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samedi 5 septembre 2026

1490-JOSEPH DESMONTS, QUINCAILLIER-PHOTOGRAPHE À MARSEILLE


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


1- Signature de Joseph Desmonts (1839).

 

JOSEPH DESMONTS (1802-1856),

QUINCAILLIER-PHOTOGRAPHE À MARSEILLE



MARSEILLE


Jean Joseph Reynaud/Renaud Desmonts est né le vingt-neuf germinal an X (le 19 avril 1802) à Marseille (Bouches-du-Rhône), maison 25, rue du Juge de Palais (près du Port). 

Il est le deuxième enfant, et le seul fils, de Joseph Amable Rose Desmonts, colporteur (né en février 1780 à Marseille) et de Marie Françoise Frémiot de Salles Pastorel (née le 20 septembre 1780, à Cassis, Bouches-du-Rhône), qui se sont mariés à Marseille, le 17 prairial an VI (le 5 juin 1798) (1).

Le nom de "Desmonts" est souvent orthographié "Desmont" (sans le "s" final) et, plus rarement, "Desmon" ou "Desmond". Les prénoms de Jean Joseph Reynaud Desmonts sont, le plus souvent, tous cités (actes d'état civil) ou tous absents (journaux et publicités) mais son prénom d'usage est "Joseph", comme son père (registres de recensement).

En 1823, Joseph Desmonts (fils), âgé de 21 ans, fréquente Reine Soupé, 23 ans (née le 1er mai 1800 à Viviers, Yonne). Cette dernière accouche chez ses parents, à Viviers, le 30 mars 1824, d'une enfant qu'elle seule reconnaît, Joséphine Soupé.

Joseph Desmonts dépose le 25 juillet 1828, la demande d'un brevet de 5 ans (et un brevet additif de perfectionnement le 13 octobre 1829) pour "divers moyens mécaniques désignés sous le nom de aquapède et char nautique, à l'aide desquels on peut aller sur l'eau et sur la glace, par l'action des pieds, des mains, du vent ou de la vapeur" (Archives I.N.P.I.).

Le 4 août 1831, Joseph Desmonts, "musicien", 29 ans, épouse à Viviers, Reine Soupé, 31 ans (fille de Edmé Soupé, né vers 1758 et de Edmée Imbert, née vers 1761), et les époux légitiment leur fille, Joséphine Desmonts.

La famille s'installe à Marseille, chez les parents Desmonts, le père étant désormais marchand quincaillier sur le Port (ou quai du Port), petite rue Jérusalem (ou rue petite Jérusalem).


Joseph Desmonts, quincaillier

Joseph Desmonts fils va travailler avec son père. Lorsque sa femme accouche de leur garçon, Antoine Amable Etienne Desmonts, le 31 mai 1832, petite rue Jérusalem, 1, il est en effet dit, "quincailler" (sic).

En 1836, ses qualités de musicien transparaissent cependant dans la petite annonce suivante :


2- Annonce parue dans Le Sémaphore de Marseille du 7 février 1836,
Paris, BnF (Retronews).



L'été 1836, il adresse à l'Académie des Sciences, un mémoire présentant le perfectionnement de son invention (2) :


3- Annonce parue dans Le Sémaphore de Marseille du 29 juin 1836,
Paris, BnF (Retronews).



En 1838, une nouvelle adresse de magasin s'ajoute à celle du Port. Une publicité pour la guérison des cors aux pieds, parue dans Le Sémaphore de Marseille du 10 juillet 1838, signale, en effet, que ce baume coporistique est en dépôt, à Marseille, "chez M. Desmonts fils quincaillier, sur le Port, palissade Ste.-Anne, au coin de la rue des Auffiers, et rue St.-Ferréol, au coin de la rue de la Darce".

L'émergence du nom de "Desmonts fils" semble indiquer un retrait des affaires, peut-être progressif, de la part de son père Joseph. Ce dernier va prendre sa retraite en 1842, à l'âge de 62 ans, et aller vivre, avec son épouse, dans sa propriété de Cassis (Bouches-du-Rhône). 

De 1839 à 1842, Le Cicerone marseillais va enore citer le père, quai du Port, et le fils, rue St-Ferréol, 46 mais ensuite, uniquement l'adresse du fils (L'Annuaire général du Commerce Firmin-Didot de 1841 cite ce dernier, par erreur, rue St-Ferréol, 6).

Le 15 juin 1839, Joseph Desmonts (fils), "marchand quincailler (sic)", marie, à Marseille, sa fille Joséphine, âgée de 15 ans, à Augustin/Auguste Joseph Nicolas Santi, âgé de 33 ans, opticien (né le 4 octobre 1805, à Marseille ; fils d'Augustin Santi, confiseur, et de Marie Anne Françoise Audibert, décédés) (3). 

La quicaillerie Desmonts (au n° 1) et la boutique d'Augustin Santi (au n° 3) sont voisines sur le Port de Marseille, affichant tour à tour, rue petite Jérusalem ou palissade Ste-Anne.

Le troisième et dernier enfant de Joseph Desmonts (fils), Henri Augustin Desmonts, naît le 12 août 1839, encore à l'adresse de la petite rue Jérusalem, 1. Son gendre Augustin Santi est l'un des témoins de l'acte de naissance.


Joseph Desmonts, daguerréotypeur

Augustin Santi, opticien sur le Port, fait paraître dès le 6 février 1842, une annonce où il met en vente des appareils de Daguerréotype et tous leurs accessoires, et déménage dans les mois suivants, rue Canebière, 30.


4- Annonce d'Augustin Santi, parue dans Le Sémaphore de Marseille des 6 et 9 février 1842,
Paris, Bnf (Retronews).




Le 23 février 1842, Joseph Desmonts, quincailler" (sic) fait, pour sa part, paraître une annonce où il propose des "Portraits au daguerréotype".


5- Annonce de Joseph Desmonts, parue dans Le Sémaphore de Marseille du 23 février 1842,
Paris, Bnf (Retronews).



L'intérêt concomitant pour le Daguerréotype chez Joseph Desmonts et Augustin Santi n'est pas un hasard. On peut même se demander si Joseph Desmonts n'a pas été initié au Daguerréotype par son gendre, "fabricant d'instruments d'optique, de physique, de mathématiques et de marine" (Annuaire général du Commerce Firmin-Didot frères de 1843). 

Cependant, rien n'est certain. Joseph Desmonts n'a-t-il pas déposé dès 1828 des brevets d'invention ? La petite annonce ci-dessus ne parle-t-elle pas des "améliorations que Desmonts a fait à son daguerréotype" ? Cette phrase permet par ailleurs de repousser son initiation au Daguerréotique, au plus tard en 1841.

Il semble être le premier daguerréotypeur à s'installer à Marseille d'une façon pérenne. Au sein de son entreprise de quincaillerie de la rue St-Ferréol, 46, il a fait ériger, sur la terrasse de l'immeuble, "un pavillon tendu en bleu"

Le 8 avril 1842, Le Sémaphore de Marseille consacre un long article aux progrès du portrait au Daguerréotype, ainsi qu'à l'atelier de M. Desmonts :

- "Portraits au Daguerréotype de M. Desmonts. Cette merveilleuse découverte dont notre époque peut à juste titre s'enorgueillir, a fini par trouver son application utile et générale. Le portrait daguerréotypé est devenu populaire ; et si, dans certaines classes de la société on ne se fait pas encore une idée bien nette des propriétés chimiques de la lumière et de son action sur certaines substances, il est bien peu de personnes qui ignorent aujourd'hui les surprenants résultats de l'invention du peintre français.

À la première visite que nous avons faite chez M. Desmonts, cet ingénieux vulgarisateur des procédés nouveaux au moyen desquels il est permis de reproduire la figure humaine, ce fut pour nous une agréable surprise que de trouver son atelier envahi par un essaim rieur de jeunes filles, attentives à suivre les progrès d'une empreinte d'abord confuse sur une plaque de cuivre placée au fond d'une chambre obscure. 

De seconde en seconde les détails de l'objet représenté se révélaient plus nets et plus sensibles à la vue, à mesure qu'agissait le charme invisible qui fixait l'image, en dessinait les contours déliés et purs et lui donnait le ressort convenable par la combinaison des clairs et des ombres. 

Tout à coup un cri de joie universel partit du milieu de ce groupe impatient ; la plaque s'était animée et le portrait de la plus jolie, ne nous trompons, de la plus belle de ces jeunes personnes, était sorti dans toute sa vérité gracieuse des nuages qui l'avaient enveloppé jusque-là. 

Qu'on se figure l'impression produite par cette charmante révélation, et qu'on juge si ce triomphe du daguerréotype, a dû contribuer à répandre au loin, grâce aux éloquens (sic) commentaires de tant d'aimables bouches féminines, le mérite de la découverte.

On se rappelle que lorsque le résultat des beaux travaux de M. Daguerre fut annoncé au public et expliqué avec une si remarquable lucidité par M. Arago, on commença par désespérer de pouvoir jamais appliquer l'invention à la figure humaine.

On regardait alors comme un obstacle invincible à la reproduction d'une tête, l'impossibilité de la rendre tout à fait immobile, condition sans laquelle les traits de la personne paraissaient ne devoir offrir qu'un aspect plein de confusion, non seulement méconnaissable par rapport à l'individu, mais entièrement informe.

On conçoit, d'après cela, que le premier soin de ceux qui ont tenté avec tant d’efforts couronnés d’un plein succès, de résoudre ce difficile problème, a dû consister à rendre aussi peu fatiguante que possible pour le modèle, l'immobilité exigée. Sans doute, cette immobilité ne saurait être absolue, mais il est évident que les déviations inévitables étant extrêmement légères, n'influent pas d'une manière sensible sur le résultat, qui est presque toujours satisfaisant.

D'ailleurs le temps voulu pour produire une image parfaite, du moins par le procédé de M. Desmonts, est loin d'excéder la force de volonté la moins soutenue. Il suffit de trente à trente cinq secondes pour obtenir un portrait de la plus grande ressemblance. Trente cinq secondes, il n'est pas nécessaire d’être doué d'une patience angélique pour se faire statue pendant une période aussi courte.

Le daguerréotype, selon la nature des lentilles et les conditions de la chambre obscure, produit deux sortes d'images. Les unes plus faciles à ce qu'il paraît à obtenir, et qu'on peut appeler les images simples, dans lesquelles l’effet de lumière est presque nul, dont les tons ne sont pas extrêmement agréables, mais qui se font remarquer par la netteté délicate des contours, avantages trop rachetés peut-être par la sécheresse des détails ; les autres qui exigent un soin particulier, des conditions de lumière à part, et que, dans la langue des artistes, on désigne sous le nom d'épreuves au grand « flou », ce qui signifie que les détails et les contours y sont plus suaves et plus fondus et les masses d'ombres et de lumière plus saisissantes.

Une admirable épreuve de ce genre est celle qui était encore, il y a quelques jours, exposée sur la devanture du magasin de quincailleries de M. Desmonts, à la rue St.-Ferréol, laquelle représente deux hommes assis devant une table. Ce dessin, dont la vérité d'expression, la vivacité de l'effet, le charme du chair obscur, la finesse des détails sont désespérants, grâce aux accessoires, habilement groupés par le hazard (sic), qu'on nous passe cette expression, offre toutes les conditions d'une de ces précieuses peintures exécutées avec amour par les peintres flamands ou hollandais.

C'est non-seulement une reproduction d'une exactitude admirable, c’est un tableau véritable, jouant la composition artistique, ayant un sens et une frappante unité de pensée. Mais les difficultés nombreuses que présente cette manière, ne permet guère de l'employer pour le portrait, car ce n'est qu'après une suite d'expériences avortées que l'on arrive à un résultat plus ou moins heureux.

En général les images obtenues par M. Desmonts appartiennent au premier des deux genres que nous venons d'indiquer. Ces images, empressons-nous de le dire, ne laissent rien à désirer et il est bien rare que quelque accident imprévu, et dont la véritable cause reste presque toujours inconnue, réside dans les innombrables dégradations de la lumière du soleil que l'œil ne peut saisir mais qui exercent sur les instrumens (sic) une influence mystérieuse et fatale, fasse avorter l'expérience.

D'ailleurs M. Desmonts y a mis bon ordre, pour ne pas rencontrer des chances contraires ou plutôt afin de mieux saisir la bonne chance, il tire deux portraits à la fois du même modèle, consacrant à l’un quelques secondes de plus qu’à l’autre, dans l'espoir presque toujours réalisé que l'une des deux épreuves sera satisfaisante (Image 6). Ce qui n’empêche pas M. Desmonts d'être plus difficile que personne, sur les résultats de ses travaux, telle image qui satisfait entièrement l'original lui inspire un sentiment contraire à cause souvent des imperfections les plus légères, et en consciencieux artiste qu’il est, il engage le modèle à recommencer l'expérience.

M. Desmonts a cette légitime prétention que toutes les épreuves qui sortent de ses mains soient irréprochables.C'est là ce qui explique la vogue de ses portraits et ce qui est cause que son atelier ne désemplit pas d'amateurs. Un grand nombre de dames, parmi les plus élégantes de notre ville out voulu avoir leurs portraits daguerréotypés. Cet exemple sera suivi et le pavillon tendu en bleu, dans lequel s'accomplit en quelques secondes le mystère incompréhensible de ces portraits burinés par la lumière elle-même, verra bien d'autres visiteuses. X ».


6- Étiquette collée au revers d'un daguerréotype Desmonts, vers 1842-1843 (?),
recto inconnu, Collection privée, Belgique (Europeana).

Cette étiquette affiche le nom du daguerréotypeur à son adresse la plus ancienne connue, "DESMONTS. - Quincailler (sic), Rue St. Ferréol, N°. 46.", et précise que, "l'Appareil que Desmonts vient de Confectionner, prend d'un seul coup Deux Portraits de la même personne", et que "lorsqu'il fait du Vent ou que le temps est froid on opère en Appartement"  ce qui fait directement écho aux textes de la publicité et de l'article de 1842 retranscrits ci-dessus et, notamment aux passages suivants, "grâce aux améliorations que Desmonts a fait à son daguerréotype...", "il fait les portraits en appartement chauffé ce qui (...) [permet] de pouvoir opérer avec le vent et la pluie" (Le Sémaphore de Marseille du 23 février 1842), "il tire deux portraits à la fois du même modèle" (Le Sémaphore de Marseille  du 8 avril 1842).



Le 24 juin 1842, Le Sémaphore de Marseille consacre un nouvel article à l'atelier de M. Desmonts et conte une anecdote savoureuse qui annonce l'un des nouveaux usages (juridiques) de la photographie :

- "Les portraits au daguerréotype de M. Desmonts jonissent toujours de la faveur publique le soleil passe son temps, dans l'atelier aérien de cet honorable industriel, à reproduire, avec sa spontanée complaisance, les nombreux visages qui s'offrent à ses rayonnans (sic) pinceaux.

L'autre jour, un individu médiocrement vêtu se présente à M. Desmonts et lui fait part de son désir d'être daguerreotypé : puis il lui dit d'un air dégagé. - A propos, je ne tiens pas trop à ce que mon gilet soit reproduit, on m'a dit que vous en tenez un a la disposition des amateurs. 

En effet, M. Desmonts offre ordinairement un superbe gilet que l'on revêt pendant la courte séance où l'on pose sur sa terrasse ; ce gilet dont la soie est rayée de fils d'or est d'un grand goût et d'une couleur qui ressort merveilleusement dans un tableau au daguerréotype. M. Desmonts présente ce gilet à l'amateur qui se revêtît sur-le-champ et alla poser.

L'expérience reussit comme toujours graces (sic) à l'habileté de M. Desmonts. Mais tandis que celui-ci était passé dans un cabinet obseur, pour exposer la plaque à la vapeur du mercure, l'homme au gilet s'esquiva et disparut, sans avoir le moins du monde songé à reprendre le sien qu'il a laissé avec son portrait chez M. Desmonts. Celui-ci ne le connaissait nullement il est vrai, mais il avait un excellent moyen de le retrouver et de faire constater son identité, graces à la désespérante exactitude de son portrait. 

La plaque où notre individu avait laissé l'empreinte de son visage, fut remise à un ouvrier. Pendant quelques jours, cet ouvrier a parcouru nos rues, un portrait au daguerréotype à la main ; et il comparait à la plaque qu'il tenait, tous les visages qu'il rencontrait. Ce moyen a parfaitement réussi ; l'homme et le gilet ont été rencontrés ensemble et l'on s'est contenté de lui reprendre la partie de son costume qu'il avait si hardiment dérobée".



UN ATELIER PROVISOIRE A TOULON


Fin mai 1845, une publicité paraît dans Le Toulonnais, révèlant que, "M. FINAUD, collaborateur de monsieur DESMONTS, de Marseille (...) a transporté ses appareils pour quelque tems (sic) à Toulon (...), numéro douze, rue de la Miséricorde".

Ce type d'annonce permet, tout à la fois, de découvrir le nom d'un des collaborateurs de Joseph Desmonts, "Finaud" (dont le prénom et la date de naissance restent incertains) mais aussi la pratique d'un atelier itinérant, tenu par l'un d'eux.


7- Annonce de Finaud et Desmonts, parue dans Le Toulonnais des 22, 25 et 29 mai 1845,
Archives départementales du Var.



MARSEILLE


Dès 1844, le magasin de Joseph Desmonts est désormais signalé dans les annuaires au n° 29 de la rue St-Ferréol (Nouvel Indicateur marseillais et Le Cicerone marseillais de 1844 à 1846 ; Annuaire général du Commerce Firmin-Didot de 1845 à 1847).

Cependant, le recensement de Marseille de 1846 signale encore la famille Desmonts, rue St-Ferréol, 46 : 

- "Desmonts, Joseph, daguerréotypeur, chef de ménage, marié, 44 ans ; Soupé fe [femme] Desmonts, Reine, mariée, 44 ans ; Desmonts, Joséphine, sa fille, célibataire, 21 ans ; Desmonts, Auguste, son fils, célibataire, 14 ans ; Desmonts, Antoine, idem [son fils], célibataire, 7 ans"

Ce relevé semble contenir des erreurs : Reine, l'épouse de Joseph Desmonts, n'a pas 44 mais 46 ans ; en ce qui concerne leurs enfants, Joséphine [en visite chez ses parents ?], n'est pas célibataire mais mariée et n'a pas 21 mais 22 ans, et les âges d'Auguste/Augustin et d'Antoine sont inversés, Auguste n'ayant pas 14 mais 7 ans, et Antoine n'ayant pas 7 mais 14 ans.

Joseph Desmonts va continuer parallèlement ses deux activités de quincaillier et de daguerréotypeur. Dès 1846, il déplace son activité au n° 38 de la rue St-Ferréol (Le Cicérone marseillais de 1847 ; le n° 58 est cité par erreur dans le Nouvel Indicateur marseillais de 1847). Cependant, seule sa profession de quincaillier reste affichée dans les annuaires et plus aucune publicité ne paraît pour son atelier de portraitiste.

Il faut attendre l'année 1848 pour que la situation s'inverse, que son activité de quincaillier ne soit plus citée dans les annuaires (4) et qu'une nouvelle campagne de publicité rappelle son activité de portraitiste (Courrier de Marseille du 2 janvier au 13 août 1848).


8- Annonce de Joseph Desmonts, parue dans le Courrier de Marseille du 2 janvier au 22 août 1848 et dans Le Progrès social (Marseille) des 29 mai et 1er juin 1848,
Paris, Bnf (Retronews).




UN ATELIER PROVISOIRE À MONTPELLIER


En octobre 1848, un atelier de "Portraits coloriés au Daguerréotype", tenu "pour peu de temps" par "le sieur Desmonts, de Marseille", s'installe à Montpellier, Grand'Rue, n° 2, maison Delisle/Delille.

Cet atelier se fait en collaboration avec l'opticien Ange Ronchetti, même rue, n° 23, chez qui on peut se procurer, "tout ce qui a rapport au procédé de M. Desmonts".


9- Annonce de Joseph Desmonts, parue dans Le Messager du Midi du 14 octobre au 27 décembre 1848,
Paris, Bnf (Gallica).



L'atelier se prolonge cependant jusqu'à février 1849 et la date de départ se voit annoncée pour le 20 du mois.


10- Annonce de Joseph Desmonts, parue dans Le Messager du Midi des 10 et 17 février 1849,
Paris, Bnf (Gallica).



L'atelier de Montpellier a duré un peu plus de quatre mois et l'on peut s'interroger sur la façon dont son atelier marseillais a fonctionné durant cette même période. Cependant, il est probable que c'est un collaborateur de Joseph Desmonts qui assure la continuité de l'atelier marseillais ou bien celle de l'atelier montpelliérain (comme nous l'avons vu avec Finaud pour l'atelier toulonnais de 1845),

D'une manière inattendue, alors que l'atelier est terminé, de nouvelles publicités viennent cependant résoudre cette question. Dans Le Messager du Midi, une nouvelle annonce paraît tout au long du mois de mars 1849 mais est cette fois signée, "L. DODERO. - Professeur de photographie - élève de Desmonts de Marseille"


11- Annonce de Louis Dodero, parue dans Le Messager du Midi du 4 au 30 mars 1849,
Paris, Bnf (Gallica).




Cette annonce est inespérée. Elle permet d'apprendre que Louis Dodero, opticien de formation, est devenu l'élève de Joseph Desmonts à Marseille, a été initié par lui au procédé américain de colorisation des daguerréotypes et a assuré l'atelier de Montpellier en son nom.

Fort de cette expérience, Louis Dodero ouvre à Marseille, dès la fin du mois de mars 1849, son propre atelier de portraitiste, dans la rue même de son ancien maître (rue St-Ferréol, 23, l'escalier dans le passage) mais sans jamais plus citer le nom de ce dernier ! (5).



MARSEILLE


Le recensement de Marseille de 1851 cite rue St-Ferréol, 38 : 

- "Desmont (sic), Joseph, ouvrier (sic), marié, 49 ans, Français, catholique ; Soupé Reine, Sa femme, mariée, 49 ans [51 ans], Française, catholique ; Desmonts, Antoine, leur fils, célibataire, 19 ans, Français, catholique ; Desmont, Eugènie, leur fille, célibataire, 5 ans, Française, catholique".

Étrangement, leur fils Auguste/Augustin, âgé de 12 ans, n'est pas cité mais il est remplacé par une fille prénommée "Eugénie, âgée de 5 ans", dont l'acte de naissance n'a pas été retrouvé. Il semble peu probable que Reine, âgée de 46 ans ait accouché, fin 1846, d'une nouvelle enfant et ce prénom n'est pas celui de sa petite-fille.

C'est également le dernier recensement où Reine, l'épouse de Joseph Desmonts, est citée. Elle va décéder entre 1851 et 1856 mais son acte de décès n'a pas été retrouvé.

Fin 1851-début 1852, Joseph Desmonts dépose deux nouveaux brevets d'invention, de 15 ans (Archives I.N.P.I.) :

l'un, pour "un appareil propre à remplacer les carafes et bouteilles" (le verre, présenté sous un récipient empli de liquide, fait pression sur un petit levier, permettant ainsi de délivrer la quantité voulue), le 23 décembre 1851, avec un brevet additif de perfectionnement, le 1er mars 1852 ;

- l'autre, pour "un appareil aérien à oiseau-parachute à direction" (pour "descendre à terre du ballon qui nous a enlevés"), le 29 mars 1852 ;

Fin 1852, Joseph Desmonts déménage à nouveau, pour s'installer au n° 34 de la rue Saint-Ferréol, vis-à-vis le passage Saint-Ferréol, maison Eyssautier frères.


12- Annonce de Joseph Desmonts, parue dans la Gazette du Midi du 30 décembre 1852,
Paris, Bnf (Retronews).



Il entame une nouvelle campagne de publicité :

- du 3 mars au 31 octobre 1853 dans la Gazette du Midi et du 20 avril au 20 mai 1853 dans Le Sémaphore de Marseille, où il propose :"Portraits de familles et groupes, Portraits à domicile après décès",

- puis dans les deux journaux, fin décembre 1853, à l'époque des étrennes du jour de l'An : "Spécialité de Daguerréotype sur plaque, Portraits dans des écrins, broches, cassolettes, etc., etc.".

Il semble que ce soient ses dernières publicités. 



ÉPILOGUE


Le recensement de Marseille de 1856 signale la famille Desmonts, rue St-Ferréol, 34 :

- "Desmonts, Joseph, Photographe, veuf, 54 ans ; Desmonts, Antoine, idem [Photographe], célibataire, 24 ans ; Desmonts, Auguste, idem [Photographe], célibataire, 17 ans".

Cependant, le 1er septembre 1856, Jean Joseph Reynaud, "daguerréotypographe" (sic), demeurant à Marseille, rue St-Ferréol, 34, veuf de Reine Soupé, décède, à l'âge de 54 ans, dans la maison de ses parents à Cassis (6).

Son atelier va perdurer, probablement tenu par son fils Augustin, aidé de son frère Auguste (7), avec une mention qui reste la même dans les annuaires : "Desmonts, portraits au daguerréotype, r. St-Ferréol, 34" (L'Indicateur marseillais 1857-1860). 

Cependant, dans l'Indicateur marseillais de 1860, le nom est une dernière fois cité dans la liste alphabétique des habitants mais reste absent de la liste des "Photographes et Daguerréotypes" et y est remplacé par celui de, "Thobert polycarpe, rue St-Ferréol, 34", qui semble être le successeur. 

Précurseur marseillais au début des années 1840, Joseph Desmonts a fait de la rue commerçante St-Ferréol et des rues adjacentes, le quartier des daguerréotypeurs (2 en 1842, 8 en 1856).

Il a officié, essentiellement en tant que portraitiste, pendant 15 années environ et il est resté fidèle au daguerréotype sur plaque, au moins jusqu'en 1853. 

Ses publicités conservées du début des années 1850 n'ont jamais proposé d'épreuves sur papier ou sur verre, ni d'épreuves stéréoscopiques. Joseph Desmonts est cependant dit, "photographe", dans le recensement de 1856.

Peu de daguerréotypes "Desmonts" conservés sont connus. Seulement sept ont pu être consultést (vente aux enchères, Collections privées). Ce sont des portraits, souvent de format 1/4 de plaque, avec une étiquette indiquant au verso l'adresse, "rue St-Ferréol, 38" ou, plus rarement, "rue St-Ferréol, 34" : 

- Portraits de Deux soeurs, d'un Militaire, d'Honoré Daumier, d'Alexandre Warrain, d'un Homme et d'un autre Homme.

Les étiquettes collées au verso ne sont généralement pas reproduites, sauf celle d'un des daguerréotypes les plus anciens (affichant l'adresse rue St-Ferréol, 46) dont le recto reste inconnu (Image 6).


LES ATELIERS DESMONTS


Desmonts Jean Joseph Reynaud

Rue St-Férréol, 46 : de fin 1841 à 1843 (jusqu'en 1846 ?) ; 

Rue St-Ferréol, 29 : de 1843 à 1846 ;

Rue St-Férréol, 38 : de 1846 à fin 1852 ;

Rue St-Férréol, 34 : de fin 1852 à fin 1856.


Desmonts fils (Augustin)

Rue St-Férréol, 34 : de fin 1856 à 1859.



NOTES


(1)- L'arbre généalogique posté par Henri Pastourel sur Geneanet a facilité la recherche.

(2)- Onze ans plus tard, lorsqu'en 1847 se pose la question du moyen de désinfecter les ports de mer, la solution envisagée va être aussitôt rapprochée par Le Sémaphore de Marseille du 4 août 1847, "du système aussi simple qu'ingénieux, proposé, il y a quelques années, par M. Desmonts, pour assainir le port de Marseille". 

(3)- Le couple va avoir, à Marseille, trois enfants dans les années suivantes : Augustin Marie Joseph Santi, le 31 mai 1840 mais qui décède malheureusement, à moins d'un an, le 28 mai 1841 ; Marie Reine Joséphine Santi née le 14 mars 1842 ; Georges Antoine Albert Santi, né le 5 novembre 1843.

(4)- La quincaillerie de Joseph Desmonts fils, située rue St-Ferréol, n'est plus citée après 1847, que ce soit avec son nom ou celui d'un successeur.

(5)- Voir la biographie de Louis Dodero, sur ce blog (ici).

(6)- Ses parents mourront après lui, à Cassis, sa mère le 24 mars 1861, âgée de 80 ans, et son père le 29 octobre 1869, âgé de 89 ans.

(7)- Augustin Henri Desmonts déposera, le 20 juillet 1885, comme son père Joseph avant lui, un brevet d'invention de 15 ans, pour "un appareil dit : Entrave-Desmonts, dont le but est d'arrêter net un cheval emporté, soit attelé, soit monté" (grâce à un mécanisme actionné par le cocher qui bloque les jambes arrière du cheval et immobilise ce dernier tout en le maintenant debout) (Archives I.N.P.I.).




samedi 29 août 2026

1489-MARSEILLE : LES PREMIERS ATELIERS DE DAGUERRÉOTYPEURS (1839-1849)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS




INTRODUCTION


En dehors du livre de Jean-Marie Voignier, je n'ai pu me procurer aucun des ouvrages qui étudient les photographes du XIXe siècle dans la ville de Marseille.

C'est un inconvénient car cet ensemble d'articles risque de ne relater que des éléments déjà bien connus. Cependant, si je n'ai pas pu me procurer ces ouvrages, il en va peut-être de même pour d'autres personnes interessées par ce sujet, d'où la nécessité de publications en ligne.

Je vais cependant restreindre, dans un premier temps, ma recherche aux tous premiers photographes de la ville, entre 1839 et 1849.



REMARQUES


Seuls 20 noms de personnes officiant à Marseille, dont 1 seule femme, ont pu être relevés dans cette première décennie (portraitistes, paysagistes, vendeur d'appareils ; ateliers temporaires et pérennes). 

Les ateliers se regroupent, dès les années 1840 près du Port, essentiellement dans la rue St. Ferréol et les rues adjacentes.

Leurs titulaires sont parfois qualifiés individuellement de "daguerréotypeur", proposent des "daguerréotypes" ou, plus exceptionnellement, des "photographies"

Les ateliers pérennes sont majoritairement tenus par des personnes présentes dans la ville avant 1839, souvent des opticiens ou des peintres mais d'autres exercent des professions diverses. 

Ces personnes conservent cependant leur première activité et l'affichent prioritairement. Il est donc parfois difficile de connaître les dates de début et de fin de leur activité en lien à la photographie.

Un exemple : 

- Joseph Pierre Louis TASSY (Aix-en-Provence 5 octobre 1797-Marseille 20 juin 1860), peintre à l'huile et en miniature, professeur de dessin et vendeur de tableaux, est présent à Marseille depuis 1829 (avec une femme "modiste", comme c'est souvent le cas pour les daguerréotypeurs marseillais).

Début 1842, âgé de 44 ans, il se forme au Daguerréotype à Paris auprès de Louis Auguste Bisson, et s'équipe d'un instrument acquis chez l'opticien-fabricant parisien Charles Chevalier. 

Or, si deux documents de cette même année 1842 proposent ses "Portraits au Daguerréotype" (Le Sémaphore de Marseille des 30 juin et 22 juillet 1842), tous les documents des années suivantes (annuaires marseillais et publicités) le citent uniquement en tant que "peintre", à plusieurs adresses successives (rue Canebière, 25 ; rue Pisançon, 19 ; rue Pavé d'Amour, 3A), et ne permettent pas de savoir combien de temps il a exercé parallèlement son activité de daguerréotypeur.



LISTE ALPHABÉTIQUE


Cette liste est susceptible de modifications et d'ajouts. Le détail des prénoms et des dates de naissance et de décès est incomplet à ce jour et le dépouillement des registres de recensement et celui des listes électorales est encore en cours.


BARBIER Auguste (?-?)

BERTEU/BERTAU Mme (?-?)

BOUZIGE Antoine Marie (1803-?)

BRIARD Eugène (?-?)

BRION DIT BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL (père) Joseph Édouard (c.1811-c.1886)

DESMONT(S) Joseph (1802-1856) 

DEVISUSANNE/DEVISUZANNE Félix (1809-1873) 

DODERO/DODÉRO Louis (1824-1902

FINAUD (?-?)

FLUCHÈRE/FLUCHAIRE-RIVORY Joseph Auguste (1800-1855)

GARRAUD (?-?)

GARNIER (?-?)

GAUDIN Alexis (1816-1894)

LECCHI Stefano (c. 1804-c.1864)

MICHEL C. (?-?)

PIERRUGUE(S) Alfred (1811-1871)

ROVERE/ROVÈRE Jean (c. 1813-?)

SANTI Augustin/Auguste (1805-1888) 

TASSY Joseph Pierre Louis (1797-1860)

VINCENT (?-?)




LISTE CHRONOLOGIQUE


- NOM : personne active dans le domaine de la photographie, cette activité étant attestée cette année-là par des documents écrits.

- (NOM) : personne présumée active mais sans preuve écrite pour certaines années intermédiaires.

- (NOM ?) : personne potentiellement active mais qui, en absence de preuves, est signalée ici pour la dernière fois.


1839

Aucune mention d'atelier n'a pu être retrouvée cette année-là. 

Cependant, on peut lire dans l'Ami de la Religion et du Roi du 25 septembre 1839 (p. 605), "des expériences du daguerréotype faites à Marseille ont pour la plupart réussi"

Il y a également, cette année-là, et les années suivantes, des voyageurs qui prennent des vues de Marseille au Daguerréotype ou qui, munis d'un Daguerréotype, embarquent à Marseille, notamment pour l'Égypte.


1840

Aucune mention d'atelier n'a pu être retrouvée cette année-là.


1841

Aucune mention d'atelier n'a pu être retrouvée cette année-là.


1842

Atelier(s) temporaires : PIERRUGUE(S) -

Atelier(s) pérennes : DESMONT(S) - TASSY -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : SANTI -


1843

Atelier(s) temporaire(s) : DEVISUSANNE/DEVISUZANNE de Dieppe (fin 1843-début 1844) - LECCHI -

Atelier(s) pérenne(s) : (DESMONT(S) - (TASSY ?) -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : ANONYME 1 de Paris (il s'agit de BARBIER)(SANTI) -

Vendeur de procédés : BARBIER - LECCHI -


1844

Atelier(s) temporaire(s) : DEVISUSANNE/DEVISUZANNE de Dieppe (fin 1843-début 1844) - MICHEL de Paris -

Atelier(s) pérenne(s) : (DESMONT(S) -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : (BARBIER) - (SANTI) -


1845

Atelier(s) temporaires : BRIARD de Vienne et Paris -

Atelier(s) pérennes : ANONYME 2 - BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL - DESMONT(S) & FINAUD -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : (BARBIER) - (SANTI) -


1846

Atelier(s) temporaires : 

Atelier(s) pérennes : (ANONYME 2) - BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL - DESMONT(S) - ROVERE/ROVÈRE -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : BARBIER - (SANTI) -


1847

Atelier(s) temporaires : 

Atelier(s) pérennes : (ANONYME 2) - BERTAU/BERTEU Mme BOUZIGE BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL - (DESMONT(S) - ROVERE/ROVÈRE (atelier pérenne ou renouvelé) - VINCENT -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : (BARBIER ?) - (SANTI) -


1848

Atelier(s) temporaires : 

Atelier(s) pérennes : ANONYME 2 - BERTAU/BERTEU Mme - BOUZIGE - BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL - DESMONT(S) (avec DODERO) - FLUCHAIRE-RIVORY - GARNIER - ROVERE/ROVÈRE - VINCENT -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : GAUDIN de Paris (succursale) - (SANTI) -


1849

Atelier(s) temporaires : 

Atelier(s) pérennes : BERTAU/BERTEU Mme - BOUZIGE - BRION/BRYON DORGEVAL/D’ORGEVAL - DESMONT(S) (avec DODERO- DODERO/DODERO (seul) - FLUCHAIRE-RIVORY - GARNIER - GARRAUD - ROVERE/ROVÈRE - VINCENT -

Fabricants et vendeur(s) de Daguerréotypes et accessoires : FLUCHAIRE-RIVORY (vendeur des appareils de la maison Gaudin) - (SANTI) -





mardi 25 août 2026

1488-RENZO BABILONIA : HENRY MICHEL, UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE PENDANT LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)-2

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE :

HENRY MICHEL,

LE MONDE ILLUSTRE ET LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)

- PARTIE 2 -



- Portrait d'Henry Michel, en sergent-major de l'armée péruvienne, vers 1880-1881.



Comme nous l'avons mentionné précédemment, la participation du correspondant des publications françaises, Le Monde Illustré et La Démocratie Franc-Comtoise, dans l'armée péruvienne ne se termine pas lors de la défense de Lima.

Ainsi, dans une lettre officielle rédigée à Ayacucho le 2 septembre 1881, et envoyée par le général Juan Buendía au capitaine de vaisseau, ministre d'État, figure "la liste des chefs et officiers qui, lors de la retraite, ont accompagné Son Excellence le Président de la République de Lima à la ville de Tarma". Dans cette liste nous trouvons le sergent-major Enrique Michel et aussi le journaliste uruguayen Benito Neto, lieutenant-colonel de l'Armée du Pérou (1).

 Cette retraite ne fut pas simple et de même les conditions de vie de toutes les personnes impliquées dans la résistance furent extrêmement dures. Le 14 septembre 1881, à nouveau depuis Ayacucho, le Général Buendía écrivait :

"Monsieur le Contre-Amiral Ministre Général d'État S.M.G. Je crois qu’il est juste de vous faire savoir que la situation dans laquelle se trouvent les Messieurs Chefs et Officiers appartenant à cet E.M.G. tant natifs qu'adjoints, est extrêmement triste et affligeante car le manque de ressources les tient condamnés à une véritable indigence ; préjudiciant notablement le bon service dans ce Bureau, par la raison que la majeure partie d'entre eux ne peuvent concourir à l'accomplissement des tâches qui leur sont confiées par manque pour certains de chaussures et pour d'autres même des vêtements les plus indispensables pour se présenter honnêtement en public. Qu'il vous suffise de savoir que pour beaucoup des officiers cités, la question de subsistance est un très grave problème quotidien" (2).

Concernant la décision de Michel de continuer à soutenir la cause du Pérou, la chercheuse française Dominique Bonnet précise :

"Il est avec le président de la République d'alors, Piérola, dont l'armée s'est repliée à l'intérieur du pays après l'occupation de Lima par les Chiliens ; puis, quand ce dernier se voit obligé de démissionner du gouvernement et de retourner à Lima, Henri Michel reste à Ayacucho, où il serait "disposé à continuer" de servir le Pérou "sous les ordres du général Cáceres" (3).

Ce service fut vaste et reconnu en ce temps difficile pour le Pérou. Le journal politique d'Ayacucho, La Patria, dans son édition du 22 août 1881, le félicite pour son travail à la maison de la monnaie de ladite ville :

"Un mot de cordiale félicitation que nous devons à l'intelligent Ingénieur M. Michel, pour la rapidité avec laquelle sont menés à bien les travaux de la Maison de Monnaie. Sa consécration à cet égard mérite les plus complets éloges au nom du pays pour le service duquel M. Michel se dévoue tant, nous le lui accordons avec abondance de spontanéité et un plaisir reconnaissant" (4).

Le travail déployé par Henry Michel reste également enregistré dans la lettre officielle que le général Juan Buendía lui envoya le 30 août 1881. Dans cette communication, on notifiait formellement au sergent-major un décret présidentiel expédié à peine trois jours avant, le 27 août, dans lequel il était ordonné de constituer un jury spécial pour évaluer la capacité du personnel de la Maison de la Monnaie d'Ayacucho :

"État-Major Général des Armées. Ayacucho, 30 août 1881. Au Sgt. Mor. Ingénieur Militaire M. Enrique Michel. 

En date du 27 du présent S.E. le Président a expédié le décret suivant : Comme il est nécessaire de vérifier l'aptitude des employés de la maison de la Monnaie, établie dans cette Ville, qui doivent intervenir dans les essais de métaux, alliage et monnayage, conformément aux lois existantes, nommez un jury devant lequel les employés référés doivent passer l'examen respectif, lequel se composera des Docteurs M. José María Zapater, M. José A. Ibarcén, M. Juan Valle et M. Tomas Cáceres et l'Ingénieur Militaire Sgt. Mor. M. Enrique Michel. Ce que je vous communique pour que vous y donniez le dû accomplissement. Dieu vous garde. Juan Buendía" (5).

Michel continuera de servir dans l'armée péruvienne jusqu'à ce qu'il présente sa démission au poste, le 16 janvier 1882 (6).


- Signature de l'artiste , correspondant du magazine Le Monde Illustré et
volontaire de l'armée péruvienne, Monsieur Henry,
Compagnie française des pompiers de Lima.


 


Concernant les années suivantes de la Guerre du Pacifique, Pascal Riviale commente qu'en 1988, lors d'une visite à Lima, il put voir, sur le plafond de la caserne de l'ancienne compagnie de pompiers France 1, une peinture (en très mauvais état de conservation) signée par Michel.

Nous trouvons également une trace de ce don dans la copie d'une lettre qu'Émile Fort adresse à l'artiste, le remerciant pour ce "Tableau allégorique qui représente la République Française" (Lima, 31 juillet 1882 ; Copie des lettres 1881–1884. Papiers de la compagnie de pompiers "France", Lima) (7).

Pour notre part, au moment de faire des recherches sur la "Bomba Francia", nous avions trouvé la demande originale de Henry Michel, écrite de sa propre main et avec sa signature, adressée au commandant de la compagnie, à ce moment-là M. Émile Fort :

"Lima, 12 juillet 1882. Mon Commandant, J'ai l'honneur de vous communiquer que j'offre à la Compagnie Française de Pompiers un tableau allégorique de la République Française qui, si vous le considérez convenable, pourrait servir de décoration pour le salon des banquets que notre Colonie se propose d'organiser à l'occasion de la Fête Nationale du 14 juillet. 

Demain, 13 juillet, je ferai porter le tableau à M. N. Barbier, qui se chargera de l'encadrer. Comme mes moyens ne me permettent pas de payer le cadre, je vous prie, Monsieur le Commandant, d'ouvrir une souscription à la « Bomba » pour couvrir cette dépense extraordinaire. J'aimerais que mon tableau soit placé dans le local de la Bomba. Je vous prie d'accepter le témoignage de ma plus distinguée considération. Henry Michel Pompier honoraire" (8).

En ce qui concerne l'œuvre picturale d'Henry Michel, Dominique Bonnet précise :

"Durant son séjour à Lima, Henri Michel participe activement à la vie de la colonie française. Il intervient durant les fêtes du 14 juillet 1882 et 1883 dans l'animation de la journée, l'illustration du programme et la décoration des lieux. De plus, il peint, pour lesdites occasions, deux évocations de la France : « La République » en 1882, « La Liberté et Rouget de Lisle entonnant la Marseillaise » en 1883" (9).

C'est sur l'œuvre exposée en 1882 que Monsieur Riviale et que nous-mêmes avons pu trouver des informations d'époque dans la Compagnie Française de Pompiers. Selon d'autres documents que nous avons révisés dans l'actuelle Compagnie Française de Pompiers de Lima France 3, Michel est présenté comme membre honoraire de la France 1 d'alors, le 2 juin 1880. À partir de 1882, il devient membre actif de la compagnie de pompiers français à Lima.

Malheureusement, nous n'avons pu localiser ni connaître le sort qu'ont connu les tableaux peints par Henry Michel. Nous devons ajouter que dans la relation des pompiers actifs, honoraires et étrangers de la France 1 en 1880–1881, on mentionne que Michel se trouve "de voyage", et pour la période 1881–1882 il est précisé, "de voyage au Chanchamayo" (10).

De 1882 à 1884, Michel prête ses services à la Légation de France à Lima, spécialement comme traducteur (11). Sur ce point, il doit être souligné que, dans son curriculum, il mentionne qu'en plus de l'espagnol il parle couramment le quechua (12).


- Dessin de Férat d'après un croquis d'Henry Michel, La Guerre du Pacifique,
Combat du 25 mai 1880 dans la rade du Callao, entre la chaloupe péruvienne "Independencia" et le porte-torpille chilien "Janequeo",
estampe parue dans Le Monde Illustré du 11 septembre 1880.




Le 9 septembre 1882, Le Monde Illustré publie une partie d'une lettre écrite par Michel, où il offre des informations aux lecteurs de la revue française sur la résistance péruvienne à l'occupation chilienne. Il convient de préciser que la couverture de ladite édition fut réalisée sur la base d'un croquis également envoyé par Michel :

"NOS GRAVURES Il est notoire que l'occupation d'une partie du Pérou par les Chiliens fut la conséquence de la dernière guerre ; mais les nouvelles que nous recevons nous montrent que les Péruviens opposent une forte résistance. Voici, ci-dessous, un extrait d'une lettre de notre correspondant :

"Lima, 26 juillet. Monsieur le directeur du Monde illustré, Après deux ans d'absence forcée, je vous envoie un croquis (que je n'ai pas eu le temps de soigner suffisamment) relatif aux derniers événements dans les Andes. Une division de l'armée chilienne, commandée par le colonel Canto et obéissant aux ordres du général Lynch, s'est vue obligée de se retirer à Lima, quartier général des forces d'occupation.

Les Indiens du département de Junín, depuis Huancayo jusqu'à Cerro de Pasco, se sont soulevés contre les envahisseurs. Armés seulement de frondes et de fusils déficients, ils ont formé des « montoneras » ou « guérillas » qui ont réussi à s'imposer aux troupes chiliennes.

Mon croquis représente avec précision une embuscade dans un défilé de la cordillère. Les Indiens (souvent guidés par leurs prêtres, qui leur prêchaient la guerre sainte) ont attaqué un détachement d'infanterie et ont fait rouler sur lui des « galgas », d'énormes pierres qui en ont détaché d'autres dans leur chute et ont produit de terribles avalanches. S'il vous plaît, acceptez, etc. — HENRY MICHEL" (13).

Le 5 mai 1883, il publie à nouveau un article dans Le Monde Illustré, pour souligner cette fois la figure de Nicolás de Piérola, qui à ce moment-là se trouvait hors du pays en quête du soutien de divers gouvernements étrangers, ce pour quoi cet envoi s'avérait être une précieuse lettre de présentation pour lui. Michel concluait en signalant que l'ancien dictateur du Pérou était l'unique espoir de résurrection de ce malheureux pays.

Henry Michel retourne en France en 1885 (14). Il fut connu et reconnu en son temps, comme nous pouvons le voir dans les diverses mentions de son œuvre, même de nombreuses années après la fin de la Guerre du Pacifique.

Ainsi, dans une édition de 1890 de La Ilustración Americana, on reproduit, "le célèbre combat du 8 octobre 1879, en prenant une copie de l'aquarelle peinte par le délicat artiste Mr. Henri Michel" (15). À une autre occasion, au début du XXe siècle, cette reproduction apparaît de nouveau dans une édition de 1920 de la revue Mundial. Dans un numéro spécial pour le combat d'Angamos, on publie la "copie de l'aquarelle peinte par le célèbre artiste Henri Michel" (16).

La gravure publiée aux deux occasions est également très intéressante, étant une fidèle reproduction, signée par Aurora et Evaristo San Cristóval, de l'œuvre réalisée par Michel en 1879.

Une autre reproduction, photographique cette fois et contemporaine de la période de la guerre, se trouve dans l'album de la Station du Pacifique du navire britannique « HMS Triumph ». Ils s'y réfèrent à l'original de Michel de la manière suivante :

"Photographie 135 : impressions photographiques d'une peinture de H Michel 1879 qui représente la capture du Huáscar par la marine chilienne" (17).

Tout cela sans oublier d'autres copies de ses œuvres, comme celle publiée dans l'Histoire du Pérou de l'année 1907, où est à nouveau présente la reproduction de son interprétation du combat d'Angamos, cette fois, en couleur (18).

Dominique Bonnet explique, que dans la décennie de 1990, elle chercha à contacter différentes organisations franco–péruviennes et institutions culturelles à Lima, mais que, malheureusement, aucune ne put lui communiquer un quelconque élément sur le séjour de Henry Michel au Pérou.

Sur les documents personnels déjà mentionnés, un passage de la docteure Bonnet attire notre attention :

"Des photographies prises en Amérique du Sud prouvent qu'il se dédiait à la photographie entre 1878 et 1885. À son retour en France, il continue de pratiquer cet art et participe à la fondation de la Société Photographique du Doubs, qu'il préside durant quelques années" (19).

Ici, Dominique Bonnet se réfère à des épreuves photographique faites à "Lima, Valparaíso, Santiago, Concepción, Lota, La Oroya, Cuzco... qui datent de la fin du XIXe siècle et trouvés parmi les documents de la famille Michel. Il s'agit très probablement de photographies prises par Henri Michel durant son séjour en Amérique du Sud" (20).

Cette affirmation est très importante. Non seulement elle nous permet d'identifier un photographe étranger qui faisait partie de l'Armée Péruvienne dans les étapes les plus crues de la guerre - et qui est retourné postérieurement dans son pays en emportant ses archives personnelles -, mais elle renforce aussi notre opinion sur le fait qu’Eugène Courret, en partant du Pérou, a pu emporter en Europe, tout comme Henry Michel, beaucoup de photographies et de documents vitaux pour l'histoire visuelle du Pérou.

L'un des motifs principaux, qui ont motivé le retour en France d'Henry Michel, est l'état dans lequel est le Pérou, en conséquence de la Guerre du Pacifique et la subséquente guerre civile entre les généraux Andrés Avelino Cáceres et Miguel Iglesias. C’est la raison pour laquelle s'en vont aussi beaucoup de citoyens étrangers du pays, parmi lesquels le photographe Eugène Courret.

Dans une série de lettres adressées à sa famille, Michel écrit :

"Les affaires vont de mal en pis. Les faillites, banqueroutes, liquidations, [départs précipités] continuent à grande échelle". Et "tout le monde s'en va". Cela, plus la propre maladie de son père, sont les motifs pour lesquels il décide d'abandonner le Pérou après huit ans d'une vie extrêmement intense (21).

À son arrivée à Paris, en 1885, Henry Michel en profite pour remettre au directeur du Monde Illustré ses derniers dessins et lui parler de quelques problèmes financiers, mais aussi pour "porter deux lettres de M. de Piérola aux sieurs Grévy et Dreyfus" (22). La remise de ces lettres nous confirme la sympathie et la confiance que se portaient Michel et Piérola.

Dans les étapes finales de cette recherche, nous avons interviewé la docteure Dominique Bonnet, qui a posé une hypothèse clé : la possibilité qu'Henry Michel eût agi comme espion pour le gouvernement français durant son séjour au Pérou.

Ce soupçon se fonde sur un lien étroit avec le pouvoir politique de l'époque. Le président français d'alors, Jules Grévy - originaire de Franche-Comté tout comme les Michel -, connaissait la famille car Brice Michel (le père de Henry) avait dessiné le jardin de sa résidence dans le Jura.

La proximité de ce lien se confirme en voyant que, immédiatement après son retour du Pérou, Henry alla lui rendre visite à Paris. Pour le moment, il n'est pas possible de déterminer avec certitude s'il s'est agi d'un agent secret ou d'un envoyé spécial commissionné par le président lui-même pour évaluer le déroulement de la Guerre du Pacifique.

Cependant, les relations sociales importantes de la famille Michel en France se révèlent aussi dans une lettre de Nicolás de Piérola à Auguste Dreyfus. Dans ce document on répond au banquier français qui, au nom du père de Henry, avait demandé des nouvelles du fils perdu dans cette lointaine guerre sud-américaine :

"Lima, 2 janvier 1882. Mon cher ami : Hier j'ai eu le plaisir de lire, en double exemplaire, votre estimée du 31 octobre dernier, laquelle m'est parvenue avec un retard inexplicable. En elle, vous avez bien voulu me recommander Monsieur Henri Michel et me demander de ses nouvelles, car il est le fils d'une personne qui mérite votre estime et votre bonne amitié, et qui est inquiète du sort de son jeune fils.

Monsieur Henri Michel est une personne très estimable, tant par ses aptitudes que par sa conduite, et pour qui je ressens une véritable appréciation. Nommé par moi au grade de Sergent-Major de Génie à l'État-Major Général de l'Armée, après avoir passé quelques mois à Tarma - où je l'ai envoyé en congé pour combattre une légère affection à la poitrine -, il fut constamment à mes côtés.

Lorsque je suis arrivé à Tarma les événements politiques m'ont décidé à démissionner du gouvernement du pays et à retourner à Lima comme citoyen particulier, Michel ne m'a pas rejoint. Cependant, je sais, selon mes dernières nouvelles d'Ayacucho, qu'il se trouvait dans cette ville, que tout va bien et qu'il semble disposé à continuer sous les ordres du Général Cáceres.

Pour le moment, je ne peux rien vous dire de plus sur le sort du jeune Michel. Mais soyez certain que, en toute circonstance, je ferai pour lui tout ce que je peux et tout ce qu'il mérite. Son caractère et ses qualités personnelles, au demeurant, semblent lui assurer partout la meilleure des bienvenues.

Par conséquent, vous pouvez rassurer complètement le père de ce jeune homme. J'écris à Michel pour l'informer sur les inquiétudes de son père, ainsi que sur les recommandations efficaces dont il est l'objet de votre part. Je vous prie de présenter mes respects à Madame Dreyfus et à vos enfants. Je vous souhaite beaucoup de prospérité et reste votre, etc. N. de Piérola à Monsieur Auguste Dreyfus, Paris".




- Lettre de Nicolás de Piérola à Augusto Dreyfus, datée de Lima, le 2 janvier 1882,
Collection Dominique Bonnet.



Apparemment, l'intention de Henry Michel était de revenir au Pérou un peu plus tard, quand la situation économique et sociale du pays s'améliorerait et, spécialement, quand Nicolás de Piérola reviendrait au pouvoir. 

Nous croyons cela car il demande un permis de 12 à 15 mois à la Compagnie Française de Pompiers (23) et parce qu'il reste attentif à la continuation des travaux "du chemin de fer de La Oroya, dans lesquels il espérait travailler sur quelque projet" (24), peut-être un agrandissement. De plus, il fait enregistrer l'achat de terrains au Chanchamayo, à son nom et à celui de ses frères (25).

Malheureusement, l'état de santé de son père l'obligea à prolonger son séjour en France. Par conséquent, il n'est pas surprenant qu’après le décès de ce dernier, il pensât à repartir. Il aurait été logique qu'il retournât à Lima et récupérât les fonctions qu'il avait en 1885, mais sa destinée fut complètement différente : il projeta, au printemps de 1890, un départ vers l'Égypte où on lui proposait un poste pour quinze ans, avec un salaire annuel de quinze mille francs. Malgré cela, il n'accepta pas l'offre et poursuivit sa carrière en France (26).



ÉPILOGUE


Les apports de Michel aux images et aux illustrations réalisées au temps de la Guerre du Pacifique, tout comme ses études et travaux péruviens en archéologie, muséologie, peinture et architecture, doivent encore être étudiés.

L'une de ses œuvres les plus connues - dans laquelle il est mentionné par erreur sous le nom de "Mitchell" dans plus d'une publication -, est une peinture de la Bataille de Miraflores, très détaillée en ce qui concerne les personnages, les uniformes et les actions militaires représentées. Les gestes de ses protagonistes passent de ceux qui sont énergiques aux visages effrayés et décomposés de certains combattants au premier plan. Son travail est un témoignage visuel très important de ce temps-là (27).


- Studio Courret (attribution), Nicolás de Piérola et son état-major
pendant la bataille de Miraflores (15 janvier 1881)
,
reproduction photographique d'un tableau de Henry Michel,
Centre d'études historiques et militaires du Pérou.



Dans cette image nous observons le chaos, la confusion, la souffrance et la mort matérialisés dans les personnages secondaires, possiblement par un observateur et survivant du sanglant mois de janvier 1881. La précision, en ce qui concerne les détails militaires dans ses illustrations, attire l'attention.

Michel est probablement l'auteur de plusieurs images publiées sans identification. Sa formation militaire, son grade dans l'armée péruvienne, sa nationalité française et sa propre condition d'artiste et de correspondant étranger lui offraient de multiples avantages et opportunités.

Il y a encore beaucoup à apprendre et à enquêter sur cet illustre citoyen français, coré en 1881, conformément aux documents et à la recherche effectuée par Dominique Bonnet, comme "Bienfaiteur de la Patrie" (Benemérito a la Patria) (28). Un artiste étranger défenseur du Pérou à son moment le plus difficile.



VOIR LA PRÉSENTATION DE L'OUVRAGE DE RENZO BABILONIA :

LE POUVOIR DE L'IMAGE PHOTOGRAPHIQUE DANS LA GUERRE DU PÉROU AU XIXe s. (ÉDITION 2026)



NOTES


  1. Bibliothèque Nationale du Pérou, Archives Piérola, lettre du général Juan Buendía du 2 septembre 1881.

  2. Bibliothèque Nationale du Pérou, Archives Piérola, lettre du général Juan Buendía du 14 septembre 1881.

  3. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 135.

  4. La Patria (Ayacucho), 22 août 1881.

  5. Document original collection privée de Dominique Bonnet.

  6. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 135.

  7. Pascal Riviale, Une histoire de la présence française au Pérou, du Siècle des Lumières aux Années Folles (Lima : IFEA–IEP, 2008), 155.

  8. Archives de la Compagnie Française de Pompiers de Lima, France 3. Merci à Roland Patin pour sa traduction en français des documents de ladite archive.

  9. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 137.

  10. De janvier 1880 à janvier 1882, Henry Michel fit partie de l'Armée du Pérou.

  11. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 137.

  12. Ibidem, 55.

  13. Le Monde Illustré, 9 septembre 1882.

  14. Nous partageons les dossiers militaires d'Henry Michel, conservés aux archives du Pérou et de France. Ce travail n'aurait pas été possible sans l'autorisation du Centre d'études historiques et militaires du Pérou et de son président, le général Juan Urbano Revilla, et la bienveillance du personnel du Fonds des Antiquités de la Bibliothèque nationale du Pérou. Nous remercions également Pascal Riviale, Virginie Frelin-Cartigny et le Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon pour leur collaboration. Une mention spéciale est adressée au docteur Dominique Bonnet pour sa généreuse contribution à la numérisation et à la diffusion des précieux documents et photographies originaux ayant appartenu à Henry Michel. Un grand merci, chère Dominique !

  15. La Ilustración Americana, 15 juillet 1890, XXX.

  16. Mundial, 8 octobre 1920, XXX.

  17. Photograph 135: photographic prints of a painting by H Michel 1879 depicting the capture of the Huascar by the Chilean Navy.

  18. E. Rosay (éd.), Histoire du Pérou. Dix-neuf planches en chromolithographie qui représentent les principaux sujets de l'histoire patrie. (Lima : Librairie Française Scientifique Galland, 1907), planche XVII.

  19. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 179.

  20. Ibid.

  21. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 138.

  22. Ibid., 200.

  23. Ibid., 138.

  24. Ibid.

  25. Ibid., 159.

  26. Ibid., 158.

  27. Archives du Centre d'Études Historico-Militaires du Pérou.

  28. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 152.