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samedi 13 janvier 2018

798-NICE - LES MAGASINS DU "GRAND HÔTEL" DANS LES ANNÉES 1870




- Photographe anonyme, probablement Jean ANDRIEU (1816-apr. 1872), Vue de Nice depuis la Tour Saint-François, vers 1862-1866,
tirage albuminé contrecollé sur carton de 7x10 cm, Collection personnelle.
Le carton porte au verso une étiquette précisant le lieu de son achat, 
"Photographie & Beaux-Arts - Visconti - Chartier Successeur - Nice - 2, rue du Cours.".
Le tirage peut avoir été vendu au milieu ou à la fin des années 1870, date à laquelle
 on relève cette mention de "Chartier successeur" (annuaire de 1877). Cette vue du Paillon montre
 cependant un état antérieur aux travaux évoqués dans cet article. 




INTRODUCTION

A un an d'intervalle, j'ai acquis deux photographies anciennes de Nice montrant le Square Masséna et le quai Saint-Jean-Baptiste.

Les photographies montrant des vues semblables sont légion mais ces deux-là ont la particularité de présenter des vues panoramiques prises depuis l'est, montrant en grand détail le Square Masséna (actuelle Promenade du Paillon, Coulée verte) ainsi que le quai Saint-Jean-Baptiste (actuelle avenue Félix Faure), avec le Grand Hôtel et son alignement de magasins au rez-de-chaussée (façade refaite au début du XX° siècle ; actuel immeuble d'habitation).



- Ci-dessus et ci-dessous, détails du Plan indicateur de la Ville de Nice édité par le libraire Charles Jougla, 1865, Paris, BnF, 
montrant les travaux réalisés (Pont Napoléon III) et ceux projetés en rouge, notamment le couvrement du Paillon (qui, en définitive, ne rejoindra pas le Pont-Vieux mais sera décalé un peu plus au sud) et l'alignement des quais.





LES TRAVAUX

Dans les années 1860, la municipalité met tout en oeuvre pour relier davantage les rives gauche et droite du torrent du Paillon afin de permettre une meilleure circulation entre la vieille ville et la ville nouvelle qui se développe sur les jardins et la campagne environnante.

Dès 1864-1865, le Pont des Phocéens ou Pont Napoléon III est érigé à l'embouchure du Paillon afin de relier le quai du Midi à la Promenade des Anglais. Les travaux concernent également l'aménagement des rives et des quais. 

De 1867 à 1868, c'est cette fois plus au nord qu'une communication est créée entre les deux rives (voir la photo ci-dessus avant travaux et ci-dessous après travaux) mais la municipalité couvre cette fois un large espace au-dessus du torrent et y érige un square qui reçoit en son centre un Monument en hommage au Maréchal d'Empire, André Masséna (Nice, 1758-Paris, 1817), avec figures et bas-reliefs en bronze du sculpteur Albert-Ernest Carrier-Belleuse (1824-1887). 

Il est à noter qu'à la destruction achevée l'été 1866 des anciens bâtiments du quai Saint-Jean-Baptiste acquis par l'entrepreneur lyonnais Poncet, a succèdé la construction de nouveaux dont le Grand Hôtel (1866-1867) en face duquel est érigé le square Masséna (1867-1868), par le même entrepreneur.

Le Journal de Nice permet de suivre les travaux : "les constructions du quai Saint-Jean-Baptiste poussent à vue d'oeil, les pilastres du Grand hôtel ainsi que les murs intérieurs et la façade rue Gioffredo (à l'arrière). Les menuiseries ont été commandées à la maison Maylon de Marseille" (article du 18 avril 1867) ; en septembre, "les travaux du Grand Hôtel s'achèvent" (article du 15 septembre 1867).

"Décidément, la vogue est acquise au quai Saint-Jean-Baptiste, le fait est que de tout temps la Bourgade, comme on appelait à Nice, cette partie de la ville, a toujours été réputée comme l'endroit le plus chaud et le mieux abrité. 
En se rendant acquéreur du Grand Hôtel bâti par la Compagnie Poncet, sur cet emplacement, M. Schmitz propriétaire de l'hôtel des Etrangers, a donc fait preuve non seulement de courage, mais encore d'une grande intelligence. Oser, lorsqu'on ne possède rien est chose facile, mais oser lorsqu'on possède une fortune, est difficile et rare, M. Schmitz a osé et dès ses débuts il a pu s'applaudir de son courage, car à peine ouvert le Grand Hôtel a été envahi par la foule de nos hôtes, et depuis il n'a pas désemplit (sic). Le Grand Hôtel est donc aujourd'hui en pleine exploitation. Une fois le square fini, nous sommes convaincu (sic), qu'admirablement achalandé par le nom de M. Schmith (sic), cet immeuble aura doublé de valeur" (Les Echos de Nice du 19 janvier 1868).

Les travaux du pont-square, qui ont débuté pour leur part avec les fondations en juillet 1867, se poursuivent avec le cintrage en avril 1868, la clé de voûte de la première arche en mai, le décintrage des cinq arches et leur couvrement d'une chape de béton puis de terre dès juin. Les plantations du square marquent l'achèvement des travaux en février 1869. La pose de la statue est effectuée en juin et le Monument au Maréchal Masséna et le square sont inaugurés lors de la Saint-Napoléon, le 15 août 1869. 



- Photographe anonyme (Miguel Aleo ?), Nice, La Vallée du Paillon, détail, fin 1867 ou début 1868,
tirage albuminé de 14x21 cm, Collection privée.
On voit bien, sur la gauche de l'image, la façade du Grand Hôtel dont la construction s'achève vers septembre 1867
 (avec des boutiques encore sans devanture), et au centre du Paillon, entre le Pont Neuf au premier plan et le Pont Vieux à l'arrière-plan,
l'élévation en cours des 5 arches du futur Pont-square Masséna.


- Détail du Plan pittoresque de la Ville de Nice dressé le 1er janvier 1878,
Nice, Bibliothèque municipale du Chevalier de Cessole.
Au centre, le square Masséna et le quai Saint-Jean-Baptiste avec le Grand Hôtel entre les nouvelles rues Gubernatis (au nord) et Alberti (au sud).




Les travaux de la municipalité se continueront ensuite par le Pont Garibaldi plus en amont (1871-1873) puis par le couvrement du Paillon du square Masséna vers la mer, jusqu'au Pont Neuf et la place Masséna pour recevoir le grand Casino Municipal (1881-1885), puis du Pont Neuf au Pont Napoléon III (renommé Pont des Anges) en 1891-1892, pour recevoir de nouveaux espaces de jardins l'année suivante.



- DEGAND Eugène (1829-1911), Nice, Les quais, vue prise de la Tour St-François, vers 1870,
tirage albuminé de 19,3x25,3 cm, sur carton fort de 34,3x44 cm, Collection personnelle.
Le square Masséna est bien visible avec ses plantations et son Monument central.





LA PREMIÈRE PHOTOGRAPHIE

La première photographie de l'endroit (tirage albuminé de 8,4 x 22 cm), collée au centre d'un carton au double cadre (13,1 x 28,5 cm), est soulignée des termes "Vue Panoramique". Le verso est revétu pour sa part du timbre humide bleuté portant le texte suivant en petites majuscules, "Photographie Universelle - Lucchesi - 17, quai Saint-Jean-Baptiste, 17 - Nice", et présente un titre manuscrit rédigé au crayon, "Square et Statue Masséna et Grand Hôtel".



- DE BRAY Jean Walburg (1839-1901), Square et Statue Masséna et Grand Hôtel, vers 1870 (?),
vue prise depuis le boulevard du Pont-Neuf (actuel boulevard Jean-Jaurès),
tirage albuminé de 8,4x22 cm sur un carton de 13,1x28,5 cm, Collection personnelle.
Le square Masséna montre des plantations de petite taille.
Le Grand Hôtel occupe par ses façades tout l'espace compris entre les rues Gubernatis et Alberti. Le bâtiment central (dans l'axe du square et de la statue de Masséna) est plus haut d'un niveau que les bâtiments latéraux et symétriques. L'ensemble du rez-de-chaussée est occupé par des boutiques.




Raphaël "Lucheze" (1872) puis "Luchesi" (1873) et enfin "Lucchesi" (dès 1874) est un photographe-éditeur qui possède en effet, dès 1871-1872 (annuaire niçois de 1872 ; décalage dû à la réalisation de l'annuaire en chaque fin d'année pour l'année suivanteune boutique d'objets de Beaux-Arts à Nice, située quai Saint-Jean-Baptiste. Sa boutique affiche dans les annuaires le n° 17 en 1873 puis le n°12 en 1874, le n° 3 en 1875 et à nouveau le n° 17 en 1877 (annuaire de 1876 et de 1878 absents).

Raphaël Lucchesi semble prendre une deuxième adresse au n°6 avenue de la Gare puis quitter la précédente vers 1877 (annuaire de 1879). Il ajoute par la suite une seconde adresse au n° 52 de la même avenue dès 1890. Il semble cesser son activité vers 1894. 

Il a notamment édité de nombreuses photographies de Jean Walburg de Bray (1839-1901) aux formats carte de visite, cabinet et panoramique, ainsi qu'une série de vues stéréoscopiques intitulée, "Vues de Nice et de ses environs".

La photographie panoramique étudiée est manifestement une photo de Jean Walburg de Bray (actif à Nice depuis le début des années 1860) comme l'indique notamment la mention "Vue panoramique". L'adresse de ce dernier, située au n° 12, ruelle Saint-Etienne, depuis la fin des années 1860 (annuaire de 1869), se double d'ailleurs d'un emplacement quai Saint-Jean-Baptiste dès 1873 (annuaire de 1874) qui affiche le n° 55 dès l'année suivante (annuaire de 1875) puis le n° 19 en 1883 (6éme édition du "Guide de Nice en poche") avant qu'il ne déménage à Cannes cette même année.

La photographie a été éditée vers 1873 ou peu après, ce qui peut être déduit des indications du tampon de l'éditeur, le n° 17 de l'adresse renvoyant aux années 1872-1873 et l'orthographe du nom ("Lucchesi" avec deux "c") renvoyant aux années 1873-1874. La prise de vue peut cependant être antérieure et donc, dans un premier temps, être datée vers 1869-1873.



LA DEUXIÈME PHOTOGRAPHIE


La photographie, également panoramique (8,4 x 20,9 cm), a été pour sa part prise de plus loin et en hauteur depuis le clocher de la cathédrale Sainte-Réparate ou depuis le flanc occidental de la colline du Château. Elle révèle ainsi, au-delà du square Masséna, du quai Saint-Jean-Baptiste et des terrasses du Grand Hôtel, une partie de la ville nouvelle (à l'ouest), le boulevard et la colline de Carabacel (plus au nord) et le paysage environnant.

Il existe d'autres tirages au cadrage et format différents.



- Photographe anonyme [DEGAND Eugène (1829-1911)], Sans titre [Vue de Nice, depuis l'un des immeubles du boulevard du Pont-Neuf], vers 1870 (?),
tirage albuminé de 8,4x20,9 cm sur carton de 8,8x21,2 cm, Collection personnelle.


- Photographe anonyme [DEGAND Eugène (1829-1911)], Sans titre [Nice, Le Quai Masséna], vers 1870 (?),
tirage albuminé de 14x22 cm, Collection privée.




Anonymes et dépourvues de titre et de toute indication, ces photographie font cependant partie d'une série de vues de la Riviera réalisée par Eugène Degand (1829-1911). Ce photographe, également actif dès le début des années 1860, possède son atelier au n° 18 place Saint-Etienne et sa boutique au n° 6, rue Paradis.

Ces vues sont assez semblables à la précédente (vers 1870-1874 ?) et peuvent être datées, elles-aussi, peu après la réalisation du Grand Hôtel (1867) et du square Masséna (1869), les arbres et arbustes du square (plantés en janvier 1868) et du quai Saint-Jean-Baptiste (plantés en avril 1870) étant encore de petite taille. D'ailleurs, le Couvent des Ursulines, bien visible à droite de la photo au sommet de la colline de Carabacel, ne montre pas encore le grand bâtiment entrepris en 1875. Il reste cependant à découvrir de quelle année exactement datent les prises de vue de ces photographies.



ÉTUDE COMPARATIVE ET DATATION

L'immeuble du Grand Hôtel a été érigé en 1866-1867 et les deux photographies montrent donc un bâtiment récent et des magasins ouverts au plus tôt fin 1867-début 1868, au n° 9 du nouveau quai Saint-Jean-Baptiste.

Les deux clichés montrant le détail des boutiques du rez-de-chaussée du Grand Hôtel, l'idée m'est venue d'étudier les noms visibles des magasins et de leurs marchands et de les croiser avec le contenu des annuaires niçois afin d'essayer d'affiner la date de leur prise de vue (vers 1870 ?). 

La tâche s'est avérée passionnante mais complexe pour plusieurs raisons :
- les noms des magasins n'étant pas toujours lisibles (flous ou masqués) sur les photographies, 
- les boutiques affichant parfois des noms autres que ceux du marchand (devanture publicitaire, nom du propriétaire),
- les noms des magasins se retrouvant peu cités dans les annuaires de cette époque,
- les noms de certains marchands apparaissant peu, aléatoirement ou pas du tout dans les annuaires,
- les noms des marchands apparaissant soit dans la liste professionnelle, soit dans la liste alphabétique mais plus rarement dans les deux,
- les marchands ayant souvent deux adresses de magasins dont l'une des deux est plus rarement citée, 
- plusieurs marchands se succédant parfois sur un même emplacement dans la période concernée,
- le regroupement et le nom des métiers étant différents d'une année sur l'autre dans la liste professionnelle,
- les annuaires de certaines années affichant soit la liste des habitants, soit la liste des professionnels,
- les annuaires de certaines années (1876, 1878, 1880, 1881, 1882, 1883) n'étant pas conservés.

La technique adoptée a été de :

- relever sur les deux photographies tous les noms présents sur les magasins du sud au nord, 
- puis de rechercher tous ces noms dans les annuaires disponibles de 1867 à 1884, 
- de compléter ces noms par le relevé systématique de tous les habitants et marchands mentionnés au quai Saint-Jean-Baptiste dans les annuaires de ces années-là, 
- de déduire les noms qui peuvent concerner les magasins du Grand Hôtel (adresses souvent dépourvues de numéro),
- et enfin de comparer les magasins des deux prises de vue pour déterminer notamment la plus ancienne des deux.

En définitive, et malgré certaines interrogations restées en suspens, la liste des magasins est la suivante pour la photographie de Jean Walburg de Bray avec, de gauche à droite et du sud au nord :

1- "Au Grand Condé", tailleur, M. Auguste Benedetti, au nom cité dans les annuaires de 1872 à 1884 ;
2- "Au Gagne-Petit", magasin au contenu inconnu, au négociant inconnu, au nom non retrouvé dans les annuaires ;
3- "Antiquités", peut-être M. Pierre Sauvet, tableaux et antiquités, cité dans les annuaires de 1866 (avant la construction du Grand-Hôtel) et en 1870-1872 (sans numéro) mais il est cité au n° 55 en 1873 (sans numéro en 1874 et 1875) puis au n° 19 en 1877 et 1879 ; c'est peut-être M. Gaspard Erba, antiquaire également, qui lui succède en 1873 et 1874. 
Les emplacements de la boutique, "Au gagne-Petit" (2) et de celle d'Antiquités (3) seront occupés, vers 1880, par le "Magasin Suisse", probablement de M. Chr. Goerg, cité dès 1884, avec des articles de fantaisie.
4- "Pharmacie Internationale - Pharmaceutical Chemist", M. Louis Donati/Donato, cité dans les annuaires de 1870 à 1884, avec (?) les pharmaciens, Jean-Baptiste Peyron en 1877, Plumet/Plumey de 1879 à 1884, Quéry en 1884 ;
5- "Magasin Arabe", M. Ibrahim, cité uniquement dans l'annuaire de 1872.
- Détail de la photographie de Jean Walburg de Bray, montrant le rez-de-chaussée de l'aile sud du Grand Hôtel.




6- "A. Montini", M. Antoine Montini, signalé comme vendeur de coraux dans l'annuaire de 1873 puis de Beaux-Arts, dans celui de 1874 ;
7- Magasin anonyme (inoccupé à cette date ?). 
Les emplacements du "Magasin Arabe" de M. Ibrahim (5), de la boutique de Beaux-Arts d'A. Montini (6) et du magasin de quincaillerie, "A la Ville de Paris" (7), cèderont la place vers 1880 à deux boutiques côte à côte de M. Auger/Augé, chemisier. L'une y proposera des articles de fantaisie (5) et l'autre, des chemises (6 et 7), sous le même nom de "Maison Auger", même si ce nom n'est cité qu'à partir de 1884 (du fait de l'absence des annuaires niçois de 1880 à 1883).
8- "Th. Allard Coiffeur - Coiffeur de Paris", M. Théophile Allard, coiffeur du Grand Hôtel, au nom cité dans les annuaires de 1871 à 1884 ;
9- "Grand Hôtel", Famille Schmitz propriétaire (Auguste puis sa veuve), nom cité dans les annuaires de 1868 à 1884 ;
10- "Gurtler Fabricant de Cristaux de Bohême", M. Gürtler Herman/Hermand, cité dans les annuaires de 1870 à 1874 (il est cité ensuite au n° 7, rue Paradis, dès 1875) ; il dépose cependant une demande d'autorisation pour faire une inscription au quai Saint-Jean-Baptiste dès 1868,
11- "Broderie & Lingerie - Maison Spéciale Blanc", M. Jean Seilhan/Seihlan/Seylan cité de 1873 à 1879 ;
12- "Jean Guillaume", cordonnier, au nom jamais cité dans les annuaires au 9, quai Saint-Jean-Baptiste mais au n° 7, rue Paradis, de 1872 à 1884 ; il dépose cependant une demande d'autorisation pour faire une inscription au quai Saint-Jean-Baptiste dès 1868,
- Détail de la photographie de Jean Walburg de Bray, montrant le rez-de-chaussée du bâtiment central du Grand Hôtel.




13- "Capecchi Lampiste", Vincent Capecchi, ferblantier, au nom cité dans les annuaires de 1869 à 1879 ;
14- "Veuve Giraud", ombrelles, parapluies, Madame Cécile Giraud, au nom cité dans les annuaires de 1872 à 1879  (sa demande d'enseigne en 1865 pour le n° 30 quai Masséna nous informe de son adresse précédente ; l'annuaire de 1884 indique qu'elle a déménagé au 28, avenue de la Gare) ;
15- "Mme De Pietro", magasin au contenu inconnu, au négociant inconnu, au nom non retrouvé dans les annuaires ;
16- Magasin anonyme (inoccupé ?) ;
17- "Fleuriste", M. Toche, jardinier-fleuriste, au nom cité dans les annuaires de 1870 à 1884 ;  il dépose cependant une demande d'autorisation pour faire une inscription au quai Saint-Jean-Baptiste (et au 75 rue de France) dès 1868,
18- "Tabacs", M. Gilbert Gourret/Gouré/Goureti, au nom cité dans les annuaires de 1870 à 1875 puis celui de Mme L. Pollaro en 1879 et 1884 ;
19- "Grand Café", M. Guillaume Laurent, Café du Grand Hôtel, au nom cité de 1872 à 1879 puis le nom de M. Minard est cité en 1884.
- Détail de la photographie de Jean Walburg de Bray, montrant le rez-de-chaussée de l'aile nord du Grand Hôtel.




L'ordre et la liste des magasins sont très semblables pour la photographie d'Eugène Degand, à trois exceptions intéressantes près :

- Détail de la photographie d'Eugène Degand montrant l'aile sud du Grand Hôtel.




7- A la place du magasin anonyme de la photographie de Jean Walburg de Bray, on trouve, "A La Ville de Paris", magasin de quincaillerie, articles d'Allemagne. S'agit-il d'une annexe du magasin de Bovis Frères, cité dans les annuaires de 1873 à 1879 au n° 11 et visible sur la photographie (intégrale) de Degand, au-delà de la rue Alberti ? Dans les annuaires des années 1870 et 1880, je n'ai trouvé trace de la dénomination, "A la Ville de Paris", que pour les magasins de nouveautés et tissus des Frères Emile et Lucien Lattès, situés à deux adresses niçoises mais aucune sur le quai Saint-Jean-Baptiste.
- Détail de la photographie d'Eugène Degand montrant le bâtiment central du Grand Hôtel.




15- A la place du magasin de Madame De Pietro, on trouve, "F. Balon & Cie Maison de Paris - Opticiens", au nom non retrouvé dans les annuaires ;
16- A la place du magasin anonyme de la photographie précédente, on trouve un "Horloger", M. Sébastien Chiaudona, cité uniquement en 1873 puis M. F. Jougla au nom cité de 1874 à 1879 ;
- Détail de la photographie d'Eugène Degand montrant l'aile nord du Grand Hôtel.




Je n'ai pas encore réussi à attribuer les emplacements de :
- Madame Broc/Broch, modiste, citée dans les annuaires de 1868 à 1877 et qui dépose une demande d'inscription au quai Saint-Jean-Baptiste dès 1867, 
- de Monsieur Pierre Fassy, mosaïste, marqueteur, cité de 1872 à 1874 ;
- de Madame Victoire Cremer, modiste, citée de 1873 à 1875, 
- du Journal "Le Swiss Times", cité en 1873 (puis au n° 15, quai Masséna, dès 1874),
- de Monsieur Gustave Brunel, nouveautés, cité de 1875 à 1884 (côté nord), 
- de Monsieur et Madame P. Boniface/Bonifasse/Bonifassi, corsetiers, merciers et bonnetiers, cités de 1875 à 1884, 
- de Monsieur Fayard, armurier, cité de 1874 à 1879 (12, avenue de la Gare en 1884),
- de Monsieur Auguste Tesnières, cité comme graveur en 1873 et 1874 puis comme papetier et imprimeur, de 1875 à 1879 (4, rue Masséna en 1884).




CONCLUSION

La photographie de Jean Walburg de Bray (datable entre 1870, du fait de la présence du square Masséna et des arbres du quai Saint-Jean-Baptiste, et 1874, date limite de son édition par Lucchesi) regroupe des magasins dont les dates d'installation vont de 1869 à 1873 (ils apparaissent pour la première fois dans les annuaires de l'année suivante, de 1870 à 1874). L'ensemble des indices semble indiquer une prise de vue vers 1872. La boutique d'Ibrahim ("Magasin Arabe") implique en effet une datation vers 1871-1872 (puisqu'elle apparaît uniquement dans l'annuaire de 1872 ; cependant cet indice n'est pas fiable puisque la boutique reste présente en réalité plusieurs années sur le quai Saint-Jean-Baptiste), et celle de Montini (coraux puis antiquités) implique pour sa part une datation vers 1872-1874 (puisqu'elle apparaît uniquement dans les annuaires de 1873 et 1874).

La photographie d'Eugène Degand (datable entre 1870, du fait de la présence du square Masséna et des arbres du quai Saint-Jean-Baptiste, et 1875, du fait de l'absence des travaux de construction du grand bâtiment du Couvent des Ursulines sur la colline de Carabacel) semble lègèrement postérieure. En effet, les magasins identifiés qui différent de la photo précédente impliquent au plus tôt une date vers 1872-1873. Il est difficile de préciser davantage, quelques mois seulement pouvant séparer les deux prises de vue. 

Une petite déception donc car j'aurais aimé préciser davantage. Il n'en reste pas moins vrai qu'au début de cette recherche je datais ces deux photos vers 1870 et que je les date désormais vers 1872-1873. Il me faut d'ailleurs avouer qu'au-delà de ma quête de critères de datation, ce qui m'a interessé dans ces deux photographies relevait davantage d'un voyage dans le passé, d'une plongée permise par le biais du zoom dans des images scannées en très haute définition. Il en est ressorti l'envie de faire partager cette vision des boutiques niçoises des années 1870, comme une trouvaille archéologique, même si les contraintes techniques du blog se prêtent mal à cet exercice. Ces deux photos n'ont d'ailleurs pas encore livré tous leurs secrets. Par exemple, la photographie d'Eugène Degand montre très nettement, par-delà les terrasses du Grand Hôtel, la construction inachevée d'un immeuble qu'il serait intéressant d'identifier...




UNE PHOTOGRAPHIE DE LA BNF

Cet article peut être complété par l'étude d'une nouvelle photographie de Jean Walburg de Bray, conservée dans un album de la BNF intitulé, Souvenir de Voyage, Février 1876. Elle montre une vue panoramique nord-est/sud-ouest de, Nice - Quai Saint-Jean-Baptiste, prise en hauteur, depuis un bâtiment du quai opposé (boulevard du Pont-Neuf).


- DE BRAY Jean Walburg (1839-1901), Nice, Quai Saint-Jean-Baptiste, vers 1875,
album, Souvenir de Voyage, Février 1876 (vue 33), Paris, BnF (voir l'album sur Gallica).




L'ordre et la liste des magasins sont à nouveau très semblables aux deux photographies précédentes, à quelques exceptions près :


2 et 3- Les deux magasins situés entre la boutique du tailleur, Au Grand Condé, et la, Pharmacie Internationale, semblent avoir été réunis sous une même devanture, le "Magasin Suisse" de M. Chr. Goerg (articles de fantaisie) qui apparaît à cet emplacement sur la photo des années 1880 (voir plus bas).
- Détail de la photographie de Jean Walburg de Bray, montrant l'aile sud du Grand Hôtel.




10- La devanture de la boutique de "Gurtler Fabricant de Cristaux de Bohême" a été, à l'inverse, divisée en deux, et Hermand Gurtler va quitter le n° 9, quai Saint-Jean-Baptiste pour le n° 7, rue Paradis (il est cité à cette nouvelle adresse dès l'annuaire de 1875),
12- Le magasin du cordonnier "Jean Guillaume" a cédé la place à une boutique de "Mode".
- Détail de la photographie de Jean Walburg de Bray, montrant le bâtiment central du Grand Hôtel.




15- A la place du magasin, "F. Balon & Cie Maison de Paris - Opticiens", on trouve désormais un magasin de "Chaussures", probablement celui de Madame Anne Meissel qui semble quitter le n° 5 du quai Saint-Jean-Baptiste (où elle est citée de 1873 à 1875) pour le n° 9 du Grand Hôtel où elle est citée en 1877 seulement (annuaires de 1876 et de 1878 absents) ; il est probable qu'elle se soit installée à cette dernière adresse en 1875 ou 1876.
- Détail de la photographie de Jean Walburg de Bray, montrant l'aile nord du Grand Hôtel.





L'album, daté de 1876, réunit des photographies prises entre 1867 et 1875. La photographie du quai Saint-Jean-Baptiste peut être datée vers 1875, date déduite du départ de la boutique d'Hermand Gurtler (1874) et de l'arrivée de celle d'Anne Meissel (1875).


L'historienne Véronique Thuin-Chaudron a eu la gentillesse de me confier le fruit de ses recherches sur le bâtiment du Grand Hôtel : ce dernier a été sans cesse agrandi sur ses quatre faces, de 1870 à 1894. La façade orientale, donnant sur le quai Saint-Jean-Baptiste et le square Masséna, a été exhaussée pour sa part vers 1881, avant d'être remaniée en 1919.


- DEGAND Eugène (1829-1911), Nice, Le Paillon et les Quais, détail, vers 1877-1880,
recueil, Voyages en France et en Europe (vue 51, folio 24), daté vers 1875-1885, Paris, BnF (voir sur Gallica).
Seule l'aile nord du Grand Hôtel est alors exhaussée de deux niveaux, avant l'alignement des trois façades. Une autre photo, datée de 1876, montre encore l'état initial et le plan (en tête d'article) du 1er janvier 1878 montre déjà les trois niveaux de terrasses.



- GILETTA Jean (1856-1933), 741 - Nice - Le Grand Hôtel, détail, vers 1881-1884,
tirage albuminé de 21x27 cm, Collection privée.
Vue sud-est/nord-ouest prise du boulevard du Pont-Neuf.
Les trois façades du Grand Hôtel sont désormais alignées. 
Les boutiques "Au Grand Condé", le "Magasin Suisse", la "Pharmacie Internationale" 
et la "Maison Auger" sont bien visibles au rez-de-chaussée.
Il est à noter que la partie du Paillon comprise entre le Square Masséna et la plateforme du Casino n'a été couverte qu'au début du XX° siècle,
comme les plans de cette époque l'indiquent.