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samedi 26 septembre 2026

1494-ANDREA CARLI PRÉSENTE SON CYCLORAMA (À NICE, EN 1860)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 






ANDREA CARLI PRÉSENTE SON CYCLORAMA (À NICE, EN 1860)




INTRODUCTION


Andrea Carli est cité dans le Dizionario biografico degli uomini illustri della Dalmazia de Šime Ljubić, édité à Zara [Zadar], en 1856, pp. 74-75 (Google Livres, ici) :

- "Carli Andrea, de Spalato... 

[Split, côte dalmate, Empire d'Autriche ; actuelle Croatie - il s'agit probablement de "Antonio Andrea Carli", fils d'Antonio et de Francesca Carli, qui est né à Spalato le 8 juin 1802 et a été baptisé 11 jours plus tard]

...exerçait avec brio l'art de la fabrication d'instruments physiques, et il prêta son savoir-faire avec une entière satisfaction aux musées de physique et d'histoire naturelle de Florence, Rome, Pistoia, Ancône, Vérone, Padoue, etc. ; 

à Zara, en 1834, il tenta de réaliser quelques expériences avec un microscope solaire achromatique [appareil de projection] et de présenter quelques vues dans un cosmorama optique-pictural, et il y est parvenu admirablement".

Dans les années 1850, il est marié, père de famille et exerce le métier d'opticien dans la ville de Venise (Empire d'Autriche). 

Au plus tard à la fin de la décennie, Andrea Carli (qui signe parfois "Andreas" en allemand et "Andreu" en espagnol) entame, avec sa femme et ses trois enfants, une tournée, au sein de l'Empire d'Autriche puis, plus largement, au sein de l'Europe, où il propose un Cabinet de curiosités itinérant dont un "ciclorama" (en italien mais aussi en espagnol) ou "cyclorama" (en allemand, en français et en anglais). 

Il faut savoir que dans les années 1850 (pour ne parler que de cette décennie), plusieurs autres exhibiteurs sillonnent l'Europe avec leur "Grand Cyclorama" respectif.

Lors des fêtes de fin d'année, mais aussi lors des foires et des carnavals, se multiplient dans les villes les spectacles et les ventes de cycloramas, cosmoramas, dioramas, panoramas, polyoramas, panoptica, camerae magicae, camerae obscurae, stéréoscopes, mégaloscopes...

Andrea Carli présente tout à la fois :

- des panoramas peints sur toile, 

- des photographies stéréoscopiques, 

- des instruments optiques (microscopes)

- mais également des collections de toutes sortes : dessins, tableaux, automates, objets en verre filé et anomalies anatomiques (réservées aux seuls adultes et faisant l'objet d'un paiement complémentaire) dont une partie est à vendre.

Le point fort de ses expositions reste son "Ciclorama" constitué de panoramas peints représentant des villes et des monuments célèbres mais aussi des scènes biblique et de grands évènements politiques et militaires.

Les scènes offrent, notamment, des représentations nocturnes, éclairées par les lueurs des lampes, des flammes ou de la pleine lune.

Voici les quelques annonces qui témoignent du parcours transnational d'Andrea Carli et du contenu de ses expositions, à la fin des années 1850 et au début des années 1860 :



PESTH (Pest [Budapest], Empire d'Autriche, Hongrie ; à environ 700 km de Venise), annonces parues du 4 au 20 avril 1858


- Pesth-Ofner-Localblatt-und-Landbote du 20 avril 1858 (texte traduit de l'allemand) :

"À la demande générale, le grand cyclorama, exposé dans l'ancien bâtiment des Douanes, restera visible jusqu'au 20 de ce mois.

Les honorables visiteurs recevront un microscope en guise de récompense.

Par ailleurs, nous attirons l’attention de notre très cher public sur le fait que le propriétaire de ce cabinet se livrera au soufflage de verre de 18 h à 20 h, créant ainsi les plus belles figures dans les postures les plus variées.

Entrée : 12 kr. [kreuzer en allemand ou Krajczàr en hongrois] en journée, 18 kr. le soir sous un éclairage somptueux.

Andreas Carli".



AGRAM (Zagreb, Empire d'Autriche, Croatie ; à environ 340 km de Pest et 380 km de Venise), annonce parue le 18 juin 1858


- Agramer Zeitung du 18 juin 1858 (texte traduit de l'allemand)

"À partir de dimanche prochain, sur la place Jellačić le Cyclorama, Diorama et Panorama de M. Andreas Carli de Venise, qui vient tout juste d'arriver de Pest, sera ouvert au public curieux. Les journaux en parlent partout de la manière la plus favorable, tant en ce qui concerne la netteté, la beauté que la variété des objets exposés".



GRAZ (Styrie, Empire d'Autriche ; au sud-est de l'Autriche ; à environ 180 km de Zagreb et 425 km de Venise), annonces parues du 27 août au 26 septembre 1858


Tagespost du 27 août 1858 (texte traduit de l'allemand)

"Depuis quelque temps, le Panorama (Diorama et Cyclorama) de M. A. Carlo (sic) [Carlí] est installé devant la porte Franzens [François] ; il peut être visité aussi bien de jour qu'en soirée sous éclairage et vaut assurément le coup d'œil. 

Notamment, les vues de Gênes et de Berlin sont intéressantes, car l'on observe ces villes à travers environ 20 verres différents et l'on obtient avec chaque verre un point de vue modifié, ce qui fait naturellement ressortir de nombreux détails qui seraient perdus dans une vue unique. 

Certaines peintures, comme par exemple "Une Exécution médiévale en Flandre", sont également peintes avec un grand talent. — À côté de ce panorama, un second panorama plus petit a également été ouvert".


- Grazer Zeitung du 29 août 1858 p. 1486, en-tête de l'annonce


- Annonce parue dans le Grazer Zeitung du 29 août 1858 p. 1486, 
en-tête de l'annonce (texte traduit de l'allemand) :
"Devant la porte Franzens
À voir à partir d'aujourd'hui :
Deuxième exposition
du grand cyclorama universel, pittoresque, optique
CYCLORAMA
d'Andreas Carli de Venise.
Prix d'entrée : 
En journée 12 kreuzers ; de 6 à 8 heures du soir sous un grand éclairage : 18 kreuzers monnaie de convention (C. M.). Les enfants et les militaires sans grade paient la moitié.
À voir à travers 84 verres [lentilles]".


- Grazer Zeitung des 29 août, 2 et 5 septembre 1858 p. 1536 (texte traduit de l'allemand) :

"À voir dès aujourd'hui devant la porte Franzens [François] : Deuxième exposition du grand Cyclorama universel, pictural et optique d'Andreas Carli, de Venise.

Tarifs d’entrée : En journée 12 kr. ; de 18 h à 20 h, grand éclairage, 18 kr. Les enfants et les militaires paient moitié prix.

 À voir à travers 84 verres. Programme de la deuxième Exposition :

1. Vue de Pest à l’occasion de la présence de Vos Excellences, et sous un éclairage grandiose, représentant l’instant de l’explosion du pont à chaînes [de juillet 1849, lors de la retraite des troupes imépriales autrichiennes face aux insurgés hongrois]. 

La composition particulièrement réussie de ce tableau a remporté, lors de l’exposition à Pest, l’admiration unanime du public local [probablement l'Exposition de la Société des Arts de Pest (Pesti Műegylet) de l'été 1850].

2. La prise du Malakoff [tour] et de la ville de Sébastopol le 8 septembre 1855 [Guerre de Crimée] par les troupes alliées de France, d’Angleterre, du Piémont et de la Turquie, sous les ordres du général Pélissier. À l’arrière-plan, la fuite et la retraite des musulmans, qui brûlent en partie leurs tentes ; représentée en 20 verres.

3. Vue de Rome lors de ses festivités, en 12 verres.

4. La capitulation des Russes de Kimborg devant les Alliés [Épisode de la Guerre de Crimée du 17 octobre 1855].

5. L’intérieur du célèbre théâtre della Fenice à Venise, représentant le ballet de l’opéra "Il  Profeta" [de Giacomo Meyerbeer, l'été 1855], avec ses décors et ses lumières.

6. L’église Notre-Dame de Paris sous la pleine lune.

7. Le cinquième jour de Pompéi.

8. Grande expédition de la flotte française vers la Crimée dans le port de Toulon [31 mars 1854].

9. La grotte où notre Seigneur Jésus de Nazareth est né à Bethléem : à cet endroit même se dresse désormais un temple, avec trois autels, où 3 000 enfants ont eu la tête coupée sur ordre d’Hérode. 

10. Grande cérémonie funéraire de l’empereur de Chine à Pékin.

11. Grande et merveilleuse représentation à Palerme, la nuit, magnifiquement illuminée, illustrant la fête de Santa Rosalia [mi-juillet]. On y voit la Vierge assise sur un char, sur un autel, tiré par 48 bœufs, sur lequel se trouvent également 48 jeunes filles et 24 jeunes filles en ange

12. Vue de la ville de Milan, éclairée par 12 lampes,

13. Le grand canal de Venise éclairé par la lune.

On peut également voir, moyennant une rémunération à convenir, une curieuse difformité humaine avec deux têtes sur un seul corps [de fillette], conservée dans de l’éther ; elle est née sur l’île de Samos en Grèce et n’a vécu que trois jours. 

À vendre : un grand assortiment de tableaux de Paris de tous genres, représentant des paysages, des portraits, des portraits de groupe, mais surtout des échantillons d’études au choix, aux prix les plus bas. 

Comme je ne reste ici que peu de temps, et que mon cyclorama, avec ces curiosités, offre au public quelque chose d’encore plus inédit, et que celui-ci a été réalisé par les meilleurs artistes d’Italie et a été acclamé dans toutes les grandes villes, je pense pouvoir m’attendre, sans trop d’explications, à une affluence considérable de la part d’un public distingué.

Andreas Carli de Venise".


- Grazer Zeitung des 19, 23 et 26 septembre 1858 p. 1636 (texte traduit de l'allemand) :

Deuxième grande cabane avant la porte de Franzens - A partir d'aujourd'hui : Troisième et dernière exposition du grand Cyclorama, universel, pittoresque, optique d'Andreas Carli de Venise.

Prix d'entrée : En journée, 12 kr. ; de 18h à 20h et en soirée avec éclairage renforcé, 18 kr. CM. Les enfants et le personnel militaire sans grade bénéficient d'un tarif réduit de moitié. 

À voir à travers 84 verres. Programme de la troisième exposition :

1. Entrée de Leurs Majestés Impériales l'Empereur François-Joseph Ier et de sa très illustre épouse Élisabeth [Sissi] à Venise lors de leur tournée en Italie. À travers 20 verres.

2. L'imposante entrée de Sa Majesté l'Empereur Ferdinand Ier par la Porta Orientale de Milan, après son couronnement comme roi d'Italie.

3. Vue de la ville de Paris.

4. Vue de la ville de Florence en Toscane.

5. Vue de la ville de New York en Amérique.

6. La Crucifixion du Christ.

7. Vue de la ville de Naples en Italie.

8. La fête des Bacchanales sur le Grand Canal à Venise, la nuit sous la lumière de la lune.

9. Catacombes des Capucins à Palerme en Sicile.

10. Bataille de l'Alma en Crimée.

11. Vue de la ville de Berne et de son lac en Suisse, en hiver.

12. L'intérieur de la mosquée Almeidan à Constantinople.

13. Vue de la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice, en Espagne.



UDINE (Frioul, Empire d'Autriche ; Vénétie ; à environ 300 km de Graz et 130 km de Venise), annonces parues du 18 novembre au 9 décembre 1858


- L'Annotatore Friulano du 18 novembre 1858 p. 404 (texte traduit de l'italien) :

"AVIS - Le 20 du mois courant, dans la salle située près de la porte de San Bortolomio [Saint-Barthélemy], chez le noble comte Mantica, sera exposé au public un "Ciclorama" appartenant au soussigné Andrea Carli, Vénitien, qui a généralement été acclamé dans les principales villes d’Europe.

Il est par ailleurs précisé que chaque dimanche, les vues seront changées en alternance, et ce pour quatre représentations.

Le soussigné espère être généreusement honoré et accueilli par une affluence nombreuse de la part de ce public cultivé et de cette illustre garnison. - ANDREA CARLI".


- L'Annotatore Friulano du 25 novembre 1858 p. 411-412 (texte traduit de l'italien) :

Dans le Grand Cyclorama situé à l'extérieur de la Porte S. Bortolomio, dans la maison du comte Mantica - Samedi est le dernier jour de la première exposition.

Maintenant que nous ne pouvons plus voir le Panorama, M. Carli a décidé de nous présenter son Grand Cyclorama. Il nous emmène en voyage à petit budget et nous montre des choses… des choses qu’on ne voit pas toujours. 

- Par exemple, le harem du Sultan, avant les économies que tout le monde connaît. 

- Il nous conduit à la bataille d’Eupatoria [victoire remportée le 17 février 1855 par les troupes ottomanes sur l'armée russe] et à la prise de Sébastopol [le 8 septembre 1855], qui a généré les profits que chacun connaît. 

- Il nous fait assister au naufrage de Paolo et Virginia, maintenant que le souvenir de tant d’autres naufrages est encore vif ; 

- il conduit les lecteurs de Shakespeare et les admirateurs de Bellini jusqu’au tombeau de Roméo et Juliette. 

- À Palerme, Venise, Naples et Pest, il nous montre le meilleur de ces pays ; 

- et il nous emmène au dîner de 200 couverts donné à l’empereur Alexandre à Varsovie [en mai ou septembre 1856 ?]. C’est pour la bonne bouche, pour les gourmands ; et, après avoir vu cela, on peut économiser sur le dîner si l’on a bien dîné. "Ite et Videte" [Allez et voyez ou Allez-y voir]".


- L'Annotatore Friulano (Udine) du 2 décembre 1858 p. 421 


- Annonce parue dans L'Annotatore Friulano (Udine) du 2 décembre 1858 p. 421 
(texte traduit de l'italien) :
"Veuillez noter que dans le grand
CYCLORAMA
situé à l'extérieur de la Porte San Bortolomio (St. Barthélemy), 
dans la maison du comte Mantica
samedi sera le dernier jour de la deuxième exposition, et à partir de dimanche, 
vous pourrez voir la troisième et DERNIÈRE exposition.
Le prix est de 30 centimes le jour, 50 la nuit".



- L'Annotatore Friulano du 9 décembre 1858 p. 430 (texte traduit de l'italien) :

"Le soussigné annonce qu'à l'invitation de quelques amateurs, il présentera une quatrième et dernière exposition de son "Grand Cyclorama", qui débutera le dimanche 12 et se terminera le 16 de ce mois. 

À toute personne assistant à cette quatrième exposition durant la journée, il offrira un microscope d'une valeur de vingt carantani [nom de la monnais en italien ou Kreuzer en allemand] ; et à celles qui y assisteront le soir, un microscope d'une valeur de trente carantani.

A. CARLI".



NICE (États sardes ; à environ 570 km de Venise), annonces et articles parus du 19 janvier au 20 février 1860


- L'Avenir de Nice du 19 janvier 1860 p. 3.

"Nous avons visité le Cyclo-Panorama (sic) universel qui vient d'être établi sur le boulevard du pont-vieux, par M. Carli de Venise. 

Dans cette magnifique exposition de vues et de monuments, dont l'effet est prodigieusement augmenté par l'emploi de 70 verres lenticulaires, on remarque :

- les panoramas de Venise, de Naples et de Pesth [Pest], 

- un grand banquet populaire à Varsovie lors du couronnement de l'empereur [en mai ou septembre 1856 ?], 

- la grande procession de Ste-Rosalie à Palerme [mi-juillet], 

- la bataille de San-Martino [victoire des troupes sardes sur l'armée autrichienne ; épisode de la bataille de Solférino du 24 juin 1859], 

- l'intérieur de l'église de St-André à Mantoue, 

- des scènes de l'inquisition d'Espagne, 

- les pécheurs de Castellamare [près de Naples ou en Sicile ?], 

- une collection d'oiseaux automates d'Amérique, 

- un stéréoscope présentant 36 vues, enfin une foule d'autres curiosités.

Cette exposition est digne de l'attention publique, et nous engageons les amateurs des belles choses à la visiter".


- L'Avenir de Nice du 8 février 1860 p. 3.

"Hier matin, un incendie a eu lieu dans l'établissement du Cyclopanorama, tenu par M. Carli de Venise, sur le boulevard du Pont-Vieux.

Il paraît que le feu a été occasionné pas une étincelle que le domestique, chargé de l'éclairage, a laissé tomber par mégarde sur une toile. De fait, à 8 heures du matin, les voisins, voyant de la fumée sortir du rez-du-chaussée occupé par le Cyclopanorama, se sont hâtés de prévenir le propriétaire qui est accouru avec les pompiers. 

Déjà le sieur Bonfils, employé à la Compagnie générale des Eaux, avait commencé à porter les premiers secours; mais le feu avait eu le temps de dévorer à peu près tout le mobilier du Cyclopanorama, tableaux, lentilles, tentures, etc. Les dégâts sont évalués à 4500 fr. 

Cette perte réduit à la misère une famille de cinq personnes. Nous faisons donc appel à la charité de notre colonie étrangère et des habitants de Nice, et nous ouvrons une souscription on faveur de cette malheureuse famille. Les offrandes seront reçues dans nos bureaux et dans l'établissement du Cyclopanorama, boulevard du Pont-Vieux".


- L'Avenir de Nice du 10 février 1860 pp. 2-3.

"On nous adresse la lettre suivante :

Monsieur le Rédacteur.

Dans l'incendie qui s'est déclaré, lundi 7 courant, boulevard du Port-Vieux, au dessous de mon habitation, dans une salle de rez-de-chaussée occupée par le Cyclopanorama, le feu pouvait faire des ravages d'autant plus grands et plus rapides qu'il s'attaquait à des matières très inflammables et qu'au premier étage se trouve un magasin de papiers peints.

Grâce au zèle de quelques personnes dévouées, les progrès de l'incendie ont pu être arrêtés. Mais on aurait sauvé presque en entier le matériel du Cyclorama si l'on avait eu plus tôt la pensée d'utiliser les ressources qu'offre, en pareille circonstance, la proximité de la canalisation de la Société générale des Eaux.

En effet, dès qu'on a eu fixé sur un robinet d'arrosage de cette société un des tuyaux des pompes à incendie de la ville, rien n'a été plus facile que de se rendre maître du feu qui pouvait se trouver encore aux cloisons intérieures et qui menaçait le plancher de l'étage supérieur. 

Au moyen de la pression naturelle des eaux de la société, un jet puissant et continu a pu être dirigé contre toutes les parties qu'atteignait encore l'incendie et donner pleine sécurité sur les suites de cet accident.

Signaler les avantages que l'on peut retirer en cas d'incendie, de la canalisation de la société des eaux, c'est exprimer le regret de ne ia voir pas encore établie dans toutes les parties de la ville et appeler l'attention du Conseil municipal sur une question d'un haut intérêt public.

Je crois, Monsieur le rédacteur, me rendre l'interprète de la reconnaissance des propriétaires voisins du lien de l'incendie de ce matin en faisant connaître l'empressement des directeurs et des employés de la société des eaux à utiliser tous les moyens dont ils peuvent disposer en pareil cas.

Agréez, etc. - A. GAYET, Géomètre.".


- L'Avenir de Nice du 15 février 1860 p. 3.

"Souscription en faveur de la famille Carli de Venise, par suite de l'incendie du Cyclopanorama.

Somme précédente : 86 Fr.  

MM. Prosper Girard, négociant : 20 - M. L. Crette, photographe : 5 - 

Total... 111 Fr".


- L'Avenir de Nice du 20 février 1860 p. 1.

"M. Carli prévient le public que les secours qu'on veut bien lui accorder pour réparer les pertes occasionnées par l'incendie du Cyclopanorama, ne sont reçues que dans les bureaux des journaux оu а l'établissement même, boulevard du Pont-vieux.

M. Carli, nous prie en outre, d'annoncer que les secours qui lui ont été accordés lui ont permis de réouvrir le Cyclopanorama".



BARCELONA (Espagne ; à environ 1230 km de Venise), de juillet 1863 à août 1864


Un historien, qui se présente sous le pseudonyme de Miquel Barcelonauta, a mis récemment en ligne un article où il précise comment, "Andreu Carli", après être passé par Madrid (Espagne) et Lisbonne (Portugal), a passé plus d'un an à Barcelone, de l'été 1863 à l'été 1864, et présenté quatre expositions successives, avec des vues nouvelles (dont deux scènes très récentes du Soulèvement des polonais contre l'occupation russe d'octobre 1863).

Je renvoie toutes les personnes intéressées par le détail des expositions barcelonaises aux dix annonces parues dans La Corona étudiées dans l'article intitulé, "Ciclorama de Canaletes", sur le blog Barcelofilia (ici).


Fort de ces renseignements, une recherche en Espagne a permis de retrouver plusieurs annonces antérieures pour un "Ciclorama" dont le nom de l'exposant n'est cependant jamais précisé.



MADRID (Espagne ; à environ 1400 km de Venise) annonces parues du 4 décembre 1860 au 21 avril 1861


L'article d'Alaminos, E. y Salas, E. (2001) "Ocio y diversiones madrileños. Del Reinado de Isabel II a la Segunda República", en Pinto, V. (ed.), Madrid Atlas Histórico de la Ciudad 1850-1939, pp. 342-369, Lunwerg Editores (ici), cite trois de ces annonces respectivement parues dans : 

- Diario Oficial de Avisos de Madrid, du 9 décembre 1860 p. 4

- La Correspondencia de España, du 16 décembre 1860 p. 4

- La Esperanza, du 20 décembre 1860.

Ce "Ciclorama, procedente de Italia" [venant d'Italie], situé rue Capellanes proposait des séances de 17h30 à 21h00 et un prix d'entrée de 2 "reales" [réaux], divisé par deux pour les enfants et les soldats. 

Chaque séance offrait un choix de 14 sujets, avec des vues de Naples, Venise et Paris et, notamment une vue de la très récente, Bataille de Tétouan (victoire des troupes espagnoles sur les troupes marocaines le 4 février 1860).


Une quatrième annonce madrilène a pu être retrouvée dans le dossier de Juan Antonio Fernàndez Rivero, Tre dımensiones en la historia de la fotografia, La Imagen Estereoscopica (PDF, ici).

- La Iberia du 21 avril 1861 (texte traduit de l'espagnol)

"Troisième Exposition Du Grandiose Cyclorama 

Jamais Vu En Espagne, 

que l'on peut observer à l'aide de 100 lentilles d'un diamètre de 60 centimètres chacune, et d'un stéréoscope circulaire doté de 72 autres lentilles, situé sur le Paseo de Recoletos, à côté du palais de Salamanque.

Description Des Vues.

1- Bombardement de Gaète, vu depuis la mer [épisode du Siège de Gaeta, tenu de novembre 1860 à février 1861, à 130 km au sud-est de Rome, par les troupes sardo-piémontaises du roi Victor-Emmanuel II contre celles du roi François II des Deux-Siciles réfugiées dans la forteresse].

2. Panorama général de Rome et de ses monuments antiques.

3. Panorama général de Florence.

4. Panorama de la ville du lac de Côme.

5. Illumination extraordinaire de la grande place Saint-Marc à Venise, avec 400 000 lumières, pour célébrer l’arrivée de Ferdinand Ier, le 13 octobre 1833. Cette vue diffère de la précédente, qui représentait la petite place. Celle-ci est prise depuis le palais royal, avec la cathédrale Saint-Marc en face.

6. Dernier jour de Pompéi. On y voit l’intérieur ravagé par l’éruption du Vésuve, à juste titre. Événement survenu 180 ans avant la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ [79 apr. J.-C.].

7. Le tunnel de Londres.

8. Naufrages en mer Noire en 1854 [le 14 novembre], au cours desquels 16 navires de guerre des Alliés et de nombreux navires marchands ont été perdus [une quarantaine au total].

9. Vue de la ville de Zurich (Suisse) éclairée par la lune.

10. Entrée de la chapelle du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

11. Intérieur de celle-ci avec la grande procession du jour de Pâques.

12. Célébration pontificale dans la cathédrale Saint-Pierre à Rome.

13. Intérieur du temple du Sud en Irlande.

14. Vue de la salle d’audience de l’Inquisition, au moment où on y présente les condamnés, qui contemplent leurs tombes ouvertes et le bourreau armé de l’instrument qui va leur ôter la vie.

15. Grande salle du palais du vice-roi d’Égypte, dans laquelle on aperçoit le vice-roi et ses favoris.

Grandiose Stéréoscope Circulaire.

Avec un défilé de vues, combiné à l’aide de 72 lentilles représentant des vues photographiques, transparentes sur verre,

Le Colorama peut être vu de dix heures du matin à huit heures du soir.

Prix des billets : 2 rs. [reales].

Enfants et soldats, sans distinction : la moitié",


Enfin, une cinquième annonce madrilène a pu être retrouvée sur Google Livres.

- La Esperanza (Madrid) du 13 mai 1861 (texte traduit de l'espagnol) 

"Ciclorama. Troisième exposition, de 10 heures du matin à 20 heures, sur le Paseo de Recoletos, près du palais de Sr. Salamanca".


Certes on reconnaît, dans la liste des vues présentées à Madrid, des thèmes chers à Andrea Carli (vues de Rome, de Venise, de Paris ; scène des Derniers jours de Pompei, de l'Inquisition d'Espagne, de la Guerre de Crimée...) mais ce sont des thèmes également présents chez d'autres exposants. 

C'est la mention d'un "stéréoscope" (comme à Nice en 1860), de surcoît "circulaire" et offrant "72 lentilles" (comme à Barcelone en 1863 et 1864) qui permet d'identifier plus sûrement Andrea Carli.



LES EXPOSITIONS


Si nous connaissons un grand nombre de sujets des vues présentées par Andrea Carli, nous savons peu de choses de leurs dimensions et de leur mode d'exposition. Nous en sommes donc réduits à des conjectures.

Andrea Carli se déplace avec au moins une voiture de matériel. Il l'installe dans des locaux qu'il choisit suffisamment grands pour être divisés en plusieurs espaces d'exposition et accueillir du public. 

L'incendie de Nice, lit-on, a détruit "à peu près tout le mobilier du Cyclopanorama, tableaux, lentilles, tentures, etc.", et a entraîné 4 500 francs de pertes (ce qui représente environ plus de trois ans de salaire d'une employée de l'époque). 

La présence d'Andrea Carli en Espagne, à partir de fin 1860, permet cependant de savoir qu'après le sinistre niçois, ce dernier a pu reconstituer son matériel d'exposition et reprendre, dans la même année, sa tournée européenne. 

Andrea Carli renouvelle généralement le contenu d'une même exposition à trois (Graz, 1858) ou, plus souvent, à quatre reprises, afin de faire revenir le public. Ceci implique tout à la fois une grande disponibilité d'oeuvres mais aussi une gestion réfléchie des espaces occupés.

Certains espaces baignent nécessairement dans une lumière naturelle ("tableaux de Paris") mais d'autres sont peut-être plongés dans l'obscurité pour animer, par des jeux de lumière artificielle, les visions nocturnes de ses panoramas ("peints par des artistes italiens") et procéder à des projections de vues stéréoscopiques.

Les annonces parlent d'un "Grand Cyclorama universel, pictural et optique", ce qui rappelle son "Cosmorama optique-pictural" des années 1830 (avec son microscope solaire achromatique). 

Il est tour à tour question de "cyclorama", de "grand et de petit panorama", voire de "cyclopanorama", de "diorama" puis de "stéréoscope" et plus exceptionnellement de "colorama".

L'exposition repose essentiellement sur un duo composé d'images peintes et de vues photographiques. Ces vues sont d'ailleurs parfois difficiles à distinguer les unes des autres, que ce soit au niveau des sujets, des supports et du mode de présentation.

La mention, "Voir à travers 84 verres" (Graz, 1858), par exemple, renvoie-t-elle tout à la fois à des images peintes (vues dans un meuble au travers d'une loupe ?) et à des images photographiques projetées, conjointement désignées sous le terme de "panoramas" (Barcelone, 1863, 1864) ? 

Les annonces ne mentionnent pas d'horaires de spectacle, en dehors des séances de soufflage de verre en soirée (1858), ce qui laisse penser à des entrées en continu, en journée comme en soirée, avec des horaires qui varient selon les villes. 

Si la présentation des panoramas peints et celui des vues sur verre est actionné et longuement commenté par Andrea Carli ou l'un des membres de sa famille, on peut imaginer que des séances sont organisées en fonction de l'affluence ou prévues à des intervalles horaires fixes.


Les images peintes

Un cyclorama, par définition, repose sur la rotation d'une image sur un cylindre ou sur le déroulement d'une toile tendue entre deux cylindres. 

Les dimensions de l'image peuvent être cependant de quelques dizaines de centimètres de long comme de plusieurs dizaines de mètres, la toile se déroulant au sein d'un meuble de salon, au-devant d'un mur ou dans le cadre d'une scène de théâtre. 

Des rotondes architecturales parfois dénommées elles-aussi Cycloramas (comme la Rotonda Barbetti de Florence, 1847), peuvent même accueillir sur leurs parois des toiles gigantesques, mais fixes cette fois, qui proposent une vision à 360° au visiteur placé au centre.

Les termes de panorama et de cyclorama ont cependant tendance à se recouper et à se confondre à cette époque. Certains exposants peuvent ainsi afficher, "Grand Panorama universel (Cyclorama)" ou bien indiquer que leur "Cyclorama" présente des "panoramas".

Il est possible qu'Andrea Carli, en tant que physicien et opticien, ait conçu des systèmes permettant de donner une vision agrandie de ses panoramas peints. 

Les images peintes étaient-elles translucides et rétro-éclairées pour permettre des effets nocturnes, à l'instar de ses vues stéréoscopiques ?

C'est ce que semblent suggérer deux annonces (Barcelone, 1863) qui évoquent:

- les amateurs qui vont passer "un agréable moment en regardant à travers tant et tant de verres les beaux panoramas si bien disposés de M. Carli"

- "les divers panoramas (...) qui, grâce au bon placement des verres et à l'étude des perspectives, produisent une illusion complète. M. Carli possède également un grand stéréoscope circulaire...".


Les images photographiques

Les textes publicitaires précisent :

- en allemand (Graz, 1858), "84 Gläser" [verres], avec parfois leur nombre par sujet ;

- en français (Nice, 1860), un "stéréoscope présentant 36 vues" et "l'emploi de 70 verres lenticulaires", 

- en espagnol (Madrid, 1861, Barcelona, 1863), un "Grandioso Estereoscopo Redondo. Con mutación de vistas, combinado por medio de 72 lentes representando vistas en fatogrqfia trasparentes en cristal" [Grandiose stéréoscope circulaire. Avec changement de vues, combiné à l’aide de 72 lentilles représentant des vues photographiques, transparentes sur verre], 

et (Barcelona, 1863-64), leur nombre de "lentes" [lentilles] par sujet. 

D'autres enfin, citent un "défilé de vues, combiné à l’aide de 72 lentilles représentant des vues photographiques, transparentes sur verre".

Il faut probablement entendre ici l'usage des termes de "Gläser" (en allemand), "lentes" (en espagnol) et de "verres lenticulaires" (en français), comme ceux de "vues positives sur verre" [diapositives]. 

Le défilé des images stéréoscopiques rectangulaires semble se faire avec un appareil qui, pour l'ensemble du public, projette sur écran (un ou plusieurs écrans et de quelle surface ?), de face ou depuis l'arrière, des vues colorées ("Colorama" ; Madrid, 1861) et mouvantes (effets nocturnes), voire dissolvantes (?).

La source lumineuse de son stéréoscope n'est jamais citée (lampe à pétrole ou lumière oxhydrique Drummond ?).


Les "100 lentilles d'un diamètre de 60 centimètres chacune" (Madrid, 1861) sont plus mystérieuses encore. 

Sont-elles présentées dans des visionneuses ou projetées par une lanterne ?

S'agit-il de 100 disques de 60 cm ou de 100 petites images réparties sur une quinzaine de disques de 60 cm ? 

Dans les deux cas, une dimension dépassant 30 cm n'est pas censée avoir existé pour des projections de lanterne, en dehors de rares disques de 60 cm des années 1890 prévus pour la projection et le défilement de nuages peints dans des dispositifs scéniques d'Opéra (G. Mareschal, "La Science au Théâtre : La chevauchée des "Walkiries" à l’Opéra de Paris", in, La Nature, n° 1047 du 24 juin 1893).

Cependant, les appareils de projection conçus par Jules Duboscq à partir de 1850 (lanternes, stéréoscopes, Stéréo-Fantascopes ou Bioscopes) usent déjà de disques de verre (aux dimensions non précisées) qui tournent et font défiler des nuages peints pour l'Opéra de Paris (Laurent Mannoni, Le grand art de la lumière et de l'ombre - Archéologie du cinéma, Nathan, 1994).

On peut logiquement se demander si Andrea Carli n'a pas utilisé des appareils de Duboscq, destinés aux spectacles et aux conférences scientifiques, ou des instruments semblables (à la lumière électrique ?). 

Il est également possible que, de la même façon qu'il a acquis de nouvelles vues, il ait renouvelé ses appareils de projection au cours de la période étudiée.



ÉPILOGUE


Le parcours d'Andrea Carli de Venise et de son "Ciclorama" a pu être partiellement retracé, entre 1858 et 1864, au travers des villes de Pest (1 mois en avril 1858), Zagreb (juin 1858), Graz (1 mois entre août et septembre 1858), Udine (3 semaines entre novembre et décembre 1858), Nice (1 mois entre janvier et février 1860), Madrid (4 mois et demi entre décembre 1860 et avril 1861), Lisbonne (vers 1861-1863 ?) et Barcelone (13 mois entre juillet 1863 et août 1864). 

À cette dernière date, Andrea Carli a 62 ans et il est possible qu'il cesse toute activité peu après. Cependant, rien n'est connu de la suite. La famille est-elle encore domiciliée à Venise au milieu des années 1860 ? Les tournées perdurent-elles avec ses enfants ? 

La date de décès d'Andrea Carli reste également inconnue.