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samedi 4 juillet 2026

1473-DUFOUR(T) PÈRE ET FILS, PHOTOGRAPHES À TOULON, VAR

 

 SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS



DUFOUR(T) PÈRE ET FILS, PHOTOGRAPHES À TOULON, VAR




PIERRE DUFOUR (1809-1880)


MONT-LOUIS


Pierre Laurent Dufour est né le 10 août 1809 à Mont-Louis (Pyrénées-Orientales). Il est l'un des enfants d'Antoine Dufour, brassier (né c.1775-76) et de son épouse, Marie Bon(n)aventure Aspero (1781-1865).


TOULON


Pierre Dufour s'installe dans les années 1830 à Toulon (Var). 


Premières professions

Le 9 mai 1838, Pierre Dufourt (sic), "maître d'hôtel", âgé de 28 ans, se marie dans cette ville avec Pétronille Ghersi, 22 ans (née le 5 décembre 1815 à San Remo, États sardes).

Les parents de Pierre Dufourt, domiciliés désormais à Formiguères (Pyrénées-Orientales), sont consentants par acte notarié, et les parents de Pétronille Ghersi/Guers, Laurent Ghersi, dit Crotto, et Blanche Carbonetta, domiciliés à La Crau (Var), sont présents et consentants.

Le recensement de la ville de Toulon de 1841 cite les époux Dufour (sic) rue Beaux Esprits, Pierre étant dit désormais, "blanchisseur de chapeaux de paille" (pour finition ou remise en état).

Le 30 mai 1846, leur premier enfant, Marius Victor Marc Dufourt (sic) naît rue Beaux Esprits, 15. Pierre Dufourt est, à nouveau, dit à cette occasion, "maître d'hôtel" mais il semble mener de front ou alterner les deux professions.

Le recensement de juin 1846 cite la famille "Dufourt" à la même adresse, Pierre, "blanchisseur de chapeaux de paille", 36 ans, Pétronille son épouse, 32 ans [30 ans], leur fils Victor, âgé d'un mois et la mère de Pétronille, Ghersi, Blanche, [désormais] veuve, 52 ans.

Le 30 novembre 1848, leur second enfant, Isidore André Marius Dufourt, naît rue Beaux Esprits, 15, Pierre Dufourt étant dit, "blanchisseur de chapeaux de paille".

Le recensement de 1851, cite, à la même adresse, "Dufour (sic), Pierre, Blanchisseur de chapeaux de paille, marié, 39 ans [41 ans], Français, Guerci (sic) femme, Marie (sic), Sans Profession, mariée, 34 ans [35 ans], Française [par son mariage], Dufour, Victor, idem, célibataire, 5 ans, Français, Dufour, Isidore, idem, célibataire, 2 ans, Français, Guerci, Marie (sic), idem, veuve, 60 ans, Française".


Photographe

Entre fin 1851 et début 1856, Pierre Dufour (sic) se forme à la photographie. Il ouvre, en mars 1856 au plus tard, son propre atelier à son domicile et fait paraître une publicité pour ce dernier dans Le Toulonnais, du 1er avril au 24 mai 1856. 


- Annonce pour l'atelier de Pierre Dufour, parue dans Le Toulonnais du 1er avril au 24 mai 1856,
Archives départementales du Var.


 

Le recensement de 1856 cite à nouveau rue Beaux Esprits, 15, "Dufous (sic) Pierre, photographe, marié, 47 ans, Dufous née Ghersi, pétronie (sic), sa femme, mariée, 40 ans, Dufous Victor, leur fils, célibataire, 10 ans, Dufous Isidore, idem, célibataire, 7 ans" [la mère de Pétronille, Blanche Carbonetta, n'est plus citée mais son acte de décès n'a pas été retrouvé].

Dans le recensement de 1861, c'est désormais rue Miséricorde, 12 que la famille est citée, "Dufour (sic), Pierre, photographe, marié, 52 ans, Guers (sic), pétronille, sa femme, mariée, 45 ans, Dufour, Victor, leur fils, célibataire, 15 ans, Dufour, Isidore, idem, célibataire, 12 ans".

Celui de 1866 signale rue Miséricorde, 12 : "Dufour, Pierre, Photographe, marié, 53 ans - Dufour, Marie, femme, mariée, 50 ans - Dufour, Victor, son fils commis négociant, célibataire, 20 ans - Dufour, Isidore, idem, sculpteur, célibataire, 17 ans".

En 1868, M. Dufour, photographe donne, comme lot pour la Tombola organisée au profit des pauvres, un écrin de Hesse, destiné à recevoir le portrait du futur gagnant (Le Toulonnais du 26 mai 1868).

Début 1869, Pierre Dufour met en vente son atelier de la rue Miséricorde et s'installe ensuite rue de la Boucherie.


- Annonce de mise en vente de l'Atelier Dufour,
 parue dans Le Toulonnais, du 23 janvier au 25 février 1869,
Archives départementales du Var.



Le recensement de 1872 cite désormais, rue de la Boucherie, 12 : "Dufour, Pierre, photographe, marié, 63 ans, français, né à Montlouis (pyrénés orientales), Dufour, Pétronille, Sa femme, mariée, 56 ans, Italienne, (san remo), Dufour Victor, Commis marchand, célibataire, 25 ans, français, né à toulon (Var), Dufour, Isidore, photographe dans le port, célibataire, 23 ans, idem".

Le 10 octobre 1874, Victor Dufourt (sic), 28 ans, commis marchand, "fils majeur de Pierre Dufourt, photographe" [63 ans], épouse Fanni Joséphine Augustine Giraud, tailleuse, 20 ans (née le 12 janvier 1851 à Toulon - fille de Vincent Bruno Giraud, marchand de musique et d'Anne Joséphine Laroche).

Le jeune couple va vivre avec les parents Dufourt et emménager au nouveau domicile dont ces derniers se rendent propriétaires.

C'est désormais rue d'Entrechaus [d'Antrechaus], 8 que le recensement de 1876 cite : "Dufour, Pierre, propriétaire, marié, 66 ans, Pyrénées Or., f (français), Gues (sic), Pétronille, sa femme, mariée, 61 ans, née à Gênes (Italie), Dufour, Victor, commis marchand, marié, 30 ans, né à Toulon, f. (français), Giraud, Fanny, sa femme, mariée, 25 ans, idem, Dufour, Isidore, Photographe de la Mne [Marine], célibataire, 27 ans, idem".

Le 23 juin 1878, la femme de Victor Dufourt accouche de leur fils, Pierre Joseph Victor Jean Dufourt, rue d'Antrechaus, 10. 

Isidore Dufourt, 30 ans, photographe de la marine, rue d'Entrechaux, 10 [nouvelle numérotation], "fils majeur de Pierre Dufourt, ancien photographe" [69 ans], épouse à Toulon, le 3 mars 1879, Clémence Joséphine Vechi, 26 ans (née le 27 décembre 1842 à Toulon).

Le couple donne naissance à leur fille, Joséphine Perrine Victorine Delphine Dufourt, le 24 décembre 1879, à leur domicile de la rue de la Miséricorde, 10.

Pierre Dufourt semble avoir stoppé son activité de photographe au milieu des années 1870 (après octobre 1874, avant mars 1879), vers ses 65 ans.

Pierre Dufourt (sic), rentier, va décèder rue d'Entrechaux, 10, le 1er février 1880, à l'âge de 70 ans.

Son épouse, Pétronille Ghersi, "veuve de Pierre Dufourt (sic), maître d'hôtel" (sic), décédera à Toulon, rue Victor Clappier, 30, le 1er avril 1895, âgée de 79 ans.

N.B. : le recensement de 1891 de la ville de Toulon cite un autre photographe portant le même nom, rue (Bas) Gilly, 8, "Dufour, Alfred, 32 ans, français, Photographe, Célibataire".


Photographies

Les photographies conservées de Pierre "Dufour" semblent rares. Ce sont des cartes de visite présentant un recto nu et portant au verso, à l'encre noire :

- sous l'aigle impérial(e), "Photographie Parisienne (texte convexe) - Dufour  - Rue de la Miséricorde, 12 - À Toulon" (première moitié des années 1860 ?),

- sous les armoiries du Second Empire, "Photographie Parisienne (texte convexe) - Dufour - A Toulon - R. de la Miséricorde, 12. (texte concave)" (seconde moitié des années 1860 ?), 

- ou bien un long tampon rectangulaire avec en majuscules, "Dufour Photographe - Toulon" (avant 1861 ou après 1869 ?).




ISIDORE DUFOURT (1848-1910)


Isidore André Marius "Dufourt" est né le 30 novembre 1848, à Toulon. Il est le fils cadet de Pierre Dufour/Dufourt, blanchisseur de chapeaux de paille (1809-1880), et de Pétronille Ghersi (1815-1895), sans profession, qui se sont mariés dans cette ville le 9 mai 1838.

Adolescent, Isidore Dufourt semble formé à la photographie par son père qui a adopté cette nouvelle profession depuis le milieu des annnées 1850.

Le recensement de 1866 cite Isidore Dufourt avec sa famille, rue Miséricorde, 12, mais précise qu'à 17 ans, il est alors, "sculpteur". 

Le recensement suivant de 1872 le cite cependant avec les siens, rue de la Boucherie, 12, en tant que "photographe du port" (après son armée) et celui de 1876, rue d'Entrechaus, 8, "photographe de la marine".

Le 3 mars 1879, Isidore Dufourt, 30 ans, photographe de la marine, rue d'Entrechaux, 10 [nouvelle numérotation], fils de Pierre Dufourt, ancien photographe, épouse à Toulon, Clémence Joséphine Vechi, 26 ans, sans profession (née le 27 décembre 1852 à Toulon), rue de la Miséricorde, 10.

Leur fille, Joséphine Perrine Victorine Delphine Dufourt, naît le 24 décembre 1879, à l'adresse de ses grands-parents maternels, Joseph Eloi Vechi, cuisinier (né le 27 juin 1824 à Pignans, Var) et Marie Louise Joséphine Aubaneau (née le 19 mars 1828 à Toulon), qui se sont mariés à Toulon le 21 avril 1852. A cette occasion, Isidore Dufourt est à nouveau dit, photographe de la Marine.

Le recensement de 1881 signale à nouveau Isidore Dufourt avec cette profession, à l'adresse de ses beaux-parents : "Vieil [Vechi], Éloi Joseph, 54 ans [57 ans], traiteur, Père - Vieil, Joséphine, 48 ans [53 ans], S. P. [sans profession], mère - Dufourt, Isidore, 34 ans [33 ans], Photographe, Gendre - Dufourt, Clémence, 28 ans, S.P. [sans profession], fille - Dufourt, Joséphine, 2 ans, idem, petite fille".

Les recensements de 1886 puis de 1891 citent les mêmes membres de la famille mais rue Hoche, 10 désormais.

En 1889, "Dufourt" est cité parmi les chefs contre-maîtres faisant partie de la délégation de la maistrance de l'arsenal de Toulon, envoyée à Paris pour visiter l'Exposition Universelle (Le Phare des Charentes du 19 juin 1889).

En 1891, "Sur la proposition de M. Peschart d'Ambly, inspecteur du génie maritime, le ministre a approuvé l'envoi en mission pendant un mois, à Paris, du chef contre-maitre Dufourt, photographe de l'arsenal de Toulon, afin de se mettre au courant des méthodes employées pour obtenir des épreuves phototypiques satisfaisantes" (Le Phare des Charentes du 26 août 1891).

La mère d'Isidore, Pétronille Dufourt née Ghersi, décède à Toulon, rue Victor Clappier, 30, le 1er avril 1895, âgée de 79 ans.

Entre 1896 et 1899, la famille Vechi/Dufourt quitte la rue Hoche, 10 pour la rue Nationale, 28.

C'est à cette adresse que la belle-mère d'Isidore Dufourt, Joséphine Vechi, née Aubaneau, décède le 20 octobre 1899, âgée de 71 ans.

Le recensement de 1901 cite rue Nationale, 28 : "Dufourt, Isidore, 51 ans [année de ses 53 ans], français, Chef, adj. technique constructions navales, Arsenal - Dufourt, Clémence, 49 ans, française, épouse, S.P. [sans profession] - Dufourt, Joséphine, 22 ans, française, fille, S.P. - Vieil [Vechi], Éloi, 76 ans [77 ans], français, grand-père".

Le 16 juillet 1902, Joséphine Perrine Dufourt, 22 ans, sans profession, fille d'Isidore Dufourt, 53 ans, "adjoint technique de la marine", se marie à Toulon avec Louis François Denoual, 28 ans, commis des Ponts et Chaussées (né le 30 septembre 1873 à Toulon).

Isidore André Marius Dufourt, "adjoint de la marine en retraite", époux de Clémence Joséphine Vechi (1842-?), décède à son domicile de la ruee Nationale, 28, le 27 avril 1910, à l'âge de 61 ans.

Son frère, Victor Dufourt, rentier (ancien négociant), décèdera à Toulon, le 30 janvier 1911, à son domicile du quartier Pont de Bois, âgé de 64 ans.




mardi 30 juin 2026

1472-NICE EN MARS 1867 : RÉALISATIONS, TRAVAUX ET PROJETS


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS



INTRODUCTION


Depuis que j'ai entrepris un dépouillement de plusieurs journaux du département du Var, datant du milieu du XIXe siècle, je découvre quelques rares articles synthétiques sur les villes de Cannes et de Nice, que je livre tels quels.



LE TOULONNAIS DU 31 MARS 1867 (Archives départementales du Var)


"NICE. - La ville de Nice a fait de notables progrès dans la voie des améliorations de tout genre, depuis son annexion à la France et c'est un sujet de remarque pour ceux qui, l'ayant vue avant cette époque, la visitent aujourd'hui. L'administration municipale, à la tête de laquelle est placé un homme d'une valeur réelle, concourt puissamment à tout ce qui constitue l'état de choses nouveau.

En effet, indépendamment de la création de la magnifique avenue du Prince-impérial, qui conduit à la gare du chemin de fer, de grandes améliorations ont été réalisées, en ces dernières années à la Promenade des Anglais, au quai Masséna, au Jardin public ; un troisième et très beau pont a été établi à l'embouchure du Paillon, qui met en communication de la manière la plus rationnelle et la plus heureuse les parties méridionales de la ville, devenues si importantes depuis que Nice a conquis et mérité le titre de capitale des stations d'hiver. Le mouvement, la circulation ont augmenté considérablement et le besoin de multiplier, d'agrandir les voies publiques se fait de plus en plus sentir.

Le quai du Midi, prolongé parallèlement aux terrasses, doit être relié à la rue des Ponchettes, en dessous de l'ancienne tour du château de Nice, au moyen d'un ouvrage d'art et de terrassements, dont l'exécution est, nous dit-on, vivement souhaitée, car la route actuelle qui conduit au pont, insuffisante, elle aussi, est, à ce point tellement étranglée, que de fâcheuses rencontres s'y produisent chaque jour entre les nombreux véhicules qui parcourent la ville.

Le même inconvénient a lieu, non loin de là, aux deux passages qui, de la place de la Poissonnerie donnent dans la rue des Ponchettes et pratiqués sous la vielle Terrasse publique, à un tronçon dont la démolition satisferait à l'un des besoins les plus pressants de la circulation. Nul doute que l'autorité compétente ne s'en préoccupe également. 

Nice est dans une voie marquée de progrès, quoiqu'en aient dit quelques esprits chagrins. Des projets de transformation complète de la vieille ville sont à l'étude et l'on n'est probablement pas éloigné de l'époque où une amélioration capitale sera réalisée, à savoir : la création à travers les anciens quartiers de l'intérieur d'une large rue centrale qui, en donnant le l'air, de la lumière, de l'espace aux habitations de cette partie de la ville, faciliterait les communications entre les quartiers du nord et du midi. 

En effet, le boulevard du Pont-vieux n'offre point de rue carrossable directe pour pénétrer au centre de la ville, pour arriver à la Préfecture, au Palais de Justice, les voitures, le charroi sont forcés de faire un long détour. Il y a là une grande et belle chose à faire. Peut-être que l'industrie privée a besoin, pour l'entreprendre, du concours de la municipalité qui, naturellement préoccupée des intérêts de tous ses administrés, n'oubliera pas ceux qui habitent la la vieille ville.

Il y a lieu de croire que la prochaine réalisation de l'envoûtement d'une partie du torrent le Paillon, en face du futur Grand-Hôtel de Nice, sur le quai St-Jean-Baptiste, travail qui ne coûterait pas moins de 400,000 fr., fera songer à l'exécution du projet d'une rue centrale.

Cet hôtel, qui n'aura pas moins de 106 mètres sur la façade du midi, et que fait élever en ce moment la compagnie Poncet, de Lyon, concessionnaire des terrains du quai St-Jean-Варtiste, sera le plus grand et le plus bel édifice de cette charmante ville. Un square de dix mille mètres carrés va être formé sur l'espace que procurera l'envoûtement du torrent. 

À peine commencé (depuis un mois) il devra, aux termes d'un engagement formel, être livré par l'entrepreneur à M. Schmitz, le directeur du futur caravansérail Niçois, le 1er octobre prochain. Ce n'est pas moins de 450 chambres qu'il contiendra et tout est disposé pour que l'ouverture en ait lieu l'automne prochain. Le prix du loyer de cet hôtel a été fixé, pour 30 années, à cent mille francs par an. 

On se demande s'il est possible que, dans ces conditions un pareil hôtel réussisse comme l'on dit. Les uns affirment qu'en vue du développement que prennent les voyages en général et le besoin, le goût d'hiverner sous un climat bienfaisant, la chose n'est pas douteuse, surtout si l'on réfléchit que l'accroissement continu des ressources et des agréments que Nice possède, fera de cette ville un des plus agréables séjours du midi de l'Europe. 

L'un de ses plus puissants attraits sera le Cercle international ou Casino, vaste établissement dans le genre de ceux de Bade, d'Aix en Savoie et dont les travaux d'édification sont assez avancés pour que l'ouverture en ait lieu le 1er octobre prochain. C'est à M. Léopold Amat, l'intelligent ami des Plages de Provence, qu'en est due la création. Situé près du Jardin public, sur la belle promenade des anglais, dirigé comme il le sera, c'est-à-dire en vue de rendre le séjour de Nice de plus en plus attrayant, l'opinion générale est que son succès est assuré d'avance.

Les édiles niçois s'occupent, entr'autres projets, d'une exécution plus ou moins immédiate, du moyen de faciliter l'accès à la délicieuse et verte promenade du Château où l'on ne va guère, faute de communication directe. Tel est l'accroissement de la population que les promenades publiques qu'il y a ici deviennent insuffisantes. 

Il y a bien les Terrasses qui firent, dans le temps, la fortune de Nice, mais la mode en a détourné les promeneurs qui, à l'asphalte dont il forme la surface unie, recherchée par les pieds mignons, et à l'absence totale de poussière, préfèrent les quais poudreux ou boueux des deux rives du Paillon.

Nous ne saurions achever cette revue sans donner les éloges qu'ils méritent aux travaux qui ont été faits ou sont en cours d'exécution au port, dont les quais agrandis, améliorés, répondent maintenant au mouvement maritime qui s'y produit et qui, là encore, a pris, depuis quelques années, une notable extension. 

D'intelligents travaux de curage sont faits en ce moment, et le port de Nice, dont le bassin intérieur n'était accessible qu'à des navires d'un faible tonnage, pourra recevoir à l'avenir, des bâtiments d'une forte portée, au grand avantage du commerce en général, et les négociants consignataires ne seront plus obligés de faire alléger les navires sur la rade de Villefranche, à défaut d'un fonds suffisant, avant qu'ils pussent venir approcher des quais pour y opérer le débarquement des marchandises à destination de Nice".



samedi 27 juin 2026

1471-FRANÇOIS SECRÉTAN, TOURNEUR-PHOTOGRAPHE À TOULON


  SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


1- Extrait du recensement du canton ouest de la ville de Toulon, 1856, vue 497, 
Archives départementales du Var.


UN ARTICLE RÉDIGÉ EN COLLABORATION AVEC

ÉVELYNE GUICHARD



SECRÉTAN (1808-apr.1882), TOURNEUR-PHOTOGRAPHE



JURA


François Joseph Secretand [Secrétant/Secretan/Secrétan] est né à Valfin (Valfin-les-Saint-Claude, Jura), le 15 janvier 1808. Il est le fils de Jean François Secretand, teinturier (c.1779-1814) et de Jeanne Marie Thévenin, cultivatrice (c.1783-1826).

Le 25 février 1830, François Joseph Secrétant (sic), âgé de 22 ans, tourneur, demeurant à Saint-Claude (Jura), se marie dans cette commune avec Jeanne Marie Dalloz, 27 ans (née Jane Marie Dallo, le 28 frimaire an 11 - 19 décembre 1802 - à Garde-Chemin, Jura), domestique, demeurant également à Saint-Claude. 

Ils quittent la ville et le département peu après leur mariage. 



VAR


Tourneur-mécanicien à La Seyne

Le couple s'installe à La Seyne (Var). 

Leur premier enfant, Jean François Secretand (sic), naît dans cette commune, rue de l'Hôpital, 7, le 21 avril 1831 mais décède malheureusement, rue Franchipany (sic), à 13 mois, le 27 mai 1832.

Cela va être également le destin de huit des autres enfants Secrétant (sic) qui vont naître à cette même adresse entre 1832 et 1845 et décéder en bas-âge (1), sauf Andrette Marie Rose Secrétant, née le 13 février 1842.

Le 10 février 1845, c'est cette fois l'épouse de François Joseph Secrétant, Jeanne Marie Dalloz, qui décède à La Seyne, "âgée de 40 ans" [42 ans].

François Joseph Secrétan (sic), âgé de 37 ans, tourneur, se remarie à La Seyne, le 4 juin 1845, avec Thérèse Félicité Blin, 31 ans (née à La Seyne, le 17 avril 1814).

Le couple donne naissance à Marie Thérèse Félicité Secrétan, à La Seyne, le 25 mars 1846.

François Joseph Secretan (sic), tourneur-mécanicien, est également inventeur. Il dépose, le 26 septembre 1846, un brevet d'invention de quinze ans pour un "système de pompe à levier tirant, pour épuisement".

En octobre 1847, François Joseph Secrétan déplace son atelier et l'installe à 7 km de là, à Toulon (Var) mais semble conserver son domicile à La Seyne.


Tourneur-mécanicien-opticien à Toulon

À partir du 17 octobre 1847, François Joseph Secrétan fait paraître, dans le journal Le Toulonnais, une petite annonce signalant son installation place St-Jean, 2, en tant que tourneur sur bois et métaux mais aussi en tant que fabricant et réparateur d'instruments de mathématiques, d'optique et de musique (Image 2). Il se dit également l'un des auteurs du "méopontomètre" (?).


2- Annonce parue dans Le Toulonnais du 17 octobre au 18 novembre 1847,
Archives départementales du Var.



Thérèse Félicité Blin, épouse de François Joseph Secrétan, tourneur, décède malheureusement à La Seyne, le 11 mars 1848, âgée de 33 ans.

François Joseph Secrétan reste seul avec ses deux filles, Andrette Marie Rose et Marie Thérèse Félicité. Il va, entre 1848 et 1852, réunir son domicile et son atelier dans une seule et même adresse toulonnaise, traverse/rue St-Pierre, 4.

C'est également dans cette ville qu'il va se marier pour la troisième fois, le 4 février 1852, avec Magdelaine Joséphine Volaire (née à Toulon, le 27 janvier 1808).

Le 24 mars 1854, François Joseph Secrétan (sic), "mécanicien-opticien", dépose un nouveau brevet d'invention de quinze ans pour un "système d'étau parallèle".


Tourneur-mécanicien-opticien-photographe à Toulon

Fraançois Secrétan semble pratiquer la photographie dans les années 1850. Le recensement de 1856, réalisé entre mai et juillet, cite en effet, traverse St Pierre, 4 (Image 1, en tête d'article) : 

"Secretan (sic), François Jh [Joseph], Pothographe [sic], marié, 48 ans - Volaire, Magdne [Magdelaine], Son épouse, mariée, 48 ans - Secretan, Marie Rose, Sa fille, célibataire, 13 ans". Sa fille, Marie Thérèse Félicité, 10 ans à cette date, n'est pas citée dans ce recensement mais peut-être vit-elle alors à La Seyne, chez ses grands-parents maternels.

Il est probable que son atelier soit, dès lors, distinct de son domicile, mais son adresse de la rue des Savonnières n'est révélée que trois ans plus tard, au début de l'année 1859, lors de l'annonce de son déménagement suivant (Image 3).


3- Annonce parue dans Le Toulonnais des 19, 22 et 26 février 1859,
Archives départementales du Var.




François Secrétan vient donc de déplacer son atelier dans un magasin de la rue de l'Arsenal, 45 où il n'est plus question de photographie.

Cependant, dans la même semaine, une petite annonce anonyme fait savoir qu'un local propice à la photographie est désormais disponible à l'adresse de la rue de l'Arsenal, 45 (Image 4). 


4- Annonce parue dans Le Toulonnais des 24, 26 février et 1er mars 1859,
Archives départementales du Var.




Cette annonce est assez ambiguë. On pourrait penser, dans un premier temps, que François Secrétan a réussi à louer ce local avant même la parution de l'annonce. 

Cependant, le fait que le local soit proposé avec tout le matériel de photographie nécessaire incite davantage à penser que c'est lui cherche à sous-louer une partie de son atelier et déléguer l'activité photographique.

Aucun photographe ne semble cité par la suite à cette adresse et il reste impossible de savoir si François Secrétan a stoppé ou non cette activité.

Les recensements des années suivantes signalent à nouveau le domicile de la famille Secrétan à la même adresse mais sans la présence de Marie Thérèse Félicité :

- 1861 - rue traverse St-Pierre, 4 : "Sacrétan (sic), Joseph, Opticien, marié, 50 ans [53 ans] - Sacrétan, Joséphine, Sa femme, mariée. 49 ans [53 ans] - Sacrétan, Rose, leur fille [non, uniquement celle de François Joseph Secrétan], célibataire, 17 ans [19 ans]"

- 1866 - rue St-Pierre, 2 (sic) : "Sacristain (sic), françois, Raccommodeur, marié, 50 ans [58 ans] - Sacristain Magdel., Sa femme, mariée, 48 ans [58 ans] - Sacristain, Rose, Sa fille, célibataire, 18 ans [24 ans]".

Andrette Marie Rose Secrétant, 26 ans, modiste, fille de Joseph François Secrétant (sic), mécanicien et de feue Jeanne Marie Dalloz, va se marier à Toulon le 30 juin 1868, avec un horloger originaire du Jura (comme François Secrétan), Patris/Patrice Auguste Maillet-Guy, 30 ans (né le 9 décembre 1837 à Tancua), demeurant à Toulon et avant à Morez (Jura).

Dans les années suivantes, Joseph Secrétan (sic), "mécanicien-opticien", va déposer quatre nouveaux brevets d'invention de quinze ans mais sans aucun rapport avec la photographie (2).

Marie Thérèse Félicité Secrétan - dont le nom réapparaît enfin -, fille mineure de François Joseph Secrétan, tourneur (consentant par acte notarié) et de feue Thérèse Félicité Blin, se marie à 19 ans à La Seyne, le 26 novembre 1865, avec François Creuzol, 39 ans (né le 23 mai 1826 à Nevers, Nièvre), gardien de batterie de 1ère classe, domicilié à La Seyne.

Marie Thérèse Félicité va malheureusement décéder huit ans plus tard, à Saint-Mandrier (Saint-Mandrier-sur-Mer, Var), le 15 juin 1873, à l'âge de 36 ans.

Le recensement de la ville de Toulon de 1881 signale rue Saint-Pierre, 4 :

"Secrétan, françois, 72 ans [73 ans], mécanicien, mari - Volaire, Madelaine (sic), 72 ans [73 ans], sans profession, et femme".

Magdelaine Joséphine Volaire, sans profession, épouse de François Joseph Secretan (sic), mécanicien civil, décède moins d'un an plus tard, à leur domicile de la rue St-Pierre, 4, le 27 septembre 1882, âgée de 74 ans.

Le recensement de 1886 ne signale plus François Joseph Secrétan rue St-Pierre mais l'acte de son décès n'a pas été retrouvé. 



ÉPILOGUE


On sait que François Joseph Secrétan est :

- "tourneur" (au plus tard dans les années 1830) puis tourneur et mécanicien-opticien (dès la fin des années 1840), voire "raccommodeur" (au début des années 1880),

- qu'il est présent dès 1847 à Toulon et offre dès lors de confectionner et de réparer les appareils d'optique, 

- mais qu'il n'est qualifié de "photographe" que dans la seule année 1856 (jusqu'en 1859 ?).

Comme pour d'autres artistes toulonnais, il est donc impossible, à ce jour, de savoir à quelle date il s'est formé à la photographie et combien de temps il a réellement mené cette activité, d'autant qu'aucune épreuve portant son nom ne semble conservée.



NOTES


(1) Les enfants de François Joseph Secrétand/Secretant/Secretan :

avec Jeanne Marie Dalloz (Coyron 19/12/1802-La Seyne 10/02/1845) :

- Jean François Secrétand (sic) (La Seyne 21/04/1831-La Seyne 27/05/1832) 

Pierre Marius Secrétant (sic) (La Seyne 05/11/1832-La Seyne 15/06/1833) 

- Marie Antoinette Eulalie Secrétant (La Seyne 13/12/1833-La Seyne 14/10/1835) 

- Marie Julie Honorine Secrétant (La Seyne 09/01/1835-La Seyne 06/10/1836) 

- Marie Joséphine Secrétant (La Seyne 06/08/1836-La Seyne 30/10/1837)

- Eloïse Victoire Secrétant (La Seyne 29/03/1838-La Seyne 06/05/1839) 

- Marie Joséphine Elisabeth Secrétant (La Seyne 28/05/1839-La Seyne 05/06/1839) 

- Hiacinthe Honoré Secrétant (La Seyne 16/06/1840-La Seyne c.13/08/1842) 

- Andrette Marie Rose Secrétant (La Seyne 13/02/1842-Tancua après 1872 ?) 

- Edouard Désiré Secrétant (La Seyne 13/10/1844-La Seyne 12/02/1845) 

avec Thérèse Félicité Blin :

- Marie-Thérèse Félicité Secrétan (sic) (La Seyne, le 25/03/1846-Saint-Mandrier 15/06/1873)


(2) Dépôt des dossiers de brevets d'invention de 15 ans par Joseph Secretan/Secrétan, "mécanicien" ou "mécanicien-opticien" :

- Le 26 septembre 1846, pour un "système de pompe à levier tirant, pour épuisement" 

- Le 24 mars 1854, Joseph Secrétan, pour un "système d'étau parallèle" 

- Le 8 août 1860, pour un "genre d'application de la paille", avec le maître menuisier toulonnais, Jean Baptiste Roveglio 

- Le 8 août 1862, pour un "genre de machine hydraulique pour l'élévation des eaux" (Secrétan et Cie) 

- Le 14 mars 1865, pour un "appareil dit centragène à fabriquer soi-même de l'eau de Seltz et de la limonade gazeuse" 

- Le 18 mai 1872, pour un "système d'alcoomètre centésimal en mètal", avec le liquoriste toulonnais, Jean Joseph Gras (INPI Archives).




samedi 20 juin 2026

1469-FRANÇOIS QUARELLI (1848-1895), PHOTOGRAPHE À BEYROUTH ?

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS




DERNIÈRE MISE À JOUR DE CET ARTICLE : 24/06/2026


FRANÇOIS QUARELLI (1848-1895), PHOTOGRAPHE À BEYROUTH ?



INTRODUCTION



Le registre de recensement de 1876 de la ville de Draguignan (Var), cite le nom de "Quarelli, François, photographe".

Est-il ce célèbre photographe du Moyen-Orient, installé lors du dernier tiers du XIX° siècle dans la ville de Beyrouth (sous domination ottomane) ?

Nom, prénom et dates peuvent, certes, correspondre mais comment et où trouver des éléments établissant de manière irréfutable qu'il s'agit bien de la même personne ?



DRAGUIGNAN


"François Marius Cavaglione-Quarelli" est né le 13 novembre 1848, à Draguignan (Var). 

Il est le fils de Samuel Cavaglione, surnommé "Jean Denis Quarelli" (né le 26 octobre 1820 à Turin, Piémont, Etats sardes) et de Marie Magdelaine/Madeleine Meiffret (née le 26 janvier 1826, à Draguignan), qui se sont mariés à Draguignan le 28 avril 1846.

Quelques années plus tard, la famille accueille la naissance de Joséphine Julie Cavaglione-Quarelli, le 15 février 1852.

Samuel, qui signe "Quarelli Cavaglione" (fils de Benoît Cavaglione, marchand, et de Sylvie Levi, domiciliés à Cuneo, Piémont), s'est installé, en 1843, comme relieur, à Draguignan, place du Marché (et impasse de la Paroisse). 

Il a, par la suite étendu son affaire (embauche d'employés), développé l'activité de marchand papetier (un brevet de libraire a été refusé à son épouse en 1847, du fait de son mariage avec un étranger non naturalisé ; Archives de France) puis il a remplacé, en 1861, son activité de relieur par celle de limonadier ("Café du Var"). 

Il a également acquis une maison rue Porte d'Orange et une propriété rurale au quartier de Saint-Joseph, complantée de vignes, d'oliviers et d'arbres fruitiers.

Il va malheureusement décéder à Draguignan, à l'âge de 44 ans, le 30 juillet 1865, alors que ses deux enfants sont encore mineurs. 

C'est sa veuve, Marie Madeleine Meiffret, qui reprend le café et la papeterie (fournitures scolaires et de bureau, accessoires de dessin et de peinture, estampes, photographies, stéréoscopies et encadrement). 

Dès 1861, son père avait mis en vente des photographies et notamment, des "Épreuves stéréoscopiques, telles que : Vues d'Italie, Intérieurs de Châteaux Impériaux, Scènes de la vie privée, Paysages et autres" (Le Var du 28 avril 1861 ; Fréjus, Médiathèque Villa Marie). Est-ce là l'origine de l'intérêt de François Quarelli pour la photographie et le voyage, alors qu'il est adolescent ? 

Le recensement de Draguignan de 1866 cite, place du Marché :

- "Meiffret, Marguerite [Marie Magdelaine], limonadière, veuve, 45 ans [40 ans] ; Quarelli, François, célibataire, 18 ans", ainsi que deux garçons limonadiers mais pas Quarelli Joséphine. 

À la demande de Magdeleine (sic) Meiffret, la succession de son défunt époux est réglée lors de l'été 1868 (Le Var du 20 août 1868).

Le recensement de 1872 cite désormais la famille, quartier Porte [d']Orange :

- "Meiffret, Madeleine, Md de papier, veuve, 42 ans [46 ans] [elle semble avoir renoncé au Café du Var] ; Quarelly (sic), Joséphine, célibataire, 18 ans [20 ans]" mais, cette fois, sans son fils François.

François Quarelli, majeur depuis 1869, a-t-il quitté Draguignan ? A-t-il opté pour la naturalisation française ? A-t-il été dispensé de service militaire, étant le fils unique d'une veuve ? Sa fiche matricule militaire n'a, étrangement, pas été retrouvée. 

Le recensement de Draguignan de fin 1876 (achevé en janvier 1877) cite cependant, rue Porte d'Orange :

- "Meiffret, Marie, [sans précision de profession], veuve, 45 ans [50 ans], Française ; Quarelli François, photographe, célibataire, 28 ans, Français ; Quarelli, Joséphine [sans profession], célibataire, 20 ans [24 ans], Française".

François est-il seulement de passage dans la ville ? C'est la première fois que sa sa nationalité française et que sa profession de photographe sont précisées, sans qu'il soit possible de savoir quand et où il s'est formé à la photographie. 

Après 1876, aucun document ne semble plus attester la présence de François Quarelli à Draguignan. 

Y est-il cependant présent, le 29 septembre 1878, lors du mariage de sa sœur Julie Joséphine Cavaglione-Quarelli, 26 ans (qui signe "Joséphine Quareli"), avec Antoine Marius Crivelli, employé de commerce, 26 ans (né le 15 février 1852, à Draguignan), domicilié à Hyères (Var) ? 

Aide-t-il financièrement sa mère lors de la liquidation judiciaire de son magasin en 1890 (ce dernier sera cependant encore cité en 1897, rue Porte d'Orange) ?

La seule trace ultérieure, laissée par François Quarelli dans son département d'origine, est celle de son décès, à Hyères justement, le 20 août 1895, à l'âge de 46 ans. L'acte précise qu'il était "négociant" et veuf de "Berthe Charlier".

C'est la première preuve de son passé au Moyen-Orient. 



BEYROUTH


C'est en effet à Beyrouth, que François Quarelli a épousé (dans les années 1870 ou 1880 ?), Berthe Jenny Fanny Charlier (née le 10 octobre 1854 à Ganges, Hérault), fille de Jean Baptiste Charlier (1823-1907), fils de pasteur, professeur à Ganges (dit sériculteur au Liban vers 1845 puis photographe et libraire-papetier à Beyrouth dans les années 1860) (1), et de Julie Léonie Beziès/Béziès/Béziers (née le 27 juin 1827 à Ganges).

L'historien Fouad Debbas (Des photographes à Beyrouth, 2001) considère que Quarelli s'est installé à Beyrouth dès 1870, qu'il a appris la photographie auprès de Jean Baptiste Charlier (d'où une présentation semblable de leurs légendes au bas des tirages) et épousé sa fille. 

François Quarelli étant dit célibataire dans le recensement de Draguignan de 1876, son mariage est donc postérieur à cette date. Est-ce seulement après son mariage que François a ouvert son propre studio de photographie ?

Le couple ne semble pas avoir eu d'enfant. Berthe va décéder à Beyrouth, vers 1893 (à 39 ans environ ; de l'épidémie de grippe ?), peu avant le retour définitif de François en France.

L'activité de François Quarelli à Beyrouth a été étudiée par plusieurs autres historiens de la photographie mais peu de documents ont pu être retrouvés, en dehors de ses vues photographiques de voyages au Moyen-Orient qui l'ont rendu célèbre (tirages albuminés d'environ 21,5x27,5 cm), avec notamment ses vues de Terre Sainte (Jérusalem, Mont Carmel - sa famille, du côté paternel, était de confession juive), et de quelques portraits (cartes de visite).

Nissan Perez (Focus East. Early Photography in the Near East, 1839-1885, 1988), Michel Fani (Une histoire de la photographie au Liban, 1840-1944, 2005) et Alain Arnaudiès (L'Orient des Bonfils, 1867-1918, 2022) ont pu établir que F. Quarelli (Francesco ?), probablement présent à Beyrouth dès la fin des années 1870, est signalé dès 1882 en tant que photographe associé à Édouard Aubin (Dr E. Isambert, Itinéraire Descriptif, Historique et Archéologique de l'Orient, vol. 3, Paris, Collection des Guides-Joanne, 1882).

Il y tient un magasin à l'enseigne de "Quarelli et Cie" [ce nom date du début des années 1890 seulement], avenue des Français, en bord de mer, près de l'Hôtel Victoria, y vend toutes sortes d'articles de bazar mais également fait commerce d'antiquités et possède un studio de photographie. 

L'année de son départ de la ville n'a pu être établie avec précision mais la date de 1893, qui coïncide avec celle du décès de son épouse s'est, semble-t-il, imposée malgré le fait que son nom soit encore cité dans des guides ultérieurs.

Mon étude vient confirmer ces assertions et n'apporte guère de compléments, en dehors de l'identité française du photographe et de sa date de décès à Hyères en août 1895. 

La recherche dans les guides et annuaires a permis de retrouver quelques nouvelles mentions de son activité à Beyrouth mais la date de son arrivée dans la ville n'a pu être précisée (avant ou après 1876 ?). 

Il est intéressant de noter que François Quarelli tient, à Beyrouth, un bazar qui diffuse toutes sortes de fournitures et de papeterie, à l'image de celui de sa mère à Draguignan (Annuaire-almanach du Commerce Firmin-Didot frères de 1879, Draguignan, p. 3498). L'implantation d'un studio de photographie dans un bazar est d'ailleurs attestée à cette époque, tant à Draguignan qu'à Beyrouth.

L'Annuaire oriental du commerce Cervati (Constantinople) de 1890 (p. 761) signale, parmi les photographes de Beyrouth, "Quarelli, vues de l'Orient, types et costum.".

Le Petit Marseillais du 21 juin 1891 cite notamment, "Melle Jenny Beziès et J.-B. Charlier (de Beyrouth) [belle-sœur et beau-père de François Quarelli] ; M. et Mme François Quarelli (de Beyrouth)", lors des funérailles, à Marseille, d'un parent de son épouse (côté maternel), Thomas Mourgue d'Algue (Ganges 1807-Marseille 1891), importateur de cocons secs du Liban (et fait, pour cette raison, chevalier de la Légion d'Honneur, le 30 juillet 1863).

Le 15 janvier 1892, on peut lire dans Le Moniteur du tissage mécanique des soies (Lyon) :

- "Formations de Société - Lyon et Beyrouth. Société en commandite Quarelli et Cie (bazar à Beyrouth) ["Au Grand Magasin", Sûk el-Tawileh], siège social, 13, rue de la République, succursale à Beyrouth (Syrie), Cap.: 120,000 fr. fournis par le commanditaire (18 novembre et 2 décembre 1891). 

Ainsi, il apparaît probable que François Quarelli a, d'une part, effectué plusieurs allers-retours (via Alexandrie et Marseille) entre Beyrouth et la France (est-il resté en France de juin à décembre 1891 ?), et qu'il a eu affaire, lui aussi, par l'intermédiaire de sa belle-famille, avec l'industrie de la soie.

François Quarelli, photographe est, pour la dernière fois, cité à Beyrouth les 25 et 28 avril 1894, lorsqu'il côtoie Philippe Berger (Notes de voyage : de Paris à Alexandrie, l'Égypte, la Palestine, la côte de Phénicie, la Syrie, le retour, 1895, pp. 237 et 249).

Son départ de Beyrouth peut donc être daté entre mai 1894 (récit de Pierre Berger) et août 1895 (date de son décès à Hyères).



DRAGUIGNAN


De nouveaux éléments ont pu, en outre, être collectés à Draguignan.

 

Édouard Aubin

Le photographe Antoine Édouard Auxile Aubin, signalé à Beyrouth en tant qu'associé de François Quarelli, dans l'Itinéraire...de l'Orient de 1882, s'avère être né (lui aussi) à Draguignan, le 30 juin 1847. 

Il est le fils de Joseph Henri/Henry Aubin, cordonnier puis propriétaire (né le 29 novembre 1823 à Bargemon, Var) et de Marie Thérèse Garnier (née le 12 mars 1822 à Cotignac, Var), qui se sont mariés à Claviers (Var), le 2 octobre 1844.

Édouard Aubin et François Quarelli, qui se connaissent probablement depuis l'adolescence, se sont, tous les deux, installés Beyrouth mais sans que l'on sache s'ils sont partis ensemble ou si l'un des deux a rejoint l'autre.

Les historiens considèrent qu'Édouard Aubin est présent à Beyrouth, dès 1867, et qu'il ouvre, à cette date, un magasin qui prendra par la suite le nom de "Au Gant Rouge" et diffusera des articles de luxe.

Cependant, en 1867, Édouard Aubin est encore mineur et il sera ensuite jugé "bon pour le service" militaire et incorporable en juillet 1868 (Archives Départementales du Var, registre matricule militaire 1 R 697).

Les Annuaires-almanachs Firmin-Didot frères (Paris) de 1875 (p. 3832) et de 1879 (p. 4155) citent Édouard Aubin à Beyrouth, en tant que "négociant-commissionnaire de maisons européennes, recouvrements". 

En 1881, Édouard Aubin réalise un album de 29 photographies académiques de femmes nues (Bulletin et mémoires de la Société d'anthropologie, séance du 20 octobre 1881, p 670 ; Bibliographie de la France du 5 novembre 1881, p. 648).

L'Annuaire oriental Cervati de 1882, nous l'avons vu, le signale ensuite dans la rubrique des "Photographes" (associé pour un temps à Quarelli), puis en 1883, 1887 et 1889-90, dans la rubrique des négociants en "Modes et confections (Articles de Paris)" (Annuaire Almanach du Commerce ou Indicateur oriental Cervati, Constantinople, 1883 p. 627, 1887 p. 662 et 1889-90, p. 761). Son nom reste cité dans des ouvrages ultérieurs (comme celui de Quarelli).

C'est donc, au plus tôt vers 1869-70 et au plus tard vers 1874-75, qu'Édouard Aubin s'est implanté à Beyrouth. Il est possible que cela soit également le cas de François Quarelli, et que son signalement à Draguignan lors du recensement de 1876, n'atteste que la réalité d'un séjour en France.

Édouard Aubin effectue d'ailleurs, lui aussi, des allers-retours entre Beyrouth et Draguignan. 

En octobre 1884, âgé de 37 ans, "négociant domicilié et demeurant à Beyrouth, Syrie, se trouvant alors à Draguignan", il réalise, le 24, l'achat d'une propriété rurale de son oncle à Bargemon (Var) (Le Var du 15 février 1885) et, le 28, il se marie aux Arcs (Var), avec Marie Jeanne Ursule Berthet, 18 ans, sans profession (née le 27 septembre 1866, aux Arcs). 

Le couple semble avoir par la suite au moins un enfant : Thérèse Marie Roseline Aubin, naît aux Arcs, au domicile de ses grands-parents maternels, le 19 juillet 1886, et est déclarée par "son père, négociant, domicilié à Draguignan" (Édouard Aubin est-il reparti à Beyrouth entre fin 1884 et fin 1886 ?).

Le 6 février 1891, Édouard Aubin effectue, avec sa mère, une vente de propriété sise à Draguignan, au quartier de l'Estéron (Le Var du 22 mars 1891). 

En 1893 et 1894, il est cité comme membre de la Chambre de Commerce Française de Milan : "Aubin E. Sériculture, Draguignan, villa Beyrouth [!]" (Bulletins de la Chambre de Commerce Française de Milan d'octobre 1893 à novembre 1895). 

Est-il rentré définitivement en France vers 1893 ou avant ? S'occupait-il antérieurement de sériculture (comme la famille du photographe Charlier de Beyrouth dont il vendait les albums de photographies) ?

En 1895, son retour est désormais attesté. Il est dit, "ancien négociant, sans profession, demeurant et domicilié à Draguignan", lorsqu'il vend, le 27 mai 1895, un jardin situé au quartier de l'Espéron (quartier de la maison de ses parents où vit encore sa mère) (Le Var du 16 juin 1895).

Rentier, il est nommé administrateur de la Société Anonyme Électrique de l'Argens, le 17 février 1903 (Le Var du 30 avril 904). 

En janvier 1907, "Aubin, villa Beyrouth à Draguignan" met en vente un alternateur puis, en juin, sa propriété de Bargemon (Le Petit Marseillais des 21 janvier et 3 juin 1907).

Le 22 juin 1908, à l'approche de ses 61 ans (malade ?), il rédige son testament. Il lègue une somme à chacune des dix sociétés de secours mutuels de Draguignan ; son linge à l'hospice de la ville ; ses livres et cartes à la bibliothèque de la ville ; ses souvenirs de voyage (meubles et objets arabes) dont un narguilé qui lui a été offert "le 1er janvier 1870"- ce qui conforte l'hypothèse de son arrivée à Beyrouth avant cette date -, ainsi que des gravures, dessins et tableaux, au Musée de la ville (Bulletin des Lois de la République Française du second semestre 1911, 1912, pp. 1449-1450).

Il liste notamment des dessins de "F. Quarelli" [!] dont Portrait-charge d'Édouard Aubin (caricature au fusain), deux caricatures-réclames à l'aquarelle pour le magasin d'Edouard Aubin à Beyrouth, "Au Gant Rouge", et deux dessins au fusain de Danseuses arabes (signés et datés, "F.Q./Beyrouth 82", en bas à gauche). François Quarelli a peut-être suivi, dans sa jeunesse, une formation aux Beaux-Arts (à l'Ecole de Dessin de Toulon ?).

Édouard Aubin, époux de Jeanne Berthet, décède huit mois plus tard, à Draguignan, Villa Beyrouth, le 28 février 1909.

Son legs est approuvé par décret ministériel du 1er mai 1911 et l'ensemble des éléments évoqués est conservé, de nos jours, au Musée des Beaux-Arts de Draguignan. 

Il constitue un témoignage important qui concerne tout à la fois l'histoire et l'art du Moyen-Orient, ainsi que la vie à Beyrouth de deux négociants-photographes français, nés à Draguignan.



NOTE


- Jean Baptiste Charlier

Le lien entre Jean Baptiste Charlier (né le 8 novembre 1823 à Lemé, Aisne) et la famille Mourgue(s) (d'Algue) semble créé par le biais de son mariage à Ganges, le 29 mai 1850, avec Julie Léonie Beziès, fille de Pierre Beziès et de Zélie Mourgues (décédée en 1830). 

Il paraît difficile d'imaginer que Jean Baptiste Charlier soit parti au Liban travailler dans le domaine de la sériculture, avec la famille Mourgue, dans le milieu ou la seconde moitié des années 1840, comme le proposent les historiens Badr Ḥājj (Des photographes à Damas, 1840-1918, 2000, p. 31) et Michel Fani (Une histoire de la photographie au Liban, 1840-1944, 2005, p. 36).

Quant à la date de l'installation, à Beyrouth, de Jean Baptiste Charlier, de son épouse Léonie, de leurs quatre enfants (nés entre 1851 et 1854) et de sa belle-sœur Jenny Beziès, elle est généralement située par les historiens de la photographie dans les années 1860. 

Cependant, un ouvrage des années 1930 situe cette installation dès 1856 (Jean Bianquis, Les origines de la Société des Missions évangéliques de Paris, 1822-1829, T 2, note 1 p. 32). 

Le dépouillement des registres de recensement de la ville de Ganges (Archives départementales de l'Hérault), semble confirmer cette hypothèse, la famille Charlier étant citée en 1851 (rue plan de l'Eglise, 10) mais restant ensuite absente des registres de 1856 (recensement achevé en juin) et de 1861, toutes adresses confondues.




mardi 16 juin 2026

1468-CANNES : VISITE DU PRÉFET DU VAR LE 20 MAI 1853

 

 SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- AVONDO Vittorio (1836-1910), Vue de Cannes, 1856,
dessin au crayon,
Fondazione Torino Musei, 
Galleria Civica d'Arte Moderna e Contemporanea (GAM 15115).




INTRODUCTION


Le nouveau Préfet du Var, M. Gustave Mercier-Lacombe, nommé par l'Empereur Napoléon III le 4 mars 1853, entreprend les mois suivants, une visite de nombreuses villes du de sa division administrative et, notamment, en mai, celles de l'arrondissement de Grasse (Var), à l'est du département.


On peut lire dans Le Toulonnais du 30 mai 1853 (Archives départementales du Var) :

- "M. le Préfet a reçu au Bar, comme dans toutes les localités qu'il a parcourues, un accueil des plus sympathiques. C'est partout le même entrain, les mêmes manifestations d'attachement pour l'auguste personne de l'Empereur auquel il faut reporter l'honneur de ces ovations si vraies et si spontanées, et, par suite, les mêmes témoignages affectueux pour le représentant direct de son autorité dans le Var.

À Grasse, malgré une pluie battante, toute la population était sur pied au moment de l'arrivée de M. le Préfet, qui a été salué par les accalamations les plus vives et par les cris mille fois répétés de vive l'Empereur !

L'arrondissement de Grasse donne en cette circonstance, une nouvelle preuve de l'excellent esprit qui l'anime et qui ne s'est jamais démenti depuis 1848".



- Titre de l'article publié dans Le Var (journal de Draguignan), le 31 mai 1853, 
Fréjus (Var), Médiathèque Villa Marie.



C'est Le Var du 31 mai 1853 qui relate en détail la visite de la ville de Cannes.

N.B. : le long texte de l'article est retranscrit ci-dessous sans être mis en italique, afin d'en faciliter la lecture et de conserver les quelques mots en italique du texte original.



VISITE DE M. LE PRÉFET À CANNES


"M. le préfet, venant de Fréjus, est arrivé à Cannes le 20 du courant, à 11 heures précises du matin ; c'était l'heure indiquée. On a dit dans le temps que l'exactitude était la politesse des rois, nous qui attendions aux abords de la ville, nous avons trouvé que c'était très-méritoire aussi pour MM. les préfets.

Le maire, en tête du conseil municipal, de tous les fonctionnaires et employés d'administration de la ville, de MM. les prud'bommes pécheurs, de la société de secours mutuels des marins et de MM. les officiers en retraite, a reçu M. le préfet, et lui a exprimé combien la population était beureuse d'étre la première à l'assurer du plaisir que lui causait sa visite dans l'arrondissement de Grasse, et la première aussi à manifester devant lui son dévouement respectueux à LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice, ajoutant que la ville de Cannes était pleine de souvenirs de l'auguste famille de Napoléon. 

Dans une réponse empreinte des sentiments les plus élevés touchant les gloires du Consulat et de l'Empire, et de la reconnaissance la mieux sentie pour les immenses services rendus à la France par Napoléon III, M. le préfet, ramenant sa pensée sur notre ville, nous a révélé tout d'abord sa bienveillance particulière et sa haute sollicitude pour les intérêts des communes de son département.

Accompagné jusqu'à l'hôtel Gimbert, M. le préfet, aprés les présentations d'usage et des paroles bienveillantes à tous les fonctionnaires et à MM. les employés des administrations, a abordé tout de suite les questions si intéressantes d'où dépendent la prospérité de notre ville. D'un seul coup-d'œil l'avenir de Cannes lui a été révélé et, mieux que nous n'aurions pu le faire nous-mêmes, il a su rendre visible à nos yeux cette ville nouvelle qui peut éclore sous l'action simultanée et bien entendue de l'administration locale et de l'administration supérieure.

Le canal de dérivation de la Siagne, M. le préfet l'a proclamé non pas nécessaire seulement, mais indispensable. Avee votre beau soleil, il vous faut de l'eau, s'est-il écrié ; cela doit être, quant à présent, votre pensée unique ; ce sera la gloire de l'administration qui fera réussir ce beau projet,

Appréciateur éclairé de notre pays, lui qui a pu étudier la nature méridionale dans le poste si élevé qu'il a occupé longtemps à Alger, il nous a tracé à grands traits le tableau des embellissements qui devaient faire progresser si rapidement notre ville, et il a ajouté :

Je précherai l'économie et la prudence à la plupart des communes du département, mais à vous je vous dirai : Marchez avec le siècle, vous pouvez, avec votre beau pays, avec votre beau soleil, sacrifier un peu au luxe, car l'argent que vous dépenserez à embellir encore votre ville, se changera en or ; vous retiendrez en France cet or que le riche va semer en Italie, et vous réussirez à coup sûr, car vous avez, l'hiver, par la douceur de votre climat, l'été, par la beauté de vos golfes et de ces eaux si limpides, tout ce qui peut rendre la vie moins dure à ceux qui souffrent, tout ce qui peut augmenter le bien-être de ceux qui ont la fortune.

L'après-midi, M. le préfet a visité l'importante fabrique à savon de M. Courmes ; il a voulu se faire expliquer les détails de cette utile fabrication ; il a visité avec intérêt le grand établissement de parfumerie que M. Herman, de Paris, vient de fonder à Cannes, établissement qui n'aura pas son pareil dans la contrée, et qui, déjà, nous a valu la descente de quelques maisons de parfumerie des plus recommandables de Grasse, qui sont venues, elles aussi, profiter des ressources que notre pays offre à cette belle et riche industrie.

Une promenade à créer sur le rivage, dans le golfe si riant de la Croizette, le plan d'alignement du quartier nouveau qui se dresse à l'est de la ville, jusques au ruisseau de la Foux, la régularisation du quartier de Notre-Dame, le percement de quelques rues, l'appropriation mieux entendue de notre belle place de la Mairie et des plantations d'arbres qui décorent nos allées, la confection de ponts-aquedues sur la route impériale, dans la traverse de Cannes, pour faire disparaître les cassis qui la déparent, l'amélioration de notre part, par quelques travaux nouveaux au musoir, la consolidation de la jetée, le complément du phare dont l'administration va nous doter, à l'entrée du port, par une bouée en face du musoir ; 

toutes ces questions si intéressantes pour l'avenir de notre ville ont été traitées tour à tour avec le discernement, le sens pratique et la chaleur de touriste qui distinguent si éminemment M. Mercier-Lacombe. 

Après avoir franchi notre port, le beau golfe de La Napoule a séduit M. le préfet, et, par attraction, sans projet arrêté, notre visite a continué, et nous avons vu se dérouler cette côte si belle avec ses châteaux, ses villas en amphitéâtre. 

Le château de lord Brougham a été vu avec l'intérêt qui se rattache toujours à l'habitation d'hiver de l'illustre orateur ; le château de M. Court, la villa de sir Léader (sic), ancien membre des Communes, le château de M. Cims, ministre anglican, reproduisant en petit l'imposante abbaye de Lérins, et tant d'autres villas jolies, mais sans nom, ont successivement attiré les regards de M. le préfet et nous ont dissimulé la longueur de la route ; enfin, le château Saint-Georges, cette belle propriété de M. Wolfield (sic), a été le terme de notre excursion ; le propriétaire nous en a fait les bonneurs avec le plus aimable empressement. 

On a été frappé du goût avec lequel on a su là embellir la nature, et l'un de nous, dans un mouvement d'admiration, a proclamé ces jardins, les jardins d'Armide ! La demeure du riche anglais a été remarquée par sa tenue irréprochable, par le vrai confort qui règne partout, par une imitation des merveilles de l'Allambra (sic).

L'honorable M. Wolfield, qui a visité en observateur l'Orient et toute l'Italie, s'est pris d'une belle passion pour les environs de Cannes, pour ce coin de la Provence qu'il dit aussi beau que ce que l'Europe et l'Asie offrent de plus remarquable, et, jaloux de voir se réaliser ses projets d'embellissements, il a étalé à nos yeux une vue du golfe de Naples vers le Pausilippe, qui renferme le tombeau de Virgile, et il a demandé avec une aimable chaleur, si dans le golfe de La Napoule on ne pourrait pas créer un second Chiaia par une belle promenade sur le rivage ?

De retour de notre excursion, l'hospice de la ville a reçu la visite de M. le préfet. Cet hospice, admirablement situé, parfaitement tenu par les sœurs hospitalières (saintes femmes qui sont sur la terre la Providence des malheureux), offre aux malades de vastes salles bien aérées, un paysage charmant, un air salubre, et M. le sous-intendant, dans un mouvement d'aimable courtoisie, a dit à ces dames : qu'il voudrait être à l'hospice de Cannes, si Dien lui retirait la santé, et qu'il croirait rendre service à son administration, en lui indiquant l'hospice de Cannes comme le point le plus favorable à une maison de convalescents, dont il solliciterait la création pour les militaires du Var.

Nous étions près de notre église paroissiale, et M. le préfet n'a pas reculé devant une nouvelle ascension. L'église de Cannes, bâtie par les abbés de Lérins, à l'époque la plus prospère de l'abbaye, est vaste et d'une construction sévère ; elle offre des lignes simples mais belles et une voûte des plus hardies, et M. le préfet, en l'admirant, n'a regretté qu'une chose, le badigeon dont on a couvert les murs intérieurs, en croyant la restaurer.

De l'église, en passant sous la voûte du clocher svelte et élancé, nous avons débouché sur l'esplanade plantée de beaux ormeaux qui est devant le presbytère. Du mont Chevalier, sur lequel sont groupés l'église presbytériale, la grande chapelle Sainte-Anne, l'ancien château de M. de Montgrand, avec sa tour carrée, œuvre des Templiers, se découvre un vaste el magnifique horizon. 

Nous avions à nos pieds la ville de Cannes, à droite le golfe de la Croizette, les lles de Lérins avec les ruines si belles encore de l'antique abbaye se dressant du sein de la mer, le château de Ste-Marguerite, où vécut quelques années le Masque de Fer, plus loin le golfe Juan, où accosta la flotille qui ramenait le grand homme de I'lle d'Elbe, en face les belles campagnes couronnées par les hauteurs couvertes de forêts qui nous séparent de Valamis [Vallauris] et où s'étalent la villa Alexandra, avec son haut minaret, le château Desmaret, et tant d'autres jolies habitations à gauche, la commune du Cannet, avec ses hameaux, ses bois d'orangers, de grenadiers et d'oliviers, le village de Mougins, bâti sur un mont isolé, plus loin, la campagne de Grasse, avec sa végétation luxuriante, et plus loin encore, au fond du tableau, la chaîne élevée du Chiron, couronnée encore de neige resplendissant aux rayons da soleil ;

et en ramenant les yeux plus près de soi, les derrières de Cannes, s'élevant en amphithéâtre, avec ses jardins et ses palmiers, et surtout un point culminant où l'œil distingust une croix bien chère à nos souvenirs d'enfance, car c'était là qu'avait lieu notre premier pélerinage, alors qu'admis au festin de la table sainte pour la première fois, nous allions processionnellement rendre hommage au Dieu qui a dit : Sinite parvulos venire ad me [Laissez venir à moi les petits enfants], ce signe sacré de la rédemption rappelant à notre mémoire ces vers d'un poëte peu connu, redits tout haut par l'un de nous :


Une croix près de là, sur un tertre placée, 

De pieux souvenirs entretient la pensée, 

Et dans l'âme jetant une sainte ferveur, 

La ramène un instant aux pieds du créateur.


Toutes ces splendeurs de la nature, tous ces souvenirs émouvants qui se dressèrent devant nous l'un après l'autre, reconstituant le passé pour l'ajouter aux merveilles du présent, ont arraché à M. Mercier-Lacombe un eri d'admiration et l'aveu que l'Afrique n'offrait rien de comparable à ce tableau.

En ce moment, M. le curé est venu nous distraire de notre contemplation, et sur son invitation nous nous sommes rendus dans le jardin de son presbytère, pour y voir, au couchant, un second paysage que le digne pasteur disait ne le céder en rien à celui que nous quittions à regret.

Là, le panorama le plus intéressant s'est montré à nos yeux Nous avions à gauche le golfe de la Napoule, d'un aspect si grandiose, avec sa mer bleue, le cap Roux, au-delà duquel se trouve le golfe de St-Raphaël, où aborda à son retour d'Egypte l'homme providentiel qui vint sauver la France ; 

en face de nous, au fond de l'horizon, la chaîne de montagnea de l'Esterel, avec ses masses imposantes de rochers, ses forêts, ses crêtes si gracieusement dentelées, et offrant en ce moment (le soleil se couchait et empourprait l'horizon) un rideau du noir le plus sombre, qui justifiait l'expression d'un poète, la nuit visible, et plus près de nous, les coteaux riants où s'étalent tous ces châteaux, toutes ces villas que nous avons décrits plus haut ; 

enfin, plus prés encore, l'ancien cimetière do la ville, avec ses croix et ses hautes herbes, rappelant par son silence éloquent la pensée de l'homme vers la fin de cette vie, qui ne comptera pour nous auprès de notre père à tous que par les bonnes œuvres accomplies. Toutes ces choses si belles, si saisissantes ont fait dire à M. le préfet : Monsieur le curé. j'envie votre place ; si je n'étais prélet du Var, je voudrais être curé de Cannes.

À 7 heures, a eu lieu le banquet offert par la ville à M. le préfet. La salle de la mairie, restaurée, contenait une brillante réunion, où l'on remarquait, avee la suite de M. le préfet et de M. le sous-préfet, M. Wolfield, dont le jardin mis à contribution avait servi à orner la table des plus belles fleurs ; MM. les vice-consuls d'Angleterre, de Naples et de Sardaigne ; M. le colonel Gazan, membre du conseil général pour le canton d'Antibes ; notre vénérable pasteur et Messieurs les maires du canton.

On a loué la commission qui avait présidé aux apprêts de la fête. L'art de nos modernes Vatel, de nos Castel-Muro a été aussi l'objet de propos élogieux ; nos vins du crû ont obtenu un accueil empressé, et tout respirait dans cette réunion la nature méridionale, si cordiale, si expansive.

M. le préfet a porté à S M. l'Empereur un toast qui a été accueilli par les vivats de toute l'assemblée. M. le sous-préfet a porté à son tour à S. M. l'Impératrice un toast qui a réveillé l'élan, cette fois respectueux, de la galanterie française.

Enfin M. le maire, avec la voix du cœur, a bu à la santé de M. le préfet, et ses paroles ont trouvé un écho général, lorsqu'il a exprimé le vœu qu'il soit donné au Var de conserver son premier magistrat assez longtemps pour qu'il puisse réaliser tout le bien qu'il médite pour la prospérité de notre département. Puisse ce vœu arriver jusqu'au pied du trône, et que la stabilité à l'ordre du jour fasse sentir enfin jusqu'à nous sa salutaire influence.

La soirée était calme et douce, la lune donnait un attrait nouveau à notre belle promenade ; on s'est répandu dans nos allées parfumées par l'acacia en fleur, et vers minuit s'est terminée cette journée qui comptera pour l'avenir de notre pays".

BARBE,

Membre du Conseil Général