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mercredi 14 juillet 2021

1194-LE PORT DE NICE AU MILIEU DU XIX° SIÈCLE : L'HÔTEL ROYAL

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


1 - LANCELOT Dieudonné (1823-1895), The Port of Nice,
estampe publiée dans The Illustrated London News, 14 april 1860,
(avec localisation de la Propriété Salvi),
 University of Missouri Libraries.



LES MAISONS SALVI

La Maison des Epoux Salvi, précédée de jardins au sud, est citée dans les textes dès les années 1820. Située en bord de mer, à Nice est, dans la partie orientale du quartier du Port, à l'angle du chemin de Montboron et de la rue du Lazaret (image 2), elle est la propriété de Giambattista Salvi (1775-1835, commissaire de santé du port) et de son épouse Maria Anna, née Deporta (1783-1843).

Parmi les dix enfants de Giambattista Salvi, ce sont essentiellement ses fils Giuliano (1807-1883, percepteur) et Paolo Salvi (1812-1876, agent puis chef de bureau de santé maritime) qui sont ensuite cités dans les années 1840 et 1850. 


2 - Città di Nizza MarittimaPiano del Porto di Limpiaapprouvé en mars 1840, détail, 
Propriété Salvi (texte ajouté), Archives Municipales de Nice, 1Fi203.



En mai puis juillet 1843, les deux frères déposent, en deux demandes successives, le projet de construction, dans le jardin situé au sud de leur maison (image 3), d'un bâtiment double, haut de 6 niveaux et alignant 15 baies de façade et une terrasse ouest (image 4) (AM O4/9-373 et 374).


3 - Plan de situation de la propriété Salvi, 1843,
Archives Municipales de Nice, O4/9-374.


4 - Facciata della casa a costrursi dai fratelli Salvi nel giardino loro spettanta a levante del porto di Limpia, projet de façade du nouveau bâtiment avec terrasse ouest, 1843,
Archives Municipales de Nice, O4/9-374.



Le projet semble cependant transformé par la suite et divisé en deux bâtiments distincts qui sont érigés :

- l'un, accolé perpendiculairement à la maison nord existante, le long de la rue du Lazaret, face au port,

- l'autre, plus au sud, dans le jardin, à l'emplacement initial prévu mais seulement constitué d'un alignement de 6 baies face à la mer. 

Les dates précises de construction ne sont pas connues mais les deux bâtiments sont érigés avant novembre 1850, date où ils sont représentés sur un Projet de la route de Nice à Villefranche (image 5). 


5 - Progetto di une strada carrettabile lungo il littorale da Nizza a Villafranca, daté du 5 novembre 1850, détail de la Propriété Salvi, Archives Municipales de Nice, 1Fi98/2 n° 3.
Noter la présence du hangar, "Tettoja Salvi", dans le virage de la rue du Lazaret.



Le plan montre le détail de la Propriété Salvi et dénomme la maison sud, "Casa Salvi Paolo". Ce bâtiment qui existe encore de nos jours (immeuble locatif), à l'angle du boulevard Stalingrad (n° 55 bis) et du boulevard Franck Pilatte (n°1), affiche la date de "1850" sculptée sur la porte de bois de l'entrée principale, sous le cartouche de pierre timbré du "S" du nom de famille (image 15).

Le bâtiment sud est par ailleurs visible sur une aquarelle d'Urbain Garin de Cocconato (1813-1877) datée du 5 février 1857 et intitulée, Nice, vue du Lazaret (ici), sur une estampe de 1860 (image 10) puis sur plusieurs photographies des années 1858-1865 (images 11 et 12).

C'est essentiellement Paul Salvi (1812-1876) et sa femme Anne, née Michelis (1816-?), qui sont par la suite cités dans la propriété familiale (recensements de 1861 et de 1866) puis l'un de leurs trois enfants, Julien Salvi (né en 1855, notaire), dans la fin du XIX° siècle.


L'HÔTEL ROYAL

L'Hôtel Royal s'installe dans le bâtiment sud de la propriété Salvi, en 1857, peu après la réalisation de la première portion de 200 m du nouveau boulevard de bord de mer, "ouverte dans les propriétés Salvy et Sarrato" et inaugurée par l'Impératrice de Russie le 10 mars 1857 (L'Avenir de Nice des 15 février, 8, 10 et 11 mars 1857 p 2). 

L'ouverture de l'hôtel pour la saison d'hiver 1857-1858, sur le "Nouveau Boulevard Inauguré Par S.M. L'Impératrice De Russie", est précisée dans une publicité publiée dans Les Echos de Nice du 7 octobre 1857 (image 6). L'hôtel n'est d'ailleurs cité dans la Liste des Etrangers aux Hôtels qu'à partir du 23 novembre 1857 dans Les Echos de Nice, et du 23 décembre 1857 dans L'Avenir de Nice.


6 - Publicité parue dans Les Echos de Nice 
pendant six mois, du 14 octobre 1857 au 29 mars 1858,
Nice, Bibliothèque Louis Nucéra.
La publicité parue le 7 octobre 1857 présentait le texte suivant sur la dernière ligne,
 "English Spoken - Man Spricht Deutfch (sic) - Si Parla Italiano", remplacé
 dès la semaine suivante par "On Parle Anglais Et Plusieurs Autres Langues".



Deux longues banderoles en tissu portant "Hôtel Royal" sont positionnées sur le bâtiment : l'une sur la façade méridionale (côté boulevard), sous les baies du cinquième niveau (image 10), et l'autre sur la façade occidentale (côté port), accrochée au balcon du sixième niveau. Cette dernière enseigne est visible sur une rare photographie (anonyme) de 1858 (Didier Gayraud, La Photographie à Nice, Monaco et dans les Alpes-Maritimes au XIX° siècle, Academia Nissarda, 2016, p 224).

L'hôtel est ensuite cité pour l'accueil d'une exposition-vente de stéréoscopes anglais en mars 1858 (image 7) puis pour la nouvelle saison 1858-1859 (image 8).


7 - Annonce parue dans L'Avenir de Nice du 16 au 27 mars 1858,
Archives Municipales de Nice.


8 - Publicité parue dans L'Avenir de Nice du 27 septembre au 3 octobre 1858,
Archives Municipales de Nice.


Le Guide des Etrangers à Nice 1858-59 paraît en octobre 1858 et rappelle que "la section de route plantée d'arbres, qui côtoie cette partie du rivage, depuis l'Hôtel Royal jusqu'à l'entrée du petit Séminaire, témoigne hautement de l'activité fabuleuse du municipe niçois" (Ière partie p 65) et présente une grande publicité pour l'Hôtel Royal, évoquant ses "Grands et Petits Appartement élégamment meublés" et ses "Ecurie Et Remise" (image 9).


9 - Publicité pour l'Hôtel Royal publiée dans le Guide des Etrangers à Nice 1858-59, Nice, octobre 1858, IVème partie, Annonces des notabilités industrielles, vue numérisée 163, Archives Départementales des Alpes-Maritimes.


Le nom de l'hôtel apparaît également en 1858 dans le Guide Bradshaw, Italy, "a capital house in a good situation" (p 312) puis dans le Guide Baedeker de 1859, La Suisse, les lacs italiens, Milan, Turin, Gênes et Nice, "sur le port, tout près du débarcadère des bateaux à vapeur" (4ème édition, 1859, p 332).

Si l'hôtel est absent de l'édition du Guide Murray, Northern Italy de 1858, il est présent dès l'édition de 1860, "well situated on the new Boulevard" (p 77). S'il est de même absent des deux premières éditions de l'Itinéraire descriptif, historique et artistique de l'Italie et de la Sicile de 1855 et de 1859 (p 87) d'A.J. Du Pays, il est cité dès la troisième édition de 1863 (p 7), "bon hôtel établi depuis peu d'années de l'autre côté du port, sur la promenade du Lazaret". 


10 - LANCELOT Dieudonné (1823-1895), The Port of Nice, 1860, détail,
partie est du port de Nice et quartier du Lazaret (vue ouest-est), montrant notamment l'Hôtel Royal,
détail de l'estampe (avec ajout d'indications) publiée dans The Illustrated London News, 14 april 1860,
 University of Missouri Libraries.



L'adresse de l'hôtel est par ailleurs dite, "Piazza di due Emmanueli" (Plan du Port de Nice de 1857, ADAM, 02Q 0069/02), "Place Victor Emmanuel" (publicité de 1858, image 8), "promenade Victor Emmanuel" (Guide des Etrangers à Nice 1858-59, 1858, 3ème partie p 65), "au Lazaret" (annuaires de 1861 à 1863) et "boulevard de l'Impératrice" (recensements de 1861 et 1866 ; annuaires de 1864 à 1866 ; De Carli, Conseiller du touriste à Nice, 1864-65, p 34). 

Dans les différents guides, l'hôtel est réputé bien situé, peu exposé aux vents, propre, confortable et peu cher. Le Guide Murray, France, édité en 1864 (p 502), le réaffirme : "the house is well kept, and with perhaps more moderate charges that at any of the précedent [H. Chauvain] ; persons can arrange here to live in pension, paying 10 frs. a day, with a room looking south".

Une photographie, prise par Charles Nègre (1820-1880), intitulée Nice. Statue de Charles-Félix et Port et datée vers 1863-1865 (ADAM, 08FI 0068), montre l'Hôtel Royal avec une rare précision et révèle que l'ornementation des baies (troisième et quatrième niveaux) est un décor peint en trompe-l'œil (des frontons sculptés remplaceront ce décor dès les années 1880)


11 - ALEO Miguel (1824-c.1900), Nice, du château Smith, vers 1861 (entre octobre 1860 et juin 1862),
détail du port (avec ajout d'indications)vue est-ouest,
tirage albuminé signé de 25,6x18,6 cm, sur carton de 26,3x19,2 cm, Collection personnelle.
La banderole qui sert d'enseigne est visible sur la façade sud de l'Hôtel Royal ;
les arbres plantés le long du mur du jardin, côté nord du boulevard de l'Impératrice de Russie,
 sont pour leur part peu visibles car dépourvus de feuilles.




LE COUPLE SANTI

Dès 1857, les journaux et ouvrages révèlent le nom du couple qui tient l'Hôtel Royal, "M. et Mme Santi". Certains guides précisent d'ailleurs que M. Santi est le "propriétaire" de l'hôtel (Guide Bradshaw, Italy, 1858 p 312 ; Guide Murray, Northern Italy, 1866 p 80). M. Santi est propriétaire du commerce mais pas des murs. 

Dans sa publicité de 1858 (image 9), M. Santi rappelle qu'il est "Propriétaire" de l'Hôtel Royal et "Ancien propriétaire de l'Hôtel des Etrangers à Genève", l'hôtel de la famille Hermenjat, situé alors en dehors de la ville de Genève, aux Pâquis.

Le recensement de la Ville de Nice de 1861 ne rend étrangement pas compte de l'Hôtel Royal ni de ses occupants, et le recensement de 1866 fait de même. Les recensements ultérieurs citeront cependant la famille Santi mais à une autre adresse et avec des renseignements contradictoires peu fiables.

Le mari est italien et parle plusieurs langues. Il est nommé "S. Santi" dans la publicité de 1858 (image 9), "Santi Paccomain" dans les annuaires de 1862 à 1866, "Santi Saccomani" dans le recensement de 1872 puis "Saccomani François" dans celui de 1876. C'est cependant sous le nom de "Santi" ou "Santi, Saccomani", qu'il apparaît dans les annuaires niçois. 

Il est dit "maître d'hôtel, âgé de 58 ans" dans le recensement de 1872 mais "propriétaire d'hôtel, âgé de 73 ans" dans celui de 1876 et apparaît "âgé de de 77 ans" et seul membre de la famille dans celui de 1881 [né vers 1803 ?]. Le nom de "Santi-Saccomani" perdure dans les annuaires niçois jusqu'en 1885 avant de disparaître (acte de décès non retrouvé).

L'épouse est anglaise et ce fait est sans cesse rappelé dans les guides, l'hôtel étant principalement fréquenté par les anglais et les américains (Les Echos de Nice et L'Avenir de Nice, Listes des Etrangers présents aux Hôtels ; Elisée Reclus, Les villes d'hiver de la Méditerranée et les Alpes-Maritimes, 1864 p 191 ; Richard, Guide du Voyageur en France, 1866 p 242). 

Son nom de jeune fille semble Elene/Ellen/Helene/Helen Meeke (recensement de 1876). Elle est dite âgée de "45 ans" dans le recensement de 1872 mais de "61 ans" dans celui de 1876 [née vers 1825 ?]. Elle n'est plus citée dans celui de 1881, son nom restant par ailleurs absent des registres de décès.

Le couple semble avoir eu pour fille, "Elene Made [Madeline ?], 21 ans, célibataire" [née vers 1851 ?] (recensement de 1872) mais peut-être également, "Elisabeth, 34 ans [née vers 1838 ?], mariée" à l'hôtelier anglais Charles James Jot/Job (recensements de 1872 et 1876). "Elisabeth" n'est plus citée dans le recensement de 1876, son nom restant également absent des registres de décès. 


12 - ANDRIEU Jean (1816-apr.1876), 531, Nice, Entrée du Port et Château Smith, fin 1862-début 1863,
tirage albuminé de 8,2x6,2 cm sur carton de 10,1x6,6 cm, Collection personnelle.



L'HÔTEL ROYAL DE LA RUE GRIMALDI

Vers 1865-1866, la famille Santi ouvre un second Hôtel Royal, quartier Longchamp (Nice ouest), entre les deux rues parallèles, Saint-Etienne (actuelle rue Alphonse Karr) et Grimaldi. 

L'ouverture officielle semble n'avoir lieu qu'à la fin de l'année 1866 car le "grand Hôtel Royal", est cité dans Les Echos de Nice pour la première fois le 27 octobre 1866 (Liste des Etrangers aux hôtels) et n'est signalé dans les annuaires niçois qu'à partir de 1867, "rue St-Etienne". 

Il est cependant probable que le nouvel hôtel est antérieur car il est cité dès l'année 1866 dans la 10ème édition du Guide Murray, Northern Italy (p 80) : "Grand H. Royal, rue Grimaldi, in the quarter of Longchamps".  

En 1868, trois autorisations de voierie sont tour à tour délivrées par la municipalité à "Saccomani Santi pour faire une inscription rue Grimaldi", à "Santi pour agrandir un canal souterrain rue Saint-Etienne" et à "Santi Saccomani pour exhausser son mur de clôture rue Grimaldi" (Archives Ville de Nice et Métropole, 2T 27-166, 2T 27-170 et 2T 28-366).

L'hôtel est pourvu d'un jardin et proche de l'église anglaise et de la Promenade des Anglais (image 12).


12 - Présentation du Grand Hôtel Royal dans, John Murray, 
A Handbook for Travellers in FranceLondon, 1869 p 546.


Les deux adresses de l'hôtel vont être alternativement citées dans les guides et les annuaires, avec parfois la précision du n° 4 pour la rue St-Etienne et du n° 6 pour la rue Grimaldi. C'est d'ailleurs à cette dernière adresse que la famille Santi est recensée en 1872 et 1876. 

Le nouvel Hôtel Royal, va perdurer jusqu'en 1877-1878 ; il est cité dans les annuaires jusqu'en 1877 (annuaire de 1878 absent) et dans le Guide Murray, France, jusqu'en 1878 (vol. 2 p 179). 

Le bâtiment sera d'ailleurs parfois signalé rue Grimaldi dans les annuaires postérieurs, comme, "Ancien Hôtel Royal" (annuaire de 1884). 

Après 1878, la famille Santi est citée au 16 puis au 17, avenue de la Gare (annuaires de 1879 à 1885 ; recensement de 1881).


L'HÔTEL ROYAL DU BOULEVARD DE L'IMPÉRATRICE

L'adresse de la rue Grimaldi semble remplacer celle du boulevard de l'Impératrice, cette dernière étant encore en activité en septembre 1865 (voir plus bas) mais citée pour la dernière fois dans l'annuaire de 1866. C'est par erreur qu'elle apparaît encore dans des Guides postérieurs (Adolphe Joanne, Guide du Voyageur en Europe, 1867 p 95 ; A.J. Du Pays, Italie du Nord, 1868, Deuxième partie, p 16). 

Les deux adresses coexistent cependant pendant quelques mois (1865-1866) car le Guide Murray, Northern Italy de 1866 (p 80) cite les deux établissements : "H. Royal, on the boulevard de l'Imperatrice, and near the new road to Villefranche" et "Grand H. Royal, Rue Grimaldi, in the quarter of Longchamps, a new house in a good situation ; kept by the Santis of the old H. Royal". 

L'adjectif "Grand" est donc là pour distinguer au départ les deux établissements. Cet adjectif disparaît d'ailleurs après octobre 1866 lorsque l'Hôtel Royal de la rue Grimaldi demeure seul mais il réapparaîtra parfois quelques années plus tard (Les Echos de Nice, Listes des Etrangers présents aux Hôtels de 1869 ; annuaire niçois de 1872).

Le départ du quartier du Lazaret a-t-il été déterminé par la volonté d'être situé en centre-ville, malgré l'existence d'un bateau faisant la navette entre le port et les Ponchettes ? Le Guide Murray, France, de 1864 (p 502) précisait en effet : "The H. Royal, being at a considerable distance from the quarter most frequented by foreigners, may be inconvenient for those going out in the evening, although unobjectionable in other respects ; a boat is kept here to convey lodgers in the hotel to and from the quarter of the Rue des Ponchettes", et le Guide Murray, Northern Italy de 1866 (p 80), reprenait les mêmes arguments.

Le départ a-t-il été causé par le projet municipal de démolir l'hôtel et les maisons voisines, afin de prolonger le boulevard de l'Impératrice vers le nord ? C'est ce que montre le plan indicateur de la ville de Nice de 1865 (projet d'alignement, image 13). Le projet reste d'actualité à la fin des années 1860 (avant d'être abandonné), comme le précise un article paru dans Les Echos de Nice du 19 janvier 1868 : "On nous assure que le pâté de maisons, situé dans le prolongement du boulevard de l'Impératrice de Russie, aux abords de l'ex-hôtel Royal, va disparaître prochainement ; qu'aussitôt le percement, on s'occupera d'établir une bonne chaussée sur tout le parcours de ce boulevard, et qu'on le rendra digne de l'auguste souveraine qui l'inaugura".

Enfin, le départ a-t-il été en lien avec l'épidémie de choléra de septembre 1865 qui, après avoir infecté 14 personnes à la prison toute proche (images 10 et 11), a touché 6 personnes à l'Hôtel Royal ("Lettres sur le Choléra à Nice par M. le commandeur Pantaleoni, ancien médecin en chef de l'hôpital de Rome", in Gazette médicale de Paris, 1865, vol. 36, n° 48 du 2 décembre 1865 p 744) ?


13 - Plan Indicateur de la Ville de Nice, Charles Jougla éditeur, détail du port, 1865,
Paris, BnF (Gallica).
Le plan représente le bâtiment sud conformément au projet de 1843 (image 3), alors que ce dernier n'a pas été réalisé. C'est l'un des rares plans qui nomment "l'Hôtel Royal".


MAISON SALVI ACTUELLE

L'Hôtel Royal du boulevard de l'Impératrice a existé neuf ans tout au plus (1857-1866) mais le bâtiment a pour sa part perduré sous la dénomination de "Maison Salvi" dans les textes et plans ultérieurs et se présente actuellement sous le nom de "Palais Salvi".


14 - Le Palais Salvi (ancien Hôtel Royal du Port), façade sud,
photographie numérique couleur de juillet 2021.
Le bâtiment rectangulaire offre, sur six niveaux, un alignement six baies sur ses grands côtés nord et sud et quatre sur ses côtés ouest et est. Il est constitué d'un rez-de-chaussée et d'un entresol agrémentés d'un appareil régulier dessinant en réserve un arc plein cintre au-dessus des baies (sauf sur la face nord), 
d'un troisième niveau aux baies ornées de motifs sculptés et surmontées d'un fronton triangulaire (sur trois faces), d'un quatrième niveau aux baies surmontées d'un fronton hémicirculaire (sur trois faces),
d'un cinquième niveau moins élancé et d'un sixième niveau, en léger retrait précédé d'une terrasse à balcon en léger surplomb (sur trois faces). Un balcon souligne également la baie centrale des troisième, quatrième et cinquième niveaux de la façade sud.



15 - Porte d'entrée de la façade sud du Palais Salvi, détails,
 la date de "1850" est sculptée sur la corbeille du pilastre central de la porte de bois dominée par un fronton curviligne interrompu en pierre encadrant un cartouche sculpté timbré d'un "S" et encadré de guirlandes,
photographie numérique couleur, juillet 2021.

 
16 - Façade orientale du Palais Salvi, ancien Hôtel Royal,
photographie numérique couleur, juillet 2021.

17 - Baie du troisième niveau du Palais Salvi,
photographie numérique couleur, juillet 2021.



- Sur le quartier du Lazaret, voir : Thuin-Chaudron Véronique, "Le mont Boron autour des années 1860 - Une colline en pleine mutation", dans Nice Historique, janvier-mars 2011, pp 2-45 (ici).


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dimanche 4 juillet 2021

1193-ROYER (1853-1889), RADEMESKI (c.1853-apr. 1891), SCHIEBELER (c.1859-apr.1889), PHOTOGRAPHE

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- ROYER Raphaël (1853-1889), Portrait d'homme, recto, vers 1887-1888,
"Raphaël Royer", 
tirage albuminé de 9,1x5,8 cm, sur carton de 10,5x6,4 cm, Collection personnelle.



- Pierre Raphaël ROYER (1853-1889)


SAINT-ETIENNE

Pierre Raphaël Royer est né le 5 juin 1853 à Saint-Etienne, rue de Lille, 10. Il est l'un des enfants de Michel Royer (né le 30 décembre 1816 à Fareins, Ain) et de Benoîte Sparon (née le 23 mai 1821 à Saint-Jean-Bonnefonds, Loire), passementiers qui se sont mariés le 19 novembre 1845 à Saint-Jean-Bonnefonds.

La famille Royer habite d'abord rue de Lille, 10 puis rue de la Richelandière, 27 et, dès septembre-octobre 1859, rue Neyron, 10. Elle est marquée par les deuils des enfants, Virginie Royer (née le 5 septembre 1859, rue de la Richelandière, 27), âgée d'un mois et demi le 24 octobre 1859 (rue Neyron, 10) puis Marie Rachel Royer (née le 1er avril 1857, rue de la Richelandière), âgée de 13 ans, le 11 juin 1870 (rue Neyron, 10).

Il est probable que Pierre Raphaël Royer suive des études à l'Ecole de Dessin de Saint-Etienne, gagnant à deux reprises le premier prix de la classe de Peinture en août 1873 (à 18 ans) et août 1874 (à 19 ans) (Le Républicain de la Loire du 9 août 1873 p 3 et le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 7 août 1874 p 3).

Au milieu des années 1870, Raphaël Royer devient, à Saint-Etienne, l'un des élèves et assistants du photographe François Rousseau (1826-1908) dit Chéri-Rousseau.

"Raphaël Royer, 25 ans, photographe", est témoin du mariage, à Saint-Etienne le 24 août 1878, de sa sœur Marie Royer, lingère, âgée de 32 ans (née le 20 août 1846 à Saint-Etienne), avec Zacharie Riocreux, comptable, 24 ans (né le 10 mars 1854 à Paris), tous deux domiciliés rue de Neyron, 10. Un autre témoin est le photographe Marius Marnas, âgé de 32 ans (lui aussi élève et assistant de Chéri-Rousseau).

Raphaël Royer ouvre un atelier de photographie à son nom à Saint-Etienne, fin 1881 ou tout début 1882, dans une maisonnette située au fond de la cour de l'immeuble du 27, rue de la République.

Le photographe est cité à cette adresse pour la première fois dans un article du Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 15 mai 1882 (p 2), à l'occasion d'une exposition de "cartes format salon et [d']un agrandissement polychrome au charbon" dans la vitrine de M. Chorel, située face au lycée. Il est également cité dans le même journal le 23 mai suivant, pour un lot de photographies offert comme lot d'un concours de tir.

L'Annuaire du Club Alpin Français, 1882 (1883, p 160) cite parmi ses membres de la section de Saint-Etienne de l'année 1883, "Royer (Raphaël), photographe, rue de la République, 27".

L'Echo des Mines et de la Métallurgie diffuse le 23 décembre 1883 (pp 2-3), une photographie de Raphaël Royer, à l'appui d'une présentation d'une machine à vapeur de MM. Biétrix et Cie, constructeurs à Saint-Etienne.

Le photographe expose, en novembre 1884, des "agrandissements au charbon inaltérable", à nouveau dans la vitrine du successeur de M. Chorel, M. Trémollet/Trémoulet (Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 25 novembre 1884 p 3 ; Le Petit Stéphanois du 26 novembre 1884 p 3).

En avril 1885, le photographe stéphanois Berthon, propriétaire d'un cliché photographique représentant le député de la Loire, César Bertholon (1808-1885) récemment décédé, et autorisé par ses héritiers à le reproduire, porte plainte contre Raphaël Royer pour concurrence déloyale et mise en vente de reproductions. Le Tribunal de Commerce de Saint-Etienne donne tort à Raphaël Royer par jugement du 4 juillet 1885 puis, après appel de Raphaël Royer, confirme ses torts et ses dommages-intérêts, par jugement du 8 juillet 1887 (Jurisprudence Générale par Dalloz, 1888, pp 180-181 et Annales de la propriété industrielle, artistique et littéraire du 1er janvier 1889, pp 53-54).

Le père de Raphaël Royer décède à Saint-Etienne, rue de la République, le 26 septembre 1885, âgé de 69 ans. Les signataires de l'acte sont les "photographes" Zacharie Riocreux, 31 ans et Claude Chabert, 49 ans. Il est probable que Zacharie Riocreux (Paris 1854-Paris 1924 ; il sera photographe à Caen au début des années 1890), travaille désormais avec son beau-frère Raphaël Royer et avec Claude Chabert, à l'atelier de photographie.

NÎMES 

Raphaël Royer ouvre une succursale à Nîmes au 3, place d'Assas (près le Théâtre), en 1885, à la suite d'Alexandre Dupuy (né à Nîmes en 1838) et y expose ses photos (Le Midi du 21 octobre 1885 p 2). 

Le Furet Nîmois le cite à cette adresse dans son numéro du 2 février 1889 : "Nous nous sommes adressés, pour nos photographies artistiques, au meilleur de nos photographes, M. Raphaël Royer".

NICE

Raphaël Royer ouvre aussi une succursale à Nice au 37, boulevard Dubouchage, en 1887.

Une publicité paraît dans Les Bonnes Adresses de La Vie Mondaine à Nice dès le 22 décembre 1887 (ci-dessous).


- Publicité parue dans La Vie Mondaine à Nice du 22 décembre 1887 au 19 octobre 1889,
Paris, BnF (Gallica).



La Vie Mondaine à Nice du 19 janvier 1888 (p 2), lui consacre une notice : "M. Raphaël Royer, qui vient d'installer ses ateliers au Pavillon de la Bourse, à côté de l'Exposition des Beaux-Arts, mérite mieux que le titre de photographe. C'est un artiste, dans la plus large acception du mot (...) On pourra admirer ces jours-ci, chez Lucchesi, les belles épreuves d'un portrait d'homme en noir exécuté par M. Royer, qui compte d'ailleurs installer bientôt une vitrine d'exposition au coin de l'Avenue de la Gare et du Boulevard du Bouchage, à l'angle du Coq d'Or".

Raphaël Royer est ensuite cité dans les annuaires niçois de 1888 et 1889.

Pierre Raphaël Royer, photographe, âgé de 35 ans, épouse à Saint-Etienne le 14 juin 1888, Marie Louise Moulin, rentière, âgée de 26 ans (née le 26 avril 1862 à Saint-Etienne). L'un de ses témoins est son beau-frère, Zacharie Riocreux, photographe, âgé de 34 ans.

Les jeunes mariés ont une fille, Marie Micheline Royer, qui naît deux mois plus tard, à Saint-Etienne, rue de la Charité (adresse de ses grands-parents maternels), le 12 août 1888. L'un des témoins de l'acte de naissance est à nouveau son beau-frère, Zacharie Riocreux,  âgé de 34 ans, photographe, rue de la République.

"Pierre Raphaël Royer, marié à Moulin Marie Louise, photographe" décède malheureusement à Nice le 30 avril 1889, dans une villa de l'avenue Saint-Maurice. L'un des témoins de l'acte de décès est Petrus Fleuret (1854-1918), employé de commerce, 35 ans, domicilié à Nice, cousin du défunt.

Le Stéphanois signale son décès dans le numéro du 7 mai 1889 (p 2) : "Nous apprenons que M. Raphaël Royer, photographe bien connu à Saint-Etienne, un des plus brillants élèves de M. Chéri-Rousseau, l'habile photographe, vient de mourir à Nice où il séjournait depuis quelques temps déjà. Il laisse à Saint-Etienne de nombreux amis".

Les cartons-photos de Raphaël Royer s'étalent, de son vivant, de 1882 à 1889. Ils présentent tour à tour la seule adresse de Saint-Etienne puis celles de Saint-Etienne et de Nîmes et enfin celles de Saint-Etienne, Nîmes et Nice. Une médaille d'Or (obtenue en septembre 1888 à Saint-Etienne ?), distingue les derniers cartons de 1888 et 1889.

SES CARTONS-PHOTOS 

Saint-Etienne

- sur fond noir à l'encre dorée, au recto, "Raphaël Royer - - St-Etienne", et au verso, "Photographie (grande initiale enluminée) - Peinture - Raphaël Royer (texte oblique à initiales à fins entrelacs) - Agrandissements au Charbon - noirs et polychromes - inaltérables (en italique) - 27, rue de la République - St. Etienne - (Loire)", vers 1882-1883 (?),

- sur fond noir à l'encre dorée, au recto, "Raphaël Royer - RR (initiales en miroir) - St-Etienne", et au verso, "RR (initiales en miroir) - Photographie (texte concave) - Peinture - Raphaël Royer - 27, rue de la République - St. Etienne - Loire - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes - Inaltérables", vers 1883-1884 (?),

- sur fond noir à l'encre dorée ou sur fond beige à l'encre brune, au recto, "Raphaël Royer - RR (initiales en miroir) - St-Etienne", et au verso, "Photographie (texte convexe) - RR (initiales en miroir) - Raphaël Royer (dans un phylactère en demi-cercle) - 27, rue de la République - St. Etienne - Loire  (au centre du demi-cercle) - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes - Inaltérables - D. Hutinet - Paris (cartonnier)", vers 1884-1885 (?).

Saint-Etienne et Nîmes

sur fond noir à l'encre dorée, au recto, "Raphaël Royer - RR (initiales en miroir) - St-Etienne", et au verso, "Photographie (texte convexe) - Dupuy - Raphaël Royer Sr (dans un phylactère en demi-cercle) - 27, rue de la République - St. Etienne - Loire  (au centre du demi-cercle) - 3, Place d'Assas, 3 - Nîmes - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes - Inaltérables - D. Hutinet - Paris (cartonnier)" (vers 1885-1886),

- sur fond noir et à l'encre dorée, au recto, "Raphaël Royer - RR (initiales en miroir) - Nîmes", et au verso, "Photographie (texte convexe) - Dupuy - Raphaël Royer - Successeur (dans un phylactère en demi-cercle) - 3, Place d'Assas, 3 - Nîmes (Gard) - 27, rue de la République, 27 - St. Etienne - Loire (au centre du demi-cercle) - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes - Inaltérables - D. Hutinet - Paris (cartonnier)" (vers 1885-1886),

- sur fond noir et à l'encre dorée, au recto, "Raphaël Royer - RR (initiales en miroir) - Nîmes", et au verso, "Photographie (texte convexe) - Raphaël Royer (dans un phylactère en demi-cercle) - Succursale - 3, Place d'Assas, 3 - Nîmes (au centre du demi-cercle) 27, rue de la République - St. Etienne - Loire - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes - Inaltérables - D. Hutinet - Paris (cartonnier)" (vers 1886-1887),

- sur fond noir, à l'encre dorée, au recto, "Raphaël Royer - RR (initiales en miroir) - Nîmes", et au verso, " - RR (initiales en miroir) - Photographie - Dupuy - Raphaël Royer - Successeur - 3, Place d'Assas, 3 - Nîmes - (Gard) - 27, rue de la République, 27 - St-Etienne - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes Inaltérables", vers 1886-1887 (?),

sur fond noir, à l'encre dorée, au recto, "Raphaël Royer - RR (initiales en miroir) - St-Etienne", et au verso, "Photographie - Raphaël Royer - A St-Etienne: - 27, rue de la République - A Nîmes: - 3, Place d'Assas - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes Inaltérables - (grand cartouche en forme de L inversé occupant l'angle bas à droite avec des rinceaux et les initiales RR en miroir dans un médaillon circulaire) - H. & F. Paris (cartonnier)"vers 1887-1888 (?),

- au recto, sur fond blanc ou jaune pâle, "Raphaël Royer", et au verso, sur fond noir et encre dorée"Photographie - Raphaël Royer - A St-Etienne: - 27, rue de la République - A Nîmes: - 3, Place d'Assas - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes Inaltérables - (grand cartouche en forme de L inversé occupant l'angle bas à droite avec des rinceaux et les initiales RR en miroir dans un médaillon circulaire)", vers 1887-1888 (?).

Saint-Etienne, Nîmes et Nice

- au recto, sur fond jaune pâle ou beige, à l'encre dorée, "Raphaël Royer", et au verso, sur fond jaune pâle ou beige, à l'encre brune ou brun-rouge, "Photographie - Raphaël Royer - A St-Etienne: - 27, rue de la République - A Nîmes: - 3, Place d'Assas - A Nice: - 37, Boulevard Dubouchage - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes Inaltérables - (grand cartouche en forme de L inversé occupant l'angle bas à droite avec des rinceaux et les initiales RR en miroir dans un médaillon circulaire) - H. & F. Paris (cartonnier)", vers 1887-1888 (?),

- au recto, sur fond beige et encre dorée, "Raphaël Royer", et au verso, sur fond beige et encre brun-rouge, "Photographie - Raphaël Royer - Médaille D'Or - A St-Etienne: - 27, rue de la République - A Nîmes: - 3, Place d'Assas - A Nice: - 37, Boulevard Dubouchage - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes Inaltérables - Platinotypie - (grand cartouche en forme de L inversé occupant l'angle bas à droite avec des entrelacs et les initiales RRR en miroir dans un médaillon circulaire) - L. & D. Paris (cartonnier)" (vers 1888-1889).

Nîmes

au recto, sur fond beige, à l'encre dorée, "Raphaël Royer", et au verso, sur fond beige, à l'encre brune, "Photographie - Raphaël Royer - Médaille d'Or - Nîmes - 3, Place d'Assas -  Spécialité - De - Cartes Visites Album - Inaltérables au Charbon - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes Inaltérables - Platinotypie (grand cartouche en forme de L inversé occupant l'angle bas à droite avec des rinceaux et les initiales RR en miroir dans un médaillon circulaire) - L. & D. Paris (cartonnier)" (vers 1889).


- ROYER Raphaël (1853-1889), Portrait d'homme, recto, vers 1887-1888,
"Raphaël Royer",
tirage albuminé de 9,1x5,8 cm, sur carton de 10,5x6,4 cm, Collection personnelle.

- ROYER Raphaël (1853-1889), Portrait d'homme, verso, vers 1887-1888,
"Photographie - Raphaël Royer - A St-Etienne: - 27, rue de la République - A Nîmes: - 3, Place d'Assas - A Nice: - 37, Boulevard Dubouchage - Agrandissements - Au Charbon - Noirs Et Polychromes Inaltérables - (grand cartouche en forme de L inversé occupant l'angle bas à droite avec des rinceaux et les initiales RR en miroir dans un médaillon circulaire) - H. & F. Paris (cartonnier)"
tirage albuminé de 9,1x5,8 cm, sur carton de 10,5x6,4 cm, Collection personnelle.



SUCCESSION DE RAPHAËL ROYER

La jeune veuve Royer, "Marie Louise Moulin, photographe", âgée de 27 ans, sans profession, domiciliée rue de la Chapelle, 5, va se remarier à Saint-Etienne le 29 mars 1890 avec Jean Etienne Armand Gourgaud, négociant, âgé de 32 ans (né le 19 octobre 1857 à Lyon), domicilié rue Michelet, 9, avec notamment comme témoin, Zacharie Riocreux, photographe, âgé de 36 ans (voir aussi, Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 3 mars 1890 p 3). 

Elle décède cependant (acte de décès non retrouvé) entre le 29 mars 1890 (date de son mariage) et la date du 2 juillet 1891 où sa fille Marie Micheline Royer est reconnue officiellement seule héritière de Raphaël Royer et où est annoncée une vente aux enchères publiques du fonds de photographie du 27, rue de la République (Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 5 juillet 1891 p 4) (annonce ci-dessous).


- Annonce parue dans le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 5 juillet 1891 p 4, Paris, BnF (Retronews).


Marie Micheline Royer, aux deux parents défunts, décède malheureusement à son tour (diphtérie laryngée), à Saint-Etienne, rue de la Charité, 11 (chez son oncle Louis Milland), le 6 octobre 1891, âgée de 3 ans et est inhumée au cimetière protestant.

L'atelier de Nice est repris dès 1889 par le photographe William Lacroix et l'atelier de Nîmes, qui garde le nom de "Photographie Raphaël Royer", est tenu par le photographe Fonteney dans la seconde moitié des années 1890.

Quant à l'atelier de Saint-Etienne, il garde également le nom de "Photographie Raphaël Royer". Il est dirigé de mai à juillet 1890 par Marius Marnas 1842-1930), nommé directeur-gérant et domicilié au 10, place de l'Hôtel-de-Ville où il est contremaître de l'atelier de Chéri-Rousseau. L'atelier est ensuite vendu aux enchères le 20 juillet 1891 et acquis par Claude Chol (?-?) (famille de Jean Chol, menuisier, ami de la famille Royer ?). 

Paul Verron/Véron (Saint-Etienne 1872- Nice 1951) reprendra l'atelier vers 1895, à l'âge de 23 ans, et s'associera vers 1910 avec Jean Baptiste Chabert (Saint-Etienne  1872- Saint-Etienne 1932) (famille de Claude Chabert, ancien employé de Raphaël Royer ?).




- Surgentine RADEMESKI (c.1853-apr.1891)


Surgentine Rademeski est né vers 1853, probablement de parents polonais.

Il est uniquement cité à Nice dans le recensement de 1891, "âgé de 38 ans, français, rentier, employé", partageant l'appartement du 24, boulevard du Pont-Neuf de "Vincent Papokie [Paprocki], 35 ans, français, photographe" dont il est probablement l'employé.

Aucun autre renseignement n'a pu être retrouvé le concernant, son lieu de naissance, la suite de sa carrière et ses date et lieu de décès restant inconnus.




- Henry/Henri SCHIEBELER (c.1859-apr.1889)


Henry Schiebeler est né en 1858 ou 1859, en Allemagne, peut-être à Wiesbaden. Il est le fils d’Henry Pierre Schiebeler (Wiesbaden c.1824- Nice 1889) et d’Elise Nöll.

"Schiebeler, H." (fils ?) est signalé pour la première fois à Nice dès 1886 (liste alphabétique des habitants de l’annuaire de 1887) au 31, avenue Beaulieu (profession non précisée). 

Il est cité, à cette même adresse, dans l’annuaire de 1888, comme "Schiebeler, L. (sic)" dans la liste des « photographes professionnels » mais comme "Schiebeler, H., photographe", dans  la liste des habitants.

Rien ne permet de savoir quand et où il s'est formé à la photographie.

Il est ensuite cité comme "Schiebeler, H." dans les listes professionnelles et alphabétiques des annuaires de 1889 et 1890 mais désormais "av. Beaulieu, 19" (nouvelle numérotation de la rue).

"Schiebeler" remporte une médaille de bronze à l’Exposition de photographies de Nice au début de l’année 1889 (La Vie Mondaine à Nice du 4 avril 1889 p 1).

Le 7 juin 1889, le père du photographe, "Schiebeler, Henry Pierre, veuf de Nöll Elise et marié à Schaefer Marguerite, rentier, âgé de 65 ans, né à Wiesbaden, Allemagne, domicilié à Nice" décède à Nice, au 19, avenue Beaulieu. Son fils "Schiebeler, Henry, âgé de 30 ans, photographe, domicilié à Nice" est témoin de l’acte de décès et signe "Henri (sic) Schiebeler".

Le nom du photographe disparaît des annuaires niçois après 1890. Il semble avoir quitté Nice en 1889, peut-être à la suite du décès de son père. S’il est encore cité dans une liste de photographes niçois d’un guide de Karl Baedeker, Italien, publié en 1894, c’est sur la base de renseignements plus anciens.

Je n'ai pas connaissance, à ce jour, de cartons-photos portant son nom.

J’ignore tout de la suite de la vie et de la  carrière d’Henry Schiebeler, comme ses date et lieu de décès.



VOIR LA LISTE DES PHOTOGRAPHES ÉTUDIÉS







vendredi 2 juillet 2021

1192-BUCHHEISTER (1820-1881), HELIOS (1832-apr.1884), SANTINI (?-?), KROPP (?-?), PHOTOGRAPHES

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


DERNIERE MODIFICATION DE CET ARTICLE : 04/11/2021



- Georg Theodor Ludwig dit Louis BUCHHEISTER (1820-1881)


BRAUNSCHWEIG

Georg Theodor Ludwig Buchheister est né à Braunschweig (Brunswick, Basse-Saxe), le 9 août 1820. Il est le fils de Carl Ludwig Christian Buchheister, marchand et de son épouse.

Georg Theodor Ludwig Buchheister fait des études de Beaux-Arts à Braunschweig. Peintre, dessinateur, aquarelliste, lithographe, il produit dès la fin des années 1830 et devient  portraitiste, sous le prénom de "Louis" Buchheister. Il reste actif à Brunswick dans les années 1840 et 1850 où il dessine un grand nombre de personnalités de la ville.

Il se marie au début des années 1850 avec Mary Hepple. Le couple aura trois enfants que leur père initiera par la suite à la peinture, Ellen, Louise et Theodor (né à Chiusa di Monte près de Cuneo, Pesio vers 1857).

PARIS

Vers 1857, âgé d'environ 37 ans, il s'installe à Paris comme portraitiste. Le Journal Général de l'Imprimerie et de la Librairie signale, dans son numéro de février 1858, l'édition par l'imprimeur et lithographe Lemercier à Paris, de son Portrait de Mademoiselle Berhing.

Au plus tard en 1861, il ouvre un atelier de photographe à Paris au 22, rue Neuve-Saint-Augusti(2ème arrondissement) et réalise notamment en photographie cette année-là le Portrait de Wagner et le Portrait de Liszt

Son adresse est attestée de 1862 à 1864 dans l’Annuaire-Almanach du Commerce et de l’Industrie, "Buchheister, photographe, Nve-St-Augustin, 22".

Louis Buchheister n'en continue pas moins d'être peintre (tableaux à l'huile), dessinateur (aquarelles, encres, pastels) et lithographe. Il réalise notamment début 1862 le Portrait du poète Jean Vauquelin qui paraît dans un ouvrage consacré à ce dernier (Journal Général de l'Imprimerie et de la Librairie du 22 mars 1862 p 136 - voir l'ouvrage et le portrait souligné du timbre sec de l'artiste ici).

Il expose des dessins au Salon de 1864, "deux délicieux petits portraits, d'un dessin trop léché peut-être, mais d'une grâce parfaite" (Les Beaux-Arts du 1er octobre 1864 p 66).

Je n'ai connaissance, à ce jour, que d'une quinzaine de photographies signées de son nom. Ce sont des portraits individuels ou familiaux pris dans son studio parisien ou bien des dessins photographiés (dessin à la mine de plomb et rehauts de craie, lavis, pastel).

Ses cartons-photos affichent notamment, vers 1857/61-1864 :

- un recto nu et un verso avec, "Louis Buchheister - Rue Neuve St Augustin, 22 - Paris.",

- un recto nu et un verso avec, "Louis Buchheister - Photographe (en italique) - Rue Nve. St. Augustin, 22 - Paris",

- un recto avec "Buchheister. Phot.", et un verso avec, "Buchheister (signature horizontale) - 22, Rue Nve. St. Augustin, 22".


- BUCHHEISTER Louis (1820-1881), Portrait de femme dessiné, recto, vers 1860-1864 (?),
"Buchheister. Phot.",
tirage albuminé de 9,4x5,6 cm, sur carton de 10,8x6,3 cm, Collection personnelle.

- BUCHHEISTER Louis (1820-1881), Portrait de femme dessiné, verso, vers 1860-1864 (?),
"Buchheister (signature horizontale) - 22, Rue Nve. St. Augustin, 22"
carton de 10,8x6,3 cm, Collection personnelle.



Louis Buchheister, "négociant", fait cependant faillite le 5 juillet 1864 (Le Moniteur Universel du 7 juillet 1864 p 4 ; La Presse du 8 juillet 1864 p 4). Louis Buchheister abandonne-t-il alors la photographie, aucun de ses cartons-photos connus ne présentant ses adresses postérieures ? 

Il n'en reste pas moins portraitiste à Paris. Le Phare de la Loire du 28 juillet 1865 le cite notamment comme membre d'une souscription visant à offrir une médaille en or à la veuve du Président Abraham Lincoln. 

Le 13 avril 1867, Louis Buchheister est l'un des délégués des artistes signataires d'une pétition concernant les refusés au Salon, adressée au Surintendant des Beaux-Arts (voir la lettre du 13 avril au Surintendant et du 6 mai au peintre Bazille ici).

Il expose au Salon en 1868, Portrait de Melle L. et Portrait de M. le vicomte de M. (dessins) mais également Portrait de M. le comte de M. (huile), en 1869, Portrait de l'auteur (dessin) et en 1870, La cruche cassée, d'après Greuze (dessin).

Je n'ai connaissance que de deux autres de ses tableaux à l'huile, non datés, d'environ 48x39 cm, une scène de genre, avec des personnages se rendant à l'église (ici - réalisée en Allemagne ?) et le Portrait de Felice Orsini (qui a attenté à la vie de Napoléon III à Paris le 14 janvier 1858 et a été exécuté le 13 mars - Paris, Musée Carnavalet, ici).

L'adresse de Louis Buchheister citée au Salon de 1868 puis de 1869 est "Avenue des Champs-Elysées, 109" (8éme arrondissement) mais devient au Salon de 1870, "Avenue Bosquet, 11" (7éme arrondissement).

Dans le contexte de la guerre de 1870, Louis Buchheister retourne dans sa ville natale (duché de Brunswick appartenant à la Confédération du Nord), peut-être dès juillet de cette année-là (date de déclaration de guerre par la France à la Prusse). Il est souvent dit qu'il reste y travailler jusqu'à sa mort mais il garde en fait son domicile parisien du 11, avenue Bosquet et y revient probablement régulièrement car ce dernier est encore cité en 1879 (Annuaire des Beaux-Arts et des Arts Décoratifs 1879, Paris, 1879 p 461).

Son nom apparaît parmi les photographes de Braunschweig dans Adressbuch für Photographie und verwandte Fächer paru en 1879 (mais cet annuaire publie des listes déjà anciennes et qui datent  probablement vers 1872).

Je n'ai aucune connaissance de ses photographies ni de ses peintures réalisées en Allemagne.

En 1880, Louis Buchheister, âgé de 60 ans, part passer la saison d'hiver à Nice.

NICE

Louis Buchheister est signalé dans la 1ère Liste des Etrangers parue dans Les Echos de Nice du 14 octobre 1880 : "Buccheister, peintre, r. des Ateliers, 8, all[emand]".

Malheureusement "Buchheister Louis, photographe, âgé de 60 ans, marié, né à Braunschweig (Allemagne)", est trouvé mort à Nice à 6 h du matin, le 11 janvier 1881, suite, semble-t-il, à un accident vasculaire cérébral, au 5, rue du Temple.

L'heure à laquelle son décès est constaté et plus encore l'adresse où il est mort interrogent. Cette adresse, différente de celle de son domicile cité dans Les Echos de Nice, est en effet jusque fin 1880 ou début 1881 celle du photographe allemand Wilhelm Höffert. Ce dernier cherchant à cette période à céder son atelier, il est possible que Louis Buchheister ait été intéressé. Ce n'est cependant qu'une hypothèse, Wilhelm Höffert ne faisant pas partie des témoins signataires de l'acte de décès et la vente de l'atelier ayant peut-être été déjà réalisée à cette date (le successeur Antoine Merle sera cité, quelques semaines plus tard, à cette adresse dans le recensement de 1881).




- Maurice WOLF dit HELIOS (1832-apr.1884)


Moriz Wolf est né en 1832 à Comorn/Komàrom (Hongrie). Il est le fils de Kermann Wolf et de Charlotte Lövy.

Aucun document ne permet de connaître le lieu où il s'est formé à la photographie. 

Il est signalé par la suite comme "Helios, photographe" en Egypte, dans les villes du Caire et d'Alexandrie, peut-être dès la fin des années 1860 mais assurément dans les années 1870 (vues et portraits) car il y est cité dès 1876, à l'âge de 44 ans.

LE CAIRE ET ALEXANDRIE

"M. Helios, photographe au Caire" est en effet cité au Congrès des Orientalistes d'octobre 1876 à Marseille (vues du Caire et des monuments égyptiens dans la Pyramide de Chéops) puis comme "Hélios-Wolf, photographe au Caire", au Congrès de 1878 à Lyon (Congrès des orientalistes de Marseille, 4-10 octobre 1876, Marseille, 1876, pp 8 et 156 - Congrès provincial des orientalistes, Lyon, 1878, Lyon, 1880, T I, pp 5 et 19).

"Hélios (W.)" (sic) participe à l'Exposition Universelle de Paris en 1878 où il présente des vues d'Egypte (Exposition Universelle Internationale de 1878 à Paris, Catalogue Officiel, T V, 2° fascicule, Exposition Egyptienne, Classe 12, p 13). 

Il est important de noter que le photographe entretient des liens intimes avec la France dans les années 1870, qu'il y voyage, y expose et maîtrise la langue. A-t-il vécu en France avant de gagner l'Egypte ou a-t-il développé ses liens avec la France depuis l'Egypte ?

Un procès l'oppose au Caire, dès 1876, aux frères Farrugia, négociants, mais Maurice Wolf gagne ce procès en avril 1878 (Tribunal mixte du Caire, 1880, pp 92-94). Il est cité parmi les photographes du Caire dans Adressbuch für Photographie und Verwandte Fächer publié en 1879 à Wien et Leipzig (p 28) mais dont les renseignements semblent plus anciens (vers 1872).

Ses cartons-photos affichent :

- sur carton à fond orangé, au recto, un fond nu avec un liseré rouge, et au verso, à l'encre rouge, "Helios - Photographie (initiale enluminée) - Alexandrie Et Caire - Egypte." (début des années 1870 ?),

- sur fond ocre jaune, au recto nu, avec un épais liseré rouge, et au verso, à l'encre rouge, "Helios - Photographie - vis-à-vis de l'Eglise protestante - Alexandrie - (Egypte.)" (première moitié des années 1870 ?),

- sur carton gris-beige ou jaune pâle, avec au recto, un liseré doré et encre dorée, "Helios - - Alexandrie - & Caire", et au verso, à l'encre brune, "Helios (initiale enluminée) - Photographie - Alexandrie (initiale enluminée) - Et Caire (initiale enluminée) - Egÿpte (sic)(mot souligné d'un motif symétrique de fins rinceaux) - - Marion, Imp., Paris" (cartonnier)", (milieu des années 1870 ?) ; le cartonnier est probablement Auguste Marion (né en 1830), actif dès 1865, cité dès 1867, Bergère, 14 à Paris, avec une fabrique à Courbevoie, avenue de l'Empereur, 14 (Exposition Universelle de 1867 - Catalogue Général, Groupe II, Matériel et Applications des Arts libéraux p 19),

- sur fond blanc à cadre rouge (découpé comme un timbre), au recto et à l'encre bleue, "Helios - - Alexandrie", et au verso, sous le dessin de l'Œil de la Providence (œil dans un triangle dominé par des rayons solaires), Helios (texte incurvé) - Photographie - vis-à-vis de l'Eglise protestante - Alexandrie - Egÿpte" (vers 1876-1882 ?).


- HELIOS (1832-apr.1884), Portrait d'homme, recto, milieu des années 1870 (?),
"Helios, - - Alexandrie - & Caire;",
tirage albuminé de 9,6x5,9 cm, sur carton de 10,8x6,8 cm, Collection personnelle.


- HELIOS (1832-apr.1884), Portrait d'homme, verso, milieu des années 1870 (?),
"Helios - Photographie - Alexandrie - Et Caire -
 Egÿpte - - Marion, Imp., Paris" (cartonnier)",
carton de 10,8x6,8 cm, Collection personnelle.




Il est à noter que certains cartons affichent "Alexandrie Et Caire" (dans cet ordre) et d'autres seulement "Alexandrie" mais aucun carton connu à ce jour n'affiche seulement "Caire", ce qui peut peut-être laisser penser que le premier atelier a été ouvert à Alexandrie. A l'inverse, les mentions du photographe aux Congrès des Orientalistes de Marseille et Lyon le citent uniquement au Caire.

Le 14 octobre 1879, Maurice Wolf, photographe, né en 1832 (jour et mois non précisés), âgé de 47 ans environ, sujet austro-hongrois, demeurant au Caire (Egypte, Empire Ottoman), se marie à Bordeaux (Gironde) avec Marie Louise Esther Eugénie Jourdan, sans profession, âgée de 22 ans, demeurant dans cette ville (née le 27 janvier 1857 à Dieupentale, près de Montauban, Tarn-et-Garonne). A cette date, le père du photographe est décédé et sa mère vit toujours en Hongrie mais à Temeswar/Timisoara.

Si son épouse, Louise Jourdan, est dite sans profession dans l'acte de mariage, elle est dite "artiste peintre" lors de l'annonce de son mariage dans Le Globe du 19 août 1879 p 3.

Le couple part vivre au Caire jusqu'en 1882. Cette année-là, la guerre anglo-égyptienne (mai-septembre 1882) provoque probablement leur départ.

PARIS

En août 1882, le photographe est à Paris. Il dépose au siège du Figaro "une collection de vues d'Alexandrie prises de différents points de la ville deux jours après le bombardement [britannique du 11 juillet 1882]" qui sont exposées dans la Salle des Dépêches (Le Figaro du 31 août 1882 p 1).

NICE

Fin 1882, Maurice Wolf s'installe à Nice où il reprend, l'atelier du photographe Ambrosetti, avenue Beaulieu, 41. 

La Vie Mondaine à Nice du 31 décembre 1882 (p 1) signale ses vitrines près du Café de la Victoire : "les photographies en couleurs qu'on y a exposées, sont l'œuvre de Mme Hélios (sic), dont on ne saurait trop vanter les goûts artistiques et le talent de peintre. Des photographies également très réussies, ce sont celles qui ont l'air de représenter des bustes en marbre" ; réalisées par M. Hélios, elles présentent les personnes avec les cheveux poudrés, le visage maquillé de blanc, les yeux baissés, une "draperie orientale" leur servant de vêtement.

L'Annuaire des Alpes-Maritimes de 1883, signale, "Ambrosetti : Stelios (sic), succ., av. Beaulieu, 41" (voir sur Gallica, un carton-photo d’Ambrosetti réutilisé par Hélios et offert à la Société de géographie en 1883).

Le photographe fait ensuite paraître une publicité dans La Vie Mondaine à Nice du 27 mars 1883 (ci-dessous). 

Il y signale notamment qu'il est "Photographe de L.L. M.M. L'Empereur et l'Impératrice du Brésil". L'Empereur du Brésil, dom Pedro II (1825-1891) a voyagé, avec son épouse Teresa Cristina, par deux fois en Egypte, lors du deuxième trimestre 1871 et lors du deuxième trimestre 1876 (initié à la photographie depuis les années 1840, l'Empereur y a lui-même réalisé des prises de vue). 


- Publicité parue dans La Vie Mondaine à Nice du 27 mars 1883, Paris, BnF (Gallica).


En 1883, le photographe achète à Nice un terrain donnant boulevard Dubouchage et rue Penchien(n)ati et y fait construire une villa orientale avec atelier de photographie, sous la direction de l'architecte niçois Victor Rolland (Marseille 1843-Paris 1912). 

Il ouvre également une succursale d'été à Vichy, 15, rue du Casino, après y avoir réalisé des travaux à hauteur de 5.000 frs. 

La Vie Mondaine à Nice du 12 août 1883 signale le don par Hélios de photos vendues lors d'un concert de charité. 

La construction de la villa orientale niçoise située boulevard Dubouchage, 3 est terminée en novembre 1883 (L'Evènement du 23 novembre 1883 p 2). Le photographe en prend possession en décembre 1883 et en fait l'inauguration en janvier 1884 (La Vie Mondaine à Nice des 16 décembre 1883 et 20 janvier 1884). 

Le photographe est cité dans l'Annuaire des Alpes-Maritimes de 1884, à son ancienne adresse dans les listes des habitants par ordre alphabétique et par rue mais à sa nouvelle adresse du boulevard Dubouchage dans la liste professionnelle.

Il est à noter que la mention de l'atelier du Caire sur certains cartons-photos niçois est remplacée par celle de l'atelier Vichy mais dans un décor égyptisant. Le photographe peut avoir conservé pour un temps son atelier du Caire, celui d'Alexandrie n'est pas cité.

Ses cartons-photos affichent :

- sur fond jaune à cadre rouge, un recto nu, et un verso portant à l'encre rouge d'un tampon qui semble manuel, "Hélios (signature horizontale) - Nice - , - Caire" (vers 1882-1883 ?),

- sur fond noir à tranche dorée, au recto "Helios - Nice. Vichy. - - Cabinet - Portrait", et au verso, "Photographie Helios (écriture néo-hiéroglyphique) - armoiries encadrant symétriquement un dessin montrant une vue du Sphinx et des Pyramides, souligné de têtes égyptiennes - Nice - Maison A Vichy : 15, Rue Du Casino" (vers 1883-1884 ?),

La réalisation de la villa orientale (plus de 98.000 frs de terrain et de 45.000 frs de construction) semble cependant entraîner, dès le 29 février 1884, le dépôt de bilan du photographe au Tribunal de Commerce de Nice (Archives commerciales de la France, 9 mars 1884 p 327). 

Le Tribunal prononce le même jour la faillite et "ordonne le dépôt de la personne du failli dans la maison d'arrêt" (AD06, 06U 04/0708). Le failli est cité comme "Wolf Maurice ou Moriz, dit Helios, peintre photographe à Nice, autrefois au Caire (Egypte)" (AD06 - Formalité hypothécaire de Nice - Bureau unique de l'arrondissement de Nice avant 1914 - vol. 371, case 282 et vol. 372, case 165). 

Afin d'échapper à l'emprisonnement, Maurice Wolf quitte Nice le soir même du 29 février 1884, non sans avoir laissé un courrier affirmant sa bonne foi, à destination du Tribunal, qu'il signe "mwolfdithelios" : il y explique que "confiant par la saison d'hiver qui s'annonçait brillante pour cause de l'Exposition [Internationale de Nice, décembre 1883-mai 1884]", il avait fait construire "un Etablissement de photographie de premier ordre et fait de nombreuses acquisitions payables à terme ; malheureusement, le retard apporté dans la construction et le peu d'étrangers arrivés dans notre ville" l'ont empêché "de travailler et de faire face à ses engagements"Son épouse quitte Nice le lendemain 1er mars.

La procédure de faillite va continuer sans eux, désormais sans adresse connue. Les scellés sont apposés sur les portes de la villa orientale dans les premiers jours de mars et l'inventaire de la villa est réalisé les 8 et 11 mars 1884, avec comme expert le photographe "Messi" (Emile Messy, père). Ce dernier estime les appareils et accessoires photographiques, clichés non compris, à hauteur de 23.400 frs. 

L'inventaire précise que le rez-de-chaussée, desservi par un vestibule, était entièrement consacré à la photographie avec une pièce de stockage (papeterie et des produits chimiques) et quatre laboratoires. La galerie de pose était située au premier étage, avec un mobilier notamment constitué, d'une part, de rideaux, tapis, fauteuil, tabourets, faux rochers, balustrade articulée, piédestal et vase, fenêtre genre rustique avec garniture de fleurs artificielles, et d'autre part, des objectifs et plaques photographiques. 

Les appartements privés étaient notamment situés à l'entresol (salon et quatre chambres), au rez-de-chaussée (cuisine) et dans la cour (chambre). Les pièces étaient agrémentées de nombreux cadres, l'un d'eux "de style égyptien, avec statues de femmes, en bois et carton et pierre, doré, genre polychrome prisé".

Le total du passif sera estimé le 21 août 1884 à plus de 212.000 frs (hors frais), regroupant 46 créanciers (dont un créancier principal) sur huit villes dont Nice, Vichy, Lyon, Paris, Bruxelles, et trois villes allemandes, Kehl, Dresde et Francfort, ce qui peut laisser supposer qu'il a vécu en Allemagne dans le passé (AD06, 06U 04/0708). Le rapport aux créanciers daté du même jour précise que "le sieur Wolff (sic) dit Helios, il faut le reconnaître, est un habile photographe, très instruit et parlant plusieurs langues".

Le dossier de faillite révèle le nom de ses employés photographes : Emile Kropp (?-?), sans plus de précision, et Marie Santini (?-?) qui réside avenue Notre-Dame, 2. Aucun autre renseignement n'a pu être trouvé sur ces deux photographes dont le nom est absent des annuaires niçois.

La villa orientale est mise en vente par adjudication le 27 octobre 1884, avec une mise à prix de 20.000 frs (annonce ci-dessous) et sera vendue 50.000 frs (somme inscrite le 29 janvier 1885). Les biens mobiliers seront également vendus. La clôture des opérations de faillite sera prononcée, pour insuffisance d'actif, par le Tribunal de Commerce de Nice, le 29 octobre 1885, avec exécution un mois plus tard (AD06, 06U 04/0708).


- Annonce parue dans Le Petit Marseillais des 18 et 24 octobre 1884 p 4,
Paris, BnF (Retronews).



Aucune trace postérieure de la présence en France de Maurice Wolf n'a pu être retrouvée.

Un M. "Hélios, directeur de la Photographie Solaire, rue Kamel, près l'Hôtel Shepheard" est cité au Caire dans l'Annuaire égyptien administratif et commercial 1891-1892 (p 99 et 149) puis dans l'Indicateur égyptien administratif et commercial de 1897, "sharia Kamel, immeuble Halim" (p 122). Il est cependant difficile d'affirmer qu'il s'agit de lui.

"Hélios" (dieu du Soleil) est un nom d'enseigne photographique (héliographie) fort répandu en France et à l'étranger dans la seconde moitié du XIX° siècle et le début du siècle suivant. Le nom du photographe est précisé ou non et devient parfois "M. Hélios". 

Citons les ateliers de Berne Bellecour, Berne Bellecour & Berthaud puis Berthaud seul à Paris, Lancelot à Troyes, les ateliers "Hélios" à Lyon, Strasbourg, Chaumont et Caen mais également à Lisbonne, Anvers, Zurich, Vienne, Vöslau, Berlin, Sarajevo...

En France, le nom peut-être utilisé librement sauf dans une même localité (Journal des Tribunaux de Commerce, 1871 p 78, procès Lancelot contre Berthaud en 1869 ; Grand Dictionnaire International de la Propriété Industrielle, 1891, vol. 3 pp 565 et ss).

Certains cartons-photos des années 1890 de l'atelier Hélios du Caire laissent penser qu'il s'agit probablement de l'ancien atelier de Maurice Wolf car ils affichent "Photographe de l'Empereur du Brésil" (comme l'annonce niçoise ci-dessus) mais rien ne permet d'affirmer que Maurice Wolf en est encore le titulaire.

Les cartons tardifs de l'atelier Helios du Caire et d'Alexandrie affichent :

- sur carton au fond jaune pâle, découpé en demi-cercle à son extrémité supérieure, avec un recto nu, et au verso, à l'encre brune, "Photographie (texte incurvé) - Fin de Siècle (texte incurvé) - et sous de nombreuses armoiries - Dirigée par (texte incurvé) - Hélios (texte incurvé) - Photographe - De L.L.M.M. L'Empereur et L'Impératrice De Brézil, (sic- Le Roi Et La Reine De Würtemberg, (sic) - La Reine Nathalie De Serbie, De La Cour De Roumanie - Du Roi Honoloulou (sic- Et de S.H. Le Sultan De Zanzibar Etc. Etc. - . Caire. Egypte -  Bernhard Watchl Wien (cartonnier)" (fin des années 1890 ?). Il est à noter que la plupart des personnalités citées évoquent des photographies qui ont pu être réalisées, au plus tôt, dans les années 1870 (Empereur du Brésil en 1871 ou 1876) ou les années 1880 (Roi de Roumanie, à partir de 1881 ; Reine Nathalie de Serbie, à partir de 1882), et au plus tard vers 1890-1892 (Roi de Honolulu, Sultan de Zanzibar).

- mignonnette à fond beige, avec au recto, à l'encre brune, "Helios - - Alexandrie - & Caire" (première décennie du XX° siècle ?),

- mignonnette à fond noir et tranche dorée, avec au recto, "Helios" (première décennie du XX° siècle ?).

LOUISE JOURDAN EPOUSE WOLF

Les époux Wolf ont été fortement impactés par la faillite ; mariés sans contrat et tous deux emprunteurs des fonds de la villa orientale niçoise, ils se sont retrouvés totalement ruinés. Les gens de service de la villa orientale ont pu témoigner que même la nourriture leur manquait.

Maurice et Louise Wolf se sont-ils retrouvés après leur départ différé de Nice ou la faillite a-t-elle eu raison de leur couple ? Sont-ils retournés vivre en Egypte ? Les ateliers d'Alexandrie et du Caire leur appartenaient-ils encore ? Il est à noter qu'aucun créancier vivant en Egypte n'est cité dans le dossier de faillite.

Si aucune trace certaine de Maurice Wolf n'a été découverte après 1884, quelques documents témoignent cependant de la vie de son épouse Louise après cette date.

Il semble que Louise Wolf, née Jourdan, soit retournée vivre au Caire et qu'elle s'y soit remariée vers 1888 (?), avant de revenir accoucher dans le sud-ouest de la France, près de sa famille.

Elle est en effet signalée en France le 14 août 1889, lors de la naissance de son fils, Jack Georges Schutz, à Marennes (Charente-Maritime). Ce dernier est dit "issu du mariage de Louise-Marie-Esther Jourdan, 31 ans, sans profession, demeurant au Caire (Egypte) et de Georges Marie Schutz, 35 ans, banquier, domicilié au Caire (Egypte), Sujet Hollandais"

Jak Georges sera reconnu six ans plus tard, à Bordeaux, par son père Georges Auguste Marie Schutz et son prénom deviendra "Jack" par décision du 26 août 1895 du Tribunal de Justice de Marennes. L'enfant sera enfin légitimé par le mariage en France de ses parents, l'année suivante. 

Le 16 septembre 1896, "Georges Auguste Marie Schutz, négociant, sujet néerlandais, né à Marseille le 1er novembre 1856, domicilié à Bordeaux, rue du Palais Gallien, 119, célibataire", âgé de 39 ans, épouse en effet, à Bordeaux, "Marie Louise Esther Eugénie Jourdan, sans profession, demeurant à Bordeaux avec sa mère (son père est décédé à cette date), rue du Palais Gallien, 119, célibataire (sic !)", âgée de 39 ans. 

Louise ne pouvait pas évoquer le nom de son premier mari, du fait de la dette mais également de l'impossibilité de se remarier alors qu'elle n'était probablement ni veuve, ni divorcée.

A la date de ce mariage, la famille Schutz vit probablement à l'adresse bordelaise de la mère de Louise. 

Les suites des vies de Louise Schutz, de son mari et même de leur fils restent inconnues. Jack Georges Schutz ne se présentera pas pour faire son service militaire, son adresse et celle de ses parents restant inconnues (classe 1909), et il sera déclaré insoumis tant en 1910 qu'en 1940.




- Marie SANTINI (?-?)


Marie Santini est uniquement signalée à Nice dans le dossier de faillite du photographe Maurice Wolf dit Helios, boulevard Dubouchage, 3, en 1884 (AD06 - 06U 04/0708). Employé de ce dernier, elle est citée dans la liste de ses créanciers, "pour solde de ses gages comme photographe" et dite domiciliée "avenue Notre-Dame, 2".

Aucun autre renseignement n'a pu être retrouvé la concernant, ses date et lieu de naissance, la suite de sa carrière et ses date et lieu de décès restant inconnus.




- Emile KROPP (?-?)


Emile Kropp (allemand ?) est également signalé à Nice uniquement dans le dossier de faillite du photographe Maurice Wolf dit Helios, boulevard Dubouchage, 3, en 1884 (AD06 - 06U 04/0708). Employé de ce dernier, il est cité, comme "photographe", dans la liste de ses créanciers, "pour appointement", et son domicile n'est pas cité.

Aucun autre renseignement n'a pu être retrouvé le concernant, ses date et lieu de naissance, la suite de sa carrière et ses date et lieu de décès restant inconnus.



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