4

4

lundi 26 avril 2021

1184-CANNES - LE PORT AU MILIEU DU XIX° SIÈCLE


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 


1 - NÈGRE Charles (1820-1880), Sans titre, détail, sans date (vers 1862),
Cannes-Ouest, vue générale, le Port et du Mont-Chevalier,  
vue est-ouest prise depuis le boulevard de la Croisette,
deuxième vue de l'album, Midi de la France,
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm, 
New York, The Metropolitan Museum (voir l'Album).


UN ARTICLE ÉCRIT EN COLLABORATION AVEC DIDIER GAYRAUD



LE PORT (1835-1870) 


L'aspect de la rade de Cannes à la fin du XVIII° siècle et au début du XIX° siècle est connu par quelques dessins (voir notamment : Archives Municipales de Cannes [AMC] - 10O6 et 31S3 ; Archives Départementales des Alpes-Maritimes [AD06 ] - 47FI 1852).

En 1835, la ville de Cannes (Var, environ 4.000 habitants) ne possède qu'un "port miniature" (Valérie Boissier de Gasparin, Voyage d'une ignorante dans le Midi de la France et de l'Italie, 1835, vol. 1 p 118).

Dans les années suivantes, la population de la ville va considérablement augmenter, du fait de la présence de Lord Brougham puis des autres hivernants anglais. C'est Lord Brougham qui va notamment soutenir le projet d'aménagement du port, attendu depuis des décennies.

L'Etat affecte, le 19 juillet 1837, une somme de 900.000 fr à l'établissement d'un môle et d'un mur de quai au port de Cannes (Recueil Général des Lois et des Décrets, 2ème série, 1831-1848, 1837 p 373).

Les travaux débutent le 5 juin 1838. Le môle semble terminé en 1839 (M. Minard, Cours de Construction des ouvrages hydrauliques des Ports de Mer, Liège, 1852 pp  11, 42, 148 et fig. 94 pl. IX). 

Les travaux sont considérables et vont durer encore trois années pour transformer le rivage, formé d'un étagement de rochers, en un quai rectiligne et plat, gagné sur la mer (voir l'estampe, Cannes, des Frères Rouargue, Emile [c.1795-1865] et Adolphe [1810-1884], montrant la ville avant l'aménagement du port, Collection privée).

Le 6 juillet 1840, l'Etat alloue une somme complémentaire de 240.000 fr. Les travaux s'achèvent en 1842. "Ce môle a pour objet de couvrir le port contre les vents au sud-ouest ; il prend naissance aux récifs de la pointe Saint-Pierre, se dirige au sud-est, sur une longueur de 150 mètres, et vient aboutir en un point où la mer présente une profondeur de 9 mètres. Par suite de cette disposition, les bâtiments de l'Etat pourront, au besoin, trouver un abri derrière le môle. Le projet approuvé comprend, en outre, la construction d'un mur de quai de 200 mètres de longueur et de 20 mètres de largeur entre l'origine du môle et la ville" (Ministère des Travaux Publics, Situation des Travaux au 31 décembre 1842, Paris, avril 1843 pp 452-453).

En 1845, le port accueille désormais deux fois plus de navires qu'en 1835 (Le Courrier de Marseille du 18 janvier 1848 p 4). 

Le port dessert tout l'arrondissement de Grasse et expédie à Marseille des anchois et sardines salées, huiles, parfumeries, figues sèches, oranges et savons (bleus, pâles et blancs) mais également de la poterie, des bois de construction et du sumac (épice) (Dictionnaire du Commerce et des Marchandises, Paris, 1852, TII pp 1474 et 2206 ; Annuaire-Almanach Didot-Bottin, Paris, 1857 p 2066 ; Dictionnaire Universel théorique et pratique du Commerce et de la Navigation, TI, A-G, Paris, 1859 p 505).

Le quai adopte, dès les années 1840, l'appellation dévolue à la pointe Saint-Pierre, "quai Saint-Pierre", même si ce nom n'est officiellement adopté qu'en 1852 (Conseil municipal du 19 septembre 1862). L'appellation "quai du Port" va cependant lui faire concurrence pendant plusieurs décennies.

En mai et juin 1849, les terrains bordant le quai sont vendus aux enchères et des maisons et entrepôts s'y construisent pendant toute une décennie (MACÉ A., "Ephémérides cannoises ou Cannes pendant vingt ans (1850-1870)", dans, Mémoires de la Société des Sciences Naturelles, des Lettres et Beaux-Arts de Cannes et de l'Arrondissement de Grasse, 1868-1873, T II, 1870 pp 253-254)

Le seul bâtiment existant à l'extrémité sud de ce promontoire rocheux était, jusqu'aux années 1840, l'ancienne chapelle Saint-Pierre accostée au nord-est de sa haute tour-clocher carrée (Images 1 et 3) ; cette ancienne chapelle des Pénitents bleus (citée au début du XVII° siècle) a été, après la Révolution française, convertie d'abord en grange puis en maison (la "Villa Saint-Pierre" sera démolie en 1882).

Le phare de 10 m de haut n'est érigé sur le musoir (extrémité) du môle qu'en 1854 (Alexandre Le Gras, Phare des Mers du Globe, Paris, 1856 p 14). On y accède par des escaliers, équipés fin 1856, d'un garde-fou (Conseil municipal du 9 novembre 1856). Il possède un feu fixe de quatrième ordre et de 18 km de portée.

En 1857, une communication est établie entre l'extrémité sud du quai Saint-Pierre et la Route impériale n° 97 (parallèle), par l'intermédiaire de rue de la Rampe (AMC - 1D15), grâce à une montée d'escaliers établie dans les rochers.

Dans ses Notices sur Hyères et Cannes, Edwin Lee écrit en 1857 (p 50) : "La population de Cannes s'élève à 5.000 âmes [5.860 en 1856]. Le plus grand nombre des habitants sont des boutiquiers, des cultivateurs et des pêcheurs (...). Le port est commode et pourrait contenir d'assez grands vaisseaux, quoiqu'il n'y ait ordinairement que quelques bateaux de commerce, des barques de pêcheurs et l'un des bateaux à vapeur (la Marie et le Var) qui fait le trajet en douze heures à Marseille, portant les produits du sol, et des marchandises"

Si Napoléon Roussel, en 1859, constate également cette tranquillité portuaire (De ma fenêtre, 1859 p 15), Amable Voïart Tastu, en 1862, note que le "service des bateaux à vapeur (...), le cabotage, la petite pêche et quelques jolis yachts donnent une certaine animation au port" mais ajoute que le "môle doit être allongé ; car sa protection, dans son état actuel, est tout à fait insuffisante par les gros temps" (Voyage en France, 1862 p 128).

Le mouvement de navigation de Cannes (Alpes-Maritimes, environ 7.300 habitants en 1861, 9.600 en 1866, 10.150 en 1872) y compris le cabotage, atteint 27.000 tonneaux en 1861 et dépasse 36.000 tonneaux en 1866 (Elisée Reclus, Les Villes d'Hiver de la Méditerranée et les Alpes-Maritimes, Paris, 1864 p 111 et 1870 p 41).


2 - Détail de la partie centrale du Plan de Cannes inséré au début de l'ouvrage de
 GIRARD Jean-Baptiste (1820-1897), 
Cannes et ses environs : guide historique et pittoresque, Paris, 1859,
Paris, BnF (Gallica).



LE QUAI SAINT-PIERRE (1860-1870)


L'aspect du port est révélé par des dessins, tableaux et photographies montrant tout ou partie du golfe avec le Mont-Chevalier, le quai Saint-Pierre, le môle et son phare. Ces photographies sont notamment celles de Charles Nègre, Joseph Contini, Charles Paul Furne & Henri Alexis Omer Tournier, Jean Andrieu, Jean Walburg Debray, Jules Buisson et André Gasquet.


3 - CONTINI Joseph, Sans titre (Cannes, le Port), sans date (vers 1858),
vue nord/ouest-sud/ouest, prise depuis l'observatoire de la Castre (terrasse au sommet du Mont-Chevalier),
montrant l'extrémité sud du quai Saint-Pierre avec la maison carrée, la chapelle Saint-Pierre et le môle du phare surmonté d'un parapet au sud et ceint d'un cordon d'enrochement au sud et à l'est ;
deux nouveaux bâtiments vont être construits 
près de la maison carrée dans les deux années suivantes,
tirage albuminé de 28x36 cm, deuxième vue de l'album, Cannes, Paris, BnF (voir l'album sur Gallica).
Les Archives Municipales de Cannes en conservent également un tirage (9Fi843).


Dans les photographies des années 1858-1861, le môle apparaît pourvu de son phare (Image 3 ) et le quai est bordé d'une vingtaine de maisons. Ces dernières ont été érigées pour la plupart entre 1849 et 1856 puis entre 1857 et 1861 pour les constructions les plus au sud (estampe de 1854 - AMC - 3Fi8 ; estampe de 1858 - AMC - 3Fi108 ; lavis de mai 1859 - AD06 - 10FI 0387). Leur alignement est interrompu au sud (entre les n° 15 et 16) par la place Massuque (Image 1). 

Dans le recensement de 1851, les maisons ne sont pas discernables dans les rues du port car le quai Saint-Pierre n'y est pas encore nommé. Les quelques habitants au nom repérable occupent, à cette date, une adresse qu'il est difficile d'identifier comme leur ancienne adresse du port ou leur nouvelle adresse du quai. De plus, il n'y a pas de recensement consultable entre 1851 et 1861 qui aurait pu permettre de préciser la chronologie des constructions qui se sont étalées sur cette période. 


4 - CONTINI Joseph, Sans titre (Cannes, le Port et le Mont-Chevalier), sans date (vers 1860),
vue sud/est-nord-ouest, prise depuis le môle, montrant l'extrémité sud du quai Saint-Pierre, avec, près de la maison carrée (avec guérite), une maison en construction,
tirage albuminé de 28x36 cm, troisième vue de l'album, Cannes, Paris, BnF (voir l'album sur Gallica).



A proximité du môle, un bâtiment carré de deux niveaux précédé d'un guérite puis une petite maison d'un seul niveau sont présentes tout au bord du quai (tout à gauche de l'Image 4). Ce sont deux des trois bâtiments de l'Etat qui apparaissent déjà sur un plan daté du 1er janvier 1842 (AD06 - 01FI 0246/04).

La maison carrée est dite, en 1865, affectée aux services des ponts et chaussées (bureaux) et du gardien du phare (logement) (Revue de Cannes du 4 mars 1865 p 1). Elle sera par la suite dénommée la "Maison du Port" sur le Plan de Cannes de 1871 (AMC - 1Fi105). 

La petite maison qui l'accoste semble pour sa part un local au nom illisible sur le Plan de 1871 mais affecté aux Domaines sur le Plan de de 1884 (AMC - 1Fi237). 

Le Bureau des Douanes est quant-à-lui cité, en 1865, au n° 17, quai Saint-Pierre.

La photographie ci-dessus (Image 4) montre, vers 1860, une maison en construction ; celle-ci, de plan rectangulaire, viendra avec ses quatre niveaux terminer l'alignement du quai de son petit côté oriental.

La photographie ne montre pas cependant un bâtiment érigé vers 1859, encore plus au sud mais en arrière de la maison carrée et en léger retrait de l'alignement, à proximité de l'ancienne chapelle Saint-Pierre et à l'intersection du quai Saint-Pierre et du boulevard Malakoff (renommé boulevard du Midi en septembre 1866). Il s'agit d'un bâtiment communal de trois niveaux, qui va devenir la Caserne de Gendarmerie (et qui disparaîtra en 1882, en même temps que la chapelle Saint-Pierre). 

Les maisons du quai Saint-Pierre, précédées d'un trottoir, sont généralement élevées sur quatre niveaux (de un à cinq), percées de grands porches à leur base et couvertes d'un toit de tuiles à deux pentes. Elles portent alternativement des numéros impairs et pairs, du n°1 au nord, jusqu'au n° 19, 20 ou 22 au sud (selon les années). 

Dans le recensement de 1861, il faut cependant noter l'attribution de deux numéros à la première maison nord : le n° 1 à son pignon donnant sur le Cours et le n°1 bis à sa façade orientale donnant sur le quai, les deux numéros fusionnant par la suite. 

Inversement, la maison carrée où habite le "garde-phare", François Dromard (1817-1899), succède dans les recensements au n° 19 mais n'est pas numérotée en 1861, affiche le n° 22 en 1866 et le n° 12 traverse Saint-Pierre en 1872. 

Enfin, une maison est ajoutée au sud de la place Massuque, contre le n° 16, vers 1868, avec un nouveau n° bis, et vient masquer la publicité peinte sur le mur nord de la maison du photographe Jacques Bussi, "Photographie Bussi" (Image 8).

Des entrepôts s'échelonnent du nord au sud et des boutiques précédées de leurs grandes tentures, sont essentiellement présentes dans la partie nord du quai, près du Cours. 

Le bord du quai, ponctué de bornes d'amarrage, est régulièrement encombré des marchandises prêtes à être chargées ou venant juste d'être déchargées des navires (Image 5 ci-dessous).

Les barques des pêcheurs sont pour leur part tirées sur la plage de la Marine (Image 7), amarrées à la partie nord du quai mais également le long du môle (Images 3 et 4).


5 - NÈGRE Charles (1820-1880), Sans titre, sans date (vers 1862),
Cannes, le Port (l'extrémité sud du quai Saint-Pierre et le môle),  
vue nord-sud prise, un après-midi, depuis l'étage d'une maison du quai
 proche de la place Massuque (ombres portées),
neuvième vue de l'album, Midi de la France,
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm, 
New York, The Metropolitan Museum (voir l'Album).



LES PROFESSIONS DU QUAI SAINT-PIERRE (1860-1870)


Dans la période étudiée, un peu moins de 300 habitants sont recensés sur le quai (283 en 1861 ; 297 en 1872). Leurs professions sont notamment celles citées dans les documents suivants :

- 1859 : Girard Jean Baptiste, Cannes et ses environs, Guide historique et pittoresque, Paris, Cannes, Nice (appendice publicitaire)

- 1861 : Recensement de la Ville de Cannes ; Annuaire-Almanach Didot Bottin

- 1862, 1863, 1864 : Annuaire-Almanach Didot Bottin

- 1864 : Annuaire des Alpes-Maritimes (liste succincte de noms cités sans adresse)

- 1865 : Annuaire des Alpes-Maritimes ; Dr Lubanski, Guide aux Stations d'Hiver du Littoral Méditerranéen, Nice et Paris ; Revue de Cannes (publicités)

- 1866 : Recensement de la Ville de Cannes ;  Revue de Cannes (publicités)

- 1869 : Dr Theodor Gsell-Fels & Berlepsch, Süd-Frankreich, Hildburghausen (avec des renseignements qui datent de 1866)

- 1871 : Tableau synoptique de la Ville de Cannes publié dans le Courrier de Cannes du 31 décembre

- 1872 : Tableau synoptique de la Ville de Cannes publié dans le Courrier de Cannes du 21 novembre ; Recensement de la Ville de Cannes de 1872.

Les recensements donnent une liste détaillée qui montre la grande diversité des professions exercées par les habitants du quai Saint-Pierre. On y remarque, comme dans d'autres rues de Cannes, la présence de nombreux douaniers, marins et pêcheurs en activité ou en retraite, de nombreux commerçants, employés, propriétaires et rentiers et des professionnels de la santé (médecins et pharmaciens). Le recensement de 1861 révèle spécifiquement la présence d'employés du chemin de fer engagés dans la construction de la ligne traversant Cannes.

Entre les documents cités, quelques différences sont à noter dans le temps (départs, arrivées, déplacements des habitants, orthographe des noms, choix des prénoms, numérotations des maisons) et quelques erreurs. Enfin, il faut préciser que certains habitants ont leur domicile quai Saint-Pierre mais leur commerce dans une autre rue ou inversement.

Voici une sélection synthétique des professions.

- Bazars

Antoine Perrier, tapissier-décorateur, ameublement et literie, quai Saint-Pierre, 3 (1859) (1861) ; Antoine Perrier, Bazar du Siècle, quai Saint-Pierre, 4 (1865)

- Boulangers

Marcellin Chabrier, Maître boulanger, quai saint-Pierre, 17 (1866)

Auguste Albran, quai Saint-Pierre (1871) (1872)

Broderies 

Giraud, quai Saint-Pierre, 4 (1871) (1872)

- Cafés

Veuve Fontaine, Café des Arts, quai Saint-Pierre, 3 (1865) ; Louise Reboul Veuve Fontaine, Café des Arts, quai Saint-Pierre, 3 (1866) ; Café des Arts (1871) (1872)

Etienne Cresp, cafetier, quai Saint-Pierre, 7 (1861)

Café du Commerce, quai Saint-Pierre (1865)

Jean François Maure, Café de la Marine, quai Saint-Pierre, 10 (1865)

Amable Sicard, cafetier, quai Saint-Pierre, 7 (1866)

Louis Testory, cafetier, quai Saint-Pierre, 3 (1872)

Calixte Jauffret, Café Jauffret, quai Saint-Pierre, 19 (1872)

- Chapeliers

Joseph Girard, quai Saint-Pierre, 1 bis (1861)

Silvain Darmin, quai Saint-Pierre, 1 (1871) (1872)

- Chaux et ciment

Escoffier, quai Saint-Pierre, 17 (1871) (1872)

- Comestibles

Clément Laurent, quai Saint-Pierre, 4 (magasin) et quai Saint-Pierre, 9 (domicile) (1871) (1872)

- Commissionnaires de roulage (transport de marchandises)

François Bertrand, quai Saint-Pierre, 19 (1861) (1865)

- Cordiers

Félix Martel, quai Saint-Pierre, 1 (1861) ; Félix Martel, Corderie (Liquoriste et Tabac), quai Saint-Pierre, 1 (1865)

- Douanes Impériales puis Octroi

Bureaux, quai Saint-Pierre, 17 (1865) ; Octroi central, quai Saint-Pierre (1871) (1872)

- Epiceries, denrées coloniales

[Raymond Escarras, négociant (épicier ?), quai Saint-Pierre, 12 (1861)] ; 

Escarras-Maillan, Cannes (1864) ; Escarras-Maillan Frères (Paul et Honoré Escarras et leur mère Jeanne Marie Maillan, veuve Escarras), quai Saint-Pierre, 2 (1865) ; Paul et Honoré Escarras et Jeanne Maillan veuve Escarras, négociants, quai Saint-Pierre, 2 (1866) ;  Honoré Escarras et Jeanne Maillan, négociants, quai Saint-Pierre, 2 (1871) (1872)

Modeste Jauffret, femme Dromard (le garde-phare), épicière, quai Saint-Pierre (sans numéro mais après le 19) (1861)

- Expédition, commission et transit (marchandises)

A. Descamps, Pons et Fils (Cannes, Cette et Marseille), quai Saint-Pierre, 20 (1859)

- Huile (marchands d')

[Jean Baptiste Aune, propriétaire, quai Saint-Pierre (sans numéro mais après le 19) (1861)] ; Jean Baptiste Aune, quai Saint-Pierre (1865)


6 - NÈGRE Charles (1820-1880), Sans titre, sans date (vers 1862),
Cannes, le Port (l'extrémité sud du quai Saint-Pierre jusqu'à la place Massuque et le Cours), vue sud-nord prise depuis le môle,
huitième vue de l'album, Midi de la France,
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm, New York, The Metropolitan Museum (voir l'Album).
Le Musée Nicéphore Niépce en conserve également un tirage (Open Musée Niepce).



- Librairie - Lithographie - Papeterie

Jules Joseph Sage, libraire (son brevet est transféré d'Antibes à Cannes en décembre 1863) et lithographe, quai Saint-Pierre (1865) (guide allemand de 1869 mais avec des renseignements anciens)

- Marchands/Commerçants (sans précision)

Antoine Mounier (parfumeur ?), quai Saint-Pierre (1872)

Henri Roger, quai Saint-Pierre (1872)

Joseph Violet, quai Saint-Pierre, 6 (1872)

- Médecins, Chirurgiens

Joseph Cassien Sève, médecin des hôpitaux civil et militaire et des épidémies pour l'arrondissement, quai Saint-Pierre, 4 (1859) ; Joseph Cassien Sève, quai Saint-Pierre (1861-1864) ; Joseph Cassien Sève, quai Saint-Pierre, 8 (1865) (1866) [cité quai Saint-Pierre, 8 dans un guide allemand de 1869, sur la base de renseignements plus anciens,  ; le Dr Sève est en effet décédé en septembre 1866]

Charles Biernacki/Biernaski (Polonais), quai Saint-Pierre, 15 (1861) (1865) (1866) (1871) (1872)

- Modes et lingerie

Magagnosc, Cannes (1864) ; Melle Magagnosc [Marianne, avec sa sœur Julie], quai Saint-Pierre, 5 (1859) (1861) ; Melle Marianne (dite Marie, Anne ou Annette) Magagnosc, quai Saint-Pierre, 5 (1865) (1866)

Melles Véronique et Augustine Flory, modistes, quai Saint-Pierre, 13 (1861) ; Véronique dite Véraine Flory, Augustine Flory et Léonie Vidal, modistes, quai Saint-Pierre, 13 (1866) ; Véronique Flory seule, profession non précisée, quai Saint-Pierre, 13 (1872) 

- Musique et Pianos

Melle Coralie/Coraly Mugnier (violoniste virtuose et professeur d'accompagnement), Magasin E.-B. Mugnier, quai Saint-Pierre, 3 (1865) (1866) (1871)

Charles dit Charly Pensotti, organiste de la cathédrale, professeur, quai Saint-Pierre, 8 (1859) (1861) Veuve Pensotti, quai Saint-Pierre, 5 (1865) (1866) (1871) (1872)

Pierre Salomone (italien), organiste, professeur, au quai Saint-Pierre, 2 (1872)

- Parapluies et ombrelles

Jean Tronche, quai Saint-Pierre, 9 (1872)

- Peintres (Artistes)

Joseph Contini, peintre, professeur et photographe, quai Saint-Pierre (1859) ; Joseph Contini, photographe [et peintre], quai Saint-Pierre, 5 (ou 4) (1861) ; peintre et photographe, Cannes (1864) ; peintre, quai Saint-Pierre, 16 (1871) (1872) [après s'être marié en 1863, il vit route de Fréjus, avant de revenir, entre avril 1867 et novembre 1868, s'installer quai Saint-Pierre]

Auguste Vincent, artiste peintre, quai Saint-Pierre, 19 (1866)

- Pharmaciens

Jean Baptiste Girard, pharmacien de l'Ecole Spéciale de Paris, quai Saint-Pierre, 5 (ou 4) (1861) ; Jean Baptiste Girard, quai Saint-Pierre, 4 (1865) (1866) (1872)

Marius Lafouge, pharmacien, quai Saint-Pierre, 4 (1866) ;

Girard et Lafouge, quai Saint-Pierre (1871) (1872) [mais Veuve Lafouge en 1872]

- Photographes

Joseph Contini (Italien), peintre, professeur et photographe, quai Saint-Pierre (1859) ; Joseph Contini, photographe [et peintre], quai Saint-Pierre, 5 (ou 4) (1861) ; photographe et peintre, Cannes (1864) ; peintre, quai Saint-Pierre, 16 (1871) (1872) [après s'être marié en 1863, il vit route de Fréjus, avant de revenir, entre avril 1867 et novembre 1868, s'installer quai Saint-Pierre]

Jacques Bussi, photographe, quai Saint-Pierre, 16 (1871) (1872)

- Quincaillerie 

Jacques Gillette, quincaillier (Fourneaux et appareils de chauffage), quai Saint-Pierre, 19 (1861) (1865) (1866) (1871) (1872)

- Restaurants

Maurice Christin, restaurateur, quai Saint-Pierre, 16 (1861)

Pierre Merle, restaurateur, quai Saint-Pierre, 16 (1866)

Restaurant de la Méditerranée, quai Saint-Pierre, 1 (1865)

Restaurant du Lion d'Or, quai Saint-Pierre (1865)

- Tabacs

Juilliet Paul Alexandre, Receveur Buraliste, 1bis (1861) 

Félix Martel, quai Saint-Pierre, 1 (Corderie et Liquoriste) (1865)

- Tailleurs

Jean Mul, marchand tailleur, quai Saint-Pierre, 1 bis (Draps et tissus en laine) (1861) (1865) (1866) ; [Jean Mul, propriétaire, quai Saint-Pierre, 1 (1872)]

Michel Laty, tailleur, quai Saint-Pierre, 3 (1872)

Bernard Duprat, tailleur d'habits, quai Saint-Pierre, 5 (1861)

Michel Rippert, tailleur d'habits, quai Saint-Pierre, 5 (1861)

Claude Nigio, tailleurs d'habits, quai Saint-Pierre, 8 (1861) ; Claude Nigio, quai Saint-Pierre (1871) (1872)

Barthélémy Morandi, tailleur, quai Saint-Pierre, 4 (1872)

- Tapissiers

Botti, quai Saint-Pierre (1872)

- Tonneliers

Jean et Jacques Pellegrin (frères), quai Saint-Pierre, 2 (1861) ; Jean François Pellegrin, quai Saint-Pierre, 2 (1865)

Jean Ardisson, quai Saint-Pierre, 5 (1872)

- Vins ordinaires

Louis Mayen, quai Saint-Pierre, 1 (1865) (1866)

[Amable Suiffet, capitaine marin, quai Saint-Pierre, 19 (1861) (1866)] ; A. Suiffet, négociant en vins, quai Saint-Pierre, 19 (1865)

Germain, vins et liqueurs, quai Saint-Pierre (1871) (1872).



QUELQUES MAISONS DU QUAI SAINT-PIERRE


De plus rares photographies permettent de découvrir le détail des maisons du quai ; l'une d'entre elles, réalisée par Charles Nègre vers 1862, est la 6ème vue d'un album conservé au Metropolitan Museum de New York (Image 7 ci-dessous). Ce recueil hétérogène est constitué de planches individuelles désordonnées, mêlant des vues de Provence prises en 1852, diffusées à partir de 1854 dans l'album du Midi de la France, et des vues des Alpes-Maritimes prises entre 1861 et 1864 et diffusées dès la fin de l'année 1864 dans l'album de Cannes (Archives de Charles Nègre dépouillées par John Bocorman, Charles Nègre, 1820-1880, 1976 pp 46-47 et Revue de Cannes du 29 avril 1865 pp 1-2).


7 - NÈGRE Charles (1820-1880), Sans titre, sans date (vers 1862), 
extrémité nord du quai Saint-Pierre,
vue est-ouest prise depuis l'extrémité occidentale de la plage de la Marine,
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm, 
sixième vue de l'album, Midi de la France,
New York, The Metropolitan Museum (voir l'Album).
Les Archives Municipales de Cannes en conservent également un tirage (3Fi637)



Au pied du Mont-Chevalier, dominé par le château de la Castre et l'église Notre-Dame-d'Espérance dont l'horloge de la tour-clocher affiche 10h 20, se découvre l'extrémité nord du quai Saint-Pierre et la plage de la Marine. 

Voici la description (Image 7) des trois maisons divisées en quatre numéros, en suivant la numérotation de droite à gauche : le n° 1bis (rez-de-chaussée avec deux commerces et quatre étages de cinq baies), le n° 2 (rez-de-chaussée avec un commerce et deux étages de cinq baies), les n° 3 et 4 (rez-de-chaussée avec quatre commerces et quatre étages de douze baies, avec un long balcon au dernier niveau).

Tout à droite de la photographie, la maison porte à sa base une pancarte peinte des inscriptions suivantes, "Contributions Indirectes - Recette Buralistes - Débit De Tabac Et De Papier Timbré". Il s'agit du débit de tabac tenu par Juilliet Paul Alexandre, Receveur Buraliste, signalé au 1bis en 1861. La vente de tabac est confiée, au plus tard en 1865 [Annuaire des Alpes-Maritimes], à la boutique voisine de Félix Martel [né en 1828], située sur le pignon nord de la même maison mais portant le n°1 du quai Saint-Pierre, Paul Juilliet étant désormais en retraite (1866).

L'entrée suivante est surmontée d'une nouvelle pancarte peinte des inscriptions suivantes, "Mul-Canton - Md Tailleur". Il s'agit du magasin de draps et tissus de laine tenu par Jean Mul (1807-1879) et son épouse Marie Canton (1805-1875), cité de 1861 à 1866 au n°1bis puis en 1872 au n°1. 

Les inscriptions de droite de la maison suivante (conservée de nos jours), située au n°2, ne sont pas lisibles. C'est probablement l'enseigne du tonnelier Jean François Pellegrin (né vers 1809) qui est signalé à cette adresse en 1861 et 1865.

La prochaine maison (conservée de nos jours), divisée en deux numéros respectifs (3 et 4), offre à sa base quatre commerces. Le premier à droite arbore sur sa devanture le nom de "Café des Arts" ; il est tenu par Louise Reboul (1827-1895), veuve Fontana/Fontaine, au n°3 et signalé de 1865 à 1872. 

Le magasin voisin a pour nom, "Au Pauvre Diable", mais n'est jamais cité dans les documents.

Le commerce suivant est surmonté d'une inscription peinte sur le mur, "A. Perrier - Jouets D'Enfants - Bazar du Siècle - Papiers Peints" et d'une nouvelle inscription sur sa tenture, "Bazar du Siècle". Ce magasin, tenu par Antoine Perrier (né vers 1821) est cité en 1861 au n° 3 mais le nom de Bazar du Siècle n'est cité qu'en 1865, au n° 4 du quai Saint-Pierre. 

Enfin, le commerce tout à gauche de la photographie est surmonté des inscriptions peintes sur le mur, sous les fenêtres du troisième niveau, "Pharmacie Girard", la pharmacie de Jean Baptiste Girard (1820-1897) étant signalée à cette même adresse, au n° 5 (ou 4) (1861) puis 4 (de 1865 à 1872). 

Cette étude permet de confirmer la datation de la photographie ; la vue s'avère en effet postérieure à 1861 mais antérieure à 1865, tant par les magasins qui y sont visibles, comme le débit de tabac de Juilliet qui n'est plus cité en 1865, que ceux qui n'y sont pas encore, comme l'épicerie Escarras-Maillan citée dès 1865 au n° 2 (Honoré [né en 1833], Paul [1837-1904] et leur mère Jeanne Maillan, veuve Escarras [1813-1898]) et le magasin de musique Mugnier cité dès fin 1865 au n° 3 (Coraly Mugnier [1843-1924]).


8 - LEAR Edward (1812-1888), A View of the Harbour at Cannes, détail, 1869,
extrémité sud du quai Saint-Pierre avec report des indications énoncées, 
vue sud-est/sud-ouest prise de l'extrémité orientale de la plage de la Marine,
aquarelle, encre grise, gouache et crayon sur papier vélin de 16,7x51,1 cm,
avec à l'encre bleue, à gauche, le titre, "Cannes", et à droite, "EL 69",
Yale Center for British Art (YCBA), Google Art Project.




LE PHARMACIEN GIRARD (1820-1897)


Les documents étudiés ne permettent pas seulement de reconstituer un moment d'histoire du quartier, ils permettent de découvrir un moment de vie de leurs habitants ainsi que leurs relations familiales. Voici l'exemple de l'une des personnalités emblématiques du quai Saint-Pierre, le pharmacien Girard.

Jean Baptiste Joseph Girard naît à Cannes le 10 septembre 1820 et porte le même prénom que son père et son grand-père. Il est le fils de Jean Baptiste Girard (1784-1862) et de Marianne Charpy (1792-1872), propriétaires. Ces derniers, mariés en 1819, auront ensuite deux filles, Marie Louise (1826-1831) et Elisabeth/Elisa Bartholomée (1831-1902). 

Jean Baptiste Joseph Girard fait des études de pharmacie à l'Ecole Spéciale de Paris puis s'installe à Cannes. Il doit tout d'abord probablement travailler à la pharmacie de la rue du Port, tenue par des cousins de son père, Jean Joseph et Claude François Massat. En 1846, il signe en tant que pharmacien, une pétition au Ministre de l'Intérieur, en même temps que les pharmaciens Massat et Rouaze (L'Espérance du 22 septembre 1846 p 2). 

Le 20 novembre 1850, âgé de trente ans, Jean Baptiste Girard épouse à Cannes, Anne Delphine Anaïs Mauran, âgée de 18 ans (née à Auribeau le 8 janvier 1832). Son nom et celui de sa femme apparaissent dans le recensement de 1851 rue Grande, 45, alors que les noms de ses parents et de sa sœur Elisabeth sont cités Route Nationale.

Jean Baptiste Girard tient une pharmacie qu'il dira "fondée en 1795", dans une publicité de 1859 (voir plus bas). Il a peut-être succédé au pharmacien Louis René Frère (1795-1867).

Jean Baptiste Girard et son épouse vont avoir deux enfants, Louis Jean Baptiste et Félix Albert, qui naissent respectivement le 10 octobre 1853 et le 25 février 1856 (adresse non précisée). Le foyer va ensuite accueillir Claire Pascal, domestique (signalée en 1861 et 1866).

C'est au quai Saint-Pierre (côté nord) que Jean Baptiste Girard habite désormais (cité à cette adresse en 1861) et tient sa pharmacie, "Le Paris Pharmacie". 

Jean Baptiste Girard a ses parents qui vivent sur le même quai (signalés au n° 18 en 1861) puis, après le décès de son père, sa mère vit chez sa sœur Elisabeth Girard, épouse Pilate, dans la même maison que lui (signalées au n° 5 en 1866, au n° 4 en 1872), comme sa belle-sœur Rose Mauran, épouse Fabre (signalée au n° 5 en 1861 et au n° 4 en 1866) . 

Jean Baptiste Girard publie en 1857 (puis 1859) un guide intitulé Cannes et ses Environs avec une notice médicale du Dr Joseph Cassien Sève qui habite également sur le quai (signalé au n° 4 en 1859 puis au n° 8 en 1865 et 1866). 

En fin d'ouvrage, il place dans l'édition de 1859 la longue publicité suivante : "Girard - Pharmacien de l'Ecole Spéciale de Paris - Elève de Gaventou Professeur à l'Ecole de Pharmacie de Paris, ex-président de l'Académie Impériale de Médecine - On trouve dans cette Maison, fondée en 1795, tous les produits nouveaux que la thérapeutique française et étrangère peut employer et qu'il serait trop long d'énumérer - Le long exercice du titulaire dans les premières pharmacies de Paris et de plusieurs Laboratoires de chimie donne aux Etrangers toute espèce de garantie sur la fidélité avec laquelle les prescriptions des médecins sont exécutées - On trouve dans l'établissement un Laboratoire de chimie, où toutes les analyses sont faites avec une rigoureuse exactitude - Un Amphithéâtre - pour les embaumements - où ces opérations délicates sont exécutées journellement - d'après les procédés les plus nouveaux - Nota . - M. Girard, auteur de l'ouvrage : Cannes et ses Environs, se met à la disposition des Etrangers qui auraient besoin de toute espèce de renseignements sur la localité".

Jean Baptiste Girard travaille dès le milieu des années 1860 (cité en 1866) avec le jeune pharmacien Marius Joseph Philippe Louis Lafouge (né en 1843) qui loge également au 4, quai Saint-Pierre, et il s'associe avec lui dans les années suivantes (cité comme associé en 1871 et 1872). 

Jean Baptiste Girard fréquente les cercles puis les sociétés savantes de la ville dont il est parfois membre fondateur et devient Conseiller municipal dans les années 1860. 

Il va être marqué, dans ces mêmes années, par une succession de décès : son père le 7 février 1862, âgé de 77 ans ; sa nièce, Marianne Baptistine Louise Elisabeth Pilate, le 9 juillet 1865, âgée de six ans ; son épouse Anaïs, le 1er août 1866, âgée de 34 ans.

Âgé de 49 ans, Jean Baptiste Girard se remarie, le 4 décembre 1869, avec Marianne Magagnosc, 36 ans (née à Cannes le 30 septembre 1833) qui tient le commerce de Modes de la boutique voisine, au n° 5 du quai. 

Dans le foyer vivent Jean Baptiste Girard, sa femme et ses enfants, mais également sa tante et sa belle-mère (signalées en 1872, avec Rose Raymond, domestique).

Jean Baptiste Girard est ensuite affecté, au début des années 1870, par une nouvelle succession de décès : son associé Marius Lafouge, le 17 janvier 1871, âgé de 27 ans ; sa mère, le 1er août 1872, âgée de 80 ans et son épouse Marianne, le 13 novembre 1873, âgée de 40 ans.

Après avoir été adjoint au maire, Jean Baptiste Girard devient maire de Cannes de 1874 à 1878. Il semble par la suite abandonner sa pharmacie. 

"Jean Baptiste Girard, ancien Maire de Cannes, Officier de l'ordre de St-Maurice et St-Lazare" décède au 4, quai Saint-Pierre, le 7 janvier 1897, à l'âge de 76 ans.



SUR CANNES VOIR ÉGALEMENT







mardi 13 avril 2021

1183 - CANNES - LE COURS/LES ALLÉES AU MILIEU DU XIX° SIÈCLE


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


UN ARTICLE ÉCRIT EN COLLABORATION AVEC DIDIER GAYRAUD


1 - Plan de Cannes inséré au début de l'ouvrage de GIRARD Jean-Baptiste (1820-1897), 
Cannes et ses environs : guide historique et pittoresque, Paris, 1859,
Paris, BnF (Gallica).


 

CANNES - LE COURS (1835-1850)


Un guide de voyage présente ainsi la ville de Cannes en 1835 : "Cette ville est dans une situation pittoresque, sur le penchant d'une colline qui s'avance en cap vers la mer. Elle est assez bien bâtie, sans rade ni bassin, mais elle a seulement une anse peu profonde où les bateaux jettent l'ancre à peu de distance du rivage. Le quai est large, propre, bien ombragé et bordé de jolies maisons ; il offre une promenade charmante et toujours fréquentée..." (Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, Guide pittoresque du voyageur en France, Paris, 1838 p 30).

Les terrains de la Marine, gagnés sur la mer, sont entourés à l'ouest, par le Mont-Chevalier (siège de l'ancien village ou quartier du Suquet) et l'extrémité septentrionale du quai (Saint-Pierre) ; au nord, par la route d'Italie ou rue du Port bordée des maisons de l'ancien faubourg devenu le centre de la ville ; à l'est, par l'embouchure du ruisseau du Châtaignier qui marque l'extrémité de la ville, avec une lande sablonneuse au-delà ; et au sud, par la plage de sable et la mer qui, au tout début du XIX° siècle, arrivait encore aux limites de la rue du Port.

C'est après 1834 qu'apparaissent au sud de la rue du Port, quelques maisons ainsi que de nouveaux arbres, au-devant de ceux du XVIII° siècle (Estampe de 1772 - Archives Municipales de Cannes [AMC] - 3Fi35). Cette promenade arborée forme le Cours, composé du Grand Cours dans ses parties occidentale et centrale, avec deux rangées d'arbres, et le Petit Cours, dans sa partie orientale, avec trois rangées d'arbres entre les deux maisons Ricord et Gazielle (Plan du 1er janvier 1842 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes [AD06] - 01FI 0246/04). 

Le môle du port est érigé entre 1838 et 1842 et le quai Saint-Pierre se borde de maisons dans la décennie suivante. 

Suite à la Révolution de 1848, un arbre de la Liberté, un magnifique peuplier, est planté au milieu du Cours. Les Allées de la Marine portent un temps le nom d'Allées Républicaines (rétabli de 1871 à 1879).



CANNES - LE  COURS (1850-1860)


Un projet plus ambitieux de promenade reliant les rivages est et ouest de la ville est envisagé en 1851 et réalisé, côté est, dès 1852. Il consiste en l'ajout de trois nouvelles rangées d'arbres et de bancs : "La promenade nouvelle (les Allées) fait l'ornement du pays" (Conseils municipaux des 29 mai 1851 et 19 septembre 1852 ; Plan de 1853 - AMC - 1Fi96). Une aquarelle (28x47,5 cm) d'Eugène Fromentin (1820-1876) montre les Allées en 1852 (Cannes - Musée de la Castre - Var-Matin). 

En janvier 1853, une "demande de concession gratuite et au besoin, à prix d'argent, des sables improductifs qui se trouvent depuis le golfe de la Croisette jusqu'à celui de la Bocca" est adressée par la municipalité à l'Etat (Conseil municipal du 9 janvier 1853).

Des plantations complémentaires sont réalisées par la suite, avec des platanes sur le Grand Cours début 1854 puis cent nouveaux platanes sur l'ensemble de la promenade début 1856 (Conseils municipaux des 12 février 1854, 9 novembre 1856 et 8 février 1857). 

Dès lors, la promenade du Cours porte également le nom d'Allées ou d'Allées de la Marine (elle prendra, en 1879, celui d'Allées de la Liberté puis en 1994 son nom actuel d'Allées de la Liberté - Charles de Gaulle).

Un plan de 1859 (détail ci-dessous) montre la promenade avec désormais quatre rangées d'arbres dans le Grand comme le Petit Cours, soulignées par un jardin botanique central (corbeille). 


2 - Détail de la partie est du Plan de Cannes inséré au début de l'ouvrage de GIRARD Jean-Baptiste (1820-1897), 
Cannes et ses environs : guide historique et pittoresque, Paris, 1859,
Paris, BnF (Gallica).
Légende du plan :
N° 1 : Le Cours
N° 12 : Grand Cercle
N° 18 : Eglise protestante culte Français
(N° 11 : Chapelle Notre-Dame).



Le seul bâtiment dénommé sur le plan ci-dessus est celui qui accueille au premier étage le siège du Grand Cercle (et du Cercle du Commerce à partir d'avril 1865). C'est l'ancienne Maison Ricord, une grande construction de quatre niveaux percés de dix baies sur la façade sud et de cinq baies sur les façades ouest et est. Le Café de l'Univers est installé au rez-de-chaussée (cité dès 1861 et tenu par Joachim Gros, gérant du Cercle), ainsi que la Pharmacie de Claude Gras.

Le Grand Cercle est décrit dans l'ouvrage de Jean Baptiste Girard : "Un cercle a été organisé par les principaux habitants du pays. Sa situation au centre du golfe, le long duquel est bâtie la ville, les jolies promenades dont il est entouré, rendent sa position agréable et très-abritée". On y compte un vaste salon de réception ou de conversation, une vaste salle de consommation, une salle de billard et une salle de lecture. "Un balcon qui fait saillie à l'extérieur de l'édifice et d'où on jouit d'un point de vue ravissant, soit sur la mer, soit sur les environs, sert de promenoir et de tabagie" (Jean Baptiste. Girard, Cannes et ses environs : guide historique et pittoresque, Paris, 1859 p 214).

Un album de photographies du Midi de la France, prises par Charles Nègre dans les années 1850 et 1860, est conservé au Metropolitan Museum de New York. Il offre, parmi une quinzaine de vues de Cannes, une vue de 15x21 cm qui nous révèle les Allées (7ème vue de l'album - ci-dessous). Il est à noter que les Archives Départementales des Alpes-Maritimes conservent un tirage quasi-identique, au cadrage élargi (AD06 - 10FI 0378).


 3 - NÈGRE Charles (1820-1880), Sans titre, sans date,
Cannes, Le Cours et la Plage,  
vue sud-ouest/nord-est prise depuis l'étage d'une maison du quai Saint-Pierre,
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm,
New York, The Metropolitan Museum (voir l'Album).


La photographie ci-dessus, non datée, montre une vue sud-ouest/nord-ouest prise depuis l'étage d'une maison du quai Saint-Pierre. Il est à noter que la photographie précédente de l'Album montre, décalée de quelques mètres pour garder les mêmes bateaux au tout premier plan, la vue strictement opposée est-ouest, révélant probablement que c'est du balcon du quatrième niveau de la Pharmacie Girard que la vue étudiée a été prise (Pharmacie de Jean Baptiste Joseph Girard, auteur de l'ouvrage sur Cannes évoqué).

La plage de sable et le bord de mer sont occupés par les bateaux (qui portent un nom et un numéro) et leurs filets, et par quelques personnages qui donnent vie et échelle à la scène (détail ci-dessous). Trois des personnages, qui posent en costume clair, ne sont assurément pas des pêcheurs et le plus à droite est probablement Charles Nègre lui-même, âgé de 42 ans (également présent sur la 45ème vue de l'Album du Metropolitan Museum dont une plaque verre négative est conservée aux Archives Départementales des Alpes-Maritimes - 47FI 1732).


3 - NÈGRE Charles (1820-1880), Sans titre, détail, sans date,
Cannes, Les Allées,  
vue sud-ouest/nord-est prise depuis l'étage d'une maison du quai Saint-Pierre,
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm, New York, The Metropolitan Museum (voir l'Album).



Le Cours est visible sur la gauche de la photographie (détail ci-dessous) avec, d'ouest en est, le jardin botanique accosté d'une cabane servant, semble-t-il, au pesage des barriques d'huile (Revue de Cannes du 4 mars 1865 p 1), les rangées d'arbres (avec une rangée de très jeunes arbres au sud), le bâtiment du Grand Cercle accosté du Petit Cours arboré puis, dans l'angle nord-est, la Maison Gazielle (détruite vers 1869 pour la construction du Splendid Hotel ouvert fin 1871), la Maison Vidal, l'Hôtel de la Poste (déjà cité dans un guide de voyage de 1845, tenu en 1860 par Barrau puis entièrement restauré dès 1861 par Pierre Bouchet) et la maison plus au sud qui va devenir, dès 1863, l'Hôtel des Princes


3 - NÈGRE Charles (1820-1880), Sans titre, détail, sans date,
Cannes, Les Allées,  
vue sud-ouest/nord-est prise depuis l'étage d'une maison du quai Saint-Pierre,
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm, New York, The Metropolitan Museum (voir l'Album).



Enfin, se remarque tout à droite de la photographie (détail ci-dessous), après les bois du chantier de construction des navires, le début du chemin de la Croisette avec ses bâtiments ; parmi ceux-ci, près du Pont du Châtaignier, la Villa Guichard en construction (encore dépourvue de toit), quelques maisons et le Casino de Cannes avec ses hautes tours.

A l'arrière de la Villa Guichard, se découvre la petite chapelle du XVI° siècle, Notre-Dame-de-Bon-Voyage (surmontée d'un clocheton), qui est longtemps restée la seule construction du rivage. Elle sera reconstruite, de plus grandes dimensions, en deux campagnes de travaux, entre le 15 décembre 1868 (date de pose de la première pierre) et le 8 décembre 1873 (date de sa consécration) par l'architecte Laurent Vianey (Lyon 1843 - Cannes 1828).



3 - NÈGRE Charles (1820-1880), Sans titre, détail, sans date,
Cannes, Les Allées,  
vue sud-ouest/nord-est prise depuis l'étage d'une maison du quai Saint-Pierre,
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm, New York, The Metropolitan Museum (voir l'Album).



CANNES - LE COURS (1860-1870)


En 1860, plusieurs demandes de cessions des terrains du rivage sont à nouveau adressées par la municipalité à l'Etat (conseils municipaux des 19 janvier et 4 septembre 1860). A partir de novembre 1860, le chemin de la Croisette, situé au-delà du pont du Châtaignier, est aménagé à partir des déblais dégagés par le percement souterrain du chemin de fer (au nord du Mont Chevalier).

"Le cours, formé de trois allées de platanes et d'acacias, réunit le quartier du port au quartier moderne ; il contient de petits jardins circulaires où l'on cultive des plantes tropicales" (Jean  Marie Vincent Audin, Guide du Voyageur en France, Paris, 1861 p 307). Il semble que c'est la corbeille horticole qui renferme plusieurs petits jardins circulaires avec des plantes exotiques dont de jeunes palmiers dattiers. 

Des arbres sont plantés à l'extrémité orientale de la Marine pour relier la promenade du Cours au chemin de la Croisette (Plan du 1er août 1864 - AD06 - 01FI 0247/10).

De nouveaux bancs sont installés sur la promenade en janvier 1865 et surtout des becs de gaz ceinturent la Marine dès le mois suivant (Revue de Cannes du 28 janvier p 3 et du 1er avril 1865 p 1)

Dans un article paru dans la Revue de Cannes du 28 janvier 1865 (p 3), Victor Petit décrit les lieux :"Cette promenade, qui est pour Cannes ce que sont à Paris le boulevard des Italiens et les Champs-Elysées, est ombragée par des arbres séculaires qui, autrefois, n'étaient séparés de la mer que par une étroite bande de sable. C'est maintenant, à la suite de travaux de remblai, une large esplanade sur laquelle plusieurs rangées de jeunes arbres projettent déjà un peu d'ombre". Cette esplanade accueille également le marché des fruits et légumes et sert de lieu de rencontres et de discussions.


4 - PETIT Victor (1817-1871), Panorama de la Ville de Cannes (vue sud-nord), sans date (1866),
 détail de la partie est de la ville, lithographie de 64x107 cm, éditée par Fortuné Robaudy, Libraire-Éditeur,
 Paris, BnF (Gallica). 


Un nouvel aménagement des Allées est envisagé dès le mois de mars 1865, avec le projet d'un square sur le Grand-Cours et d'une route carrossable longeant la plage (Revue de Cannes du 4 mars 1865 p 1).

Le 11 mars 1866, le conseil municipal décide "l'établissement d'une route carrossable au midi de la promenade des Allées, et le déplacement par suite de la corbeille de palmiers existante [jardin botanique]. Il arrête également l'acquisition par la commune de la zone de terrain appartenant à l'Etat, au midi de la marine"Cette route sera la prolongation du boulevard de la Croisette, renommé officiellement à partir du 22 septembre 1866, boulevard de l'Impératrice.

Le projet se précise en 1867, avec notamment "le vote d'un crédit de 15.000 fr. pour l'acquisition de deux fontaines monumentales à placer aux deux extrémités des Allées" (Conseil municipal du 11 juin 1867). 

La demande d'emprunt de la Ville permettant la création de "la promenade publique le long du rivage de la mer (Allée et boulevard de l'Impératrice)", soumise à l'Etat, est validée le 14 juin 1867 (Annales du Sénat et du Corps législatif, vol. 7 et 8, 1867 p 60). Le 23 septembre 1867, le Conseil municipal approuve les plans et devis de la promenade 

Une pétition des habitants est ensuite adressée, le 28 décembre 1867, au ministre de la Marine pour demander la cession des terrains situés au midi des Allées. Un décret impérial  autorise "la concession des lais de la mer faisant partie des terrains de la marine" en février 1868 (Conseil municipal du 12 février 1868). 

Des travaux sont entamés sur la promenade dès février 1868. Ces derniers concernent tout d'abord le réaménagement de la moitié nord afin de repousser les plantations et de dégager l'espace de la future route. 

Le square central est réalisé par la Société horticole d'après les plans de Victor Petit et pourvu d'un large bassin. Les deux fontaines monumentales sont placées en mars 1868 aux extrémités est et ouest du Grand-Cours et les trois ensembles entourés d'une grille de fer en avril (ces dernières seront retirées en juillet 1874)Le 14 juin 1868, le square est dit entièrement planté et livré au public et l'ensemble inauguré début juillet, avec la mise en eau "des fontaines jaillissantes" (Conseils municipaux des 24 février, 15 mars, 8 avril et 9 juillet 1868). 

Victor Petit parle longuement de cette nouvelle promenade dans la réédition de son ouvrage en 1868 : "Durant le printemps de l'année 1868, divers travaux d'embellissement modifièrent beaucoup l'aspect de la promenade du Grand-Cours. Par suite de la déviation si longtemps désirée des eaux de la Siagne, on put établir sur le Grand-Cours trois fontaines jaillissantes ; celles-ci furent inaugurées au mois de juillet de la même année. On terminait vers la même époque, aux abords des fontaines, la plantation de deux parterres et d'un jardin assez vaste, bordés de grilles légères. En créant le jardin du Grand-Cours on a voulu établir pour les étrangers un point central parfaitement exposé, où ils auront l'occasion de se rencontrer et de se reposer, et aussi, procurer à la Société d'horticulture un espace assez étendu, pour y réunir quelques-uns des principaux spécimens des plantes et arbustes susceptibles d'être cultivés au bord de la mer, afin de mettre les propriétaires de villas à même de choisir parmi ces végétaux ceux qui peuvent le mieux convenir pour leurs parcs et jardins" (Victor Petit, Cannes, Promenades des Etrangers dans la Ville et ses Environs, nouvelle édition de 1868 pp 9-10).

Les travaux de la route située au midi des Allées, de la place du chantier au quai Saint-Pierre (actuelle Promenade de la Pantiero), sont entamés dès fin juillet 1868 et cette dernière, macadamisée en janvier 1869, est par la suite bordée d'arbres (Conseils municipaux du 25 juillet 1868 et de janvier 1869 - Photographie de fin 1868 - AD06 - 47FI 1823). 


DATATION DE LA PHOTOGRAPHIE DE CHARLES NÈGRE


La photographie étudiée est antérieure aux travaux de 1868 et rejoint en cela les quelques photographies connues des mêmes lieux, prises par Charles Furne et Henri Tournier, Joseph Contini ou Jean Andrieu.

Deux indices intéressants peuvent permettre de préciser la datation de la photographie de Charles Nègre : la présence de la Villa Guichard et celle du Casino.

La Villa Guichard

Les dates de construction de la Villa de l'architecte cannois Jacques Guichard (1818-1899) ne sont pas connues (demeure familiale destinée en partie à la location). 

La Villa apparaît cependant en construction sur trois des cinq photographies des Allées prises par Jean Andrieu (numéros 556, 558 et 560), intitulées Cannes. Près NiceCette série cannoise s'intercale en effet dans une série niçoise (numéros 520 à 570) qui montre notamment l'aménagement de la Promenade des Anglais (numéros 550 et 550 bis), après les plantations réalisées à partir de février 1862 mais avant la pose des réverbères qui sera effectuée entre juin et août 1862.

La Villa Guichard n'apparaît élevée que de deux étages dans les vues de Jean Andrieu alors qu'elle est constituée de quatre étages dépourvus de toiture dans la vue de Charles Nègre. Cette dernière s'avère donc postérieure de quelques mois et peut dater du second semestre de l'année 1862, la Villa étant probablement achevée fin 1862 ou début 1863 (bâtiment de quatre niveaux percé de cinq - puis six - baies sur la façade ouest, d'une baie dans l'angle sud-ouest adouci et de quatre baies sur la façade sud).

La photographie de Charles Nègre et celles de Jean Andrieu montrent cependant le Casino de Cannes que tout le monde s'accorde à ne dater que de 1863. Il est donc nécessaire d'éclaircir ce point.

Le Casino Cresp

Etienne Marie Cresp (Grasse 1812 - Cannes 1869) est un cafetier cité dans le recensement de Cannes de 1851, rue St. Antoine, 13 et dans celui de 1861, quai St. Pierre, 7.

Le Bulletin des Lois de la République Française de 1863 (p 64) publie un décret impérial du 28 décembre 1862 autorisant la concession, au sieur Cresp, d'une parcelle de lais de mer de 564 m2, désignée par des plans des 14 et 19 janvier 1860, pour la somme de 5006, 40 fr.

Ce document semble confirmer l'achat du terrain sur lequel va s'élever le futur Casino mais est-ce bien le cas ? Le Casino constitué de cette massive bâtisse néo-gothique hérissée de tours sur trois de ses façades et renfermant un théâtre, des salles de lecture, de billard, de concert et des appartements privés a-t-il pu être construit en six mois avant d'être inauguré le dimanche 9 août 1863 ?

Il est probable que la concession accordée en décembre 1862 ne concerne pas le terrain de la construction mais le terrain enclos de grilles qui précède le bâtiment. C'est ce que semble confirmer un document des Archives Départementales des Alpes-Maritimes signalant dès les années 1834-1839, l'aliénation d'un premier terrain provenant des lais et relais de mer à Cannes, dans l'ancien lit du torrent du Châtaignier, au profit de l'adjudicataire Cresp (AD06 - 02Q 0059).

Les plans de janvier 1860 évoqués sont probablement les plans, dressés par l'architecte anglais Thomas Smith (1798-1875), de la bâtisse entamée dès cette année-là et achevée en 1862. La photographie de Jean Andrieu, plus lisible que celle de Charles Nègre, montre d'ailleurs un bâtiment terminé.

Il est possible que la bâtisse ait, dans un premier temps, servi tout à la fois de demeure familiale à Etienne Cresp et d'hôtel constitué d'appartements locatifs. La bâtisse a pu être transformée fin 1862-début 1863 en vue de l'ouverture du Casino-musical et s'est vue complétée par l'achat du nouveau terrain, transformé en jardin.

L'Illustration du 3 octobre 1863 (vol. 42 p 227) signale le bâtiment : "Cannes a son Casino, dont le seul défaut est de ressembler un peu trop à un pénitencier militaire".

Dans son ouvrage rédigé en 1863 et édité en 1864, Les Villes d'Hiver de la Méditerranée et des Alpes-Maritimes (pp 101 et 112), Elisée Reclus décrit l'ensemble : "Parmi les autres édifices de la ville proprement dite, on ne peut guère signaler que le nouveau Casino, énorme construction de style gothique anglais, qui se dresse à l'extrémité orientale de Cannes, sur la plage de la Croisette. Sa façade noirâtre, rayée de lignes blanches et encadrées de tours à créneaux, ses nombreuses rangées de fenêtres étroites, ses corps de bâtiments d'inégale hauteur, qui font ressembler le toit à un immense escalier [façades latérales], donnent à ce vaste édifice un aspect au moins étrange".

L'Annuaire-Almanach du Commerce et de l'Industrie de 1864 (p 1580) cite, à Cannes, le "Casino, café concert tenu par Cresp-Sicard, son propriétaire ; beaux appartements meublés, exposés au midi" (Sicard est tout à la fois le nom de jeune fille de la mère et de l'épouse d'Etienne Cresp).

Il est à noter que le Casino d'Etienne Cresp-Sicard fera faillite dès 1864 (AD06 - 06U 03/0228) mais que la bâtisse continuera à servir de théâtre et d'hôtel et prendra le nom d'Hôtel Beau-Rivage en 1867 (Conseil Municipal de Cannes du 6 août 1863 - Journal de Nice du 7 novembre 1863 p 3 - Revue de Cannes du 7 avril 1866 p 2 et du 15 mai 1867 p 3 - Guide Murray, A Handbook for Travellers in France, 1867 p 539 - Les Echos de Nice du 26 octobre 1867).


SUR CANNES VOIR ÉGALEMENT