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jeudi 9 mai 2013

144-ETUDE D'OEUVRE : ALEXANDER CALDER (1898-1976), PETITE ET GRANDE SPHÈRES, 1932-33




Introduction

Introduction sur la sculpture du XX° siècle

La sculpture du XX° siècle est en rupture totale avec celle des siècles précédents. Elle revêt de nouvelles formes, adopte de nouveaux matériaux, intègre les technologies contemporaines. Elle ne représente plus le monde mais le « présente ». Parmi les grands acteurs de cette rupture, il faut nommer dès les années 1910, Pablo PICASSO et le mouvement cubiste (assemblages, matériaux pauvres) et Marcel DUCHAMP et le mouvement dadaïste (Ready-made, détournement d'objets, machines en mouvement, tout est art).

Introduction sur l’artiste

Dès les années 1930, émerge un artiste américain, Alexander CALDER, qui se fait remarquer par la singularité de ses œuvres et notamment son Cirque (représentations animées de figurines en matériaux pauvres) et ses Mobiles (sculptures métalliques en équilibre instable, mises en mouvement par l’air ambiant ou un moteur).


CALDER Alexander (1898-1976), Small Sphere and Heavy Sphere (Petite sphère et grande sphère)1932-1933,
fer, bois, cordes, tiges et objets divers, H. 317,5 cm (dimensions variables), New York, Calder Foundation.




Présentation de l’œuvre (cartel, photo) et description/analyse

Présentation/description

L’œuvre, Petite et grande sphères date de 1932-33. Son titre indique une forme abstraite et la présence de volumes géométriques. Le titre ne renvoie en fait qu’à la partie supérieure et centrale de l’œuvre (H : 317,5 cm), cette dernière étant constituée d’une tige métallique horizontale d’où pendent, à ses extrémités, des cordes tendues par le poids de deux sphères de petites dimensions. Ces deux sphères sont de taille inégale et en rapport avec l’épaisseur des cordes auxquelles elles sont accrochées. La seconde partie de l’œuvre est constituée, sous la suspension, d’objets du quotidien (caisse, boîte, petit gong et surtout bouteilles) disposés sur le sol en un cercle élargi. L’apparence globale de l’œuvre est assez sobre avec peu de couleurs et un mélange de lignes droites et courbes avec des volumes et des matières variés.

Analyse de l’espace

L’œuvre semble donc mi-abstraite et aérienne (planètes ?) et mi-terrestre (le monde, les objets), mettant en scène la suspension et la gravité. C’est donc l’une des nouvelles formes de la sculpture contemporaine : l’installation, puisqu’elle est éclatée dans l’espace et prend en compte le lieu, par sa partie supérieure accrochée au plafond et sa partie inférieure répartie sur le sol et qu’elle possède, de plus, des dimensions variables (cartel). On est loin de la sculpture figurative, compacte, massive (en bronze ou en marbre) et positionnée sur un socle de la sculpture des siècles précédents. L’œuvre de Calder apparait ouverte, transparente et énigmatique. Elle adopte une géométrie abstraite et une présence affirmée de l’objet, intégrant le quotidien et les matériaux pauvres.

Analyse du mouvement

La sculpture est d’apparence statique mais il y a un rapport entre le haut et le bas car la largeur du cercle semble en relation avec la rotation possible des deux petites sphères. Il y a donc potentialité de mise en mouvement de la partie mobile pour venir frapper, voire renverser, les objets placés au sol. Il semble difficile d’envisager que le mouvement soit, comme dans d’autres œuvres de Calder, provoqué par l’air ambiant ou un moteur. Il apparait donc probable que la sculpture puisse être mise en mouvement par le spectateur et soit donc interactive ce qui induit la pénétration du spectateur à l’intérieur de la sculpture (cercle ouvert) et la manipulation (mise en mouvement des sphères) voire la modification de l’œuvre (chute d’objets et leur réinstallation). Le mouvement sera de courte durée, rythmé par la rotation, les chocs et éventuels rebonds. Il y a donc un aspect ludique de l’œuvre qui n’est pas sans évoquer l’ambiance du Cirque ou même les jeux de massacres des fêtes foraines où des boules sont jetées pour renverser des boîtes ou des bouteilles.

Analyse du son

Le choc des sphères sur les objets va indubitablement provoquer des effets sonores variés, en fonction des matières heurtées (bois, métal et verre). C’est d’ailleurs, à cette époque, l’un des buts de l’artiste, que de créer des « Sculptures sonores », sous l’influence de son amitié avec le musicien et compositeur Edgar Varèse et les recherches musicales de ce dernier sur la percussion. Suspension et entrechoquement des éléments peuvent d’ailleurs évoquer ces instruments faits de tiges de métal ou de bois qui résonnent au vent ou sont agités par l’ouverture d’une porte, et la présence d’un petit gong dans le cercle des objets à heurter renforce cette ambiance musicale.


Conclusion et ouverture

Références à d’autres œuvres de l’artiste

Petite et grande sphères évoque d’autres œuvres de Calder : par sa suspension à l’aspect métallique pouvant intégrer le mouvement, elle se rapproche notamment de ses Mobiles contemporains ; par son intégration du son, elle peut d’ailleurs évoquer la même série mue par un moteur qui peut provoquer du bruit par son fonctionnement et par le frottement des éléments mis en mouvement. Elle peut évoquer l’esprit du Cirque par ses matériaux pauvres, l’aspect ludique, la mise en mouvement par le corps humain et la présence d’effets sonores.

Références à d’autres artistes

L’œuvre de Calder est en résonance avec les œuvres avant-gardistes de son époque. Elle est notamment marquée par l’influence de Marcel DUCHAMP et du Dadaïsme par l’utilisation, le détournement et la décontextualisation d’objets (Ready-made), la recherche du mouvement (Roue de bicycletteRotatives, Rotoreliefs) et l’aspect humoristique. 
Elle peut évoquer également la rotation et la prise en compte du lieu de László MOHOLY-NAGY (Modulateur-Espace-Lumière), l’abstraction et les recherches sonores de Naum GABO (Standing Wave) ou la quête visuelle et musicale de BARANOFF-ROSSINE (Piano optophonique).
Cependant, l’œuvre, Petite et grande sphères, se distingue de certaines des œuvres citées par deux aspects essentiels : l’installation, et le rôle donné au spectateur, deux formules de grand avenir pour la sculpture de la seconde moitié du XX° siècle.