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samedi 29 août 2026

1489-MARSEILLE : LES PREMIERS ATELIERS DE DAGUERRÉOTYPEURS (1839-1849)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS




INTRODUCTION


En dehors du livre de Jean-Marie Voignier, je n'ai pu me procurer aucun des ouvrages qui étudient les photographes du XIXe siècle dans la ville de Marseille.

C'est un inconvénient car cet ensemble d'articles risque de ne relater que des éléments déjà bien connus. Cependant, si je n'ai pas pu me procurer ces ouvrages, il en va peut-être de même pour d'autres personnes interessées par ce sujet, d'où la nécessité de publications en ligne.

Je vais cependant restreindre, dans un premier temps, ma recherche aux tous premiers photographes de la ville, entre 1839 et 1849.



REMARQUES


Seuls 20 noms de personnes officiant à Marseille, dont 1 seule femme, ont pu être relevés dans cette première décennie (portraitistes, paysagistes, vendeur d'appareils ; ateliers temporaires et pérennes). 

Les ateliers se regroupent, dès les années 1840 près du Port, essentiellement dans la rue St. Ferréol et les rues adjacentes.

Leurs titulaires sont parfois qualifiés individuellement de "daguerréotypeur", proposent des "daguerréotypes" ou, plus exceptionnellement, des "photographies"

Les ateliers pérennes sont majoritairement tenus par des personnes présentes dans la ville avant 1839, souvent des opticiens ou des peintres mais d'autres exercent des professions diverses. 

Ces personnes conservent cependant leur première activité et l'affichent prioritairement. Il est donc parfois difficile de connaître les dates de début et de fin de leur activité en lien à la photographie.

Un exemple : 

- Joseph Pierre Louis TASSY (Aix-en-Provence 5 octobre 1797-Marseille 20 juin 1860), peintre à l'huile et en miniature, professeur de dessin et vendeur de tableaux, est présent à Marseille depuis 1829 (avec une femme "modiste", comme c'est souvent le cas pour les daguerréotypeurs marseillais).

Début 1842, âgé de 44 ans, il se forme au Daguerréotype à Paris auprès de Louis Auguste Bisson, et s'équipe d'un instrument acquis chez l'opticien-fabricant parisien Charles Chevalier. 

Or, si deux documents de cette même année 1842 proposent ses "Portraits au Daguerréotype" (Le Sémaphore de Marseille des 30 juin et 22 juillet 1842), tous les documents des années suivantes (annuaires marseillais et publicités) le citent uniquement en tant que "peintre", à plusieurs adresses successives (rue Canebière, 25 ; rue Pisançon, 19 ; rue Pavé d'Amour, 3A), et ne permettent pas de savoir combien de temps il a exercé parallèlement son activité de daguerréotypeur.



LISTE ALPHABÉTIQUE


Cette liste est susceptible de modifications et d'ajouts. Le détail des prénoms et des dates de naissance et de décès est incomplet à ce jour et le dépouillement des registres de recensement et celui des listes électorales est encore en cours.


BARBIER Auguste (?-?)

BERTEU/BERTAU Mme (?-?)

BOUZIGE Antoine Marie (1803-?)

BRIARD Eugène (?-?)

BRION DIT BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL (père) Joseph Édouard (c.1811-c.1886)

DESMONT(S) Joseph (1802-1856) 

DEVISUSANNE/DEVISUZANNE Félix (1809-1873) 

DODERO/DODÉRO Louis (1824-1902

FINAUD (?-?)

FLUCHÈRE/FLUCHAIRE-RIVORY Joseph Auguste (1800-1855)

GARRAUD (?-?)

GARNIER (?-?)

GAUDIN Alexis (1816-1894)

LECCHI Stefano (c. 1804-c.1864)

MICHEL C. (?-?)

PIERRUGUE(S) Alfred (1811-1871)

ROVERE/ROVÈRE Jean (c. 1813-?)

SANTI Augustin/Auguste (1805-1888) 

TASSY Joseph Pierre Louis (1797-1860)

VINCENT (?-?)




LISTE CHRONOLOGIQUE


- NOM : personne active dans le domaine de la photographie, cette activité étant attestée cette année-là par des documents écrits.

- (NOM) : personne présumée active mais sans preuve écrite pour certaines années intermédiaires.

- (NOM ?) : personne potentiellement active mais qui, en absence de preuves, est signalée ici pour la dernière fois.


1839

Aucune mention d'atelier n'a pu être retrouvée cette année-là. 

Cependant, on peut lire dans l'Ami de la Religion et du Roi du 25 septembre 1839 (p. 605), "des expériences du daguerréotype faites à Marseille ont pour la plupart réussi"

Il y a également, cette année-là, et les années suivantes, des voyageurs qui prennent des vues de Marseille au Daguerréotype ou qui, munis d'un Daguerréotype, embarquent à Marseille, notamment pour l'Égypte.


1840

Aucune mention d'atelier n'a pu être retrouvée cette année-là.


1841

Aucune mention d'atelier n'a pu être retrouvée cette année-là.


1842

Atelier(s) temporaires : PIERRUGUE(S) -

Atelier(s) pérennes : DESMONT(S) - TASSY -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : SANTI -


1843

Atelier(s) temporaire(s) : DEVISUSANNE/DEVISUZANNE de Dieppe (fin 1843-début 1844) - LECCHI -

Atelier(s) pérenne(s) : (DESMONT(S) - (TASSY ?) -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : ANONYME 1 de Paris (il s'agit de BARBIER)(SANTI) -

Vendeur de procédés : BARBIER - LECCHI -


1844

Atelier(s) temporaire(s) : DEVISUSANNE/DEVISUZANNE de Dieppe (fin 1843-début 1844) - MICHEL de Paris -

Atelier(s) pérenne(s) : (DESMONT(S) -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : (BARBIER) - (SANTI) -


1845

Atelier(s) temporaires : BRIARD de Vienne et Paris -

Atelier(s) pérennes : ANONYME 2 - BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL - DESMONT(S) & FINAUD -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : (BARBIER) - (SANTI) -


1846

Atelier(s) temporaires : 

Atelier(s) pérennes : (ANONYME 2) - BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL - DESMONT(S) - ROVERE/ROVÈRE -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : BARBIER - (SANTI) -


1847

Atelier(s) temporaires : 

Atelier(s) pérennes : (ANONYME 2) - BERTAU/BERTEU Mme BOUZIGE BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL - (DESMONT(S) - ROVERE/ROVÈRE (atelier pérenne ou renouvelé) - VINCENT -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : (BARBIER ?) - (SANTI) -


1848

Atelier(s) temporaires : 

Atelier(s) pérennes : ANONYME 2 - BERTAU/BERTEU Mme - BOUZIGE - BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL - DESMONT(S) (avec DODERO) - FLUCHAIRE-RIVORY - GARNIER - ROVERE/ROVÈRE - VINCENT -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : GAUDIN de Paris (succursale) - (SANTI) -


1849

Atelier(s) temporaires : 

Atelier(s) pérennes : BERTAU/BERTEU Mme - BOUZIGE - BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL - DESMONT(S) (avec DODERO- DODERO/DODERO (seul) - FLUCHAIRE-RIVORY - GARNIER - GARRAUD - ROVERE/ROVÈRE - VINCENT -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : FLUCHAIRE-RIVORY (vendeur des appareils de la maison Gaudin) - (SANTI) -





mardi 25 août 2026

1488-RENZO BABILONIA : HENRY MICHEL, UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE PENDANT LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)-2

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE :

HENRY MICHEL,

LE MONDE ILLUSTRE ET LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)

- PARTIE 2 -



- Portrait d'Henry Michel, en sergent-major de l'armée péruvienne, vers 1880-1881.



Comme nous l'avons mentionné précédemment, la participation du correspondant des publications françaises, Le Monde Illustré et La Démocratie Franc-Comtoise, dans l'armée péruvienne ne se termine pas lors de la défense de Lima.

Ainsi, dans une lettre officielle rédigée à Ayacucho le 2 septembre 1881, et envoyée par le général Juan Buendía au capitaine de vaisseau, ministre d'État, figure "la liste des chefs et officiers qui, lors de la retraite, ont accompagné Son Excellence le Président de la République de Lima à la ville de Tarma". Dans cette liste nous trouvons le sergent-major Enrique Michel et aussi le journaliste uruguayen Benito Neto, lieutenant-colonel de l'Armée du Pérou (1).

 Cette retraite ne fut pas simple et de même les conditions de vie de toutes les personnes impliquées dans la résistance furent extrêmement dures. Le 14 septembre 1881, à nouveau depuis Ayacucho, le Général Buendía écrivait :

"Monsieur le Contre-Amiral Ministre Général d'État S.M.G. Je crois qu’il est juste de vous faire savoir que la situation dans laquelle se trouvent les Messieurs Chefs et Officiers appartenant à cet E.M.G. tant natifs qu'adjoints, est extrêmement triste et affligeante car le manque de ressources les tient condamnés à une véritable indigence ; préjudiciant notablement le bon service dans ce Bureau, par la raison que la majeure partie d'entre eux ne peuvent concourir à l'accomplissement des tâches qui leur sont confiées par manque pour certains de chaussures et pour d'autres même des vêtements les plus indispensables pour se présenter honnêtement en public. Qu'il vous suffise de savoir que pour beaucoup des officiers cités, la question de subsistance est un très grave problème quotidien" (2).

Concernant la décision de Michel de continuer à soutenir la cause du Pérou, la chercheuse française Dominique Bonnet précise :

"Il est avec le président de la République d'alors, Piérola, dont l'armée s'est repliée à l'intérieur du pays après l'occupation de Lima par les Chiliens ; puis, quand ce dernier se voit obligé de démissionner du gouvernement et de retourner à Lima, Henri Michel reste à Ayacucho, où il serait "disposé à continuer" de servir le Pérou "sous les ordres du général Cáceres" (3).

Ce service fut vaste et reconnu en ce temps difficile pour le Pérou. Le journal politique d'Ayacucho, La Patria, dans son édition du 22 août 1881, le félicite pour son travail à la maison de la monnaie de ladite ville :

"Un mot de cordiale félicitation que nous devons à l'intelligent Ingénieur M. Michel, pour la rapidité avec laquelle sont menés à bien les travaux de la Maison de Monnaie. Sa consécration à cet égard mérite les plus complets éloges au nom du pays pour le service duquel M. Michel se dévoue tant, nous le lui accordons avec abondance de spontanéité et un plaisir reconnaissant" (4).

Le travail déployé par Henry Michel reste également enregistré dans la lettre officielle que le général Juan Buendía lui envoya le 30 août 1881. Dans cette communication, on notifiait formellement au sergent-major un décret présidentiel expédié à peine trois jours avant, le 27 août, dans lequel il était ordonné de constituer un jury spécial pour évaluer la capacité du personnel de la Maison de la Monnaie d'Ayacucho :

"État-Major Général des Armées. Ayacucho, 30 août 1881. Au Sgt. Mor. Ingénieur Militaire M. Enrique Michel. 

En date du 27 du présent S.E. le Président a expédié le décret suivant : Comme il est nécessaire de vérifier l'aptitude des employés de la maison de la Monnaie, établie dans cette Ville, qui doivent intervenir dans les essais de métaux, alliage et monnayage, conformément aux lois existantes, nommez un jury devant lequel les employés référés doivent passer l'examen respectif, lequel se composera des Docteurs M. José María Zapater, M. José A. Ibarcén, M. Juan Valle et M. Tomas Cáceres et l'Ingénieur Militaire Sgt. Mor. M. Enrique Michel. Ce que je vous communique pour que vous y donniez le dû accomplissement. Dieu vous garde. Juan Buendía" (5).

Michel continuera de servir dans l'armée péruvienne jusqu'à ce qu'il présente sa démission au poste, le 16 janvier 1882 (6).


- Signature de l'artiste , correspondant du magazine Le Monde Illustré et
volontaire de l'armée péruvienne, Monsieur Henry,
Compagnie française des pompiers de Lima.


 


Concernant les années suivantes de la Guerre du Pacifique, Pascal Riviale commente qu'en 1988, lors d'une visite à Lima, il put voir, sur le plafond de la caserne de l'ancienne compagnie de pompiers France 1, une peinture (en très mauvais état de conservation) signée par Michel.

Nous trouvons également une trace de ce don dans la copie d'une lettre qu'Émile Fort adresse à l'artiste, le remerciant pour ce "Tableau allégorique qui représente la République Française" (Lima, 31 juillet 1882 ; Copie des lettres 1881–1884. Papiers de la compagnie de pompiers "France", Lima) (7).

Pour notre part, au moment de faire des recherches sur la "Bomba Francia", nous avions trouvé la demande originale de Henry Michel, écrite de sa propre main et avec sa signature, adressée au commandant de la compagnie, à ce moment-là M. Émile Fort :

"Lima, 12 juillet 1882. Mon Commandant, J'ai l'honneur de vous communiquer que j'offre à la Compagnie Française de Pompiers un tableau allégorique de la République Française qui, si vous le considérez convenable, pourrait servir de décoration pour le salon des banquets que notre Colonie se propose d'organiser à l'occasion de la Fête Nationale du 14 juillet. 

Demain, 13 juillet, je ferai porter le tableau à M. N. Barbier, qui se chargera de l'encadrer. Comme mes moyens ne me permettent pas de payer le cadre, je vous prie, Monsieur le Commandant, d'ouvrir une souscription à la « Bomba » pour couvrir cette dépense extraordinaire. J'aimerais que mon tableau soit placé dans le local de la Bomba. Je vous prie d'accepter le témoignage de ma plus distinguée considération. Henry Michel Pompier honoraire" (8).

En ce qui concerne l'œuvre picturale d'Henry Michel, Dominique Bonnet précise :

"Durant son séjour à Lima, Henri Michel participe activement à la vie de la colonie française. Il intervient durant les fêtes du 14 juillet 1882 et 1883 dans l'animation de la journée, l'illustration du programme et la décoration des lieux. De plus, il peint, pour lesdites occasions, deux évocations de la France : « La République » en 1882, « La Liberté et Rouget de Lisle entonnant la Marseillaise » en 1883" (9).

C'est sur l'œuvre exposée en 1882 que Monsieur Riviale et que nous-mêmes avons pu trouver des informations d'époque dans la Compagnie Française de Pompiers. Selon d'autres documents que nous avons révisés dans l'actuelle Compagnie Française de Pompiers de Lima France 3, Michel est présenté comme membre honoraire de la France 1 d'alors, le 2 juin 1880. À partir de 1882, il devient membre actif de la compagnie de pompiers français à Lima.

Malheureusement, nous n'avons pu localiser ni connaître le sort qu'ont connu les tableaux peints par Henry Michel. Nous devons ajouter que dans la relation des pompiers actifs, honoraires et étrangers de la France 1 en 1880–1881, on mentionne que Michel se trouve "de voyage", et pour la période 1881–1882 il est précisé, "de voyage au Chanchamayo" (10).

De 1882 à 1884, Michel prête ses services à la Légation de France à Lima, spécialement comme traducteur (11). Sur ce point, il doit être souligné que, dans son curriculum, il mentionne qu'en plus de l'espagnol il parle couramment le quechua (12).


- Dessin de Férat d'après un croquis d'Henry Michel, La Guerre du Pacifique,
Combat du 25 mai 1880 dans la rade du Callao, entre la chaloupe péruvienne "Independencia" et le porte-torpille chilien "Janequeo",
estampe parue dans Le Monde Illustré du 11 septembre 1880.




Le 9 septembre 1882, Le Monde Illustré publie une partie d'une lettre écrite par Michel, où il offre des informations aux lecteurs de la revue française sur la résistance péruvienne à l'occupation chilienne. Il convient de préciser que la couverture de ladite édition fut réalisée sur la base d'un croquis également envoyé par Michel :

"NOS GRAVURES Il est notoire que l'occupation d'une partie du Pérou par les Chiliens fut la conséquence de la dernière guerre ; mais les nouvelles que nous recevons nous montrent que les Péruviens opposent une forte résistance. Voici, ci-dessous, un extrait d'une lettre de notre correspondant :

"Lima, 26 juillet. Monsieur le directeur du Monde illustré, Après deux ans d'absence forcée, je vous envoie un croquis (que je n'ai pas eu le temps de soigner suffisamment) relatif aux derniers événements dans les Andes. Une division de l'armée chilienne, commandée par le colonel Canto et obéissant aux ordres du général Lynch, s'est vue obligée de se retirer à Lima, quartier général des forces d'occupation.

Les Indiens du département de Junín, depuis Huancayo jusqu'à Cerro de Pasco, se sont soulevés contre les envahisseurs. Armés seulement de frondes et de fusils déficients, ils ont formé des « montoneras » ou « guérillas » qui ont réussi à s'imposer aux troupes chiliennes.

Mon croquis représente avec précision une embuscade dans un défilé de la cordillère. Les Indiens (souvent guidés par leurs prêtres, qui leur prêchaient la guerre sainte) ont attaqué un détachement d'infanterie et ont fait rouler sur lui des « galgas », d'énormes pierres qui en ont détaché d'autres dans leur chute et ont produit de terribles avalanches. S'il vous plaît, acceptez, etc. — HENRY MICHEL" (13).

Le 5 mai 1883, il publie à nouveau un article dans Le Monde Illustré, pour souligner cette fois la figure de Nicolás de Piérola, qui à ce moment-là se trouvait hors du pays en quête du soutien de divers gouvernements étrangers, ce pour quoi cet envoi s'avérait être une précieuse lettre de présentation pour lui. Michel concluait en signalant que l'ancien dictateur du Pérou était l'unique espoir de résurrection de ce malheureux pays.

Henry Michel retourne en France en 1885 (14). Il fut connu et reconnu en son temps, comme nous pouvons le voir dans les diverses mentions de son œuvre, même de nombreuses années après la fin de la Guerre du Pacifique.

Ainsi, dans une édition de 1890 de La Ilustración Americana, on reproduit, "le célèbre combat du 8 octobre 1879, en prenant une copie de l'aquarelle peinte par le délicat artiste Mr. Henri Michel" (15). À une autre occasion, au début du XXe siècle, cette reproduction apparaît de nouveau dans une édition de 1920 de la revue Mundial. Dans un numéro spécial pour le combat d'Angamos, on publie la "copie de l'aquarelle peinte par le célèbre artiste Henri Michel" (16).

La gravure publiée aux deux occasions est également très intéressante, étant une fidèle reproduction, signée par Aurora et Evaristo San Cristóval, de l'œuvre réalisée par Michel en 1879.

Une autre reproduction, photographique cette fois et contemporaine de la période de la guerre, se trouve dans l'album de la Station du Pacifique du navire britannique « HMS Triumph ». Ils s'y réfèrent à l'original de Michel de la manière suivante :

"Photographie 135 : impressions photographiques d'une peinture de H Michel 1879 qui représente la capture du Huáscar par la marine chilienne" (17).

Tout cela sans oublier d'autres copies de ses œuvres, comme celle publiée dans l'Histoire du Pérou de l'année 1907, où est à nouveau présente la reproduction de son interprétation du combat d'Angamos, cette fois, en couleur (18).

Dominique Bonnet explique, que dans la décennie de 1990, elle chercha à contacter différentes organisations franco–péruviennes et institutions culturelles à Lima, mais que, malheureusement, aucune ne put lui communiquer un quelconque élément sur le séjour de Henry Michel au Pérou.

Sur les documents personnels déjà mentionnés, un passage de la docteure Bonnet attire notre attention :

"Des photographies prises en Amérique du Sud prouvent qu'il se dédiait à la photographie entre 1878 et 1885. À son retour en France, il continue de pratiquer cet art et participe à la fondation de la Société Photographique du Doubs, qu'il préside durant quelques années" (19).

Ici, Dominique Bonnet se réfère à des épreuves photographique faites à "Lima, Valparaíso, Santiago, Concepción, Lota, La Oroya, Cuzco... qui datent de la fin du XIXe siècle et trouvés parmi les documents de la famille Michel. Il s'agit très probablement de photographies prises par Henri Michel durant son séjour en Amérique du Sud" (20).

Cette affirmation est très importante. Non seulement elle nous permet d'identifier un photographe étranger qui faisait partie de l'Armée Péruvienne dans les étapes les plus crues de la guerre - et qui est retourné postérieurement dans son pays en emportant ses archives personnelles -, mais elle renforce aussi notre opinion sur le fait qu’Eugène Courret, en partant du Pérou, a pu emporter en Europe, tout comme Henry Michel, beaucoup de photographies et de documents vitaux pour l'histoire visuelle du Pérou.

L'un des motifs principaux, qui ont motivé le retour en France d'Henry Michel, est l'état dans lequel est le Pérou, en conséquence de la Guerre du Pacifique et la subséquente guerre civile entre les généraux Andrés Avelino Cáceres et Miguel Iglesias. C’est la raison pour laquelle s'en vont aussi beaucoup de citoyens étrangers du pays, parmi lesquels le photographe Eugène Courret.

Dans une série de lettres adressées à sa famille, Michel écrit :

"Les affaires vont de mal en pis. Les faillites, banqueroutes, liquidations, [départs précipités] continuent à grande échelle". Et "tout le monde s'en va". Cela, plus la propre maladie de son père, sont les motifs pour lesquels il décide d'abandonner le Pérou après huit ans d'une vie extrêmement intense (21).

À son arrivée à Paris, en 1885, Henry Michel en profite pour remettre au directeur du Monde Illustré ses derniers dessins et lui parler de quelques problèmes financiers, mais aussi pour "porter deux lettres de M. de Piérola aux sieurs Grévy et Dreyfus" (22). La remise de ces lettres nous confirme la sympathie et la confiance que se portaient Michel et Piérola.

Dans les étapes finales de cette recherche, nous avons interviewé la docteure Dominique Bonnet, qui a posé une hypothèse clé : la possibilité qu'Henry Michel eût agi comme espion pour le gouvernement français durant son séjour au Pérou.

Ce soupçon se fonde sur un lien étroit avec le pouvoir politique de l'époque. Le président français d'alors, Jules Grévy - originaire de Franche-Comté tout comme les Michel -, connaissait la famille car Brice Michel (le père de Henry) avait dessiné le jardin de sa résidence dans le Jura.

La proximité de ce lien se confirme en voyant que, immédiatement après son retour du Pérou, Henry alla lui rendre visite à Paris. Pour le moment, il n'est pas possible de déterminer avec certitude s'il s'est agi d'un agent secret ou d'un envoyé spécial commissionné par le président lui-même pour évaluer le déroulement de la Guerre du Pacifique.

Cependant, les relations sociales importantes de la famille Michel en France se révèlent aussi dans une lettre de Nicolás de Piérola à Auguste Dreyfus. Dans ce document on répond au banquier français qui, au nom du père de Henry, avait demandé des nouvelles du fils perdu dans cette lointaine guerre sud-américaine :

"Lima, 2 janvier 1882. Mon cher ami : Hier j'ai eu le plaisir de lire, en double exemplaire, votre estimée du 31 octobre dernier, laquelle m'est parvenue avec un retard inexplicable. En elle, vous avez bien voulu me recommander Monsieur Henri Michel et me demander de ses nouvelles, car il est le fils d'une personne qui mérite votre estime et votre bonne amitié, et qui est inquiète du sort de son jeune fils.

Monsieur Henri Michel est une personne très estimable, tant par ses aptitudes que par sa conduite, et pour qui je ressens une véritable appréciation. Nommé par moi au grade de Sergent-Major de Génie à l'État-Major Général de l'Armée, après avoir passé quelques mois à Tarma - où je l'ai envoyé en congé pour combattre une légère affection à la poitrine -, il fut constamment à mes côtés.

Lorsque je suis arrivé à Tarma les événements politiques m'ont décidé à démissionner du gouvernement du pays et à retourner à Lima comme citoyen particulier, Michel ne m'a pas rejoint. Cependant, je sais, selon mes dernières nouvelles d'Ayacucho, qu'il se trouvait dans cette ville, que tout va bien et qu'il semble disposé à continuer sous les ordres du Général Cáceres.

Pour le moment, je ne peux rien vous dire de plus sur le sort du jeune Michel. Mais soyez certain que, en toute circonstance, je ferai pour lui tout ce que je peux et tout ce qu'il mérite. Son caractère et ses qualités personnelles, au demeurant, semblent lui assurer partout la meilleure des bienvenues.

Par conséquent, vous pouvez rassurer complètement le père de ce jeune homme. J'écris à Michel pour l'informer sur les inquiétudes de son père, ainsi que sur les recommandations efficaces dont il est l'objet de votre part. Je vous prie de présenter mes respects à Madame Dreyfus et à vos enfants. Je vous souhaite beaucoup de prospérité et reste votre, etc. N. de Piérola à Monsieur Auguste Dreyfus, Paris".




- Lettre de Nicolás de Piérola à Augusto Dreyfus, datée de Lima, le 2 janvier 1882,
Collection Dominique Bonnet.



Apparemment, l'intention de Henry Michel était de revenir au Pérou un peu plus tard, quand la situation économique et sociale du pays s'améliorerait et, spécialement, quand Nicolás de Piérola reviendrait au pouvoir. 

Nous croyons cela car il demande un permis de 12 à 15 mois à la Compagnie Française de Pompiers (23) et parce qu'il reste attentif à la continuation des travaux "du chemin de fer de La Oroya, dans lesquels il espérait travailler sur quelque projet" (24), peut-être un agrandissement. De plus, il fait enregistrer l'achat de terrains au Chanchamayo, à son nom et à celui de ses frères (25).

Malheureusement, l'état de santé de son père l'obligea à prolonger son séjour en France. Par conséquent, il n'est pas surprenant qu’après le décès de ce dernier, il pensât à repartir. Il aurait été logique qu'il retournât à Lima et récupérât les fonctions qu'il avait en 1885, mais sa destinée fut complètement différente : il projeta, au printemps de 1890, un départ vers l'Égypte où on lui proposait un poste pour quinze ans, avec un salaire annuel de quinze mille francs. Malgré cela, il n'accepta pas l'offre et poursuivit sa carrière en France (26).



ÉPILOGUE


Les apports de Michel aux images et aux illustrations réalisées au temps de la Guerre du Pacifique, tout comme ses études et travaux péruviens en archéologie, muséologie, peinture et architecture, doivent encore être étudiés.

L'une de ses œuvres les plus connues - dans laquelle il est mentionné par erreur sous le nom de "Mitchell" dans plus d'une publication -, est une peinture de la Bataille de Miraflores, très détaillée en ce qui concerne les personnages, les uniformes et les actions militaires représentées. Les gestes de ses protagonistes passent de ceux qui sont énergiques aux visages effrayés et décomposés de certains combattants au premier plan. Son travail est un témoignage visuel très important de ce temps-là (27).


- Studio Courret (attribution), Nicolás de Piérola et son état-major
pendant la bataille de Miraflores (15 janvier 1881)
,
reproduction photographique d'un tableau de Henry Michel,
Centre d'études historiques et militaires du Pérou.



Dans cette image nous observons le chaos, la confusion, la souffrance et la mort matérialisés dans les personnages secondaires, possiblement par un observateur et survivant du sanglant mois de janvier 1881. La précision, en ce qui concerne les détails militaires dans ses illustrations, attire l'attention.

Michel est probablement l'auteur de plusieurs images publiées sans identification. Sa formation militaire, son grade dans l'armée péruvienne, sa nationalité française et sa propre condition d'artiste et de correspondant étranger lui offraient de multiples avantages et opportunités.

Il y a encore beaucoup à apprendre et à enquêter sur cet illustre citoyen français, coré en 1881, conformément aux documents et à la recherche effectuée par Dominique Bonnet, comme "Bienfaiteur de la Patrie" (Benemérito a la Patria) (28). Un artiste étranger défenseur du Pérou à son moment le plus difficile.



VOIR LA PRÉSENTATION DE L'OUVRAGE DE RENZO BABILONIA :

LE POUVOIR DE L'IMAGE PHOTOGRAPHIQUE DANS LA GUERRE DU PÉROU AU XIXe s. (ÉDITION 2026)



NOTES


  1. Bibliothèque Nationale du Pérou, Archives Piérola, lettre du général Juan Buendía du 2 septembre 1881.

  2. Bibliothèque Nationale du Pérou, Archives Piérola, lettre du général Juan Buendía du 14 septembre 1881.

  3. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 135.

  4. La Patria (Ayacucho), 22 août 1881.

  5. Document original collection privée de Dominique Bonnet.

  6. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 135.

  7. Pascal Riviale, Une histoire de la présence française au Pérou, du Siècle des Lumières aux Années Folles (Lima : IFEA–IEP, 2008), 155.

  8. Archives de la Compagnie Française de Pompiers de Lima, France 3. Merci à Roland Patin pour sa traduction en français des documents de ladite archive.

  9. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 137.

  10. De janvier 1880 à janvier 1882, Henry Michel fit partie de l'Armée du Pérou.

  11. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 137.

  12. Ibidem, 55.

  13. Le Monde Illustré, 9 septembre 1882.

  14. Nous partageons les dossiers militaires d'Henry Michel, conservés aux archives du Pérou et de France. Ce travail n'aurait pas été possible sans l'autorisation du Centre d'études historiques et militaires du Pérou et de son président, le général Juan Urbano Revilla, et la bienveillance du personnel du Fonds des Antiquités de la Bibliothèque nationale du Pérou. Nous remercions également Pascal Riviale, Virginie Frelin-Cartigny et le Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon pour leur collaboration. Une mention spéciale est adressée au docteur Dominique Bonnet pour sa généreuse contribution à la numérisation et à la diffusion des précieux documents et photographies originaux ayant appartenu à Henry Michel. Un grand merci, chère Dominique !

  15. La Ilustración Americana, 15 juillet 1890, XXX.

  16. Mundial, 8 octobre 1920, XXX.

  17. Photograph 135: photographic prints of a painting by H Michel 1879 depicting the capture of the Huascar by the Chilean Navy.

  18. E. Rosay (éd.), Histoire du Pérou. Dix-neuf planches en chromolithographie qui représentent les principaux sujets de l'histoire patrie. (Lima : Librairie Française Scientifique Galland, 1907), planche XVII.

  19. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 179.

  20. Ibid.

  21. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 138.

  22. Ibid., 200.

  23. Ibid., 138.

  24. Ibid.

  25. Ibid., 159.

  26. Ibid., 158.

  27. Archives du Centre d'Études Historico-Militaires du Pérou.

  28. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 152.




samedi 22 août 2026

1487-RENZO BABILONIA : HENRY MICHEL, UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE PENDANT LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)-1

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- Estampe de couverture du Monde Illustré du 9 septembre 1882, 
Guerre du Pacifique. Expédition chilienne dans la cordillère
Un détachement d’infanterie chilienne pris par surprise par une "montonera" d’Indiens du département de Junín. 
Dessin de M. Gérardin, d’après l’esquisse de M. Henry Martin, notre correspondant au Pérou (légende originale). Cette couverture mentionne, à tort, le nom de famille "Martin" pour son correspondant,
alors qu’à l’intérieur de l'hebdomadaire, celui-ci est correctement cité, "Michel".


UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE :

HENRY MICHEL,

LE MONDE ILLUSTRÉ ET LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)

- PARTIE 1 -



INTRODUCTION


La Guerre du Pacifique (1879–1883) fut un affrontement belliqueux très important dans l'histoire de l'Amérique du Sud du XIXe siècle, au cours duquel l'alliance formée par le Pérou et la Bolivie lutta contre le Chili.

Le motif principal du différent fut le contrôle des riches gisements de salpêtre situés à Atacama et Tarapacá. Après cinq ans de batailles, la victoire chilienne reconfigura la carte de la région : la Bolivie perdit sa sortie vers la mer et le Pérou céda des territoires dans le sud du pays.

Durant le conflit, Lima abritait une importante et dynamique colonie française. Dans ce contexte, l'un de ses membres, le correspondant artistique du Monde Illustré, Henry Michel, remplit un rôle important dans l'enregistrement historique et visuel du conflit, et y participa même en tant que membre de l'armée péruvienne.



HENRY MICHEL


Henry Michel (Arcier, 17 de diciembre 1854 - Besançon, 24 de junio 1930) est un personnage inconnu pour la grande majorité des Péruviens, même pour ceux qui s'intéressent à l'étude de cette époque. Michel fut un artiste, photographe, explorateur, architecte, professeur, archéologue et militaire français qui développa de multiples activités dans le court laps de temps où il vécut au Pérou. 

Cité, à divers moments, dans des mémoires, des journaux, des revues et des documents d'époque, sa présence, en tant qu'acteur secondaire important dans le grand drame de la guerre, est si constante qu'elle mérite la peine d'en savoir un peu plus sur lui.


- Studio Courret, Portrait d'Henry Michel, Lima, Pérou, 1879,
Bibliothèque nationale du Pérou.



Henry Michel vécut au Pérou entre 1878 et 1885. C'est dire que sa vie et son expérience en Amérique du Sud furent marquées par la Guerre du Pacifique.

Le premier document, que nous avons découvert à Lima et qui confirme l'intégration d'Henry Michel dans l'armée péruvienne, est un écrit daté du 24 avril 1880. Dans celui-ci, le colonel Francisco de Paula Secada informe le Secrétaire d'État au Département de la Guerre que le sergent-major Henry Michel se trouve malade à l'hôpital de San Bartolomé. Cependant, commente le colonel Secada, "il a déjà été informé de se mettre à la disposition du secrétariat privé de S.E. pour l'accomplissement d'une commission spéciale du service" (1).

En septembre 1880, depuis Tarma, après avoir visité le fort de San Ramón, Michel rédige un rapport qu'il juge comme totalement inopérant, et conçoit un projet pour l'établissement d'un autre fort dans un lieu plus stratégique, près de Paucartambo. Pour cela, il propose la construction d'un fort de type blockhouse et, de plus, l'aménagement des environs par le biais de l'élévation d'un pont.

Le sergent-major Michel explique dans son message ce qui rend particulier ce type de fort, entièrement construit en bois, qu'il signale comme étant en usage aux États-Unis et en Algérie, et offre une description complète de son projet (2).

En relation avec la préparation des défenses de la ville de Lima pour les imminentes batailles de 1881, Benjamín Vicuña Mackenna mentionne Michel de la manière suivante :

"Leurs principaux directeurs avaient été un ingénieur autrichien nommé Máximo Gorbitz, qui se vantait d'avoir construit les fortifications légères de Plewna qui maintinrent à distance l'armée russe lors de la guerre de 1877–78… L'un de ses principaux adjoints, en plus de quelques ingénieurs péruviens, avait été un certain Michel, retoucheur de portraits photographiques de l'atelier de Garreaud i C de Lima. Nous avons sous les yeux des communications originales de Gorbitz, datées du 18 février 1880, dans lesquelles il demande certains instruments et adjoints pour se rendre à San Juan faire des reconnaissances" (3).

Vicuña Mackenna se trompe cependant en indiquant que Michel travailla avec le photographe français Emilio Garreaud, qu'il confond avec son compatriote Eugène Courret. Au moment où Michel arrive au Pérou, en l'année 1878, Garreaud était déjà parti depuis de nombreuses années (1865 environ) vers le Chili.

Nous confirmons la collaboration de Courret avec l'artiste Michel après avoir étudié diverses cartes de visite et de cabinet que le photographe réalise pour commémorer des événements et des personnages importants de l'étape précoce de la guerre, comme le combat d'Angamos et don Miguel Grau Seminario.

En détaillant les motifs artistiques qui accompagnent les photographies (beaux dessins de colonnes, images de la patrie, ancres, drapeaux et étendards péruviens, entre autres), nous pouvons y trouver écrit son nom : "H. Michel".

Il n'était pas un simple retoucheur de photographies ; il collaborait, et recevait un crédit, comme directeur artistique. 


 - Studio Courret, Bataille d'Angamos. Le Huáscar capturé par la marine chilienne, le 8 octobre 1879,
tirage photographique d'un tableau de H. Michel datant de 1879,
Album photographique, Pacific Station in HMS Triumph
National Maritime Museum, Greenwich, Londres.


- Sudio Courret, illustration d'Henry Michel, Portrait de Don Miguel Grau
contre-amiral de la Marine péruvienne et commandant du « Huáscar ».
Né à Piura en 1834 et mort héroïquement lors de la bataille de Mejillones, le 8 octobre 1879, 
Institut d’études historiques et maritimes du Pérou.


- Studio Courret, Les héros du Huáscar, 1879,
photographie d'une illustration d'Henry Michel,
Album photographique, Pacific Station in HMS Triumph
National Maritime Museum, Greenwich, Londres.




Ph. de Rougemont (4), ingénieur civil et architecte français, dans une brève publication très critique envers le président péruvien Nicolás de Piérola, écrite en 1883, donne une information très précise sur un compatriote à lui que nous pourrions identifier comme Henry Michel :

"D. Nicolás faisait un Colonel de n'importe quelle arme en cinq minutes ; le moins apte était sûr d'être l'objet de son choix. Pour cela, un jeune français d'une instruction très vulgaire, retoucheur de photographies à Lima et qui avait été simple sapeur dans un régiment du corps des Ingénieurs de France, fut promu par Piérola au grade de Sergent-Major !!!" (5).

Toujours sans l'identifier, de Rougemont fait une affirmation très sérieuse que nous ne pouvons pas confirmer :

"Il est certain que le Major improvisé avait fait passer comme œuvre sienne un petit traité de fortifications, copie servile d'un livre de la bibliothèque de M. de Rougemont. C'était là tout son bagage scientifique" (6).

En tout cas, sur cette dénonciation, nous pouvons ajouter qu'à la Bibliothèque Nationale du Pérou existent deux lettres, écrites les 10 et 11 août 1880, dans lesquelles De Rougemont explique à Piérola que son départ est proche et qu'il a eu "l'honneur de solliciter par écrit, plusieurs fois, depuis deux semaines, une audience de quelques minutes pour vous donner quelques explications relatives à la carte que je vous ai remise" (7). C'est possiblement dans ces documents et dans le dédain de ne pas être reçu que se trouvent les principaux motifs du pamphlet haineux publié à Paris en 1883 (8).

Marie Joseph Louis Emile Henri Michel naquit le 17 décembre 1854 à Arcier (département du Doubs). Trop jeune pour participer à la Guerre Franco-Prussienne de 1870, il est, par la suite, appelé sous les drapeaux comme "recrue conditionnelle" pendant un an (octobre 1874 à novembre 1875) dans le premier régiment du génie français.

Il s'inscrivit au consulat de France à Lima en 1878, comme "peintre". Cependant, sa véritable formation était celle d'architecte paysagiste, et il semble avoir également exercé au Pérou cette profession (9). Au XXe siècle, de nombreuses années après son retour en France, il fut décoré de la Légion d'Honneur (10). 

La chercheuse française Dominique Bonnet écrit que le Pérou ne fut pas le premier voyage international que Michel réalisa : en août 1876, il accompagna son père, qui exerçait encore comme architecte paysagiste, à l'Exposition Universelle de Philadelphie. Puis, en 1878, il quitta les États-Unis à destination du Callao (11).

En révisant les publications de l'époque, nous trouvons une active participation sociale et professionnelle de Michel en Amérique du Sud. Dans l'Annuaire de Lima pour 1879–1880, on le mentionne comme un membre important du "Cercle Artistique" :

  • Président : D. Luis Boudat, peintre

  • Vice-Président : Enrique Michel, peintre

  • Vocal : Patricio M. del Rio, peintre

  • Id. : Benigno Cáceres, peintre

  • Id. : Domingo Quispe, sculpteur

  • Id. : Antonio Robles, sculpteur

  • Id. : Miguel Trefogli, architecte

  • Id. : Antonio Herrera, graveur

  • Trésorier : José R. Quiñones, graveur

  • Secrétaire : Adolfo de la Torre, peintre

  • Pro – Secrétaire : Jorge Stainton, peintre (12).

Patricio Greve Möller signale que, par décret du 10 janvier 1880, Nicolás de Piérola créa un régiment de génie de trois bataillons, dépendant de l'État-Major Général et intégré par des sapeurs, pontonniers et mineurs. Après la nomination, le 21 avril, du personnel du nouveau régiment de génie de l'armée, dans le bataillon de sapeurs nous trouvons le sergent-major Henry Michel (13).

À titre de détail : dans le document original que nous avons trouvé au Centre d'études historico-militaires du Pérou que nous publions dans cette recherche (14), on mentionne Henry Michel comme "Henrique Michel". Malgré les petits changements au moment d'écrire son nom et de l'identifier, que ce soit comme Henry, Henri, Henrique ou Enrique, on peut suivre son trajet comme officier de génie dans l'armée péruvienne.


- Document rédigé le 21 avril 1880, dans lequel figure le sergent-major Henrique Michel, 
en service au sein du régiment du génie, bataillon des sapeurs de l'armée péruvienne, 
Centre d'études historiques et militaires du Pérou.



De même, selon l'édition du 17 février 1880 du journal El Nacional, Henry Michel fut professeur de gravure à l'eau-forte à l'Institut des Beaux-Arts, Lettres et Monuments publics à Lima (15).

Dominique Bonnet nous en apprend un peu plus sur les activités enseignantes et artistiques de Michel : en 1880, quand fut établi à Lima, à l’initiative du président de la République Piérola, "l'Institut des Beaux-Arts, Lettres et Monuments Publics", il a été nommé professeur de gravure à l'eau-forte et, quelques mois plus tard, professeur d'archéologie. À cette dernière fonction s'ajoute celle de conservateur des collections, archives et musées dudit institut. De plus, dans un curriculum vitae, il précise exercer la fonction de directeur de l'institut, de 1881 à 1883 (16).

Dans les divers documents et curriculum de Henry Michel publiés par Dominique Bonnet, nous trouvons des détails importants à mentionner. Dans le curriculum I, Michel affirme avoir été "Directeur de la même école avec l'autorisation du Gouvernement Français (1879–1883)". 

Dans le curriculum II, en revanche, il soutient qu'il n'exerça la direction qu'entre 1881 et 1883. Cependant, il convient de signaler que, durant cette période, Lima était occupée par les forces chiliennes et, comme on le verra plus loin, l'artiste et militaire français participa activement à la résistance péruvienne dans les Andes ; par conséquent, sa nomination comme directeur de l'Institut des Beaux-Arts, Lettres et Monuments Publics n'eut pas d'effet pratique (17).



NOTES


  1. Lettre de Francisco de Paula Secada au Secrétaire d'État au Département de la Guerre, 24 avril 1880, Archives du Centre d'Études Historico-Militaires du Pérou.

  2. Dominique Bonnet, Brice Michel (1822–1889) et Henri Michel (1854–1930) ; deux architectes-paysagistes franc-comtois, thèse de doctorat en Histoire Sociale, Dir. Marcel Giry (Besançon, 1995), vol. I, 136.

  3. Vicuña, Historia, 852.

  4. Identifié comme Philippe de Rougemont par Alfonso Quiroz dans Histoire de la corruption au Pérou, pages 206, 207, 231, 543 et 603.

  5. P. De Rougemont, Una pájina de la dictadura de D. Nicolás de Piérola, édition espagnole (Paris : Imprimerie Cosmopolite, 1883), 40.

  6. De Rougemont, Una pájina, p. 41.

  7. Bibliothèque Nationale du Pérou, Archives Piérola, lettre du 11 août 1880 pour son Excellence M. Nicolás de Piérola, Chef Suprême.

  8. La Bibliothèque Nationale du Pérou catalogue la lettre du 10 août 1880 de cette forme : [Lettre de] Emiliano Rougemont, 10 août 1880, Lima [pour] Nicolás de Piérola, Lima. Cependant, dans sa signature et son identification personnelle, le citoyen français utilise exclusivement son nom : De Rougemont, ingénieur civil & architecte, rue du Callao 184. Il ne signe jamais comme Emiliano.

  9. Pascal Riviale, communication personnelle. Nous remercions Monsieur Pascal Riviale pour l'envoi de la fiche militaire de Henry Michel et Monsieur Roland Patin pour la traduction du document en français.

  10. Nous remercions Monsieur Carlos Estela Vilela pour nous avoir transmis cette information.

  11. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 42.

  12. Elmore et Holtig, Directorio, 202.

  13. Les chercheurs Greve, Chang, Soto, Castillo et Carrera, sur le blog d'histoire militaire et culture Militaria (https://militariabloghistoricomilitar.blogspot.com/ -  ici), développent une recherche approfondie sur les défenses de Lima. Il convient de souligner cette collaboration entre chercheurs péruviens et chiliens.

  14. Archives du Centre d'Études Historico-Militaires du Pérou. Document daté du 24 avril 1880.

  15. El Nacional (Lima), 17 février 1880.

  16. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 133.

  17. Les deux documents se trouvent publiés dans la thèse de Dominique Bonnet : Bonnet, Brice et Henri, vol. III, 140 et 142.




À SUIVRE :

UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE : HENRY MICHEL

- PARTIE 2 -




mardi 18 août 2026

1486-RENZO BABILONIA : LE POUVOIR DE L'IMAGE PHOTOGRAPHIQUE DANS LA GUERRE DU PÉROU AU XIXe s. (ÉDITION 2026)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS





EL PODER DE LA IMAGEN: LA GUERRA DE NUESTRA MEMORIA
 

Tomo I - edición 2026


Autor: Renzo Babilonia Fernández Baca (Perú)

Editorial: Bicentenario Casa Editorial.

Temática: Historia de la fotografía, Conflictos armados, Siglo XIX.


Para adquirir el libro se puede escribir a: editorial@casabicentenario.com



Pour les passionnés d’arts visuels, une archive ancienne constitue un témoignage vivant d’une valeur inestimable. 

L’édition 2026, révisée et augmentée, de La guerra de nuestra memoria (Tome I), écrite par le photographe et chercheur péruvien Renzo Babilonia, s’impose comme un ouvrage incontournable d’analyse culturelle. 

Au fil de ses 262 pages, cet ouvrage examine l’iconographie de la guerre du Pacifique, ce tragique conflit qui opposa le Pérou et la Bolivie au Chili, entre 1879 et 1884.

Voici les raisons artistiques et historiques pour lesquelles cette édition se distingue dans le paysage éditorial contemporain.


- Studio Courret, La statue décapitée de Christophe Colomb, rue des Cinq Coins, Chorrillos, 1881. 
Collection : Centre d’études historiques et militaires du Pérou.




LE REGARD FRANÇAIS : LE STUDIO COURRET ET HENRY MICHEL


L’ouvrage accorde une place centrale à la dimension française dans la représentation visuelle du conflit, en l’abordant sous deux angles très distincts :

- le studio Courret : fondé à Lima par les frères français Aquiles et Eugenio Courret, ses archives photographiques s’avèrent essentielles à la recherche. 

Le studio n’a pas seulement immortalisé l’esthétique et les coutumes de la haute société de l’époque, mais a également documenté avec brio les rues de Lima en proie aux combats et la dureté des affrontements pour la capitale péruvienne.

- Henry Michel : un personnage extraordinaire mis en lumière dans les pages de cet ouvrage.

Michel a su allier l’art au devoir civique, en exerçant la fonction de correspondant artistique du célèbre magazine français Le Monde Illustré, tout en servant comme volontaire dans l’armée péruvienne. 

Ses croquis, ses notes et ses impressions sur le conflit ont servi de base à la réalisation des estampes publiées en Europe, jetant ainsi un pont esthétique direct entre les champs de bataille sud-américains et la presse parisienne du XIXe siècle.


- Studio Courret, Destruction de Chorrillos, détail d’une photographie de la rue del Pellizco, 1881. 
Collection : Institut d’études historiques et maritimes du Pérou.




LA PHOTOGRAPHIE COMME ARME GÉOPOLITIQUE ET DE PROPAGANDE


Renzo Babilonia propose une approche dans laquelle les images d’archives ne servent pas simplement à illustrer le texte, mais constituent l’objet principal de l’étude. 

La recherche met en évidence un énorme déséquilibre technologique et logistique : alors que le Chili a utilisé l’appareil photographique de manière systématique, planifiée et propagandiste pour construire son récit de victoire, le Pérou du XIXe siècle a dû faire face à de graves contraintes matérielles et techniques pour consigner visuellement le déroulement des campagnes et sa propre résistance.


- Studio Courret, État dans lequel se trouvait l'ancienne promenade de Chorrillos après les affrontements 
et les pillages dont a été victime la station balnéaire de Lima le 13 janvier 1881.  
Collection : Institut d'études historiques et maritimes du Pérou.




UNE ÉDITION CONSIDÉRABLEMENT ENRICHIE (2026)


Contrairement aux versions précédentes de l’ouvrage, l’édition de 2026 élargit le champ de la recherche et intègre un catalogue visuel bien plus riche, composé d’archives, d'estampes et de photographies restaurées. 

Chaque pièce est analysée selon des critères de composition, de diffusion et de censure, sauvant ainsi de l’oubli les visages humains, des hauts gradés aux simples soldats, pris dans le tourbillon de la guerre.


POUR COMMANDER L'OUVRAGE EN ESPAGNOL :

editorial@casabicentenario.com



VOIR AUSSI, SUR CE BLOG : 

RENZO BABILONIA : HENRY MICHEL, UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE PENDANT LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)