 1865, appendice publicitaire, p. XIII, "Hôtel Et Pension Besson - Rue Carabacel, près le Temple Vaudois"

- Journal de Nice (Nice, Archives départementales des Alpes-Maritimes) : septembre 1865-avril 1866, "Hôtel et Pension Besson, tenu par H. Trub, (Suisse), Rue Gioffredo, près le Temple Vaudois" ; 19 octobre 1867-novembre 1867, "Hôtel Windsor, Ex-Pension Besson, Rue Alberti, près le Temple Vaudosi".

- Les Échos de Nice (Google Livres) : 15 septembre 1865-avril 1866, "Hôtel et Pension Besson, Rue Carabacel, Près Le Temple Vaudois, Tenu pour M. Trub" ; 15 septembre 1867, "Pension d'Allemagne, ancienne Pension Besson" ; 5 octobre 1867, "Hôtel Besson - Rue Alberti près le temple Vaudois, centre de la Ville" ; 26 octobre 1867-février 1868, "Hôtel Windsor, Ex-pension Besson - Rue Alberti près le temple Vaudois, centre de la ville. E. Duret, propriétaire".

13- La rue du Théâtre est nommée sur un plan de situation d'avril 1861 (Nice, Archives municipales, 2T 8-66), et un autre de septembre 1862 (Nice, Archives municipales, 2T 13 1036)Le Théâtre Français, qui donne alors son nom à la rue, est l'ancien Théâtre-Cirque Tiranty, situé plus à l'ouest et ouvert en 1855, au nord-est de la place Masséna.

14- La rue du Temple est nommée sur des plans de situation de février 1861, juin 1862 et mai 1863 (Nice, Archives municipales, 2T 8-14 ; 2T 12-785 ; 2T15 1619) puis sur le Plan de Nice de 1865 (Paris, BnF) (Image 5).

15- La rue Garnieri est nommée sur un Plan de situation d'octobre 1868 (Archives municipales, 2 T 29-393).

16- La rue Alberti, tout d'abord nommée sur des Plans de situation en juin 1862 et octobre 1863 (Nice, Archives municipales, 2T 13-785 et 2T 17-1935), est ouverte dès 1864 (Conseil municipal du 3 mars 1864, Nice, Archives municipales, 1D1-2, fol. 15 v.) et désignée ainsi sur le Plan de Nice de 1867 (Nice, Archives départementales, 1Fi 229).

17- Textes et Plans de situation accompagnant les demandes d'autorisation de voierie (Nice, Archives Municipales, 2T).

18- Plan de Nice de 1872 (Paris, BnF).

19- Faillite d'Henri Trüb déclarée le 21 avril 1868, avec ouverture à la date de mars 1867 (Nice, Archives départementales, 06U04/0674 ; Journal de Nice du 24 avril p. 2 et du 15 novembre 1868 p 3). Henri Trüb va devenir, la même année, maître d'hôtel de la "Pension de Genève, boulevard de Carabacel", pour Jean Rusterholz (Annuaire des Alpes-Maritimes, 1870).

20- Demandes d'enseignes d'Emmanuel Duret en octobre 1867 (Nice, Archives municipales, 2T 26-369) et octobre 1868 (2T 29-432).

21- L'ouvrage du Dr Alexandre Lubanski, Nice-Guide, 1870 p 244, cite l'Hôtel Windsor mais également la Pension Allemande (sic) ; le Guide Karl Baedeker, L'Italie septentrionale, 1870 p 97 cite l'Hôtel Windsor mais également la Pension d'Allemagne, entretenant l'ambiguïté ; l'Appleton's European guide book illustrated, Partie 1, 1870, p. XI, cite l'Hôtel Windsor).

22- Il faut noter qu'un nouvel "Hôtel Windsor" ouvrira, avec une nouvelle équipe, à l'automne 1871, avenue de Beaulieu (actuelle avenue du Maréchal Foch).

23- Demandes d'autorisations déposées par Geoffroy Besson (Nice, Archives municipales, 2T) : 

- entre 1859 et 1865 : pour exhaussement de la maison du quartier de Longchamp (juin 1861, 2T 8-184) ; Jacques (sic) Besson, projet de construction de maison dans le terrain acquis auprès du sieur Barralis, rue Alberti et rue du Temple (juin 1862, 2T 12-785) ; pour poser une enseigne portant "Hôtel Besson", entre la rue du Temple et la rue Alberti (octobre 1863, 2T 17-1935) ; pour construction dans l'enceinte du plan régulateur, rue Alberti et rue Garnier (janvier/février 1864, 2T 18-2051) ; pour poser une enseigne rue Alberti et rue du Temple (vers septembre 1864, 2T 19-2438) ; pour établir un trottoir rue Alberti (octobre 1865, 2T 21-375) ; pour effectuer des réparations à trois corniches de fenêtres, rue du Temple (juin 1865, 2T 20-187) ;

- entre 1869 et 1875 : pour exhausser la maison rue Alberti, 7 (début 1869, 2T30-139) : pour construire un canal d'égout, rue du Temple (second semestre 1870, 2T 34-8) ; pour badigeonner deux façades de la maison rue Garnieri (mai 1872, 2T 38-129) ; pour exhausser d'un étage la maison rue Garnieri et Alberti (1874, 2T 43-95) ; pour exhausser sa maison rue Alberti (1875, 2T 45-77) ;

- entre 1890 et 1901 : pour exhausser de deux étages la maison du passage du Temple Vaudois (1890, 2T 128-498) ; pour badigeonner la façade de sa maison, passage du Temple Vaudois, 6 (1901, 2T 184-568).

24- Les actes de mariage (1859) et de décès (1913) de Geoffroy Besson, le disent né à "Ostana". L'acte de naissance de son fils Joseph (1870), le dit né dans la même commune. Seul l'acte de naissance de sa fille (1866), le dit né à "Bagnolo" (Bagnolo Piemonte), à 22 km au nord-est d'Ostana.

25- Ce passage,simplement nommé "ruelle", est présent sur le plan de construction du Temple Vaudois de mars 1855 (Nice, Archives municipales, O4/8-46) et sans dénomination, sur le Plan de Nice de 1860 (Nice, Archives municipales, 1 Fi 1-18). Il semble qu'il soit désigné ensuite sous le nom de "rue Martin" sur un plan de situation d'octobre 1867 (Nice, Archives municipales, 2T 26 369) puis, vers 1877 (2T 54-92), sous le nom (conservé de nos jours) de "passage du Temple Vaudois".