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samedi 26 septembre 2026

1494-ANDREA CARLI PRÉSENTE SON CYCLORAMA (À NICE, EN 1860)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 





ANDREA CARLI PRÉSENTE SON CYCLORAMA (À NICE, EN 1860)


DERNIÈRE MODIFICATION DE CET ARTICLE : 20/10/2026



INTRODUCTION


Andrea Carli est cité dans le Dizionario biografico degli uomini illustri della Dalmazia de Šime Ljubić, édité à Zara [Zadar], en 1856, pp. 74-75 (Google Livres, ici) :

- "Carli Andrea, de Spalato... 

[Split, côte dalmate, Empire d'Autriche ; actuelle Croatie - il s'agit probablement de "Antonio Andrea Carli", fils d'Antonio et de Francesca Carli, qui est né à Spalato le 8 juin 1802 et a été baptisé 11 jours plus tard]

...exerçait avec brio l'art de la fabrication d'instruments physiques, et il prêta son savoir-faire avec une entière satisfaction aux musées de physique et d'histoire naturelle de Florence, Rome, Pistoia, Ancône, Vérone, Padoue, etc. ; 

à Zara, en 1834, il tenta de réaliser quelques expériences avec un microscope solaire achromatique [appareil de projection] et de présenter quelques vues dans un cosmorama optique-pictural, et il y est parvenu admirablement".

Dans les années 1850, il est marié, père de famille et exerce le métier d'opticien dans la ville de Venise (Royaume de Lombardie-Vénétie, Empire d'Autriche). 

Au plus tard à la fin de la décennie, Andrea Carli (qui signe parfois "Andreas" en allemand et "Andreu" ou "Andrés" en espagnol) entame, avec sa femme et ses trois enfants, une tournée, au sein de l'Empire d'Autriche puis, plus largement, au sein de l'Europe, où il propose un Cabinet de curiosités itinérant dont un "ciclorama" (en italien mais aussi en espagnol et parfois en allemand) ou "cyclorama" (en allemand, en français et en anglais). 

Il faut savoir que dans les années 1850 (pour ne parler que de cette décennie), plusieurs autres exhibiteurs sillonnent l'Europe avec leur "Grand Cyclorama" respectif.

Lors des fêtes de fin d'année, mais aussi lors des foires et des carnavals, se multiplient dans les villes les spectacles et les ventes de cycloramas, cosmoramas, dioramas, panoramas, polyoramas, panoptica, camerae magicae, camerae obscurae, stéréoscopes, mégaloscopes...

Andrea Carli présente tout à la fois :

- des panoramas peints sur toile, 

- des photographies stéréoscopiques, 

- des instruments optiques (microscopes)

- mais également des collections de toutes sortes : dessins, tableaux, automates, objets en verre filé et anomalies anatomiques (réservées aux seuls adultes et faisant l'objet d'un paiement complémentaire) dont une partie est à vendre.

Le point fort de ses expositions reste son "Ciclorama" constitué de panoramas peints représentant des villes et des monuments célèbres mais aussi de scènes biblique et de grands évènements politiques et militaires et, plus rarement, de reproductions de tableaux.

Les scènes offrent, notamment, des représentations nocturnes, éclairées par la lueur des lampes, des flammes ou de la pleine lune.

Voici les quelques annonces qui témoignent du parcours transnational d'Andrea Carli et du contenu de ses expositions, à la fin des années 1850 et au début des années 1860 :



PESTH (Pest [Budapest], Empire d'Autriche, Hongrie ; à environ 700 km de Venise), annonces parues du 4 au 20 avril 1858


- Pesth-Ofner-Localblatt-und-Landbote du 20 avril 1858 (texte traduit de l'allemand) :

"À la demande générale, le grand cyclorama, exposé dans l'ancien bâtiment des Douanes, restera visible jusqu'au 20 de ce mois.

Les honorables visiteurs recevront un microscope en guise de récompense.

Par ailleurs, nous attirons l’attention de notre très cher public sur le fait que le propriétaire de ce cabinet se livrera au soufflage de verre de 18 h à 20 h, créant ainsi les plus belles figures dans les postures les plus variées.

Entrée : 12 kr. [kreuzer en allemand ou Krajczàr en hongrois] en journée, 18 kr. le soir sous un éclairage somptueux.

Andreas Carli".



AGRAM (Zagreb, Empire d'Autriche, Croatie ; à environ 340 km de Pest et 380 km de Venise), annonce parue le 18 juin 1858


- Agramer Zeitung du 18 juin 1858 (texte traduit de l'allemand)

"À partir de dimanche prochain, sur la place Jellačić le Cyclorama, Diorama et Panorama de M. Andreas Carli de Venise, qui vient tout juste d'arriver de Pest, sera ouvert au public curieux. Les journaux en parlent partout de la manière la plus favorable, tant en ce qui concerne la netteté, la beauté que la variété des objets exposés".



GRAZ (Styrie, Empire d'Autriche ; au sud-est de l'Autriche ; à environ 180 km de Zagreb et 425 km de Venise), annonces parues du 27 août au 26 septembre 1858


Tagespost du 27 août 1858 (texte traduit de l'allemand)

"Depuis quelque temps, le Panorama (Diorama et Cyclorama) de M. A. Carlo (sic) [Carlí] est installé devant la porte Franzens [François] ; il peut être visité aussi bien de jour qu'en soirée sous éclairage et vaut assurément le coup d'œil. 

Notamment, les vues de Gênes et de Berlin sont intéressantes, car l'on observe ces villes à travers environ 20 verres différents et l'on obtient avec chaque verre un point de vue modifié, ce qui fait naturellement ressortir de nombreux détails qui seraient perdus dans une vue unique. 

Certaines peintures, comme par exemple "Une Exécution médiévale en Flandre", sont également peintes avec un grand talent. — À côté de ce panorama, un second panorama plus petit a également été ouvert".


- Grazer Zeitung du 29 août 1858 p. 1486, en-tête de l'annonce


- Annonce parue dans le Grazer Zeitung du 29 août 1858 p. 1486, 
en-tête de l'annonce (texte traduit de l'allemand) :
"Devant la porte Franzens
À voir à partir d'aujourd'hui :
Deuxième exposition
du grand cyclorama universel, pittoresque, optique
CYCLORAMA
d'Andreas Carli de Venise.
Prix d'entrée : 
En journée 12 kreuzers ; de 6 à 8 heures du soir sous un grand éclairage : 18 kreuzers monnaie de convention (C. M.). Les enfants et les militaires sans grade paient la moitié.
À voir à travers 84 verres [lentilles]".


- Grazer Zeitung des 29 août, 2 et 5 septembre 1858 p. 1536 (texte traduit de l'allemand) :

"À voir dès aujourd'hui devant la porte Franzens [François] : Deuxième exposition du grand Cyclorama universel, pictural et optique d'Andreas Carli, de Venise.

Tarifs d’entrée : En journée 12 kr. ; de 18 h à 20 h, grand éclairage, 18 kr. Les enfants et les militaires paient moitié prix.

 À voir à travers 84 verres. Programme de la deuxième Exposition :

1. Vue de Pest à l’occasion de la présence de Vos Excellences, et sous un éclairage grandiose, représentant l’instant de l’explosion du pont à chaînes [de juillet 1849, lors de la retraite des troupes imépriales autrichiennes face aux insurgés hongrois]. 

La composition particulièrement réussie de ce tableau a remporté, lors de l’exposition à Pest, l’admiration unanime du public local [probablement l'Exposition de la Société des Arts de Pest (Pesti Műegylet) de l'été 1850].

2. La prise du Malakoff [tour] et de la ville de Sébastopol le 8 septembre 1855 [Guerre de Crimée] par les troupes alliées de France, d’Angleterre, du Piémont et de la Turquie, sous les ordres du général Pélissier. À l’arrière-plan, la fuite et la retraite des musulmans, qui brûlent en partie leurs tentes ; représentée en 20 verres.

3. Vue de Rome lors de ses festivités, en 12 verres.

4. La capitulation des Russes de Kimborg devant les Alliés [Épisode de la Guerre de Crimée du 17 octobre 1855].

5. L’intérieur du célèbre théâtre della Fenice à Venise, représentant le ballet de l’opéra "Il  Profeta" [de Giacomo Meyerbeer, l'été 1855], avec ses décors et ses lumières.

6. L’église Notre-Dame de Paris sous la pleine lune.

7. Le cinquième jour de Pompéi.

8. Grande expédition de la flotte française vers la Crimée dans le port de Toulon [31 mars 1854].

9. La grotte où notre Seigneur Jésus de Nazareth est né à Bethléem : à cet endroit même se dresse désormais un temple, avec trois autels, où 3 000 enfants ont eu la tête coupée sur ordre d’Hérode. 

10. Grande cérémonie funéraire de l’empereur de Chine à Pékin.

11. Grande et merveilleuse représentation à Palerme, la nuit, magnifiquement illuminée, illustrant la fête de Santa Rosalia [mi-juillet]. On y voit la Vierge assise sur un char, sur un autel, tiré par 48 bœufs, sur lequel se trouvent également 48 jeunes filles et 24 jeunes filles en ange

12. Vue de la ville de Milan, éclairée par 12 lampes,

13. Le grand canal de Venise éclairé par la lune.

On peut également voir, moyennant une rémunération à convenir, une curieuse difformité humaine avec deux têtes sur un seul corps [de fillette], conservée dans de l’éther ; elle est née sur l’île de Samos en Grèce et n’a vécu que trois jours. 

À vendre : un grand assortiment de tableaux de Paris de tous genres, représentant des paysages, des portraits, des portraits de groupe, mais surtout des échantillons d’études au choix, aux prix les plus bas. 

Comme je ne reste ici que peu de temps, et que mon cyclorama, avec ces curiosités, offre au public quelque chose d’encore plus inédit, et que celui-ci a été réalisé par les meilleurs artistes d’Italie et a été acclamé dans toutes les grandes villes, je pense pouvoir m’attendre, sans trop d’explications, à une affluence considérable de la part d’un public distingué.

Andreas Carli de Venise".


- Grazer Zeitung des 19, 23 et 26 septembre 1858 p. 1636 (texte traduit de l'allemand) :

Deuxième grande cabane avant la porte de Franzens - A partir d'aujourd'hui : Troisième et dernière exposition du grand Cyclorama, universel, pittoresque, optique d'Andreas Carli de Venise.

Prix d'entrée : En journée, 12 kr. ; de 18h à 20h et en soirée avec éclairage renforcé, 18 kr. CM. Les enfants et le personnel militaire sans grade bénéficient d'un tarif réduit de moitié. 

À voir à travers 84 verres. Programme de la troisième exposition :

1. Entrée de Leurs Majestés Impériales l'Empereur François-Joseph Ier et de sa très illustre épouse Élisabeth [Sissi] à Venise lors de leur tournée en Italie. À travers 20 verres.

2. L'imposante entrée de Sa Majesté l'Empereur Ferdinand Ier par la Porta Orientale de Milan, après son couronnement comme roi d'Italie [1er septembre 1838].

3. Vue de la ville de Paris.

4. Vue de la ville de Florence en Toscane.

5. Vue de la ville de New York en Amérique.

6. La Crucifixion du Christ.

7. Vue de la ville de Naples en Italie.

8. La fête des Bacchanales sur le Grand Canal à Venise, la nuit sous la lumière de la lune.

9. Catacombes des Capucins à Palerme en Sicile.

10. Bataille de l'Alma en Crimée.

11. Vue de la ville de Berne et de son lac en Suisse, en hiver.

12. L'intérieur de la mosquée Almeidan à Constantinople.

13. Vue de la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice, en Espagne.



KLAGENFURT (Carinthie, Empire d’Autriche ; à environ 135 km de Graz et 285 km de Venise), publicités parues du 26 au 30 octobre 1858


- Klagenfurter Zeitung des 26, 27 et 30 octobre 1858 (texte traduit de l'allemand)

Sternallee [Allée des Étoiles], "Zum Goldenen Bären" [Hôtel-Restaurant "À l'Ours d'or "]

Première exposition du grand Cyclorama universel, pittoresque, optique 

à voir à travers 80 verres d'Andreas Carli de Venise.

Prix d'entrée : 12 kreuzers monnaie de convention (C. M.). À voir de 3 heures à 7 heures du soir, sous un grand éclairage.

Les enfants et les militaires sans grade paient la moitié.

Programme :

1. Charmante vue de la ville et du port de Gênes ; à travers 20 verres. 

2. Grand dîner de 200 tables, donné à Varsovie par Sa Majesté l'Empereur de Russie [Nicolas Ier, le 20 mai 1828 ou le 24 mai 1829 ?], le jour de son couronnement comme roi de Pologne, pour 40 000 personnes, chaque table couverte pour 200 personnes, avec des fontaines d'où coulaient diverses boissons, chaque table était garnie de mets et de deux tonnes [fûts] de bière, au milieu la famille impériale et la noblesse de Russie, avec l'arc de triomphe et le bal organisé à cette occasion, représenté à travers 12 verres. 

3. Le Tribunal secret [de la Sainte-Vehme ?], lorsqu'il se mit en route en l'an 1700. 

4. La place Saint-Marc à Venise, illuminée de 10 000 lampes, lors de l'entrée de Sa Majesté l'Empereur Ferdinand Ier [en octobre 1838]. 

5. Vue de Saint-Jacques [Saint-Jacques-de-Compostelle] en Espagne. 

6. Le Palais de Cristal [Palais de l'Industrie] de l'Exposition universelle de Paris, en l'année 1855. 

7. Vue de Naples, à voir à travers 12 verres.

8. La bataille d'Eupatoria [Guerre de Crimée, victoire remportée par les troupes ottomanes sur les troupes russes le 17 février 1857]. 

9. L'intérieur de la basilique Saint-Marc à Venise. 

10. Grande parade en l'honneur de Sa Majesté le roi Victor-Emmanuel de Sardaigne, lors de son arrivée à Paris [le 23 novembre 1855]. 

11. La place Emmanuel à Turin. 

12. Le Sarayburnu [Palais de Topkapi de Constantinople, sérail des sultans ottomans] sous l'éclairage de la lune. Représentant le moment où des condamnés sont jetés à la mer. 

En outre, contre une rémunération au gré du visiteur, est à voir une curieuse monstruosité humaine avec 2 têtes sur un seul tronc, conservée dans de l'alcool ; celle-ci est venue au monde sur l'île de Samos en Grèce et a vécu 3 jours.

Ne séjournant ici que pour un court moment et mon Cyclorama offrant au public, avec des changements rapides, un spectacle encore jamais vu jusqu'ici, exécuté par les premiers artistes d'Italie et distingué dans toutes les grandes villes par les plus grands applaudissements, je crois pouvoir m'attendre, même sans en faire de grands éloges, à une visite très nombreuse d'un honorable et estimé public amateur d'art".



UDINE (Frioul, Empire d'Autriche ; Vénétie ; à environ 160 km de Klagenfurt et 130 km de Venise), annonces parues du 18 novembre au 9 décembre 1858


- L'Annotatore Friulano du 18 novembre 1858 p. 404 (texte traduit de l'italien) :

"AVIS - Le 20 du mois courant, dans la salle située près de la porte de San Bortolomio [Saint-Barthélemy], chez le noble comte Mantica, sera exposé au public un "Ciclorama" appartenant au soussigné Andrea Carli, Vénitien, qui a généralement été acclamé dans les principales villes d’Europe.

Il est par ailleurs précisé que chaque dimanche, les vues seront changées en alternance, et ce pour quatre représentations.

Le soussigné espère être généreusement honoré et accueilli par une affluence nombreuse de la part de ce public cultivé et de cette illustre garnison. - ANDREA CARLI".


- L'Annotatore Friulano du 25 novembre 1858 p. 411-412 (texte traduit de l'italien) :

Dans le Grand Cyclorama situé à l'extérieur de la Porte S. Bortolomio, dans la maison du comte Mantica - Samedi est le dernier jour de la première exposition.

Maintenant que nous ne pouvons plus voir le Panorama, M. Carli a décidé de nous présenter son Grand Cyclorama. Il nous emmène en voyage à petit budget et nous montre des choses… des choses qu’on ne voit pas toujours. 

- Par exemple, le harem du Sultan, avant les économies que tout le monde connaît. 

- Il nous conduit à la bataille d’Eupatoria [Guerre de Crimée, victoire remportée le 17 février 1855 par les troupes ottomanes sur l'armée russe] et à la prise de Sébastopol [le 8 septembre 1855], qui a généré les profits que chacun connaît. 

- Il nous fait assister au naufrage de Paolo et Virginia, maintenant que le souvenir de tant d’autres naufrages est encore vif ; 

- il conduit les lecteurs de Shakespeare et les admirateurs de Bellini jusqu’au tombeau de Roméo et Juliette. 

- À Palerme, Venise, Naples et Pest, il nous montre le meilleur de ces pays ; 

- et il nous emmène au dîner de 200 couverts donné à l’Empereur Alexandre [II de Russie ?] à Varsovie [en mai ou septembre 1856 ? Il semble y avoir confusion avec le repas offert à Varsovie par l'Empereur de Russie Nicolas Ier, le jour de son couronnement, le 20 juin 1828 ou le 24 mai 1829, avec un festin offert à 40. 000 convives - 200 tables de 200 personnes]. C’est pour la bonne bouche, pour les gourmands ; et, après avoir vu cela, on peut économiser sur le dîner si l’on a bien dîné. "Ite et Videte" [Allez et voyez ou Allez-y voir]".


- L'Annotatore Friulano (Udine) du 2 décembre 1858 p. 421 


- Annonce parue dans L'Annotatore Friulano (Udine) du 2 décembre 1858 p. 421 
(texte traduit de l'italien) :
"Veuillez noter que dans le grand
CYCLORAMA
situé à l'extérieur de la Porte San Bortolomio (St. Barthélemy), 
dans la maison du comte Mantica
samedi sera le dernier jour de la deuxième exposition, et à partir de dimanche, 
vous pourrez voir la troisième et DERNIÈRE exposition.
Le prix est de 30 centimes le jour, 50 la nuit".



- L'Annotatore Friulano du 9 décembre 1858 p. 430 (texte traduit de l'italien) :

"Le soussigné annonce qu'à l'invitation de quelques amateurs, il présentera une quatrième et dernière exposition de son "Grand Cyclorama", qui débutera le dimanche 12 et se terminera le 16 de ce mois. 

À toute personne assistant à cette quatrième exposition durant la journée, il offrira un microscope d'une valeur de vingt carantani [nom de la monnais en italien ou Kreuzer en allemand] ; et à celles qui y assisteront le soir, un microscope d'une valeur de trente carantani.

A. CARLI".



VENEZIA (Venise, Lombardie-Vénétie, Empire d’Autriche - Italie), publicités parues du 31 décembre 1858 au 14 avril 1859 


- Gazzetta Uffiziale di Venezia des 31 décembre 1858 et 22 janvier 1859

"Sur la Riva degli Schiavoni, au Sépulcre

GRAND CYCLOPANORAMA UNIVERSEL

à voir à travers 90 lentilles.

PROGRAMME DE LA PREMIÈRE EXPOSITION.

1. L'assaut de la tour Malakoff, le 8 septembre 1855, par les troupes alliées de France, d'Angleterre, du Piémont et de Turquie sous le commandement du général Pélissier. La fuite et la retraite des Russes, qui incendièrent leurs entrepôts à Sébastopol la nuit suivante, brûlèrent certains de leurs navires dans le port et en coulèrent d'autres, eurent lieu cette même nuit grâce à un pont provisoire construit au-dessus de la route menant au nord, visible à l'aide de 20 lentilles.

2. Un grand banquet de 200 tables donné à Varsovie par l'empereur des Russies le jour de son couronnement. On aperçoit ensuite le roi de Pologne et une table pour 40 000 personnes, d'où jaillissent des fontaines d'où coulent diverses boissons : miel, vin et eau-de-vie. Chaque table est garnie de mets et deux tonneaux de bière sont disposés de part et d'autre. Au centre se trouve la famille impériale, pour laquelle un grand arc de triomphe a été dressé, et pour la noblesse russe un riche pavillon où se tenait un bal somptueux avec un gala fastueux de champagne, etc. placé dans le champ de vision avec 12 lentilles. 

3. L'entrée des Alliés à Sébastopol.

4. La ville de Naples avec ses contours, éclairée par 12 lentilles.

5. Vue magnifique, représentant des pêcheurs débarqués dans le port de Castel-a-mare ; au clair de lune.

6. Le tombeau de Roméo et Juliette.

7. Le chœur des capucins à Palerme.

8. Le harem des favorites du sultan, la nuit.

9. Vue de la ville de Pest magnifiquement illuminée et ornée d'immenses feux d'artifice à l'occasion de la résidence de l'empereur François-Gluseppe Ier, et Élisabeth d'Autriche en 1857. 

10. La bataille d'Eupatoria.

11. Les funérailles de l'empereur à Pékin, en Chine. 

12. La grande et merveilleuse procession nocturne.

On peut l'admirer à Palerme, lors de la fête de Sainte Rosalie : entièrement décorée et illuminée, elle représente la fête de la sainte. Un grand char triomphal, tiré par 48 bœufs, transporte 48 musiciens et 24 jeunes filles vêtues de robes angéliques. Au-dessus de ce char se dresse un autel magnifiquement illuminé, surmonté d'une grande statue en argent de la sainte.

13. La terrible tempête de 1854 en mer Noire, où les Alliés perdirent 13 navires de guerre, ainsi qu'un certain nombre de navires marchands naviguant avec des dispositions pour aider les alliés.

14. La bataille d'Alma est visible en journée de 10 h à 16 h. Le Cyclopanorama coûte 17 centimes ; de 16 h à 19 h, la grande illumination coûte 25 centimes. Les enfants et les soldats non diplômés bénéficient d'un tarif réduit de moitié.

ANDRÉA CARLI".


- Gazzetta Uffiziale di Venezia de janvier à avril 1859

Pendant quatre mois, un grand nombre de courtes annonces rappellent : 

"Grandiose Cyclopanorama Universel, à voir au moyn de 90 lentilles - Riva degli Schiavoni, al Sepolcro - Andrea Carli.

De jour de 10 h à 16 h pour 17 soldi ; de 16 h à 19 h, grande illumination, 23 soldi ; moitié prix pour les enfants et les militaires non gradés".


- Gazzetta Uffiziale di Venezia du 12 février 1859

Deuxième exposition :

"1. Gênes, ville et port (vue en 20 lentilles)

2. Milan, vue générale (12 lentilles)

3. Florence, capitale de la Toscane (12 lentilles)

4. La place Saint-Marc illuminée « a disegno » de 100 000 lumières, lors de la venue de Ferdinand Iᵉʳ (13 octobre 1838)

5. Le port et la ville de New York, en Amérique

6. Intérieur de l'église Saint-André de Mantoue

7. Intérieur du théâtre de la Scala de Milan

 8. Illumination extraordinaire et feux d'artifice à Rome, la veille de la Saint-Pierre (Pont et Château Saint-Ange, basilique du Vatican illuminée)

9. Le souterrain des Capucins de Palerme, avec la galerie des squelettes

10. La bataille de Kars en Asie (1854)

 11. La reddition de Kinburn, livrée par les Russes aux Alliés près du Dniepr

12. La rue Saint-Jacques à Paris

13. Le dernier jour de Pompéi

14. Le naufrage du Saint-Gérard et la mort de Paul et Virginie à l'Île de France [Maurice]".


- Gazzetta Uffiziale di Venezia du 3 mars 1859

"Le Ciclopanorama sur la Riva degli Schiavoni. Nous invitons nos aimables lecteurs à faire une petite excursion au grand Ciclopanorama… C’est comme s’ils parcouraient le monde. Ils y découvriront Gênes, son môle, ses environs, Florence… avec un tel effet optique, produit par ces lentilles, qu’on croirait pouvoir courir dans ces rues, pénétrer dans ces palais et ces temples… tout le bénéfice d’un long voyage, sans en subir les désagréments".


- Gazzetta Uffiziale di Venezia du 9 avril 1859

Troisième et dernière exposition :

"1. Le lac de Côme et ses environs (20 lentilles)

2. Le lac Majeur en Suisse, ses rives et ses îles (12 lentilles)

3. Panorama général de la ville de Rome et de ses monuments antiques (12 lentilles)

4. Panorama de Paris

 5. La grotte de Bethléem, où naquit Jésus de Nazareth (devenue une magnifique église, visitée par les pèlerins)

6. La Prière de Jésus au mont des Oliviers et vue du jardin de Gethsémani (les Apôtres endormis ; au loin la foule venant saisir Jésus) — au clair de lune

7. La Crucifixion de Jésus sur le Calvaire, devant une foule nombreuse

8. Intérieur du Saint-Sépulcre à Jérusalem, entièrement illuminé pour une procession solennelle

9. L'entrée de LL. MM. à Milan par la Porta Orientale, le jour du couronnement (l'annonce écrit « 6 agosto 1838 » — il s'agit du couronnement de Ferdinand Iᵉʳ à Milan, en septembre 1838)

10. La grande salle du palais du Vice-roi d'Égypte, complimenté par ses favorites

11. La bataille de Silistrie, près du Danube

12. L'embarquement de l'armée française à Toulon pour l'expédition de Crimée

13. Grande chute de neige sur le lac de Berne, en Suisse

14. Le « Serray-burnù » de Constantinople, au clair de lune, avec l'exécution d'un malfaiteur jeté vivant à la mer, au temps des Janissaires".



NICE (États sardes ; à environ 570 km de Venise), annonces et articles parus du 19 janvier au 20 février 1860


- L'Avenir de Nice du 19 janvier 1860 p. 3.

"Nous avons visité le Cyclo-Panorama (sic) universel qui vient d'être établi sur le boulevard du pont-vieux, par M. Carli de Venise. 

Dans cette magnifique exposition de vues et de monuments, dont l'effet est prodigieusement augmenté par l'emploi de 70 verres lenticulaires, on remarque :

- les panoramas de Venise, de Naples et de Pesth [Pest], 

- un grand banquet populaire à Varsovie lors du couronnement de l'empereur [en juin 1828, en mai 1829, en mai ou septembre 1856 ?], 

- la grande procession de Ste-Rosalie à Palerme [mi-juillet], 

- la bataille de San-Martino [victoire des troupes sardes sur l'armée autrichienne ; épisode de la bataille de Solférino du 24 juin 1859], 

- l'intérieur de l'église de St-André à Mantoue, 

- des scènes de l'inquisition d'Espagne, 

- les pécheurs de Castellamare [près de Naples], 

- une collection d'oiseaux automates d'Amérique, 

- un stéréoscope présentant 36 vues, enfin une foule d'autres curiosités.

Cette exposition est digne de l'attention publique, et nous engageons les amateurs des belles choses à la visiter".


- L'Avenir de Nice du 8 février 1860 p. 3.

"Hier matin, un incendie a eu lieu dans l'établissement du Cyclopanorama, tenu par M. Carli de Venise, sur le boulevard du Pont-Vieux.

Il paraît que le feu a été occasionné pas une étincelle que le domestique, chargé de l'éclairage, a laissé tomber par mégarde sur une toile. De fait, à 8 heures du matin, les voisins, voyant de la fumée sortir du rez-du-chaussée occupé par le Cyclopanorama, se sont hâtés de prévenir le propriétaire qui est accouru avec les pompiers. 

Déjà le sieur Bonfils, employé à la Compagnie générale des Eaux, avait commencé à porter les premiers secours; mais le feu avait eu le temps de dévorer à peu près tout le mobilier du Cyclopanorama, tableaux, lentilles, tentures, etc. Les dégâts sont évalués à 4500 fr. 

Cette perte réduit à la misère une famille de cinq personnes. Nous faisons donc appel à la charité de notre colonie étrangère et des habitants de Nice, et nous ouvrons une souscription on faveur de cette malheureuse famille. Les offrandes seront reçues dans nos bureaux et dans l'établissement du Cyclopanorama, boulevard du Pont-Vieux".


- L'Avenir de Nice du 10 février 1860 pp. 2-3.

"On nous adresse la lettre suivante :

Monsieur le Rédacteur.

Dans l'incendie qui s'est déclaré, lundi 7 courant, boulevard du Port-Vieux, au dessous de mon habitation, dans une salle de rez-de-chaussée occupée par le Cyclopanorama, le feu pouvait faire des ravages d'autant plus grands et plus rapides qu'il s'attaquait à des matières très inflammables et qu'au premier étage se trouve un magasin de papiers peints.

Grâce au zèle de quelques personnes dévouées, les progrès de l'incendie ont pu être arrêtés. Mais on aurait sauvé presque en entier le matériel du Cyclorama si l'on avait eu plus tôt la pensée d'utiliser les ressources qu'offre, en pareille circonstance, la proximité de la canalisation de la Société générale des Eaux.

En effet, dès qu'on a eu fixé sur un robinet d'arrosage de cette société un des tuyaux des pompes à incendie de la ville, rien n'a été plus facile que de se rendre maître du feu qui pouvait se trouver encore aux cloisons intérieures et qui menaçait le plancher de l'étage supérieur. 

Au moyen de la pression naturelle des eaux de la société, un jet puissant et continu a pu être dirigé contre toutes les parties qu'atteignait encore l'incendie et donner pleine sécurité sur les suites de cet accident.

Signaler les avantages que l'on peut retirer en cas d'incendie, de la canalisation de la société des eaux, c'est exprimer le regret de ne ia voir pas encore établie dans toutes les parties de la ville et appeler l'attention du Conseil municipal sur une question d'un haut intérêt public.

Je crois, Monsieur le rédacteur, me rendre l'interprète de la reconnaissance des propriétaires voisins du lien de l'incendie de ce matin en faisant connaître l'empressement des directeurs et des employés de la société des eaux à utiliser tous les moyens dont ils peuvent disposer en pareil cas.

Agréez, etc. - A. GAYET, Géomètre.".


- L'Avenir de Nice du 15 février 1860 p. 3.

"Souscription en faveur de la famille Carli de Venise, par suite de l'incendie du Cyclopanorama.

Somme précédente : 86 Fr.  

MM. Prosper Girard, négociant : 20 - M. L. Crette, photographe : 5 - 

Total... 111 Fr".


- L'Avenir de Nice du 20 février 1860 p. 1.

"M. Carli prévient le public que les secours qu'on veut bien lui accorder pour réparer les pertes occasionnées par l'incendie du Cyclopanorama, ne sont reçues que dans les bureaux des journaux оu а l'établissement même, boulevard du Pont-vieux.

M. Carli, nous prie en outre, d'annoncer que les secours qui lui ont été accordés lui ont permis de réouvrir le Cyclopanorama".



VALENCIA (Espagne ; à environ de 1330 km de Venise à moins que cette destination ait été atteinte par bateau depuis Marseille ?), annonce de mai 1860


Carmen Pinedo Herrero, dans sa recherche intitulée, El viage de ilusión : un camino hacia el cine : espectáculos en Valencia durante la primera mitad del siglo XIX, publiée en 2004 cite (pp. 131-32) signale la présence de Carli à Valencia en mai 1860 (Diario de Mercantil de Valencia).

Le passage de son texte (ici traduit en français) a été repris par Rosanna Lopez Lopez dans sa thèse mexicaine de 2020 (p. 72 et note 281), Viajes de ilusión alrededor del mundo. Los espectáculos ópticos en la ciudad de México, siglo XIX.

 "En mai 1860, André Carlos (Monsieur Carli) installa son Cyclorama universel, avec diverses peintures représentant des batailles récentes en Afrique : Castillejos (1er janvier 1860), Tétouan (1er février), l'Orient avec l'assaut de la tour de Malakoff (8 septembre 1855) et Magenta (1859) ; des vues de Naples, Gênes, Rome, Venise et Marsala (Sicile) ; et les intérieurs de monuments tels que la basilique Sant'Andrea de Mantoue, le chœur des Capucins à Rome, la basilique Saint-Marc à Venise, la salle impériale de Vienne et la grotte de Bethléem. 

Note 281 : Le spectacle comprenait également des scènes telles que la grotte de Posillipo à Naples, la salle du favori du sultan de Constantinople, les funérailles de l'empereur de Chine, les pêcheurs de l'île de Castelmare, la procession nocturne pour la fête de Sainte Rosalie à Palerme, le banquet donné à Varsovie pour le couronnement de l'empereur Nicolas le 20 juin 1828, et la scène littéraire du naufrage de Paul et Virginia. L'impresario offrait un portrait sur carton ou en relief d'une personne célèbre (Garibaldi, Victor-Emmanuel, Napoléon III, l'impératrice Eugénie et le prince impérial) à chaque spectateur qui payait deux réaux pour l'entrée".



MADRID (Espagne ; à environ 1400 km de Venise et 350 km de Valencia) annonces parues du 4 décembre 1860 au 1er novembre 1861


L'article d'Alaminos, E. y Salas, E. (2001) "Ocio y diversiones madrileños. Del Reinado de Isabel II a la Segunda República", en Pinto, V. (ed.), Madrid Atlas Histórico de la Ciudad 1850-1939, pp. 342-369, Lunwerg Editores (ici), cite trois annonces respectivement parues dans : 

- Diario Oficial de Avisos de Madrid, du 9 décembre 1860 p. 4

- La Correspondencia de España, du 16 décembre 1860 p. 4

- La Esperanza, du 20 décembre 1860.

Ce "Ciclorama, procedente de Italia" [venant d'Italie], situé rue Capellanes proposait des séances de 17h30 à 21h00 et un prix d'entrée de 2 "reales" [réaux], divisé par deux pour les enfants et les soldats. 

Chaque séance offrait un choix de 14 sujets, avec des vues de Naples, Venise et Paris et, notamment une vue de la très récente, Bataille de Tétouan (victoire des troupes espagnoles sur les troupes marocaines le 4 février 1860).

Une quatrième annonce madrilène a pu être retrouvée dans le dossier de Juan Antonio Fernàndez Rivero, Tre dımensiones en la historia de la fotografia, La Imagen Estereoscopica (PDF, ici).


- La Iberia du 21 avril 1861 (texte traduit de l'espagnol)

"Troisième Exposition Du Grandiose Cyclorama 

Jamais Vu En Espagne, 

que l'on peut observer à l'aide de 100 lentilles d'une circonférence de 60 centimètres chacune, et d'un stéréoscope circulaire doté de 72 autres lentilles, situé sur le Paseo de Recoletos, à côté du palais de Salamanque.

Description Des Vues.

1- Bombardement de Gaète, vu depuis la mer [épisode du Siège de Gaeta, tenu de novembre 1860 à février 1861, à 130 km au sud-est de Rome, par les troupes sardo-piémontaises du roi Victor-Emmanuel II contre celles du roi François II des Deux-Siciles réfugiées dans la forteresse].

2. Panorama général de Rome et de ses monuments antiques.

3. Panorama général de Florence.

4. Panorama de la ville du lac de Côme.

5. Illumination extraordinaire de la grande place Saint-Marc à Venise, avec 400 000 lumières, pour célébrer l’arrivée de Ferdinand Ier, le 13 octobre 1833. Cette vue diffère de la précédente, qui représentait la petite place. Celle-ci est prise depuis le palais royal, avec la cathédrale Saint-Marc en face.

6. Dernier jour de Pompéi. On y voit l’intérieur ravagé par l’éruption du Vésuve, à juste titre. Événement survenu 180 ans avant la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ [79 apr. J.-C.].

7. Le tunnel de Londres.

8. Naufrages en mer Noire en 1854 [le 14 novembre], au cours desquels 16 navires de guerre des Alliés et de nombreux navires marchands ont été perdus [une quarantaine au total].

9. Vue de la ville de Zurich (Suisse) éclairée par la lune.

10. Entrée de la chapelle du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

11. Intérieur de celle-ci avec la grande procession du jour de Pâques.

12. Célébration pontificale dans la cathédrale Saint-Pierre à Rome.

13. Intérieur du temple du Sud en Irlande.

14. Vue de la salle d’audience de l’Inquisition, au moment où on y présente les condamnés, qui contemplent leurs tombes ouvertes et le bourreau armé de l’instrument qui va leur ôter la vie.

15. Grande salle du palais du vice-roi d’Égypte, dans laquelle on aperçoit le vice-roi et ses favoris.

Grandiose Stéréoscope Circulaire.

Avec un défilé de vues, combiné à l’aide de 72 lentilles représentant des vues photographiques, transparentes sur verre,

Le Colorama peut être vu de dix heures du matin à huit heures du soir.

Prix des billets : 2 rs. [reales].

Enfants et soldats, sans distinction : la moitié",


Une cinquième annonce madrilène a pu être retrouvée sur Google Livres.

- La Esperanza (Madrid) du 13 mai 1861 (texte traduit de l'espagnol) 

"Ciclorama. Troisième exposition, de 10 heures du matin à 20 heures, sur le Paseo de Recoletos, près du palais de Sr. Salamanca".

Certes on reconnaît, dans la liste des vues présentées à Madrid, des thèmes chers à Andrea Carli (vues de Rome, de Venise, de Paris ; scène des Derniers jours de Pompei, de l'Inquisition d'Espagne, de la Guerre de Crimée...) mais ce sont des thèmes également présents chez d'autres exposants. 

C'est la mention d'un "stéréoscope" (comme à Nice en 1860), de surcoît "circulaire" et offrant "72 lentilles" (comme à Barcelone en 1863 et 1864) qui permet d'identifier plus sûrement Andrea Carli.

Enfin, une recherche plus approfondie a permis de retrouver, sur le site de la Biblioteca National de España, une cinquantaine de petites annonces du "Ciclorama" étudié, parues dans :

- La Correspondencia de España, du 16 décembre 1860 au 1er novembre 1861.

Le nom de "Andres Carli", "A. Carli" ou "Sr. Carli" n'y est présent que dans les longues annonces qui détaillent le programme des cinq expositions mais les plus nombreuses et brèves annonces ne font que mentionner l'adresse et les horaires. 

Voici une liste de quelques-unes des vues présentées : 

Bataille de Tétouan (1860) - Panorama de Venise - Place Saint-Marc de Venise - Bataille de Magenta (1859) - Festin de Varsovie (1828 ?) - Panorama de Naples - Rue St. Jacques à Paris - Procession de Santa Rosalia à Palerme - Entrée des alliés à Sébastopol (8 et 9 septembre 1855) - Intérieur de la basilique Saint-André de Mantoue - Choeur des Capuçins de Rome (chapelles souterraines montrant les ossements des moines) - Pêcheurs de Castellamare (près de Naples) - Grotte de Bethléem - Harem du Sultan de Constantinople - Passage souterrain secret de l'Inquisition - Etude de Raphaël - Départ de la flotte espagnole de Malaga vers le Maroc (1860) - Bataille de San Martino (1859) - Illumination lors de l'entrée de Garibaldi à Marsala, Sicile (11 mai 1860)...

À compter du 21 septembre 1861, Andrea Carli offre "aux visiteurs le choix d'un portrait de Napoléon III, de l'Impératrice Eugénie, de Victor-Emmanuel II, du Prince impérial ou de Garibaldi. Ces portraits, finement gaufrés sur carton, viennent d'arriver de Paris" (texte traduit de l'espagnol).

La présence d'Andrea Carli à Madrid a donc duré 11 mois, de début décembre 1860 jusqu'au 3 novembre 1861 (date de clôture).



VALLADOLID (Espagne ; à environ 190 km de Madrid et à 1835 km de Venise) ; annonces parues du 20 novembre 1861 au 11 janvier 1862


- La Correspondencia de España du 20 novembre 1861

C'est par le journal de Madrid que l'on apprend cette nouvelle installation d'Andrea Carli, notamment du fait d'un incident.

"Le très beau ciclorama du Sr. Carli que nous avions depuis si longtemps à Madrid a été le théâtre d'un incident dimanche dernier à Valladolid, où il est actuellement exposé. Selon un journal local, plusieurs individus ont pénétré de force dans le bâtiment et, après avoir provoqué des troubles et brisé des vitres, sont repartis, laissant le public nombreux et indigné.

Ce qui nous choque, c'est que, malgré le grand nombre de personnes présentes, le public n'ait pas fermement condamné l'agression incivile des émeutiers".

La brève annonce du 11 janvier 1862 ne fait que rappeler la présence, au Théâtre de Valladolid, des "espositiones cicloramicas del señor Carli".



BARCELONA (Espagne ; à environ 1230 km de Venise), de juillet 1863 à septembre 1864


Un historien, qui se présente sous le pseudonyme de Miquel Barcelonauta, a mis récemment en ligne un article où il précise comment, "Andreu Carli", après être passé par Madrid (Espagne) et Lisbonne (Portugal), a passé plus d'un an à Barcelone, de l'été 1863 à l'été 1864, et présenté quatre expositions successives, avec des vues nouvelles (dont deux scènes très récentes du Soulèvement des polonais contre l'occupation russe d'octobre 1863).

Je renvoie toutes les personnes intéressées par le détail des expositions barcelonaises à la sélection de dix annonces parues dans La Corona dans l'article intitulé, "Ciclorama de Canaletes", sur le blog Barcelofilia (ici).

Cependant, il existe un total d'au moins 68 annonces publiées à Barcelone entre le 23 juillet 1863 et le 18 septembre 1864, entre La Corona (21 annonces), El Telegrafo (9 annonces), el Diario de Barcelona (8 annonces) et El Lloyd español (30 annonces).

Les textes ne citent pas toujours le nom de "Andrés Carli", au profit de celui de "propriétaire". Voici une seule annonce, mais la plus détaillée.


- La Corona des 2, 3 et 4 août 1864 p. 4 (texte traduit de l'espagnol)

"Prado Catalan.

Exposition d’un grand voyage pittoresque à travers l’Angleterre, la Russie, les rives du Rhin, l’Espagne et d’autres lieux remarquables d’Europe, peint par MM. Desfoop (sic) [Destoop] et Dubar [les peintres belges Henri Julien De Stoop (1827-1864) et Édouard Dubar (1803-1879) ?].

 Parmi les 36 vues que comprend ce voyage, figure celle de la célèbre guerre de Crimée, dont l’effet saisissant a été salué partout où elle a été vue.

Grand cyclorama au même endroit : celui-ci présente des vues en taille réelle réalisées par les pinceaux des artistes les plus célèbres d’Europe ; parmi elles figure celle de la guerre d’Afrique de 1860, ainsi qu’une grande variété de vues stéréoscopiques à l’aide de 84 lentilles. 

Cette exposition, qui sera ouverte tout l’été et pour laquelle un local a été spécialement construit, est l’un des divertissements les plus agréables ; en effet, outre le plaisir des yeux, elle permet d’apprécier les beautés qu’elle renferme ; c’est pourquoi les organisateurs n’ont pas lésiné sur les dépenses afin que le public qui lui accorde sa faveur puisse en profiter dans le plus grand confort.

Les tarifs de ces expositions sont les suivants : « Voyage pittoresque » : première place 1 rs., deuxième 2 rs., troisième 1 real. Cyclorama : entrée 1 real pendant la journée, 2 rs. le soir.

Remarques. Le cyclorama est ouvert tous les jours, de 8 heures du matin à 23 heures.

Le "Voyage pittoresque" commencera à sept heures du soir.

Ciclorama

à l'ancienne porte d'Isabelle II, n° 15.

Le 7 août prochain, l'exposition fermera définitivement ses portes. Reconnaissant pour les marques d'estime dont il a été l'objet, le propriétaire de cet établissement, Andrés Carli, fait ses adieux au noble et éclairé public barcelonais.

Remarque. Tous les jours jusqu’au 7 inclus, cet établissement sera ouvert de 20 h à 22 h.

Autre remarque. L’établissement continue de vendre des microscopes pour les loisirs familiaux, à des prix allant de un à cinq réaux".

Parmi les divers panoramas présentés, citons également :

Paysage enneigé près de Berne - Place de Lisbonne lors des festivités du mariage du défunt roi du Portugal avec la princesse Pia de Savoie (6 octobre 1862) - Grand banquet offert à quarante mille personnes à Varsovie à l’occasion du couronnement de l’empereur Nicolas (1828 ?) - La poétique et captivante Venise - Procession de Sainte-Rosalie à Palerme - Bataille de Magenta (1859) - Entrée et intérieur du temple du Saint-Sépulcre à Jérusalem - Panorama de Madrid - Cathédrale Saint-Pierre à Rome - Vue de Moscou - Vue de Saint-Pétersbourg - Batailles entre les Polonais et les Russes (1863-1864 ?) - Panorama de Paris - Panorama de Constantinople...


N.B. : Le spectacle sera prolongé jusqu'en septembre, l'annonce la plus tardive semblant être celle d'El Lloyd español du 18 septembre 1864.



LES EXPOSITIONS


Si nous connaissons un grand nombre de sujets des vues présentées par Andrea Carli, nous savons peu de choses de leurs dimensions et de leur mode d'exposition. Nous en sommes donc réduits à des conjectures.

Andrea Carli se déplace avec au moins une voiture de matériel. Il l'installe dans des locaux qu'il choisit suffisamment grands pour être divisés en plusieurs espaces d'exposition et accueillir du public. 

L'incendie de février 1860 à Nice, lit-on, a détruit "à peu près tout le mobilier du Cyclopanorama, tableaux, lentilles, tentures, etc.", et a entraîné 4 500 francs de pertes (ce qui représente environ plus de trois ans de salaire d'une employée de l'époque). 

La présence d'Andrea Carli en Espagne, dès le mois de mai 1860, permet cependant de savoir qu'après le sinistre niçois, ce dernier a pu rapidement reconstituer son matériel d'exposition et continuer sa tournée européenne. 

Andrea Carli renouvelle généralement le contenu d'une même exposition à trois (Graz, 1858 ; Venezia, 1859), quatre ou même cinq reprises (Madrid, 1860-61), afin de faire revenir le public (l'entrée à bas prix est censée être compensée par le grand nombre de visiteurs). Ceci implique tout à la fois une grande disponibilité d'oeuvres mais aussi une gestion réfléchie des espaces occupés.

Certains espaces baignent nécessairement dans une lumière naturelle ("tableaux de Paris") mais d'autres sont peut-être plongés dans l'obscurité pour animer, par des jeux de lumière artificielle, les visions nocturnes de ses panoramas ("peints par des artistes italiens") et procéder à des projections de vues stéréoscopiques.

Les annonces parlent d'un "Grand Cyclorama universel, pictural et optique", ce qui rappelle son "Cosmorama optique-pictural" des années 1830 (avec son microscope solaire achromatique). 

Il est tour à tour question de "cyclorama", de "grand et de petit panorama", voire de "cyclopanorama", de "diorama" puis de "stéréoscope" et plus exceptionnellement de "télescope" et de "colorama".

L'exposition repose essentiellement sur un duo composé d'images peintes et de vues photographiques. Ces vues sont d'ailleurs parfois difficiles à distinguer les unes des autres, que ce soit au niveau des sujets, des supports et du mode de présentation.

La mention, "Voir à travers 84 verres" (Graz, 1858) ou "90 lentilles" (Venezia, 1859), par exemple, renvoie-t-elle tout à la fois à des images peintes (vues dans une vitrine ou une cabine au travers d'une lentille grossissante ou bien au travers d'une loupe prêtée au visiteur ?) et à des images photographiques projetées, conjointement désignées sous le terme de "panoramas" (Barcelone, 1863, 1864) ? 

Les annonces ne mentionnent pas d'horaires de spectacle, en dehors des séances de soufflage de verre en soirée (Pest, 1858), ce qui laisse penser à des entrées en continu, en journée comme en soirée, avec des horaires qui varient selon les villes. 

Si la présentation des panoramas peints et celui des vues sur verre est actionné et longuement commenté par Andrea Carli ou l'un des membres de sa famille, on peut imaginer que des séances sont organisées en fonction de l'affluence ou prévues à des intervalles horaires fixes.


Le microscope solaire

Une seule annonce relate l'expérience de ce microscope.

- La Corona (Barcelone) du 7 juillet 1864 p. 3 (texte traduit de l'espagnol)

"Après avoir vu le microscope solaire que M. Carl possède dans les locaux de son "Ciclorama", grâce auquel sont reproduits sous les yeux du spectateur divers objets des plus curieux à une échelle des millions de fois supérieure à leur taille naturelle, nous devons avouer qu’il s’agit en effet d’un magnifique appareil, et que les séances que ce monsieur propose au public méritent d’ailleurs largement d’être fréquentées, les expériences étant des plus intéressantes.

Il est vraiment regrettable qu’il ne puisse prolonger plus longtemps ces spectacles à la fois utiles et récréatifs, qui attireraient sans aucun doute chaque jour davantage de monde ; car les personnes étrangères à la science acquièrent ainsi des connaissances et des notions difficiles à obtenir, ces appareils ne sortant généralement pas des limites des musées.

Dimanche prochain, l’actuel propriétaire devra retirer ledit microscope, car il l’a vendu dès le premier jour où il l’a présenté au public, à l’un de nos compatriotes, homme de carrière et passionné d’études".


Les images peintes

Un cyclorama, par définition, repose sur la rotation d'une image sur un cylindre ou sur le déroulement d'une toile tendue entre deux cylindres. 

Les dimensions de l'image peuvent être cependant de quelques dizaines de centimètres de long comme de plusieurs dizaines de mètres, la toile se déroulant au sein d'un meuble de salon, au-devant d'un mur ou dans le cadre d'une scène de théâtre. 

Des rotondes architecturales parfois dénommées elles-aussi Cycloramas (comme la Rotonda Barbetti de Florence, 1847), peuvent même accueillir sur leurs parois des toiles gigantesques, mais fixes cette fois, qui proposent une vision à 360° au visiteur placé au centre.

Les termes de panorama et de cyclorama ont cependant tendance à se recouper et à se confondre à cette époque. Certains exposants peuvent ainsi afficher, "Grand Panorama universel (Cyclorama)" ou bien indiquer que leur "Cyclorama" présente des "panoramas".

Il est possible qu'Andrea Carli, en tant que physicien et opticien, ait conçu des systèmes permettant de donner une vision agrandie de ses panoramas peints. 

Les images peintes étaient-elles translucides et rétro-éclairées pour permettre des effets nocturnes, à l'instar de ses vues stéréoscopiques ? Sont-elles vues au travers d'une vitre-loupe ?

C'est ce que semblent suggérer deux annonces (Barcelone, 1863) qui évoquent:

- les amateurs qui vont passer "un agréable moment en regardant à travers tant et tant de verres les beaux panoramas si bien disposés de M. Carli"

- "les divers panoramas (...) qui, grâce au bon placement des verres et à l'étude des perspectives, produisent une illusion complète. M. Carli possède également un grand stéréoscope circulaire...".


Les images photographiques

Les textes publicitaires précisent :

- en allemand (Graz, Klagenfurt, 1858), "84" ou "80 Gläser" [verres], avec leur nombre pour ceertains des sujets,

- en italien (Venezia, 1859), "col mezzo di 90 lenti" [lentilles], avec parfois également leur nombre pour certains des sujets, 

- en français (Nice, 1860), un "stéréoscope présentant 36 vues" et "l'emploi de 70 verres lenticulaires", 

- en espagnol (Madrid, 1861, Barcelona, 1863), un "Grandioso Estereoscopo Redondo. Con mutación de vistas, combinado por medio de 72 lentes representando vistas en fatogrqfia trasparentes en cristal" [Grandiose stéréoscope circulaire. Avec changement de vues, combiné à l’aide de 72 lentilles représentant des vues photographiques, transparentes sur verre - ou cristal, pour sa pureté], 

et parfois (Barcelona, 1863-64), leur nombre de "lentes" [lentilles] par sujet. 

D'autres enfin, citent un "défilé de vues, combiné à l’aide de 72 lentilles représentant des vues photographiques, transparentes sur verre".

Il faut probablement entendre ici l'usage des termes de "Gläser" (en allemand), "lenti" en italin, "lentes" (en espagnol) et de "verres lenticulaires" (en français), comme ceux de "vues positives sur verre" [diapositives]. 

Le défilé des images stéréoscopiques rectangulaires semble se faire avec un appareil qui, pour l'ensemble du public, projette sur écran (un ou plusieurs écrans et de quelle surface ?), de face ou depuis l'arrière, des vues colorées ("Colorama" ; Madrid, 1861) et mouvantes (effets nocturnes), voire dissolvantes (?).

La source lumineuse de son stéréoscope n'est jamais citée (lampe à pétrole ou lumière oxhydrique Drummond ?).


Les "100 lentilles d'une circonférence de 60 centimètres chacune" (Madrid, 1861) sont plus mystérieuses encore. 

Sont-elles présentées dans des visionneuses ou projetées par une lanterne (les lanternes magiques utilisant notamment des disques pour leurs projections) ? 

Une dimension de disque dépassant 30 cm n'est pas censée avoir existé pour des projections de lanterne, en dehors de rares disques de 60 cm des années 1890 prévus pour la projection et le défilement de nuages peints dans des dispositifs scéniques d'Opéra (G. Mareschal, "La Science au Théâtre : La chevauchée des "Walkiries" à l’Opéra de Paris", in, La Nature, n° 1047 du 24 juin 1893).

Cependant, les appareils de projection conçus par Jules Duboscq à partir de 1850 (lanternes, stéréoscopes, Stéréo-Fantascopes ou Bioscopes) usent également de disques de verre (aux dimensions non précisées) qui tournent et font notamment défiler des nuages peints pour l'Opéra de Paris (Laurent Mannoni, Le grand art de la lumière et de l'ombre - Archéologie du cinéma, Nathan, 1994).

On peut logiquement se demander si Andrea Carli n'a pas utilisé des appareils de Duboscq, destinés aux spectacles et aux conférences scientifiques, ou des instruments semblables (à la lumière électrique ?). 

Il est également possible que, de la même façon qu'il a acquis de nouvelles vues, il ait renouvelé ses appareils de projection au cours de la période étudiée.



ÉPILOGUE


Dès 1858 (Udine), les annonces signalent que, "le Ciclorama (...) a généralement été acclamé dans les principales villes d’Europe", ce qui semble impliquer une itinérance antérieure (depuis le milieu des années 1830 ?).

Le parcours d'Andrea Carli de Venise n'a pu être retracé, qu'entre 1858 et 1864 (avec de gros manques pour les années 1859 et 1862), au travers des villes de Pest (1 mois en avril 1858), Zagreb (juin 1858), Graz (1 mois entre août et septembre 1858), Klagenfurt (octobre 1858), Udine (3 semaines entre novembre et décembre 1858), Venezia (4 mois entre décembre 1858 et avril 1859) puis Nice (1 mois entre janvier et février 1860), Valencia (au moins 1 mois en mai 1860), Madrid (11 mois entre décembre 1860 et novembre 1861), Valladolid (au moins 2 mois entre novembre 1861 et janvier 1862), Lisbonne (début 1863) et Barcelone (13 mois entre juillet 1863 et septembre 1864). 

À cette dernière date, Andrea Carli a 62 ans et il est possible qu'il cesse toute activité peu après. Cependant, rien n'est connu de la suite. La famille est-elle encore domiciliée à Venise au milieu des années 1860 ? Les tournées perdurent-elles avec ses enfants ? 

La date de décès d'Andrea Carli reste également inconnue.




mardi 22 septembre 2026

1493-NOÉ METGE, "LE LANGAGE ARCADIEN" : RECHERCHE AUTOUR DU DESSIN ET DU LANGAGE VISUEL

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS



NOÉ METGE


Artiste plasticien, Noé Metge (né en 1984) développe depuis plus de vingt ans une pratique centrée sur la peinture, le dessin et la recherche des structures qui organisent l'image.

Après des études en histoire de l'art à l'Université de Montpellier, il poursuit sa formation au Camberwell College of Arts de Londres, où il étudie le graphisme et les beaux-arts. 

Cette double approche, à la fois théorique et plastique, nourrit une démarche qui s'intéresse autant aux principes de composition qu'à leur mise en œuvre.



LE LANGAGE ARCADIEN


- Le terme "Arcadien" synthétise la double essence du langage artistique de Noé Metge : il fusionne la pureté d'un idéal mythologique et la rigueur d'une structure sacrée.

D'un côté, il incarne le mythe de l'Arcadie, cette terre originelle d'harmonie absolue, en cherchant à retrouver une écriture primitive et universelle antérieure aux mots. 

De l'autre, il renvoie à la matrice architecturale du dessin (l'arcade), où chaque lettre germe ou clé de voûte s'articulent sur une géométrie invisible. 


- Le "Langage Arcadien" est ainsi la construction discrète d'une utopie visuelle, où la poésie du mythe s'appuie sur la perfection mathématique des formes.


- La lettre-germe "glyph" désigne le motif graphique minimal qui donne naissance à un alphabet artistique. Elle naît par un procédé de symétrie, au point de convergence exact où les lignes d'un dessin croisent leur propre reflet en miroir. 



LA SÉRIE


Entamée en 2016, la série Le Langage Arcadien de Noé Metge propose une exploration formelle du signe et de sa mise en espace. 

Conçues au fusain sur papier, ces œuvres s'articulent comme un système visuel autonome, une écriture primitive et non textuelle qui se déploie en amont du langage parlé. La composition noire sur fond blanc met en scène des forces géométriques où le vide graphique participe activement à la tension de la structure.

L'ensemble de la recherche repose sur le concept de la lettre germe. Cette entité minimale, extraite comme une cellule esthétique originelle, contient le potentiel structurel de chaque œuvre. 

À la manière d'un code ou d'une graine biologique, ce motif unique subit des lois de multiplication et de transformation géométrique. C'est à partir de la naissance et des ramifications de ce germe que s'organisent des compositions complexes, révélant le passage d'un élément simple et isolé à un espace universel interconnecté.

Les œuvres appliquent des structures logiques et mathématiques rigoureuses à cette matrice visuelle. 

La série intègre ainsi des principes combinatoires issus du Triangle de Pascal, des réseaux de compensation propres au Carré magique ou les ondulations de flux d'une double hélice biologique (ADN). 

Dans certaines pièces, la lettre germe est soumise à des lois de rotations orthogonales sur le plan 2D. La répétition et le pivotement régulier du signe produisent une dynamique cinétique, offrant l'illusion du changement et de la multiplicité alors que l'entité d'origine demeure immuable.

Le travail au fusain apporte une texture vibrante et sensible aux tracés linéaires. Ce contraste absolu entre la matité du noir et le blanc du support engage une dimension méditative, où la rigueur des équations spatiales rencontre la liberté du geste graphique.

L'ensemble de la série et la démarche de l'artiste sont présentés sur noemetge.com. 

Les oeuvres sélectionnées ci-dessous datent des années 2024 et 2025.


- Noé METGE,

ADN (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Dans cette œuvre intitulée ADN, Noé Metge confronte la rigueur géométrique de son Langage Arcadien à la fluidité du vivant et du code biologique. Délaissant ici les lignes purement rectilignes, l'artiste déploie une double hélice graphique qui structure l'espace de manière dynamique.

La composition met en scène deux architectures verticales denses et répétitives sur les flancs, agissant comme les montants d'une échelle chromosomique. 

En leur cœur, une nuée de glyphes plus légers et curvilignes semble flotter, s'entrecroiser et migrer d'un pôle à l'autre. Ces fragments évoquent des bases azotées en pleine recombinaison, les briques élémentaires d'une information en cours de transmission. 

À travers cette pièce, le dessin s'organise comme une cartographie génétique poétique, capturant le moment précis où la structure mathématique s'anime pour générer la vie.


- Noé METGE,

Carré magique (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Avec Carré magique, Noé Metge transpose la célèbre énigme mathématique et mystique dans l'univers de son Langage Arcadien. 

Traditionnellement composé de nombres dont la somme est identique sur chaque ligne, colonne et diagonale, le carré magique devient ici une équation purement visuelle et structurelle.

L'œuvre s'organise autour d'une grille orthogonale rigoureuse où les nœuds énergétiques et les glyphes se répondent. 

L'équilibre mathématique se matérialise par des forces graphiques compensées : la densité rayonnante des rosaces solaires équilibre la pureté géométrique des losanges et des carrés ouverts. Les lignes de connexion agissent comme des vecteurs de flux, créant un circuit fermé où le regard circule de manière orthogonale. 

À travers cette composition, l'artiste ne cherche pas à résoudre une opération, mais à révéler l'harmonie parfaite et la stabilité vibratoire d'un talisman graphique.


- Noé METGE,

Cayley graphe (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Dans cette pièce intitulée Cayley graphe, Noé Metge s’inspire de l’outil mathématique utilisé en théorie des groupes pour représenter l'architecture abstraite des structures algébriques. L'artiste réinterprète cette cartographie des relations en substituant aux sommets et aux arêtes mathématiques des boucles et des orbites circulaires.

Rompant avec les tracés rectilignes et angulaires des autres compositions de la série, le dessin explore ici la rondeur, la répétition et le mouvement orbital. 

Sept entités circulaires distinctes, tracées d'une ligne vibrante et accumulative, s'organisent dans l'espace selon une symétrie sous-jacente. Au sommet, le motif se densifie par l'imbrication et l'intersection de plusieurs anneaux, matérialisant le point de convergence ou le noyau de ce système. 

Cayley graphe devient ainsi la transcription sensible d'un réseau dynamique, une géométrie poétique où le tracé circulaire incarne des cycles de transformation et des connexions invisibles.


- Noé METGE,

Dihedral (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



À travers le projet du Langage Arcadien, Noé Metge développe un alphabet de lettre germe et de monogrammes géométriques qui fonctionnent comme de véritables architectures visuelles.

Cette pièce, intitulée Dihedral, explore la création et la ramification des signes selon des lois de symétrie, de projections géométriques et d'effets de miroir. 

Organisée selon un système pyramidal, la structure déploie une grammaire graphique intuitive et universelle, invitant le regard à circuler librement entre la rigueur mathématique du tracé et la poésie de la forme ouverte.


- Noé METGE,

Euclide (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Dans cette œuvre, intitulée Euclide, de la série du Langage Arcadien, Noé Metge explore la transformation spatiale à travers le prisme de la géométrie plane. La composition est régie par la loi mathématique des rotations orthogonales sur le plan 2D.

L'ensemble du dessin se déploie à partir d'une unique lettre germe minimale. En pivotant successivement selon des angles droits ou des axes perpendiculaires, ce signe originel subit des déplacements méthodiques à travers l'espace blanc du papier. Dispersés sur la surface, les différents états de la lettre créent une dynamique cinétique fluide. 

Ce mouvement chorégraphique et séquentiel donne alors l'illusion du changement et de la multiplicité, alors qu'il s'agit en réalité de la projection continue d'une seule et même entité immuable.


- Noé METGE,

Jeu d’échecs (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Avec Jeu d’échecs, Noé Metge projette la grammaire visuelle du Langage Arcadien sur un champ de forces stratégique et conceptuel. La composition se détache des structures denses précédentes pour embrasser pleinement le vide, transformant le fond blanc en un plateau invisible où se joue un affrontement silencieux.

Les glyphes, aux lignes épurées et géométriques, adoptent ici des postures anthropomorphes ou totémiques, évoquant des figures de rois, de cavaliers ou de pions figés dans l'espace.

 Dispersés de part et d'autre de la feuille, ces caractères semblent soumis à des règles de déplacement strictes et invisibles. L’équilibre de l’œuvre ne repose plus sur la connexion physique des tracés, mais sur la tension psychologique et spatiale qui relie les formes isolées. Chaque signe devient une pièce maîtresse, une énigme suspendue dans l'attente du prochain coup.


- Noé METGE,

Triangle de Pascal (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Dans cette œuvre charnière de la série du Langage Arcadien, Noé Metge s’approprie et poétise la célèbre construction arithmétique du Triangle de Pascal. En transposant cette logique algébrique en un système graphique autonome, l'artiste remplace les nombres par des glyphes et des racines linéaires.

La composition adopte une rigueur combinatoire : chaque symbole des rangées supérieures semble s'additionner et s'entrelacer avec ses voisins pour engendrer, par vagues descendantes, le niveau suivant. 

À la base du triangle, cette itération méthodique culmine dans une dentelle noire monumentale, une ondulation géométrique dense où les glyphes fusionnent en un tissu vibratoire et interconnecté. 

Le dessin devient alors la mise en espace d'une équation sacrée, une rencontre sensible entre la pureté mathématique et l'archéologie d'un langage oublié.



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