4

4

mardi 18 août 2026

1486-RENZO BABILONIA : LE POUVOIR DE L'IMAGE PHOTOGRAPHIQUE DANS LA GUERRE DU PÉROU AU XIXe s. (ÉDITION 2026)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS





EL PODER DE LA IMAGEN: LA GUERRA DE NUESTRA MEMORIA
 

Tomo I - edición 2026


Autor: Renzo Babilonia Fernández Baca (Perú)

Editorial: Bicentenario Casa Editorial.

Temática: Historia de la fotografía, Conflictos armados, Siglo XIX.


Para adquirir el libro se puede escribir a: editorial@casabicentenario.com



Pour les passionnés d’arts visuels, une archive ancienne constitue un témoignage vivant d’une valeur inestimable. 

L’édition 2026, révisée et augmentée, de La guerra de nuestra memoria (Tome I), écrite par le photographe et chercheur péruvien Renzo Babilonia, s’impose comme un ouvrage incontournable d’analyse culturelle. 

Au fil de ses 262 pages, cet ouvrage examine l’iconographie de la guerre du Pacifique, ce tragique conflit qui opposa le Pérou et la Bolivie au Chili, entre 1879 et 1884.

Voici les raisons artistiques et historiques pour lesquelles cette édition se distingue dans le paysage éditorial contemporain.


- Studio Courret, La statue décapitée de Christophe Colomb, rue des Cinq Coins, Chorrillos, 1881. 
Collection : Centre d’études historiques et militaires du Pérou.




LE REGARD FRANÇAIS : LE STUDIO COURRET ET HENRY MICHEL


L’ouvrage accorde une place centrale à la dimension française dans la représentation visuelle du conflit, en l’abordant sous deux angles très distincts :

- le studio Courret : fondé à Lima par les frères français Aquiles et Eugenio Courret, ses archives photographiques s’avèrent essentielles à la recherche. 

Le studio n’a pas seulement immortalisé l’esthétique et les coutumes de la haute société de l’époque, mais a également documenté avec brio les rues de Lima en proie aux combats et la dureté des affrontements pour la capitale péruvienne.

- Henry Michel : un personnage extraordinaire mis en lumière dans les pages de cet ouvrage.

Michel a su allier l’art au devoir civique, en exerçant la fonction de correspondant artistique du célèbre magazine français Le Monde Illustré, tout en servant comme volontaire dans l’armée péruvienne. 

Ses croquis, ses notes et ses impressions sur le conflit ont servi de base à la réalisation des estampes publiées en Europe, jetant ainsi un pont esthétique direct entre les champs de bataille sud-américains et la presse parisienne du XIXe siècle.


- Studio Courret, Destruction de Chorrillos, détail d’une photographie de la rue del Pellizco, 1881. 
Collection : Institut d’études historiques et maritimes du Pérou.




LA PHOTOGRAPHIE COMME ARME GÉOPOLITIQUE ET DE PROPAGANDE


Renzo Babilonia propose une approche dans laquelle les images d’archives ne servent pas simplement à illustrer le texte, mais constituent l’objet principal de l’étude. 

La recherche met en évidence un énorme déséquilibre technologique et logistique : alors que le Chili a utilisé l’appareil photographique de manière systématique, planifiée et propagandiste pour construire son récit de victoire, le Pérou du XIXe siècle a dû faire face à de graves contraintes matérielles et techniques pour consigner visuellement le déroulement des campagnes et sa propre résistance.


- Studio Courret, État dans lequel se trouvait l'ancienne promenade de Chorrillos après les affrontements 
et les pillages dont a été victime la station balnéaire de Lima le 13 janvier 1881.  
Collection : Institut d'études historiques et maritimes du Pérou.




UNE ÉDITION CONSIDÉRABLEMENT ENRICHIE (2026)


Contrairement aux versions précédentes de l’ouvrage, l’édition de 2026 élargit le champ de la recherche et intègre un catalogue visuel bien plus riche, composé d’archives, d'estampes et de photographies restaurées. 

Chaque pièce est analysée selon des critères de composition, de diffusion et de censure, sauvant ainsi de l’oubli les visages humains, des hauts gradés aux simples soldats, pris dans le tourbillon de la guerre.


POUR COMMANDER L'OUVRAGE EN ESPAGNOL :

editorial@casabicentenario.com



À SUIVRE SUR CE BLOG : 

UN ARTICLE DE RENZO BABILONIA -

"UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE :

HENRY MICHEL, LE MONDE ILLUSTRÉ ET LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)"




samedi 15 août 2026

1485-ALPHONSE THAÜST, PHOTOGRAPHE EN FRANCE ET EN ITALIE

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- Signature d'Alphonse Thaüst.


ALPHONSE THAÜST (1816-1887)



PERTUIS


Alphonse Alexis Thaüst est né le 3 juillet 1816 à Pertuis (Vaucluse). Il est le premier des trois enfants de Jean Joseph Alexis Thaüst/Thust, cultivateur (né le 6 septembre 1789) et de Françoise Thérèse Blanc (née le 1er juin 1794 à Pertuis), qui se sont mariés dans cette commune, le 26 avril 1815.

Le père de famille, alors garde-champêtre âgé de 39 ans, décède à Pertuis, le 19 août 1829 (Alphonse a 13 ans).

Le 7 juillet 1845, Alphonse Thaüst, coiffeur, âgé de 29 ans, épouse à Pertuis, Hélène Augustine Giraud, sans profession, 21 ans (née le 8 août 1823, à Pertuis ; fille de feu Pierre Barthélemy, serrurier et de Baptistine Augustine Rose Sauze, marchande d'indiennes - toiles de coton imprimées).

Peu après leur mariage, le couple quitte Pertuis, pour rejoindre Marseille où ils ont de la famille, et notamment l'oncle d'Hélène, Antoine Giraud, menuisier (né vers 1800 à Pertuis).



MARSEILLE


Les époux s'installent à Marseille, rue des Dominicaines, 6 (1er arrondissement) où Alphonse ouvre une boutique de coiffeur.

Malheureusement, son épouse, Hélène Augustine, née Giraud, décède à cette même adresse, le 19 octobre 1847, âgée de 24 ans.

Alphonse Thaüst reste signalé en tant que coiffeur, rue des Dominicaines, 6, dans les annuaires des années suivantes (Nouvel Indicateur marseillais de 1848Le Cicerone marseillais de 1848 et 1849).

Le 3 mai 1849, âgé de 32 ans, coiffeur, il se remarie à Marseille. Sa mère, toujours domiciliée à Pertuis, est consentante par un acte notarié daté du 16 janvier 1849 (ce qui implique un mariage prévu au plus tard depuis fin 1848). 

Il épouse Marie Louise Dodero, modiste, 21 ans (née à Marseille le 26 juin 1827). Cette dernière est la fille d'Andrea/André Dodero, journalier/aubergiste/manoeuvre, décédé (San Martino, République de Gênes c.1790-Toulon, Var, 7 février 1839) et de Benedetta/Bénédicte/Benoîte Vivaldi (née à San Remo, République de Gênes, vers 1791-1795), présente et consentante, avec laquelle elle vivait rue des Consuls, 26 (1).

Le premier enfant du couple, Edmond Pascal Thaüst, naît à Marseille le 29 janvier 1850, rue Saint-Sépulcre, 6 (1er arrondissement ; actuelle rue Francis-de-Pressensé), alors qu'Alphonse Thaüst est toujours coiffeur.

C'est probablement au cours de cette année 1850 qu'Alphonse Thaüst se forme cependant à la photographie, auprès de son beau-frère, Luigi/Louis Dodero/Dodéro, 25 ans (né à Gênes le 6 septembre 1824) (2).

Depuis la fin de l'année 1848 ou le tout début de l'année 1849, Louis Dodero, ingénieur-opticien, s'est en effet installé comme photographe, rue St. Ferréol, 23, à l'escalier situé dans le passage éponyme. Il y propose des portraits au daguerréotype noirs ou coloriés et des leçons de photographie.

Alphonse Thaüst travaille ensuite dans l'atelier de son beau-frère, même si aucun document n'en fournit la preuve.

Début 1851, il officie également, en alternance avec lui (en tant qu'associé ?), dans la succursale ouverte à Lyon, rue de la Préfecture, 9.



LYON


C'est au plus tard au printemps 1851, qu'Alphonse Thaüst, sous le nom de, "Thaüst-Dodero, artiste daguerréotypeur", officie en effet à cette adresse lyonnaise (L'Argus et le Vert-vert réunis du 4 mai 1851).


- Annonce de l'atelier lyonnais de M. Thaüst-Dodero,
parue dans L'Argus et le Vert-vert réunis du 4 mai 1851 
(Paris, BnF, Gallica).



L'atelier est pour la dernière fois cité dans l'Almanach-Bottin du commerce de 1853 : "Thaüst-Doderot (sic), [rue] de la Préfecture".

Louis Dodero et Alphonse Thaûst investissent en effet, dès 1853, dans une nouvelle succursale, située désormais dans la ville natale de Louis.



GÊNES


Alphonse Thaüst, accompagné de sa famille, s'installe en 1853 à Gênes/Genova (Ligurie) (3). 

Le 25 janvier 1854, la famille Thaüst s'agrandit avec la naissance, à Gênes, de leur fille Agnès Augustine Marie Thaüst.

Les étiquettes imprimées, collées au verso des daguerréotypes d'Alphonse Thaüst, témoignent de ses différentes adresses d'atelier, avec des indications portées en français ou en italien :

- "Portraits Et Vues - Photographiques Et Au Daguerréotype - Par - Alphonse Thaüst Dodero - Place Saint Dominique - Hôtel de la Lega [Italiana] - Gênes...".

Cette première adresse est parfois rayée et une adresse, manuscrite, de remplacement, est  proposée, "strada S. Siro vicino a la chiesa" (daguerréotype conservé à la Fondation Alinari, Florence) ;

- "Strada S. Siro (ou San Siro), N. 525, terzo piano, vicino alla scalinata della Chiesa - In Genova - Ritratti o Vedute - Al - Dagherotipo E Fotographiche - Di - Alfonso Thaüst Dodero..." (daguerréotype conservé à la Biblioteca Panizzi di Reggio Emilia) (4).


- Etiquette collée au dos d'un daguerréotype d'Alfonso Thaüst Dodero réalisé à Gênes,
(Fototeca della biblioteca Panizzi, Reggio Emilia, Emilia Romagna, Italia).



L'adresse de San Siro est parfois rayée, elle aussi, et suivie d'une nouvelle et troisième adresse, manuscrite, "au palais ducal - place de l'Herbe - 7 o 8 [ou 708 ?]". avec la date de "1853" (daguerréotype conservé à la Fondation Alinari, Florence).

D'autres daguerréotypes, présentant l'adresse imprimée de San Siro, sont conservés. L'un d'eux, appartenant à la Collection D. Paoletti (Rome), porte la date manuscrite de "décembre 1853".

Il est probable que l'Hôtel de la Lega Italiana ait été la première adresse de l'atelier (1853), suivie de celle de la rue San Siro (vers 1853-1855 ?) puis de celle de la place de l'Herbe/delle Erbe (vers 1855-1857 ?). Il Cicerone ossia guida di Genova de 1855 et de 1857 citent encore l'atelier.

La famille Thaüst quitte cependant la ville à la fin de l'année 1855 ou au tout début de l'année 1856. 



SIX-FOURS


La famille Thaüst est, en effet, citée dès le recensement de la ville de Six-Fours (Six-Fours-les-Plages, Var) de mai 1856.

- "Hameau n° 45 des Bastides de Barelles, Collet de Roux, Mouriès, Salles, Mourrot et Touron : Thaüst, Alphonse, photographe, chef de Me [ménage], marié, 39 ans - Dodero fe [femme] Thaüst, Louise, sa femme, mariée, 29 ans [28 ans] - Thaüst, Edmond, leur fils, célibataire, 7 ans - Thaüst, Agnès, leur fille, célibataire, 2 ans".

Cette nouvelle destination s'explique par la présence dans cette ville de nombreux autres membres de la famille Dodero, et notamment de sa belle-mère (2).

La Fondation Alinari de Florence considère cependant qu'Alphonse Thaüst Dodero, "en 1858, ouvre son atelier au 11, Piazza d'Arme à Livorno (Toscane)".

C'est à Six-Fours que naît le troisième enfant du couple, Eugénie Victorine Thaüst, le 4 août 1860. Alphonse Thaüst, "photographe", est présent et signe la déclaration de naissance de sa fille.

La question qui se pose alors est celle de l'activité d'Alphonse Thaüst. Est-il à nouveau photographe dans l'atelier de Louis Dodero à Marseille (ville située à 84 km de Six-Fours), rue de la Canebière, 23 ? A-t-il ouvert son propre atelier à Six-Fours ? Vit-il de ses rentes ?

Le recensement de mai 1861 cite à nouveau la famille Thaûst à la même adresse mais avec une numérotation différente :

- "Hameau n° 67 : Thaüst, Alphonse Alexis, Photographe, marié, 44 ans - Dodero femme Thaüst, Marie Louise, sa femme, mariée, 33 ans - Thaüst, Edmond Pascal, leur fils, célibataire, 11 ans - Thaüst, Agnès, leur fille, célibataire, 7 ans - Thaüst, Eugénie, id. [leur fille], célibataire, 9 mois".

Le quatrième enfant du couple Thaüst, Charles Antoine, naît à Six-Fours le 22 avril 1863 (le père est à nouveau présent et signataire de l'acte).

La famille Thaüst quitte cependant la ville dans les deux années suivantes, peut-être suite au décès de Benedetta Vivaldi, veuve Dodero, âgée de 74 ans qui survient à Six-Fours, le 15 novembre 1865.



TOULON


Aphonse Thaüst, son épouse et leurs trois enfants s'installent à Toulon (Var), entre la date de naissance de leur dernier enfant (avril 1863) et celle du recensement (achevé en juillet 1866) de leur nouvelle résidence :

- "Rue Neuve, 33 : Thaüst, Alphonse, photographe, marié, 52 ans - Thaüst, Louise, son épouse, mariée, 40 ans - Thaüst, Edmond, [fils], célibataire, 17 ans - Thaüst, Aglaé [Agnès] [fille], célibataire, 13 ans - Thaüst, François [Charles Antoine], [fils], célibataire, 3 ans - Reboul, Marie, domestique, célibataire, 30 ans".


- Verso d'une carte de visite d'Alphonse Thaüst, portant l'adresse de, rue Neuve, 33, vers 1866-1868.



Fin 1868, le photographe déménage ses atelier et domicile toulonnais de la rue Neuve, 33, à la place Saint-Pierre, 1, et l'annonce en octobre dans Le Toulonnais

Cette publicité, qui est au nom de "MM. Thaüst", son fils Edmond travaillant désormais avec lui, révèle également l'existence d'un atelier d'agrandissement, installé dans une maison de campagne (à la périphérie de Toulon).


- Annonce de l'atelier toulonnais de MM. Thaüst;
parue dans Le Toulonnais du 15 au 27 octobre 1868
(Archives départementales du Var).


- Verso d'une carte de visite d'Alphonse Thaüst, portant l'adresse, Place St. Pierre, 1, vers 1868-1881,
avec parfois l'ajout, au bas du format, de la mention,"Tous les Clichés sont conservés".
Une carte de visite, n° 1427, datée "d'octobre 1869", une autre, portant le n° 8214, de "1877".



Le 7 mai 1871, Alphonse Thaüst, membre du parti républicain, est élu conseiller municipal au second tour (La Vérité du 17 mai 1871).

La famille Thaüst est ensuite citée lors du recensement de 1872.

- "Place St Pierre, 1 : Thaüst, Alphonse, photographe, marié, 56 ans, F [Français] né à Pertuis, Vaucluse - Thaüst, Louise, sa femme, s. prof. [sans profession], mariée, 45 ans, née à marseille, B d R []Bouches-du-Rhône] -Thaüst, Edmond, son fils, photographe, célibataire, 22 ans, idem - Thaüst, agnès, sa fille, célibataire, 18 ans, née à Six Fours (Var) - Thaüst, Eugénie, idem, célibataire, 12 ans, née à Gênes".

Étrangement, le fils Charles Antoine Thaüst (né à Six-Fours en 1863) est absent de ce relevé et restera absent des recensements suivants. Est-il décédé (son acte de décès n'a pas été retrouvé) ?

A l'occasion des fêtes de fin d'année 1872, Alphonse Thaüst fait paraître une petite annonce dans La Lorgnette, en décembre 1872.


- Annonce der l'atelier toulonnais de M. Thaüst,
parue dans La Lorgnette du 22 décembre 1872 
(Paris, BnF, Gallica).


- - Verso d'une carte de visite d'Alphonse Thaüst, portant l'adresse, Place St. Pierre, 1, vers 1872 (?).
avec un texte semblable à l'annonce ci-dessus.



Le 14 juillet 1873, sa fille Agnès Augustine Marie Thaüst se marie à Toulon, âgée de 19 ans, avec Alexandre Théodore Boyer, écrivain de marine, âgé de 39 ans (né à Toulon le 14 mai 1834, fils de Joseph Jules Boyer, décédé et de Marie Anne Rossi). 

Alphonse Thaüst, photographe, et Louise Dodero, sans profession, sont présents et consentants, et Louis Dodero, sans profession, oncle de la mariée, est l'un des témoins.

Alphonse Thaüst semble avoir conservé sa "campagne" (citée en octobre 1868) car son vignoble est signalé en 1873, non seulement parce qu'il est resté préservé du phylloxera mais encore parce que deux de ses ceps de vigne ont produit 711 grappes de raisin (Journal officiel de la République Française du 26 septembre 1873, p. 6072).

La famille Thaüst est à nouveau citée dans le recensement de 1876 :

- "Place St Pierre, 1 : THAUST, Alphonse, photographe, marié, 61 ans, né au Pertuis (vaucluse) - Dodero, Louise, sa femme, S.P. [sans profession], mariée, 49 ans, née à Marseille (B. du Rhône) - Thaüst, Edmon (sic) pascal, écrivain de marine, célibataire, 25 ans, idem - Thaüst Eugénie, S.P. [sans profession], célibataire, 16 ans, née à Six fours (Var)".

Son fils Edmond n'est donc plus photographe ; il a tout de même travaillé avec lui quelques années, entre la fin des années 1860 (cité en 1868, alors qu'il a 18 ans) et la première moitié des années 1870 (cité en 1872, à 22 ans).

En 1877, Alphonse Thaüst, conseiller municipal, est dit membre du conseil d'administration de la Caisse des Ecoles. 

En 1879, âgé de 63 ans, il exerce toujours l'activité de photographe, n'est plus conseiller municipal mais est désormais directeur de la Caisse d'épargne de Toulon (La Jeune République du 13 juin 1879).

Alphonse Thaüst semble cependant cesser toute activité en 1881, ce que confirme la publicité de son successeur, Bienvenu Barbot.


- Annonce parue dans Toulon-Théâtre, à partir du 22 octobre 1881,
Paris, BnF (Retronews).



Le recensement de 1881 (achevé en février 1882), signale :

- "Place Saint Pierre, 1 : Thaüst Alphonse, 68 ans [65 ans], sans profession, mari - Thaüst, Louise, 57 ans [54 ans], idem, femme - Thaüst, Edmond, 32 ans, Professeur, leur enfant - Thaüst, Eugénie, 22 ans [21 ans], Institutrice, idem".

Edmond Pascal Thaüst, professeur de la marine, âgé de 34 ans, se marie à Pontoise (Val d'Oise), le 3 décembre 1884, avec Mathilde Elisa Ernestine Bottollier-Depois, 21 ans (née à Pontoise, le 14 mai 1863 ; fille de Joseph Eugène Bottollier, passementier et d'Elisa Lenfant).

Alphonse Thaüst, "ex-photographe", décède à sa nouvelle adresse du quai du Parti, 8, le 13 mai 1887, âgé de 70 ans.

Sa veuve, Marie Louise, née Dodero, après avoir vécu à plusieurs adresses toulonnaises, assisté au mariage d'Eugénie (Toulon, le 27 décembre 1888), au remariage d'Agnès (Toulon, le 20 septembre 1893) et à celui d'Edmond (Toulon, le 9 septembre 1905 - divorce le 30 mai 1911), décèdera à Toulon place Cauvière, 2, le 4 novembre 1913, âgée de 86 ans.



NOTES


(1)- Sur le site Geneanet, les arbres généalogiques de Valérie Thiriet et de Dode Troussier Baldino Albertuzzo ont facilité la recherche.

(2)- Les vies et carrières d'Alphonse Thaüst et de Louis Dodero sont intimement liées. Voir la biographie de Louis Dodero sur ce blog (ici).

(3)- Cette phase de la carrière d'Alphonse Thaüst a été très étudiée par les historiens italiens. Cependant, la reprise des mêmes informations d'article en ouvrage a conduit à certaines ambiguïtés. Ces textes ne sont pas tous consultables en ligne et il en va de même pour les épreuves photographiques conservées et les étiquettes collées au verso. 

Un album de près de trente vues de Gênes est ainsi conservé à la Fondation Alinari de Florence et daté de "1856", du "printemps 1856" ou du "17 mars 1856", attribué à "Alfonso Thaüst Dodero" mais signé de "Dodero & C." (Michele Falzone del Barbarò, "Un album di calotopie di Alfonso Thaust Dodero", dans, Fotologia n° 7, 1987, pp. 6-17.)

Est-ce Louis Dodero ou Alphonse Thaüst Dodero qui est cité dans Il Cicerone ossia guida di Genova de 1855 et de 1857 et l'adresse respective indiquée est-elle celle de la "strada San Siro" puis celle de la "piazza delle Erbe" ?

(4)- Traduction : "Rue S. Siro, n° 525, troisième étage, près de l'escalier de l'église - À GÊNES - PORTRAITS OU VUES - AU - DAGUERRÉOTYPE  ET PHOTOGRAPHIQUES - DE - ALFONSO THAÜST DODERO - Méthode nouvelle et spéciale - Les Portraits vous seront livrés à votre entière satisfaction et garantis, plus ou moins colorés, ou non. - Portraits à domicile, y compris pour les défunts. Reproduction de tous les objets d'art - et de nature. Cours pour Amateurs sur plaques d'argent, plaques de verre - (collodion, albumine) et sur papier. Offre de tout ce qui concerne la Photographie".



mardi 11 août 2026

1484-FAIRE LE PORTRAIT AU DAGUERRÉOTYPE (1839-1841)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- DAGUERRE Louis-Jacques-Mandé (1787-1851). Portrait d'homme jeune, 
à mi-genoux, assis, la main droite tenant un livre, vers 1840-1845,
photographie positive directe sur cuivre argenté,
 ancien possesseur, Nadar Paul (1856-1939).




1839 - LE PORTRAIT EN 5 MINUTES ?


Le Daguerréotype

Après 15 années de recherches, commencées par M. Niépce et continuées par M. Daguerre, le "daguerréotype" (parfois orthographié, "daguerrotype" ou "daguéréotipe") est enfin annoncé en janvier 1839 (Le Drapeau tricolore de Chalon-sur-Saône du 2 janvier 1839 ; Annonce d'Arago à l'Académie des Sciences le 7 janvier 1839).

Entre juin et août 1839, le gouvernement français acquiert les droits de l'invention et les offre au monde. M. Arago présente le projet de loi à la Chambre des Députés (3 et 9 juillet) puis le procédé à l'Académie des Sciences (le 19 août).

"Le daguerréotype est à présent la propriété de tous ; on est impatient de jouir de la miraculeuse découverte et de l'instrument" (Le Temps du 24 août 1839). 

Des appareils ont été préparés sur les indications de M. Daguerre (notamment par l'opticien Giroux) et, dès l'été et l'automne 1839, les premiers daguerréotypeurs se répandent sur tout le territoire français et dans le monde entier, afin de photographier les paysages pittoresques, les villes et leurs monuments.

L'usage de l'appareil présente encore quelques inconvénients dont un prix atteignant les 350 fr., un poids proche des 50 kg, des temps de pose longs, des opérations chimiques complexes, un miroitement de la plaque et une altérabilité de l'épreuve.

Cependant, "il faut tout attendre de l'avenir ; le daguerrotype (sic) n'est qu'un point de départ ; le perfectionnement ne tardera pas à s'en emparer et à le doter de qualités nouvelles" (Le Temps du 24 août 1839).

"Les résultats du daguerreotype font dans le public une véritable sensation : la foule se presse devant les magasins où sont exposées des épreuves obtenues par ce procédé ; les salons de M. Giroux, rue du Coq Saint-Honoré ne désemplissent pas de curieux étonnés de la perfection des tableaux sortis de la chambre obscure. Déjà cette belle invention est appliquée avec succès au portrait, et quelques esprits hardis ne désespèrent pas de lui voir reproduire les objets avec leurs couleurs" (Le Constitutionnel du 24 septembre 1839).


En Province

Dès septembre 1839, des Daguerréotypes sont en vente dans plusieurs villes de province, comme à Toulouse (Haute-Garonne) ou à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), et des démonstrations et leçons sont organisées.

Des vues urbaines sont également réalisées à Nantes (Loire-Atlantique), Strasbourg (Bas-Rhin), Saint-Omer (Pas-de-Calais), Marseille (Bouches-du-Rhône) et Pau (Pyrénées-Atlantiques), 


Le Portrait

"En général, on se montre peu disposé à croire que le daguerréotype puisse servir jamais à faire des portraits. En effet, pour que l'image vienne rapidement, c'est-à-dire pendant les quatre à cinq minutes d'immobilité qu'on peut exiger d'une personne vivante, il faut que la figure soit en plein soleil ; une vive lumière forcerait la personne la plus impassible à un clignotement continuel, elle grimacerait, toute l'habitude faciale se trouverait dérangée.

Heureusement M. Daguerre a reconnu, quant à l'iodure d'argent dont les plaques sont recouvertes, que les rayons qui traversent certains verres bleus y produisent la presque totalité des effets photogéniques (transmission de la lumière). En plaçant un de ces verres entre la personne qui pose et le soleil, on aura donc une image photogénique presque tout aussi vite que si le verre n'existait pas, et cependant la lumière éclairante étant alors très douce, il n'y aura plus lieu à contraction musculaire et à clignotemens trop répétés (La France du 28 août 1839 ; texte des opticiens Susse Frères).

"Le premier portrait (...) que j'aie vu, fut exposé chez M. Susse (...). L'image humaine était bien noire (...) ; il y avait contraction des traits et grimace évoquant la souffrance. Néanmoins ses yeux étaient à moitié ouverts (...). Pour éviter cette contraction de la face, on imagina donc de faire fermer les yeux au modèle ; mais, au lieu de portraits, on obtenait ainsi que les masques de personnes endormies, si ce n'était des têtes de mort" (Marc Antoine Gaudin, Traité pratique de Photographie, 1844 pp. 121-122). 

Les premiers portraits de M. Donné sont des représentations de bustes de divinités antiques ou de personnalités contemporaines, comme celui de la tragédienne Rachel, sculpté par Dantan (Journal de Paris du 16 octobre 1839). 

Ses portraits de personnes vivantes présentent, pour leur part, des figures aux yeux baissés ou clos, vêtues de blanc ; un temps d'exposition plus court est en effet obtenu grâce aux corps blancs et on a même "imaginé d'enfariner le visage des personnes (...) mais cela change quelquefois beaucoup la physionomie" (La Quotidienne du 24 octobre 1839).

"M. Jobard, qui a mis à l'exposition la première vue prise en Belgique par le Daguerréotype, vient d'exposer le [son] premier portrait fait d'après nature. Il représente une jeune femme vêtue de blanc, endormie sur un canapé" (Le Siècle du 23 octobre 1839 ; Journal des Beaux-Arts du 1er novembre 1839 p. 178). 

La réalisation de scènes de genre, dans le style des tableaux flamands ou hollandais, est également un moyen de représenter une ou plusieurs personnes, sans pour autant faire des visages le sujet principal.

"Je passai six mois à faire chaque jour mon portrait sur grande plaque, en plein soleil, les yeux ouverts, croyant, à chaque épreuve, parvenir à abréger l'exposition à la chambre noire, attendu que j'espérais beaucoup, sous ce rapport, d'une dissolution alcoolique d'iode à laquelle j'ajoutais du brome" (Marc Antoine Gaudin, Traité pratique de Photographie, 1844 pp. 121-122).



1840 - LE PORTRAIT EN DEUX MINUTES ?


J.-F. Soleil, dans son Guide de l'amateur de Photographie de 1840 (pp. 70-72), fait le point :

"Les espérances que l'on avait conçues d'obtenir des portraits au daguerréotype n'ont pas été réalisées jusqu'ici. Ce n'est pas cependant que quelques personnes n'aient réussi à force de patience, d'art et de persévérance, à atteindre à des résultats assez satisfaisants. Mais je ne sache pas que jusqu'à présent on ait produit un portrait avec les yeux ouverts, la physionomie et l'attitude naturelles.

Le plus grand obstacle vient surtout de la teinte de la peau, qui est plus ou moins riche en orangé pâle ; et (...), cette nuance est impuissante à réagir sur la substance dont est enduite la plaque iodée. Cela est si vrai que les meilleurs résultats ont été obtenus avec des figures de femme à peau parfaitement blanche.

D'un autre côté, l'immobilité est une condition indispensable à remplir pour le succès ; en sorte que la tête doit être solidement maintenue par un appui caché, ce qui lui communique une raideur inaccoutumée et désagréable, ou soutenue par des coussins, ce qui est incompatible avec l'attitude habituelle, hors le cas de sommeil.

La nécessité d'une vive lumière force celui qui pose à un clignotement perpétuel, ou entraîne une contraction pénible et disgracieuse des muscles de la face. Ce dernier inconvénient est facile à éviter. 

Guidés par les observations de M. Daguerre sur l'action des verres bleus, qui ne retardent pas l'effet photogénique, nous avons disposé un châssis sur lequel était tendu un morceau de taffetas violet clair et nous nous en sommes servi pour atténuer les effets d'un soleil trop vif. Malgré cette interposition la teinte de la peau du visage s'est trouvée aussi claire que celle des mains, qui avaient été exposées à la lumière directe (...).

Nous poserons en principe que (...) la personne doit être prise de face ou de trois quarts, pour éviter l'influence des déplacements produits par les mouvements de la respiration (...). En second lieu, les vêtements seront de couleur claire (...). Enfin, il faut opérer en plein air, au grand jour, le matin de préférence, en protégeant (...) le visage contre l'action directe du soleil, et recevant les rayons de côté, pour obtenir des oppositions plus tranchées".

De plus petits daguerréotypes, moins chers et lourds, sont mis en vente par l'opticien Lerebours dès le printemps 1840 : certains sont pensés pour le voyage mais d'autres sont "destinés particulièrement à faire le portrait avec l'addition d'une Pharmacie pour opérer sur papier" (Journal des débats politiques et littéraires du 1er juin 1840).

Les perfectionnements se multiplient, permettant de réduire les temps de pose. Dès l'été 1840, l'opticien Lerebours expose quelques nus académiques et, à l'automne, il propose de faire désormais "le portrait en deux minutes" (Le Temps du 16 août 1840 ; La Presse du 24 octobre 1840).

En décembre 1840, M. Spoerlin de Vienne (Autriche) annonce qu'une nouvelle combinaison de lentilles mise au point par le professeur Petzval (basée sur le calcul mathématique du physicien Ettingshausen), permet de concentrer la lumière sur la plaque daguerrienne, abrégeant ainsi le temps de pose, à "45 ou 50 secondes au soleil, deux minutes à l'ombre et 3 à 3 minutes 1/2 par un temps couvert" (Le Moniteur industriel du 7 janvier 1841 p 4).


En Province

Il faut attendre l'été 1840 pour qu'une première petite annonce, toulousaine, propose la réalisation de portraits : "MM. Bianchi [fabricants et vendeurs] offrent aussi de prendre le portrait au daguerréotype, aussi que toute vue de la ville au prix de 30 fr." (Gazette du Languedoc du 14 juillet 1840).



1841 - LE PORTRAIT ENTRE 12 SECONDES ET DEUX MINUTES ?


Début 1841, M. Arago annonce que M. Daguerre obtient désormais "les images en une seconde" [mais il n'y aura pas de suite] (Journal des débats politiques et littéraires du 6 janvier 1841).

Le 7 mars 1841, un "portrait daguerréotypé et fidèle" du roi Louis-Philippe est réalisé par M. Daguerre (La France du 16 mars 1841). 

"On est descendu aujourd'hui à une ou deux minutes, et à l'ombre ! de telle sorte que la fatigue de la pose n'est plus rien, que les plus impatiens et les plus remuans peuvent aisément la supporter et que les yeux sont reproduits ouverts et brillans comme dans un portrait ordinaire.

Nous ne voulons pas dire que le portrait daguerréotypé soil devenu quelque chose de parfaitement agréable et satisfaisant ; la teinte en est toujours triste et plombée, la physionomie immobile, les traits sont vieillis (...).

Ce résultat [le temps de pose] est encore loin de celui que nous a promis M. Daguerre [une seconde] il y a cinq mois, et que nous attendons toujours sur la parole de M. Arago" (Journal des débats politiques et littéraires du 20 mai 1841).

En juin 1841, à l'Académie des Sciences de Paris, M. Gaudin, opticien, met en pratique un procédé qui réduit fortement le temps d'exposition, mis au point par le physicien Edmond Becquerel. Ce procédé consiste à capturer une image assez pâle en une ou deux secondes mais d'accentuer ensuite cette dernière (aussitôt après ou plus tard) par l'exposition solaire de la plaque au travers d'un verre rouge (préféré au verre jaune proposé par M. Becquerel). M. Gaudin présente des vues de paysages, de nuages (malgré leur mobilité), d'édifices mais également des portraits.

À la même séance, M. Claudet, photographe, propose pour sa part une couche plus sensible de préparation de la plaque (exposition de la plaque préalablement iodée aux vapeurs de chlorure d'iode), abaissant le temps de pose entre 12 et 15 secondes. 

Le cumul des procédés Claudet et Becquerel va permettre d'obtenir des images "dans un temps si court qu'il est presque inappréciable" (Le Constitutionnel du 20 juin 1841).

"J'eus alors l'idée, comme bien d'autres, d'employer des objectifs à court foyer, et tout aussitôt, je pus obtenir des portraits en une ou deux minutes. Enfin, la découverte du chlorure d'iode par M. Claudet ayant permis de mettre les secondes à la place des minutes, cet art en dériva un immense perfectionnement" (Marc Antoine Gaudin, Traité pratique de Photographie, 1844 pp. 121-122). 

"Aujourd'hui l'on obtient dans le court espace de vingt secondes à une minute au plus, et, quel que soit l'état du ciel, un portrait d'une remarquable exécution et d'une ressemblance qui ne saurait être plus parfaite, puisque la nature est prise sur le fait" (Le Droit du 3 juillet 1841 ; Gazette nationale du 3 août 1841).

"Il semble, pour le portrait, que ce soit un grand avantage de ne faire poser son modèle que quelques secondes, ce qui peut avoir lieu au moyen de lentilles plus fortes et d'un éclairage bien entendu. Cependant, lorsqu'on obtient la copie d'une figure d'une manière très-rapide, il est difficile d'avoir des accessoires avec quelques détails, ce qui nuit beaucoup au charme d'un portrait. 

Je préfère mettre deux à trois minutes pour obtenir une épreuve de portrait au soleil, en garantissant la figure de la personne qui pose d'une lumière trop vive, au moyen d'un verre bleu qui prolonge un peu l'opération, mais qui ne nuit en rien à la perfection du résultat. De cette manière, les accessoires les plus sombres sont bien rendus, ayant eu le temps nécessaire à leur reproduction (...).

Pour mettre au point, je me sers d'un moyen très-simple. Lorsque j'ai placé à peu près bien le châssis à coulisse de la chambre noire, je fais appliquer sur le front de la personne dont j'exécute le portrait un morceau de carton blanc sur lequel est écrit un mot quelconque à l'envers. Alors, à l'aide du bouton de la crémaillère qui fait mouvoir l'oculaire, je l'avance ou le recule jusqu'à ce que je lise distinctement sur le verre dépoli le mot inscrit sur le carton. J'arrive ainsi à la certitude d'avoir le vrai point" (L. de Brébisson, De quelques modifications apportées au daguerréotype, édité en 1841 p. 100).

L'opticien Buron, dans son ouvrage de 1841 intitulé, Description de nouveaux daguerréotypes perfectionnés et portatifs, avec l'instruction de M. Daguerre, annotée, et des méthodes pour faire des portraits, expose des perfectionnement semblables et ajoute (pp. 31-36) :

"On sait généralement : 1° que plus un objet est proche, plus est forte la lumière qu'il renvoie ; 2° que les verres lenticulaires font converger derrière eux une lumière d'autant plus intense que leur foyer est plus court.

Partant de ces données, on a construit une espèce de chambre obscure dont la combinaison optique est telle que l'appareil peut être placé à une très-petite distance de l'objet. L'objectif ayant d'ailleurs un très-court foyer, il réunit sur la plaque iodée une plus grande masse de rayons lumineux. Par l'emploi de cette chambre obscure et avec le concours de certaines circonstances locales, on est enfin parvenu à obtenir des épreuves après une, deux ou trois minutes d'exposition à la lumière, et ainsi la reproduction des portraits a été rendue beaucoup plus facile (...).

"Premier procédé [basé sur les instructions de M. Daguerre] : [Un] objectif donne plus de lumière et moins d'aberration s'il est formé de deux verres, l'un et l'autre achromatiques, dont le foyer combiné est également d'environ 80 millimètresLes images produites par un tel objectif étant nécessairement très-petites, on fait usage de plaques dont la dimension n'est que du quart ou du huitième des grandes plaques ordinaires.

Selon que l'on veut avoir un portrait en buste ou en pied, la personne est placée vis-à-vis cette chambre obscure à la distance d'un demi-mètre au moins ou de deux mètres au plusPour maintenir le modèle dans la plus parfaite immobilité, on le fait asseoir sur un siège assez pesant pour ne pas être facilement dérangé. L'élasticité des fauteuils modernes serait un inconvénient. Derrière le siège qu'on a choisi doit s'élever une forte règle de bois, terminée par un croissant sur lequel la tête trouve un point d'appui fixe. Si la personne devait être reproduite en pied, il faudrait la placer près d'un meuble sur lequel elle pût s'appuyer.

Il est essentiel que l'exposition à la lumière ait lieu non dans un appartement, mais à l'air libre, sur une terrasse ou dans un jardinDerrière la personne qui pose on met un paravent ou une tenture, dont autant que possible la couleur tranchera avec celle des vêtements. En tout état de choses on peut faire usage d'un drap blanc disposé en forme de draperie.

Les portraits saisis de face sont généralement peu gracieux : ils viendront beaucoup mieux s'ils sont pris dans cette position que les peintres appellent de trois quarts. Les yeux du modèle seront constamment dirigés vers un point un peu éloigné.

L'habillement de la personne qui pose est loin d'être une chose indifférente : les couleurs qui réussissent le mieux sont : le bleu, le violet, le gris, le jaune, le rouge et le vert clair, et en général toutes les demi-teintes. Les vêtements blancs et noirs doivent être, autant que possible, évités : les premiers renvoient trop de lumière, les seconds pas assez.

La durée de l'exposition ne doit pas, en été, excéder une minute au soleil plein, et deux ou trois minutes lorsque le ciel est couvert de nuages blancs. L'expérience serait tentée vainement si le jour était sombre (...)".

Deuxième procédé [fondé sur les expériences de M. Becquerel] Par le procédé que je vais indiquer, j'ai obtenu, après quelques secondes d'exposition seulement, des portraits supérieurs à ce qui a été fait de mieux par la méthode ordinaire. Ils sont surtout remarquables par un air de vie dû, sans doute, à ce que les traits du visage n'ont point eu le temps d'être altérés par la fatigue qu'amène forcément une exposition de plus longue durée.

Aucun changement n'est apporté aux préparations ordinaires : mais on doit, de toute nécessité, faire usage de la chambre noire à objectif à court foyer, et avoir égard d'ailleurs à toutes les conditions indiquées ci-dessus.

On s'est préalablement procuré un carreau de verre rouge ou à défaut un carreau de verre jaune orangé, d'une couleur bien homogène, et autant que possible sans bulles ni défauts. Ce verre a été coupé de manière à pouvoir remplacer, dans le cadre où se met la plaque iodée, la planchette noire qui sert ordinairement à la préserver de la lumière du jour.

La plaque iodée ayant été substituée au verre dépoli dont on s'est servi pour mettre au foyer, on recommande à la personne qui pose l'immobilité la plus parfaite, et l'on ouvre vivement l'opercule de l'objectifSi l'on opère en plein soleil, on ferme l'opercule après quelques secondes d'exposition. Si le ciel est couvert de nuages blancs, on prolonge l'exposition jusqu'à 30 ou 60 secondes, jamais plus

Puis aussitôt on ferme l'opercule, et, au lieu de la planchette noire qui couvrait la plaque avant l'exposition, on glisse le verre coloré, et l'on porte la plaque ainsi recouverte dans un endroit où le verre peut recevoir, à l'abri des rayons directs du soleil, la lumière diffuse du ciel. Après un intervalle de temps qui varie entre dix et quinze minutes, la plaque est portée dans la boîte au mercure, et l'opération est terminée".

Le procédé de M. Gaudin évolue vers un temps de pose "de 1/4 à 3/4 de seconde, suivant la clarté du jour". La plaque d'argent déjà jaunie par l'iode, se voit en plus enduite d'une couche de bromure d'iode en vapeur (toxique), extrêmement senisble à la lumière :

"Les nouveaux portraits ont perdu cette froideur qui les faisait ressembler à des rondes-bosses en donnant aux chairs quelque chose de l'inerte pesanteur du plâtre (...). Désormais, le portrait pris au vol de l'émotion, sans raideur et sans affectation dans la pose, sera d'une vérité absolue" (La Quotidienne du 31 octobre 1841).


En Province

Quelques noms de photographes proposant des portraits au daguerréotype se révèlent désormais en province car ils bénéficient de temps de pose réduits permettant la netteté et la ressemblance souhaitées par la clientèle. Ainsi : 

- en mai 1841, M. Duvaldesten, opticien à Dijon, rapporte-t-il de Paris un "nouveau Daguerréotype pour faire le portrait en deux minutes" (Courrier de la Côte-d'Or du 25 mai 1841) ;

- en août 1841, MM. Dolard et Bocard de Lyon, proposent-ils, à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), des "portraits en deux minutes" (Courrier de Saône-et-Loire du 16 août 1841) ; 

- en octobre 1841, MM. Dumoulin et Lafond annoncent-ils, à Saint-Quentin, des portraits réalisés avec "une seule minute et par temps sombre pour 12 fr." (Journal de la ville de St. Quentin et de l'arrondissement du 10 octobre 1841) :

- en octobre 1841, un artiste parisien anonyme offre-t-il, à Toulouse, "des portraits en quelques secondes et dans les appartements" (Gazette du Languedoc du 16 octobre 1841) ;

- à Lyon, en décembre 1841, à l'approche des étrennes, le graveur (installé) Durand propose-t-il des "portraits au Daguerréotype en quelques secondes" (Journal du Commerce de la ville de Lyon et du département du Rhône du 29 décembre 1841).

- cas plus rare, on peut suivre, entre le printemps et l'automne 1841, une partie du trajet effectué par le daguerréotypeur suisse, Auguste Garcin, formé à Paris : il est signalé en juin 1841 à Tours (Indre-et-Loire), en juillet-aôut à Nantes (Loire-inférieure/Loire-Atlantique), où il réalise des portraits au daguerréotype "en 5 ou 10 secondes" (L'Ouest du 8 juillet 1841), puis en décembre à Toulon (Var).

L'emploi du procédé Gaudin se répand et les opticiens Bianchi de Toulouse peuvent ainsi  proposer, dès décembre 1841, des "portraits en peu de secondes à l'ombre" aux prix de 15 et 20 fr. et de nouveaux appareils de Daguerréotype de 60 à 100 fr. (Gazette du Languedoc du 23 décembre 1841).



ÉPILOGUE


Voici des extraits d'un texte paru dans le Journal du Cher du 1er octobre 1842.

Le premier passage offre un résumé fidèle des perfectionnements qui, lors des années 1839-1841, ont progressivement facilité la réalisation des portraits.

- PORTRAITS AU DAGUERREOTYPE.- Qui ne se rappelle encore le sentiment de surprise et d'admiration avec lequel fut accueillie, il y a trois ans à peine, la merveilleuse découverte de MM. Daguerre et Niepce père et fils ? C'était en effet chose qui paraissait tenir du prodige, qu'on eût pu rendre fixe et durable l'image des objets qui se produit, si exacte, si vraie, sur la paroi de la chambre noire, et contraindre ainsi la nature à être elle-même son peintre et son graveur. 

Rien de plus simple, cependant, que ce procédé acquis par quinze années de patients travaux et de laborieuses recherches ; et sitôt que l'état, en ayant acheté le secret de ses auteurs, l'eut livré au public, une foule d'individus s'en emparèrent, cherchant à s'en rendre l'application familière dans un but artistique ou de spéculation. 

Ce, surtout, à quoi on dut penser tout d'abord, ce fut de l'approprier à la reproduction de la nature vivante, et, pour cela, de chercher des agents chimiques d'un effet plus actif et plus prompt. Le temps nécessaire pour que la reproduction des objets pût s'opérer, à l'époque où M. Daguerre livra sa découverte au public, était de douze ou quinze minutes pour le moins, et l'on conçoit que le besoin d'une immobilité de si longue durée rendit excessivement difficile le daguerréotypage des êtres animés. 

D'un autre côté, il fallait alors que l'opération eût lieu au soleil, et il y avait pour ainsi dire, par suite de cela, impossibilité d'appliquer ce moyen à la confection des portraits. Depuis, des efforts nouveaux ont été tentés, et la découverte de nouveaux agents a amené des résultats précieux. 

Si bien qu'aujourd'hui, non seulement on opère à l'ombre, mais encore, pour peu que le temps soit clair, il suffit d'une pose de dix à vingt secondes pour obtenir la reproduction parfaite des objets ou des personnes dont on veut avoir l'image ou le portrait". 

Le deuxième passage est une rare évocation du décalage entre la province et Paris :

- "Déjà, depuis longtemps, il existe à Paris nombre de praticiens fort habiles dans l'art de confectionner les portraits au daguerréotype, mais jusqu'ici, nous autres provinciaux, nous étions restés étrangers aux jouissances de cet art nouveau. Voici cependant que, par l'arrivée simultanée de deux daguerréotypeurs dans notre ville, nous allons être appelés à juger des effets merveilleux [de cette] découverte...".

Le texte ci-dessus explicite le véritable sujet de cet article. En effet, quel intérêt de limiter la recherche des perfectionnements apportés au portrait au daguerréotype, aux seules années 1839-1841, sinon pour essayer de fonder l'hypothèse suivante.

L'absence de traces d'ateliers de portraitistes dans de nombreuses villes françaises de ces trois années-là s'explique, à mon avis, davantage par la difficulté d'une réalisation satisfaisante et monnayable du portrait au daguerréotype que par les autres causes que j'ai pu lister dans des articles précédents : 

- une carence documentaire : journaux non conservés, non numérisés ou ne rendant pas compte des photographes de passage ; rare recours à la petite annonce par les photographes ; épreuves exposées et affichettes distribuées non conservées ;

- une profession de "daguerréotypeur" non signalée dans les recensements de 1841, au profit de la profession principale déjà exercée : opticien, peintre, graveur, lithographe, ingénieur, horloger, quincaillier...

L'année 1841 apparaît comme une année de transition, grâce à une réalisation facilitée des portraitsCependant, c'est surtout à partir de 1842 que l'on peut observer une multiplication de traces documentaires attestant la présence, en province, de portraitistes itinérants mais aussi de portraitistes résidents : articles, petites annonces, épreuves conservées avec leur étiquette, dépôt de brevets, annuaires puis recensement de 1846.




samedi 8 août 2026

1483-LOUIS DODERO, PHOTOGRAPHE Á MARSEILLE, LYON ET GÊNES

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


1- Signature de Louis Dodéro (1857).



DERNIÈRE MISE À JOUR DE CET ARTICLE : 16/08/2026


LOUIS DODERO (1824-1902), PHOTOGRAPHE



GÊNES


Luigi Dodero est né, à Gênes, le 6 septembre 1824. Il est le fils d'Andrea Dodero, journalier (né vers 1790 à San Martino, près Gênes, République de Gênes) et de Benedetta Vivaldi (née vers 1791 à San Remo, République de Gênes) (1).



MARSEILLE


La famille Dodero quitte Gênes pour le sud de la France entre la naissance de Louis en septembre 1824 et celle de sa soeur, Marie Louise Dodero, le 26 juin 1827, rue St. Jacques, 1, à Marseille (Bouches-du-Rhône). 

Les parents Dodero se séparent peut-être dans les années 1830 car le père, Andrea/André Dodero, manoeuvre, semble être seul à Toulon (Var), lorsqu'il décède à l'hôpital civil de cette ville, le 7 février 1839.

En 1847, sa veuve, Benedetta Dodero, née Vivaldi, est à nouveau signalée à Marseille, rue des Consuls, 26, à l'occasion du mariage de sa fille.

Marie Louise Dodero, modiste, âgée de 21 ans, épouse à Marseille, le 3 mai 1849, Alphonse Thaüst, coiffeur, veuf en premières noces, âgé de 32 ans (né le 3 juillet 1816 à Pertuis, Vaucluse).

Luigi/Louis Dodero/Dodéro a alors 24 ans. Après une formation d'ingénieur-opticien (2), il a ouvert, depuis peu (fin 1848 ou début 1849), un atelier de photographie où il réalise au Daguerréotype des portraits qui sont coloriés (procédé américain Warren Thomson, répandu à Paris dès 1847) et dispense des leçons. 

La date, le lieu (Marseille ou Paris ?) et l'atelier où il s'est formé à la photographie restent inconnus.


2- Annonce parue dans Le Nouvelliste du 23 mars 1849 au 7 février 1850, 
Paris, BnF (Retronews).


  


Son adresse est dite, "rue St. Ferréol, 23, l'escalier dans le passage" puis "passage St. Ferréol" (journaux, étiquettes) ou "passage St-Ferréol, 23 (Nouvel Indicateur marseillais de 1850 (pp. 289 et 555). 


3- Annonce parue dans la Gazette du Midi du 1er mai au 12 juin 1850, 
Paris, BnF (Retronews).


4- DODERO Louis (1824-1902), Portrait d'homme (à mi-jambes, assis, accoudé au dossier d'une chaise), 
vers 1850-1853 (?), 
adresse non précisée
photographie positive directe sur cuivre argenté, 
Paris, BnF (Gallica).



Même si aucun document n'en témoigne, Louis Dodéro semble, dès 1850, former son beau-frère Alphonse Thaüst au Daguerréotype, l'employer dans son atelier et peut-être même le prendre pour associé (3). 

Fin septembre ou début octobre 1850, Louis Dodero déménage cependant son atelier marseillais au n° 8 de la rue Saint-Ferréol, vis-à-vis de M. Moulet, confiseur.


5- Annonce parue dans Le Sémaphore de Marseille du 5 octobre 1850, 
Paris, BnF (Retronews).
Cette adresse apparaît ensuite dans le Nouvel Indicateur marseillais de 1851
 (pp. 313 et 597), Paris, Bnf (Gallica).



Le  8 octobre 1850, Louis Dodéro dépose, à l'Académie des Sciences de Paris, son "procédé Dodéro" pour la conservation des épreuves daguerriennes.

Le recensement de la ville de Marseille de 1851 cite, rue St. Ferréol, 8, "Louis Dodéro, opticien, célibataire, 27 ans ; Dodéro Benoîte, sa mère, veuve, 60 ans, idem [Italienne]".

En 1851, il réalise des vues de la région et multiplie les recherches sur différentes applications de la photographie. Il les présente au journal La Lumière qui publie sa lettre, "très-originale et très-gaie", le 24 août 1851 :

- "M. Dodero, qui a l'imagination vive et l'esprit pratique, nous a adressé une excellente vue des arènes d'Arles, obtenue au moyen d'un cliché de verre, en nous annonçant qu'il a fixé d'autres sites des contrées du Midi, non moins dignes d'intérèt : notre correspondant nous témoigne à ce sujet le désir de trafiquer, par échange, avec ses confrères du Nord ; moyen facile de compléter des collections de part et d'autre. Il propose aussi que l'on établisse dans les deux villes un double dépôt, etc. (...).

Très-épris d'idées pratiques, M. Dodero les caresse jusqu'en ses fantaisies. Il nous raconte avec bonhomie que s'étant avisé de mettre, au lieu de son nom, son portrait sur ses cartes de visite, ce caprice a été goûté, a trouvé des imitateurs, et, par lá, popularisé la découverte dans le pays. 

Alors, M. Dodero a marqué son linge par le même procédé, boutade assez comique, en ce qu'elle implique pour les blanchisseurs la nécessité de connaître de visu les traits de leurs pratiques ; mais boutade fort intelligente, car elle indique aux fabricants d'étoffes la possibilité d'appliquer la photographie à l'impression des foulards, des rideaux de coton, etc.

Une fois en belle humeur, M. Dodero ne s'arrête plus : "Si, dit-il, on parvient un jour à rendre les manipulations plus simples et moins coûteuses, on pourra les appliquer aux passe-ports, aux permis de chasse, etc..." (...).

Il conclut par demander si l'utilité de ces diverses applications triomphera, dans l'indulgente pensée des lecteurs, de la bouffonnerie de l'idée ; alléguant, en forme d'excuse, que, jeune, artiste, pourvu du nécessaire et célibataire, il a bien des raisons pour être de joyeuse humeur" (4).



MARSEILLE ET LYON


Lyon

Au printemps 1851, au plus tard, Louis Dodero ouvre une succursale de son atelier marseillais, à Lyon, rue de la Préfecture, 9.

Il y officie en alternance avec son beau-frère qui prend alors le nom "d'Alphonse Thaüst-Dodero" (3). Chacun d'eux possède cependant des étiquettes à son nom, collées au verso des daguerréotypes.

L'adresse lyonnaise y est toujours citée parallèlement à l'adresse marseillaise de la rue St. Ferréol, 8 (mais il est vrai que peu de daguerréotypes affichant l'adresse précédente du passage St. Ferréol sont conservés ou consultables) : 

- "Portraits au Daguerréotype - Livrés qu'apres entière satisfaction et garantis ineffa çables Coloriés ou non sur plaque - d'Argent sur Verre et sur Papier. - Portaits en Ville et après décès 5fcs de plus. - Depuis 4fcs et au dessus - par - DODERO - Reproduction de toute especes d'objets d'arts et de la nature. - Rue de la Préfecture, 9. - LYON - Dans un Pavillon vitré - Opere tous les jours du matin au soir et par tous - les temps - MÊME MAISON A MARSEILLE RUE ST FERREOL, 8 - Combien de persommes regrettent de ne pas avoir le portrait de leur parents et amis décédés ?". L'indication manuscrite suivante est ajoutée : "agée de 12 ans 11 mois - Lyon le 12 avril 1852" (Fondation Alinari de Florence).


Marseille

En février 1852, Louis Dodero expose notamment, à la porte de son immeuble de la rue St. Ferréol, 8, un portrait, agrandi à des dimensions jamais vues, d'environ 30 cm de largeur sur 40 centimètres de longueur (Gazette du Midi du 20 février 1852). 

Il expose également au Musée de Marseille deux "daguerréotypes sur papier" (Catalogue des tableaux, dessins et objets d'art exposés au Musée de Marseille, 1852, p. 14).

Dans une nouvelle annonce, qui paraît dans la Gazette du Midi du 11 novembre au 6 décembre 1852, Louis Dodero, souhaitant éviter toute méprise, rappelle à son public que son adresse de la rue St. Ferréol, 8, vis-à-vis M. Moulet, confiseur (au n° 7), n'est pas au commencement de la rue mais bien "à la Quatrième porte à droite, maison Bailly, dentiste" (presque au coin de la rue Pavillon).

Par ces précisions, Louis Dodero cherche à se différencier d'autres photographes installés rue St. Ferréol (Fluchaire-Rivory au n°1, Bryon d'Orgeval au n° 2, Garnier au n° 21 et Desmont(s) au n° 38) mais sutout de ceux situés, comme lui, à l'extrémité nord de la rue (Fluchaire-Rivory et Brion d'Orgeval), et en particulier de Fluchaire-Rivory (fabrique de cols et cravates proposant des fournitures pour le daguerréotype et des portraits faits dans un salon donnant sur la rue Canebière).

Des textes, de tonalité semblable, visant à le dissocier d'artistes qu'il dit "incapables", sont présents avec cette même adresse marseillaise (souvent accompagnée de celle de la succursale lyonnaise), sur les étiquettes collées au verso de daguerréotypes conservés qui peuvent être datés entre 1851 et 1853 :

- "Ci-devant Passage St. Ferréol - DAGUERREOTYPE - DODÉRO - Rue Saint-Ferréol, 8, - Maison de M. Vial Md de Nouveautés. - MARSEILLE - Vis-à-vis M. Moulet Confiseur. - Un opère tous les jours, par toutes sortes de temps sur - plaque d'argent, sur papier et sur verre. Portraits après - décès et en ville. Reproductions de gravures, tableaux et - Spécialité pour le coloris. - Maison à Lyon, Rue de la Préfecture, 9." (type d'étiquette collée au verso de daguerréotypes notamment conservés à la Fondation Alinari de Florence, au Metropolitan Museum of Art de New York et au Musée français de la Photographie, Bièvres, Essonne) (Images 7 et 8).

- "MARSEILLE - Presque au coin de la rue Pavillon, - et vis-a-vis Mr. Moulet - Portraits en Ville et après Décès. - DODERO - Gd. assort. d'Ecrins, Broches, Cadres, Medaills. - PHOTOGRAPHE - 8, Rue St. Ferreol, 8. - Auteur d'un procédé déposé aux Archives de l'Academie des Sciences de Paris - Séance du 8 octobre 1850. - AVIS - Son atelier n'est pas au commencement de la rue St Ferréol, je crois devoir le rappeler au Public, attendu que par megarde plusieurs personnes le designent ainsi, cette indication trop facile peut-être pourrait produire des erreurs et un travail dont je ne pourrais me rendre responsable - les portraits sortant de chez moi portent mon nom et mon adresse" (Collection privée, vente août 2000, Christopher Wahren, Galerie Skylight).

- "DAGUERREOTYPE - SPÉCIALITÉ pour le Coloris - PORTRAITS après Décès et en Ville - DODÉRO - RUE ST. FERRÉOL, n° 8 - MARSEILLE - (et Rue de la Préfecture, N° 9, à Lyon.) - Portraits sur plaques métalliques et sur papier tous les jours et par toute sorte de temps - AVIS - N'étant pas de ceux qui exposent des Portraits achetés à Paris ou faits par des Artistes de passage, le Sr. Dodéro s'engage à ne livrer que des épreuves telles que celles qu'il a en montre et les garantit soit comme durée, soit comme réussite. Il est utile de faire remarquer au public combien il est pénible de voir effacer peu à peu le Portrait d'une personne absente ou décédée et cela pour en avoir confié l'exécution à des Artistes aussi incapables que peu consciencieux, qui pour travailler n'ont d'autre ressource que le mensonge et le charlatanisme - (Nota) le procédé Dodéro a été déposé aux archives de l'Académie des Sciences à Paris (Séance 8 8bre 1850.)" (Collection privée).

La succursale lyonnaise semble cependant abandonnée au cours de l'année 1853.



MARSEILLE ET GËNES


Marseille

On lit dans la Gazette du Midi du 21 mai 1853 :

- "On connaît les effets merveilleux du daguerréotype, en voici un résultat de plus, aussi curieux qu'il est nouveau : il s'agit d'un instrument composé de deux lunettes de spectacle juxtaposées, au moyen desquelles le portrait ressort tellement en relief qu'on croit se trouver en présence de la personne représentée. Les traits et tous les détails des vêtemens (sic) ressortent à tel point qu'on croirait les toucher de la main.

Cet instrument s'appelle stéréoscope ; on peut juger de l'effet qu'il produit chez M. Dodero, un de nos daguerréotypeurs les plus distingués et les plus avantageusement connus à Marseille ; mais il y a plus, et l'on jugera de l'intérêt que présente l'appareil en question par la note que nous remet M. Dodero lui-même :

"Je viens vous soumettre une découverte qui paraîtra si extraordinaire qu'on pourrait m'accuser de vouloir en imposer à la crédulité du public ; c'est de voir, dans cet instrument, la reproduction d'une figure par la réunion de deux personnes de sexe différent, de telle sorte que deux fiancés pourraient connaître, avant de s'unir, les traits que pourrait avoir l'enfant issu de leur union, une fois arrivée à l'âge qu'ils ont eux-mêmes. On peut s'assurer de ce que j'avance et j'en offre la preuve à tous ceux qui désireront voir cette expérience". M. Dodero est établi rue St-Ferréol, 8.".

Entre fin mai et fin août 1853, Louis Dodero s'associe à Marseille avec le dessinateur, lithographe et peintre, Victor Désiré Cassien (né le 25 octobre 1808 à Grenoble, Isère), installé à Marseille avec sa famille, depuis 1842 (5).

Ce dernier ne semble pas cité en tant que photographe avant cette date. Est-ce Louis Dodero qui l'a formé à la photographie ? Victor Cassien va-t-il principalement s'occuper de retouche et de colorisation des épreuves ? 

Il est probable que lee deux hommes se connaissent depuis quelques temps, non seulement parce que leurs ateliers sont situés dans la même rue, mais encore parce qu'ils ont exposé (séparément) au Musée de Marseille en 1852 (Catalogue..., opus cité, pp. 11 et 14).

Louis Dodero déménage son atelier à l'adresse de celui de Victor Cassien, rue Saint-Ferréol, 50, l'atelier, prenant le nom de, "Cassien et Dodero" (dans cet ordre).


6- Annonce parue dans la Gazette du Midi du 24 août au 30 septembre 1853, 
Paris, BnF (Retronews).
Le n° "30", cité dans cette annonce, est une erreur du journal, le n° 50 étant celui qui est affiché dans les annuaires et les guides de Marseille, antérieurs et postérieurs à 1853.


7- DODERO Louis (1824-1902) et CASSIEN Victor Désiré (1808-1893),
Portrait post-mortem d'une jeune femme, recto, vers 1855 (?), 
daguerréotype sur plaque de cuivre, dim. hors tout, 39 x60 x3,5 cm, dim. de l'image, 13x15x0,5 cm,
Musée français de la Photographie / Conseil départemental de l’Essonne, Benoit Chain (Inv. 2018.28.4-1).

Ce portrait fait partie d'un rare assemblage de six daguerréotypes de la défunte 
dont l'un reproduit un dessin (de Victor Cassien ?). 
Autre caractéristique, trois des daguerréotypes portent au verso une étiquette 
au nom de "Dodero" avec l'adresse "Rue Saint-Ferréol, 8" (Image 8)
 mais les trois autres présentent une étiquette au nom de "Cassien et Dodero", 
avec l'adresse "Rue Saint-Ferréol, 50" (Image 9).
Or, c'est entre la fin du mois de mai 1853 et la fin du mois d'août 1853 que Louis Dodero s'associe
 avec Victor Cassien et quitte le n° 8 pour le n° 50. Ceci laisse penser que cet ensemble de portraits date précisément de cette période.


8- DODERO Louis (1824-1902) et CASSIEN Victor Désiré (1808-1893),
Portrait post-mortem d'une jeune femme, étiquette collée au verso de l'image précédente, vers 1855 (?), 
daguerréotype sur plaque de cuivre, dim. hors tout, 39 x60 x3,5 cm, dim. de l'image, 13x15x0,5 cm,
Musée français de la Photographie / Conseil départemental de l’Essonne, Benoit Chain (Inv. 2018.28.4-1).


9- DODERO Louis (1824-1902) et CASSIEN Victor Désiré (1808-1893),
Portrait post-mortem d'une jeune femme, étiquette collée au verso de l'une des autres épreuves, vers 1855 (?), 
daguerréotype sur plaque de cuivre, dim. hors tout, 39 x60 x3,5 cm, dim. de l'image, 13x15x0,5 cm,
Musée français de la Photographie / Conseil départemental de l’Essonne, Benoit Chain (Inv. 2018.28.4).



"MM. Cassien et Dodero, par des expériences réitérées, par les soins exceptionnels qu'ils apportent à tout ce qui sort de leurs mains, se sont mis en mesure de répondre à toutes les exigences.

Il est difficile d'arriver à des résultats plus satisfaisans (sic) que ceux qu'obtiennent en ce moment ces deux honorables artistes : les épreuves placées sous les yeux de public, au coin des rues St-Ferréol et de la Darce, attirent tous les yeux par le charme, la correction du dessin et l'heureuse disposition des ombres, s'alliant aux qualités de la ressemblance la plus rigoureuse. 

Le substitution du papier à la plaque métallique iodurée, en faisant disparaître le fâcheux effet du miroitement reproché sux premiers essais, a permis de donner plus de fermeté aux lignes, plus de gràces aux contours et plus d'harmonies aux teintes. Si l'on ajoute que les moindres détails sont reproduits par l'appareil photographique avec une minutieuse fidelité, on comprendra le mérite tout spécial des épreuves faites avec soin et la succès qui s'y attache. 

Nous n'hésitons pas à dire que toutes ces conditions sont réunies à un haut degré dans les œuvres de MM. Cassien et Dodero et justifient complètement la vogue dont elles jouissent dans l'upinion publique.

Et ce ne sont pas seulement des portraits qu'on peut leur demander, portraits d'une dimension véritablement exceptionnelle, finis comme des œuvres de crayon et parfaits à ce point qu'ils peuvent, en quelque sorte, défier la loupe, quelquefois même coloriés avec une remarquable habileté. 

lls offrent encore aux cartons de l'artiste toutes les épreuves dont il peut avoir besoin pour ses études, sites ou mоnuments, aspects de grandes villes, paysages charmants et pittoresques, tout ce qui était jadis du domaine exclusif du dessin, tout ce qui exigeait autrefois un crayon habile et exercé, et qu'on peut obtenir aujourd'hui en quelques secondes, avec l'ingénieux appareil de Daguerre, par une simple et facile décomposition de la lumière ..." (Gazette du Midi du 31 septembre 1853).


10- Annonce parue à la période des étrennes, dans la Gazette du Midi du 31 décembre 1853,
Patis, BnF (Retronews).



Certains des daguerréotypes conservés affichent, au verso, cette adresse à leurs deux noms :

- "RUE St. FERRÉOL, 50 - DAGUERREOTYPE MARSEILLE PHOTOGRAPHIE - CASSIEN ET DODERO - Portraits par tous les procédés connus jusqu'a ce jour. - Nota : Cet établissement étant entouré de beaucoup d'autres du même genre, on est prié de bien observer l'adresse ci-dessus" (étiquette collée au verso de daguerréotypes notamment conservés au Musée français de la Photographie, Bièvres, Essonne et à la Fondation Alinari de Florence ; datation probable de ces étiquettes : entre 1853 et 1855) (Image 9).


Gênes

Dès 1853, Louis Dodero semble également alterner entre son atelier marseillais et une nouvelle succursale, qui vient remplacer celle de Lyon, dans sa ville natale de Gênes (Ligurie). Cette succusrsale n'est cependant pas citée sur les étiquettes "Cassien et Dodero".

C'est son beau-frère et sa soeur qui vont s'y installer, dès le deuxième semestre 1853, et ce sont essentiellement les étiquettes, en français ou en italien, des daguerréotypes conservés "d'Alphonse" ou "d'Alfonso Thaüst Dodero", qui révèlent les adresses successives de l'atelier (3) :

- une première adresse semble avoir été occupée, pendant une courte durée, en 1853, "Place Saint Dominique, Hôtel de la Lega Italiana" ; 

- cette adresse a été délaissée, la même année, pour la "Strada San Siro, 525, terzo piano, vicino alla scalinata della Chiesa" (vers 1853-1855) ; 

- vers 1855-1856, l'atelier a déménagé, une dernière fois, pour la "Piazza delle Erbe".

Un album conservé de 29 vues de Gênes et de ses environs (6), daté du "17 mars 1856" porte cependant la signature, "Dodero & C." (Dodero et Thaüst ?).

"Alfonso Thaüst Dodero" et son épouse quittent Gênes à la fin de l'année 1855 ou au tout début de l'année 1856 mais Louis Dodero conserve peut-être l'atelier pendant quelques temps encore, ce dernier étant à nouveau cité dans Il Cicerone ossia guida di Genova de 1857.

Les membres de la famille Thaüst sont rentrés en France et se sont installés à Six-Fours (Six-Fours-les-Plages, Var) où ils sont cités dès le recensement de mai 1856 (7).

Le choix de cette destination s'explique par la présence dans cette ville de Benedetta Vivaldi, (veuve Dodero et belle-mère d'Alphonse) qui y a acquis une propriété, entre 1851 et 1856, afin de rejoindre la famille de son beau-frère, Giovanni Battista Tomaso/Jean-Baptiste Thomas Dodero (né à Gênes, le 21 novembre 1810).


Marseille

En 1855, Louis Dodero déplace son atelier de la rue St. Ferréol, 50, à son domicile de la rue Can(n)ebière, 23 (vit-il à cette adresse depuis 1853 ou seulement depuis 1855 ?). 

L'Indicateur marseillais de 1856 cite ensuite à cette même adresse : "Dodero et Cie, photographes" (Dodero et Thaüst ?). Il y est cependant signalé seul, dans le recensement de mai 1856. 

De rares daguerréotypes conservés affichent, au verso :

- "Photographie - Daguerréotype - DODERO & Cie. - Rue Canebière, 23, - Vis-a-vis la Rue Pavé d'Amour - MARSEILLE . - Portraits par tous les Procédés connus jusqu'à ce jour" (daguerréotype conservé en Allemagne, dans une Collection privée) (Images 11 et 12).


11- DODERO Louis (1824-1902), Portraits de deux enfants, recto, daté "1857",
grand daguerréotype sur plaque de cuivre, en partie colorisé,
Allemagne, Collection privée (Europeana).


12- DODERO Louis (1824-1902), Portraits de deux enfants, étiquette collée au verso, daté "1857" (date crédible),
grand daguerréotype sur plaque de cuivre,
Allemagne, Collection privée (Europeana).




L'association avec Victor Cassien semble n'avoir duré que deux années et pose la question de leur séparation.

Plusieurs hypothèses sont envisageables mais il semble que c'est l'ampleur qu'a prise l'atelier qui a poussé les deux hommes à la séparation, chacun travaillant, dès 1855, avec de nouveaux collaborateurs : "Dodero et Cie" mais également "Cassien et Cie".

Du côté de Louis Dodero, le terme de "Compagnie" désigne peut-être l'association Dodero et Thaûst (Album de Gênes de mars 1856) ou celle entre "Cassien et Dodero" mais il est impossible de le préciser. 

En tout cas, Louis Dodero et Victor Cassien ne sont pas fâchés. En effet, le 28 novembre 1857, Louis Dodero, âgé de 32 ans, "propriétaire", épouse la fille de Victor Cassien, photographe, et de Virginie Ravanat, Victoire Marie Blanche Cassien, âgée de 19 ans (née le 3 mai 1838 à Grenoble, Isère).



MARSEILLE ET SIX-FOURS


Six-Fours

Le couple Dodero part ensuite s'installer, lui aussi, à Six-Fours. C'est là que vont naître leurs deux premiers enfants : Blanche Marie Joséphine Dodero, le 9 mars 1859, et Georges Paul André Dodero, le 18 décembre 1860.

Benedetta Vivaldi, veuve Dodero, la famille d'Alphonse Thaüst et celle de Louis Dodero vivent dans le même hameau, respectivement aux numéros 9, 11 et 13.

Louis Dodero est présent lors de la naissance de son premier enfant en mars 1859, et il signe sa déclaration de naissance. Il est cependant dit "absent" lors de la déclaration du deuxième, en décembre 1860.

Ceci interroge sur son activité de photographe pendant ces années-là (comme d'ailleurs sur celle d'Alphonse Thaüst), la ville de Six-Fours étant située à 84 km de Marseille.

Alterne-t-il entre Six-Fours et Marseille ? Est-ce son beau-frère Alphonse Thaüst qui le relaie, comme par le passé à Lyon puis Gênes ? Est-ce un assistant ou un gérant qui assure le fonctionnement de son atelier marseillais ?

Louis Dodero est le plus souvent cité en tant que "propriétaire", sans que l'on puisse savoir s'il est propriétaire de son domicile marseillais et/ou de la propriété agricole de Six-Fours.


Marseille

Victor Cassien, le beau-père de Louis Dodero, conserve l'adresse d'atelier de la rue Saint-Ferréol, 50, jusqu'en 1861, date où il regagne son Isère natale.

Louis Dodero semble conserver l'adresse de la rue Canebière, 23, au-delà de 1860 mais l'Indicateur marseillais explicite une transition dans les années suivantes :

- 1861 : Louis Dodero est toujours cité "rue Canebière, 23" mais un autre "photographe" du nom de "Roubaud" est séparément cité à cette même adresse (le recensement de 1861 ne signale pas, à cette adresse, Louis Dodero mais Louis Roubaud avec sa famille) (8) ;

- 1862 : ce sont cette fois ensemble que sont cités à cette adresse, "Dodero, photographe - Roubaud (de Dodero), photographe" ;

- 1863 : seul, "Roubaud (de Dodero), photographe, rue Cannebière, 23" est cité

- 1864 : la mention "(de Dodero)" disparaît pour laisser la place à, "Roubaud, Louis, photographe, rue Cannebière, 23".

Il semble donc que Louis Dodero a travaillé avec Louis Roubaud (né à Marseille le 24 août 1814), au plus tôt en 1857 (Louis Roubaud, lors de son second mariage, à la date du 12 février 1857, étant encore dit, "commis") et au plus tard en 1860.  

Louis Dodero a progressivement confié les rênes de son atelier à Louis Roubaud, avant de lui céder la place vers 1861-1862. Il est difficile de préciser davantage, du fait d'une probable gérance accordée à Louis Roubaud, avant une véritable cession. 

En 1864, Louis Roubaud déménage pour le cours Belzunce, 2 (du fait de la vente de l'appartement de la rue Cannebière par Louis Dodero ?). Louis Roubaud va malheureusement décéder à cette nouvelle adresse le 8 juin 1866, à l'âge de 51 ans.


Six-Fours

Après 1861, Louis Dodero n'est plus cité qu'à Six-Fours.

Son troisième enfant, Paul Victor André Dodero, naît dans cette commune, le 12 juillet 1865 ; Louis Dodero est présent et signe la déclaration de naissance.

Cependant, sa mère, Benedetta Vivaldi, veuve Dodero, décède à Six-Fours le 15 novembre 1865, âgée de 74 ans.

Louis Dodero et son épouse semblent se séparer peu après. Marie Louise Dodero, née Cassien, part avec les trois enfants, rejoindre son père en Isère.. 

Louis Dodero est désormais signalé, seul, dans le recensement de Six-Fours de mai 1866 puis dans tous les recensements suivants. 

Le couple ne divorcera pas et les trois enfants feront notamment leur vie à Grenoble, sans que l'on puisse savoir s'ils reverront ou non leur père. 

Louis Dodero, toujours domicilié à Six-Fours est, à Toulon, témoin du mariage de sa nièce, Agnès Augustine Marie Thaüst, le 14 juillet 1873 ("âgé de 49 ans, sans profession") puis, vingt ans plus tard,  à celui de sa nièce, Eugénie Victoire Thaüst, le 20 septembre 1893 ("âgé de 69 ans, propriétaire").

Il n'assiste pas, cependant, aux mariages de ses fils, dans les années 1890 mais est consentant par acte notarié.

Louis Dodero, "propriétaire, âgé de 76 ans [78 ans], fils de feu Jean Dodero [d'André Dodero], né à Gênes et de feue Marie Oneto, née à Gênes [de Bénédicte Vivaldi, née à San Remo]", décède à Six-Fours, le 18 décembre 1902. 

Sa veuve, Victoire Marie Blanche Dodero, née Cassien, décédera à Bron (Rhône), boulevard Pinel, au domicile de son fils Paul, le 16 août 1912, âgée de 74 ans.



LES ATELIERS DE LOUIS DODERO


En l'état des connaissances, la carrière de daguerréotypeur et de photographe de Louis Dodero semble avoir duré 12 années environ, de 1849 au début des années 1860. Ses ateliers sont situés (par ordre chronologique) :


À Marseille (Bouches-du-Rhône)

- de l'hiver 1849 à l'automne 1850, dans le passage St. Ferréol, près du n° 23 de la rue éponyme, probablement avec Alphonse Thaüst (dès 1850) : portraits individuels et de groupes au Daguerréotype, noirs ou coloriés avec le système Thompson ; reproduction d'oeuvres d'art ;

- de l'automne 1850 au printemps ou à l'été 1853, atelier rue St. Ferréol, 8 : portraits au Daguerréotype, sur plaque d'argent, sur verre et sur papier, coloriés ; portraits sur cartes de visite et sur tissu et vues du Sud de la France d'après négatif verre (dès 1851) ; portraits après décès (1852) ; agrandissements de grand format (dès 1852) ; stéréoscopies (dès 1853).


À Lyon (Rhône)

- une succursale ouverte rue de la Préfecture, 9, du printemps 1851 (au plus tard) à 1853, avec Alphonse Thaüst-Dodero. 

À Marseille

- de 1853 à 1855, atelier rue St. Ferréol, 50, en association avec Victor Cassien.


À Gênes (Ligurie)

- de 1853 à début 1856 (ou 1857 ?), à 3 adresses successives : place Saint-Dominique, Hôtel de la Lega Italiana en 1853, rue San Siro, 325 de 1853 à 1855 (?) et place de l'Herbe, de 1855 à 1857 (?), avec Alphonse Thaüst Dodero ; portraits et vues ; calotypes de l'Album de Gênes (1856) (7).


À Marseille

- de 1855 à 1860-1862 (?), atelier rue Canebière, 23, avec Alphonse Thaüst ou un autre photographe (?), au milieu des années 1850 puis avec Louis Roubaud, à la fin de la décennie ; ce dernier va lui succéder au début des années 1860.


Près d'une vingtaine de daguerréotypes portant le nom de Dodero sont conservés de nos jours dont de nombreux portraits après décès. Les étiquettes présentent le seul nom de "Dodero" ou les deux noms de "Cassien et Dodero".

L'association des noms de "Dodero et Thaüst" et de "Dodero et Roubaud" reste absente des étiquettes connues. Certaines présentent cependant le nom de "Thaüst(-)Dodero".



NOTES


(1)- En France, Andrea Dodero est dit âgé de "36 ans" en 1827, à la date du mariage de sa fille à Marseille (né vers 1791 ?) puis de "50 ans", à la date de son décès à Toulon (né vers 1789 ?). 

Benedetta Dodero, née Vivaldi, est dite âgée de "32 ans" en 1827, avec quatre ans de moins que son époux (née vers 1795 ?). Elle est ensuite dite âgée de "60 ans" dans le receensement de Marseille de 1851, de "65 ans" dans celui de Six-Fours (Var) de 1856 et enfin de "74 ans", lors de son décès à Six-Fours en 1865 (née vers 1791 ?).

(2)À ma connaissance, Louis Dodero n'est dit "opticien" que dans le recensement de la ville de Marseille de 1851 et dans l'acte de naissance de sa première fille, en 1859, à Six-Fours (Var). En 1852, il est dit "ingénieur-photographe", en tant que témoin d'un mariage où le jeune marié et les trois autres témoins sont tous des "opticiens".

(3)- Voir la biographie détaillée d'Alphonse Thaüst, sur ce blog, ici.

(4)- Des extraits de ce texte seront rappelés dans la Gazette du Midi du 6 mars 1853, à l'occasion de la proposition de M. Verneuil, "d'ajouter au signalement qui se trouve sur la feuille de la police le portrait photographique du porteur".

(5)Cette étude étant consacrée à Louis Dodero, la vie et la carrière de Victor Cassien ne peuvent être détaillées ici.

Le Musée Dauphinois de Grenoble (Isère) conserve un portrait de Victor Cassien et un autre de sa fille, Victoire Marie Blanche Cassien, épouse Dodero, datant du tout début des années 1860 mais également de nombreuses photographies prises par les descendants de Louis Dodero, son fils Georges Paul André Dodero puis son petit-fils Maurice Dodero (fils de Paul André Victor Dodero), datant de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle.

(6)- Cet album, constitué de 29 épreuves sur papier salé d'après négatif papier, est conservé à la Fondation Alinari de Florence, sous le titre, "Fotografie sulla Carta - Vedute e Monumenti - della Città di Genova - e suoi Contorni - rivavate - col Daguerreotipo".

Il a été étudié par Michele Falzone del Barbarò, "Un album di calotopie di Alfonso Thaust Dodero", dans, Fotologia n° 7, 1987, pp. 6-17.

(7)- La Fondation Alinari de Florence considère cependant qu'Alphonse Thaüst Dodero a ensuite ouvert un atelier, en 1858, à Livorno (Toscane), Piazza d'Arme, 11.

(8)- Cette étude étant consacrée à Louis Dodero, la vie et la carrière de Louis Roubaud ne peuvent être détaillées ici.