4

4

lundi 31 octobre 2016

607-EUGÈNE DEGAND (1829-1911), PHOTOGRAPHE À NICE-1




- DEGAND Eugène (1829-1911), Nice, Le Port, tirage vers 1883-1887,
carte cabinet, tirage albuminé de 15x9,6 cm contrecollé sur carton épais de 16,5x10,9 cm,
Collection personnelle.
[N.B. : les recherches ultérieures montreront que la prise de vue date des années 1874-1875 mais que le tirage est postérieur].



Cette semaine, j'ai acquis une photographie ancienne du quartier du Port de Nice où je réside actuellement. Cette vue est l'oeuvre du photographe Eugène Degand.

J'ai recherché sur Internet les renseignements disponibles sur ce photographe. Il serait né à Lille le 6 octobre 1829, aurait suivi une formation de peintre puis aurait participé aux Salons parisiens des années 1857-1868, exposant des scènes de genre et des paysages, notamment orientalistes. 

Voir un dessin d'architecture d'Eugène Degand sur : Artnet
Voir des peintures d'Eugène Degand sur : Petit Palais

Installé sur Nice, il aurait ouvert un atelier de photographe et aurait été actif entre 1870 et 1900, sa date de décès restant inconnue.

Désireux d'en savoir plus, j'ai approfondi les recherches sur Internet et dans les bibliothèques.



- DEGAND Eugène (1829-1911), Encart publicitaire publié dans l'Annuaire niçois de 1879, page 232.



LES ANNUAIRES NIÇOIS 

Les annuaires (Archives Départementales des Alpes-Maritimes, numérisées et en ligne) témoignent de la présence d'Eugène Degand à Nice dès le milieu des années 1860. Il y apparaît, dès 1864 et cela jusqu'à 1872, comme "peintre de genre" résidant 18, place Saint-Etienne, dans un quartier en pleine urbanisation et restructuration, ce qui va entraîner à plusieurs reprises, sans qu'il déménage, le changement de nom ou de numéro de son adresse.

Dès 1873, le nom d'Eugène Degand apparaît dans les annuaires, avec toujours pour profession "peintre" (jusqu'en 1877) mais également comme "photographe", suivi de deux adresses proches de la place Saint-Etienne : son atelier, situé derrière la pension Millet, rue Saint-Etienne, au nord de la place (nouvelle dénomination), et son magasin, 6 rue Paradis, près le Jardin-Public, au sud de la place (adresse précisée au recto de ses cartons d'édition pour grandes photos dès 1866 ?).

Dès les années 1876-1877 (absence d'annuaire conservé de 1876), l'adresse de son atelier change de dénomination (le changement est attesté en 1877 mais n'est visible sur les plans de Nice qu'en 1882), une portion de la rue Saint-Etienne devenant une prolongation de la rue Pastorelli ("rue Pastorelli-Saint-Etienne" ou "rue Pastorelli prolongée"). L'atelier affiche d'abord "rue Pastorelli" ou numéro "20, rue Pastorelli" qui devient au début des années 1880, le numéro 24 (changement attesté en 1884 mais absence d'annuaires conservés de 1880, 1881, 1882 et 1883). Eugène Degand occupe en fait un local de la maison Causse (propriétaire Joseph Causse) sise ruelle des Prés, qui prend successivement le nom des artères principales. Son magasin affiche pour sa part le n° 8 rue de Paradis dès les années 1880-1884 (changement attesté au plus tard en 1884 dans les annuaires mais déjà présent dans le Plan-Album de Nice de 1881-82 et de 1882-83 alors que le Guide Nice en poche de 1883 affiche encore le n°6).



- Plan de la Ville de Nice dressé par Mr François Aune, architecte, détail, 1882,
BnF, Paris, collections numérisées et en ligne sur Gallica,
avec au centre (du sud au nord) le Jardin public, la rue de Paradis avec le magasin d'Eugène Degand,
la place Saint-Etienne et la rue Lonchamp découpant un premier triangle avec
la Pension Millet, et à l'arrière, l'atelier d'Eugène Degand, sur un tronçon de rue nommé alors
rue Pastorelli (et qui sera fusionné en 1890 avec la rue Cotta plus à l'ouest) ; 
voir le plan en détail sur Gallica.bnf : Plan de 1882,
et le comparer au plan de 1865 sur Gallica.bnf : Plan de 1865,
puis au plan des années 1890 sur Gallica.bnf : Plan des années 1890.



A la fin des années 1880 (changement attesté en 1889), plusieurs numéros sont désormais mentionnés pour ses magasins, les 5, 6 et 8 rue Paradis qui deviennent 6 et 7 dans les années 1890, alors que l'adresse de son atelier devient pour sa part 14, rue Pastorelli (changement attesté seulement en 1888) puis 14, rue Cotta (changement attesté de 1890 à 1901, actuelle rue Maréchal-Joffre). 

Ses deux enfants (?), L. et A. Degand s'occupent respectivement dès 1896 et 1897, du magasin d'appareils photographiques au n° 7 et du magasin de photographie au n° 6 (A. Degand signe d'ailleurs des photos de portraits vers 1900).
De 1900 à 1905 cependant, Eugène Degand s'occupe encore du magasin aux n° 6 et 7 rue Paradis (et A. Degand de celui des n° 5 et 8) et il habite à une nouvelle adresse (jusqu'en 1908), montée Carabacel, villa Ernestine (n° 2 puis n°4). 

Le nom d'Eugène Degand, présent seulement dans la « Liste générale des principaux photographes » publiée par la Société de Photographie de Toulouse de 1897 à 1905, disparaît des annuaires niçois des professionnels dès 1906 (pour laisser place au nom Degand-Banliat au n° 7 rue Paradis jusqu'en 1913) et des annuaires des particuliers en 1909. 

Sa mort a lieu en fait l'année de ses 82 ans, à Nice, le 9 octobre 1911 dans une Maison de convalescence, au 57 avenue Borriglione, comme le révèle son acte de décès retrouvé (n° 2805, Archives départementales des Alpes-Maritimes, numérisées en ligne). Cet acte précise qu'il était, à cette date, veuf de Marie Degand, née Lecroire. Il était né le 7 octobre 1829 (et non le 6) de Degand Magloire Joseph et de Degand Isabelle, née Dupire.



- DEGAND Eugène (1829-1911), Nice, Le Port, verso, vers 1883-1887,
carte cabinet, tirage albuminé de 15x9,6 cm, contrecollée sur carton épais de 16,5x10,9 cm,
Collection personnelle.




LE VERSO DES PHOTOGRAPHIES

Les photographies conservées d'Eugène Degand (sites de vente en ligne Delcampe et Ebay notamment) sont pour la plupart des tirages albuminés, souvent collés sur carton (plus ou moins épais, format carte de visite ou cabinet) dont les sujets sont essentiellement des paysages urbains et naturels de la Côte d'Azur (Nice, Cannes, Monaco, Menton, Hyères, Antibes, Villefranche-sur-Mer, Beaulieu...), de la frontière italienne (Vintimille, San Remo, Gênes...) et du Sud-Est de la France (Annecy, Aix-les-Bains...) mais aussi des portraits, voire quelques natures mortes.

Quelques types de textes imprimés occupent le verso de ses photos :

1- "Collection de vues pour album et Stéréoscope par Degand (ou Degand à Nice)".

Ces intitulés peuvent correspondre aux débuts de son activité niçoise, du milieu des années 1860 au tout début des années 1870 (vers 1864-1874). Il semble (car cela reste à confimer par un plus grand nombre de photographies) que "Par Degand" concerne les années 1864-1872 ou 1869-1872 et "Degand à Nice", les années 1872-1874.

Sa date d'installation sur Nice est certainement 1863 et son activité de photographe sur la Côte d'Azur est notamment attestée par les archives du Getty Research Institute qui possède des cartes d'Eugène Degand dans une collection constituée par Douglas Merritt dans ses voyages des années 1866 et 1867, et également par les collections de Monaco (photographies datées de 1866).

Voir sur ArchiveGrid : Eugène Degand dans les collections du Getty Research Institute et Harvard University.







2- Monogramme formé des lettres entrecroisées E et D suivi de "E. Degand - Peinture et photographie - Rue Saint-Etienne - Derrière la Pension Millet - et Rue Paradis, 6 - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs", ou bien de, "E. Degand - Peinture et photographie - Magasin rue Paradis, 6 - Atelier rue Saint-Etienne - Derrière la Pension Millet - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs".

Pour les portraits : "Photographie artistique - E. Degand - Rue Saint-Etienne - Derrière la Pension Millet - Nice".

Ces intitulés peuvent correspondre aux années 1874-1877. Cependant, les cartons imprimés pour les portraits semblent encore utilisés dans les années 1880.






3-Monogramme formé des lettres entrecroisées E et D suivi de "E. Degand - Peinture et photographie - rue Pastorelli - Derrière la Pension Millet - et Rue Paradis 6 - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs".

Ces intitulés peuvent correspondre aux années 1877-1880 (rue Pastorelli, nom attesté dès 1877 mais annuaire de 1876 absent).






4-Monogramme formé des lettres entrecroisées E et D suivi de "E. Degand - Peinture et photographie - Magasin rue Paradis, 8 [et non plus 6] - Atelier rue Saint-Etienne - Derrière la Pension Millet - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs".

Monogramme formé des lettres entrecroisées E et D suivi de "E. Degand - Peinture et photographie - Magasin Rue Paradis 8 - Atelier rue Pastorelli - Derrière la Pension Millet - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs".

Monogramme formé des lettres entrecroisées E et D suivi de "E. Degand - Peinture et photographie - Magasin Rue Paradis 8 - Atelier rue Pastorelli, 24 - Derrière la Pension Millet - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs".

Ces intitulés peuvent correspondre aux années 1881-1883, avec l'attribution du n° 8 à son magasin de la rue Paradis et l'attribution du n° 24 à son atelier de la rue Pastorelli.





5-Armoiries du Royaume-Uni (blason couronné de 1837, accosté d'un lion et d'une licorne) suivi de, "Degand Photographe - Bté (Breveté) de SM la Reine d'Angleterre - Rue Pastorelli 24 (Près la Pension Milliet) [avec un "i" désormais] - Nice - Magasins, Rue Paradis 8 - Vues de Nice, Cannes Monaco - Menton &a [et autres]".

Armoiries du Royaume-Uni (blason couronné de 1837, accosté d'un lion et d'une licorne) suivi de, "Degand Photographe - Bté (Breveté) de SM la Reine d'Angleterre - Atelier : Rue Pastorelli, 14 - Près de l'hôtel [et non plus, "Pension"] Milliet - Nice - Magasins, Rue Paradis 6  [et non plus "8"] - Vues de Nice, Cannes Monaco -Menton &a [et autres]".
En-dessous de ces mentions (parfois après un espace) apparaît également le nom de l'imprimeur-éditeur (ou cartier) : "D. Hutinet, Paris" (actif dans le dernier tiers du XIX° siècle ; il est l'un des exposants de l'Exposition Universelle de Philadelphia en 1876 puis de Paris en 1878 : "Hutinet (D.), à Paris, rue Grenéta, 43. – Cartes, cartons pour photographies" ; il reste à cette adresse jusqu'en 1880 puis réside au n°18 avenue Parmentier à Paris).

Ces intitulés peuvent correspondre aux années 1883-1887, avec l'attribution du n° 24 à son atelier de la rue Pastorelli qui devient le n° 14 dès 1888 (adresse signalée dans l'annuaire niçois de 1888), alors que son magasin reprend le n° 6.






La référence à la reine d'Angleterre dont il s'enorgueillit découle de photographies réalisées lors de la venue de la Reine Victoria sur la Côte d'Azur au printemps 1882 (Menton, du 16 mars au 12 avril 1882). S'il utilise cette référence dans des publicités dès la fin de l'année 1882, il ne semble l'utiliser pour ses cartons photographiques qu'à partir de 1883.



6-Armoiries du Royaume-Uni (blason couronné de 1837, accosté d'un lion et d'une licorne) suivi de, "Degand Photographe - Bté (Breveté) de SM la Reine d'Angleterre - Atelier: Rue Cotta, 14 - Près l'Hôtel Milliet - Nice - Magasins, Rue Paradis 6 - Vues de Nice, Cannes Monaco - Menton &a [et autres]".
En-dessous de ces mentions apparaît le nom de l'imprimeur-éditeur (ou cartier) : "L & D, Paris" (cité de 1889 à 1894). 

La mention de la nouvelle adresse de son atelier, 14, rue Cotta, correspondant aux années 1890-1901 apparaît très rarement. Ses cartons des années 1880 ont-ils continué de lui servir (photographies postérieures à 1890 attestées) ou bien son activité de photographe s'est-elle ralentie progressivement ? 





Si les indications permettent de dater avec précision les tirages, il faut cependant adopter une certaine prudence en ce qui concerne les clichés, Eugène Degand ayant notamment effectué de nouveaux tirages de clichés anciens, dans les années 1880.

Eugène Degand a probablement entamé sa carrière de photographe à Paris au tournant des années 1860, même si aucune photographie de cette époque n'est connue. Il est venu à Nice en 1863 et il y est resté actif jusqu'en 1905, même si peu de photographies semblent postérieures à l'année 1892.