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mardi 14 décembre 2021

1212-CANNES - LA CROISETTE VUE DU NORD-EST (ANNÉES 1860)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


DERNIERE MISE A JOUR DE CET ARTICLE : 26/09/2022



INTRODUCTION


Dans mes précédentes recherches sur l'histoire de la Croisette, je n'ai pu étudier la partie où se trouvait l'Hôtel Gonnet du fait du peu de photographies anciennes des lieux, centrées sur cet hôtel et pour la plupart postérieures à 1890. 

L'acquisition récente de deux vues de Cannes prises du nord-est m'a cependant incité à étudier à nouveau l'évolution de la Croisette mais cette fois à partir de visions lointaines montrant l'arrière des bâtiments (vues prises depuis Les Gabres, La Californie, La Villa Henriette). 

Ces photographies comportent énormément de renseignements mais seuls quelques bâtiments emblématiques vont être étudiés ici, afin de permettre notamment de déterminer le premier emplacement de l'Hôtel Gonnet ainsi que celui de l'Hôtel Gray.


LA CROISETTE


Au milieu du XIX° siècle, la Croisette, longée par un simple chemin proche des bois de pins, n'est encore qu'une lande sablonneuse de bord de mer, ponctuée de ruines de redoutes et de salines anciennes et de quelques cultures.

En 1858, apparaissent les premières constructions réalisées par les propriétaires des terrains (dont Marius Barbe et son oncle Marius Aune) mais ce n'est véritablement qu'avec la réalisation de la gare de chemin de fer en 1861 que cette zone, située entre la route d'Antibes et la mer, va se développer. 

Les déblais engendrés par la construction de la voie ferrée vont permettre de sécuriser et d'élargir le chemin qui va, en quelques années, se muer en un boulevard de plus en plus large, bordé de constructions neuves (boulevard de l'Impératrice puis de la Croisette dès septembre 1870). 

Les hôtels et les villas vont se multiplier du côté nord, précédés de jardins ou de vastes parcs fleuris complantés d'orangers et de palmiers, et transformer le bord de mer en une promenade prestigieuse, pourvue de bancs, de réverbères au gaz, de plantations et d'établissements de bains.


IMAGE 1


1a - NÈGRE Charles (1820-1880), Cannes, Vue du Suquet, détail, 1862, 
tirage sur papier albuminé de 8,9x13 cm, 
Los Angeles, The J. Paul Getty Museum, 84.XP.1032.23. 



La datation (1862) de la photographie ci-dessus (Image 1) est notamment déduite de la présence du Casino Cresp (ou Villa Beau-Rivage), érigé par Etienne Cresp (né en 1812) sur un terrain qu'il a acquis le 9 novembre 1861. Ce château néo-gothique à tourelles crénelées de la Croisette (architecte Thomas Smith) a vu son gros œuvre achevé l'été 1862 et a été inauguré le 9 août 1863.

On peut également noter dans l'image l'absence du Grand Hôtel de Cannes (1863-64) et, en arrière-plan, celles des avancées de toit de la Maison Girard située au 4, quai Saint-Pierre (1863). 


1b - NÈGRE Charles (1820-1880), Cannes, Vue du Suquet, détail de l'image précédente, 1862, 
tirage sur papier albuminé de 8,9x13 cm, 
Los Angeles, The J. Paul Getty Museum, 84.XP.1032.23. 



Sur la gauche de l'image (Images 1a et 1b), deux bâtiments se détachent côte à côte sur la Croisette. Ils ont été érigés en 1858-59 (simultanément ou successivement), à la demande de Marius Barbe et constituent les Villas Barbe n°1 et n° 2 (Mémoires de la Société des sciences naturelles & historiques, des lettres et des beaux-arts de Cannes et de l'arrondissement de Grasse, Volumes 2, 1870 p 259)

Le plus haut bâtiment (Villa Barbe n°1) est occupé, dès son achèvement ou au plus tard en 1860, par l'Hôtel Gonnet : "cet hôtel est établi sur le bord de la mer dans un site admirable d'où l'on jouit d'un magnifique panorama ; on trouve dans l'établissement bonne table et des soins dévoués et assidus, salons de compagnie et de musique, bains d'eau de mer, voitures, chevaux et bateaux de plaisance, et en un mot tout le confort désirable" (Annuaire-Almanach Firmin & Didot, 1861 p 1414).

L'Hôtel Gonnet, qui devient "le noyau du beau quartier" (Revue de Cannes du 11 février 1865 p 2), est tenu par le maître d'hôtel Pierre Gonnet [né en 1818] (cité dans le recensement de la Ville de Cannes de 1861). Le nom de l'hôtel, inscrit sous les baies du quatrième niveau, révèle ainsi son premier emplacement (Image 1b).


IMAGE 2


2a - NÈGRE Charles (1820-1880), Vue de Cannes depuis l'Est, détail, été 1863,
quarante-et-unième vue de l'album, Midi de la France
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm, 
New York, The Metropolitan Museum, 1998.475 (41).



La datation (1863) de la photographie ci-dessus (Image 2a) est notamment déduite de la présence, en arrière-plan, des deux avancées de toit sur la Maison située au 4, quai Saint-Pierre (1863) mais également, sur la Croisette, de la coupe des arbres du terrain situé au nord-est de l'Hôtel Gonnet, dégagé pour la construction du Grand Hôtel de Cannes. 

La pose de la première pierre du Grand Hôtel de Cannes (Société franco-suisse) a eu lieu le 10 juin 1863 (architectes Charles Baron, né à Marseille, en 1836, et Laurent Vianay, né à Lyon en 1843) et le tout début du chantier est visible sur la photographie ci-dessous (Image 2b).


2b - NÈGRE Charles (1820-1880), Vue de Cannes depuis l'Est, détail de l'image précédente, été 1863,
quarante-et-unième vue de l'album, Midi de la France, 
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm, 
New York, The Metropolitan Museum, 1998.475 (41).




Par rapport à l'image précédente, plusieurs bâtiments se sont ajoutés au nord-est du Casino Cresp (Image 2a) et à l'ouest et à l'est de l'Hôtel Gonnet (Image 2b). 

Le nouveau bâtiment situé à l'est de la Villa Barbe n° 2 est l'Hôtel Gray et Cie, tenu par l'écossais Charles Gray (né vers 1820). L'hôtel a été construit en 1863 et son ouverture est signalée dans Le Journal de Nice du 5 octobre 1864 (p 4) : "Cannes - Hôtel Gray - Pour Famille - Ce nouvel établissement, situé au bord de la mer, dans le plus beau quartier de la ville, offre aux familles le confortable et la tranquillité d'une maison particulière, avec l'élégance et le luxe des plus beaux établissements. Table d'hôte. Journaux de Londres et de Paris. On parle Anglais et Italien".

Il est également signalé dans les annuaires et les guides de la même année : "Pension de famille Gray et Cie ; appartements au midi ayant vue sur la mer. - Family Boarding House apartments with southern exposure and looking on the sea, avenue de l'Impératrice" (Annuaire-Almanach Firmin & Didot de 1864 p 1580 ; voir aussi, E. Reclus, Les Villes d'Hiver de la Méditerranée, 1864 p 101 où l'auteur attribue par erreur les travaux à l'Hôtel Gonnet ; Annuaire des Alpes-Maritimes de 1864 p 72)

Sur la gauche de l'image, la construction du Cercle Nautique de la Société des Régates (1863-1864) est en cours (Image 2b), avec la réalisation de son deuxième niveau (architecte Charles Baron).


IMAGE 3


3a - Photographe anonyme, Vue panoramique de Cannes, prise depuis l'Est, vers 1866,
 distribuée par la Librairie Visconti de Nice, Chartier successeur,
tirage albuminé de 21,2x8,1 cm, collé sur un carton de 27x11,9 cm, Collection personnelle.



La datation (vers 1866) de la photographie ci-dessus (Image 3a) est notamment déduite de la présence du Grand Hôtel de Cannes. Cet hôtel dont la toiture a été posée en mars 1864 (Journal de Nice du 30 mars 1864) et le gros œuvre a été achevé en juin 1864 (Journal de Monaco du 19 juin 1864), a été inauguré le 22 octobre 1864 (Journal de Nice du 17 octobre 1864). L'hôtel donne au sud sur un vaste jardin, la Croisette et la mer, et au nord sur la rue d'Antibes.

Sur la gauche de l'image, le Cercle Nautique de la Méditerranée, commencé en 1863, en partie ouvert pour la Fête des Régates le 4 avril 1864 (Journal de Nice du 30 mars 1864), ouvert début octobre 1864 (Journal de Nice du 8 octobre 1864) et inauguré vers le 15 octobre 1864 (Journal de Monaco du 19 juin 1864), apparaît également achevé.

Le Café de la Rotonde, pour sa part érigé à partir de février 1865 et ouvert le 30 décembre de la même année (Revue de Cannes du 30 décembre 1865 p 3), n'est pas visible ici (hors-champ) mais l'est sur un tirage élargi effectué à partir de la même plaque de verre (Collection privée) et apporte un précieux indice de datation. 

Enfin, l'absence en arrière-plan de l'étage ajouté courant 1867 sur la Maison Contini située au 16, quai Saint-Pierre, resserre la datation entre fin 1865 et début 1867.


3b - Photographe anonyme, Vue panoramique de Cannes, prise depuis l'Est,
 détail de l'image précédente, vers 1866,
 distribuée par la Librairie Visconti de Nice, Chartier successeur,
tirage albuminé de 21,2x8,1 cm, collé sur un carton de 27x11,9 cm, Collection personnelle.



Le grand bâtiment de trois niveaux (Image 3b) qui s'est ajouté vers 1864-66 au nord du Cercle Nautique, au bout de la rue de la Rotonde/du Cercle Nautique, est la Villa Saint-Jacques (Plan de Cannes de 1871, AMC-1Fi105). 

Sur la photographie, le bâtiment du Grand Hôtel de Cannes masque désormais celui de l'Hôtel Gonnet. 

Plus à l'est deux villas (non nommées) se sont ajoutées vers 1865-66, se partageant dos à dos la parcelle de terrain. La villa la plus au sud, et la plus soignée, est visiblement en cours d'achèvement (échafaudage de la façade orientale). Ces deux villas ne sont pas distinguées l'une de l'autre sur les plans postérieurs et n'y sont désignées que par un seul et même nom.

L'Hôtel Gray "pour Familles" (érigé en 1863-64) reste visible et son nom est lisible sous les fenêtres du deuxième niveau (Image 3b). 

Cette lecture des noms de l'Hôtel Gonnet et de l'Hôtel Gray et Cie est confirmée par des publicités qui les situent tous les deux avenue/boulevard de l'Impératrice (Revue de Cannes du 4 février 1865 ; Dr Lubanski, Guide aux stations d'hiver du littoral méditerranéen, 1865 p XIV) mais également par le Panorama de la Ville de Cannes de Victor Petit (dessiné en 1864 et édité en 1865 par Fortuné Robaudy, Paris, BnF) et par une rare photographie, prise du sud-ouest et datable vers 1865-1867 (AMC-25Fi1601). Il est possible qu'à cette date, l'Hôtel Gonnet occupe également la Villa Barbe n°2, comme le laisse penser le recensement de la Ville de Cannes effectué au début de l'année 1866.

Ce recensement cite notamment : 
- Etienne Cresp [né à Grasse, Alpes-Maritimes, en 1812], marié, 54 ans, tenant pension à la Maison Sicard (ou Villa Sicard, au sud-est de la chapelle Notre-Dame) ; 
- Pierre Gonnet, marié, 47 ans [né à Bobbio, Emilie-Romagne, Italie, en 1818], maître d'hôtel de l'Hôtel Gonnet ; 
- Charles Gray [né à Ibrox près de Glasgow, Ecosse, vers 1820], célibataire, 45 ans, maître d'hôtel de l'Hôtel Gray et Cie ; 
- Amédée Tollin [né à Tence, Haute-Loire, en 1831], marié, 34 ans, maître d'hôtel du Grand Hôtel de Cannes ; 
- Antoine Sur [Henri Louis Lesur né à Chevresis-Monceau, Aisne, en 1828], marié, 36 ans, maître d'hôtel du Cercle Nautique ; 
- Eugène Vaillant [né vers 1830], marié, 35 ans, maître d'hôtel de l'Hôtel de la Plage ; 
- Alexandre Debionne, marié [né en 1821 à Neuilly-sur-Marne, Seine-Saint-Denis], 43 ans, propriétaire du Café Rotonde et Jean Buisson [né vers 1820], célibataire, 45 ans, gérant du Café Rotonde.

Il semble que dès le début de l'année 1867, Pierre Gonnet dirige désormais l'Hôtel Desanges, route d'Antibes, succursale de l'Hôtel Gonnet (l'Hôtel Desanges est cité pour la première fois dans la Revue de Cannes du 29 février 1867 p 3). L'Hôtel Gonnet est, pour sa part, dirigé désormais par son ancien employé, François Daumas (né à Nice en 1837, marié, maître d'hôtel).


IMAGE 4


4 - ALEO Miguel (1824-vers 1886) & DAVANNE Alphonse (1824-1912), Cannes - De la Villa Henriette, 1868,
tirage albuminé de 14,2x9,2 cm, Collection personnelle.
La Villa Henriette est pour la première fois citée dans un ouvrage de 1866
 (P. Millière, Iconographie et description des chenilles et lépidoptères, Paris, 1866 p 286).



La datation (1868) de la photographie ci-dessus (Image 4) est notamment déduite de la présence, en arrière-plan, de la surélévation de la partie nord de la Maison Contini située au n° 16 du quai Saint-Pierre (1867) mais également, sur la Croisette, de l'agrandissement du Cercle Nautique décidé par la Société des Régates le 29 décembre 1867. Les ailes de ce bâtiment sont en construction, l'aile orientale comportant visiblement des échafaudages (Image 4). 

Le cadrage élargi vers l'est de cette photographie permet également de découvrir tout à gauche de l'image, au-delà du Cercle Nautique, le Café de la Rotonde et la Maison Aune.

Le Café de la Rotonde créé par Baptiste Grafada puis acquis par Alexandre Debionne est un petit bâtiment de plan hexagonal qui a été érigé à partir de février 1865 et dont l'entrée est située à l'angle du boulevard de la Croisette et de la rue du Cercle Nautique/de la Rotonde.

La Maison de Charles Marius Aune a pour sa part été construite en 1858. Elle est devenue, en 1865, l'Hôtel de la Plage, tenu par Eugène Vaillant (cité pour la première fois dans la Revue de Cannes du 4 novembre 1865 p 4).

Plus à l'ouest, le Casino Cresp (ou Villa Beau-Rivage) est devenu l'Hôtel Beau-Rivage en 1867 (Guide Murray, A Handbook for Travellers in France, 1867 p 539 ; Les Echos de Nice du 26 octobre 1867).


IMAGE 5


5 - DEGAND Eugène (1829-1911), Cannes, La Croisette vue de l'Est, détail, vers 1868-1871,
tirage albuminé de 9,8x6 cm sur carton de 11,7x7,1 cm, Collection personnelle.



La datation (vers 1868-71) de la photographie ci-dessus (Image 5) est notamment déduite, en arrière-plan, de l'absence de brèche à l'angle nord-est de la Tour de la Castre (vers 1873), mais également de la présence, sur la Croisette, des ailes achevées du Cercle Nautique (1868) et de l'enseigne de l'Hôtel Gray (départ en 1871).

L'Hôtel Gray emménage en effet, en octobre 1871, un peu plus au nord-ouest (trois rues plus loin), au 46, de la rue d'Antibes, à l'angle de la rue de la Foux (actuelle rue des Serbes), en face des Bains Notre-Dame et à côté de la Parfumerie. Il s'installe dans un grand bâtiment unique précédé d'un parc complanté de palmiers.
 
L'Hôtel Gray fusionne avec la Pension et Hôtel d'Albion (ancienne Pension des Etrangers) et se nomme désormais l'Hôtel Gray et d'Albion (hôtel cité pour la première fois dans la Revue de Cannes du 22 octobre 1871 et sur le Plan de Cannes de 1871, AMC-1Fi105), tenu par le maître d'hôtel Herman Foltz (né à Annweiler am Trifels, Rheinland-Pfalz, Allemagne, en 1840). D'autres bâtiments s'ajouteront dans les années 1870, du côté est, sur l'ancien terrain de la Parfumerie (Plan Indicateur de la Ville et de la Campagne de Cannes, vers 1880, BnF)

Parallèlement, l'Hôtel Gonnet occupe, dès octobre 1871, l'emplacement des deux bâtiments qui l'accostaient à l'est dont l'ancien Hôtel Gray et se nomme désormais l'Hôtel Gonnet et de la Reine. Les deux bâtiments de trois niveaux forment cependant, sur leur façade sud, un ensemble non aligné des baies et des corniches. Vers 1896, les deux bâtiments seront réunis par une travée de jonction. L'ensemble de la façade sera ensuite repris, aligné et exhaussé de deux niveaux vers 1900-1905.

L'ancien emplacement de l'Hôtel Gonnet est renommé la Villa Barbe n°1 (Plan de Cannes de 1871, AMC-1Fi105) puis devient en 1872, l'Hôtel des Quatre Saisons (cité pour la première fois dans la Revue de Cannes du 24 octobre 1872 pp 2-3) ou Villa Quatre-Saisons (Plan de Cannes de 1884, AMC-1Fi145). La villa sera vendue en 1885 et transformée pour devenir le Royal Hôtel (mais gardera le nom de Quatre-Saisons sur le Nouveau Plan Indicateur de Cannes et de ses Environs de 1888 et sur celui de 1899, BnF).

Les deux anciennes villas non nommées deviennent l'Hôtel National et des Îles (Plan de Cannes de 1871, AMC-1Fi105). Elles sont renommées, au plus tard en 1876, Villa Britannique (Recensement de la Ville de Cannes de 1876 ; Plan Indicateur de la Ville et de la Campagne de Cannes, vers 1880, BnF ; Plan de Cannes de 1884, AMC-1Fi145 ; Nouveau Plan Indicateur de Cannes et de ses Environs de 1888, BnF) puis, dès 1898, Villa Bénédicte (Annuaire des Alpes-Maritimes de 1899 ; Nouveau Plan Indicateur de Cannes et de ses Environs de 1899, BnF).

Le Café de la Rotonde devient le Café Rumpelmayer dès 1873-74 (cité pour la première fois dans Les Echos de Cannes du 5 juillet 1874 p 1).

Enfin, la Villa Saint-Jacques devient, dès 1872, la Villa Duboys d'Angers et donne son nom au rond-point attenant au mois de juin de la même année (Mémoires de la Société des sciences naturelles & historiques, des lettres et des beaux-arts de Cannes et de l'arrondissement de Grasse, Volumes 4-5, 1874 p 326) puis à la rue qui y conduit (Plan de Cannes de 1884, AMC-1Fi145 ; actuelle rue Frédéric Amouretti).




SUR CANNES - VOIR AUSSI :










jeudi 9 décembre 2021

1211-POLA-SPOERRI

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS




Exposition au MAMAC de Nice - Le Théâtre des Objets de Daniel Spoerri 

- Du 16 octobre 2021 au 27 mars 2022 -



































vendredi 26 novembre 2021

1210-MONACO-LA PRINCIPAUTÉ DE 1856 À 1870




Image 1 - Vue panoramique de Monaco, avec le futur Etablissement de Bains et le futur Casino, 
estampe éditée en une du journal L'Eden le 30 mai 1858,
et accompagnée du texte suivant, "Une transformation s'opère sous nos yeux. En face du vieux Monaco si riant et si pittoresque, s'élève une cité nouvelle sur le riche plateau des Spélugues. Puissante par ses capitaux et les hommes qui sont à sa tête, la Société des bains de Monaco, vient de jeter les fondements d'un monument grandiose [le Casino] autour duquel vont se grouper de magnifiques hôtels et des villas élégantes"


DERNIÈRE MISE À JOUR DE CET ARTICLE : 10/12/2021


LA PRINCIPAUTÉ  DE MONACO (1856-1870)


Introduction

L'Etablissement de Bains

Le Casino

La voie ferrée

L'usine à gaz

La Condamine

Les Spélugues

Photographies et estampes



INTRODUCTION


Cette recherche a pour cadre historique les débuts du règne du prince Charles III de Monaco (1856-1889), à l'époque de la création de la Société des Bains de Monaco (1856), de la cession des territoires de Roquebrune et de Menton à la France (1861), de la desserte de la Principauté par la ligne télégraphique (1862) et la voie ferrée françaises (1868) et de la suppression des impôts personnels fonciers et mobiliers (1868-69). 

En 1856, les habitations de la Principauté sont concentrées au sommet du Rocher fortifié. Les côteaux de La Condamine et des Spélugues (cavernes) qui descendent à la mer sont quasiment dépourvus de toute construction. C'est l'évolution de ces deux nouveaux quartiers qui va être étudiée ici, au-travers de quelques réalisations emblématiques principalement relatées par le Journal de Monaco.


Image 2a - Vue panoramique de Monaco, avec le futur Etablissement de Bains et le futur Casino, 1858,
vignette gravée sur bois par GERARD (?-?), d'après un dessin de l'architecte
 GODINEAU DE LA BRETONNERIE Henri Alexandre (?-1877), et éditée en une du journal L'Eden, à partir du 20 juin 1858.



L'ÉTABLISSEMENT DE BAINS


La Société des Bains de Monaco, créée par MM. Léon Langlois et Albert Aubert, obtient du prince Charles III, le 26 avril 1856, le privilège exclusif de construire et d'exploiter un établissement de bains et une maison de jeux.

Les thermes sont érigés dans l'année suivante, à l'ouest du Rocher, sur un terrain acquis dans l'anse du Canton (ravin) (futur pavillon du Prince Frédéric Guillaume de Wurtemberg acquis en mars 1862), et la maison de jeux est établie sur le Rocher.

Fin 1857, les difficultés financières contraignent cependant les administrateurs à envisager la cession de la Société à M. Daval. Ce dernier l'acquiert le 3 janvier 1858 (ordonnances princières des 3 et 6 avril 1858).

Dès lors naît le projet d'un grand établissement de bains (balnéothérapie et hydrothérapie), situé du côté est du Rocher, à La Condamine, le long de la plage de sable fin près du Port d'Hercule, et d'un Casino sur le plateau des Spélugues (cavernes), conçus par l'architecte Godineau de la Bretonnerie. Les deux premières unes des 30 mai et 20 juin 1858 du journal L'Eden (futur Journal de Monaco) présentent les projets des futurs bâtiments insérés dans le panorama de la Principauté (Images 1 et 2a). Les terrains sont achetés et les deux réalisations sont entamées en mai 1858 (Image 2b).


Image 2b - Vue et description du futur Etablissement de Bains, éditée dans le journal L'Eden, du 27 juin 1858.



Les constructions se voient cependant stoppées par la faillite de la Société en avril 1859. 

La nouvelle Société des Bains de Mer de Monaco, administrée par François Léon Lefebvre (ordonnance du 29 mai 1859), relance la construction de l'Etablissement de Bains qui se termine l'été 1860. Comme prévu, le bâtiment bas (galerie de 80 m de long), fait de briques et de bois, est semblable à un long chalet. Il est dominé par trois pavillons situés au centre et aux extrémités (administration centrale et côtés femmes et hommes) et aligne ses cabines en bord de plage. Il se voit par la suite doublé à l'arrière, uniquement du côté est, par un bâtiment parallèle de la hauteur des pavillons, entrepris à l'automne 1861 et terminé au premier trimestre 1862 (Images 3, 5, 6).

L'Etablissement de Bains est cédé le 31 mars 1862 et la Société le 31 mars 1863 (ordonnance du 2 avril) à M. François Blanc qui va apporter capitaux, confiance, stabilité, développement et richesse à la nouvelle Société des Bains de Mer de Monaco et Cercle des Etrangers et à l'ensemble de la Principauté. 


Image 3 - BERTRAND (?-?)Les Bains de Mer de la Ville de Monaco, 1864,
estampe extraite de l'ouvrage du Dr Lubanski, Guide aux stations d'hiver du littoral méditerranéen : Hyères, Cannes, Nice, Menton, Monaco, préfacé en juillet 1864 et édité en 1865, p 542 bis.

L'Etablissement des Bains de Mer est doublé à l'arrière d'une seule aile est.



Les Bains sont dits augmentés de nouvelles dépendances en juin 1865 et capables de recevoir plus de malades en septembre. C'est probablement l'établissement hydrothérapique d'hiver qui vient d'être complété par l'ajout d'une aile symétrique du côté ouest, une aile étant affectée aux femmes et l'autre aux hommes (soins et pension) (Images 10 et 12).


LE CASINO


A partir de 1856, la Société des Bains de Monaco (MM. Langlois et Aubert) installe le Casino dans un bâtiment situé sur le Rocher. L'adresse est dite place du Château jusqu'en octobre 1858 puis place du Palais.

Au printemps 1858, la nouvelle administration de la Société (M. Daval) envisage un projet de construction sur le plateau des Spélugues (rebaptisé l'Elysée-Alberti) et achète l'ensemble des terrains du plateau au comte Rey (Images 1 et 2). La pose de la première pierre du Casino, a lieu le 13 mai 1858. Le Casino et l'hôtel qui l'accoste restent cependant inachevés du fait de la faillite de la Société en avril 1859. 

Suite à la reprise de la Société des Bains de Monaco (M. Lefebvre) en mai 1859, le Casino quitte la place du Palais pour la propriété du marquis Garbarino, rue de Lorraine (Rocher), dans l'attente d'une villa située au nord-est de La Condamine (future Pension Bellevue), près du ravin de Sainte-Dévote, au centre d'un jardin dominant la mer. Le Casino ouvre à cette adresse le 15 octobre 1859. La Société des Bains inaugure à la même date le Grand Hôtel de Russie dans les anciens locaux du Casino de la place du Palais puis, à côté de lui, l'Hôtel Bellevue, début octobre 1860.

Le chantier des Spélugues reprend en février 1862, sous la direction de l'architecte Godineau de la Bretonnerie qui en avait tracé les plans en 1858.

Le Casino comprend des salles de bal, de concert, de théâtre, de lecture et de jeux ainsi que des salons privés. Il est inauguré le 18 février 1863 (52 m de façades). L'Hôtel de Paris érigé en 1862-1863 et le café-restaurant bâti en annexe en 1863 sont pour leur part inaugurés le 1er et le 14 janvier 1864, sous la nouvelle direction de François Blanc (Image 4). 

Les bâtiments du Casino (Cercle des Etrangers), ses annexes (hôtels, restaurants, cafés, magasins, villas, kiosques), ses terrains et plantations (palmiers de La Bordighera, essences rares et massifs de fleurs, fontaines, terrasses et escaliers) ne cesseront plus d'être multipliés, agrandis et rénovés, notamment sous la direction de l'architecte Dutrou et du maître-jardinier Aensfeld.

Une nouvelle salle de jeux est aménagée en 1864 et inaugurée le 1er janvier 1865. Une deuxième terrasse est créée début 1865 (citée dès avril) pour encadrer au sud les jardins du Casino (Image 10) et des palmiers y sont plantés fin juillet 1865, avec notamment un bosquet ouest. La salle des Concerts est en rénovation en septembre 1865.

Un grand réservoir stockant l'eau de deux sources est bâti au nord-ouest du site en 1867. Le Café Divan (au nom évocateur du célèbre café de Toulouse situé place du Capitole) est construit à l'emplacement d'une ancienne écurie, face à l'Hôtel de Paris, dès l'été 1867 et ouvert dans la première quinzaine de janvier 1868. De chaque côté du café, deux magasins sont bâtis et ouvrent en décembre 1868. Dès l'année suivante, le café prend le nom de Café de Paris. 

Une nouvelle et vaste Salle de jeux (de 31x14 m), dite Salle mauresque, est érigée à l'est du Casino dès le 1er juillet 1868 et inaugurée le 1er janvier 1869Une nouvelle salle de restaurant, réalisée également en 1868, lui fait face désormais.

Une troisième terrasse agrémentée de jardins, située au-dessous des précédentes et dominant la voie ferrée, est en cours de réalisation à partir de juin 1869. Elle est plantée de palmiers en septembre de la même année, avec notamment un bosquet est. Un grand escalier permet d'accéder à la gare.

Une vaste succursale de l'Hôtel de Paris est entreprise dès le 22 octobre 1868 (pose de la première pierre) et ouverte le 15 janvier 1870. Les façades du Casino sont pour leur part modifiées à partir de juillet 1869. Un nouveau bâtiment (salle de billard, salon des dames, magasin), adjoint au Café de Paris, est en construction en janvier 1870 et achevé au cours de l'été.

Un établissement de tir au pistolet et à la carabine est installé à proximité du Casino dès janvier 1869. Devant son succès, un site de plus grande ampleur, comprenant un tir aux pigeons, est envisagé dès le mois de juin et commencé en août, en contrebas du Casino et de la voie ferrée, tout au bord de la mer. Il n'est cependant ouvert qu'en novembre 1871 et inauguré en février 1872. 

Le Tir est relié par un pont de fer surplombant la voie ferrée à la grande terrasse du Casino. Un pavillon latéral accueille notamment les tireurs au pistolet et les tireurs à la carabine sur cibles mais un pavillon ouvert et central abrite les tireurs au-devant d'une grande plateforme en hémicycle où sont lâchés les pigeons. Cette dernière, érigée dès 1870 (Image 13), va être renforcée par de grandes arcades aveugles en 1871. Un premier Grand Concours International de Tir aux Pigeons est organisé les 7 et 8 février 1872.


Image 4 - HUYOT Jules (1841-1921), Monaco, Casino et Grand Hôtel de Paris au Quartier de Spélugues, 1864, estampe extraite de l'ouvrage du Dr Lubanski, Guide aux stations d'hiver du littoral méditerranéen : Hyères, Cannes, Nice, Menton, Monaco, préfacé en juillet 1864 et édité en 1865, p 554 bis.

Le sommet du plateau est encore très boisé. Les bâtiments de la Société des Bains sont organisés autour d'une place nord à rond-point végétal. Le Casino, dont la façade est dominée par trois frontons triangulaires, est accosté à l'ouest par le haut bâtiment à pavillons latéraux de l'Hôtel de Paris.



LA VOIE FERRÉE


Suite à l'accord passé avec la France en 1861, la ligne de chemin de fer, devant relier Nice à la frontière italienne en longeant le bord de mer et en traversant la Principauté, est entamée dès le printemps 1864 (expropriations). Tranchées, remblais, murs de soutènement, tunnels et viaducs sont ensuite réalisés en plusieurs chantiers parallèles, sur les 15,5 km séparant Nice de Monaco de l'automne 1864 à l'été 1867 puis, suite aux expropriations du printemps 1865, sur les 3, 5 km du territoire de la Principauté de fin 1866 à 1869. 

Deux gares sont envisagées en juin 1867 : celle dite de Monaco (près La Condamine), située à l'entrée occidentale du territoire de la Principauté, au nord et en contrebas du Rocher, et celle dite de Monte-Carlo (quartier des Spélugues ou de La Costa rebaptisé ainsi par ordonnance princière du 1er juin 1866), en contrebas du Casino, dominant la mer. 

Leurs matériaux de construction sont livrés début septembre 1867 mais la voie ferrée séparant les deux gares n'étant pas achevée et nécessitant encore de gros travaux, priorité est donnée à la construction de la gare de Monaco. 

Cette dernière, après des travaux de terrassement et de déblaiement, est entreprise dès octobre 1867 (Image 11). Elle est dite en cours d'achèvement fin décembre mais n'est décrite qu'à la fin du mois de juin 1868, avec un pavillon de briques, un abri et un bâtiment en bois destinés aux voyageurs, un salon d'accueil en pierre pour le prince et une remise en bois pour ses voitures. La gare de Monaco reçoit ses premiers voyageurs le 19 octobre 1868, ouvrant une nouvelle ère à la Principauté. Dès juin 1870, les bâtiments existants sont cependant jugés trop exigus et un projet de reconstruction est envisagé (Image 12).

A Monte-Carlo, le monumental mur de soutènement de 230 m de long et de 11, 50 m de haut situé au-dessous du Casino, commencé fin novembre 1866, est encore inachevé en juillet 1867 (Images 8, 9 et 13). La tranchée et le tunnel de la Douane, la tranchée du Casino, le viaduc à trois arches et la tranchée du Portier sont essentiellement réalisés à la fin de l'année 1867, entre septembre et décembre. 

La construction d'un long et haut viaduc est ensuite entreprise au-dessus du ravin de Sainte-Dévote afin de relier les quartiers de La Condamine et de Monte-Carlo. Trois des piles sont terminées en février 1868 et les six arches sont en cours d'achèvement en juin 1868, laissant augurer une fin du viaduc au cours de l'été (Image 13).

L'aménagement du site de la future gare de Monte-Carlo est entrepris fin 1867 et est toujours en cours au printemps 1868. En l'attente de son achèvement et de l'ouverture de la section de voie permettant de l'atteindre, une gare provisoire en bois est construite en septembre 1868 près de celle de La Condamine ; elle va permettre, dès le mois suivant, d'accueillir puis d'acheminer les voyageurs vers le Casino grâce à des omnibus tirés par des chevaux. 

La voie ferrée reliant les deux gares ainsi que la gare de Monte-Carlo sont achevées en 1869 mais ne sont mises en service qu'en fin d'année, lors de l'ouverture de la ligne reliant Monaco à Menton, le 6 décembre 1869.


L'USINE À GAZ


En septembre 1864, la Société des Bains conçoit le projet d'installation d'une usine à gaz, destinée à fournir l'éclairage de la ville en pleine expansion, et recherche son futur emplacement. 

En mars 1865, c'est en arrière du Port d'Hercule, sur la propriété Gastaldy, que le site est choisi pour l'usine et son premier gazomètre cylindrique de stockage. Les travaux, commencés fin avril 1865, s'achèvent fin janvier 1866 (Image 6).


Image 5 - Photographe anonyme et dépourvue de titre, distribuée par la Librairie Visconti de Nice, Chartier successeur,
Vue panoramique nord-est/sud-ouest du Rocher de Monaco et de La Condamine, 1864,
tirage albuminé de 21,2x8,1 cm, collé sur un carton de 27x11,9 cm, Collection personnelle.

La végétation est dense à La Condamine et les constructions peu nombreuses et regroupées dans l'anse du Port.
 L'Etablissement de Bains est doublé seulement d'une aile orientale, accostée par la haute Villa de Millo.



LA CONDAMINE


Dans la seconde moitié des années 1850, les terrains de La Condamine (Images 1 à 3), situés au pied du Rocher, sont recouverts d'une végétation dense constituée de vergers d'oliviers, de citronniers, d'orangers et de caroubiers et de champs de violettes (Image 5). Ils ne comportent que de rares bâtiments groupés à proximité du Port d'Hercule dont le bureau de la Marine, l'entrepôt et quelques maisons. Le nouvel Etablissement de Bains est érigé à proximité, le long de la plage, à partir de 1858. L'attraction de La Condamine est ensuite renforcée par le tracé de la future voie ferrée qui entraîne spéculation et morcellement des propriétés.

Au milieu des années 1860, deux bâtisses seulement sont nommées : la Villa de Millo à l'ouest (près des Bains, citée dès mai 1864) (Images 3, 5, 6 et 9), et le Palais et la Villa de la Condamine à l'est (propriété de M. de Villemessant bâtie sur des terrains acquis auprès de M. Siraudin en février 1865, près du ravin de Sainte-Dévote). Ce sont ensuite les constructions des villas Muratore, Vatrican, Blanqui, des maisons Marquet, Neri, Gavone, de l'Hôtel du Louvre et de l'usine à gaz puis, entre 1867 et 1870, de nouveaux hôtels, de la gare de Monaco et de deux lotissements qui vont fortement réduire la végétation.

En 1869-1870, l'avenue Caroline se borde de maisons, une nouvelle avenue qui lui est perpendiculaire est commencée entre le port (rue du Port), la place d'Armes et la gare (avenue de la Gare), et le large quai rectifié, conduisant des Bains au ravin de Sainte-Dévote, est bordé de trottoirs (boulevard de la Condamine). Située entre le Rocher et Monte-Carlo, La Condamine devient le quartier central de la Principauté (Image 12).



Image 6 - Photographe anonyme et dépourvue de titre, vendue par la Librairie Visconti de Nice, Chartier successeur, Vue panoramique de la Condamine et des Spélugues, fin 1868,
tirage albuminé de 21,2x8,1 cm, collé sur un carton de 27x11,9 cm, Collection personnelle.
 
Sur la gauche de l'image, la haute Villa de Millo (propriété citée dès mai 1864) ; au centre, l'Etablissement de Bains avec ses ailes est et ouest (1865) ; sur la droite, le gazomètre de l'usine à gaz (inaugurée en janvier 1866) puis le Port. 

Dans le golfe, se remarque le bateau à vapeur Charles III, construit à Bordeaux et entré en service pour relier Monaco à Nice le 19 octobre 1866. 



LES SPÉLUGUES


Dans la seconde moitié des années 1850, le plateau des Spélugues, beaucoup plus abrupt et aride (sauf à son sommet) que celui de La Condamine, accueille à son extrémité orientale le chantier du Casino (1858) (Images 1 et 4). Ce pôle d'attraction entraîne, vers 1860, la construction des premières villas, chalets et hôtels. Les rocs sont taillés à coups de mine et les terrains, une fois aplanis, sont recouverts d'une couche de terre végétale.

A la cession de la Société des Bains de 1863, François Lefebvre conserve une partie occidentale des terrains des Spélugues qu'il va vendre un à un, et François Blanc gère la partie orientale (Casino) comme un lotissement (achat et revente de terrains, construction d'hôtels, construction, location et vente de villas). Une nette accélération des chantiers se note à partir de cette année-là, du fait de l'achèvement du Casino mais également de la facilitation administrative des démarches d'acquisition (Image 6).

Une ville nouvelle se développe, coupée par le boulevard du Casino et longée par les voies parallèles sans cesse améliorées (pentes adoucies, rues élargies, bordées de trottoirs et d'arbres) de la route de Menton, de l'avenue de La Costa et de l'avenue des Spélugues (dite ensuite de Monte-Carlo) et bientôt par la voie de chemin de fer.

Des hauteurs du côteau à la mer et du ravin de Gaumates (ou de Sainte-Dévote) au Casino, de blanches villas, tournées vers la mer, couronnées de terrasses et précédées de jardins remarquables arborés et fleuris, s'étagent sur quatre niveaux de terrains. Elles sont généralement la propriété d'hivernants étrangers et majoritairement de français parisiens. Plusieurs villas ont le même propriétaire qui en destine une partie à la location ou la vente. 

Une douzaine de constructions sont réalisées dans les années 1860 dont d'ouest en est, les deux Villas Briguiboul (Villa Colombe citée en août 1863), la Villa Dusautoy ou Villa Hortensia (érigée entre 1863 et 1867 ; future Villa Zlotnicki ou Villa Waleska), la Villa Seguy ou Villa des Palmiers (érigée entre 1865 et 1867 ; future Villa Jouët ou Villa de La Tour), la Villa Lefebvre (érigée vers 1863-64), la chapelle de l'Immaculée-Conception (érigée vers 1867-68), la Villa Griois ou Villa Auguste (terrain acquis en avril 1860), la Villa Kellermann acquise par Saint-Aubin (en novembre 1864), la Villa Chompret (érigée vers 1864), une villa (érigée vers 1862) qui devient l'Hôtel d'Angleterre (ouvert en janvier 1865 ; futur Bureau du Télégraphe), la Villa Blanc (érigée vers 1868-69) puis la Villa Violette (citée dès 1866) dont les jardins se confondent avec ceux situés à l'arrière de l'Hôtel de Paris (ouvert en janvier 1864) (Images 6 à 9 et 13). 


Image 7 - ANDRIEU Jean (1816-apr.1872), 563. Port de Monaco. Environs de Nice, B.K. Editeur, début 1863, l'une des deux vues stéréoscopiques de 7,7x7,4cm, collées sur carton de 17,5x8,8 cm, Collection personnelle.

Sur le plateau des Spélugues, on découvre, à gauche de l'image, tout d'abord la Villa Briguiboul ou Villa Colombe, située dans l'anse, au bas de l'avenue des Spélugues. Elle est citée dès 1863 et accueille des hôtes célèbres, comme le poète Joseph Méry (1797-1866) et le compositeur Ernest Reyer (1823-1909) pendant l'hiver 1865

Au milieu du plateau, positionnée au-dessus de l'avenue des Spélugues, c'est la grande Villa Auguste, érigée suite à l'achat du terrain en avril 1860. Henri de Villemessant raconte sa visite de février 1865 de cette Villa d'Auguste Griois, "fils d'un ancien notaire de Paris [père décédé]. Comme il est l'un des premiers fondateurs du nouveau Monaco, tout naturellement il a choisi sa place. De sa maison bâtie sur une colline, il voit à droite le joli petit rocher de Monaco qui semble avoir été placé là pour lui servir de décor, et à gauche le Casino, les maisons et les hôtels qui dans cinq ou six ans formeront une vraie ville (...) Comme le marbre, et le marbre de Carrare s'il vous plaît, est meilleur marché que la pierre chez nous, on en a mis partout et vous marchez sur des mosaïques polies et chatoyantes. Chaque petit appartement a sa chambre, son cabinet de travail, son cabinet de toilette et sa terrasse dont les rampes sont en marbre blanc. Il y règne une simplicité opulente, ce vrai luxe qu'est l'heureuse alliance de la richesse et du goût. Autour de la maison, poussent en pleine terre des cactus dont les énormes branches ont l'air de candélabres" (Journal de Monaco des 26 février et 5 mars 1865).

Plus à droite, une bâtisse basse fait face à une villa érigée vers 1862 et située au-dessous de l'avenue des Spélugues puis ce sont les bâtiments du Casino et du Grand Hôtel, érigés en 1862 et 1863.



Image 8 - ALEO Miguel (1824-c.1900), Monaco - Les Spélugues, détail, fin 1867,
tirage albuminé de 14,2x9,2 cm, Collection personnelle.

 De gauche à droite, une dizaine de villas s'échelonnent le long des voies qui mènent au Casino et à ses bâtiments annexes. 

A gauche de l'image, au-dessus de la Villa Briguiboul ou Villa Colombe, deux bâtisses se sont ajoutées entre 1863 et 1867, celle du sommet étant la Villa Dusautoy (future Villa Zlotnicki ou Villa Waleska). 

Au même niveau mais plus à droite, la Villa Seguy ou Villa des Palmiers (future Villa Jouët ou Villa de la Tour) s'est construite entre 1865 et 1867 sur un terrain acheté à la famille Griois qui occupe toujours la Villa Auguste voisine. En arrière de l'espace compris entre la Villa Seguy et la Villa Auguste se devine la Villa Lefebvre, érigée vers 1863-64.

En contrebas, une bâtisse basse a été construite en bord de mer. Plus à droite et au-dessus de la voie ferrée qui longe le grand mur de soutènement désormais achevé (érigé entre novembre 1866 et l'été 1867), deux villas côte à côte : la Villa Chompret bâtie vers 1864 et une villa construite vers 1862 qui est devenue l'Hôtel d'Angleterre, ouvert en janvier 1865 (futur bureau du télégraphe). 

Enfin, c'est la Villa Violette, citée dès 1866 (future Villa Wagatha) dont les jardins se confondent avec ceux qui sont situés à l'arrière de l'Hôtel de Paris puis la terrasse sud du Casino avec son bosquet de palmiers (plantés en juillet 1865 en remplacement des pins originels).


Image 9 - Photographe anonyme et dépourvue de titre, vendue par la Librairie Visconti de Nice, Chartier successeur, Vue panoramique de la Condamine et des Spélugues, détail de l'Image 6, fin 1868, 
tirage albuminé de 21,2x8,1 cm, collé sur un carton de 27x11,9 cm, Collection personnelle.

Au tout premier plan de l'image apparaît, à La Condamine, la haute Villa de Désiré de Millo (agent immobilier) dont la construction date de la fin de l'année 1863

 Sur le plateau des Spélugues se remarque à côté de la Villa Seguy (érigée entre 1865 et 1867), la nouvelle chapelle de l'Immaculée-Conception érigée fin 1867-début 1868 par Madame mère et veuve Griois (qui lèguera à sa mort sa fortune à des œuvres de charité). 

Plus à droite, au-dessus du grand mur de soutènement (érigé entre novembre 1866 et l'été 1867) et en face de l'Hôtel d'Angleterre, un grand hôtel (future Villa Blanc) est visiblement en construction ; le Journal de Monaco du 1er novembre 1868 rapporte que dans la matinée du 31 octobre, "un ouvrier charpentier est tombé du haut du quatrième étage d'une maison en construction, en face de l'Hôtel d'Angleterre. Le malheureux s'est cassé un bras"



PHOTOGRAPHIES ET ESTAMPES


Les plus anciennes photographies conservées montrant la Principauté de Monaco datent de la seconde moitié des années 1850 (rares) puis des années 1860. Elles sont généralement dépourvues de date et parfois anonymes

Ces photographies sont l'œuvre d'une quinzaine de photographes hivernants ou résidents de la région (Monaco, Nice, Menton) dont Louis Crette, Joseph Silli, Alphonse Davanne, Miguel Aleo, Jean Andrieu, Jean Walburg De Bray, Eugène Degand, Albert Pacelli, Adolphe Braun, William White Rouch, Pierre Dupeyrot, Hermann Noack, Charles Lenormand et Etienne Neurdein. Peu de vues connues portent le nom de Pierre Ferret et aucune celui de Madame Fontaine ou d'Emile Messy, malgré leurs publicités de l'époque.

Quelques estampes sont également conservées. Elles sont souvent rattachées à la date de leur publication dans des journaux ou revues mais proviennent de dessins antérieurs ou inspirés de photographies plus anciennes.


Image 10 - Photographe anonyme et dépourvue de titre, vendue par la Librairie Visconti de Nice, Chartier successeur, 
Vue panoramique du Rocher de Monaco depuis les terrasses du Casino de Monte-Carlo, vers 1867-1868, 
tirage albuminé de 21,2x8,1 cm, collé sur un carton de 27x11,9 cm, Collection personnelle

On aperçoit à La Condamine l'Etablissement de Bains et la Villa de Millo.


Image 11 - ALEO Miguel (1824-c.1900), Monaco, fin 1867,
tirage albuminé de 14,2x9,2 cm, Collection personnelle.

Au pied du Rocher, le terrain a été déboisé et aplani pour y accueillir la future gare. A droite de l'image, sur le côté occidental du Rocher se remarquent deux cabanes de chantier. 

Sur la gauche de l'image, on aperçoit le gazomètre (1865) et l'Etablissement de Bains avec la deuxième aile du bâtiment hydrothérapique (1865).


Image 12 - DEROY Isidore Laurent (1797-c.1886), détail, vers 1870
lithographie en couleurs de 49,3x33 cm, Paris, BnF (Gallica), Recueil, Collection de Vinck, Un siècle d'histoire de France par l'estampe, 1770-1870, vol. 163.

"A l'entrée de la station de Monaco s'élève un bâtiment destiné à servir de remise aux voitures du Prince ; plus loin sont les quais, l'un couvert, l'autre découvert ; puis un pavillon très coquet, construit en briques de Saint Henri. Près de là se trouvent l'abri et le bâtiment destinés aux voyageurs. A ce bâtiment, on a annexé un salon réservé à S.A.S. Cette construction est en belles pierres de Beaucaire" (Journal de Monaco du 21 juin 1868).

La gare provisoire (bâtiment en bois) érigée en septembre 1867 et destinée à acheminer les voyageurs au Casino a été démolie suite à l'ouverture de la ligne Monaco-Menton le 6 décembre 1869.


Image 13 - DEROY Isidore Laurent (1797-c.1886), détail, vers 1870
lithographie en couleurs de 49,3x33 cm, Paris, BnF (Gallica), Recueil, Collection de Vinck, Un siècle d'histoire de France par l'estampe, 1770-1870, vol. 163.

La voie ferrée parcourt le nord de La Condamine, traverse le viaduc de Sainte-Dévote, s'enfonce dans le tunnel et la tranchée de la Douane, débouche en bord de mer le long du grand mur de soutènement puis fait un arrêt à la station de Monte-Carlo (l'accès au Casino peut se faire en voiture à cheval par un chemin ou à pied par l'escalier monumental qui gravit les terrasses).

Le Tir aux pigeons est bien visible tout au bord de la mer, avec son bâtiment occidental et sa plateforme circulaire (pas encore renforcée de grandes arcades aveugles).


Image 14 - Article du journal Le Curieux intitulé, "De Monaco à Monte-Carlo et à la frontière italienne en chemin de fer",
retranscrit dans le Journal de Monaco du 14 décembre 1869.





VOIR ÉGALEMENT

ALBUM DE JEAN WALBURG DE BRAY, "PRINCIPAUTÉ DE MONACO", VERS 1875