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samedi 26 septembre 2026

1494-ANDREA CARLI PRÉSENTE SON CYCLORAMA (À NICE, EN 1860)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 





ANDREA CARLI PRÉSENTE SON CYCLORAMA (À NICE, EN 1860)


DERNIÈRE MODIFICATION DE CET ARTICLE : 29/09/2026



INTRODUCTION


Andrea Carli est cité dans le Dizionario biografico degli uomini illustri della Dalmazia de Šime Ljubić, édité à Zara [Zadar], en 1856, pp. 74-75 (Google Livres, ici) :

- "Carli Andrea, de Spalato... 

[Split, côte dalmate, Empire d'Autriche ; actuelle Croatie - il s'agit probablement de "Antonio Andrea Carli", fils d'Antonio et de Francesca Carli, qui est né à Spalato le 8 juin 1802 et a été baptisé 11 jours plus tard]

...exerçait avec brio l'art de la fabrication d'instruments physiques, et il prêta son savoir-faire avec une entière satisfaction aux musées de physique et d'histoire naturelle de Florence, Rome, Pistoia, Ancône, Vérone, Padoue, etc. ; 

à Zara, en 1834, il tenta de réaliser quelques expériences avec un microscope solaire achromatique [appareil de projection] et de présenter quelques vues dans un cosmorama optique-pictural, et il y est parvenu admirablement".

Dans les années 1850, il est marié, père de famille et exerce le métier d'opticien dans la ville de Venise (Empire d'Autriche). 

Au plus tard à la fin de la décennie, Andrea Carli (qui signe parfois "Andreas" en allemand et "Andreu" ou "Andrés" en espagnol) entame, avec sa femme et ses trois enfants, une tournée, au sein de l'Empire d'Autriche puis, plus largement, au sein de l'Europe, où il propose un Cabinet de curiosités itinérant dont un "ciclorama" (en italien mais aussi en espagnol et parfois en allemand) ou "cyclorama" (en allemand, en français et en anglais). 

Il faut savoir que dans les années 1850 (pour ne parler que de cette décennie), plusieurs autres exhibiteurs sillonnent l'Europe avec leur "Grand Cyclorama" respectif.

Lors des fêtes de fin d'année, mais aussi lors des foires et des carnavals, se multiplient dans les villes les spectacles et les ventes de cycloramas, cosmoramas, dioramas, panoramas, polyoramas, panoptica, camerae magicae, camerae obscurae, stéréoscopes, mégaloscopes...

Andrea Carli présente tout à la fois :

- des panoramas peints sur toile, 

- des photographies stéréoscopiques, 

- des instruments optiques (microscopes)

- mais également des collections de toutes sortes : dessins, tableaux, automates, objets en verre filé et anomalies anatomiques (réservées aux seuls adultes et faisant l'objet d'un paiement complémentaire) dont une partie est à vendre.

Le point fort de ses expositions reste son "Ciclorama" constitué de panoramas peints représentant des villes et des monuments célèbres mais aussi de scènes biblique et de grands évènements politiques et militaires et, plus rarement, de reproductions de tableaux.

Les scènes offrent, notamment, des représentations nocturnes, éclairées par la lueur des lampes, des flammes ou de la pleine lune.

Voici les quelques annonces qui témoignent du parcours transnational d'Andrea Carli et du contenu de ses expositions, à la fin des années 1850 et au début des années 1860 :



PESTH (Pest [Budapest], Empire d'Autriche, Hongrie ; à environ 700 km de Venise), annonces parues du 4 au 20 avril 1858


- Pesth-Ofner-Localblatt-und-Landbote du 20 avril 1858 (texte traduit de l'allemand) :

"À la demande générale, le grand cyclorama, exposé dans l'ancien bâtiment des Douanes, restera visible jusqu'au 20 de ce mois.

Les honorables visiteurs recevront un microscope en guise de récompense.

Par ailleurs, nous attirons l’attention de notre très cher public sur le fait que le propriétaire de ce cabinet se livrera au soufflage de verre de 18 h à 20 h, créant ainsi les plus belles figures dans les postures les plus variées.

Entrée : 12 kr. [kreuzer en allemand ou Krajczàr en hongrois] en journée, 18 kr. le soir sous un éclairage somptueux.

Andreas Carli".



AGRAM (Zagreb, Empire d'Autriche, Croatie ; à environ 340 km de Pest et 380 km de Venise), annonce parue le 18 juin 1858


- Agramer Zeitung du 18 juin 1858 (texte traduit de l'allemand)

"À partir de dimanche prochain, sur la place Jellačić le Cyclorama, Diorama et Panorama de M. Andreas Carli de Venise, qui vient tout juste d'arriver de Pest, sera ouvert au public curieux. Les journaux en parlent partout de la manière la plus favorable, tant en ce qui concerne la netteté, la beauté que la variété des objets exposés".



GRAZ (Styrie, Empire d'Autriche ; au sud-est de l'Autriche ; à environ 180 km de Zagreb et 425 km de Venise), annonces parues du 27 août au 26 septembre 1858


Tagespost du 27 août 1858 (texte traduit de l'allemand)

"Depuis quelque temps, le Panorama (Diorama et Cyclorama) de M. A. Carlo (sic) [Carlí] est installé devant la porte Franzens [François] ; il peut être visité aussi bien de jour qu'en soirée sous éclairage et vaut assurément le coup d'œil. 

Notamment, les vues de Gênes et de Berlin sont intéressantes, car l'on observe ces villes à travers environ 20 verres différents et l'on obtient avec chaque verre un point de vue modifié, ce qui fait naturellement ressortir de nombreux détails qui seraient perdus dans une vue unique. 

Certaines peintures, comme par exemple "Une Exécution médiévale en Flandre", sont également peintes avec un grand talent. — À côté de ce panorama, un second panorama plus petit a également été ouvert".


- Grazer Zeitung du 29 août 1858 p. 1486, en-tête de l'annonce


- Annonce parue dans le Grazer Zeitung du 29 août 1858 p. 1486, 
en-tête de l'annonce (texte traduit de l'allemand) :
"Devant la porte Franzens
À voir à partir d'aujourd'hui :
Deuxième exposition
du grand cyclorama universel, pittoresque, optique
CYCLORAMA
d'Andreas Carli de Venise.
Prix d'entrée : 
En journée 12 kreuzers ; de 6 à 8 heures du soir sous un grand éclairage : 18 kreuzers monnaie de convention (C. M.). Les enfants et les militaires sans grade paient la moitié.
À voir à travers 84 verres [lentilles]".


- Grazer Zeitung des 29 août, 2 et 5 septembre 1858 p. 1536 (texte traduit de l'allemand) :

"À voir dès aujourd'hui devant la porte Franzens [François] : Deuxième exposition du grand Cyclorama universel, pictural et optique d'Andreas Carli, de Venise.

Tarifs d’entrée : En journée 12 kr. ; de 18 h à 20 h, grand éclairage, 18 kr. Les enfants et les militaires paient moitié prix.

 À voir à travers 84 verres. Programme de la deuxième Exposition :

1. Vue de Pest à l’occasion de la présence de Vos Excellences, et sous un éclairage grandiose, représentant l’instant de l’explosion du pont à chaînes [de juillet 1849, lors de la retraite des troupes imépriales autrichiennes face aux insurgés hongrois]. 

La composition particulièrement réussie de ce tableau a remporté, lors de l’exposition à Pest, l’admiration unanime du public local [probablement l'Exposition de la Société des Arts de Pest (Pesti Műegylet) de l'été 1850].

2. La prise du Malakoff [tour] et de la ville de Sébastopol le 8 septembre 1855 [Guerre de Crimée] par les troupes alliées de France, d’Angleterre, du Piémont et de la Turquie, sous les ordres du général Pélissier. À l’arrière-plan, la fuite et la retraite des musulmans, qui brûlent en partie leurs tentes ; représentée en 20 verres.

3. Vue de Rome lors de ses festivités, en 12 verres.

4. La capitulation des Russes de Kimborg devant les Alliés [Épisode de la Guerre de Crimée du 17 octobre 1855].

5. L’intérieur du célèbre théâtre della Fenice à Venise, représentant le ballet de l’opéra "Il  Profeta" [de Giacomo Meyerbeer, l'été 1855], avec ses décors et ses lumières.

6. L’église Notre-Dame de Paris sous la pleine lune.

7. Le cinquième jour de Pompéi.

8. Grande expédition de la flotte française vers la Crimée dans le port de Toulon [31 mars 1854].

9. La grotte où notre Seigneur Jésus de Nazareth est né à Bethléem : à cet endroit même se dresse désormais un temple, avec trois autels, où 3 000 enfants ont eu la tête coupée sur ordre d’Hérode. 

10. Grande cérémonie funéraire de l’empereur de Chine à Pékin.

11. Grande et merveilleuse représentation à Palerme, la nuit, magnifiquement illuminée, illustrant la fête de Santa Rosalia [mi-juillet]. On y voit la Vierge assise sur un char, sur un autel, tiré par 48 bœufs, sur lequel se trouvent également 48 jeunes filles et 24 jeunes filles en ange

12. Vue de la ville de Milan, éclairée par 12 lampes,

13. Le grand canal de Venise éclairé par la lune.

On peut également voir, moyennant une rémunération à convenir, une curieuse difformité humaine avec deux têtes sur un seul corps [de fillette], conservée dans de l’éther ; elle est née sur l’île de Samos en Grèce et n’a vécu que trois jours. 

À vendre : un grand assortiment de tableaux de Paris de tous genres, représentant des paysages, des portraits, des portraits de groupe, mais surtout des échantillons d’études au choix, aux prix les plus bas. 

Comme je ne reste ici que peu de temps, et que mon cyclorama, avec ces curiosités, offre au public quelque chose d’encore plus inédit, et que celui-ci a été réalisé par les meilleurs artistes d’Italie et a été acclamé dans toutes les grandes villes, je pense pouvoir m’attendre, sans trop d’explications, à une affluence considérable de la part d’un public distingué.

Andreas Carli de Venise".


- Grazer Zeitung des 19, 23 et 26 septembre 1858 p. 1636 (texte traduit de l'allemand) :

Deuxième grande cabane avant la porte de Franzens - A partir d'aujourd'hui : Troisième et dernière exposition du grand Cyclorama, universel, pittoresque, optique d'Andreas Carli de Venise.

Prix d'entrée : En journée, 12 kr. ; de 18h à 20h et en soirée avec éclairage renforcé, 18 kr. CM. Les enfants et le personnel militaire sans grade bénéficient d'un tarif réduit de moitié. 

À voir à travers 84 verres. Programme de la troisième exposition :

1. Entrée de Leurs Majestés Impériales l'Empereur François-Joseph Ier et de sa très illustre épouse Élisabeth [Sissi] à Venise lors de leur tournée en Italie. À travers 20 verres.

2. L'imposante entrée de Sa Majesté l'Empereur Ferdinand Ier par la Porta Orientale de Milan, après son couronnement comme roi d'Italie [1er septembre 1838].

3. Vue de la ville de Paris.

4. Vue de la ville de Florence en Toscane.

5. Vue de la ville de New York en Amérique.

6. La Crucifixion du Christ.

7. Vue de la ville de Naples en Italie.

8. La fête des Bacchanales sur le Grand Canal à Venise, la nuit sous la lumière de la lune.

9. Catacombes des Capucins à Palerme en Sicile.

10. Bataille de l'Alma en Crimée.

11. Vue de la ville de Berne et de son lac en Suisse, en hiver.

12. L'intérieur de la mosquée Almeidan à Constantinople.

13. Vue de la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice, en Espagne.



KLAGENFURT (Carinthie, Empire d’Autriche ; à environ 135 km de Graz et 285 km de Venise), publicités parues du 26 au 30 octobre 1858


- Klagenfurter Zeitung des 26, 27 et 30 octobre 1858 (texte traduit de l'allemand)

Sternallee [Allée des Étoiles], "Zum Goldenen Bären" [Hôtel-Restaurant "À l'Ours d'or "]

Première exposition du grand Cyclorama universel, pittoresque, optique 

à voir à travers 80 verres d'Andreas Carli de Venise.

Prix d'entrée : 12 kreuzers monnaie de convention (C. M.). À voir de 3 heures à 7 heures du soir, sous un grand éclairage.

Les enfants et les militaires sans grade paient la moitié.

Programme :

1. Charmante vue de la ville et du port de Gênes ; à travers 20 verres. 

2. Grand dîner de 200 tables, donné à Varsovie par Sa Majesté l'Empereur de Russie [Nicolas Ier, le 20 mai 1828 ou le 24 mai 1829 ?], le jour de son couronnement comme roi de Pologne, pour 40 000 personnes, chaque table couverte pour 200 personnes, avec des fontaines d'où coulaient diverses boissons, chaque table était garnie de mets et de deux tonnes [fûts] de bière, au milieu la famille impériale et la noblesse de Russie, avec l'arc de triomphe et le bal organisé à cette occasion, représenté à travers 12 verres. 

3. Le Tribunal secret [de la Sainte-Vehme ?], lorsqu'il se mit en route en l'an 1700. 

4. La place Saint-Marc à Venise, illuminée de 10 000 lampes, lors de l'entrée de Sa Majesté l'Empereur Ferdinand Ier [en octobre 1838]. 

5. Vue de Saint-Jacques [Saint-Jacques-de-Compostelle] en Espagne. 

6. Le Palais de Cristal [Palais de l'Industrie] de l'Exposition universelle de Paris, en l'année 1855. 

7. Vue de Naples, à voir à travers 12 verres.

8. La bataille d'Eupatoria [Guerre de Crimée, victoire remportée par les troupes ottomanes sur les troupes russes le 17 février 1857]. 

9. L'intérieur de la basilique Saint-Marc à Venise. 

10. Grande parade en l'honneur de Sa Majesté le roi Victor-Emmanuel de Sardaigne, lors de son arrivée à Paris [le 23 novembre 1855]. 

11. La place Emmanuel à Turin. 

12. Le Sarayburnu [Palais de Topkapi de Constantinople, sérail des sultans ottomans] sous l'éclairage de la lune. Représentant le moment où des condamnés sont jetés à la mer. 

En outre, contre une rémunération au gré du visiteur, est à voir une curieuse monstruosité humaine avec 2 têtes sur un seul tronc, conservée dans de l'alcool ; celle-ci est venue au monde sur l'île de Samos en Grèce et a vécu 3 jours.

Ne séjournant ici que pour un court moment et mon Cyclorama offrant au public, avec des changements rapides, un spectacle encore jamais vu jusqu'ici, exécuté par les premiers artistes d'Italie et distingué dans toutes les grandes villes par les plus grands applaudissements, je crois pouvoir m'attendre, même sans en faire de grands éloges, à une visite très nombreuse d'un honorable et estimé public amateur d'art".



UDINE (Frioul, Empire d'Autriche ; Vénétie ; à environ 160 km de Klagenfurt et 130 km de Venise), annonces parues du 18 novembre au 9 décembre 1858


- L'Annotatore Friulano du 18 novembre 1858 p. 404 (texte traduit de l'italien) :

"AVIS - Le 20 du mois courant, dans la salle située près de la porte de San Bortolomio [Saint-Barthélemy], chez le noble comte Mantica, sera exposé au public un "Ciclorama" appartenant au soussigné Andrea Carli, Vénitien, qui a généralement été acclamé dans les principales villes d’Europe.

Il est par ailleurs précisé que chaque dimanche, les vues seront changées en alternance, et ce pour quatre représentations.

Le soussigné espère être généreusement honoré et accueilli par une affluence nombreuse de la part de ce public cultivé et de cette illustre garnison. - ANDREA CARLI".


- L'Annotatore Friulano du 25 novembre 1858 p. 411-412 (texte traduit de l'italien) :

Dans le Grand Cyclorama situé à l'extérieur de la Porte S. Bortolomio, dans la maison du comte Mantica - Samedi est le dernier jour de la première exposition.

Maintenant que nous ne pouvons plus voir le Panorama, M. Carli a décidé de nous présenter son Grand Cyclorama. Il nous emmène en voyage à petit budget et nous montre des choses… des choses qu’on ne voit pas toujours. 

- Par exemple, le harem du Sultan, avant les économies que tout le monde connaît. 

- Il nous conduit à la bataille d’Eupatoria [Guerre de Crimée, victoire remportée le 17 février 1855 par les troupes ottomanes sur l'armée russe] et à la prise de Sébastopol [le 8 septembre 1855], qui a généré les profits que chacun connaît. 

- Il nous fait assister au naufrage de Paolo et Virginia, maintenant que le souvenir de tant d’autres naufrages est encore vif ; 

- il conduit les lecteurs de Shakespeare et les admirateurs de Bellini jusqu’au tombeau de Roméo et Juliette. 

- À Palerme, Venise, Naples et Pest, il nous montre le meilleur de ces pays ; 

- et il nous emmène au dîner de 200 couverts donné à l’Empereur Alexandre [II de Russie ?] à Varsovie [en mai ou septembre 1856 ? Il semble y avoir confusion avec le repas offert à Varsovie par l'Empereur de Russie Nicolas Ier, le jour de son couronnement, le 20 juin 1828 ou le 24 mai 1829, avec un festin offert à 40. 000 convives - 200 tables de 200 personnes]. C’est pour la bonne bouche, pour les gourmands ; et, après avoir vu cela, on peut économiser sur le dîner si l’on a bien dîné. "Ite et Videte" [Allez et voyez ou Allez-y voir]".


- L'Annotatore Friulano (Udine) du 2 décembre 1858 p. 421 


- Annonce parue dans L'Annotatore Friulano (Udine) du 2 décembre 1858 p. 421 
(texte traduit de l'italien) :
"Veuillez noter que dans le grand
CYCLORAMA
situé à l'extérieur de la Porte San Bortolomio (St. Barthélemy), 
dans la maison du comte Mantica
samedi sera le dernier jour de la deuxième exposition, et à partir de dimanche, 
vous pourrez voir la troisième et DERNIÈRE exposition.
Le prix est de 30 centimes le jour, 50 la nuit".



- L'Annotatore Friulano du 9 décembre 1858 p. 430 (texte traduit de l'italien) :

"Le soussigné annonce qu'à l'invitation de quelques amateurs, il présentera une quatrième et dernière exposition de son "Grand Cyclorama", qui débutera le dimanche 12 et se terminera le 16 de ce mois. 

À toute personne assistant à cette quatrième exposition durant la journée, il offrira un microscope d'une valeur de vingt carantani [nom de la monnais en italien ou Kreuzer en allemand] ; et à celles qui y assisteront le soir, un microscope d'une valeur de trente carantani.

A. CARLI".



NICE (États sardes ; à environ 570 km de Venise), annonces et articles parus du 19 janvier au 20 février 1860


- L'Avenir de Nice du 19 janvier 1860 p. 3.

"Nous avons visité le Cyclo-Panorama (sic) universel qui vient d'être établi sur le boulevard du pont-vieux, par M. Carli de Venise. 

Dans cette magnifique exposition de vues et de monuments, dont l'effet est prodigieusement augmenté par l'emploi de 70 verres lenticulaires, on remarque :

- les panoramas de Venise, de Naples et de Pesth [Pest], 

- un grand banquet populaire à Varsovie lors du couronnement de l'empereur [en juin 1828, en mai 1829, en mai ou septembre 1856 ?], 

- la grande procession de Ste-Rosalie à Palerme [mi-juillet], 

- la bataille de San-Martino [victoire des troupes sardes sur l'armée autrichienne ; épisode de la bataille de Solférino du 24 juin 1859], 

- l'intérieur de l'église de St-André à Mantoue, 

- des scènes de l'inquisition d'Espagne, 

- les pécheurs de Castellamare [près de Naples], 

- une collection d'oiseaux automates d'Amérique, 

- un stéréoscope présentant 36 vues, enfin une foule d'autres curiosités.

Cette exposition est digne de l'attention publique, et nous engageons les amateurs des belles choses à la visiter".


- L'Avenir de Nice du 8 février 1860 p. 3.

"Hier matin, un incendie a eu lieu dans l'établissement du Cyclopanorama, tenu par M. Carli de Venise, sur le boulevard du Pont-Vieux.

Il paraît que le feu a été occasionné pas une étincelle que le domestique, chargé de l'éclairage, a laissé tomber par mégarde sur une toile. De fait, à 8 heures du matin, les voisins, voyant de la fumée sortir du rez-du-chaussée occupé par le Cyclopanorama, se sont hâtés de prévenir le propriétaire qui est accouru avec les pompiers. 

Déjà le sieur Bonfils, employé à la Compagnie générale des Eaux, avait commencé à porter les premiers secours; mais le feu avait eu le temps de dévorer à peu près tout le mobilier du Cyclopanorama, tableaux, lentilles, tentures, etc. Les dégâts sont évalués à 4500 fr. 

Cette perte réduit à la misère une famille de cinq personnes. Nous faisons donc appel à la charité de notre colonie étrangère et des habitants de Nice, et nous ouvrons une souscription on faveur de cette malheureuse famille. Les offrandes seront reçues dans nos bureaux et dans l'établissement du Cyclopanorama, boulevard du Pont-Vieux".


- L'Avenir de Nice du 10 février 1860 pp. 2-3.

"On nous adresse la lettre suivante :

Monsieur le Rédacteur.

Dans l'incendie qui s'est déclaré, lundi 7 courant, boulevard du Port-Vieux, au dessous de mon habitation, dans une salle de rez-de-chaussée occupée par le Cyclopanorama, le feu pouvait faire des ravages d'autant plus grands et plus rapides qu'il s'attaquait à des matières très inflammables et qu'au premier étage se trouve un magasin de papiers peints.

Grâce au zèle de quelques personnes dévouées, les progrès de l'incendie ont pu être arrêtés. Mais on aurait sauvé presque en entier le matériel du Cyclorama si l'on avait eu plus tôt la pensée d'utiliser les ressources qu'offre, en pareille circonstance, la proximité de la canalisation de la Société générale des Eaux.

En effet, dès qu'on a eu fixé sur un robinet d'arrosage de cette société un des tuyaux des pompes à incendie de la ville, rien n'a été plus facile que de se rendre maître du feu qui pouvait se trouver encore aux cloisons intérieures et qui menaçait le plancher de l'étage supérieur. 

Au moyen de la pression naturelle des eaux de la société, un jet puissant et continu a pu être dirigé contre toutes les parties qu'atteignait encore l'incendie et donner pleine sécurité sur les suites de cet accident.

Signaler les avantages que l'on peut retirer en cas d'incendie, de la canalisation de la société des eaux, c'est exprimer le regret de ne ia voir pas encore établie dans toutes les parties de la ville et appeler l'attention du Conseil municipal sur une question d'un haut intérêt public.

Je crois, Monsieur le rédacteur, me rendre l'interprète de la reconnaissance des propriétaires voisins du lien de l'incendie de ce matin en faisant connaître l'empressement des directeurs et des employés de la société des eaux à utiliser tous les moyens dont ils peuvent disposer en pareil cas.

Agréez, etc. - A. GAYET, Géomètre.".


- L'Avenir de Nice du 15 février 1860 p. 3.

"Souscription en faveur de la famille Carli de Venise, par suite de l'incendie du Cyclopanorama.

Somme précédente : 86 Fr.  

MM. Prosper Girard, négociant : 20 - M. L. Crette, photographe : 5 - 

Total... 111 Fr".


- L'Avenir de Nice du 20 février 1860 p. 1.

"M. Carli prévient le public que les secours qu'on veut bien lui accorder pour réparer les pertes occasionnées par l'incendie du Cyclopanorama, ne sont reçues que dans les bureaux des journaux оu а l'établissement même, boulevard du Pont-vieux.

M. Carli, nous prie en outre, d'annoncer que les secours qui lui ont été accordés lui ont permis de réouvrir le Cyclopanorama".



BARCELONA (Espagne ; à environ 1230 km de Venise), de juillet 1863 à août 1864


Un historien, qui se présente sous le pseudonyme de Miquel Barcelonauta, a mis récemment en ligne un article où il précise comment, "Andreu Carli", après être passé par Madrid (Espagne) et Lisbonne (Portugal), a passé plus d'un an à Barcelone, de l'été 1863 à l'été 1864, et présenté quatre expositions successives, avec des vues nouvelles (dont deux scènes très récentes du Soulèvement des polonais contre l'occupation russe d'octobre 1863).

Je renvoie toutes les personnes intéressées par le détail des expositions barcelonaises aux dix annonces parues dans La Corona étudiées dans l'article intitulé, "Ciclorama de Canaletes", sur le blog Barcelofilia (ici).


Fort de ces renseignements, une recherche en Espagne a permis de retrouver plusieurs annonces antérieures pour un "Ciclorama" dont le nom de l'exposant n'est cependant jamais précisé.



MADRID (Espagne ; à environ 1400 km de Venise) annonces parues du 4 décembre 1860 au 1er novembre 1861


L'article d'Alaminos, E. y Salas, E. (2001) "Ocio y diversiones madrileños. Del Reinado de Isabel II a la Segunda República", en Pinto, V. (ed.), Madrid Atlas Histórico de la Ciudad 1850-1939, pp. 342-369, Lunwerg Editores (ici), cite trois de ces annonces respectivement parues dans : 

- Diario Oficial de Avisos de Madrid, du 9 décembre 1860 p. 4

- La Correspondencia de España, du 16 décembre 1860 p. 4

- La Esperanza, du 20 décembre 1860.

Ce "Ciclorama, procedente de Italia" [venant d'Italie], situé rue Capellanes proposait des séances de 17h30 à 21h00 et un prix d'entrée de 2 "reales" [réaux], divisé par deux pour les enfants et les soldats. 

Chaque séance offrait un choix de 14 sujets, avec des vues de Naples, Venise et Paris et, notamment une vue de la très récente, Bataille de Tétouan (victoire des troupes espagnoles sur les troupes marocaines le 4 février 1860).


Une quatrième annonce madrilène a pu être retrouvée dans le dossier de Juan Antonio Fernàndez Rivero, Tre dımensiones en la historia de la fotografia, La Imagen Estereoscopica (PDF, ici).

- La Iberia du 21 avril 1861 (texte traduit de l'espagnol)

"Troisième Exposition Du Grandiose Cyclorama 

Jamais Vu En Espagne, 

que l'on peut observer à l'aide de 100 lentilles d'une circonférence de 60 centimètres chacune, et d'un stéréoscope circulaire doté de 72 autres lentilles, situé sur le Paseo de Recoletos, à côté du palais de Salamanque.

Description Des Vues.

1- Bombardement de Gaète, vu depuis la mer [épisode du Siège de Gaeta, tenu de novembre 1860 à février 1861, à 130 km au sud-est de Rome, par les troupes sardo-piémontaises du roi Victor-Emmanuel II contre celles du roi François II des Deux-Siciles réfugiées dans la forteresse].

2. Panorama général de Rome et de ses monuments antiques.

3. Panorama général de Florence.

4. Panorama de la ville du lac de Côme.

5. Illumination extraordinaire de la grande place Saint-Marc à Venise, avec 400 000 lumières, pour célébrer l’arrivée de Ferdinand Ier, le 13 octobre 1833. Cette vue diffère de la précédente, qui représentait la petite place. Celle-ci est prise depuis le palais royal, avec la cathédrale Saint-Marc en face.

6. Dernier jour de Pompéi. On y voit l’intérieur ravagé par l’éruption du Vésuve, à juste titre. Événement survenu 180 ans avant la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ [79 apr. J.-C.].

7. Le tunnel de Londres.

8. Naufrages en mer Noire en 1854 [le 14 novembre], au cours desquels 16 navires de guerre des Alliés et de nombreux navires marchands ont été perdus [une quarantaine au total].

9. Vue de la ville de Zurich (Suisse) éclairée par la lune.

10. Entrée de la chapelle du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

11. Intérieur de celle-ci avec la grande procession du jour de Pâques.

12. Célébration pontificale dans la cathédrale Saint-Pierre à Rome.

13. Intérieur du temple du Sud en Irlande.

14. Vue de la salle d’audience de l’Inquisition, au moment où on y présente les condamnés, qui contemplent leurs tombes ouvertes et le bourreau armé de l’instrument qui va leur ôter la vie.

15. Grande salle du palais du vice-roi d’Égypte, dans laquelle on aperçoit le vice-roi et ses favoris.

Grandiose Stéréoscope Circulaire.

Avec un défilé de vues, combiné à l’aide de 72 lentilles représentant des vues photographiques, transparentes sur verre,

Le Colorama peut être vu de dix heures du matin à huit heures du soir.

Prix des billets : 2 rs. [reales].

Enfants et soldats, sans distinction : la moitié",


Une cinquième annonce madrilène a pu être retrouvée sur Google Livres.

- La Esperanza (Madrid) du 13 mai 1861 (texte traduit de l'espagnol) 

"Ciclorama. Troisième exposition, de 10 heures du matin à 20 heures, sur le Paseo de Recoletos, près du palais de Sr. Salamanca".


Certes on reconnaît, dans la liste des vues présentées à Madrid, des thèmes chers à Andrea Carli (vues de Rome, de Venise, de Paris ; scène des Derniers jours de Pompei, de l'Inquisition d'Espagne, de la Guerre de Crimée...) mais ce sont des thèmes également présents chez d'autres exposants. 

C'est la mention d'un "stéréoscope" (comme à Nice en 1860), de surcoît "circulaire" et offrant "72 lentilles" (comme à Barcelone en 1863 et 1864) qui permet d'identifier plus sûrement Andrea Carli.

Enfin, une recherche plus approfondie a permis de retrouver, sur le site de la Biblioteca National de España, une cinquantaine de petites annonces du "Ciclorama" étudié, parues dans :


- La Correspondencia de España, du 16 décembre 1860 au 1er novembre 1861.

Le nom de "Andres Carli", "A. Carli" ou "Sr. Carli" n'y est présent que dans les longues annonces qui détaillent le programme des cinq expositions mais les plus nombreuses et brèves annonces ne font que mentionner l'adresse et les horaires . 

Voici une liste de quelques-unes des vues présentées : 

Bataille de Tétouan (1860) - Place Saint-Marc de Venise - Bataille de Magenta (1859) - Festin de Varsovie (1828 ?) - Panorama de Venise - Panorama de Naples - Rue St. Jacques à Paris - Procession de Santa Rosalia à Palerme - Entrée des alliés à Sébastopol - Intérieur de la basilique Saint-André de Mantoue - Le choeur des Capuçins de Rome (chapelles souterraines montrant les ossements des moines) - Les pêcheurs de Castellamare (près de Naples) - La grotte de Bethléem - Le harem du Sultan de Constantinople - Passage souterrain secret de l'Inquisition - Etude de Raphaël - Départ de la flotte espagnole de Malaga vers le Maroc (1860) - Bataille de San Martino (1859) - Illumination lors de l'entrée de Garibaldi à Marsala, Sicile...

À compter du 21 septembre 1861, Andrea Carli offre "aux visiteurs le choix d'un portrait de Napoléon III, de l'Impératrice Eugénie, de Victor-Emmanuel II, du Prince impérial ou de Garibaldi. Ces portraits, finement gaufrés sur carton, viennent d'arriver de Paris" (texte traduit de l'espagnol).

La présence d'Andrea Carli à Madrid a donc duré 11 mois, de début décembre 1860 jusqu'au 3 novembre 1861 (date de clôture).



VALLADOLID (Espagne ; à environ 190 km de Madrid et à 1835 km de Venise) ; annonces parues du 20 novembre 1861 au 11 janvier 1862


- La Correspondencia de España du 20 novembre 1861

C'est par le journal de Madrid que l'on apprend cette nouvelle installation d'Andrea Carli, notamment du fait d'un incident.

"Le très beau ciclorama du Sr. Carli que nous avions depuis si longtemps à Madrid a été le théâtre d'un incident dimanche dernier à Valladolid, où il est actuellement exposé. Selon un journal local, plusieurs individus ont pénétré de force dans le bâtiment et, après avoir provoqué des troubles et brisé des vitres, sont repartis, laissant le public nombreux et indigné.

Ce qui nous choque, c'est que, malgré le grand nombre de personnes présentes, le public n'ait pas fermement condamné l'agression incivile des émeutiers".

La brève annonce du 11 janvier 1862 ne fait que rappeler la présence, au Théâtre de Valladolid, des "espositiones cicloramicas del señor Carli".



LES EXPOSITIONS


Si nous connaissons un grand nombre de sujets des vues présentées par Andrea Carli, nous savons peu de choses de leurs dimensions et de leur mode d'exposition. Nous en sommes donc réduits à des conjectures.

Andrea Carli se déplace avec au moins une voiture de matériel. Il l'installe dans des locaux qu'il choisit suffisamment grands pour être divisés en plusieurs espaces d'exposition et accueillir du public. 

L'incendie de Nice, lit-on, a détruit "à peu près tout le mobilier du Cyclopanorama, tableaux, lentilles, tentures, etc.", et a entraîné 4 500 francs de pertes (ce qui représente environ plus de trois ans de salaire d'une employée de l'époque). 

La présence d'Andrea Carli en Espagne, à partir de fin 1860, permet cependant de savoir qu'après le sinistre niçois, ce dernier a pu reconstituer son matériel d'exposition et reprendre, dans la même année, sa tournée européenne. 

Andrea Carli renouvelle généralement le contenu d'une même exposition à trois (Graz, 1858), quatre ou même cinq reprises (Madrid, 1860-61), afin de faire revenir le public (l'entrée à bas prix est censée être compensée par le grand nombre de visiteurs). Ceci implique tout à la fois une grande disponibilité d'oeuvres mais aussi une gestion réfléchie des espaces occupés.

Certains espaces baignent nécessairement dans une lumière naturelle ("tableaux de Paris") mais d'autres sont peut-être plongés dans l'obscurité pour animer, par des jeux de lumière artificielle, les visions nocturnes de ses panoramas ("peints par des artistes italiens") et procéder à des projections de vues stéréoscopiques.

Les annonces parlent d'un "Grand Cyclorama universel, pictural et optique", ce qui rappelle son "Cosmorama optique-pictural" des années 1830 (avec son microscope solaire achromatique). 

Il est tour à tour question de "cyclorama", de "grand et de petit panorama", voire de "cyclopanorama", de "diorama" puis de "stéréoscope" et plus exceptionnellement de "télescope" et de "colorama".

L'exposition repose essentiellement sur un duo composé d'images peintes et de vues photographiques. Ces vues sont d'ailleurs parfois difficiles à distinguer les unes des autres, que ce soit au niveau des sujets, des supports et du mode de présentation.

La mention, "Voir à travers 84 verres" (Graz, 1858), par exemple, renvoie-t-elle tout à la fois à des images peintes (vues dans une vitrine ou une cabine au travers d'une lentille grossissante ou bien au travers d'une loupe prêtée au visiteur ?) et à des images photographiques projetées, conjointement désignées sous le terme de "panoramas" (Barcelone, 1863, 1864) ? 

Les annonces ne mentionnent pas d'horaires de spectacle, en dehors des séances de soufflage de verre en soirée (Pest, 1858), ce qui laisse penser à des entrées en continu, en journée comme en soirée, avec des horaires qui varient selon les villes. 

Si la présentation des panoramas peints et celui des vues sur verre est actionné et longuement commenté par Andrea Carli ou l'un des membres de sa famille, on peut imaginer que des séances sont organisées en fonction de l'affluence ou prévues à des intervalles horaires fixes.


Les images peintes

Un cyclorama, par définition, repose sur la rotation d'une image sur un cylindre ou sur le déroulement d'une toile tendue entre deux cylindres. 

Les dimensions de l'image peuvent être cependant de quelques dizaines de centimètres de long comme de plusieurs dizaines de mètres, la toile se déroulant au sein d'un meuble de salon, au-devant d'un mur ou dans le cadre d'une scène de théâtre. 

Des rotondes architecturales parfois dénommées elles-aussi Cycloramas (comme la Rotonda Barbetti de Florence, 1847), peuvent même accueillir sur leurs parois des toiles gigantesques, mais fixes cette fois, qui proposent une vision à 360° au visiteur placé au centre.

Les termes de panorama et de cyclorama ont cependant tendance à se recouper et à se confondre à cette époque. Certains exposants peuvent ainsi afficher, "Grand Panorama universel (Cyclorama)" ou bien indiquer que leur "Cyclorama" présente des "panoramas".

Il est possible qu'Andrea Carli, en tant que physicien et opticien, ait conçu des systèmes permettant de donner une vision agrandie de ses panoramas peints. 

Les images peintes étaient-elles translucides et rétro-éclairées pour permettre des effets nocturnes, à l'instar de ses vues stéréoscopiques ? Sont-elles vues au travers d'une vitre-loupe ?

C'est ce que semblent suggérer deux annonces (Barcelone, 1863) qui évoquent:

- les amateurs qui vont passer "un agréable moment en regardant à travers tant et tant de verres les beaux panoramas si bien disposés de M. Carli"

- "les divers panoramas (...) qui, grâce au bon placement des verres et à l'étude des perspectives, produisent une illusion complète. M. Carli possède également un grand stéréoscope circulaire...".


Les images photographiques

Les textes publicitaires précisent :

- en allemand (Graz, Klagenfurt, 1858), "84" ou "80 Gläser" [verres], avec parfois leur nombre par sujet ;

- en français (Nice, 1860), un "stéréoscope présentant 36 vues" et "l'emploi de 70 verres lenticulaires", 

- en espagnol (Madrid, 1861, Barcelona, 1863), un "Grandioso Estereoscopo Redondo. Con mutación de vistas, combinado por medio de 72 lentes representando vistas en fatogrqfia trasparentes en cristal" [Grandiose stéréoscope circulaire. Avec changement de vues, combiné à l’aide de 72 lentilles représentant des vues photographiques, transparentes sur verre - ou cristal, pour sa pureté], 

et (Barcelona, 1863-64), leur nombre de "lentes" [lentilles] par sujet. 

D'autres enfin, citent un "défilé de vues, combiné à l’aide de 72 lentilles représentant des vues photographiques, transparentes sur verre".

Il faut probablement entendre ici l'usage des termes de "Gläser" (en allemand), "lentes" (en espagnol) et de "verres lenticulaires" (en français), comme ceux de "vues positives sur verre" [diapositives]. 

Le défilé des images stéréoscopiques rectangulaires semble se faire avec un appareil qui, pour l'ensemble du public, projette sur écran (un ou plusieurs écrans et de quelle surface ?), de face ou depuis l'arrière, des vues colorées ("Colorama" ; Madrid, 1861) et mouvantes (effets nocturnes), voire dissolvantes (?).

La source lumineuse de son stéréoscope n'est jamais citée (lampe à pétrole ou lumière oxhydrique Drummond ?).


Les "100 lentilles d'une circonférence de 60 centimètres chacune" (Madrid, 1861) sont plus mystérieuses encore. 

Sont-elles présentées dans des visionneuses ou projetées par une lanterne, les lanternes magiques utilisant notamment des disques pour leurs projections. 

Une dimension de disque dépassant 30 cm n'est pas censée avoir existé pour des projections de lanterne, en dehors de rares disques de 60 cm des années 1890 prévus pour la projection et le défilement de nuages peints dans des dispositifs scéniques d'Opéra (G. Mareschal, "La Science au Théâtre : La chevauchée des "Walkiries" à l’Opéra de Paris", in, La Nature, n° 1047 du 24 juin 1893).

Cependant, les appareils de projection conçus par Jules Duboscq à partir de 1850 (lanternes, stéréoscopes, Stéréo-Fantascopes ou Bioscopes) usent également de disques de verre (aux dimensions non précisées) qui tournent et font notamment défiler des nuages peints pour l'Opéra de Paris (Laurent Mannoni, Le grand art de la lumière et de l'ombre - Archéologie du cinéma, Nathan, 1994).

On peut logiquement se demander si Andrea Carli n'a pas utilisé des appareils de Duboscq, destinés aux spectacles et aux conférences scientifiques, ou des instruments semblables (à la lumière électrique ?). 

Il est également possible que, de la même façon qu'il a acquis de nouvelles vues, il ait renouvelé ses appareils de projection au cours de la période étudiée.



ÉPILOGUE


Dès 1858 (Udine), les annonces signalent que, "le Ciclorama (...) a généralement été acclamé dans les principales villes d’Europe", ce qui semble impliquer une itinérance antérieure (depuis les années 1830 ?).

Le parcours d'Andrea Carli de Venise n'a pu être retracé, qu'entre 1858 et 1864, au travers des villes de Pest (1 mois en avril 1858), Zagreb (juin 1858), Graz (1 mois entre août et septembre 1858), Klagenfurt (octobre 1858), Udine (3 semaines entre novembre et décembre 1858) puis Nice (1 mois entre janvier et février 1860), Madrid (11 mois entre décembre 1860 et novembre 1861), Valladolid (au moins 2 mois entre novembre 1861 et janvier 1862), Lisbonne (vers 1861-1863 ?) et Barcelone (13 mois entre juillet 1863 et août 1864). 

À cette dernière date, Andrea Carli a 62 ans et il est possible qu'il cesse toute activité peu après. Cependant, rien n'est connu de la suite. La famille est-elle encore domiciliée à Venise au milieu des années 1860 ? Les tournées perdurent-elles avec ses enfants ? 

La date de décès d'Andrea Carli reste également inconnue.





mardi 22 septembre 2026

1493-NOÉ METGE, "LE LANGAGE ARCADIEN" : RECHERCHE AUTOUR DU DESSIN ET DU LANGAGE VISUEL

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS



NOÉ METGE


Artiste plasticien, Noé Metge (né en 1984) développe depuis plus de vingt ans une pratique centrée sur la peinture, le dessin et la recherche des structures qui organisent l'image.

Après des études en histoire de l'art à l'Université de Montpellier, il poursuit sa formation au Camberwell College of Arts de Londres, où il étudie le graphisme et les beaux-arts. 

Cette double approche, à la fois théorique et plastique, nourrit une démarche qui s'intéresse autant aux principes de composition qu'à leur mise en œuvre.



LE LANGAGE ARCADIEN


- Le terme "Arcadien" synthétise la double essence du langage artistique de Noé Metge : il fusionne la pureté d'un idéal mythologique et la rigueur d'une structure sacrée.

D'un côté, il incarne le mythe de l'Arcadie, cette terre originelle d'harmonie absolue, en cherchant à retrouver une écriture primitive et universelle antérieure aux mots. 

De l'autre, il renvoie à la matrice architecturale du dessin (l'arcade), où chaque lettre germe ou clé de voûte s'articulent sur une géométrie invisible. 


- Le "Langage Arcadien" est ainsi la construction discrète d'une utopie visuelle, où la poésie du mythe s'appuie sur la perfection mathématique des formes.


- La lettre-germe "glyph" désigne le motif graphique minimal qui donne naissance à un alphabet artistique. Elle naît par un procédé de symétrie, au point de convergence exact où les lignes d'un dessin croisent leur propre reflet en miroir. 



LA SÉRIE


Entamée en 2016, la série Le Langage Arcadien de Noé Metge propose une exploration formelle du signe et de sa mise en espace. 

Conçues au fusain sur papier, ces œuvres s'articulent comme un système visuel autonome, une écriture primitive et non textuelle qui se déploie en amont du langage parlé. La composition noire sur fond blanc met en scène des forces géométriques où le vide graphique participe activement à la tension de la structure.

L'ensemble de la recherche repose sur le concept de la lettre germe. Cette entité minimale, extraite comme une cellule esthétique originelle, contient le potentiel structurel de chaque œuvre. 

À la manière d'un code ou d'une graine biologique, ce motif unique subit des lois de multiplication et de transformation géométrique. C'est à partir de la naissance et des ramifications de ce germe que s'organisent des compositions complexes, révélant le passage d'un élément simple et isolé à un espace universel interconnecté.

Les œuvres appliquent des structures logiques et mathématiques rigoureuses à cette matrice visuelle. 

La série intègre ainsi des principes combinatoires issus du Triangle de Pascal, des réseaux de compensation propres au Carré magique ou les ondulations de flux d'une double hélice biologique (ADN). 

Dans certaines pièces, la lettre germe est soumise à des lois de rotations orthogonales sur le plan 2D. La répétition et le pivotement régulier du signe produisent une dynamique cinétique, offrant l'illusion du changement et de la multiplicité alors que l'entité d'origine demeure immuable.

Le travail au fusain apporte une texture vibrante et sensible aux tracés linéaires. Ce contraste absolu entre la matité du noir et le blanc du support engage une dimension méditative, où la rigueur des équations spatiales rencontre la liberté du geste graphique.

L'ensemble de la série et la démarche de l'artiste sont présentés sur noemetge.com. 

Les oeuvres sélectionnées ci-dessous datent des années 2024 et 2025.


- Noé METGE,

ADN (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Dans cette œuvre intitulée ADN, Noé Metge confronte la rigueur géométrique de son Langage Arcadien à la fluidité du vivant et du code biologique. Délaissant ici les lignes purement rectilignes, l'artiste déploie une double hélice graphique qui structure l'espace de manière dynamique.

La composition met en scène deux architectures verticales denses et répétitives sur les flancs, agissant comme les montants d'une échelle chromosomique. 

En leur cœur, une nuée de glyphes plus légers et curvilignes semble flotter, s'entrecroiser et migrer d'un pôle à l'autre. Ces fragments évoquent des bases azotées en pleine recombinaison, les briques élémentaires d'une information en cours de transmission. 

À travers cette pièce, le dessin s'organise comme une cartographie génétique poétique, capturant le moment précis où la structure mathématique s'anime pour générer la vie.


- Noé METGE,

Carré magique (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Avec Carré magique, Noé Metge transpose la célèbre énigme mathématique et mystique dans l'univers de son Langage Arcadien. 

Traditionnellement composé de nombres dont la somme est identique sur chaque ligne, colonne et diagonale, le carré magique devient ici une équation purement visuelle et structurelle.

L'œuvre s'organise autour d'une grille orthogonale rigoureuse où les nœuds énergétiques et les glyphes se répondent. 

L'équilibre mathématique se matérialise par des forces graphiques compensées : la densité rayonnante des rosaces solaires équilibre la pureté géométrique des losanges et des carrés ouverts. Les lignes de connexion agissent comme des vecteurs de flux, créant un circuit fermé où le regard circule de manière orthogonale. 

À travers cette composition, l'artiste ne cherche pas à résoudre une opération, mais à révéler l'harmonie parfaite et la stabilité vibratoire d'un talisman graphique.


- Noé METGE,

Cayley graphe (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Dans cette pièce intitulée Cayley graphe, Noé Metge s’inspire de l’outil mathématique utilisé en théorie des groupes pour représenter l'architecture abstraite des structures algébriques. L'artiste réinterprète cette cartographie des relations en substituant aux sommets et aux arêtes mathématiques des boucles et des orbites circulaires.

Rompant avec les tracés rectilignes et angulaires des autres compositions de la série, le dessin explore ici la rondeur, la répétition et le mouvement orbital. 

Sept entités circulaires distinctes, tracées d'une ligne vibrante et accumulative, s'organisent dans l'espace selon une symétrie sous-jacente. Au sommet, le motif se densifie par l'imbrication et l'intersection de plusieurs anneaux, matérialisant le point de convergence ou le noyau de ce système. 

Cayley graphe devient ainsi la transcription sensible d'un réseau dynamique, une géométrie poétique où le tracé circulaire incarne des cycles de transformation et des connexions invisibles.


- Noé METGE,

Dihedral (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



À travers le projet du Langage Arcadien, Noé Metge développe un alphabet de lettre germe et de monogrammes géométriques qui fonctionnent comme de véritables architectures visuelles.

Cette pièce, intitulée Dihedral, explore la création et la ramification des signes selon des lois de symétrie, de projections géométriques et d'effets de miroir. 

Organisée selon un système pyramidal, la structure déploie une grammaire graphique intuitive et universelle, invitant le regard à circuler librement entre la rigueur mathématique du tracé et la poésie de la forme ouverte.


- Noé METGE,

Euclide (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Dans cette œuvre, intitulée Euclide, de la série du Langage Arcadien, Noé Metge explore la transformation spatiale à travers le prisme de la géométrie plane. La composition est régie par la loi mathématique des rotations orthogonales sur le plan 2D.

L'ensemble du dessin se déploie à partir d'une unique lettre germe minimale. En pivotant successivement selon des angles droits ou des axes perpendiculaires, ce signe originel subit des déplacements méthodiques à travers l'espace blanc du papier. Dispersés sur la surface, les différents états de la lettre créent une dynamique cinétique fluide. 

Ce mouvement chorégraphique et séquentiel donne alors l'illusion du changement et de la multiplicité, alors qu'il s'agit en réalité de la projection continue d'une seule et même entité immuable.


- Noé METGE,

Jeu d’échecs (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Avec Jeu d’échecs, Noé Metge projette la grammaire visuelle du Langage Arcadien sur un champ de forces stratégique et conceptuel. La composition se détache des structures denses précédentes pour embrasser pleinement le vide, transformant le fond blanc en un plateau invisible où se joue un affrontement silencieux.

Les glyphes, aux lignes épurées et géométriques, adoptent ici des postures anthropomorphes ou totémiques, évoquant des figures de rois, de cavaliers ou de pions figés dans l'espace.

 Dispersés de part et d'autre de la feuille, ces caractères semblent soumis à des règles de déplacement strictes et invisibles. L’équilibre de l’œuvre ne repose plus sur la connexion physique des tracés, mais sur la tension psychologique et spatiale qui relie les formes isolées. Chaque signe devient une pièce maîtresse, une énigme suspendue dans l'attente du prochain coup.


- Noé METGE,

Triangle de Pascal (Série du Langage Arcadien),

Fusain sur papier.



Dans cette œuvre charnière de la série du Langage Arcadien, Noé Metge s’approprie et poétise la célèbre construction arithmétique du Triangle de Pascal. En transposant cette logique algébrique en un système graphique autonome, l'artiste remplace les nombres par des glyphes et des racines linéaires.

La composition adopte une rigueur combinatoire : chaque symbole des rangées supérieures semble s'additionner et s'entrelacer avec ses voisins pour engendrer, par vagues descendantes, le niveau suivant. 

À la base du triangle, cette itération méthodique culmine dans une dentelle noire monumentale, une ondulation géométrique dense où les glyphes fusionnent en un tissu vibratoire et interconnecté. 

Le dessin devient alors la mise en espace d'une équation sacrée, une rencontre sensible entre la pureté mathématique et l'archéologie d'un langage oublié.



VOIR LE SITE DE NOÉ METGE




samedi 19 septembre 2026

1492-DEROY, "PORTS DE MER D'EUROPE - VUE DE NICE PRISE DU CHEMIN DE MONT-ALBAN" - ENQUÊTE SUR UNE LITHOGRAPHIE DU XIXe s.-2


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 


- DEROY Isidore Laurent (1797-1886), dessinateur et lithographe, 
Vue de Nice [est-ouest] - prise du chemin de Mont-Alban /
 Vista de Niza - tomada del camino de Monte-Albano, éditée début 1868,
feuillet aux larges marges avec une image de 49,8x33 cm,
chromolithographie, épreuve coloriée et vernissée en partie
(éditée par Louis Turgis Jeune, imprimeur-lithographe à Paris),
Paris, Bibliothèque nationale de France, Collection De Vinck (Gallica, ici).






LES SÉRIES DE "PORTS DE MER"


Catalogue du fonds L. Turgis et fils, 1893 (Paris, BnF, Gallica, ici).

Ca Catalogue amène de nombreux éléments nouveaux. Il est cependant tardif (1893) et ne précise malheureusement jamais les noms des dessinateurs et des lithographes.

Les vues connues de Ports De Mer D'Europe y apparaissent listées dans la collection n° 78, "Ports de mer" (p. 52), qui présente un total potentiel de 71 vues mais dont les titres des n° 24, 27, 30, 31, 32 et 33 ont été retirés.

La collection englobe les différentes séries de vues des Ports De Mer D'Europe (57 vues), Ports De Mer D'Amérique [Amérique du Sud (4 vues) et Amérique du Nord (3 vues)], Ports De Mer D'Afrique (5 vues) et Ports De Mer D'Asie (2 vues), sur format papier de 55x72 cm, avec un sujet de 32x45 cm.

Les vues d'Europe sont citées sous le même numéro relevé sur les planches consultées, comme Malaga sous le n° 5, Santander sous le n° 12 ou Nice sous le n° 61. 

La vue n° 1 est celle de Constantinople et la vue n° 71 est une deuxième vue de Lisbonne. Les vues des pays hors d'Europe s'intercalent seulement dans la liste à partir de la vue n° 42 et l'ensemble de la numérotation semble reflèter un ordre chronologique.

En croisant les données du Catalogue et celles parues dans la Bibliographie de la France, on obtient le tableau suivant (années concernées : numéros des lithographies éditées), avec une datation à un an près cependant, certaines lithographies étant éditées en début ou fin d'année, et deux mois pouvant s'écouler avant l'annonce de leur parution :

- 1847 ou 1848 : 1, 2 - 1848 : 3, 4 - 1849 : 5 - 1849 ou 1850 : 6, 7, 8, 9, 10 - 1851 : 11, 12, 13, 14, 15 - 1852 : 16, 17, 18, 19 - 1852 ou 1853 : 20, 21, 22 - 1853 : 23, 24, 25, 26 - 1853 ou 1854 : 27 - 1854 : 28 - Entre 1854 et 1859 : 29 à 38 - 1859 : 39, 40, 41, 42, 43, 44 - 1859, 1860 ou 1861 : 45 - 1861 : 46 - 1861, 1862, 1863 ou 1863 : 47, 48, 49 - 1863 : 50, 51, 52, 53, 54 - 1863 ou 1864 : 55 - 1864 : 56, 57 - 1864, 1865 ou 1866 : 58 - 1866 : 59 - 1866, 1867 ou 1868 : 60 - 1868 : 61 - 1869 : non - 1870 : 62, 63, 64, 65 - Entre 1870 et 1875 : 66 - 1875 : 67, 68, 69 - 1876 : 70, 71 -

Les choses ne sont cependant pas aussi simples : 

- comme déjà précisé certains numéros ont été retirés du Catalogue de 1893 et les vues éditées entre 1877 et 1879 n'y sont pas citées

- des titres connus (lithographies conservées ou citées dans la Bibliographie de la France), comme Ajaccio, Calais, Ostende ou Anvers restent absents de la liste (sans obligatoirement correspondre aux numéros retirés) 

- et d'autres titres, comme Porto, Catane, Dieppe, Cadix ou Port-Mahon semblent décalés dans le temps (nouvelle vue du même lieu ou vue renumérotée lors d'un nouveau tirage ?).

Cependant, il est possible que quelques vues connues de la série des Ports de Mer D'Europe soient par ailleurs listées dans :

- la collection n° 79 du Catalogue de 1893, "Vues, Ports de mer et marine" (p. 53) qui présente un total de 15 vues, sur format papier de 63x90 cm, avec un sujet de 44x65 cm

- ou même dans la collection n° 80 (p. 53), "Grandes vues à vol d'oiseau", qui présente un total de 35 vues sur format papier papier de 63x90 cm, avec un sujet de 38x58 cm.

Le croisement des renseignements fournis par la Bibliographie de la France et le Catalogue Turgis de 1893 permet également de désigner une trentaine de lithographies de la série Ports de Mer D'Europe, auxquelles Deroy a participé. 

Il aurait dessiné et lithographié : 

- les vues de : Porto en 1861 - Granville (n° 56) en 1864 - Nice (n° 61) en 1868 - Messine, Palerme et Catane en 1869 (nouvelles vues ou retirage en 1869 des numéros respectifs 20, 21 et 22 des années 1852-53 ?) - Bilbao (nouvelle vue ou retirage en 1870 du n° 8 des années 1849-50 ?), Le Cap (n° 62), La Havane (n° 63), San Francisco (n° 64) et le Canal de Suez (n° 65) en 1870 - Marseille (nouvelle vue en 1875 ou retirage, après ajout du Palais Longchamp, du n° 13 de 1851 ?) - Porto Rico (n° 67) en 1875 -

- mais également celles de : Lisbonne (Coll. 78 n° 48) vers 1861-63 ou (Coll. 78 n° 71) en 1876 (?) - Naples (Coll. 78 n° 3) en 1848 (ou Coll. 79 n° 2 ?) - Boulogne-sur-Mer (2 vues) dont l'une (Coll. 78, n° 29) entre 1854 et 1859 -

Il aurait lithographié le dessin d'un confrère : 

- pour les vues de : Santander (Coll. 78 n° 12), Gênes (Coll. n° 14), Londres (Coll. 78 n° 15) et Ajaccio (n° ?) en 1851 - Ancône (Coll. 78 n° 28), en 1852 - Lisbonne (Coll. 78 n° 48) vers 1861-63  ou (Coll. 78 n° 71) en 1876 (?) - Pondichéry (Coll. 78 n° 54) en 1863 - Tunis (Coll. 78 n° 57), Le Havre (Coll. 80 n° 15 ?) en 1864 - Barcelone en 1866 -

- mais également pour celles de : Cherbourg (Coll. 79 n° 12 ?) - Dieppe (Coll. 78 n° 9 ?) - Saint-Malo (Coll. 78 n° 58 ou Coll. 79 n° 8 ?) - La Rochelle (Coll. 78 n° 39 ?) - Trieste (Coll. 78 n° 51) -



LES VUES DE NICE DE DEROY


Nous savons désormais que la Vue de Nice réalisée par Isidore Laurent Deroy (1797-1886) a été éditée début 1868 (Bibliographie de la France du 1er février 1868) mais nous ignorons toujours à quelle(s) date(s) elle a été dessinée.

Isidore Deroy a créé, tout au long de sa vie, des centaines et centaines de dessins et de lithographies. Il a été actif de la fin des années 1810 à la fin des années 1870.

Il a collaboré à de nombreux albums, séries, collections et ouvrages ayant pour thèmes des pays, villes, guides ou expositions, et produit des vues des mêmes lieux à plusieurs reprises, que ce soit pour un même éditeur ou pour des éditeurs différents.

Il est donc primordial de s'intéresser aux années où il a réalisé des vues de Nice, au-delà même de la série Ports de Mer D'Europe, tous éditeurs confondus, que ce soit avec des lithographies réalisées d'après ses propres dessins ou d'après les dessins de ses confrères.

Deux des documents déjà cités, listent ses productions de la région niçoise [j'ajoute entre crochets les références retrouvées de la Bibliographie de France].


L'Inventaire du fonds français après 1800 de la Bibliothèque nationale (vol. VI, 1953 pp. 277-314 ; vol. ?, 1867-68, p 872) répertorie :

- les planches n°10 et 11 d'une suite sur la Côte d'Azur (représentant Beaulieu et Monaco) d'après F. Cocx (sic), en 1854 [chez Lemercier à Paris et Visconti à Nice - Biblio. Fr. du 7 octobre 1854, p. 713] ;

- douze chromos sur Nice, chez [Lemercier à Paris et chez] Visconti à Nice, de 1856 à 1858 : Vue du jardin public et du quai Masséna [Biblio. Fr. du 22 mars 1856, p. 320] ; Colline de Carabacel [Biblio. Fr. du 18 septembre 1858, p. 512] ; Costumes des bergers et des bergères de la Briga, d'apr. A. Nègre et Costumes des paysannes de Nice, d'apr. le même [Biblio. Fr. du 9 février 1856, p. 154] ; Vue prise du col de Villefranche [1857 ?] ; Menton [Biblio. Fr. du 14 février 1857, p. 80] ; 

- deux Costumes de Nice, d'apr. A. Nègre, impr. Lemercier, 1856.  Jardin public et quai Masséna à Nice, ibid., 1856 [Biblio. Fr. 1856, p. 154 ?] ;

- Vue de Nice - prise du chemin de Mont-Alban / Vista de Niza - tomada del camino de Monte-Albano, n° 61 de la série Ports De Mer D'Europe [chez Turgis] [Biblio. Fr. du 1er février 1868, p. 54] ;

- dans la série, Les Ports de mer de France, deux pl. de douze vues chacune, chez Sinnett, en 1875, dont Nice, Toulon, Marseille et Cette, dans la planche n° 2 [?].


Nice historique

Ce site, dans sa partie dédiée aux estampes (ici) reproduit :

- les vues évoquées ci-dessus de : Nice, Colline de Carabacel, Jardin public et quai Masséna à Nice, Costumes des bergers et des bergères de la Briga, de l'Album Nice et ses environs, 1855 [Biblio. Fr. du 9 février 1856 p. 154 et du 22 mars 1856, p. 320 ; du 18 septembre 1858 p. 512]

- mais également celle de, Nice, Vue du quai du Midi, vers 1850-1860 [Biblio. Fr. du 6 février 1858, p. 79].


Autres sources

On peut ajouter :

- Nice, Vue prise du côté du nord et Vue de Saint-Jean, 2 pl. par Deroy, Paris, imp. Paris, imp. lith. Lemercier, citées dans la Bibliographie de la France du 6 février 1858, p. 79.

- la Vue panoramique de Nice réalisée d'après les croquis de Deroy et publiée dans Le Monde Illustré du 14 avril 1860, à l'occasion du rattachement de Nice à la France. Cependant, le croquis montrant la Baie de Nice peut être daté au plus tard de 1858 ;

- la lithographie citée dans le Catalogue du fonds L. Turgis et fils de 1893, au sein de la collection 79, "Vues, Ports de mer et marines", portant le n° 15 et intitulée, Nice, vue prise des hauteurs de Villefranche (date ?) ; cette vue, malheureusement non consultable, devait être en partie semblable à celle étudiée mais prise depuis le flanc sud du Mont-Boron ;

- une lithographie listée dans le Catalogue Turgis de 1893 mais dans la collection 77, "Vues des principales capitales du globe", portant le n° 45 et intitulée Monaco. Il s'agit en fait de la planche dessinée et lithographiée par Deroy (le nom de l'éditeur L. Turgis n'est pas indiqué) intitulée, Monaco (Principauté) (dans la marge supérieure) et Vue Générale De Monaco - Prise de la Gare du Chemin de Fer / Vista General De Monaco - Tomada del Paradero del ferrocarril (dans la marge inférieure). 

Cette vue peut être datée vers 1870. Elle montre, en effet, à Monte-Carlo, en contrebas du Casino, la terrasse hémicirculaire du Tir aux Pigeons, érigée entre août 1869 et novembre 1871 mais pas encore renforcée d'arcades aveugles (1871).

- une autre vue de Monaco, cette fois lithographiée par Auguste Victor Deroy (1825-1906) (fils d'Isidore Laurent), intitulée Casino de Monaco, éditée par Lemercier et Cie, qui est citée dans la Bibliographie de la France du 5 juillet 1873, p. 345.


Bilan d'étape

Il ressort de cette étude qu'Isidore Deroy a essentiellement travaillé sur des vues de Nice et ses environs dans les années 1850 et que ces dernières ont été éditées entre 1854 et 1858. 

Ce n'est, bien sûr, qu'un indice mais il est temps de décrire et d'analyser plus en détail la Vue de Nice - prise du chemin de Mont-Alban, pour vérifier si tout ou partie du dessin pourrait dater de cette même période.



LA VUE DE NICE PRISE DU CHEMIN DE MONT-ALBAN


Description

Le point de vue du dessinateur est situé sur les hauteurs du versant ouest du Mont-Boron (aux environs de l'actuelle allée de la Palmeraie), sur le côté droit de l'image, le regard tourné vers le sud-ouest.

La composition s'ouvre, au premier plan, par le chemin de Mont-Alban qui passe entre deux bosquets d'arbres du Mont-Boron (sorte de rideau de scène qui recentre le regard) puis plonge au bas de la colline, pour rejoindre la voie qui mène au Port.

Sur le côté gauche du chemin, trois paysans, accompagnés d'une chèvre, attirent le regard, notamment du fait de leur position centrale et des habits rouges des deux femmes. Ils donnent vie et échelle au paysage pittoresque et évoquent la douceur de vivre de l'Arcadie mythique.

La vue aérienne est-ouest dévoile une ville essentiellement constituée d'architectures des XVIII° et XIXe siècles, avec tout d'abord le thème principal de la série, le Port (Lympia), puis la Colline du Château, l'étendue de la ville en bord de mer et enfin l'étagement des collines, du Cap d'Antibes jusqu'aux Monts de l'Estérel.

La vue panoramique se voit divisée par la diagonale, sur les trois-cinquièmes de sa hauteur, en deux bandes triangulaires aux couleurs complémentaires : l'une, de mer bleue et l'autre, de terre aux architectures ocres et à la végétation brun-vert. 

Ces deux zones sont dominées par une bande horizontale de ciel beige et lumineux ; là, le profil des nuages s'effiloche au-dessus de la silhouette des monts qui, progressivement, s'estompe avec l'éloignement.


Étude des premiers plans

Afin de dater le dessin, il est nécessaire de zoomer sur certaines de ses zones pour en étudier le détail. L'étude va suivre l'ordre des plans qui s'imposent au regard.

Seuls les tout premiers plans de l'image, le Mont-Boron, la route de Villefranche et toute la zone qui précéde le Port, semblent majoritairement dater des années 1860, alors que les plans plus éloignés du Port, de la Colline du Château et de la Baie de Nice semblent majoritairement dater des années 1850.

Moins d'un vingtaine de bâtiments (villas et bâtisses), accostés ou entourés de végétation, sont présents au bas de la colline.

La voie qui mène au Port est la "Nouvelle route n° 6 de Nice à Villefranche" (actuel boulevard Carnot). Elle est seulement visible entre deux grands virages, dans sa partie perpendiculaire au Port.

La zone décrite n'est pas représentée sur les Plans de la ville de Nice avant 1865, excepté sur un plan de 1855. 

La Nouvelle route de Villefranche, destinée à contourner le col de Villefranche de l'ancienne route située au nord du Port, n'est, en effet, entreprise qu'à partir du mois de juillet 1860. Malgré les difficultés rencontrées au travers de la colline, elle est intégralement ouverte dès le 16 mars 1862 (Le Messager de Nice 1860-1862).

Dès lors, la route est visitée par une foule conséquente de promeneurs et un projet de reboisement est entrepris sur le Mont-Boron.

"L'ouverture d'une si belle route ne pouvait manquer d'apporter la vie à ce quartier" (Émile Négrin, Les Promenades de Nice, nombreuses éditions dès 1862, Édition refondue et augmentée de 1869, pp. 163-164 et 183-188).

L'acquisition de plusieurs parcelles de terrain, en 1862 et en 1863, est suivie de la construction d'une villa, réalisée dans l'année suivante. 

"C'est M. Année qui le premier, en 1862, y a construit des villas et tracé de luxuriants parterres au-dessous des oliviers (...). 

Maintenant qu'on a jeté sur la nudité du mont Boron les feuilles de figuier bibliques ; maintenant que les eaux de la Compagnie y ont été distribuées ; que même des sources vives (...) y ont été découvertes, la prospérité de ces terrains d'une exposition admirable est une chose acquise. 

On se dispute les lambeaux qui restent encore ; et les mineurs, comme Pompée, frappent le sol du pic pour en faire surgir des maisons princières." (Émile Négrin, op. cit.).

Dès le milieu des années 1860, les villas se multiplient en effet tout le long de la nouvelle route, au point que l'on peut se demander si l'état des lieux de la portion visible sur la lithographie est bien celui qui existe en 1868 ou s'il est antérieur de quelques années.


- DEROY Isidore Laurent (1797-1886), dessinateur et lithographe, 
Vue de Nice [est-ouest] - prise du chemin de Mont-Alban, éditée par L. Turgis en 1868,
détail montrant la Nouvelle route de Villefranche, bordée de ses premières villas
Paris, Bibliothèque nationale de France, Collection De Vinck (Gallica, ici).




Les Villas Année dominent la route et la Villa de l'avocat Jardel, celle de Michel Gustavin et celle d'André s'alignent sur le côté sud de la voie (le côté nord offre des terrains surélevés). 

Ces villas subsistent en partie de nos jours. Voir notamment les anciennes Villas Année  (Villa Alta, Villa Casa Vecchia et Villa des Isnards) et l'ancienne Villa Jardel (Villa Les Lotus) sur PSS Archi et PSS Maps (ici).



- Plan Indicateur de la ville de Nice, janvier 1865,
gravé chez Erhard et édité chez Jougla, à Nice,
Paris, BnF (Gallica, ici).
détail de la Nouvelle route de Villefranche bordée de villas.
Le plan a été pivoté sur la droite, afin de recréer un axe de vision est-ouest semblable à celui de la lithographie, le dessinateur étant placé sur les hauteurs, c'est-à-dire, tout en bas de l'image, à droite. Seules les Villas de la Veuve Astraudo et de Laurens s'avèrent absentes de la lithographie.




Quant à la grande Villa vénitienne, proche du bord de mer et précédée d'un jardin, il s'agit de la Villa Vigier dont la première pierre a été posée le 23 avril 1862. 


- DEROY Isidore Laurent (1797-1886), dessinateur et lithographe, 
Vue de Nice [est-ouest] - prise du chemin de Mont-Alban, éditée par L. Turgis en 1868,
détail montrant la Villa Vigier,
Paris, Bibliothèque nationale de France, Collection De Vinck (Gallica, ici).



Un tel aspect du quartier n'a donc pu être dessiné qu'entre 1863-64 au plus tôt (époque d'achèvement des premières villas) et 1868 au plus tard (date d'édition de la lithographie).

Une très rare photographie de Miguel Aleo, intitulée Quartier du Port (vu de la route de Villefranche) et datée de "1864" (Collection privée, vente Drouot 2023), permet de faire la comparaison.

Elle révèle la même zone, avec le même axe est-ouest, mais avec un point de vue moins élevé (le regard ne franchissant pas la Colline du Château) et un cadrage moins large (ne montrant pas la Villa Vigier en bord de mer).

L'état des lieux de la montée de la route de Villefranche est presque identique, tant en termes d'architectures qu'en termes de végétation. La lithographie est en effet très fidèle à la réalité. 

Elle ne trahit que des détails infimes des façades, comme le nombre ou le profil des baies. Elle traduit fidèlement, en revanche, l'emplacement et la taille des bâtiments et s'applique à reproduire jusqu'au grand arbre isolé, situé près du Port, au bout et à gauche de la route.


Étude des bâtiments de la Baie de Nice

La partie haute de la Vue de Nice révèle les architectures emblématiques de la Promenade des Anglais puis, après l'embouchure du Paillon, celles du quai du Midi et des Ponchettes (actuel quai des Etats-Unis), réparties de chaque côté du Théâtre-Opéra de Nice (reconstruit en 1826-27).

Certains des bâtiments apportent des repères chronologiques précieux. 


- DEROY Isidore Laurent (1797-1886), dessinateur et lithographe, 
Vue de Nice [est-ouest] - prise du chemin de Mont-Alban, éditée par L. Turgis en 1868,
détail montrant les architectures proches de la Baie de Nice
Paris, Bibliothèque nationale de France, Collection De Vinck (Gallica, ici).
1 - L'Hôtel Victoria
2 - Le Jardin des Plantes 
3 - La Manufacture des Tabacs 
4- Le clocher de l'église Saint-François-de-Paule (située à l'arrière du Théâtre-Opéra).




- L'Hôtel Victoria (1), préalablement situé sur la place du Jardin des Plantes, a déménagé sur la Promenade des Anglais dans ce bâtiment imposant et haut de gamme, érigé entre début 1854 et fin 1855, et fêté son ouverture officielle le 3 octobre 1855. 

- Le Jardin des Plantes (2), créé près de l'embouchure du Paillon à partir de novembre 1851, apparaît ici à un stade encore peu développé.

- La Manufacture des Tabacs (3) est étrangement dépourvue du nouveau hangar d'un seul niveau, érigé en bordure du quai du Midi, fin 1850-début 1851.

- Le clocher de l'église Saint-François-de-Paule (4), a été reconstruit, vers 1853 mais les travaux ont dû être interrompus, probablement par manque de fonds, et l'étage entamé s'est vu coiffé d'un pavillon provisoire. Les travaux n'ont été achevés que vers 1858-1859, l'extrémité du clocher doublant de hauteur et se voyant couronnée d'un dôme.

Il semble donc que le dessin date de 1855 au plus tôt (présence de l'Hôtel Victoria) et de 1858 au plus tard (clocher bas de l'église Saint-François-de-Paule), ce qui correspond parfaitement à la période où Deroy réalise ses autres vues de Nice (1854-1858).

Quelques photographies niçoises conservées, datant des années 1854-1857, permettent également de confirmer la configuration des lieux. Elles ont été prises depuis la pointe sud de la Colline du Château par Louis Crette mais également par Édouard Baldus et Henri de Rostaing.




ÉPILOGUE

La Vue de Nice de Deroy

Il faut se résoudre à penser qu'Isidore Laurent Deroy a réutilisé un ou plusieurs croquis réalisés à Nice au milieu des années 1850, qu'il a réactualisés ou fusionnés avec de nouveaux croquis du milieu des années 1860.

Une partie de ces croquis a pu être réalisée sur place, s'être inspirée de dessins de confrères qu'il a lithographiés ou encore de photographies. 

Le fait que le hangar de la Manufacture des Tabacs ne soit pas représenté s'explique peut-être par ce collage de vues d'années différentes, notamment par l'utilisation de dessins de F. Cockx/Cockk, lithographiés par Daniaud dès 1847 (Bibliographie de la France du 27 mars 1847 p. 156) et justement par Deroy dès 1854.

Chaque image d'une ville, prise à un instant T, témoigne par définition de l'évolution des lieux sur plusieurs siècles et montre dans une même rue des bâtiments d'époques, de décennies et d'années différentes, sans cesse modifiés ou renouvelés.

Ce qui distingue cependant la lithographie de Nice étudiée, c'est le fait qu'elle ne reflète pas la ville à un instant T mais à plusieurs instants successifs, dessinés et combinés entre eux : la Promenade des Anglais reste ainsi figée dans les années 1850 alors que le Mont-Boron est déjà gagné par l'étalement urbain des années 1860.

Cette construction plastique et intellectuelle fournit une vision impossible, imaginaire ou faussée. L'image générale de Nice n'en reste pas moins crédible, avec son environnement et sa morphologie urbaine spécifiques, ses quartiers identifiables et ses bâtiments emblématiques.


La Vue de Nice de Wentzel

La Vue de Nice prise du chemin de Mont-Alban reste l'une des rares images à avoir choisi ce point de vue spécifique, alors que de très nombreuses représentations (tableaux, lithographies, photographies) ont adopté un point de vue situé plus au nord (à proximité du Col de Villefranche ou du Fort de Mont-Alban) ou plus au sud (à proximité du Château Smith dont une vue de Deroy lui-même).

Outre la photographie déjà évoquée de Miguel Aleo (1864), je n'ai connaissance que d'une seule autre représentation adoptant un point de vue identique. Il s'agit d'une lithographie en couleurs de 35x28 cm, légendée comme suit sous l'image :

- "Lith. F.C. Wentzel édit. à Wissembourg (Alsace). ----- Déposé -- Dépot chez F. Wentzel à Paris rue St. Jacques, 65. - 1093 - NICE ------ NIZZA" (voir notamment, Maps-Prints, ici ; Abebooks, ici ; 1stdibs, ici).

Cette lithographie a donc été éditée par Frédéric Charles Wentzel (1839-1877) à Wissembourg (Alsace), qui affiche également un dépôt parisien. Or l'adresse de ce dépôt n'a été ouverte qu'en 1867 par son père, et Frédéric Charles Wentzel n'a pris la succession de ce dernier qu'en 1869.

La vue de Wentzel ne diffère de la vue de Deroy que par un traitement simplifié des architectures, le changement de quelques détails (personnages du premier plan, bateaux, perspective atmosphérique...) et une gamme colorée plus restreinte et froide.  

Un seul détail fait vraiment la différence avec la vue de Deroy : le prolongement du môle du phare, à l'entrée du Port Lympia.

Ce prolongement effectué entre 1869 et 1872 semble en cours de réalisation et implique une date vers 1871 (ce prolongement reste de toutes façons dépourvu du mur-abri qui le bordera en 1875-76 et du nouveau phare qui sera érigé à son extrémité en 1879-80). 

Il semble ainsi probable que cette nouvelle lithographie affiche, parallèlement, des aspects de Nice qui datent du milieu des années 1850, du milieu des années 1860 et du début des années 1870.