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mardi 23 février 2021

1179-SOLARS (?-?), STELIOS (?-?), UBERTAL (1865-1928), DORSAND (1878-1957), PHOTOGRAPHES

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- UBERTAL Jean (1865-1928), Portrait de militaire

 du 6ème Bataillon territorial de Chasseurs à pied, recto, mai 1901,

recto nu,

tirage de 14,9x10,1 cm sur carton de 16,5x11 cm, Collection personnelle.




- SOLARS (?-?)


Ce photographe est uniquement cité à Nice dans l'Indicateur des Alpes-Maritimes et de la Principauté de Monaco de Léon Affairous, en1869, titulaire d'un atelier au 1, rue de France.

J'ignore tout du reste de sa vie et de sa carrière, comme son prénom, ses dates et lieu de naissance et de décès et je n'ai pas connaissance à ce jour de cartons-photos portant son nom.




- STELIOS (?-?)


Le photographe Stélios est uniquement cité à Nice dans l'annuaire niçois de 1883 (Collection privée Didier Gayraud) : "Ambrosetti : Stélios, succ. (successeur), av. Beaulieu, 41". Le photographe Giuseppe Ambrosetti vient de lui céder son affaire niçoise en 1882. 

Dès fin 1883, l'atelier est cependant "à céder pour raison de santé" (Nice Artistique et Industriel du 6 décembre 1883 p 38) et c'est Joseph Messy (Messy Fils) qui reprend, en 1884, l'atelier à cette même adresse.

Je n'ai pas connaissance de cartons-photos portant son nom. Je n'ai trouvé aucune autre information sur ce photographe et j'ignore notamment ses date et lieu de naissance et de décès. Il s'agit d'un nom ou d'un prénom d'origine grecque. 


- Petite annonce parue dans Nice Artistique et Industriel du 6 décembre 1883 p 38,
BnF, Paris (Gallica).




- Jean Baptiste Joseph UBERTAL (1865-1928)


FAMILLE UBERTAL

Vers janvier 1854, Domenico Umbertolla/Ubertal (né en 1825 à Castellamonte, au nord de Turin, Piémont, Etat sarde), mineur de profession et Maria Domenica Caterina Balurio/Ballurio/Balleuriau/Balordo (née le 12 août 1833 à Villa Castelnuovo, au nord de Turin), couturière, se marient, probablement à Villa Castelnuovo.

Domenico Ubertal va vivre, accompagné de son épouse, une vie de mineur itinérant en Savoie (Etat sarde, à L'Argentière-la-Bessée en 1854) puis en France, dans les Bouches-du-Rhône (Rognac en 1855) et dans les Alpes-Maritimes (Mandelieu-la-Napoule de 1860 à 1862), Villefranche-sur-Mer de 1863 à 1867, Nice de 1868 à 1871), comme le révèlent les naissances de leurs nombreux enfants (au moins 9 enfants nés entre 1854 et 1871 dont l'un est décédé en bas-âge et un autre à la naissance).

Dominique Ubertal et son épouse sont désormais aubergistes à Villefranche-sur-Mer puis à Nice avec un domicile signalé au 1, rue Alberti en 1868 puis au 2, rue de la Croix en 1871. 

La famille quitte ensuite Nice, probablement dès 1871 car elle n'apparaît pas dans le recensement de la Ville de Nice de 1872. Dominique Ubertal, cantinier âgé de 48 ans, décède en 1878 à San Marco Argentano (province de Cosanza, Italie du Sud). 

Une partie de la famille Ubertal est signalée à Cannes (Alpes-Maritimes) dès 1880 (mariage de l'une des filles), sans qu'il soit possible de préciser si l'installation dans cette ville est antérieure ou postérieure au décès du père.

C'est à Cannes que "Maria Ballurio, veuve Umbertella, propriétaire", va se remarier le 26 avril 1882, avec Philippe Cardon, propriétaire (né le 28 août 1837 à Prarostino, Piémont), ancien ami de la famille (ancien mineur de profession et témoin de naissance de plusieurs des enfants Ubertal à Villefranche-sur-Mer et Nice).

 Maria Ballurio va décéder à Cannes, à l'âge de 53 ans, le 25 mars 1887. Ses enfants et petits-enfants feront, pour une part, leur vie à Cannes et à Nice.


JEAN BAPTISTE JOSEPH UBERTAL

Jean Baptiste Joseph Ubertal, est né français, de parents italiens, le 17 juin 1865 à Villefranche-sur-Mer. Il est l'un des enfants de Dominique Ubertal et de Marie Balurio, aubergistes.

Sa fiche matricule militaire (classe 1886) le signale à 21 ans, "peintre", domicilié avec sa mère à Cannes et probablement employé comme peintre de voitures dans l'entreprise familiale dirigée par son beau-père Philippe Cardon au 43, boulevard du Cannet. Il est incorporé dans l'armée, de novembre 1887 à septembre 1888. 

Jean Ubertal semble se marier à 24 ans environ, fin 1889-début 1890 (à Asti ?) avec Barbara/Barbe Remondino/Remondine, 18 ans environ (née en 1871 à Asti, alors province d'Alexandrie, Piémont, Italie). 

Comme son père avant lui, il va entamer, suite à son mariage, une vie itinérante dans le sud-est de la France dont le parcours est en partie révélé par les nombreuses naissances de ses enfants. 

Tout en restant domicilié à Cannes, il est désormais "photographe ambulant" et est ainsi signalé pour la première fois à Nîmes (boulevard de la République, Champ de Foire - Gard) en octobre 1890 puis Toulon (boulevard Dutasta - Var) en février 1892, Varese (Lombardie, Italie) en avril 1895 et Saint-Raphaël (place de la Mairie - Var) en avril 1897.

Fin 1897 ou début 1898, il s'installe à Nice, marché Lépante, avec sa famille mais continue à rayonner dans le département, l'un de ses enfants naissant à Antibes (Alpes-Maritimes) en novembre 1898.

En 1899, il semble déménager avec sa famille au 42, rue Victor et travailler dans un atelier du nom de "Photographie du Progrès", au 31, rue Victor. Cependant, son nom et celui de l'atelier n'apparaissent jamais dans les annuaires niçois et ne sont révélés que par de rares cartons-photos (quatre sont datés de 1901, l'un de mai et les trois autres de juillet). 

Ses cartons-photos affichent un recto nu sur fond blanc ou plus rarement  un recto sur fond beige tamponné à l'encre rose de la signature "J. Ubertal", et un verso imprimé sous les emblèmes de la Photographie et de la Peinture sur fond de rayons de soleil avec, "Photographie (texte en quart-de-cercle) - Artistique (avec fond de fleurs) - Reproductions - Agrandissements - Groupes - (puis avec un tampon humide à l'encre rose) Photographie Du Progrès - Jean Ubertal - Date (mois et année) - Prix Modérés - Rue Victor, 31, Nice - (puis tout en bas à droite en petits caractères le nom du cartonnier) Maison Castel-Toulon-Nice".

A-t-il ouvert son propre atelier ou travaille-t-il désormais dans l'atelier de Marius Gerbin, cité pour sa part au 29, rue Victor dès l'annuaire de 1897 (domicile et atelier) ? Si les deux ateliers sont côte-à-côte pourquoi le sien n'est-il jamais cité et inversement s'il travaille avec Marius Gerbin, pourquoi son nom apparaît-il au dos de certains cartons-photos ? Quant aux sept cartons connus au verso identique mais dépourvu de tampon, sont-ils ceux de Jean Ubertal, de Marius Gerbin ou d'autres photographes (ce type de carton porte parfois le tampon d'Alphonse Leenaerts de Toulon) ?

En mars 1901, la famille Ubertal est citée dans le recensement de la Ville de Nice au 42, rue Victor (domicile), "Jean Ubertal, 36 ans, français, photographe", son épouse Barbe Remondino, 30 ans, italienne, ménagère, et 5 de leurs 7 enfants : Marie Marguerite Antoinette Ubertal, 11 ans (née le 20 octobre 1890 à Nîmes, Gard), Dominique Jacques Hubert, 9 ans (né le 19 février 1892 à Toulon et dit par erreur "Albert" dans le recensement), Jean Achille Philippe, 5 ans et 11 mois (né le 14 avril 1895 à Varese, Lombardie), Jean Baptiste Joseph Ubertal, 1 an et 3 mois (né le 3 janvier 1900 à Nice au 42, rue Victor), Marie Adrienne Françoise Ubertal, 1 mois (née le 21 février 1901 à Nice au 42, rue Victor). Deux de leurs enfants ne sont cependant pas cités : Antoine François Ubertal né le 21 avril 1897 à Saint-Raphaël (Var) mais décédé à l'âge de 9 mois le 30 janvier 1898 à Nice, et Antoine Michel Paul Ubertal, 2 ans et 4 mois (né le 13 novembre 1898 à Antibes).

Trois autres enfants vont naître par la suite à Nice : Germaine Paulette Maud Ubertal (le 2 avril 1902 au 42, rue Victor), un enfant de sexe féminin (malheureusement née sans vie le 25 août 1904 au 14, avenue Durante) et Marie Jeanne Simonne Ubertal (née le 15 août 1909 au Petit Chemin de Valrose, maison Daniel). 

Jean Ubertal est toujours dit "photographe" lors de ces naissances. Peut-être travaille-t-il encore avec Marius Gerbin qui déménage en 1905 son atelier au 15, rue du Palais et cesse toute activité en 1913 ?

Le seul nom de la famille qui apparaît dans les annuaires niçois est celui de son frère Jacques Antoine Ubertal dit Cardon. Ce dernier, peintre à Cannes, s'est marié à près de 27 ans, le 16 avril 1895 à Bagnols-en-Forêt (Var), avec Francine Félicie Marenc, 22 ans, sans profession (née à Bagnols-en-Forêt le 3 mai 1873). Il semble avoir repris l'entreprise familiale de carrosserie et peinture en voitures dans les années 1890 mais a fait faillite fin 1900 et s'est séparé de son épouse fin 1901 (Archives Commerciales de la France du 10 novembre 1900 p 1426 et du 7 septembre 1901 p 1133). Il est ensuite venu s'installer à Nice comme carrossier et peintre en voitures (naturalisé suisse, il va pendant la Première Guerre Mondiale travailler pour l'Armée française en fabriquant des caisses en bois pour obus, ce qui lui occasionnera bien des ennuis).

Le 2 août 1913, lors du mariage à Nice de sa fille, Marie Marguerite Antoinette, 22 ans, repasseuse, avec Hélène Laurent Vial, 24 ans, charpentier (né le 20 août 1888 à Nice ), Jean Ubertal est désormais dit "vernisseur" (travaux de vernissage sur bois) et réside au 19, boulevard Saint-Barthélemy. Il occupe probablement cette adresse depuis peu. L'annuaire de 1914 cite pour la première et la dernière fois le nom de son épouse comme "repasseuse" à cette adresse (maison Richier) mais également son propre atelier de "peintre", tout proche, au 32, rue Michel-Ange.

Le 5 février 1916, lors du mariage à Nice de son fils Dominique Jacques Hubert, près de 24 ans, "artiste peintre" (peintre décorateur), alors soldat au Régiment d'Infanterie Coloniale au Maroc, en convalescence chez ses parents, avec Eugénie Anne Marie Hervé, 24 ans (née le 1er février 1892 à Le Quiou, Côtes-d'Armor), Jean Ubertal est désormais dit "peintre" et réside au 17, boulevard Saint-Barthélemy. 

Malheureusement Dominique Jacques Hubert, jeune marié, déjà blessé au combat en septembre 1914, est tué au combat à l'âge de 24 ans et 10 mois, le 15 décembre 1916 à Louvemont (Meuse) et ne connaîtra pas son fils, Hubert Eugène André Ubertal qui naîtra à Nice le 3 juillet 1917. Jean Ubertal, qui vient de perdre son frère Jacques Antoine Ubertal â de 49 ans, le 2 mars de la même année, est très affecté par cette succession de décès mais est témoin de naissance de son petit-fils en juillet et est dit à cette occasion "peintre et photographe".

Jean Ubertal perd ensuite son fils Antoine Michel Paul Ubertal qui meurt au combat à La Veuve (Marne), le 26 juillet 1918, âgé de 19 ans et 8 mois.

Il est possible que Jean Ubertal ait travaillé avec son fils Dominique Jacques Hubert et son frère Jacques Antoine dans l'entreprise qui va perdurer après la mort de ces deux derniers et continuer d'apparaître dans les annuaires, rue Berlioz, jusqu'en 1923. 

La fille de Jean Ubertal, Marie Adrienne Françoise, âgée de 22 ans, sans profession, se marie à Paris (18ème arrondissement), le 10 mars 1923, avec Augustin Maximilien Martin, 26 ans, plombier (né le 2 novembre 1896 à Cherbourg, Manche). Jean Ubertal, consentant par acte notarié, est dit "peintre", résidant au 27, boulevard Saint-Barthélemy à Nice.

Son nom, "Ubertal, peintre" ne réapparaît à cette adresse dans les annuaires qu'à partir de 1926 puis, dès 1927, au 35, boulevard Auguste-Raynaud (nouveau nom du boulevard adopté en 1926). Tout laisse à penser qu'il est alors employé chez un patron, son nom et son adresse n'apparaissant pas dans les listes professionnelles de carrossiers ni de peintres en voitures mais uniquement dans les listes alphabétiques des rues et des habitants.

Jean Ubertal, "peintre en voitures", domicilié au 35, boulevard Auguste-Raynaud, décède à Nice le 25 janvier 1928, à l'âge de 62 ans et sept mois au 51 bis, route de Levens, à l'Hôpital Pasteur.

Sa carrière de peintre en voitures semble avoir commencé dans les années 1880. Probablement initié à la photographie à Cannes, il est devenu photographe itinérant en 1890 puis s'est stabilisé quelques années dans un atelier à Nice au tournant du XX° siècle (1899-1903 ou 1899-1913 ?). Il semble revenu ensuite à son métier de peintre en voitures, même si en 1917, il est dit encore "peintre et photographe".

Son épouse Marie décédera (où ?) à l'âge de 59 ans environ, entre le 25 mars 1930, date où elle est présente au mariage à Nice de sa fille Marie Jeanne Simonne Ubertal, 20 ans, couturière (avec Félix Antoine Mathieu, 24 ans, peintre en lettres, né le 2 janvier 1906 à Nice) et le 27 avril 1931, date où elle est dite décédée lors du décès de sa fille jeune mariée (à l'âge de 21 ans et 8 mois, à Nice au 35, boulevard Auguste-Raynaud).


- UBERTAL Jean (1865-1928), Portrait de militaire 

du 6ème Bataillon territorial de Chasseurs à pied,

 recto, mai 1901, recto nu, tirage de 14,9x10,1 cm sur carton de 16,5x11 cm, Collection personnelle.

- UBERTAL Jean (1865-1928), Portrait de militaire du 6ème Bataillon territorial de Chasseurs à pied, verso, mai 1901,

sous les emblèmes de la Photographie et de la Peinture sur fond de rayons de soleil avec "Photographie (texte en quart-de-cercle) - Artistique (avec fond de fleurs) - Reproductions - Agrandissements - Groupes - (puis avec un tampon humide à l'encre rose) Photographie Du Progrès - Jean Ubertal - Mai 1901 - Prix Modérés - Rue Victor, 31, Nice - (puis tout en bas à droite en petits caractères le nom du cartonnier) Maison Castel-Toulon-Nice", 

inscription manuscrite, "Mon Papa chéri - à vingt ans",

carton de 16,5x11 cm, Collection personnelle.





- René Victor Marie Jules DORSAND (1878-1957)


LA CHÂTRE

René Victor Marie Jules Dorsand est né le 18 février 1878 à La Châtre (Indre), rue de l'Abbaye Saint-Abdon. Il est le fils de Jules Dorsan Gens, photographe (1851-1935) et de Marie Baudon (1859-apr.1935) qui se sont mariés le 2 mai 1877 à Levroux (Indre).

CHÂTEAUROUX

Entre février 1878 et décembre 1880, la famille déménage à Châteauroux (Indre) où naissent les frère et sœur de René, Alice Marie Madeleine Dorsand le 9 décembre 1880 puis Jean Jacques Silvain Dorsand le 10 juin 1893, rue Jean Jacques Rousseau.

A l'adolescence, René Dorsand est initié à la photographie par son père Jules Dorsand (portraits, paysages, reproductions d'œuvres d'art), médaillé d'or en 1882, qui possède un atelier place aux Guédons (n° 5 dans les années 1880).

René Dorsand est d'ailleurs qualifié de "photographe" à cette même adresse dans sa fiche matricule militaire (classe 1898) mais est ajourné pour "faiblesse" en 1899 et 1900.

NICE

"Dorsand René, 22 ans, photographe" est ensuite signalé début 1901 dans le recensement de la Ville de Nice, domicilié au 9, rue Lépante. Il est possible qu'il y passe la saison d'hiver pour améliorer son état de santé.

CHÂTEAUROUX 

René Dorsand retourne ensuite à Châteauroux et est incorporé dans l'armée, de novembre 1901 à septembre 1902. Il reprend dès lors son travail dans l'atelier paternel.

Le 14 novembre 1910, il est témoin de mariage, à Châteauroux, du photographe (employé de son père ?), Augustin Defradas (né en 1885).

René Dorsand participe à la Première Guerre Mondiale et devient, dès novembre 1915, photographe dans l'aviation. Il est cité pour son courage en 1916, ayant participé à une reconnaissance photographique à l'intérieur des lignes ennemies. Il est nommé adjudant en 1917 et participe d'octobre 1918 à novembre 1920 à une mission d'aviation au Brésil.

Il regagne ensuite le domicile familial (rue Jean-Jacques Rousseau à Châteauroux) puis succède, vers 1924, à la tête de l'atelier de photographie de la place aux Guédons. Ses parents, accompagnés de leurs deux autres enfants (Jean, pensionné de guerre en 1921 et marié en 1923 et Alice, célibataire), déménagent alors à Saint-Servan-sur-Mer (Saint-Malo, Ille-et-Vilaine). Jean (Jacques Silvain) Dorsand y ouvre un atelier de photographie, à l'angle des rues Le Pommelec et Georges-V.

René Dorsand ne se marie qu'à l'âge de 45 ans, le 6 janvier 1924, à La Châtre (Indre), avec Marie Thérèse Blanche Yvonne de Villechabrolle, 32 ans (née à La Châtre le 18 novembre 1891). 

Ils semblent ne pas avoir d'enfant et travaillent en couple à l'atelier, son épouse étant qualifiée de "photographe" en 1929 (L'Emancipateur du 7 avril 1929 p 3).

René Dorsand conserve probablement l'atelier de Châteauroux (à l'angle de la place aux Guédons - n° 2 - et rue Jean-Jacques Rousseau) jusqu'à la fin des années 1930 (cité dans Le Photographe du septembre 1935) et prend ensuite sa retraite dans la même ville. Son père décède à Saint-Servan-sur-Mer (Ille-et-Vilaine) entre le 14 et 16 juillet 1935 (annonce de ses funérailles le 17 et enterrement le 18).

René Dorsand décède à l'âge de 79 ans, à Châteauroux le 7 août 1957 et est inhumé dans le caveau de sa belle-famille à La Châtre. Son épouse décédera à l'âge de 72 ans, à Châteauroux le 25 décembre 1963 et sera inhumée à ses côtés dans le cimetière de La Châtre.

Le frère de René Dorsand, le photographe Jean (Jacques Silvain) Dorsand, décédera pour sa part à Saint-Servan-sur-Mer le 15 mai 1973.













lundi 8 février 2021

1178-NICE-INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES PHOTOGRAPHES DU XIX° s.

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- ALEO Miguel (1824-c.1900), Nice vue du Château, vers 1863-64.



La ville de Nice s’est développée tout au long du XVIII° siècle au-delà de son ancienne enceinte de remparts, à l’est avec le port marchand, et à l’ouest sur la rive droite du Paillon et le long de la route de France avec un quartier anglais. 

La villégiature d’hiver, liée au climat bienfaisant de la ville, notamment pour les malades souffrant d’affections pulmonaires, prend de l’essor pendant la période sarde (1814-1860). A la fin des années 1850, les séjours de l’Impératrice de Russie à Nice entraînent une forte fréquentation russe ainsi que des têtes couronnées européennes. 

Avec l’Annexion française de 1860 puis l’arrivée du chemin de fer en 1864, l’attraction de la ville se renforce auprès de l’aristocratie et des élites artistiques. La ville fait plus que doubler de surface et de population dans la fin du XIX° siècle, avec le développement de la ville nouvelle sur la rive droite du Paillon.





LES PHOTOGRAPHES


Une liste de 385 noms qualifiés chacun de "photographe" dans les sources locales a pu être établie (1839-1900). Les dénominations de "négociant", de "commerçant" ou d’ "employé", trop larges et ambiguës n’ont pas pu être retenues, au risque de passer à côté de personnes travaillant dans le domaine de la photographie. Le terme de "photographe" recouvre, pour sa part, plusieurs fonctions : propriétaire/titulaire de l'atelier et du magasin, assistant, employé (opérateur, tireur, retoucheur), apprenti, voire amateur. 

La liste concerne les photographes de toutes nationalités qui ont possédé un domicile à Nice, pendant une ou de très nombreuses années du XIX° siècle. Les vie et carrière des photographes les plus tardifs sont cependant étudiées jusque dans la première moitié du XX° siècle. Entre 1839 et 1900, 165 d'entre eux ont été titulaires d’un atelier et 220 ont été leurs employés. 


1839-1860


Les premiers daguerréotypistes ou daguerréotypeurs sont signalés à Nice dès le début des années 1840 (1842) mais ne sont souvent que de passage pour quelques jours ou quelques semaines. Une trentaine de noms sont connus entre 1840 et 1860, à raison d’un ou deux par an entre 1842 et 1853 puis de trois à sept par an entre 1854 et 1860. 

Ce sont essentiellement des photographes français, majoritairement parisiens ou formés à Paris, qui voyagent. Quelques-uns d’entre eux exercent la profession de photographe portraitiste itinérant, annonçant leur arrivée, l’adresse de leur atelier et leur départ dans les journaux locaux, sans d’ailleurs toujours préciser leur nom. 

A l'origine, opticiens, peintres, lithographes, musiciens, enseignants, coiffeurs, tailleurs d'habits, manufacturiers, ébénistes, propriétaires ou rentiers, ils cumulent bien souvent leur métier et leur passion pour la photographie, avant de faire parfois de cette dernière leur activité principale. 

Certains d'entre eux vont effectuer quelques saisons à Nice, y réaliser des prises de vue des paysages urbains et naturels de la ville et de ses environs, voire y installer un studio de portraitiste. D’autres (un tiers de la trentaine répertoriée) vont s'y installer pour de plus longues années ou le reste de leur vie. Les plus anciennes photographies niçoises conservées ne datent cependant que des années 1854-1859 et sont essentiellement des vues de paysage.


1839-1900


Si l’on considère maintenant l’ensemble des photographes domiciliés à Nice entre 1839 et 1900, ce sont très majoritairement des Français (issus de toutes les régions et villes dont Paris et les villes de cure), des Français d’origine sarde et italienne et des Italiens (comté de Nice, Ligurie, Piémont et Lombardie notamment). Une soixantaine de ces photographes sont nés dans l’ancien comté de Nice ou les Alpes-Maritimes dont une quarantaine à Nice même.

Les autres nationalités sont peu représentées (une cinquantaine de photographes), avec une dizaine de photographes allemands, une dizaine de suisses et seulement quelques anglais, espagnols, belges, roumains, polonais, américains... 

Une vingtaine de femmes photographes sont connues. Elles ont le plus souvent travaillé dans l’ombre de leur époux, leur père ou leur frère mais ont parfois possédé leur propre atelier dès le dernier tiers du XIX° siècle. 

De nombreux photographes ayant travaillé à Nice n’ont exercé cette profession que quelques années et ont mené par la suite une toute autre activité (notamment les apprentis et employés après leur service militaire). Les fiches matricules militaires conservées (après 1875) attestent de leur assez bon niveau d’instruction (niveau 3/5).

La liste des photographes croise les recherches principalement effectuées dans des sources locales : les passeports et visas de passeports délivrés par le Consulat de France à Nice entre 1840 et 1860 (30 photographes cités), les annuaires, indicateurs et guides niçois entre 1858 et 1900 (152 photographes cités), les recensements de la Ville de Nice entre 1861 et 1901 (215 photographes cités), les registres d'état civil niçois entre 1861 et 1900 (223 photographes cités), les journaux et revues de la seconde moitié du XIX° siècle, l'Aide-Mémoire de la Société Photographique de Toulouse (1876-1905), les archives notariales et commerciales, les fiches matricules militaires, les dossiers de naturalisation, les sites de généalogie et le site des cimetières niçois où de nombreux photographes reposent, les cartons-photos des collections publiques et privées nationales et internationales et des sites de vente en ligne... La liste intègre quelques noms de photographes indirectement concernés par cette étude et ses champs historique et géographique, du fait de parenté ou d’association.

Les photographes ayant officié à Nice ont été, dans leur très grande majorité, des portraitistes. Certains ont cependant réalisé tout à la fois des vues de paysage et des portraits en studio. Les photographes paysagistes restent peu nombreux et ont pour la plupart travaillé à Nice dans les années 1850-1870 comme (par ordre chronologique), Pierre Ferret, Louis Crette, Joseph Silli, Charles Nègre, Jean Walburg de Bray, Emile Messy, Eugène Degand, Michel Schemboche, Charles Cottalorda, Albert Pacelli, Léonard de Saint-Germain, Gabriel Delahaye...

"Une pluie d’artistes s’est abattue sur notre cité", lit-on dans Les Echos de Nice du 24 décembre 1861, "envahissant les jardins, les terrasses et surtout les devantures du quai Masséna, converti de la sorte en un immense musée de photographie".

La liste établie ne répertorie pas les nombreux photographes professionnels qui ont photographié Nice lors de séjours à l'hôtel ou chez des amis, alors qu'ils étaient domiciliés dans d'autres villes françaises ou étrangères, comme (par ordre chronologique) Ferrier Père et Fils & Soulier, Furne & Tournier, Hippolyte Jouvin, Jean Andrieu, Etienne Neurdein, J. Levy, Francis Frith, Carlo Brogi, George Washington Wilson… Ces photographes paysagistes et voyageurs, célèbres par leurs séries nationales et internationales, notamment niçoises, ont par ailleurs été très étudiés. 

Cette liste ne répertorie pas non plus les photographes qui ont réalisé des photographies de Nice alors qu’ils étaient domiciliés dans d'autres villes de la Riviera, comme Cannes (notamment André Gasquet), Monaco, Menton (notamment Alfred Noack) ou Gênes. 

Enfin, cette liste ne répertorie pas (sauf exception) les photographes rentiers et propriétaires aisés qui ont pratiqué la photographie et exposé leurs vues des paysages urbains et naturels de Nice et de ses environs, sans jamais ouvrir d’atelier de portraits ou de boutique à leur nom dans la ville. Tous ces photographes évoqués ne sont d’ailleurs peu ou pas cités dans les sources locales et sont essentiellement connus par leurs photographies.

Les notices biographiques réalisées sont plus ou moins développées en fonction des documents consultés et sont volontairement réduites pour les photographes déjà très étudiés, comme Pierre Petit, Charles Nègre, Eugène Disdéri ou Jean Giletta. 

Une vingtaine de notices ont été rédigées en collaboration avec d’autres chercheurs afin de rendre compte de l’intégralité de carrières de certains photographes. Je tiens ainsi à remercier Bernard Chéreau, Christian Cron, Fabien Duel, Didier Gayraud, Hervé Lestang, Massimo Meschieri, Giorgio Olivero et Nathalie Pasquier dont on retrouvera le nom dans les notices concernées.


LES ATELIERS


Certains photographes ayant déjà un ou plusieurs ateliers dans leur ville ou leur pays d'origine, sont venus ouvrir une succursale à Nice, d'autres y ont seulement été apprentis (vers 13-18 ans) ou employés (absence de cartons-photos à leur nom) ou n'ont ouvert un commerce à leur nom que plusieurs années plus tard (notamment à la date de leur mariage), à Nice (française depuis 1860) et/ou ailleurs (Côte d'Azur, Italie, France, Algérie, Tunisie, Angleterre).

Les photographes n’ont conservé leur atelier niçois saisonnier ou pérenne le plus souvent qu’entre 1 et 5 ans (départ, faillite, changement professionnel, décès). Quelques-uns l’ont cependant conservé pendant plusieurs décennies (souvent à cheval entre XIX° et XX° siècles), comme (par ordre chronologique), Pierre Ferret, Joseph Silli, Eugène Degand, Aristide Montel, Gustave Echtler, Jean Giletta, Joseph Messy, Victor Thiel, Gustave Féraud, Jean Maniezzi, Paul Gellé, Paul Carles ou Auguste & Henry, et ils l’ont même souvent transmis à leur descendance. 

Le nombre d'ateliers signalés dans les annuaires niçois a systématiquement doublé dans les décennies étudiées : 4 à la fin des années 1850, 9 à la fin des années 1860, 19 à la fin des années 1870, 41 à la fin des années 1880. Le nombre n'est plus que de 27 à la fin des années 1890 mais il est ensuite de 40 à la fin de la première décennie du XX° siècle et de 53 à la fin des années 1910. Certains ateliers sont cependant totalement absents des annuaires et révélés uniquement par des cartons-photos.

Les ateliers étaient très majoritairement situés dans la partie neuve de la ville (rive ouest du Paillon) et les photographes se sont essentiellement succédés (ordre décroissant), rue Chauvain, avenue de la Gare (actuelle avenue Jean Médecin), rue Masséna, rue Gioffredo et rue du Temple (devenue rue Garnier, actuelle rue de la Liberté), quai Masséna (actuelle avenue de Verdun), Promenade des Anglais, boulevard Dubouchage, rue et ruelle Saint-Etienne, rue de la Paix, boulevard du Pont-Neuf (rive est, actuel boulevard Mac Mahon), rue Cassini (rive est), quai Saint-Jean-Baptiste (actuelle avenue Félix Faure), place Grimaldi, rue de Rome, rue de France, rue Paradis, rues Longchamp et Pastorelli...

De nombreux photographes ont occupé plusieurs adresses niçoises du fait qu’ils ont déménagé leur atelier ou ouvert une boutique de vente à une adresse complémentaire (vues, accessoires, papeterie, édition) mais également du fait du renouvellement de la numérotation et du nom de leur rue. 

Ce dictionnaire des photographes ne doit pas être considéré comme une fin mais au contraire comme un corpus destiné à être complété et à servir de base à d’autres recherches, comme la datation des vues de Nice et de ses architectures, l’étude des poses et des décors adoptés pour les portraits, l’évolution des types de cartons-photos et les périodes d’activité des cartonniers. 

Certaines études parallèles ou complémentaires ont déjà pu être réalisées comme la photographie à Nice dans les années 1839-1860, la place des femmes photographes au XIX° siècle, l’étude par la photographie de certains quartiers emblématiques de Nice ou l’étude détaillée de la production photographique d’Eugène Degand (1839-1911).


VOIR LA LISTE DES PHOTOGRAPHES






jeudi 4 février 2021

1177-DATER LES MONUMENTS FUNÉRAIRES

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


1 - ALDEBERT Emile (1828-1924), Médaillon de bronze
de la Tombe d'Antonia Seren, épouse Hocquart
(1839-1893), 1879,
Nice, Cimetière du Château, Allée Brunel.



INTRODUCTION


Lorsque l'on s'intéresse à l'architecture et à la sculpture d'un monument funéraire, on cherche à dater sa réalisation avec précision. Si certaines des remarques qui vont suivre peuvent également s'appliquer aux Monuments aux Morts présents dans les villes, elles sont plus spécifiquement axées sur les monuments érigés sur les tombes du XIX° siècle et de la première moitié du XX° siècle.

Il faut tout d'abord rappeler que l'ensemble d'une tombe peut être homogène et contemporain ou très hétérogène et s'être étalé dans le temps, au gré de nouvelles inhumations, rénovations et ajouts (entourage, croix, stèle, sculpture, monument). 

Certaines photographies anciennes permettent d'ailleurs de révéler parfois un état disparu de la tombe et de repousser de plusieurs années la datation d'une sculpture ou d'un monument que l'on croyait avoir suivi de peu l'inhumation.


LES DATES ESSENTIELLES 


Les dates essentielles peuvent être trouvées sur la tombe, dans les registres d'état civil, les journaux, revues et ouvrages et sur des sites de généalogie.

- Il y a la date du décès : cette dernière apparaît dans l'acte de décès ; elle est ensuite présente sur la tombe mais parfois simplifiée (sans l'indication de jour et de mois) ou, plus rarement, erronée ; 

- la date de l'acte de décès ;

- la date d'achat de la concession au cimetière et son numéro ; par la suite, le numéro apparaît souvent sur le devant de la tombe mais n'est parfois présent que sur des plans du cimetière ou dans les registres des services municipaux ;

- la date de l'annonce des funérailles (faire-part, annonces dans les journaux) ;

- la date des funérailles (avec parfois un compte-rendu dans les journaux et revues) ;

- la date de l'inhumation (corps, cendres) ; le corps est souvent placé au dépositoire du cimetière, pendant plusieurs mois, en l'attente de la réalisation de son tombeau ou monument ;

- la date de commande du tombeau ou du monument (suite à une commande privée ou une souscription publique) ;

- la date d'installation du tombeau ou du monument et/ou sculpture (parfois signés et/ou datés),

- voire la ou les dates de cérémonies anniversaire devant la tombe (revues, journaux).

Si quelques jours séparent généralement le décès de l'inhumation, les dates de la commande puis de la réalisation et de l'installation du monument ou de la sculpture sont généralement plus éloignées mais situées dans l'année précédant le premier anniversaire du décès. 


LES EXCEPTIONS


Parfois cependant, l'enchaînement des dates se fait plus lentement, notamment dans le cas de célébrités. La date du décès n'est plus alors le seul indice majeur pour la datation du monument funéraire.

Le décès peut avoir eu lieu dans une ville (ou pays) mais l'inhumation avoir été prévue dans une autre ville, du fait de dispositions antérieures mises en œuvre par la famille, un notaire ou de dispositions postérieures, notamment dues au gouvernement.

Le transfert du corps peut avoir lieu rapidement ou bien se faire quelques mois ou quelques années après la date du décès. 

Le corps peut être à nouveau déplacé par la suite, afin de rejoindre un nouveau caveau familial situé ou non dans le même cimetière et la même ville ou bien un lieu prestigieux (Panthéon).

Il va alors de soi que la date d'installation des monument et sculpture présents sur la tombe est d'autant différée, même s'il arrive que ces derniers soient parfois également transférés avec le corps (ou réutilisés par une autre famille).

Le monument et la ou les sculptures présents sur la tombe peuvent également être très postérieurs aux dates de décès et d'inhumation, du fait d'une rénovation cherchant à préserver la mémoire sociale du défunt.

Enfin, il arrive que monument et sculpture soient antérieurs au décès du fait que :

- l'individu a lui même préparé sa dernière demeure, achetant la concession, choisissant l'architecte, le sculpteur ou le marbrier et le type de réalisation ;

- l'individu est inhumé dans un caveau familial qui possède déjà un monument ou une sculpture ;

- l'individu a possédé de son vivant son portrait (buste de pierre ou de bronze) ou une statue religieuse ou allégorique qui a été par la suite installée sur sa tombe ;

Enfin, les portraits de couple en médaillon (mari et femme) ont parfois été réalisés et installés sur la tombe suite au décès de l'un des conjoints, l'autre ne décédant que quelques années ou décennies plus tard.


LES INSCRIPTIONS


Les caveaux étant souvent familiaux, il y a l'indication de plusieurs noms et prénoms, généralement accompagnés de leur date de naissance et de décès, gravés et doublés par des lettres de plomb sur la pierre tombale, voire une épitaphe, un extrait de poème ou un verset de la Bible. 

Sur le devant de cette même dalle apparaît bien souvent, les lettres C.A.P. (Concession A Perpétuité) suivies du  numéro de la concession. Quand on possède les repères chronologiques de ces mêmes numéros, l'achat de la concession peut être daté avec précision. Il doit être mis en relation avec la date de décès de l'un des noms présents, sachant que ce dernier peut être le seul, peut ne plus apparaître ou ne pas être le plus ancien, plusieurs membres de la famille inhumés dans d'autres tombes, voire d'autres cimetières, ayant pu être rapatriés dans cette nouvelle concession.

Le nom du marbrier apparaît également sur le devant ou le côté de cette même dalle, souvent sans prénom (plusieurs générations de marbriers dans une même famille) et surtout sans date.

Le nom de l'architecte et parfois du sculpteur peuvent apparaître aux mêmes emplacements, gravés ou bien inscrits sur une plaque métallique. Le nom du sculpteur peut apparaître également sur une sculpture en ronde-bosse (en pied ou en buste) ou en relief (stèle, médaillon, frise, porte), souvent accompagné de la date de réalisation. 

Sur les sculptures en pied, la signature et parfois la date se trouvent souvent sur le socle ; sur les bustes, au revers de l'épaule droite, sous l'épaule gauche ou sur le socle ; sur les médaillons, à l'intérieur, sur le pourtour ou en-dessous.

Dans un monument funéraire, le nom du verrier, du mosaïste, voire du peintre, peut être également présent et parfois accompagné de la date de réalisation.

Enfin, le nom du fondeur ou du serrurier peut apparaître sur une sculpture métallique (bronze, fer) ou sur une plaque pour signer les accessoires de la tombe (entourage, porte, croix, guirlandes et couronnes).

Plusieurs signatures, parfois accompagnées de dates, peuvent donc coexister sur une même tombe et être contemporaines ou décalées dans le temps. Malheureusement, ces précieuses indications n'ont parfois pas été apposées, ont disparu, sont inaccessibles au regard ou sont devenues illisibles. L'étude du style d'architecture ou de sculpture du monument donne quelques repères mais plus approximatifs.

Dans le cas d'inhumations rapprochées dans le temps, au sein d'un même caveau, il est très difficile d'attribuer la commande du monument ou de la sculpture à la suite de l'un ou l'autre des décès. La présence d'un portrait sculpté peut parfois permettre de trancher. Le prénom (ou son initiale) précédant le nom de famille du caveau révèle souvent la personne qui a commandé le monument après le décès de l'un de ses proches.


DES EXEMPLES


Voici quelques exemples choisis parmi les tombes du Cimetière du Château de Nice afin d'illustrer les remarques et exceptions précitées.


- TOMBE ET MONUMENT D'ALEXANDRE HERZEN (Moscou 6 avril 1812-Paris 21 janvier 1870) 


2 - Monument de la Tombe d'Alexandre Herzen (1812-1870), 1875,
Nice, Cimetière du Château, Premier Plateau dit Protestant.



Alexandre Herzen philosophe, démocrate et "agitateur" russe est décédé le 21 janvier 1870  à Paris au 172, rue de Rivoli, à l'âge de 57 ans. Son corps a été provisoirement déposé au Cimetière parisien du Père-Lachaise, le 24 janvier, après ses funérailles. Alexandre Herzen avait en effet souhaité, par testament daté du 1er août 1852, reposer un jour auprès des corps de sa femme et de ses enfants enterrés à Nice et qu'il y soit élevé un monument. 

Du fait de la guerre franco-prussienne de 1870 puis de la Commune de Paris de 1871, ce vœu a cependant été repoussé. 

Le transfert du corps n'a été réalisé qu'au premier trimestre de l'année 1873 dans le Premier Plateau protestant et orthodoxe du Cimetière du Château. Une statue de bronze le représentant en pied a été par la suite commandée à l'artiste russe Parmen Petrovitch Zabila (ou Parmenion Zabello, 1830-1917) puis coulée dans les Fonderies du Val d'Osne mais elle n'a été installée sur la tombe sur un piédestal de marbre qu'en 1875 (soit cinq ans après la date du décès) (FIG. 2).

Voir l'étude détaillée de la tombe.


- TOMBE ET MONUMENT DE LEON GAMBETTA (Cahors 2 avril 1838-Ville-d'Avray 31 décembre 1882)



3 - Monument de la Tombe de la Famille Gambetta, avril 1909,
Nice, Cimetière du Château, Plateau Supérieur, renommé Plateau Gambetta.



Léon Gambetta, alors président du conseil des ministres, est décédé dans la nuit du 31 décembre 1882 au 1er janvier 1883, dans sa Maison des Jardies de Ville-d'Avray, au sud-ouest de Paris, à l'âge de 44 ans. Des funérailles nationales ont été organisées en hommage du grand homme, à Paris, le 6 janvier 1883. Son corps à été provisoirement déposé au Cimetière parisien du Père-Lachaise le même jour.

Le transfert du corps pour Nice (incomplet et embaumé), grâce à la ténacité du père, a été réalisé par un train spécial qui a quitté Paris le 12 janvier et est arrivé à Nice le lendemain matin ; un cortège officiel a accompagné le char funèbre, après un parcours dans toute la ville, jusqu'au Cimetière du Château.

Le corps a cependant été placé au dépositoire du cimetière pour la nuit avant d'être inhumé le lendemain 14 janvier dans la tombe familiale située dans l'Allée du Brûloir. Léon Gambetta avait lui-même acquis cette concession à la suite du décès de sa tante maternelle, Jeanne/Jenny Massabie à Nice le 28 mars 1878 et avait fait réaliser le monument orné du portrait de cette dernière, un médaillon de bronze exécuté par le sculpteur parisien Auguste Préault (1809-1879), entre avril et novembre de la même année.

La tombe de Léon Gambetta ne présentant pas d'effigie du grand démocrate et étant étroite et modeste, le projet d'un monument plus prestigieux fut envisagé dès janvier 1883 mais fut repoussé pendant plusieurs décennies. 

Il ne fut réalisé qu'en avril 1909 (soit 26 ans après la date du décès). A cette date, les corps de la famille Gambetta furent transférés sur le Plateau Supérieur et des éléments de l'ancienne tombe réinstallés dans le nouveau monument réalisé par l'architecte des jardins et cimetières de la Ville, Alban Gaillandre, dont le médaillon de bronze de Jenny Massabie (signé et daté). L'indication, sur le monument, des dates de naissance et de décès de membres de sa famille Gambetta est cependant erronée (Jeanne Massabie est née le 13 janvier 1807 et non 1808 et le père de Léon Gambetta, Joseph, est décédé le 4 décembre 1890 et non 1888) (FIG. 3). 

Aucune effigie de Léon Gambetta ne fut installée dans ce nouveau lieu du fait qu'un monument prestigieux venait de lui être consacré dans la ville. La nouvelle concession a été prise en charge par la Ville et l'ancienne concession rendue par la Famille Gambetta pour réattribution.

Voir l'étude détaillée de la tombe.


- TOMBE ET MONUMENT DE JEAN-CHARLES LESAGE (Courtomer 23 janvier 1799-Courtomer 19 juillet 1883) 


 4 - Monument de la Tombe de Jean Charles Lesage (1799-1883), vers 1884,
Nice, Cimetière du Château, Allée Lesage.


Jean Charles Lesage, ancien maire et Conseiller général de l'Orne, aimait fréquenter la ville de Nice depuis 20 ans et souhaitait s'y faire inhumer. Après son décès dans sa ville de Courtomer le 19 juillet 1883, à l'âge de 84 ans, son corps fut transféré à Nice sur demande de son notaire, y arriva le 23 au soir et fut inhumé au Cimetière du Château le matin du 24 juillet. 

Son corps gagna cependant le dépositoire, en l'attente de la réalisation de son tombeau pris en charge par la Ville de Nice, du fait d'un très important legs reçu du défunt. Un monument comprenant notamment deux anges en pied et en pierre fut commandé à un sculpteur italien, le nom de ce dernier comme la date d'installation du monument restant inconnus (vers 1883-84 ?) (FIG. 4).


- TOMBE ET MONUMENT D'ANTONIA ONORATA SEREN-HOCQUART (Nice 20 février 1839-Nice 3 mai 1893)


5 - Stèle de la Tombe d'Antonia Seren-Hocquart (1839-1893), vers 1893-1894,
Nice, Cimetière du Château, Allée Brunel.



Suite au décès d'Antonia Onorata Hocquart (née Seren), le 3 mai 1893, rentière, âgée de 54 ans, cette dernière fut inhumée à Nice dans l'Allée Brunel du Cimetière du Château. 

La tombe reçut par la suite (vers 1893-1894 ?), un monument sur lequel fut apposé son portrait (médaillon de bronze signé et daté), réalisé par le sculpteur marseillais Emile Aldebert (1828-1924) en 1879 (soit 14 ans avant son décès) (FIG. 1 et 5).


- TOMBE ET MONUMENT DE ROBERT HUDSON (Londres 21 janvier 1845-Nice 27 janvier 1936)


6 - Edicule de la Tombe de Robert Hudson (1845-1936), 1920-1926,
Nice, Cimetière du Château, Plateau Gambetta.



Robert Hudson était un riche anglais qui possédait une maison à Nice. Âgé de 72  ans, il décida au début de l'année 1917 d'acquérir dans cette ville l'une des concessions prestigieuses du Plateau Gambetta

Il s'adressa ensuite vers 1920 (projet daté du 26 avril 1921), au sculpteur Louis Maubert (1875-1949) pour réaliser son mausolée en forme de mastaba (signé L. Maubert), avec à l'est une porte de bronze sculptée (signée et datée L. Maubert 1921) précédée de deux lions de pierre, à l'ouest un vitrail du Christ souffrant signé des verriers lyonnais G. Decôte et C. Blanchon et daté de 1926, et sur le toit, une figure de la Douleur

Robert Hudson, devenu Premier Baron de Borwick en 1922, mourut le 27 janvier 1936, à l'âge de 91 ans et fut, selon son vœu réaffirmé par testament de l'année précédente, inhumé dans le monument qu'il avait fait ériger (10 ans auparavant).

Voir l'étude détaillée de la tombe.






mardi 2 février 2021

1176-NICE-PETITE HISTOIRE DU CIMETIÈRE DU CHÂTEAU AU XIX° s.




- Photographe non identifié, Nice, Vue du Paillon, détail, vers 1860,
on aperçoit sur la droite, au second plan, la Colline du Château avec les murs d'enceinte du cimetière chrétien
 et au centre la chapelle Sainte-Madeleine .
tirage albuminé, Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.




LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU


Suite aux lettres patentes du roi de Sardaigne Victor-Amédée III du 24 juin 1783 interdisant désormais d’enterrer dans les églises, le nouveau cimetière de la Ville de Nice est choisi à l’écart des habitations, sur le rocher de près de 100 m de haut qui domine la ville (Colline du Château).

Ce rocher est l’ancien emplacement de la ville médiévale qui a laissé place au XVI° siècle à une grande forteresse, démolie en 1706. A la fin du XVIII° siècle, la Colline du Château est un champ de ruines et un terrain vague mal fréquenté, avec les vestiges du Château au sud et de la citadelle défensive au nord.

C’est dans l’enceinte de cette citadelle (achevée en 1580), à l’extrémité nord de la colline qu’est aménagé le Cimetière du Château entouré de hauts murs dès fin juin-début juillet 1783. Un cimetière militaire y était déjà présent en 1761, ce qui peut expliquer le choix de cet emplacement précis. L’évêque Valperga de Maglione bénit le Campo Santo le 2 juillet 1783 (une grande Croix y est installée), une première inhumation a lieu le 9 juillet et l’ouverture officielle se fait le lendemain. 

Les travaux semblent cependant continuer dans les mois suivants. Le cimetière catholique doit en effet s’adapter à la configuration vallonée du terrain, avec d’importants travaux de terrassement. C’est d’ailleurs sur le flanc nord de la butte centrale qu’est érigée la chapelle Sainte-Madeleine, afin d’être un lieu de prière pour les morts et un lieu de sépulture pour les ecclésiastiques. Sa date exacte de construction reste inconnue mais la chapelle a dû s’élever dans les mois suivants l’ouverture du cimetière. Elle est présente sur un plan de la ville daté de 1793. 

Cet édifice aujourd’hui disparu (démoli en 1932) était de petites dimensions et d’aspect modeste. Peu visible sur les vues de Nice des XIX° et XX° siècles (estampes et photographies), il était orienté est-ouest et constitué d’une simple abside reliée à un courte nef unique dominée par un petit clocheton. Son entrée ouvrait sur l’allée extérieure du cimetière (impasse), avec une porte qui semblait surmontée de deux niches à statue latérales puis d'une petite baie jumelée (voir le détail photographique ci-dessus). 

La création de la partie israélite du cimetière, située plus au sud, date probablement de la fin de l’année 1783 ou du début de l’année 1784. Elle entraîne, en 1788, le transfert contraint des sépultures de l’ancien cimetière juif (créé en 1578) situé en contrebas de la colline du Château, côté nord, au lieu-dit Camas soutran (Champ de Mars Inférieur par opposition au Camas soubran, ou Champ de Mars supérieur, site du cimetière du Château) et contigu au cimetière des Visitandines (emplacement de l’actuel Collège Ségurane). 

Des anciens cimetières catholiques de la ville vont subir le même sort. Tout d’abord interdits de nouvelles sépultures, ils sont ensuite supprimés. 

Suite à l’occupation de Nice par les troupes révolutionnaires françaises puis sa réunion à la France (fin 1792-début 1793), le Cimetière du Château se voit désormais géré par la règlementation française. En l’An IV (1796), un officier de santé signale la nécessité de réparations et son état d’insalubrité, trop peu de terre recouvrant les cadavres (L’Eclaireur du Dimanche du 30 octobre 1921 p 4). Une partie du cimetière est désormais dévolue aux soldats de la Garnison, comme l’indique un plan de la ville daté de l'An 6 (1798). Des travaux d'agrandissement du Cimetière du Château sont annoncés en 1812, sans plus de précisions (Annuaire des Alpes-Maritimes, 1871 p 204).

Suite à la restauration sarde (avril 1814), la partie sud de la Colline du Château est aménagée en promenade arborée (1822). Sa proximité avec le cimetière va cependant poser de plus en plus problème. 

Quelques plans de cette période permettent de découvrir plus en détail l’ensemble du cimetière et si une Carte de la ville et campagne de Nice datée de 1825 ne montre pas la chapelle Sainte-Madeleine, cette dernière est cependant bien présente sur un plan de 1831.


- RANCHER Joseph Rosalinde ( ?- ?), Carte topographique de la Ville et Campagne de Nice, dédiée à Mr le comte de Cessole, détail, 1825,
Légende : 6 Cimetière. – 7 Cimetière des juifs.
Paris, BnF (voir sur  Gallica).

- SCOFFIER Jean Antoine ( ?- ?), Piano regolatore della Città di Nizza Marittima
détail du plan signé "Scoffié" et daté du 31 décembre 1831,
Légende : Cimitero – Cimitero – Cimitero degli Ebrei,
Archives de la Ville de Nice et Métropole Nice Côte d’Azur.



Le Cimetière du Château offre donc en 1831, des parties séparées et entourées de murs :
- le cimetière catholique à l’extrémité nord, sur un terrain aplani (cimetière inférieur, actuel Plateau d'Entrée),
- la chapelle Sainte-Madeleine, à l'ouest, accolée au flanc nord de la butte puis un terrain plat à l'est (cimetière intermédiaire, actuel Petit Cimetière), 
- une partie centrale vallonée (butte du cimetière supérieur), 
- et le cimetière juif, plus au sud, en contrebas, sur un terrain aplani (adossé à une butte).

Le cimetière intermédiaire est déjà occupé dans les années 1830. Une estampe du graveur Sergent-Marceau, éditée en 1837, montre en effet la tombe de son épouse située, depuis mai 1834, dans le cimetière intermédiaire, le long du mur de séparation d'avec le cimetière inférieur (voir sur Gallica).

Le Cimetière protestant et orthodoxe n'a pour sa part été créé qu'en 1844-45 (demande officielle du 5 février 1845), au pied du versant oriental de la butte centrale, comme nous le révèlent deux plans techniques de ces années-là (schéma de synthèse ci-dessous). 



- Synthèse des deux plans prévisionnels des travaux à réaliser
 dans la partie nord (chrétienne) du cimetière du Château, 
conservés aux Archives de la Ville de Nice et Métropole Nice Côte d’Azur,
datés respectivement du 30 avril 1844 (ici) et du 17 avril 1845 (voir ici et ici).
En noir : l'existant. 
En rouge : les travaux prévus en 1844 
(partie des personnes privées de sépulture ecclésiastique -
partie des schismatiques - partie des enfants morts non baptisés). 
En bleu : les informations complémentaires de 1845, 
implantation de la nouvelle Croix et de la Porte d’entrée du cimetière catholique 
(timbrée de l'inscription Cenotafio effacée à la demande d'Henri Sappia, en 1899).



Mon inventaire du cimetière, réalisé en 2018, a cependant révélé quelques tombes protestantes situées dans une partie du Cimetière intermédiaire (Petit Cimetière actuel) mais ces dernières ont probablement été déplacées là dans la seconde moitié du XX° siècle (vers 1971). 

Ce même relevé a répertorié la présence de quelques tombes catholiques anciennes dans les parties basses du Cimetière supérieur (Allée Alpini) au plus tard en 1826 (emplacements d’origine ?) et de plus nombreuses tombes au sommet de la butte (Plateau supérieur, Allées Robiony et Bavastro) au plus tard en 1852.


- GUESDON Alfred (dessinateur, 1828-1876) et ARNOUT Jules (graveur, 1814-1868),
 Nice, Vue prise au-dessus de Montalban, détail, 1849,
lithographie extraite de l'ouvrage de, ETIENNEZ Hippolyte (1813-1871), L'Italie à vol d'oiseau ou Histoire et description sommaires des principales villes de cette contrée, accompagnée de 40 grandes vues générales dessinées d'après nature par A.Guesdon, Paris, A.Hauser éditeur, Paris, Imprimerie Lemercier, 1849 (et 1852), lithographie de 290x435 mm sur fond de 400x540 mm, Collection privée.
Une gravure semblable, extraite de, La France à vol d'oiseau, vers 1860, est conservée à Nice, à la Bibliothèque du Chevalier de Cessole (ICO1304).



Sur la partie gauche de la lithographie ci-dessus, on peut avoir un état des cimetières vus de l'est, du Fort Montalban en 1849, même si le dessin original peut être antérieur de quelques mois. 

La partie sud-est, attribuée en 1845 au cimetière protestant, montre ses murs de séparation.
La partie nord-ouest montre également les murs de séparation du cimetière catholique mais il est difficile d’y retrouver les limites des cimetière inférieur, intermédiaire et supérieur des plans de 1825, 1831 et 1845, un mur entourant la chapelle Sainte-Madeleine et les autres murs entourant des jardins. Il est cependant possible que le cimetière inférieur ait été alors de petites dimensions, la ligne de cyprès visible au nord, révélant une parcelle extérieure au cimetière catholique. 
Le cimetière israélite, situé sur le versant opposé (sud-ouest), n'est pas visible ici.

Suite à l’Annexion française de 1860, l'ensemble du Cimetière du Château est réaménagé, essentiellement entre 1861 et 1863 : réparations, organisation d'allées, construction de murs de soutènement des terrasses, probable agrandissement du cimetière vers le nord et coupe des cyprès. Il semble que deux squelettes, "deux personnages de la danse Macabre", peints sur les hauts murs du cimetière ou de la chapelle, aient été recouverts lors de la réfection de ces murs en 1867 (Emile Négrin, Les Promenades de Nice, 5ème édition de 1867, p 55 et note).

Albin Mazon dans son ouvrage, Nice en 1861, Guide de l'Etranger, écrit, "La Promenade du Château est peu fréquentée par les habitants de Nice, ce qui peut être attribué à deux choses : la pente rapide du chemin par lequel on arrive au sommet et la présence du cimetière central sur son versant occidental. Nous devons ajouter que l'autorité municipale a déjà songé à transporter cette propriété funèbre dans un autre endroit. L'entrée principale du cimetière est placée du côté de la vieille ville" (voir aussi Emile Négrin, Les Promenades de Nice, 5ème édition de 1867, pp 50-51).

Sur un plan de la ville de Nice, datant de 1865, le cimetière protestant n'occupe pas son emplacement originel et actuel mais celui du Cimetière inférieur. C’est une erreur et cette dernière s’est d’ailleurs répétée sur des plans de 1870 et 1876. Il faut attendre un plan de 1878 pour voir cette erreur corrigée et découvrir l’étendue du cimetière catholique qui regroupe les cimetières inférieur, intermédiaire et supérieur.



Plan indicateur de la ville de Nice, détail, 1865,
plan édité par Ch. Jougla, Paris, BnF, cf. le plan sur Gallica.

- Plan de la ville de Nice, détail, 1er janvier 1878,
Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.



Sur les différents plans de la ville, le tracé des cimetières reste d'ailleurs assez sommaire avec parfois un périmètre, des dimensions et des séparations fantaisistes, un positionnement approximatif de la chapelle Sainte-Madeleine et la représentation ou non du dépositoire ou morgue accolé au mur sud de cette dernière et refait en 1871.

Ainsi la présence, sur les plans postérieurs à 1879 (voir le plan ci-dessous de 1882), d'un petit bâtiment d'entrée à l'extrémité sud du Cimetière juif, pourrait indiquer son édification récente ; il n'apparaît, de plus, sur aucun des plans antérieurs. Son existence plus ancienne est cependant attestée par des photographies antérieures (voir par exemple la photographie ci-dessous).


Plan de la ville de Nice, détail des cimetières au nord de la Colline du Château, 1882,
plan dressé par François Aune (architecte), édité à Nice par B.Visconti,
56 : Morgue et cimetière des Catholiques
57 : Cimetière Protestant
58 : Cimetière Israëlite,
Paris, BnF, cf. le plan sur Gallica.



Si l'on compare la vue du cimetière de 1876 (ci-dessous) avec celle de 1860 (première photo de l'article) puis avec celle du début des années 1890 (photo de Jean Giletta ; voir plus bas), on constate à quel point, en trente ans, la végétation du cimetière s'est éclaircie et les tombes de marbre blanc se sont multipliées. 











- WALBURG DE BRAY Jean (1839-1901), Vue Panoramique de Nice, détail, vers ou avant 1876,
vue sur le Paillon et la ville, prise depuis la terrasse de l'Hôtel des Anglais 
(hôtel situé à l’angle de la Promenade des Anglais et du Jardin Public),
image extraite du recueil intitulé, Souvenir de Voyage, Cannes, Nice, Menton, daté de 1876
tirage albuminé, Paris, BnF (voir sur Gallica).
Une photographie semblable intitulée, Nice , Panorama des Quais, a été faite par Eugène Degand du même point de vue et éditée dans les années 1870-1876.

       

A gauche de la photo de 1876, on remarque que la plupart des cyprès a disparu, que le portail, repérable à la pointe des deux cyprès qui l'accostent, n'est plus visible du fait d'un bâtiment extérieur qui lui fait face, et que la chapelle est désormais précédée au sud d'un bâtiment extérieur. A droite, une grande chapelle blanche domine le cimetière catholique à son extrémité sud, au sommet du Plateau supérieur (actuel Plateau Gambetta), et le bâtiment d'entrée est bien visible tout au bout du cimetière juif.

Il existe enfin quelques gravures montrant l'intérieur du cimetière catholique. Deux d'entre elles ont été réalisées lors de l'enterrement de Léon Gambetta (1838-1882), le 13 janvier 1883. Celle ci-dessous donne une vision de la partie nord-est du Plateau d'entrée.


- MEYER Henri (1844-1899), Cimetière du Château (Plateau d'entrée) : Les obsèques de Léon Gambetta à Nice (le 13 janvier 1883),
illustration, "Le Journal Illustré" n° 5 du 28 janvier 1883 p 40 (Collection personnelle).
L'image montre les tombes et le mur nord du Plateau d'entrée du Cimetière et l'absence, à cette date, de statues ou de chapelles.
Le mur de séparation entre le cimetière inférieur (actuel Plateau d'Entrée) et le cimetière intermédiaire (actuel Petit Cimetière) est encore présent à cette date (mais est davantage visible sur une autre estampe - voir ici).
L'image montre, au nord du cimetière, une ligne de cyprès qui n'apparaît pas sur les photographies du dernier tiers du XIX° siècle.



La gravure suivante montre l'escalier sud du cimetière catholique permettant de gravir les terrasses occidentales de la butte. Elle offre une vision des tombes de l'Allée Robiony, située en léger contrebas et au sud du Plateau Supérieur.



- MARIE Adrien (1848-1891), The Funeral of the Late M. Gambetta at Nice,
détail extrait du magazine hebdomadaire illustré britannique, The Graphic, 27 Janvier 1883 p 85 (Collection personnelle).



Il existe quelques photographies de Jean Giletta (1856-1933), prises de la terrasse de l'Hôtel des Anglais puis du nouveau Casino de la Jetée-Promenade, qui montrent les cimetières dans les années 1880 et le début des années 1890. Sur ces photographies, on peut repérer un grand nombre de monuments qui existent toujours. La confrontation de la photo ci-dessous avec les photos antérieures montre la multiplication progressive des sépultures (1860-1876) puis des hautes chapelles de marbre blanc (1876-1892). Les sculptures vont se multiplier, pour leur part, dès le milieu des années 1890.


- GILETTA Jean (1856-1933), 792 - Nice, Vue prise de la Jetée, détail, vers 1890-1892,
tirage albuminé, 21x27 cm, Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole (ALB-GIL8-51).



Cependant cette butte recouverte de monuments funéraires visibles depuis la promenade du Château et même depuis la ville basse est loin d'être appréciée. Même Henri Sappia, dans un article du Petit Niçois paru le 17 novembre 1897 réagit vivement : "Il faut tout de même reconnaître qu'on aurait dû choisir un autre emplacement pour le premier cimetière de notre ville. Cette exposition de tombeaux très peu artistiques, agglomérés les uns sur les autres, sans goût, n'est pas certainement un coup d'œil agréable dans une ville de plaisirs". Il se reprend un peu dans un article de l'année suivante : "A cette époque, on ne pouvait faire un meilleur choix pour l'emplacement du cimetière (...). Le cimetière était très bien situé à côté du Château, amas de ruines et de débris (...). Il faut pourtant convenir qu'il est tôt ou tard condamné à disparaître pour donner toute sa beauté à la promenade du Château, pas assez fréquentée aujourd'hui à cause de ce voisinage" (Le Petit Niçois du 1er novembre 1898). 

Une illustration parue dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1902, nous révèle l'intérieur du Cimetière du Château. Le dessin panoramique montre, notamment, au tout premier plan, la grande Croix de Bénédiction du Cimetière catholique de 1845, encore en place en 1902 malgré la loi du 14 novembre 1881 sur la neutralité des cimetières, et, à l'extrême droite, la Pyramide élevée aux victimes de l'Incendie du Théâtre Municipal du 23 mars 1881 (1882).




- Journal "Le Petit Niçois", Vue du Cimetière du Château depuis le Plateau d'entrée, novembre 1902 (vue nord-sud),
illustration parue dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1902 page 2.
On peut voir en haut de l'image et de gauche à droite :
la chapelle à pots à feu de la Famille Paul C. (Plateau Gambetta, vers 1897), 
la chapelle avec dôme couronné d'un vase de la Famille B. (allée Lenval, 1892), 
la flèche néo-gothique de la Famille de Nicolas de F. (Allée Pacôme, vers 1864), 
la chapelle à baldaquin de la Tombe P. (Plateau Gambetta, 1901), 
la Pyramide de Gambetta (Plateau Gambetta, créée vers 1883-1884 et déplacée là vers 1895 puis supprimée en 1909), 
la Chapelle Tarani (Plateau Gambetta, 1900), 
- la Chapelle du Baron de Lenval (Allée Lenval, vers 1884), 
- la Chapelle à baldaquin de la Famille Brunel (en dessous, Allée Brunel, avec la figure de l'Ange, 1894), 
- la chapelle Sainte-Madeleine (au second plan, à droite) accostée du double escalier de 1901 et de nombreux monuments.



SUR LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU DE NICE 
VOIR AUSSI :