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lundi 31 octobre 2016

607-EUGÈNE DEGAND (1829-1911), PHOTOGRAPHE À NICE-1


- DEGAND Eugène (1829-1911), Nice, Le Port, tirage vers 1883-1887,
carte cabinet, tirage albuminé de 15x9,6 cm contrecollé sur carton épais de 16,5x10,9 cm,
Collection personnelle.
[N.B. : les recherches ultérieures montreront que la prise de vue peut être datée vers 1872-74].


Dernière mise à jour de cet article : 27/03/2020
notamment suite à des contacts avec Dominique Séraphin, descendante d'Eugène Degand.


Cette semaine (octobre 2016), j'ai acquis une photographie ancienne du quartier du Port de Nice où je réside actuellement. Cette vue est l'oeuvre du photographe Eugène Degand.

J'ai recherché sur Internet les renseignements disponibles sur ce photographe (Archives départementales du Nord, numérisées et en ligne)Il est né à Lille au 16, rue des Tanneurs, le 7 octobre 1829, de Degand Magloire Joseph (Tournai mars 1802-Lille 3 avril 1869) et de Degand Isabelle (née Dupire, à Bernissart en 1803)

Eugène Degand suit une formation de peintre auprès de son père entre la fin des années 1840 et le début des années 1850 puis passe, à 26 ans, le concours d'entrée à l'Ecole des Beaux -Arts de Paris en 1855. 
A cette occasion, il demande une aide financière au Conseil Général du Nord qui reconnaît ses capacités et relève qu'il "montre d'heureuses dispositions" mais lui refuse la bourse départementale car "son père est étranger [né aux Pays-Bas] et lui-même, lors du tirage au sort, a demandé a être dispensé de concourir au recrutement de l'armée". 

La mention "élève de son père", est précisée dans les catalogues de Toulouse (1862), de Paris (1868) et d'ouvrages publiés en 1870 et 1882.
Je n'ai trouvé aucun document attestant de la carrière artistique du père car ce dernier est en fait "badigeonneur" (acte de naissance d'Eugène Degand en 1829) puis "peintre en bâtiments" (acte de mariage d'Eugène Degand en 1866, Archives départementales du Nord).

Eugène Degand participe à des salons dans les années 1857-1868 (notamment à Toulouse en 1862, à Lille en 1866 et à Paris en 1868), exposant des portraits, des scènes de genre et surtout des paysages (parfois rapprochés par la critique de ceux de Félix Ziem) italiens et orientalistes (turcs, algériens), peints à l'huile sur toiles ou panneaux de bois de petits formats, qu'il signe, Degand ou Eug. Degand ou encore E. Degand, généralement en bas et à gauche : 

- Portrait d'homme, signé et daté en bas à gauche de 1854, portrait en buste d'un homme moustachu en costume, huile sur panneau de 18x23 cm, Collection privée (vente Ebay 2017 ; voir cet article du blog),

- La Rue du Diable à Alger, exposée au Salon de Paris de 1857 (Dictionnaire général des artistes, vol. 1, 1882, p 375, Gallica),

- Arabes, 1859, huile sur toile signée et datée (Catalogue de vente de l'Hôtel Drouot en 1910, n° 11 p 4, sur Gallica),

Campement de nomades dans la plaine d'El-Outaïa (Sahara)exposée au Salon de Paris de 1859 (Dictionnaire général des artistes, vol. 1, 1882, p 375, Gallica),

- Le marabout Sidi-Barkate, aux environs de Biskraexposée au Salon de Paris de 1859 (Dictionnaire général des artistes, vol. 1, 1882, p 375, Gallica),

- Le marché à la viande de Biskara (Biskra, Algérie) (Exposition des Beaux-Arts de Toulouse,1862, Catalogue en PDF, n° 87 p 40, Salon de Paris de 1863, Dictionnaire général des artistes, vol. 1, 1882, p 375, Gallica, et Exposition des Beaux-Arts de Lille en 1866, Le Bourgeois de Lille du 5 août 1866 sur Gallica et Catalogue de l'Exposition pp 45-46 sur Gallica),

Halte de cavaliers (arabes), sans date, huile sur panneau de 23x37 cm, Collection privée (vente Artnet),

- Repos des bédouins à l'oasis, le soir, sans date, huile sur toile de 22x16,5 cm, Collection privée (vente Artnet),

- Les Bateaux pêcheurs près de Naples, Exposition au Salon de Paris de 1865, Dictionnaire général des artistes, vol. 1, 1882, p 375, GallicaExposition des Beaux-Arts de Lille en 1866 (Le Bourgeois de Lille du 5 août 1866 sur Gallica et Catalogue de l'Exposition pp 45-46, sur Gallica), 

- Le Molo (place Saint-Marc), Venise, sans date, huile sur panneau de 15,5x23,6 cm (Catalogue 2007, Academia Fine Art, Venise, la Serenissima, p 34-35, PDF en ligne),

- Les Rives du Bosphore, sans date, huile sur toile de 14x25,5 cm, Musée des Beaux-Arts de Cordoue (Wikimedia), 

- Constantinople, (autre titre du tableau précédent ?), Exposition des Beaux-Arts de Lille en 1866 (Le Bourgeois de Lille du 5 août 1866 sur Gallica et Catalogue de l'Exposition pp 45-46, sur Gallica),

- Le Matin, Exposition des Beaux-Arts de Lille en 1866 (Le Bourgeois de Lille du 5 août 1866 sur Gallica et Catalogue de l'Exposition pp 45-46, sur Gallica),

- Paysage de Turquie, sans date, huile sur toile de 38x66,5 cm (vente Artnet), 

- La Jeune mère (Catalogue du Salon parisien de 1868, n° 685 p 85, sur Gallica, et Dictionnaire général des artistes, vol. 1, 1882, p 375, Gallica).

- Trois Femmes dans un intérieur, sans date, huile sur panneau, 30,48x22,86 cm, Collection privée.

- Diptyque, Cavalier et Amazone, sans date, huile sur toile de 41x33 cm, Collection privée (cité dans la succession Chabat, 1892, Notice de la vente, p 3 et vente Artnet),

- La Maison des Arbalétriers, Rouen (maison style Renaissance de la rue des Carmes ?)sans date, dessin à la plume encre noire et lavis, sur papier de 47,8x63,2 cm, signé en bas à droite, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (n° d'inventaire DDUT1336, Petit-Palais)

- Dessins (?), Paris, BnF (Richelieu - cote SNR-3) ...

- Minaret au Caire (?), sans date, huile sur toile signée en bas à gauche, 46x34 cm, toile d'origine de la Maison Blanchet (Paris, dès 1851), étiquette de Salon sur le cadre, n° 430 (vente du 15 juin 2018 à Drouot, n° 204 ; voir Interenchères).

- Les roches de Fontainebleau, sans date, huile sur panneau, signée en bas à gauche, 26x37 cm, accidents au cadre (vente du 15 juin 2018 à Drouot, n° 204 ; voir Interenchères). Cette toile évoque le style et les thèmes de l'Ecole de Barbizon.

- Oeuvre attribuée à Eugène Degand, Figure de harem au turban, sans date, huile sur toile, 24x19 cm, toile de la Maison Blanchet (Paris, dès 1851), petits accidents (vente du 15 juin 2018 à Drouot, n° 204 ; voir Interenchères 2018 puis la vente Ebay le 29 mai 2019).

Eugène Degand est un peintre parisien comme il est précisé dans le catalogue de Toulouse de 1862, celui de Paris de 1868 mais aussi dans l'Annuaire de la Gazette des Beaux-Arts de 1870 (cf. Gallica). S'il réside à Nice dès 1863, son adresse parisienne précisée dans les ouvrages est située au 12, rue de Seine.




- DEGAND Eugène (1829-1911), Les Rives du Bosphore, sans date,
huile sur toile, 14x25,5 cm, Cordoue (Espagne), Musée des Beaux-Arts.

Voir un dessin d'architecture d'Eugène Degand sur : Petit Palais

Voir des peintures d'Eugène Degand sur : Artnet



Dans les années 1860, Eugène Degand s'installe sur Nice, y ouvre un atelier de peinture puis de photographie et reste actif jusqu'au début du XX° siècle.

Désireux d'en savoir plus, j'ai approfondi les recherches sur Internet et dans les bibliothèques.



- DEGAND Eugène (1829-1911), Encart publicitaire publié dans l'Annuaire niçois de 1879, page 232.




LES ANNUAIRES NIÇOIS 

Les annuaires (Archives Départementales des Alpes-Maritimes, numérisées et en ligne) témoignent de la présence d'Eugène Degand à Nice dès le milieu des années 1860. Il y apparaît, dès 1864 (installation de 1863) et cela jusqu'à 1872, comme "peintre de genre" au n°18, place Saint-Etienne, dans un quartier en pleine urbanisation et restructuration, ce qui va entraîner à plusieurs reprises, sans qu'il déménage, le changement de nom ou de numéro de son adresse.

Il est témoin de mariages en tant que "peintre", en décembre 1865 et mars 1866.

Lors du recensement de population de la Ville de Nice effectué en 1866, Eugène Degand est à nouveau qualifié de "peintre", âgé de 35 ans (en fait de 36 ans) et vit au 21, boulevard Longchamp, adresse qu'il partage avec sa sœur Julie Constance Degand, "âgée de 37 ans" (en fait de 38 ans car elle est née à Lille le 2 novembre 1827), "négociante" (en lingerie). La présence de sa sœur, "marchande lingère" est attestée à Nice dès 1864 (Le Petit Journal du 12 juin 1864 p 3).

A 37 ans, le "peintre" Eugène Degand, domicilié à Lille au 16, rue de Béthune (adresse de ses parents), se marie, le 29 octobre 1866 avec Maria Louise Lescroart (née le 8 avril 1847), modiste, âgée de 19 ans et habitant 80, rue des Postes à Lille (Archives départementales du Nord, numérisées et en ligne). 

Ensemble, ils vont avoir une fille, Eugénie Louise, qui naît à Lille le 2 novembre 1868 au 80, rue des Postes. A cette date, le père, "peintre", est dit "momentanément absent" (en saison à Nice ?). 

La famille quitte Lille pour s'installer à Nice vers 1869-1870 et c'est à Nice au 3, avenue de la Gare que naît leur second enfant, Emile Arsène le 4 novembre 1871

C'est à Lille qu'Eugène Degand a rencontré sa future femme et s'est marié. La naissance de sa fille à Lille y implique un nouveau séjour. Il est donc probable qu'Eugène Degand alterne, à cette époque, les saisons d'hiver à Nice et des séjours à Lille et Paris.



- DEGAND Eugène (1829-1911), La Famille Degand au square Masséna, détail, vers 1873,
Eugène à droite (44 ans), sa femme Maria (26 ans) et sa fille Eugénie Louise à gauche (5 ans),
son fils Arsène Emile (2 ans) dans les bras de la domestique, en arrière, sur le banc,
détail d'une photographie extraite de l'album, Nice et ses environs, vers 1875, fol. 8, Paris, BnF (voir sur Gallica).


L'Indicateur des Alpes-Maritimes et de la Principauté de Monaco 
de 1869 (de Léon Affairous) cite, pour la première fois, dans la liste des "photographes" niçois, "Degand E., rue Longchamp, 4". 

Les annuaires niçois de 1869 à 1872 citent pour leur part, "Degand, peintre, place St-Etienne, 18".

Il faut attendre 1873 pour que son nom apparaisse désormais dans les annuaires niçois (liste professionnelle et liste des habitants) avec les qualifications de "peintre"  et de "photographe", suivies de deux adresses proches de la place Saint-Etienne : son atelier et sa résidence, situés derrière la pension Millet, rue Saint-Etienne, au nord de la place (nouvelle dénomination de la rue Longchamp), et son magasin, 6 rue Paradis, près le Jardin-Public, au sud de la place. 

Il est probable que l'ouverture du magasin d'Eugène Degand au 6, rue Paradis soit cependant antérieure à 1872 (annuaire de 1873), vers 1869-1871, car l'un des témoins de l'acte de naissance de son fils Emile Arsène en novembre 1871 est Gustave Gaffié, gantier au 7, rue Paradis.

La mention de "peintre" qualifiant Eugène Degand reste pour sa part présente dans les annuaires jusqu'en 1877 mais au revers de ses cartons-photos jusqu'en 1883.

Vers 1875-1876 (absence de l'annuaire de 1876), l'adresse de son atelier/résidence change de dénomination (le changement est attesté en 1877 mais n'est visible sur les plans de Nice qu'en 1882), une portion de la rue Saint-Etienne devenant une prolongation de la rue Pastorelli ("rue Pastorelli-Saint-Etienne" ou "rue Pastorelli prolongée"). 

L'atelier affiche, en 1876, "rue Pastorelli, derrière la pension Milliet" pour "M. Degand, professeur de peinture" dans le guide d'Alexandre Lacoste, Nice pratique et pittoresque (1876) et le numéro "10, rue Pastorelli" dans le recensement de la Ville de Nice de cette même année. 
Il affiche ensuite en 1877, le numéro "20, rue Pastorelli" (liste professionnelle et liste des habitants de l'annuaire de 1877), en 1881, le numéro "14, rue Pastorelli" (recensement de 1881) et devient, le numéro 24, rue Pastorelli au début des années 1880 (ce numéro est cité dans l'annuaire de 1884 - annuaires absents de 1880 à 1883)

Eugène Degand occupe en fait un local de la maison Causse (propriétaire Joseph Causse), sise ruelle des Prés, qui prend successivement le nom des artères principales. Dans le recensement de la Ville de 1881, il y apparaît avec sa femme "Marie, photographe" (alors qu'elle est dite "sans profession" à la naissance de leur fils Emile en 1871), ses deux enfants, Eugénie et Emile, et une domestique.

Son magasin affiche pour sa part le n° 8 rue de Paradis dès le début des années 1880. Ce changement est attesté au plus tard dans les annuaires de 1883 (Collection privée Didier Gayraud) et de 1884 mais il est déjà présent dans le Plan-Album de Nice de 1881-82 et de 1882-83, même si le Guide Nice en poche du Dr F. Rouget, paru en 1883, affiche encore le n°6.



- Plan de la Ville de Nice dressé par Mr François Aune, architecte, détail, 1882,
BnF, Paris, collections numérisées et en ligne sur Gallica,
avec au centre (du sud au nord) le Jardin public, la rue de Paradis avec le magasin d'Eugène Degand,
la place Saint-Etienne et la rue Lonchamp découpant un premier triangle avec
la Pension Millet, et à l'arrière, l'atelier d'Eugène Degand, sur un tronçon de rue nommé alors
rue Pastorelli (et qui sera fusionné en 1890 avec la rue Cotta plus à l'ouest) ; 
voir le plan en détail sur Gallica.bnf : Plan de 1882,
et le comparer au plan de 1865 sur Gallica.bnf : Plan de 1865,
puis au plan des années 1890 sur Gallica.bnf : Plan des années 1890.



A la fin des années 1880 (changement attesté en 1889), plusieurs numéros sont désormais mentionnés pour ses magasins, les 5, 6 et 8 rue Paradis qui deviennent 6 et 7 dans les années 1890, alors que l'adresse de son atelier redevient pour sa part le 14, rue Pastorelli (changement attesté seulement en 1888) puis le 14, rue Cotta (changement attesté de 1890 à 1901, actuelle rue Maréchal-Joffre). 

La famille emménage en 1896 au 20, rue Saint-François-de-Paule. 

Les deux enfants d'Eugène, sa fille "L. Degand" (Eugénie Louise) et son fils "A. Degand" (Emile Arsène), s'occupent respectivement dès 1896 et 1897 (employés) du magasin d'appareils photographiques au n° 7 et du magasin de photographie au n° 6.  

"Je viens à l’instant de recevoir une lettre d’Emile, il est à Londres en ce moment pour apprendre l’anglais. Il nous a quittés il y a deux mois environ en pleine saison, sans s’inquiéter si son père pourrait le remplacer, nous avons voulu le raisonner mais il n’y a pas eu moyen de lui faire entendre raison, il est à la recherche d’une position quand il avait à la maison tout ce qu’il fallait pour gagner de l’argent. Je vous assure qu’Eugénie est bien fatiguée, le magasin lui donne beaucoup de peine, c’est trop pour une femme, nous avons essayé plusieurs employés, nous étions obligés de les renvoyer" (Lettre de la femme d'Eugène Degand, Marie Louise, à son frère Charles Lescroart [1859-1927], le 10 mars 1899). 

Il semble qu' Emile Arsène rentre de Londres après seulement quelques mois car il signe à Nice des photos de portraits en 1901.

La femme d'Eugène Degand décède malheureusement le 25 septembre 1900, à l'âge de 53 ans.

De 1900 à 1904, Eugène Degand s'occupe encore du magasin aux n° 6 et 7 rue Paradis (et Arsène Degand de celui des n° 5 et 8) mais il habite (jusqu'en 1908) à une nouvelle adresse, montée Carabacel, villa Ernestine (n° 2 puis n°4). Il a probablement laissé ses deux adresses précédentes à ses enfants. Le certificat de mariage de sa fille situe d'ailleurs, en 1901, la résidence de cette dernière au n° 7, rue Paradis.

Sa fille Eugénie Louise, âgée de 33 ans (Lille 2 septembre 1868-Nice 1er avril 1943), se marie en effet à Nice, en 1901, avec Eloi Banliat, veuf de 43 ans (La Rochefoucauld 1er décembre 1858-Nice 19 juin 1920), chemisier (au 23, avenue de la Gare). 
L'un des témoins du mariage est son oncle maternel, Louis Adolphe Lescroart (Lille 5 juin 1854-La Madeleine 19 septembre 1925), photographe à Lille (depuis la fin des années 1870, au 47, rue Constantine en 1877 puis au 88, rue Nationale vers 1878 et dès 1889 au 46, rue de l'Hôpital militaire). 

Le fils d'Eugène Degand, Emile Arsène, qui tient la succursale photographique de Cannes dès 1905 (certificat de mariage et annuaires), se marie également à Nice, à l'âge de 33 ans, en 1905, avec Julie Erminie Garavaglia, âgée de 25 ans. 

Le nom d'Eugène Degand, présent seulement dans la « Liste générale des principaux photographes » publiée par la Société de Photographie de Toulouse de 1897 à 1905, disparaît des annuaires niçois des professionnels dès 1906 et des annuaires des particuliers en 1909. 
Eugène Degand a laissé place à sa fille et son gendre dès 1904. C'est la demande, cette année-là, de "Banliat-Degand, marchand d'appareils photographiques, pour peindre la devanture et l'inscription de son magasin au 7, rue Paradis", qui nous le révèle. Le magasin sera conservé par la famille jusqu'en 1912 puis cédé au photographe Charles Coli. 

L
a mort d'Eugène Degand a lieu en fait à 82 ans, à Nice, le 8 octobre 1911 dans une Maison de convalescence, au 57 avenue Borriglione, comme le révèle son acte de décès retrouvé (n° 2805, Archives départementales des Alpes-Maritimes, numérisées en ligne).  



- Nice, Cimetière du Château, Tombe Degand Lescroart,
plateau Gambetta, photographie numérique couleur, 2019.




LE VERSO DES PHOTOGRAPHIES

Eugène Degand a peut-être entamé sa carrière de photographe à Paris au tournant des années 1860, même si aucune photographie de cette époque n'est connue. Il est venu à Nice dès 1863 et il y est resté actif jusqu'en 1904, même si aucune photographie ne semble antérieure à 1865 ou postérieure à l'année 1895.

Certains éléments restent cependant très étonnants : alors qu'il est resté attaché à sa ville natale, aucune photographie de Lille signée de lui n'est connue, et alors qu'il a passé près de trente ans à photographier les bords de la Riviera, aucune peinture de lui de ces mêmes lieux ne semble connue.

Son activité de photographe sur la Côte d'Azur est notamment attestée par les archives du Getty Research Institute avec une photographie d'Eugène Degand dans une collection constituée par Douglas Merritt dans ses voyages des années 1866 et 1867 (voir sur ArchiveGrid : Eugène Degand, dans les collections du Getty Research Institute et Harvard University) et également par les collections de Monaco (photographie datée de 1866). 
Des vues stéréoscopiques (anonymes) peuvent être datées également de 1865-1867, du fait de repères architecturaux. Enfin, des tirages postérieurs sur Cartes de visite, voire Cabinets, réutilisent clairement des prises de vue datant de ces mêmes années.

Les photographies conservées sont pour la plupart des tirages albuminés, souvent collés sur carton plus ou moins épais (ou multiples couches de papier), format stéréo, carte de visite ou cabinet, voire de plus rares panoramiques et de grands formats constituant des albums. 

Les sujets sont essentiellement des paysages urbains et naturels de la Côte d'Azur (Nice, Cannes, Grasse, Monaco, Menton, Hyères, Antibes, Villefranche-sur-Mer, Beaulieu...), de la frontière italienne (Vintimille, San Remo, Gênes, Ceriana...), du Sud-Est de la France (Annecy, Aix-les-Bains et leurs environs) et du Bourbonnais (Vichy et ses environs) mais il existe quelques portraits et scènes de genre et de plus rares natures mortes. 

Alors que ses vues stéréoscopiques vont rester anonymes pendant les 25 ans de sa production, ses autres formats vont pour leur part être signés dès la fin des années 1860.
Il est intéressant de noter que la signature de ses cartons-photos est aussi variée que celle de ses tableaux : "Degand", "E. Degand" (avec au dos des portraits, un "E", d'une police qui imite l'initiale de sa signature de peintre), et plus exceptionnellement, "Eug. Degand".

Quelques types de textes imprimés occupent le verso de ses photos :

1- "Collection de vues pour album et Stéréoscope par Degand (ou Degand à Nice)".

Ces intitulés sont les plus anciens. Il semble que "Par Degand" concerne les années 1869-1871 et "Degand à Nice", les années 1872-1874.






2- Monogramme formé des lettres entrecroisées E et D suivi de "E. Degand - Peinture et photographie - Rue Saint-Etienne - Derrière la Pension Millet [pension citée dans les guides de voyage dès 1866] - et Rue Paradis, 6 - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs", ou bien de, "E. Degand - Peinture et photographie - Magasin rue Paradis, 6 - Atelier rue Saint-Etienne - Derrière la Pension Millet - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs".

Pour les portraits : "Photographie artistique - E. Degand - Rue Saint-Etienne - Derrière la Pension Millet - Nice".

Ces intitulés peuvent correspondre aux années 1875-1878. Cependant, les cartons imprimés pour les portraits semblent encore utilisés dans les années 1880 mais encadrés d'un liseré rouge et épais au recto.






3-Monogramme formé des lettres entrecroisées E et D suivi de "E. Degand - Peinture et photographie - rue Pastorelli - Derrière la Pension Millet - et Rue Paradis 6 - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs".

Alors que l'adresse de la rue Pastorelli est attestée dès 1876, ces intitulés correspondent aux années 1879-1880, les cartons précédents restant utilisés jusqu'en 1878. Il semble même que les cartons réservés aux portraits réalisés en studio aient été utilisés jusqu'en 1883.






4-Monogramme formé des lettres entrecroisées E et D suivi de "E. Degand - Peinture et photographie - Magasin rue Paradis, 8 [et non plus 6] - Atelier rue Saint-Etienne - Derrière la Pension Millet - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs".

Monogramme formé des lettres entrecroisées E et D suivi de "E. Degand - Peinture et photographie - Magasin Rue Paradis 8 - Atelier rue Pastorelli - Derrière la Pension Millet - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs".

Monogramme formé des lettres entrecroisées E et D suivi de "E. Degand - Peinture et photographie - Magasin Rue Paradis 8 - Atelier rue Pastorelli, 24 - Derrière la Pension Millet - Nice - Portraits - Vues de Nice de toutes grandeurs".

Ces intitulés peuvent correspondre aux années 1881-1883, avec l'attribution du n° 8 à son magasin de la rue Paradis puis l'attribution du n° 24 à son atelier de la rue Pastorelli.





5-Armoiries du Royaume-Uni (blason couronné de 1837, accosté d'un lion et d'une licorne surmontant la devise "Dieu et mon droit") suivi de, "Degand Photographe - Bté (Breveté) de S.M. la Reine d'Angleterre - Rue Pastorelli 24 (Près la Pension Milliet) [avec un "i" désormais - ce "i" est présent sur les cartons photos de Félix Trajan dès 1870, dans les annuaires niçois dès 1873 mais sur les cartons de Degand à partir de 1884 seulement] - Nice - Magasins, Rue Paradis 8 - Vues de Nice, Cannes Monaco - Menton &a [et autres]".

Armoiries du Royaume-Uni (blason couronné de 1837, avec un petit lion supplémentaire au-dessus de la couronne et accosté d'un lion et d'une licorne surmontant la devise "Dieu et mon droit") suivi de, "Degand Photographe - Bté (Breveté) de S.M. la Reine d'Angleterre - Atelier : Rue Pastorelli, 24 - (Près l'Hôtel Milliet) [et non plus, "Pension", le mot "hôtel" apparaît dans les annuaires niçois dès 1885]  - Nice - Magasins, Rue Paradis 8 - Vues de Nice, Cannes Monaco -Menton &a [et autres]".

Armoiries du Royaume-Uni (blason couronné de 1837, accosté d'un lion et d'une licorne surmontant la devise "Dieu et mon droit") suivi de, "Degand Photographe - Bté (Breveté) de S.M. la Reine d'Angleterre - Atelier : Rue Pastorelli, 14 - Près l'Hôtel Milliet [sans parenthèses]- Nice - Magasins, Rue Paradis 6 [et non plus 8] - Vues de Nice, Cannes Monaco -Menton &a [et autres]".

En-dessous de ces mentions (parfois après un espace) apparaît également le nom de l'imprimeur-éditeur (ou cartier) : "D. Hutinet, Paris" (actif dans le dernier tiers du XIX° siècle ; il est l'un des exposants de l'Exposition Universelle de Philadelphia en 1876 puis de Paris en 1878 : "Hutinet (D.), à Paris, rue Grenéta, 43. – Cartes, cartons pour photographies" ; il reste à cette adresse jusqu'en 1880 puis réside au n°18 avenue Parmentier à Paris).

Ces intitulés peuvent correspondre aux années 1883-1887 et 1887-1890, avec l'attribution du n° 24 à son atelier de la rue Pastorelli qui devient le n° 14 dès 1887/1888 (adresse signalée dans l'annuaire niçois de 1888), alors que son magasin reprend le n° 6. 
Certains cartons usités en Savoie portent sur fond jaune à l'encre noire, la mention, "Eug. Degand", qui rappelle la signature de ses tableaux, suivie de "Photographe Breveté - 6, rue Paradis, 6 - Nice". Ces cartons ont pu être utilisés dès la période 1888-1890.







La référence à la reine d'Angleterre dont il s'enorgueillit découle de photographies réalisées lors de la venue de la Reine Victoria sur la Côte d'Azur au printemps 1882 (Menton, du 16 mars au 12 avril 1882). S'il utilise cette référence dans des publicités dès la fin de l'année 1882, il ne semble pas l'utiliser sur ses cartons photographiques avant 1884.



6-Armoiries du Royaume-Uni (blason couronné de 1837, accosté d'un lion et d'une licorne surmontant la devise "Dieu et mon droit") suivi de, "Degand Photographe - Bté (Breveté) de SM la Reine d'Angleterre - Atelier: Rue Cotta, 14 - Près l'Hôtel Milliet - Nice - Magasins, Rue Paradis 6 - Vues de Nice, Cannes Monaco - Menton &a [et autres]".
En-dessous de ces mentions apparaît le nom de l'imprimeur-éditeur (ou cartier) : "L & D, Paris" (cité de 1889 à 1894). 

La mention de la nouvelle adresse de son atelier, 14, rue Cotta, correspondant aux années 1890-1901 apparaît très rarement. Ses cartons des années 1880 ont-ils continué de lui servir (photographies postérieures à 1890 attestées), son activité de photographe ralentissant progressivement ? 





Si les indications permettent de dater avec précision les tirages, il faut cependant adopter une certaine prudence en ce qui concerne les clichés, Eugène Degand ayant notamment effectué de nouveaux tirages de ses clichés anciens, tout au long de sa carrière.