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mardi 25 octobre 2016

603-LA PYRAMIDE DE GAMBETTA (1883-1909) AU CIMETIÈRE DU CHÂTEAU, NICE




- WILSON George Washington (1823-1893), Gambetta, Tomb, Cemetery, Nice,
Registered G. W. W., Trade Mark,
Glass Magic Lantern Slide 24 D-25 from "The French Riviera and Monte Carlo",
Collection personnelle.



LA PYRAMIDE DE GAMBETTA : UN MONUMENT ÉPHÉMÈRE CONSERVÉ PENDANT 25 ANS


Le précédent article ne pouvant plus intégrer tous les documents collectés du fait de l'histoire parallèle, au cimetière du Château, de deux tombeaux successifs et d'une pyramide commémorative dédiés à Léon Gambetta, un nouvel article a semblé nécessaire. C'est ainsi l'occasion de faire le point, les nouveaux documents textuels et iconiques ayant sans cesse précisé, complexifié et remis en question l'histoire écrite de cette pyramide.


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LE PREMIER EMPLACEMENT DE LA PYRAMIDE : AU DOS DU TOMBEAU DE GAMBETTA (1883-1901)



- Emplacements du Tombeau (vert) et de la Pyramide de Gambetta (rouge), repérés sur une partie du plan 
du Cimetière du Château, daté du 16 décembre 1964, Archives Municipales de la Ville de Nice.
Ces emplacements seront occupés de début 1883 à début 1909 pour le tombeau, et de début 1883 à début 1901 pour la pyramide.
Avant 1895, le Plateau supérieur (sommet de la butte et actuel Plateau Gambetta) ne recevait encore aucune tombe.
La tombe de Léon Gambetta est la tombe familiale acquise par lui en avril 1878 dans l'Allée du Brûloir.


Le début de l'histoire est d'emblée imprécis. 

Si la pyramide a bien été érigée par la municipalité pour commémorer le souvenir du grand tribun et rappeler l'hommage de la France entière, en rassemblant une partie des couronnes de fleurs offertes lors de ses obsèques, le samedi 13 janvier 1883, sur un monument éphémère en bois noirci, nul document ne vient préciser la date d'installation de cette pyramide (1883-1884). 

S'il est logique de penser que ce monument date des semaines ou des mois qui ont suivi les obsèques, il faut cependant attendre le deuxième anniversaire de la mort de Gambetta en 1885, pour trouver mention de cet "immense trophée funèbre (qui) domine la ville" (Le Petit Niçois du 1er janvier 1885, pp 1-2), au dos du tombeau de Gambetta, décalé légèrement vers le sud, deux allées plus haut, au centre du rebord occidental du Plateau supérieur du cimetière. 

Dès la fin de l'année 1887, les couronnes sont signalées fort dégradées et le vœu d'un monument pérenne est rappelé : "Vers le centre de la terrasse supérieure, se dresse une sorte de pyramide Égyptienne aux larges proportions. De simples voliges passées au noir de fumée y remplacent le granit des pharaons. Il est vrai que ce sapin n'est qu'un bois d'attente" (Stéphen Liégeard, "La Côte d'Azur", 1887, pp 194-196).




- NEURDEIN FRERES, Nice, Vue générale prise du Mont Boron, ensemble et détail, entre 1884 et 1888,
tirage albuminé, 12x18, 5 cm, Collection privée.


L'image rapprochée la plus ancienne de cette pyramide semble cette plaque de verre colorisée pour lanterne magique qui fait partie d'une série de 25 vues, intitulée The French Riviera and Monte-Carlo ou The French Riviera and Monaco. Cette série qui est l'oeuvre du photographe écossais George Washington Wilson (1823-1893) ou de ses fils n'est pas datée mais connue pour être postérieure à 1880 et antérieure à 1902. Après avoir cru que cette photographie datait de 1901 avec le monument déplacé au nord du Plateau supérieur, j'ai compris mon erreur et complété mes recherches. 

Si la ligne de montagnes qui apparaît sur la droite indique bien le nord-est, la pyramide est cependant encore positionnée au dos du tombeau de Gambetta et montre la montagne du fait qu'il n'y a alors aucune tombe ni monument sur le Plateau supérieur pouvant en boucher la vue (vue depuis le sud-ouest en direction du nord-est). 
Le personnage qui pose du côté gauche, sur le rebord occidental du Plateau supérieur, est le photographe lui-même dont les traits nous sont connus par ses autoportraits peints. La photo est donc antérieure à sa mort en mars 1893. 

De plus, G.W. Wilson a rédigé un petit texte d'accompagnement à une série plus conséquente de 70 vues, publié en 1889 sous le titre, "Ten days in the French Riviera & Monaco". Il est donc fort probable que cette image colorisée soit issue d'un cliché de 1889.
La présence de la figure humaine permet de réaliser la hauteur des barrières qui entourent le monument (d'environ 1 m 70) et celle de la pyramide qui semble faire près de 4 mètres de haut et de large.  


- WILSON George Washington (1823-1893), "Gambetta, Tomb, Cemetery, Nice", 1889,
"Registered G. W. W., Trade Mark",
Glass Magic Lantern Slide 24 D-25 from "The French Riviera and Monte Carlo".


L'image colorisée suivante montre le tombeau de Gambetta et la pyramide commémorative sous le titre, "Shrine to Léon Gambetta, photochrom print n° 1168", issue de la série, "Views of Architecture, monuments and other sites in France", datée entre 1890 et 1900. 

J'ai pu établir, en fonction des couronnes et des plaques du tombeau de Gambetta mais également des dates gravées sur les tombeaux voisins, que cette photographie ne pouvait qu'être antérieure à décembre 1890, date de l'inhumation du père de Gambetta dans la tombe et de la présence ostensible d'une couronne de la ville de Nice offerte en son hommage.


- Shrine to Léon Gambetta, 1890,
photochrom print n° 1168 from Views of Architecture, monuments and other sites in France,
ensemble daté entre 1890 et 1900, Washington, Library of Congress, Prints and Photographs Division.
Cette même photographie en noir et blanc, a été éditée par STAERCK Frères, à Paris.


Beaucoup de visiteurs de l'époque ayant tendance à croire que le tombeau de Gambetta se trouve sous la pyramide, une haute pancarte est, après 1890, positionnée à la tête de la tombe pour l'indiquer clairement. 

Les photographies ci-dessous appartiennent aux années 1890, sans qu'il soit possible de préciser davantage : présence en tête de tombe de la pancarte indicative, de la couronne offerte par la Ville lors de l'inhumation du père de Gambetta, présence d'une porte vitrée à la tombe voisine, disparition d'une plaque de marbre au pied du tombeau de Gambetta, présence de nouvelles barrières d'environ 1 m de hauteur autour de la pyramide. 
Voici une vue prise depuis l'ouest vers l'est puis une vue oblique prise en sens inverse.



- NEURDEIN Etienne (1832-1918) et Louis-Antonin (1846-1914), Editeurs/Imprimeurs, carte postale colorisée, 438, Le Tombeau de Gambetta, années 1890, 
carte postale écrite, timbrée et datée au revers, du 25 octobre 1904,
la marque ND a perduré de 1885 à 1913, Collection personnelle.


- NEURDEIN Etienne (1832-1918) et Louis-Antonin (1846-1914), Editeurs/Imprimeurs, carte postale colorisée, 
459, Nice, La Pyramide Gambetta, années 1890,
carte postale non circulée, postérieure à 1904,
la marque ND a perduré de 1885 à 1913, Collection personnelle.
L'original de cette photographie semble le cliché pris par Rabbe & Tommasi vers 1890 et conservé 
aux Archives Départementales des Alpes-Maritimes sous la cote : 10FI 5238/12 (tirage de 19,5x26,5 cm).




LE DEUXIÈME EMPLACEMENT DE LA PYRAMIDE (AVRIL 1901 ?) À L'ANGLE NORD-OUEST DU PLATEAU SUPÉRIEUR (?)


Au début de l'année 1901, en prévision de la 27e fête fédérale de gymnastique et de la venue du Président de la République Emile Loubet à Nice, de gros aménagements du Cimetière du Château sont réalisés afin de permettre le déroulement de deux cérémonies successives d'hommage à Gambetta et d'accueillir les cortèges. L'environnement de la tombe, notamment, est modifié : "Dans l'allée qui se trouve derrière la tombe de Gambetta, on a disposé une charpente triangulaire en fer avec des crochets destinés à soutenir les couronnes qui seront apportées pour être placées sur la tombe du grand tribun. Egalement derrière la tombe, sera élevée une estrade sur laquelle se placeront les orateurs qui prononceront des discours" (Le Petit Niçois du 6 avril 1901 p 1). La pyramide est, à cette occasion, déplacée.

Son nouvel emplacement nous est révélé par le tableau, peint par Octave Guillonnet, qui relate la cérémonie des Sociétés de gymnastique du lundi 8 avril après-midi. Le peintre, dépêché sur place pour faire des croquis et probablement des photos, a choisi un point de vue élevé (escabeau ?) afin de dominer la foule.
On aperçoit en haut la silhouette de l'extrémité de la Pyramide de Gambetta, et plus à droite, la Chapelle T. et plusieurs autres monuments funéraires datés entre 1900 et début 1901 et qui existent toujours.
Si l'on se fie à ce tableau, qui ne fut présenté qu'au Salon de 1905, la pyramide semble avoir été positionnée à l'angle de l'actuelle allée Défly (à l'arrière de la tombe) et de l'Allée Pacôme (allée perpendiculaire), dans un espace très étroit pour la recevoir. 
Je n'ai pas réussi à avoir, sur place, une vue actuelle semblable mais il est vrai que la configuration des lieux a été en partie modifiée et que je n'ai pu accéder à un point de vue aussi surélevé. Il me reste cependant un fort doute sur certains aspects de cette vision peinte, l'artiste ayant d'ailleurs supprimé la chapelle voisine de la tombe de Gambetta (notamment présente sur les photographies du lendemain) pour mettre cette dernière en valeur.

Il est possible que l'artiste ait souhaité intégrer la pyramide commémorative dans son tableau alors qu'elle n'était pas visible de l'allée du tombeau. Octave Guillonnet n'a exposé sa peinture (2,60x4 m) qu'au Salon de 1905, quatre ans plus tard. Il a pu, dans ce même temps, vouloir montrer le nouvel emplacement choisi pour la pyramide par la municipalité, vers 1901-1903. Si c'est le cas, il aurait dû positionner la pyramide à droite et non à gauche de la grande chapelle (Chapelle T., 1899-1900) mais il est vrai que cela l'aurait rendue encore moins visible.


 - Reproduction par NEURDEIN Frères (éditeurs) du tableau d'Octave GUILLONNET (1872-1967),
 carte postale, 980 Gr., Salon de 1905, La Jeunesse de France au tombeau de Gambetta, 1901, 
tableau exposé au Salon de 1905 et représentant la cérémonie d'hommage du 8 avril à Gambetta, 
organisée par l'Union des Sociétés de Gymnastique de France à Nice (du 6 au 9 avril 1901).
Une reproduction dessinée (1906) puis gravée (1908 et 1913) de ce tableau sera exécutée par François-Xavier Lesueur.


POUR TOUR SAVOIR SUR OCTAVE GUILLONNET ET L'HISTOIRE DE CE TABLEAU VOIR
LE SITE DE MONSIEUR HERVÉ DUBOIS


 - Reproduction par NEURDEIN Frères (éditeurs) du tableau d'Octave GUILLONNET (1872-1967), La Jeunesse de France au tombeau de Gambetta, 1901,
détail montrant le 8 avril 1901 l'emplacement de la Pyramide de Gambetta, Collection personnelle.



- Emplacement du Tombeau de Gambetta (vert) et emplacement hypothétique de la Pyramide de Gambetta (rouge), le 8 avril 1901, déduit du tableau ci-dessus d'Octave Guillonnet ;
emplacements repérés sur une partie du plan du Cimetière du Château, daté du 16 décembre 1964, Archives Municipales de la Ville de Nice.



Je ne connais qu'une seule photo (ci-dessous) du même jour montrant la pyramide, publiée dans "Le Monde illustré" du samedi suivant (13 avril 1901 p 278) mais cette dernière ne laisse entrevoir aucun monument autour qui puisse permettre de déterminer son emplacement. 

La photo fait se détacher le monument sur le ciel et présente les deux principaux organisateurs de la cérémonie. Deux éléments sont cependant à noter : la pyramide a été déplacée avec ses barrières de protection et une fontaine semble marquer le centre de la face visible.

La pyramide ne peut pas être à l'emplacement indiqué du tableau d'Octave Guillonnet car l'endroit est bordé de tombes. La photo montre au contraire un emplacement dégagé. C'est cependant la présence de la fontaine qui permet de connaître le positionnement de la pyramide car cette fontaine est présente sur plusieurs photos postérieures dans l'axe central du Plateau Supérieur, côté est. Il semble d'ailleurs plus logique, pour un emplacement provisoire, d'avoir reculé la pyramide sur le même niveau plutôt que de l'avoir descendue d'une allée. En avril 1901, trois ou quatre concessions seulement ont été acquises sur le centre du Plateau nouvellement aménagé, d'où la présence d'un terrain nu et dégagé.

La photo ci-dessous est donc probablement une vue ouest-est du centre du Plateau mais il faut constater que la pyramide ne présente plus la même face qu'au dos du tombeau de Gambetta (empilement des couronnes différent). La pyramide a été pivotée d'un demi-tour et c'est l'ancienne face tournée à l'est qui fait désormais face à l'ouest. Il est possible que ce pivotement ait été volontaire pour exposer aux visiteurs des fêtes d'avril, des couronnes en meilleur état.


- BOUËT Léon (1857-1911), photographe, Nice, Les couronnes au monument de Gambetta, le 8 avril 1901,
image publiée dans "Le Monde Illustré" n° 2298 du 13 avril 1901 p 278 (Collection personnelle),
avec probablement M. Cazot, président de l'Association gambettiste de Paris, et M. Cazalet, président de l'Union des Sociétés de Gymnastique posant devant le monument.


- Emplacement du Tombeau de Gambetta (vert) et emplacement de la Pyramide de Gambetta (rouge), 
 repérés sur une partie du plan du Cimetière du Château, daté du 16 décembre 1964, Archives Municipales de la Ville de Nice.
Ces emplacements seront occupés de début 1883 à début 1909 pour le tombeau, et au début de l'année 1901 seulement (?), pour la pyramide.



LE TROISIÈME EMPLACEMENT DE LA PYRAMIDE (1901-1903) 



- Emplacements du Tombeau (vert) et de la Pyramide de Gambetta (rouge), repérés sur une partie du plan du Cimetière du Château, daté du 16 décembre 1964, Archives Municipales de la Ville de Nice.
Ces emplacements seront occupés de début 1883 à début 1909 pour le tombeau, et du début de l'année 1901 jusqu'au début de l'année 1907 pour la pyramide.



Quel que soit l'emplacement de la pyramide en avril 1901, ce dernier n'aura été que provisoire car nous allons retrouver la pyramide sur l'allée nord du Plateau supérieur. Il s'agit cette fois de deux dessins datés : l'un publié en novembre 1902, l'autre en janvier 1903. 

Le premier vient confirmer l'emplacement estimé de la pyramide dans l'allée nord du Plateau supérieur, et il offre pour une fois, une vue panoramique du nord vers le sud et dévoile la configuration de l'époque d'une partie du Plateau d'entrée et du Plateau supérieur, avec le détail de leurs monuments.



- Journal "Le Petit Niçois", Plateau d'entrée du Cimetière du Château dominé par la Pyramide de Gambetta, novembre 1902 (vue nord-sud),
illustration parue dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1902 page 2.



Le second dessin transforme partiellement le paysage, réinvente le détail des barrières et allonge notablement la silhouette de la pyramide. Exécuté le 1er janvier 1903, il montre cependant les nouvelles couronnes de fleurs accrochées aux barrières qui ont été probablement déposées à l'occasion du vingtième anniversaire de la mort de Gambetta.



- Revue "Après l'Ecole", La Pyramide de Gambetta, janvier 1903,
vue (sud-ouest/nord-est) colorisée sur papier calque pour projection lumineuse,
dessin exécuté le 1er janvier 1903 (vingtième anniversaire de la mort de Léon Gambetta, d'où les nouvelles couronnes suspendues aux barrières) et publié le 20 janvier 1903 dans, "Après l'Ecole" (revue illustrée d'enseignement populaire, pp 193-196, fig. 15a),
Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.



Il existe également deux photos qui ne sont malheureusement pas datées. Elles ont été prises depuis un point surélevé afin de mieux révéler le panorama. Elles semblent l'oeuvre du photographe niçois Jean Gilletta et montrent une vue assez semblable, malgré les différences d'angle et de cadrage. 

La pyramide domine le paysage urbain et naturel, au nord de la colline du Château, et cette fois, l'emplacement peut être déterminé avec précision du fait de la flèche néo-gothique visible sur la droite. Ce monument funéraire, qui a été érigé vers 1864 au centre de l'Allée Pacôme, existe toujours. Il permet de situer la pyramide dans l'allée nord du Plateau supérieur mais en retrait du bord où des tombes sont déjà érigées, à un emplacement de terrain nu qui ne sera concédé pour des sépultures qu'en 1914 et 1917.

Les photos montrent que les couronnes déposées sur la tombe de Gambetta, lors des cérémonies par les Sociétés de gymnastique à la date du 8 avril après-midi et par le Président de la République le lendemain matin, ont été rapatriées dans l'enclos de la pyramide et que de nouvelles barrières, cependant de la même hauteur que les précédentes, ont été, une fois de plus, installées. 

Les photos peuvent dater de 1901, comme des années immédiatement suivantes mais antérieurement à mars 1907 car une carte postale  montrant la pyramide à un nouvel emplacement a circulé le 29 mars 1907 (cf. ci-après)
Il est possible que les deux photographies aient été prises le même jour mais la première photo est difficile à dater avec précision (1901-1907). 
La seconde photo montre dans le lointain (sur la gauche de l'image), un grand bâtiment, le Couvent des Ursulines, qui cédera la place en 1906 à l'Hôtel de l'Hermitage. La photographie ne peut donc dater que de la période entre  1901 et 1906 et a peut-être été prise à l'occasion des Fêtes de la Toussaint ou de l'anniversaire de la mort de Gambetta.



- GILLETTA Jean (1866-1933), carte cabinet, La Pyramide de Gambetta, entre 1901 et 1907,
vue sud-nord, photographie non datée,
Collection personnelle.
Le rectangle de barrières qui encadre la pyramide est encore constitué de 4 éléments sur ses petits côtés et de sept sur ses grands ; ses grands côtés sont par contre positionnés désormais au sud et au nord.


- GILLETTA Jean (1866-1933), N° 499, La Pyramide de Gambetta, entre 1901 et 1906,
vue sud-nord, photographie non datée,
Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.
Le rectangle de barrières qui encadre la pyramide est encore constitué de 4 éléments sur ses petits côtés et de sept sur ses grands ;
ses grands côtés sont par contre positionnés désormais au sud et au nord.




LE QUATRIÈME EMPLACEMENT DE LA PYRAMIDE (1904-1909) 


- Emplacements du Tombeau (vert) et de la Pyramide de Gambetta (rouge), repérés sur une partie du plan du Cimetière du Château, daté du 16 décembre 1964, Archives Municipales de la Ville de Nice.
Ces emplacements seront occupés de début 1883 à début 1909 pour le tombeau, et de début 1907 à fin 1908-début 1909, pour la pyramide.



Les photos stéréoscopiques ci-dessous sacrifient à la mode qui a duré de 1850 à 1950, en montrant deux vues prises avec un appareil à double objectif. Ce type de photos, regardées avec un stéréoscope, recréaient la vision oculaire en relief. 

De nombreuses vues stéréoscopiques de Nice datent de la seconde moitié du XIX° siècle mais ce n'est pas le cas de ces vues de la pyramide car elles révèlent en arrière-plan, sur la droite, la Chapelle des Familles P.-B.-C. érigée au plus tôt fin 1902, sur une concession acquise en mars de la même année. Les tombes visibles sur la gauche, datent pour leur part des années 1899-1900. 


- Anonyme, photographie stéréo, Nice, Mausolée de Gambetta, ensemble et détail, vers 1903-1904,
tirages albuminés sur carton, 8,8x17,2 cm, Collection privée de M. Denis Raquin Chenillet.



Les caractéristiques de la carte stéréoscopique, et en particulier, la façon d'écrire et de positionner le titre, permettent d'attribuer ces clichés au photographe Eugène Hanau (?-?), actif des années 1870 à 1915. Ce dernier accompagne souvent ses cartes stéréoscopiques d'un encadrement portant les mentions "Edition E.H. Paris - Collection Universelle". D'autres vues stéréoscopiques de Nice du même auteur ont été conservées et elles sont toutes datables vers 1903-1904.

Un autre intérêt de ces vues stéréoscopiques est de préciser l'emplacement exact de la pyramide, du fait des autres tombes présentes, et du fait de la présence de la fontaine déjà rencontrée en 1901, à nouveau visible au centre de la face ouest. 

Ces indices permettent de penser que la pyramide est, vers 1903-1904, déplacée à nouveau au centre du plateau, du côté est, à l'arrière du point d'eau qui existe encore de nos jours (au dos du tombeau actuel de Gambetta). Il faut relever également la présence d'une nouvelle barrière (pour la quatrième fois) dont le tracé est bas (environ 0,50 m de hauteur) et déformé. Enfin, il faut noter que la pyramide a été à nouveau pivotée d'un demi-tour, comme en 1901.


La carte postale ci-dessous (possédée en trois exemplaires postés en 1908 et 1909) offre une vue inverse à la précédente (sud-est/nord-ouest) et confirme le nouvel emplacement de la pyramide. La photo date probablement de début 1907 avec, à droite, une tombe recouverte de couronnes (concession acquise en février 1904) encore dépourvue de monument. A l'horizon, se détache d'ailleurs le grand bâtiment de l'Hôtel Hermitage qui dès 1907 a succédé au Couvent des Ursulines rencontré sur les photographies précédentes.



- Cimetière du Château (Plateau supérieur, allée interne, côté ouest) : Nice - La Pyramide Gambetta, vers 1907 (Collection personnelle).




La carte postale suivante (postée en mars 1907) montre une vue, restreinte du fait du format vertical, et prise légèrement plus à l'ouest. Elle peut dater au plus tard du tout début de l'année 1907.




- FOUCACHON éditeur, Puget-Théniers : carte postale colorisée, Nice - La Pyramide Gambetta, vers 1907,
carte postale écrite, timbrée et datée du 29 mars 1907,
Les hautes barrières ont fait désormais place à des barrières de hauteur réduite formant un rectangle (petits côtés formé de quatre éléments) dont les grands côtés (formés de cinq éléments) sont à nouveau orientés est et ouest.



La carte postale ci-dessous révèle une vue d'ensemble du Plateau supérieur (du sud vers le nord). Elle montre au fond deux monuments qui datent au plus tôt de 1904, une chapelle néo-byzantine érigée sur une concession acquise début 1904 et une stèle couronnée d'une urne drapée érigée sur une concession acquise en février 1904
La carte montre également, au premier plan sur la droite, une tombe recouverte de fleurs dont la concession date de novembre 1904 et qui ne recevra un monument qu'au cours de l'année 1907. Cette photo peut donc être datée entre 1905 et 1907.




- CAMOUS Éditeur, Nice, Le Cimetière et la Pyramide de Gambetta, vers 1905-1907
 carte écrite au verso, en 1909 (?), Collection personnelle.
Au nord, la dalle recouverte de fleurs de la Tombe Alfred L. visible sur l'avant-dernière carte postale a cédé la place à un monument couronné d'une urne drapée.




Enfin, l'image suivante est publiée en page une du journal Le Petit Niçois du 2 novembre 1907. C'est la dernière image connue de la pyramide à cet emplacement. La photographie montre essentiellement la face ouest entourée de barrières basses, en arrière de la fontaine. La légende de l'image indique, "Tombeau de Gambetta" mais le texte de l'article l'appelle, "Monument de Gambetta".



- Journal "Le Petit Niçois" du 2 novembre 1907 p 1.
Documents numérisés et en ligne du Conseil Général des Alpes-Maritimes 
(Archives Départementales).



Il est à noter qu'il existe cependant un article du Petit Parisien du 21 avril 1908 mais la photo publiée est une photo plus ancienne, comme le prouve la barrière haute.


- Journal "Le Petit Parisien" du 21 avril 1908 p 2.




LA DESTRUCTION DE LA PYRAMIDE ET SON REMPLACEMENT PAR LE NOUVEAU TOMBEAU DE GAMBETTA DÉBUT 1909


- Emplacement du nouveau Tombeau (vert) de Gambetta, repéré sur une partie du plan du Cimetière du Château, daté du 16 décembre 1964, 
Archives Municipales de la Ville de Nice.
Cet emplacement est occupé de début 1909 à nos jours. 


Grâce à l'action du maire Henri Sauvan, le monument provisoire en forme de pyramide égyptienneva enfin céder la place, après plus de 25 ans de présence, à un nouveau tombeau pour Léon Gambetta (conçu par Alban Guillandre, architecte des jardins et cimetières), alors qu'en ville un monument (conçu par le sculpteur Louis Maubert) est parallèlement érigé à sa mémoire. Les deux monuments vont être officiellement inaugurés fin avril 1909, par la venue du Président de la République, Armand Fallières, lors des 42èmes Fêtes fédérales de gymnastique. 
Le nouveau tombeau a auparavant intégré les parties sculptées de l'ancienne tombe de l'Allée du Brûloir puis a accueilli les corps de Léon Gambetta et de sa famille, les 1er et 2 avril 1909.

La destruction de la pyramide a lieu au premier trimestre 1909, probablement en mars. Une photographie de l'ancien Tombeau de Gambetta datée du 2 mars 1909 montre que les éléments sculptés n'ont toujours pas été déplacés sur le Plateau supérieur. Les photographies de la translation du corps de Gambetta datées du 2 avril montrent que quelques finitions du nouveau tombeau restent encore nécessaires (aménagement des parterres et installation du portillon), ce qui laisse penser à des travaux engagés tardivement. Le nouveau tombeau ne prend d'ailleurs pas exactement la place de l'ancienne pyramide car il est installé en avant de la fontaine de pierre, cette dernière se retrouvant cette fois au dos du monument et cédant la place à une nouvelle fontaine en fonte.


- Cimetière du Château (centre du Plateau Gambetta, axe est/ouest) : Tombeau de la Famille Gambetta à Nice, 1909,
(vue arrière, Alban Gaillandre, architecte)
photographie de presse (Jean Gilletta ?), Agence Rol, Paris,
négatif sur verre, 13x18 cm, Paris, BnF, département Estampes et photographie.


Pendant quelques décennies, le souvenir de la pyramide va perdurer, maintenu par les cartes postales qui vont continuer à circuler et permettre, aujourd'hui encore, d'en retracer l'histoire



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