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mardi 23 février 2021

1179-SOLARS (?-?), STELIOS (?-?), UBERTAL (1865-1928), DORSAND (1878-1957), PHOTOGRAPHES

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- UBERTAL Jean (1865-1928), Portrait de militaire

 du 6ème Bataillon territorial de Chasseurs à pied, recto, mai 1901,

recto nu,

tirage de 14,9x10,1 cm sur carton de 16,5x11 cm, Collection personnelle.


DERNIERE MODIFICATION DE CET ARTICLE : 01/07/2021



- SOLARS ou SOLARIS (?-?)


"Solars, photographe" ou "Solaris, photographe" est uniquement cité à Nice dans l'Indicateur des Alpes-Maritimes et de la Principauté de Monaco de Léon Affairous, en 1869. Il y est signalé sous le nom de "Solars", pour son atelier "rue de France 1" (liste professionnelle) mais comme "Solaris, photographe" pour son domicile "rue de France, 38" (liste alphabétique).

J'ignore tout du reste de sa vie et de sa carrière, comme son prénom, ses dates et lieu de naissance et de décès et je n'ai pas connaissance à ce jour de cartons-photos portant son nom.


[Il faut cependant noter dans le recensement de la Ville de Nice de 1872 (Canton Est), la présence de "Solari, Alexandre, ouvrier peintre, célibataire, 21 ans, italien, né à Arone (sic) laggo Maggiore" au 4, rue Centrale. 

Il habite et travaille avec "Adami, Gaétan, peintre, marié, 30 ans, né à Arona (sic) laggo Maggiore" (Arona, Piémont, Italie ?) et sa femme, dite née à Nice (née en fait à L'Escarène). Le mariage du couple Adami a été célébré à L'Escarène (Alpes-Maritimes), le 27 mai 1869, l'acte précisant que Gaétan Adami, est un artiste peintre né à Carona (Lugano, Suisse).

Alexandre Solari, italien, serait né en 1850 ou 1851, lui-aussi à Carona (?). 

"Adami, Gaétan, peintre, célibataire, 24 ans" était déjà présent dans le recensement de Nice de 1866 (Canton Est), au 2, rue de la Croix, avec notamment, "Solari, François, peintre, célibataire, 17 ans" (né vers 1848-1849), sans qu'il soit possible d'affirmer que ce dernier est le frère du précédent ou la même personne. De plus ce "peintre" n'est pas obligatoirement un "artiste peintre" car Adami vit également en 1866 avec les frères Andreoli dont l'un est "maçon".

Il reste possible que le photographe étudié sous les noms de "Solars/Solaris" et cité rue de France dans l'Indicateur de 1869 soit l'un des "Solari" qui a habité, antérieurement ou postérieurement à cette date, avec l'artiste peintre Gaétan Adami. S'il y a plusieurs "Solari", cités dans les recensements des années 1860-1870, aucune personne n'y est recensée sous le nom de Solars ou de Solaris (une femme "Solar" est citée en 1872)].



- STELIOS (?-?)


Le photographe Stélios est uniquement cité à Nice dans l'annuaire niçois de 1883 (Collection privée Didier Gayraud) : "Ambrosetti : Stélios, succ. (successeur), av. Beaulieu, 41". Le photographe Giuseppe Ambrosetti vient de lui céder son affaire niçoise en 1882. 

Dès fin 1883, l'atelier est cependant "à céder pour raison de santé" (Nice Artistique et Industriel du 6 décembre 1883 p 38) et c'est Joseph Messy (Messy Fils) qui reprend, en 1884, l'atelier à cette même adresse.

Je n'ai pas connaissance de cartons-photos portant son nom. Je n'ai trouvé aucune autre information sur ce photographe et j'ignore notamment ses date et lieu de naissance et de décès. Il s'agit d'un nom ou d'un prénom d'origine grecque. 


- Petite annonce parue dans Nice Artistique et Industriel du 6 décembre 1883 p 38,
BnF, Paris (Gallica).




- Jean Baptiste Joseph UBERTAL (1865-1928)


FAMILLE UBERTAL

Vers janvier 1854, Domenico Umbertolla/Ubertal (né en 1825 à Castellamonte, au nord de Turin, Piémont, Etat sarde), mineur de profession et Maria Domenica Caterina Balurio/Ballurio/Balleuriau/Balordo (née le 12 août 1833 à Villa Castelnuovo, au nord de Turin), couturière, se marient, probablement à Villa Castelnuovo.

Domenico Ubertal va vivre, accompagné de son épouse, une vie de mineur itinérant en Savoie (Etat sarde, à L'Argentière-la-Bessée en 1854) puis en France, dans les Bouches-du-Rhône (Rognac en 1855) et dans les Alpes-Maritimes (Mandelieu-la-Napoule de 1860 à 1862), Villefranche-sur-Mer de 1863 à 1867, Nice de 1868 à 1871), comme le révèlent les naissances de leurs nombreux enfants (au moins 9 enfants nés entre 1854 et 1871 dont l'un est décédé en bas-âge et un autre à la naissance).

Dominique Ubertal et son épouse sont désormais aubergistes à Villefranche-sur-Mer puis à Nice avec un domicile signalé au 1, rue Alberti en 1868 puis au 2, rue de la Croix en 1871. 

La famille quitte ensuite Nice, probablement dès 1871 car elle n'apparaît pas dans le recensement de la Ville de Nice de 1872. Dominique Ubertal, cantinier âgé de 48 ans, décède en 1878 à San Marco Argentano (province de Cosanza, Italie du Sud). 

Une partie de la famille Ubertal est signalée à Cannes (Alpes-Maritimes) dès 1880 (mariage de l'une des filles), sans qu'il soit possible de préciser si l'installation dans cette ville est antérieure ou postérieure au décès du père.

C'est à Cannes que "Maria Ballurio, veuve Umbertella, propriétaire", va se remarier le 26 avril 1882, avec Philippe Cardon, propriétaire (né le 28 août 1837 à Prarostino, Piémont), ancien ami de la famille (ancien mineur de profession et témoin de naissance de plusieurs des enfants Ubertal à Villefranche-sur-Mer et Nice).

 Maria Ballurio va décéder à Cannes, à l'âge de 53 ans, le 25 mars 1887. Ses enfants et petits-enfants feront, pour une part, leur vie à Cannes et à Nice.


JEAN BAPTISTE JOSEPH UBERTAL

Jean Baptiste Joseph Ubertal, est né français, de parents italiens, le 17 juin 1865 à Villefranche-sur-Mer. Il est l'un des enfants de Dominique Ubertal et de Marie Balurio, aubergistes.

Sa fiche matricule militaire (classe 1886) le signale à 21 ans, "peintre", domicilié avec sa mère à Cannes et probablement employé comme peintre de voitures dans l'entreprise familiale dirigée par son beau-père Philippe Cardon au 43, boulevard du Cannet. Il est incorporé dans l'armée, de novembre 1887 à septembre 1888. 

Jean Ubertal semble se marier à 24 ans environ, fin 1889-début 1890 (à Asti ?) avec Barbara/Barbe Remondino/Remondine, 18 ans environ (née en 1871 à Asti, alors province d'Alexandrie, Piémont, Italie). 

Comme son père avant lui, il va entamer, suite à son mariage, une vie itinérante dans le sud-est de la France dont le parcours est en partie révélé par les nombreuses naissances de ses enfants. 

Tout en restant domicilié à Cannes, il est désormais "photographe ambulant" et est ainsi signalé pour la première fois à Nîmes (boulevard de la République, Champ de Foire - Gard) en octobre 1890 (avec le photographe André Campanini, 36 ans) puis Toulon (boulevard Dutasta - Var) en février 1892, Varese (Lombardie, Italie) en avril 1895, et Saint-Raphaël (place de la Mairie - Var) en avril 1897.

Fin 1897 ou début 1898, il s'installe à Nice, marché Lépante, avec sa famille mais continue à rayonner dans le département, l'un de ses enfants naissant à Antibes (Alpes-Maritimes) en novembre 1898.

En 1899, il semble déménager avec sa famille au 42, rue Victor et travailler dans un atelier du nom de "Photographie du Progrès", au 31, rue Victor. Cependant, son nom et celui de l'atelier n'apparaissent jamais dans les annuaires niçois et ne sont révélés que par de rares cartons-photos (quatre sont datés de 1901, l'un de mai et les trois autres de juillet). 

Ses cartons-photos affichent un recto nu sur fond blanc ou plus rarement  un recto sur fond beige tamponné à l'encre rose de la signature "J. Ubertal", et un verso imprimé sous les emblèmes de la Photographie et de la Peinture sur fond de rayons de soleil avec, "Photographie (texte en quart-de-cercle) - Artistique (avec fond de fleurs) - Reproductions - Agrandissements - Groupes - (puis avec un tampon humide à l'encre rose) Photographie Du Progrès - Jean Ubertal - Date (mois et année) - Prix Modérés - Rue Victor, 31, Nice - (puis tout en bas à droite en petits caractères le nom du cartonnier) Maison Castel-Toulon-Nice".

A-t-il ouvert son propre atelier ou travaille-t-il désormais dans l'atelier de Marius Gerbin, cité pour sa part au 29, rue Victor dès l'annuaire de 1897 (domicile et atelier) ? Si les deux ateliers sont côte-à-côte pourquoi le sien n'est-il jamais cité et inversement s'il travaille avec Marius Gerbin, pourquoi son nom apparaît-il au dos de certains cartons-photos ? Quant aux sept cartons connus au verso identique mais dépourvu de tampon, sont-ils ceux de Jean Ubertal, de Marius Gerbin ou d'autres photographes (ce type de carton porte parfois le tampon d'Alphonse Leenaerts de Toulon) ?

En mars 1901, la famille Ubertal est citée dans le recensement de la Ville de Nice au 42, rue Victor (domicile), "Jean Ubertal, 36 ans, français, photographe", son épouse Barbe Remondino, 30 ans, italienne, ménagère, et 5 de leurs 7 enfants : Marie Marguerite Antoinette Ubertal, 11 ans (née le 20 octobre 1890 à Nîmes, Gard), Dominique Jacques Hubert, 9 ans (né le 19 février 1892 à Toulon et dit par erreur "Albert" dans le recensement), Jean Achille Philippe, 5 ans et 11 mois (né le 14 avril 1895 à Varese, Lombardie), Jean Baptiste Joseph Ubertal, 1 an et 3 mois (né le 3 janvier 1900 à Nice au 42, rue Victor), Marie Adrienne Françoise Ubertal, 1 mois (née le 21 février 1901 à Nice au 42, rue Victor). Deux de leurs enfants ne sont cependant pas cités : Antoine François Ubertal né le 21 avril 1897 à Saint-Raphaël (Var) mais décédé à l'âge de 9 mois le 30 janvier 1898 à Nice, et Antoine Michel Paul Ubertal, 2 ans et 4 mois (né le 13 novembre 1898 à Antibes).

Trois autres enfants vont naître par la suite à Nice : Germaine Paulette Maud Ubertal (le 2 avril 1902 au 42, rue Victor), un enfant de sexe féminin (malheureusement née sans vie le 25 août 1904 au 14, avenue Durante) et Marie Jeanne Simonne Ubertal (née le 15 août 1909 au Petit Chemin de Valrose, maison Daniel). 

Jean Ubertal est toujours dit "photographe" lors de ces naissances. Peut-être travaille-t-il encore avec Marius Gerbin qui déménage en 1905 son atelier au 15, rue du Palais et cesse toute activité en 1913 ?

Le seul nom de la famille qui apparaît dans les annuaires niçois est celui de son frère Jacques Antoine Ubertal dit Cardon. Ce dernier, peintre à Cannes, s'est marié à près de 27 ans, le 16 avril 1895 à Bagnols-en-Forêt (Var), avec Francine Félicie Marenc, 22 ans, sans profession (née à Bagnols-en-Forêt le 3 mai 1873). Il semble avoir repris l'entreprise familiale de carrosserie et peinture en voitures dans les années 1890 mais a fait faillite fin 1900 et s'est séparé de son épouse fin 1901 (Archives Commerciales de la France du 10 novembre 1900 p 1426 et du 7 septembre 1901 p 1133). Il est ensuite venu s'installer à Nice comme carrossier et peintre en voitures (naturalisé suisse, il va pendant la Première Guerre Mondiale travailler pour l'Armée française en fabriquant des caisses en bois pour obus, ce qui lui occasionnera bien des ennuis).

Le 2 août 1913, lors du mariage à Nice de sa fille, Marie Marguerite Antoinette, 22 ans, repasseuse, avec Hélène Laurent Vial, 24 ans, charpentier (né le 20 août 1888 à Nice ), Jean Ubertal est désormais dit "vernisseur" (travaux de vernissage sur bois) et réside au 19, boulevard Saint-Barthélemy. Il occupe probablement cette adresse depuis peu. L'annuaire de 1914 cite pour la première et la dernière fois le nom de son épouse comme "repasseuse" à cette adresse (maison Richier) mais également son propre atelier de "peintre", tout proche, au 32, rue Michel-Ange.

Le 5 février 1916, lors du mariage à Nice de son fils Dominique Jacques Hubert, près de 24 ans, "artiste peintre" (peintre décorateur), alors soldat au Régiment d'Infanterie Coloniale au Maroc, en convalescence chez ses parents, avec Eugénie Anne Marie Hervé, 24 ans (née le 1er février 1892 à Le Quiou, Côtes-d'Armor), Jean Ubertal est désormais dit "peintre" et réside au 17, boulevard Saint-Barthélemy. 

Malheureusement Dominique Jacques Hubert, jeune marié, déjà blessé au combat en septembre 1914, est tué au combat à l'âge de 24 ans et 10 mois, le 15 décembre 1916 à Louvemont (Meuse) et ne connaîtra pas son fils, Hubert Eugène André Ubertal qui naîtra à Nice le 3 juillet 1917. Jean Ubertal, qui vient de perdre son frère Jacques Antoine Ubertal â de 49 ans, le 2 mars de la même année, est très affecté par cette succession de décès mais est témoin de naissance de son petit-fils en juillet et est dit à cette occasion "peintre et photographe".

Jean Ubertal perd ensuite son fils Antoine Michel Paul Ubertal qui meurt au combat à La Veuve (Marne), le 26 juillet 1918, âgé de 19 ans et 8 mois.

Il est possible que Jean Ubertal ait travaillé avec son fils Dominique Jacques Hubert et son frère Jacques Antoine dans l'entreprise qui va perdurer après la mort de ces deux derniers et continuer d'apparaître dans les annuaires, rue Berlioz, jusqu'en 1923. 

La fille de Jean Ubertal, Marie Adrienne Françoise, âgée de 22 ans, sans profession, se marie à Paris (18ème arrondissement), le 10 mars 1923, avec Augustin Maximilien Martin, 26 ans, plombier (né le 2 novembre 1896 à Cherbourg, Manche). Jean Ubertal, consentant par acte notarié, est dit "peintre", résidant au 27, boulevard Saint-Barthélemy à Nice.

Son nom, "Ubertal, peintre" ne réapparaît à cette adresse dans les annuaires qu'à partir de 1926 puis, dès 1927, au 35, boulevard Auguste-Raynaud (nouveau nom du boulevard adopté en 1926). Tout laisse à penser qu'il est alors employé chez un patron, son nom et son adresse n'apparaissant pas dans les listes professionnelles de carrossiers ni de peintres en voitures mais uniquement dans les listes alphabétiques des rues et des habitants.

Jean Ubertal, "peintre en voitures", domicilié au 35, boulevard Auguste-Raynaud, décède à Nice le 25 janvier 1928, à l'âge de 62 ans et sept mois au 51 bis, route de Levens, à l'Hôpital Pasteur.

Sa carrière de peintre en voitures semble avoir commencé dans les années 1880. Probablement initié à la photographie à Cannes, il est devenu photographe itinérant en 1890 puis s'est stabilisé quelques années dans un atelier à Nice au tournant du XX° siècle (1899-1903 ou 1899-1913 ?). Il semble revenu ensuite à son métier de peintre en voitures, même si en 1917, il est dit encore "peintre et photographe".

Son épouse Marie décédera (où ?) à l'âge de 59 ans environ, entre le 25 mars 1930, date où elle est présente au mariage à Nice de sa fille Marie Jeanne Simonne Ubertal, 20 ans, couturière (avec Félix Antoine Mathieu, 24 ans, peintre en lettres, né le 2 janvier 1906 à Nice) et le 27 avril 1931, date où elle est dite décédée lors du décès de sa fille jeune mariée (à l'âge de 21 ans et 8 mois, à Nice au 35, boulevard Auguste-Raynaud).


- UBERTAL Jean (1865-1928), Portrait de militaire 

du 6ème Bataillon territorial de Chasseurs à pied,

 recto, mai 1901, recto nu, tirage de 14,9x10,1 cm sur carton de 16,5x11 cm, Collection personnelle.

- UBERTAL Jean (1865-1928), Portrait de militaire du 6ème Bataillon territorial de Chasseurs à pied, verso, mai 1901,

sous les emblèmes de la Photographie et de la Peinture sur fond de rayons de soleil avec "Photographie (texte en quart-de-cercle) - Artistique (avec fond de fleurs) - Reproductions - Agrandissements - Groupes - (puis avec un tampon humide à l'encre rose) Photographie Du Progrès - Jean Ubertal - Mai 1901 - Prix Modérés - Rue Victor, 31, Nice - (puis tout en bas à droite en petits caractères le nom du cartonnier) Maison Castel-Toulon-Nice", 

inscription manuscrite, "Mon Papa chéri - à vingt ans",

carton de 16,5x11 cm, Collection personnelle.





- René Victor Marie Jules DORSAND (1878-1957)


LA CHÂTRE

René Victor Marie Jules Dorsand est né le 18 février 1878 à La Châtre (Indre), rue de l'Abbaye Saint-Abdon. Il est le fils de Jules Dorsan Gens, photographe (1851-1935) et de Marie Baudon (1859-apr.1935) qui se sont mariés le 2 mai 1877 à Levroux (Indre).

CHÂTEAUROUX

Entre février 1878 et décembre 1880, la famille déménage à Châteauroux (Indre) où naissent les frère et sœur de René, Alice Marie Madeleine Dorsand le 9 décembre 1880 puis Jean Jacques Silvain Dorsand le 10 juin 1893, rue Jean Jacques Rousseau.

A l'adolescence, René Dorsand est initié à la photographie par son père Jules Dorsand (portraits, paysages, reproductions d'œuvres d'art), médaillé d'or en 1882, qui possède un atelier place aux Guédons (n° 5 dans les années 1880).

René Dorsand est d'ailleurs qualifié de "photographe" à cette même adresse dans sa fiche matricule militaire (classe 1898) mais est ajourné pour "faiblesse" en 1899 et 1900.

NICE

"Dorsand René, 22 ans, photographe" est ensuite signalé début 1901 dans le recensement de la Ville de Nice, domicilié au 9, rue Lépante. Il est possible qu'il y passe la saison d'hiver pour améliorer son état de santé.

CHÂTEAUROUX 

René Dorsand retourne ensuite à Châteauroux et est incorporé dans l'armée, de novembre 1901 à septembre 1902. Il reprend dès lors son travail dans l'atelier paternel.

Le 14 novembre 1910, il est témoin de mariage, à Châteauroux, du photographe (employé de son père ?), Augustin Defradas (né en 1885).

René Dorsand participe à la Première Guerre Mondiale et devient, dès novembre 1915, photographe dans l'aviation. Il est cité pour son courage en 1916, ayant participé à une reconnaissance photographique à l'intérieur des lignes ennemies. Il est nommé adjudant en 1917 et participe d'octobre 1918 à novembre 1920 à une mission d'aviation au Brésil.

Il regagne ensuite le domicile familial (rue Jean-Jacques Rousseau à Châteauroux) puis succède, vers 1924, à la tête de l'atelier de photographie de la place aux Guédons. Ses parents, accompagnés de leurs deux autres enfants (Jean, pensionné de guerre en 1921 et marié en 1923 et Alice, célibataire), déménagent alors à Saint-Servan-sur-Mer (Saint-Malo, Ille-et-Vilaine). Jean (Jacques Silvain) Dorsand y ouvre un atelier de photographie, à l'angle des rues Le Pommelec et Georges-V.

René Dorsand ne se marie qu'à l'âge de 45 ans, le 6 janvier 1924, à La Châtre (Indre), avec Marie Thérèse Blanche Yvonne de Villechabrolle, 32 ans (née à La Châtre le 18 novembre 1891). 

Ils semblent ne pas avoir d'enfant et travaillent en couple à l'atelier, son épouse étant qualifiée de "photographe" en 1929 (L'Emancipateur du 7 avril 1929 p 3).

René Dorsand conserve probablement l'atelier de Châteauroux (à l'angle de la place aux Guédons - n° 2 - et rue Jean-Jacques Rousseau) jusqu'à la fin des années 1930 (cité dans Le Photographe du septembre 1935) et prend ensuite sa retraite dans la même ville. Son père décède à Saint-Servan-sur-Mer (Ille-et-Vilaine) entre le 14 et 16 juillet 1935 (annonce de ses funérailles le 17 et enterrement le 18).

René Dorsand décède à l'âge de 79 ans, à Châteauroux le 7 août 1957 et est inhumé dans le caveau de sa belle-famille à La Châtre. Son épouse décédera à l'âge de 72 ans, à Châteauroux le 25 décembre 1963 et sera inhumée à ses côtés dans le cimetière de La Châtre.

Le frère de René Dorsand, le photographe Jean (Jacques Silvain) Dorsand, décédera pour sa part à Saint-Servan-sur-Mer le 15 mai 1973.













lundi 8 février 2021

1178-NICE-INTRODUCTION À L'ÉTUDE DES PHOTOGRAPHES DU XIX° s.

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- ALEO Miguel (1824-c.1900), Nice vue du Château, vers 1863-64.


DERNIERE MISE A JOUR DE CET ARTICLE : 08/11/2021




LA VILLE


La ville de Nice s’est développée tout au long du XVIII° siècle au-delà de son ancienne enceinte de remparts, à l’est avec le port marchand, et à l’ouest sur la rive droite du Paillon et le long de la route de France avec un quartier anglais. 

La villégiature d’hiver, liée au climat bienfaisant de la ville, notamment pour les malades souffrant d’affections pulmonaires, prend de l’essor pendant la période sarde (1815-1860). A la fin des années 1850, les séjours de l’Impératrice de Russie à Nice entraînent une forte fréquentation russe ainsi que des têtes couronnées européennes.

Avec l’Annexion française de 1860 puis l’arrivée du chemin de fer, l’attraction de la ville se renforce auprès de l’aristocratie et des élites artistiques. 

La ville fait plus que doubler de surface et de population dans la fin du XIX° siècle, avec le développement de la ville nouvelle et haussmannienne sur la rive droite du Paillon.



LES PHOTOGRAPHES


Une liste de plus de 400 noms qualifiés individuellement de "photographe" dans les sources locales a pu être établie. Les dénominations de "négociant", de "commerçant" ou d’"employé", trop larges et ambiguës n’ont pas été retenues, au risque de passer à côté de personnes travaillant dans le domaine de la photographie. Le terme de photographe recouvre, pour sa part, plusieurs fonctions : propriétaire/titulaire de l'atelier et/ou du magasin, assistant, opérateur, tireur, retoucheur, employé, apprenti, voire amateur. 

La liste concerne les photographes de toutes nationalités qui ont possédé un domicile à Nice et y ont été actifs pendant une ou de très nombreuses années du XIX° siècle. Les vies et carrières des photographes les plus tardifs sont cependant étudiées jusque dans la première moitié du XX° siècle. Entre 1840 et 1900, 170 d'entre eux ont été titulaires d’un atelier et 230 ont été leurs employés. 


1839-1859

Les premiers daguerréotypistes ou daguerréotypeurs sont signalés à Nice dès le début des années 1840 (Jean Louis Regaudiat en 1842) mais ils ne sont souvent que de passage pour quelques jours ou quelques semaines comme Achille Iller (en 1843), Alfred Boulland (en 1844), Régis Gleizal (en 1845) ou Lacarelle (en 1848). 

Une trentaine de noms sont connus entre 1840 et 1860, à raison d’un ou deux par an entre 1842 et 1853 puis de trois à sept par an entre 1854 et 1860 : 3 sardes, 2 italiens, 24 français, 1 anglais, 1 suisse, 1 allemand, 1 polonais, 1 russe. 

Ce sont essentiellement des français, majoritairement parisiens ou formés à la photographie à Paris, qui voyagent. Quelques-uns d’entre eux exercent la profession de photographe portraitiste itinérant, annonçant leur arrivée, l’adresse de leur atelier et leur départ dans les journaux locaux, sans d’ailleurs toujours préciser leur nom. 

A l'origine, opticiens, peintres, lithographes, sculpteurs, musiciens, enseignants, coiffeurs, tailleurs, horlogers, manufacturiers, propriétaires ou rentiers, ils cumulent bien souvent leur métier et leur passion pour la photographie, avant de faire parfois de cette dernière leur activité principale.

Certains d'entre eux vont effectuer une saison à Nice, y réaliser des prises de vue des paysages urbains et naturels de la ville et de ses environs, voire y installer un studio de portraitiste. 

D’autres (un tiers de la trentaine répertoriée), vont s'y installer pour de plus longues saisons ou le reste de leur vie. Citons les photographes Pierre Ferret (français, attesté dès 1849), Gilbert Malard (français, attesté dès 1849), Jean Baptiste Anfossi (sarde, attesté dès 1854), Louis Crette (français, attesté dès 1855-56), Alexandre Clerissy (sarde, attesté dès 1856), Michel Schemboche (polonais, attesté dès 1858), Charles Cottalorda (français, attesté dès 1859) ou Joseph Silli (italien, attesté dès 1859-61). .

Très peu de photographes domiciliés à Nice sont sardes et ces derniers vont souvent opter pour la nationalité française lors du rattachement à la France de 1860. Par la suite, quelques-uns, nés à Nice de parents ayant conservé leur nationalité sarde puis italienne, choisiront la nationalité française à l’approche de leur majorité. D’autres conserveront leur nationalité italienne le restant de leur vie. Enfin, des italiens (photographes ou pères de futurs photographes) viendront s’installer à Nice dans les dernières décennies du XIX° siècle et demanderont par la suite la nationalité française. 

Il est donc parfois difficile de connaître la nationalité de certains photographes niçois nés de parents sardes ou italiens (dont le nom est à consonance italienne ou francisée), en l’absence de documents attestant qu’ils ont accompli leur service militaire en France ou qu’ils ont, plus âgés, déposé une demande de naturalisation.


1839-1900

Si l’on considère désormais l’ensemble des 400 photographes domiciliés à Nice entre 1839 et 1900, ce sont très majoritairement des français (issus de toutes les régions et villes dont Paris, Lyon, Marseille et les villes de cure) et des italiens (comté de Nice, Ligurie, Piémont et Lombardie notamment). Une soixantaine d’entre eux sont nés dans l’ancien comté de Nice ou les Alpes-Maritimes dont une quarantaine à Nice même.

Les autres nationalités sont peu représentées (une cinquantaine de photographes), avec une dizaine de photographes allemands, une dizaine de suisses et seulement quelques anglais, espagnols, belges, roumains, polonais, américains... 

Une vingtaine de femmes photographes sont répertoriées. Elles ont le plus souvent travaillé dans l’ombre de leur époux, leur père ou leur frère mais ont parfois possédé leur propre atelier dès le dernier tiers du XIX° siècle. 

De nombreux photographes ayant travaillé à Nice n’ont exercé cette profession que quelques années et ont mené par la suite une toute autre activité (notamment les apprentis et employés après leur service militaire). Les fiches matricules militaires conservées attestent qu’ils savent tous lire, écrire et compter (niveau 3/5) mais aucun n’a de diplôme supérieur.

La liste des photographes croise les recherches principalement effectuées dans des sources locales : 

- les passeports et visas de passeports délivrés par le Consulat de France à Nice entre 1840 et 1860 (32 photographes cités), 

- les annuaires, indicateurs et guides niçois entre 1858 et 1900 (152 photographes cités), 

- les registres d'état civil niçois (naissances, mariages, divorces, décès) entre 1861 et 1900 (223 photographes cités), 

- les recensements de la Ville de Nice entre 1861 et 1901 (215 photographes cités), 

- les tableaux de recensement de classe (sardes puis français) et les fiches matricules militaires entre 1839 et 1901 (64 photographes cités),

- les dossiers de naturalisation française entre 1860 et 1930 (17 photographes cités),

- les listes électorales de la Ville de Nice entre 1860-61 et 1901 (87 photographes cités), 

- les demandes d’autorisation municipale de placer une enseigne ou une inscription,

- les archives notariales et commerciales (faillites, successions),

- les journaux et revues de la seconde moitié du XIX° siècle, 

- l'Aide-Mémoire de la Société Photographique de Toulouse (1876-1905), 

- les sites de généalogie en ligne, 

- le site des cimetières niçois où de nombreux photographes reposent, 

- les cartons-photos des collections publiques et privées nationales et internationales et des sites de vente en ligne... 

Il est à noter que les photographes se connaissent et se fréquentent. Ils sont voisins, amis, témoins des mariages, naissances et décès des familles de leurs collègues. Certains se connaissent depuis leur jeunesse, leur service militaire ou leur formation à la photographie. D’autres travaillent ou ont travaillé ensemble.


Liste

La liste intègre quelques noms de photographes indirectement concernés par cette étude et ses champs historique et géographique, du fait de parenté ou d’association.

La liste établie ne répertorie pas :

- les nombreux photographes professionnels qui ont photographié Nice lors de séjours à l'hôtel ou chez des amis, alors qu'ils étaient domiciliés dans d'autres villes françaises ou étrangères, comme (par ordre chronologique) Ferrier Père et Fils & Soulier, Furne & Tournier, Hippolyte Jouvin, Jean Andrieu, Etienne Neurdein, J. Levy, Francis Frith, Carlo Brogi, George Washington Wilson, James Jackson ; ces photographes paysagistes et voyageurs, célèbres par leurs séries nationales et internationales, notamment niçoises, ont par ailleurs été très étudiés ; 

- les photographes qui ont réalisé des vues de Nice alors qu’ils étaient domiciliés dans d'autres villes de la Riviera, comme Cannes (notamment André Gasquet), Monaco, Menton (notamment Alfred Noack) ou Gênes ;

- les photographes qui sont nés à Nice au XIX° siècle mais ont exercé en dehors de la ville ou bien à Nice mais après 1900 ;

- les photographes qui ont exercé dans une autre ville et sont venus prendre leur retraite à Nice ;

- et les photographes rentiers et propriétaires aisés qui ont pratiqué la photographie et exposé leurs vues des paysages urbains et naturels de Nice et de ses environs, sans jamais ouvrir d’atelier de portraits ou de boutique à leur nom ni mettre en vente leurs photographies dans des commerces (librairies, magasins d’optique, magasins de beaux-arts, bazars) ; tous ces photographes évoqués ne sont d’ailleurs peu ou pas cités dans les sources locales et sont essentiellement connus par leurs photographies.

Les notices biographiques réalisées sont plus ou moins développées en fonction des documents consultés et sont volontairement réduites ou même absentes pour les photographes déjà très étudiés et sur lesquels peu ou pas de nouveaux renseignements ont été découverts.

Une vingtaine de notices ont été rédigées en collaboration avec d’autres chercheurs afin de rendre compte de l’intégralité des carrières de certains photographes. Je tiens ainsi à remercier Bernard Chéreau, Christian Cron, Yves Degoix, Fabien Duel, Didier Gayraud, Hervé Lestang, Massimo Meschieri, Giorgio Olivero, Nathalie Pasquier, Dominique Séraphin, Jean-Marc Simond et Isabelle Tauzin dont on retrouvera le nom dans les notices concernées.


Paysagistes et portraitistes

Les photographes ayant officié à Nice ont été, dans leur très grande majorité, des portraitistes. Certains ont cependant réalisé tout à la fois des vues de paysage et des portraits en studio. Les plus anciennes photographies niçoises conservées datent des années 1854-1859 et sont essentiellement des vues de paysage.

Les photographes spécialisés dans l’art du paysage restent peu nombreux et ont pour la plupart travaillé à Nice dans les années 1850-1870, comme Pierre Ferret, Louis Crette, Michel Schemboche, Charles Cottalorda, Charles Nègre, Jean Walburg de Bray, Eugène Degand, Albert Pacelli, Léonard de Saint-Germain, Gabriel Delahaye…

"Une pluie d’artistes s’est abattue sur notre cité, lit-on dans Les Echos de Nice du 24 décembre 1861, envahissant les jardins, les terrasses et surtout les devantures du quai Masséna, converti de la sorte en un immense musée de photographie".

Il est à noter que les photographies urbaines sont surtout des vues panoramiques à vol d’oiseau (prises à Nice depuis la colline du Château, la colline de Mont-Boron, le balcon ou la terrasse d’immeubles). Les vues prises à hauteur d’homme se concentrent pour leur part sur quelques rues (quai Masséna, Promenade des Anglais, Jardin Public, Port, avenue de la Gare) et quelques monuments (églises, ponts, préfecture, gare, casinos, hôtels, châteaux et villas, sculptures commémoratives). Il faut attendre la fin des années 1880 et surtout le tournant du XX° siècle avec les cartes postales pour découvrir les ruelles de la vieille ville et les rues commerçantes de la ville nouvelle.


Ateliers

Certains photographes ayant déjà un ou plusieurs ateliers dans leur ville ou leur pays d'origine, sont venus ouvrir une succursale à Nice, d'autres y ont seulement été apprentis, élèves-photographes (vers 13-20 ans) ou employés (absence de cartons-photos à leur nom) ou n'ont ouvert un commerce à leur nom que plusieurs années plus tard (notamment à la date de leur mariage), à Nice et/ou ailleurs (Côte d'Azur, Italie, France, Algérie, Tunisie, Angleterre), parfois avec un associé.

Les photographes possédant un atelier à Nice ont souvent ouvert une succursale dans les Alpes-Maritimes (Cannes, Grasse, Antibes, Menton, Monaco) et parfois le Var mais également dans les stations thermales d'autres régions, notamment à Aix-les-Bains (Savoie), Vichy (Allier) et Cauterets (Hautes-Pyrénées).

Les photographes n’ont tenu leur atelier niçois saisonnier ou pérenne le plus souvent qu’entre 1 et 5 ans (départ, faillite, changement professionnel, décès). Quelques-uns l’ont cependant conservé pendant plusieurs décennies (souvent entre XIX° et XX° siècles), comme (par ordre chronologique), Pierre Ferret, Joseph Silli, Eugène Degand, Aristide Montel, Gustave Echtler, Jean Giletta, Joseph Messy, Victor Thiel, Gustave Féraud, Jean Maniezzi, Paul Gellé, Paul Carles ou Auguste & Henry et l’ont même souvent transmis à leur descendance. 

Le nombre d'ateliers signalés dans les annuaires niçois (listes non exhaustives) a systématiquement doublé dans les décennies étudiées : 4 à la fin des années 1850 (Ferret, Clerissi, Crette et Schemboche), 9 à la fin des années 1860, 19 à la fin des années 1870, 41 à la fin des années 1880 mais le nombre n'est plus que de 27 à la fin des années 1890 (40 à la fin de la première décennie du XX° siècle et 53 à la fin des années 1910). Certains ateliers sont cependant absents des annuaires mais révélés par des cartons-photos.

Les ateliers étaient très majoritairement situés dans la partie neuve de la ville (rive ouest du Paillon) et les photographes se sont essentiellement succédés (ordre décroissant), rue Chauvain, avenue de la Gare (actuelle avenue Jean Médecin), rue Masséna, rue Gioffredo et rue du Temple (devenue rue Garnier, actuelle rue de la Liberté), Jardin Public et quai Masséna (actuelle avenue de Verdun), Promenade des Anglais, boulevard Dubouchage, rue et ruelle Saint-Etienne, rue de la Paix, boulevard du Pont-Neuf (rive est, actuel boulevard Mac Mahon), rue Cassini (rive est), quai Saint-Jean-Baptiste (actuelle avenue Félix Faure), place Grimaldi, rue de Rome, rue de France, rue Paradis, rues Longchamp et Pastorelli, rue Victor (rive est, actuelle rue de la République)...

De nombreux photographes ont occupé plusieurs adresses niçoises du fait qu’ils ont déménagé leur atelier (souvent en étage) ou ouvert une boutique de vente à une adresse complémentaire (vues, accessoires, papeterie, édition) mais également du fait du renouvellement de la numérotation et du nom de leur rue.

Ce dictionnaire, conséquent mais non exhaustif, ne doit pas être considéré comme une fin mais au contraire comme un corpus destiné à être complété et à servir de base à d’autres recherches, comme la datation des vues de Nice et de ses architectures, l’étude des poses et des décors adoptés pour les portraits, l’évolution des types de cartons-photos, les périodes d’activité des cartonniers… 

Certaines études parallèles ou complémentaires ont déjà pu être réalisées comme la photographie à Nice dans les années 1840-1860, la place des femmes photographes au XIX° siècle, l’étude par la photographie de certains quartiers emblématiques de Nice ou l’étude détaillée de la production photographique d’Eugène Degand (1839-1911).



VOIR LA LISTE DES PHOTOGRAPHES






jeudi 4 février 2021

1177-DATER LES MONUMENTS FUNÉRAIRES

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


1 - ALDEBERT Emile (1828-1924), Médaillon de bronze
de la Tombe d'Antonia Seren, épouse Hocquart
(1839-1893), 1879,
Nice, Cimetière du Château, Allée Brunel.



INTRODUCTION


Lorsque l'on s'intéresse à l'architecture et à la sculpture d'un monument funéraire, on cherche à dater sa réalisation avec précision. Si certaines des remarques qui vont suivre peuvent également s'appliquer aux Monuments aux Morts présents dans les villes, elles sont plus spécifiquement axées sur les monuments érigés sur les tombes du XIX° siècle et de la première moitié du XX° siècle.

Il faut tout d'abord rappeler que l'ensemble d'une tombe peut être homogène et contemporain ou très hétérogène et s'être étalé dans le temps, au gré de nouvelles inhumations, rénovations et ajouts (entourage, croix, stèle, sculpture, monument). 

Certaines photographies anciennes permettent d'ailleurs de révéler parfois un état disparu de la tombe et de repousser de plusieurs années la datation d'une sculpture ou d'un monument que l'on croyait avoir suivi de peu l'inhumation.


LES DATES ESSENTIELLES 


Les dates essentielles peuvent être trouvées sur la tombe, dans les registres d'état civil, les journaux, revues et ouvrages et sur des sites de généalogie.

- Il y a la date du décès : cette dernière apparaît dans l'acte de décès ; elle est ensuite présente sur la tombe mais parfois simplifiée (sans l'indication de jour et de mois) ou, plus rarement, erronée ; 

- la date d'achat de la concession au cimetière et son numéro ; par la suite, le numéro apparaît souvent sur le devant de la tombe mais n'est parfois présent que sur des plans du cimetière ou dans les registres des services municipaux ;

- la date de l'annonce des funérailles (faire-part, annonces dans les journaux) ;

- la date des funérailles (avec parfois un compte-rendu dans les journaux et revues) ;

- la date de l'inhumation (corps, cendres) ; le corps est souvent placé au dépositoire du cimetière, pendant plusieurs mois, en l'attente de la réalisation de son tombeau ou monument ;

- la date de commande du tombeau ou du monument (suite à une commande privée ou une souscription publique) ;

- la date d'installation du tombeau ou du monument et/ou sculpture (parfois signés et/ou datés),

- voire la ou les dates de cérémonies anniversaire devant la tombe (revues, journaux).

Si quelques jours séparent généralement le décès de l'inhumation, les dates de la commande puis de la réalisation et de l'installation du monument ou de la sculpture sont généralement plus éloignées mais situées dans l'année précédant le premier anniversaire du décès. 


LES EXCEPTIONS


Parfois cependant, l'enchaînement des dates se fait plus lentement, notamment dans le cas de célébrités. La date du décès n'est plus alors le seul indice majeur pour la datation du monument funéraire.

Le décès peut avoir eu lieu dans une ville (ou pays) mais l'inhumation avoir été prévue dans une autre ville, du fait de dispositions antérieures mises en œuvre par la famille, un notaire ou de dispositions postérieures, notamment dues au gouvernement.

Le transfert du corps peut avoir lieu rapidement ou bien se faire quelques mois ou quelques années après la date du décès. 

Le corps peut être à nouveau déplacé par la suite, afin de rejoindre un nouveau caveau familial situé ou non dans le même cimetière et la même ville ou bien un lieu prestigieux (Panthéon).

Il va alors de soi que la date d'installation des monument et sculpture présents sur la tombe est d'autant différée, même s'il arrive que ces derniers soient parfois également transférés avec le corps (ou réutilisés par une autre famille).

Le monument et la ou les sculptures présents sur la tombe peuvent également être très postérieurs aux dates de décès et d'inhumation, du fait d'une rénovation cherchant à préserver la mémoire sociale du défunt.

Enfin, il arrive que monument et sculpture soient antérieurs au décès du fait que :

- l'individu a lui même préparé sa dernière demeure, achetant la concession, choisissant l'architecte, le sculpteur ou le marbrier et le type de réalisation ;

- l'individu est inhumé dans un caveau familial qui possède déjà un monument ou une sculpture ;

- l'individu a possédé de son vivant son portrait (buste de pierre ou de bronze) ou une statue religieuse ou allégorique qui a été par la suite installée sur sa tombe ;

Enfin, les portraits de couple en médaillon (mari et femme) ont parfois été réalisés et installés sur la tombe suite au décès de l'un des conjoints, l'autre ne décédant que quelques années ou décennies plus tard.


LES INSCRIPTIONS


Les caveaux étant souvent familiaux, il y a l'indication de plusieurs noms et prénoms, généralement accompagnés de leur date de naissance et de décès, gravés et doublés par des lettres de plomb sur la pierre tombale, voire une épitaphe, un extrait de poème ou un verset de la Bible. 

Sur le devant de cette même dalle apparaît bien souvent, les lettres C.A.P. (Concession A Perpétuité) suivies du  numéro de la concession. Quand on possède les repères chronologiques de ces mêmes numéros, l'achat de la concession peut être daté avec précision. Il doit être mis en relation avec la date de décès de l'un des noms présents, sachant que ce dernier peut être le seul, peut ne plus apparaître ou ne pas être le plus ancien, plusieurs membres de la famille inhumés dans d'autres tombes, voire d'autres cimetières, ayant pu être rapatriés dans cette nouvelle concession.

Le nom du marbrier apparaît également sur le devant ou le côté de cette même dalle, souvent sans prénom (plusieurs générations de marbriers dans une même famille) et surtout sans date.

Le nom de l'architecte et parfois du sculpteur peuvent apparaître aux mêmes emplacements, gravés ou bien inscrits sur une plaque métallique. Le nom du sculpteur peut apparaître également sur une sculpture en ronde-bosse (en pied ou en buste) ou en relief (stèle, médaillon, frise, porte), souvent accompagné de la date de réalisation. 

Sur les sculptures en pied, la signature et parfois la date se trouvent souvent sur le socle ; sur les bustes, au revers de l'épaule droite, sous l'épaule gauche ou sur le socle ; sur les médaillons, à l'intérieur, sur le pourtour ou en-dessous.

Dans un monument funéraire, le nom du verrier, du mosaïste, voire du peintre, peut être également présent et parfois accompagné de la date de réalisation.

Enfin, le nom du fondeur ou du serrurier peut apparaître sur une sculpture métallique (bronze, fer) ou sur une plaque pour signer les accessoires de la tombe (entourage, porte, croix, guirlandes et couronnes).

Plusieurs signatures, parfois accompagnées de dates, peuvent donc coexister sur une même tombe et être contemporaines ou décalées dans le temps. Malheureusement, ces précieuses indications n'ont parfois pas été apposées, ont disparu, sont inaccessibles au regard ou sont devenues illisibles. L'étude du style d'architecture ou de sculpture du monument donne quelques repères mais plus approximatifs.

Dans le cas d'inhumations rapprochées dans le temps, au sein d'un même caveau, il est très difficile d'attribuer la commande du monument ou de la sculpture à la suite de l'un ou l'autre des décès. La présence d'un portrait sculpté peut parfois permettre de trancher. Le prénom (ou son initiale) précédant le nom de famille du caveau révèle souvent la personne qui a commandé le monument après le décès de l'un de ses proches.


DES EXEMPLES


Voici quelques exemples choisis parmi les tombes du Cimetière du Château de Nice afin d'illustrer les remarques et exceptions précitées.


- TOMBE ET MONUMENT D'ALEXANDRE HERZEN (Moscou 6 avril 1812-Paris 21 janvier 1870) 


2 - Monument de la Tombe d'Alexandre Herzen (1812-1870), 1875,
Nice, Cimetière du Château, Premier Plateau dit Protestant.



Alexandre Herzen philosophe, démocrate et "agitateur" russe est décédé le 21 janvier 1870  à Paris au 172, rue de Rivoli, à l'âge de 57 ans. Son corps a été provisoirement déposé au Cimetière parisien du Père-Lachaise, le 24 janvier, après ses funérailles. Alexandre Herzen avait en effet souhaité, par testament daté du 1er août 1852, reposer un jour auprès des corps de sa femme et de ses enfants enterrés à Nice et qu'il y soit élevé un monument. 

Du fait de la guerre franco-prussienne de 1870 puis de la Commune de Paris de 1871, ce vœu a cependant été repoussé. 

Le transfert du corps n'a été réalisé qu'au premier trimestre de l'année 1873 dans le Premier Plateau protestant et orthodoxe du Cimetière du Château. Une statue de bronze le représentant en pied a été par la suite commandée à l'artiste russe Parmen Petrovitch Zabila (ou Parmenion Zabello, 1830-1917) puis coulée dans les Fonderies du Val d'Osne mais elle n'a été installée sur la tombe sur un piédestal de marbre qu'en 1875 (soit cinq ans après la date du décès) (FIG. 2).

Voir l'étude détaillée de la tombe.


- TOMBE ET MONUMENT DE LEON GAMBETTA (Cahors 2 avril 1838-Ville-d'Avray 31 décembre 1882)



3 - Monument de la Tombe de la Famille Gambetta, avril 1909,
Nice, Cimetière du Château, Plateau Supérieur, renommé Plateau Gambetta.



Léon Gambetta, alors président du conseil des ministres, est décédé dans la nuit du 31 décembre 1882 au 1er janvier 1883, dans sa Maison des Jardies de Ville-d'Avray, au sud-ouest de Paris, à l'âge de 44 ans. Des funérailles nationales ont été organisées en hommage du grand homme, à Paris, le 6 janvier 1883. Son corps à été provisoirement déposé au Cimetière parisien du Père-Lachaise le même jour.

Le transfert du corps pour Nice (incomplet et embaumé), grâce à la ténacité du père, a été effectué par un train spécial qui a quitté Paris le 12 janvier et est arrivé à Nice le lendemain matin ; un cortège officiel a accompagné le char funèbre, après un parcours dans toute la ville, jusqu'au Cimetière du Château.

Le corps a cependant été placé au dépositoire du cimetière pour la nuit avant d'être inhumé le lendemain 14 janvier dans la tombe familiale située dans l'Allée du Brûloir. Léon Gambetta avait lui-même acquis cette concession à la suite du décès de sa tante maternelle, Jeanne/Jenny Massabie à Nice le 28 mars 1878 et avait fait réaliser le monument orné du portrait de cette dernière, un médaillon de bronze exécuté par le sculpteur parisien Auguste Préault (1809-1879), entre avril et novembre de la même année.

La tombe de Léon Gambetta ne présentant pas d'effigie du grand démocrate et étant étroite et modeste, le projet d'un monument plus prestigieux fut envisagé dès janvier 1883 mais fut repoussé pendant plusieurs décennies. 

Il ne fut réalisé qu'en avril 1909 (soit 26 ans après la date du décès). A cette date, les corps de la famille Gambetta furent transférés sur le Plateau Supérieur et des éléments de l'ancienne tombe réinstallés dans le nouveau monument réalisé par l'architecte des jardins et cimetières de la Ville, Alban Gaillandre, dont le médaillon de bronze de Jenny Massabie (signé et daté). L'indication, sur le monument, des dates de naissance et de décès de membres de sa famille est cependant erronée (Jeanne Massabie est née le 13 janvier 1807 et non 1808 et le père de Léon Gambetta, Joseph, est décédé le 4 décembre 1890 et non 1888) (FIG. 3). 

Aucune effigie de Léon Gambetta ne fut installée dans ce nouveau lieu du fait qu'un monument prestigieux venait de lui être consacré dans la ville. La nouvelle concession a été prise en charge par la Ville et l'ancienne concession rendue par la Famille Gambetta pour réattribution.

Voir l'étude détaillée de la tombe.


- TOMBE ET MONUMENT DE JEAN-CHARLES LESAGE (Courtomer 23 janvier 1799-Courtomer 19 juillet 1883) 


 4 - Monument de la Tombe de Jean Charles Lesage (1799-1883), vers 1884,
Nice, Cimetière du Château, Allée Lesage.


Jean Charles Lesage, ancien maire et Conseiller général de l'Orne, aimait fréquenter la ville de Nice depuis 20 ans et souhaitait s'y faire inhumer. Après son décès dans sa ville de Courtomer le 19 juillet 1883, à l'âge de 84 ans, son corps fut transféré à Nice sur demande de son notaire, y arriva le 23 au soir et fut inhumé au Cimetière du Château le matin du 24 juillet. 

Son corps gagna cependant le dépositoire, en l'attente de la réalisation de son tombeau pris en charge par la Ville de Nice, du fait d'un très important legs reçu du défunt. Un monument comprenant notamment deux anges en pied et en pierre fut commandé à un sculpteur italien, le nom de ce dernier comme la date d'installation du monument restant inconnus (vers 1883-84 ?) (FIG. 4).


- TOMBE ET MONUMENT D'ANTONIA ONORATA SEREN-HOCQUART (Nice 20 février 1839-Nice 3 mai 1893)


5 - Stèle de la Tombe d'Antonia Seren-Hocquart (1839-1893), vers 1893-1894,
Nice, Cimetière du Château, Allée Brunel.



Suite au décès d'Antonia Onorata Hocquart (née Seren), le 3 mai 1893, rentière, âgée de 54 ans, cette dernière fut inhumée à Nice dans l'Allée Brunel du Cimetière du Château. 

La tombe reçut par la suite (vers 1893-1894 ?), un monument sur lequel fut apposé son portrait (médaillon de bronze signé et daté), réalisé par le sculpteur marseillais Emile Aldebert (1828-1924) en 1879 (soit 14 ans avant son décès) (FIG. 1 et 5).


- TOMBE ET MONUMENT DE ROBERT HUDSON (Londres 21 janvier 1845-Nice 27 janvier 1936)


6 - Edicule de la Tombe de Robert Hudson (1845-1936), 1920-1926,
Nice, Cimetière du Château, Plateau Gambetta.



Robert Hudson était un riche anglais qui possédait une maison à Nice. Âgé de 72  ans, il décida au début de l'année 1917 d'acquérir dans cette ville l'une des concessions prestigieuses du Plateau Gambetta

Il s'adressa ensuite vers 1920 (projet daté du 26 avril 1921), au sculpteur Louis Maubert (1875-1949) pour réaliser son mausolée en forme de mastaba (signé L. Maubert), avec à l'est une porte de bronze sculptée (signée et datée L. Maubert 1921) précédée de deux lions de pierre, à l'ouest un vitrail du Christ souffrant signé des verriers lyonnais G. Decôte et C. Blanchon et daté de 1926, et sur le toit, une figure de la Douleur

Robert Hudson, devenu Premier Baron de Borwick en 1922, mourut le 27 janvier 1936, à l'âge de 91 ans et fut, selon son vœu réaffirmé par testament de l'année précédente, inhumé dans le monument qu'il avait fait ériger (10 ans auparavant).

Voir l'étude détaillée de la tombe.






mardi 2 février 2021

1176-NICE-PETITE HISTOIRE DU CIMETIÈRE DU CHÂTEAU AU XIX° s.




- Photographe non identifié, Nice, Vue du Paillon, détail, vers 1860,
 la Colline du Château avec les murs d'enceinte du cimetière chrétien
 et au centre la chapelle Sainte-Madeleine .
tirage albuminé, Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.


DERNIÈRE MODIFICATION DE CET ARTICLE : 08/11/2021




LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU


Suite aux lettres patentes du roi de Sardaigne Victor-Amédée III du 24 juin 1783 interdisant désormais d’enterrer dans les églises, le nouveau cimetière de la Ville de Nice est choisi à l’écart des habitations, sur le rocher de près de 100 m de haut qui domine la ville (Colline du Château).

Ce rocher est l’ancien emplacement de la ville médiévale qui a laissé place au XVI° siècle à une grande forteresse, démolie en 1706. A la fin du XVIII° siècle, la Colline du Château est un champ de ruines et un terrain vague mal fréquenté, avec les vestiges du Château au sud et de la citadelle défensive au nord.

C’est dans l’enceinte de cette citadelle (achevée en 1580), à l’extrémité nord de la colline qu’est aménagé le Cimetière du Château entouré de hauts murs dès fin juin-début juillet 1783. Un cimetière militaire y était déjà présent en 1761, ce qui peut expliquer le choix de cet emplacement précis. L’évêque Valperga de Maglione bénit le Campo Santo le 2 juillet 1783 (une grande Croix y est installée), une première inhumation a lieu le 9 juillet et l’ouverture officielle se fait le lendemain. L’emplacement originel correspond en grande partie au Plateau d’Entrée actuel.

Les travaux semblent cependant continuer dans les mois suivants. Le cimetière catholique doit en effet s’adapter à la configuration vallonée du terrain, avec d’importants travaux de terrassement et de destruction de rochers. C’est sur le flanc nord de la butte centrale qu’est érigée la chapelle Sainte-Madeleine, afin d’être un lieu de prière pour les morts et un lieu de sépulture pour les ecclésiastiques. La date exacte de construction de la chapelle reste inconnue mais cette dernière a dû s’élever dans les mois suivants l’ouverture du cimetière. Elle est présente sur un plan de la ville daté de 1793 (Service Historique de l'Armée de Terre, Vincennes, Val-de-Marne). 

Cet édifice aujourd’hui disparu (démoli en 1932) était de petites dimensions et d’aspect modeste. Peu visible sur les vues de Nice des XIX° et XX° siècles (estampes et photographies), il était orienté est-ouest et constitué d’une simple abside reliée à un courte nef unique dominée par un petit clocheton. Son entrée ouvrait sur l’allée extérieure du cimetière (une impasse, jusqu'en 1934), avec une porte qui semblait surmontée de deux niches à statue latérales puis d'une petite baie jumelée (voir le détail photographique ci-dessus). Les sépultures ecclésiastiques étaient situées sous l’abside.

La création de la partie israélite du cimetière, située plus au sud, date probablement de la fin de l’année 1783 ou de l’année 1784. Elle entraîne, en 1788, le transfert contraint des sépultures de l’ancien cimetière juif (créé en 1578), situé en contrebas de la colline du Château, côté nord, au lieu-dit Camas soutran (Champ de Mars Inférieur par opposition au Camas soubran, ou Champ de Mars supérieur, site du cimetière du Château) et contigu au cimetière des Visitandines (emplacement de l’actuel Collège Ségurane). Des anciens cimetières catholiques de la ville vont subir le même sort. Tout d’abord interdits de nouvelles sépultures, ils sont ensuite supprimés. 

Il ne faut cependant pas imaginer la partie nord de la Colline du Château de la fin du XVIII° siècle comme un ensemble d’un seul tenant mais plutôt comme un agrégat de parcelles en friches aux rochers affleurant et de jardins et cimetières enclos de murs. Ces terrains appartiennent en partie à l’Etat (ancienne citadelle, terrains militaires, cimetière militaire, enceinte nord-est de la poudrière), à la municipalité (cimetières catholique et israélite, terrains en friches), aux Hospices réunis (cimetière) et aux congrégations religieuses qui occupent les flancs ouest et nord de la Colline du Château (jardins et cimetières des couvents de Sainte-Claire de la Visitation et des Cessolines).


 Nice, Plan simplifié du Cimetière municipal du Château, vers 1800. 
En couleur, les zones d’inhumation. 
Les zones grises sont pour la plupart des terrains en pente. 
La zone comprise entre les deux cimetières est qualifiée de "Jardin" sur le plan de 1793.



Suite à l’occupation de Nice par les troupes révolutionnaires françaises puis sa réunion à la France (fin 1792-début 1793), le Cimetière du Château se voit désormais géré par la règlementation française. En l’An IV (1796), un officier de santé signale la nécessité de réparations et son état d’insalubrité, trop peu de terre recouvrant les cadavres (L’Eclaireur du Dimanche du 30 octobre 1921 p 4). Une partie du cimetière est dévolue aux soldats de la Garnison, comme l’indique un plan de la ville daté de l'An VI (1798).

Un projet d’agrandissement du cimetière catholique est envisagé dès janvier 1800 (AM, M8-1). La parcelle située au sud de la chapelle Sainte-Madeleine est alors aménagée, constituant le "Nouveau cimetière", alors que le cimetière nord originel prend la dénomination "d’Ancien cimetière". Les deux cimetières sont répartis de chaque côté de la chapelle mais séparés par un terrain intermédiaire.

Suite au Décret impérial du 23 prairial An XII (12 juin 1804), un choix s’impose entre réaménager et agrandir encore le cimetière existant ou trouver un nouveau site répondant à toutes les exigences de salubrité et d’étendue. Une expertise médicale est demandée en appui en 1807 et le médecin militaire Revolat qui la rédige, préconise de conserver le Cimetière du Château, aucun site connu, distant des habitations, n’offrant une élévation et une exposition plus favorables. Il propose cependant de résoudre les problèmes d’étendue et de salubrité avec les mesures suivantes : ériger un nouveau local d’inhumation (dépositoire), étendre les zones d’inhumation aux terrains plus à l’est et réunir l’ensemble des deux cimetières catholiques avec le terrain intermédiaire, abattre leurs séparations intérieures et entourer le tout de nouveaux murs plus élevés, faire disparaître les rochers existants, répartir la terre abondante des parties supérieures orientales pour obtenir une profondeur d’inhumation de 3m, assainir la terre à la chaux, planter des arbres intérieurs et améliorer le chemin d’accès extérieur. Les propositions sont approuvées par le Préfet le 21 octobre 1807 (AD06, CEO 0159/009).

Si des plantations d’ormeaux et de cyprès sont réalisées du côté ouest dès l’été 1808, le reste du projet est cependant fortement retardé par la cession du terrain intermédiaire qui semble, pour une part, appartenir au génie militaire et pour une autre part, aux Hospices réunis (le terrain leur a été cédé par le roi sarde en septembre 1891). L’achat de ce dernier terrain n’a lieu que le 25 novembre 1812 (AM, M8-1) mais la plupart des travaux prévus semblent engagés dès le mois suivant.


- Nice, Plan simplifié du Cimetière municipal du Château, vers 1812. 
En couleur, les zones d’inhumation.
Les limites orientales du Nouveau Cimetière catholique ne sont pas connues avec précision.
 


Suite à la restauration sarde (avril 1814) puis aux lettres patentes du roi Charles-Félix du 3 mai 1822, la Ville acquiert la jouissance de la Colline du Château et aménage progressivement sa partie sud. L’espace sauvage et nu du rocher, parsemé de décombres, va devenir une promenade arborée et fleurie accueillant les étrangers. La proximité de cette promenade avec le Cimetière du Château va cependant se révéler de plus en plus problématique.


Nice, Plan simplifié du Cimetière municipal du Château, vers 1830. 
En couleur, les zones d’inhumation.
Les limites orientales du Cimetière intermédiaire ne sont pas connues avec précision.



Une nouvelle extension des lieux de sépultures a lieu dès les années 1830, vers l’est, dans le Cimetière intermédiaire (AM, M8-1). Une estampe du graveur Sergent-Marceau, éditée en 1837, montre la tombe de son épouse située, depuis mai 1834, dans le cimetière intermédiaire, le long du mur de séparation d'avec l'Ancien Cimetière. L’extension se poursuit également sur le versant occidental de la butte du cimetière supérieur, de la base au sommet du Nouveau Cimetière Catholique.


- SERGENT-MARCEAU Antoine Louis François (1751-1847), 6 Mai 1834, 1837,
Fragment de mon Album Nigrum, écrit en 1811, augmenté en 1836, édité en 1837,
estampe placée en fin d'ouvrage,
Paris, BnF (Gallica).



Des travaux sont encore effectués en 1844 et 1845. L’Ancien Cimetière catholique voit une nouvelle Croix de bénédiction placée en son centre et une large entrée, dotée d’une nouvelle porte, réalisée au milieu de son mur ouest (surmontée de l'inscription Cenotafio effacée à la demande d'Henri Sappia, en 1899).

Le Cimetière des non-catholiques est créé aux mêmes dates (demande officielle du 5 février 1845), au pied du versant oriental de la butte centrale, comme nous le révèlent des plans techniques datés du 30 avril 1844 (AM, iciet du 17 avril 1845  (AM, voir ici et ici), un Plan général de la Colline du Château daté du 20 novembre 1845 (AM, 1Fi 2/24) et une estampe datée de 1849 (BM de Cessole).

Le Cimetière des non-catholiques est subdivisé en trois parties : Cimiterio dei suicida au nord-est, cimetière des suicidés, privés de sépulture ecclésiastique ; Cimiterio degli accatolici au sud-est, cimetière des schismatiques (protestants et orthodoxes) ; Cimiterio dei bambini à l’ouest, cimetière des enfants morts sans le baptême.


Nizza Marittima, Pianta générale del Promontorio, 20 novembre 1845,
Nice, Archives Municipales, 1Fi 2/24.
Le Cimetière des non-catholiques affiche ses subdivisions.


- GUESDON Alfred (dessinateur, 1828-1876) et ARNOUT Jules (graveur, 1814-1868),
 Nice, Vue prise au-dessus de Montalban, détail, 1849,
lithographie extraite de l'ouvrage de, ETIENNEZ Hippolyte (1813-1871), L'Italie à vol d'oiseau ou Histoire et description sommaires des principales villes de cette contrée, accompagnée de 40 grandes vues générales dessinées d'après nature par A.Guesdon, Paris, A.Hauser éditeur, Paris, Imprimerie Lemercier, 1849 (et 1852), lithographie de 290x435 mm sur fond de 400x540 mm, Collection privée.
Une gravure semblable, extraite de, La France à vol d'oiseau, vers 1860, est conservée à Nice, à la Bibliothèque du Chevalier de Cessole (ICO1304).



Sur la partie gauche de la lithographie ci-dessus, on peut avoir un état des cimetières vus de l'est, du Fort Montalban, en 1849, même si le dessin original peut être antérieur de quelques mois : au sud-est (à gauche de l’image), les murs de séparation du flanc oriental de la butte, dont ceux du Cimetière des non-catholiques ; au nord-est (à droite), le terrain de la Poudrière puis plus à l’ouest, les murs de séparation du Cimetière catholique (Ancien Cimetière Catholique et Cimetière intermédiaire) et la chapelle Sainte-Madeleine. La ligne de cyprès, visible au nord, est située dans une parcelle extérieure au cimetière municipal (Cimetière des Cessolines, La Providence). A l’opposé, le Cimetière israélite, situé sur le versant sud-ouest de la butte, n'est pas visible ici.

Dans les années 1850, les travaux se multiplient : aménagement du chemin d’accès extérieur, agrandissement des zones d’inhumations, remise en état du cimetière des non-catholiques laissé à l’abandon, réalisation d’escaliers reliant les différentes parties (AM, M8-1, Plan régulateur du Cimetière du 10 décembre 1851, Cimitiero degli accattolici du 18 décembre 1854, Riparazione e Sistemazione di questo publico Cimiterio du 21 mai 1856, Calcolo per la formazione di un Casotto per ricoverare il guardiano del Cimiterio du 12 mars 1859). 

Le plan détaillé du 10 décembre 1851 présente les projets de construction d’un ossuaire catholique à l’extrémité nord-est du Cimetière intermédiaire, d’une chambre de dissection accolée au dépositoire au sud de la chapelle Sainte-Madeleine, et d’une loge de gardien de cimetière située dans le chemin d’accès extérieur, contre le mur occidental du cimetière (à la jonction du dépositoire et du Nouveau Cimetière) mais la plupart de ces travaux ne semblent pas avoir été réalisés.

En 1854, Marie de Solms (fille de la princesse Laetitia Bonaparte) raconte, dans son ouvrage, Nice ancienne et moderne (p 139), l’une de ses promenades au Château où elle est tirée de son admiration du panorama et de sa rêverie sous les arbres par des plaintes et sanglots émanant d’un convoi funèbre : "Je me mis à suivre machinalement un chemin creux, bordé de cyprès, du côté de l’ouest et je me trouvai bientôt en face du cimetière ; la porte en était ouverte et donnait entrée à un convoi funèbre, composé surtout de femmes et de jeunes filles, vêtues de blanc. C’était le corps d’un enfant que le cortège pieux allait confier à la terre".

Le poste de gardien est créé en 1856 et la loge est construite en 1859 dans le chemin qui mène à l’entrée du cimetière catholique mais, côté ville, du côté opposé à l’emplacement prévu en 1851. 

Suite à l’Annexion française de 1860, le règlement et tarif des concessions est voté par le Conseil municipal du 27 mars 1861suivant les prescriptions de l'ordonnance du 6 décembre 1843Les concessions, jusque-là perpétuelles, vont désormais pouvoir être également de 15 ans (non renouvelables) ou trente ans (renouvelables). 

Un service de pompes funèbres est instauré pour remplacer la Confrérie de la Miséricorde, jusque-là chargée du service des sépultures par le décret du Sénat de Nice du 3 juillet 1831. Le règlement sur la police des cimetières est élaboré par le maire de Nice au cours de cette même année 1861 (validé par le préfet le 26 février 1862). Dix ans plus tard, la municipalité éditera, en 1872, un texte du Service Général des Inhumations et des Pompes Funèbres, Cahier des Charges de l’Entreprise (Archives Municipales de la Ville de Nice, 13C42), détaillant notamment les tarifs des cercueils, des droits d’inhumation et des transports, offrant la gratuité aux indigents et un échelonnement de classes. L’offre va du simple brancard au cercueil en bois blanc recouvert d’un drap mortuaire en serge, galons en coton et croix en galons de laine, au plus prestigieux corbillard ; ce dernier est surmonté d’un baldaquin de velours noir étoilé d’argent avec quatre panaches de plumes noires aux angles, porte un cercueil en chêne ou noyer massif vernis recouvert d’un drap mortuaire en velours de soie, étoilé d’argent et timbré d’une croix centrale en drap d’argent ; il est tiré par quatre chevaux noirs empanachés et recouverts de draperies en velours noir bordées en galons d’argent et est accompagné de cochers et porteurs, chapeautés et costumés de noir mais portant cravate et gants blancs.

L'ensemble du Cimetière du Château est pour sa part essentiellement réaménagé entre 1861 et 1863 : organisation d'allées, réparation et construction de murs de soutènement des terrasses, réaménagement du dépositoire, agrandissement du cimetière catholique avec appropriation du plateau supérieur puis du terrain nord avec coupe des cyprès, agrandissement du cimetière protestant avec construction d'un mur occidental. 
Il semble que "deux grands squelettes, peints à la détrempe, [qui] font sentinelle à la porte" (Le Constitutionnel du 8 avril 1858 p 3 ; Journal de Monaco du 16 septembre 1860 p 2), "deux personnages de la danse Macabre", présents sur les hauts murs du cimetière, aient été recouverts lors de la réfection de ces murs en 1867 (Emile Négrin, Les Promenades de Nice, 5ème édition de 1867, p 55 et note).

Quatre chemins, à forte pente, conduisent au Cimetière (voir le plan de 1845 ci-dessus). A l’ouest (côté ville), deux accès piétonniers (escaliers), avec une montée, côté nord (actuelle montée Rondelly) et la montée du Château, côté sud. 
A l’est (côté port), deux accès pour piétons et voitures, avec au nord la montée Éberlé (parfois qualifiée de promenade ou d’avenue), proche de la place Napoléon (actuelle place Garibaldi) et généralement empruntée par les convois funèbres, et au sud la montée Monfort. Ces deux montées fusionnent à flanc de colline en une seule et même voie qui serpente en haut du rocher, passe devant l’entrée (actuellement disparue) du Cimetière protestant, contourne le Cimetière israélite par le sud et arrive au chemin (rue puis avenue ; actuelle allée Aragon) qui dessert l’entrée du Cimetière israélite, celle de la chapelle Sainte-Madeleine puis celle du Cimetière catholique située tout au bout de l’impasse (rue percée seulement en 1934).

Albin Mazon dans son ouvrage de 1861, Nice, Guide de l'Etranger, écrit, "La Promenade du Château est peu fréquentée par les habitants de Nice, ce qui peut être attribué à deux choses : la pente rapide du chemin par lequel on arrive au sommet et la présence du cimetière central sur son versant occidental. Nous devons ajouter que l'autorité municipale a déjà songé à transporter cette propriété funèbre dans un autre endroit. L'entrée principale du cimetière est placée du côté de la vieille ville" (voir aussi Emile Négrin, Les Promenades de Nice, 5ème édition de 1867, pp 50-51).

Dès cette époque, la municipalité étudie en effet le projet d’un nouveau et grand cimetière catholique général qui ne verra le jour qu’en 1869, au lieu-dit Caucada/Caucade, situé à l’ouest de la ville et ne recevra en définitive que les défunts de la rive droite du Paillon, pérennisant ainsi le Cimetière du Château.

En 1872 cependant, devant le nombre désormais insuffisant d’emplacements, la Mairie interdit de nouvelles inhumations au Cimetière du Château et les reporte sur le Cimetière de Caucade (Conseil municipal du 2 février 1872). Cette décision n’est pas sans poser problème, les convois funèbres devant traverser toute la ville, entraînant des frais supplémentaires aux familles et surtout inscrivant les tombes familiales dans un lieu éloigné des domiciles. 

Cette interdiction semble levée vers 1875-1876 mais les seules concessions autorisées au Cimetière du Château sont désormais des concessions à perpétuité. La suppression, en 1883, du Cimetière de Saint-Etienne, entraînera cependant le transfert d’une partie de ses tombes au Cimetière du Château.

Sur un plan de la ville de Nice, datant de 1865, le cimetière protestant n'occupe pas son emplacement originel et actuel mais celui du Cimetière inférieur. C’est une erreur et cette dernière s’est d’ailleurs répétée sur des plans de 1870 et 1876. Il faut attendre un plan de 1878 pour voir cette erreur corrigée et découvrir l’étendue du cimetière catholique qui regroupe les cimetières inférieur, intermédiaire et supérieur.

Sur les différents plans de la ville de Nice, le tracé des cimetières reste d'ailleurs assez sommaire avec parfois un périmètre, des dimensions et séparations fantaisistes et un positionnement approximatif des bâtiments. Certains éléments peuvent ne pas être représentés, comme la chapelle Sainte-Madeleine, le dépositoire refait en 1862 et l'ossuaire accolé au mur sud de ce dernier en 1872, la loge du concierge implantée en 1859 (visible uniquement sur un plan daté du 12 septembre 1860) ou encore le bâtiment d’entrée du Cimetière israélite (visible sur le plan de 1845 ci-dessus).

Le dépôt de poudre du Château, "cause de terreur et de danger", n’est supprimé qu’en 1878, transféré dans une nouvelle construction à Montboron (Conseils municipaux des 26 avril et 28 août 1878). En 1887, "l’ancienne poudrière du Château sise à l’Est du cimetière" sera transformée en logement municipal du concierge du cimetière (Conseil municipal du 21 janvier 1887) et ce n’est qu’en 1903-1904, que l’actuel bâtiment (bureau et logement) sera construit du côté opposé, face à l’entrée occidentale du cimetière.


- Nice, Plan simplifié du Cimetière municipal du Château, vers 1890. 
Entre 1830 et 1860, les zones d’inhumation ont progressivement gagné l’espace oriental ; les toutes dernières zones (notamment les Plateaux supérieurs dits Protestants) ont été investies entre 1860 et 1890.





QUELQUES VUES DE LA FIN DU XIX° SIÈCLE











- WALBURG DE BRAY Jean (1839-1901), Vue Panoramique de Nice, détail, vers ou avant 1876,
vue sur le Paillon et la ville, prise depuis la terrasse de l'Hôtel des Anglais 
(hôtel situé à l’angle de la Promenade des Anglais et du Jardin Public),
image extraite du recueil intitulé, Souvenir de Voyage, Cannes, Nice, Menton, daté de 1876
tirage albuminé, Paris, BnF (voir sur Gallica).
Une photographie semblable intitulée, Nice , Panorama des Quais, a été faite par Eugène Degand du même point de vue et éditée dans les années 1870-1876.



A gauche de la photo de 1876 ci-dessus, on remarque que la plupart des cyprès des Cessolines a disparu, que le portail, repérable à la pointe des deux cyprès qui l'accostent, n'est plus visible du fait d'un bâtiment extérieur qui lui fait face, et que la chapelle est désormais précédée au sud d'un bâtiment extérieur. A droite, un grand édicule blanc en forme de chapelle domine le cimetière catholique à son extrémité sud, au sommet du Plateau supérieur (actuel Plateau Gambetta), et le bâtiment d'entrée est bien visible tout au bout du cimetière juif.

Il existe quelques estampes montrant l'intérieur du cimetière catholique. Deux d'entre elles ont été réalisées lors de l'enterrement de Léon Gambetta (1838-1882), le 13 janvier 1883. Celle ci-dessous donne une vision de la partie nord-est du Plateau d'entrée. 


- MEYER Henri (1844-1899), Cimetière du Château (Plateau d'entrée) : Les obsèques de Léon Gambetta à Nice (le 13 janvier 1883),
illustration, "Le Journal Illustré" n° 5 du 28 janvier 1883 p 40 (Collection personnelle).
L'image montre les tombes et le mur nord du Plateau d'entrée du Cimetière et l'absence, à cette date, de statues ou de chapelles.
Le mur de séparation entre le cimetière inférieur (actuel Plateau d'Entrée) et le cimetière intermédiaire (actuel Petit Cimetière) est encore présent à cette date (mais est davantage visible sur une autre estampe - voir ici).
L'image montre, au nord du cimetière, une ligne de cyprès qui n'apparaît pas sur les photographies du dernier tiers du XIX° siècle.



L’estampe suivante montre l'escalier sud du cimetière catholique permettant de gravir les terrasses occidentales de la butte. Elle offre une vision des tombes de l'Allée Robiony, située en léger contrebas et au sud du Plateau Supérieur.


- MARIE Adrien (1848-1891), The Funeral of the Late M. Gambetta at Nice,
détail extrait du magazine hebdomadaire illustré britannique, The Graphic, 27 Janvier 1883 p 85 (Collection personnelle).



Il existe quelques photographies de Jean Giletta (1856-1933), prises de la terrasse de l'Hôtel des Anglais puis du nouveau Casino de la Jetée-Promenade, qui montrent les cimetières dans les années 1880 et le début des années 1890. Sur ces photographies, on peut repérer un grand nombre de monuments qui existent toujours. La confrontation de la photo ci-dessous avec les photos antérieures montre la multiplication progressive des sépultures (1860-1876) puis des hautes chapelles de marbre blanc (1876-1892). Les sculptures vont se multiplier, pour leur part, dès le milieu des années 1890.


- GILETTA Jean (1856-1933), 792 - Nice, Vue prise de la Jetée, détail, vers 1890-1892,
tirage albuminé, 21x27 cm, Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole (ALB-GIL8-51).



Cependant cette butte recouverte de monuments funéraires visibles depuis la promenade du Château et même depuis la ville basse est loin d'être appréciée. Même Henri Sappia, dans un article du Petit Niçois paru le 17 novembre 1897 réagit vivement : "Il faut tout de même reconnaître qu'on aurait dû choisir un autre emplacement pour le premier cimetière de notre ville. Cette exposition de tombeaux très peu artistiques, agglomérés les uns sur les autres, sans goût, n'est pas certainement un coup d'œil agréable dans une ville de plaisirs". Il se reprend un peu dans un article de l'année suivante : "A cette époque, on ne pouvait faire un meilleur choix pour l'emplacement du cimetière (...). Le cimetière était très bien situé à côté du Château, amas de ruines et de débris (...). Il faut pourtant convenir qu'il est tôt ou tard condamné à disparaître pour donner toute sa beauté à la promenade du Château, pas assez fréquentée aujourd'hui à cause de ce voisinage" (Le Petit Niçois du 1er novembre 1898).

Il est semble que l'estampe montrant le Cimetière du Château dans l'ouvrage de Stephen Liégeard intitulé La Côte d'Azur (1887 p195), présente l'entrée (actuellement murée) de l'ancien Cimetière protestant et orthodoxe, située sur le flanc nord-est de la colline. 


Nice, Le Cimetière,
Stéphen Liégeard, La Côte d'Azur,
estampe de l'édition de 1894 p 301.



Une illustration parue dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1902, nous révèle pour sa part la partie occidentale du Cimetière du Château. Le dessin panoramique montre, notamment au tout premier plan (Plateau d’Entrée), la grande Croix de Bénédiction du Cimetière catholique de 1845, encore en place en 1902 malgré la loi du 14 novembre 1881 sur la neutralité des cimetières, et, à l'extrême droite, la Pyramide élevée aux victimes de l'Incendie du Théâtre Municipal du 23 mars 1881 (1882).



- Journal "Le Petit Niçois", Vue du Cimetière du Château depuis le Plateau d'entréenovembre 1902,
 vue nord-sud, illustration parue dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1902 page 2.
- On peut voir du haut de l'image au bas de l'image et de gauche à droite :
la chapelle à pots à feu de la Famille Paul C. (Plateau Gambetta, vers 1897), 
la chapelle avec dôme couronné d'un vase de la Famille B. (allée Lenval, 1892), 
la flèche néo-gothique de la Famille de Nicolas de F. (Allée Pacôme, vers 1864), 
la chapelle à baldaquin de la Tombe P. (Plateau Gambetta, 1901), 
la Pyramide de Gambetta (Plateau Gambetta, créée dès 1883
 et déplacée là vers 1892 puis supprimée en 1909), 
la Chapelle Tarani (Plateau Gambetta, 1900) ;
- en dessous, l'Allée Lenval avec tout à droite, la Chapelle du Baron de Lenval (vers 1884) puis l'Allée Brunel, avec tout à droite, la Chapelle à baldaquin de la Famille Brunel (avec la figure de l'Ange, 1894) ;
- en bas, sur le Plateau d'Entrée, les tombes accostant le mur sud (restaurées en 1890 du fait de l'écroulement du mur) et tout à droite, la chapelle Sainte-Madeleine accostée du double escalier de 1901 et, au tout premier plan, la grande Croix de Bénédiction catholique avec tout à droite, l'angle de la Pyramide des Victimes de l'Incendie de l'Opéra (1881-1882).


Nice, Plan simplifié du Cimetière municipal du Château actuel (2021).
En vert, les extensions réalisées dans la première moitié du XX° siècle.