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samedi 4 avril 2026

1458-KAISER, PHOTOGRAPHE ALLEMAND ACTIF EN FRANCE (c.1854-1870)

 

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KAISER, PHOTOGRAPHE ALLEMAND ACTIF EN FRANCE,

(vers 1854-1870)



INTRODUCTION


Cela fait huit ans que j'ai croisé, pour la première fois, le nom du photographe "Kaiser" ou "Kayser", actif en France au milieu du XIXe siècle, son prénom restant inconnu.

Ce patronyme est assez répandu en France et plusieurs photographes l'ont porté, comme :

- Firmin Kaiser (1828-1897), actif au Havre (Seine-Maritime) dès 1857, puis son fils Joseph Kaiser (1860-1937),

- Kayser de Stuttgart (Bade-Wurtemberg, Allemagne), qui expose notamment à Paris en 1868,

- Kaiser, à Vitry-le-François (Marne), au milieu des années 1870,

- Joseph Victor Kayser, signalé à Saint-Etienne (Loire), dans les années 1890

- ou encore François Kaiser, actif à Nancy (Meurthe-et-Moselle), dès le milieu des années 1890 également.

Aucun de ces photographes ne semblait correspondre à la personne recherchée. Jean-Marie Voignier avait cependant déjà signalé un photographe du nom de "Kaiser" à Lyon (Rhône), "vers 1865, avec Bienmüller ; puis seul jusque vers 1870" (1).

C'est bien ce dernier photographe qui m'avait intéressé en 2018, lorque j'avais étudié la vie et la carrière de Wilhelm Bienmüller (1819 Lüdenscheid Westphalie-1878 Nice, Alpes-Maritimes).

Début 2026, j'ai découvert un article concernant "Kayser" à Lyon et Marseille, et le présentant, cette fois, en tant qu'employé du célèbre photographe François Perraud (Mâcon, Saône-et-Loire, 22 avril 1814-Hyères, Var, 8 décembre 1862), actif depuis 1840.

Voici donc l'activité de Kaiser/Kayser (?-?), présentée de façon chronologique.



KAISER/KAYSER, EMPLOYÉ DE FRANCOIS PERRAUD


"M. Pinel Peschardières, Poyard, Kaiser (sic) [confusion avec Firmin Kaiser du Havre ?], ont cherché à se servir de la photographie pour obtenir facilement et à bon marché des décorations courantes sur porcelaine (...).

Nous avons cité avec plaisir le nom de M. Kayser (sic), artiste de Berlin [Prusse], qui a séjourné longtemps à Marseille, à l'époque de l'excentrique Perraud, ce doyen des Photographes, lui aussi se disait artiste, et pourquoi pas ? 

Il [François Perraud (Mâcon, Saône-et-Loire, 22 avril 1814-Hyères, Var, 8 décembre 1862)] l'était à sa manière : de cuisinier sur les bateaux à vapeur, il s'était fait montreur de marionnettes à Rome ; la photographie découverte par l'immortel Daguerre, le fit établir à Lyon, où il plaça sur sa porte l'affiche suivante : avis, on donne 20 fr. par jour à un artiste peintre "retoucheur". 

Kayser, un digne enfant de la blonde Allemagne, voit cet écrit, lui, ouvrier teinturier, ignorant toutes les notions de l'art, entre chez Perraud, se propose pour retoucher en couleur, Perraud, lui demande à faire ses preuves. Il déclare naïvement qu'il ne sait rien faire, mais l'appât des 20 fr. par jour lui avait fait risquer la démarche ; à cette répartition Perraud lui dit  : - Touchez-là, vous serez l'homme que je cherche. 

En effet, le cuisinier, le saltimbanque qui ne manquait pas de bon sens et de tact, lui offrit deux francs par jour, c'était descendre. Kaiser, accepte. 

Au bout de six mois, par suite des études qu'il avait faites à l'Ecole des Beaux-Arts de Lyon, il gagnait dix francs par jour. 

Deux ans après, Perraud établi à Marseille, rue Noailles, passa un engagement avec Kayser, à raison de neuf cents francs par mois. 

C'était le bon temps de la retouche en couleur. Perraud, a eu les "Larrèche", les Dapont, aucun n'a pu égaler Kayser, c'était l'artiste industriel celui-là, et dans la ville de Marseille, on possède une quantité de ses portraits peints et retouchés à l'aquarelle par lui !" (article de G. Plaisant paru dans Le Petit Marseillais du 11 avril 1870 pp. 2-3).

Kaiser/Kayser a donc été l'employé de François Perraud, tout d'abord à Lyon puis à Marseille mais ces deux périodes restent à dater avec précision (2). 

Une biographie de François Perraud a été publiée en 2023 par Roberto Caccialanza mais n'a pas pu être consultée et mes tentatives de contact avec l'auteur ont échoué (3)

La recherche s'est donc appuyée sur tous les documents disponibles et notamment sur la biographie de François Perraud rédigée en 1855 par Eugène Constant (4) et sur l'article de G. Plaisant du 14 avril 1870 (retranscrit ci-dessus).


Perraud à Lyon

De fin 1848 à début 1850, François Perraud tient un atelier à Bordeaux (Le Mémorial de Bordeaux du 28 décembre 1848), "pendant 14 mois" (biographie de 1855).

C'est probablement entre le début de l'année 1850 et le milieu de l'année 1852 qu'il s'installe à Lyon, rue Constantine, 8 (ancienne Boucherie des Terreaux), au premier étage (Gazette de Lyon du 19 août 1852 ; Argus et Vert-Vert du 21 novembre 1852 ; Gazette de Lyon des 14, 29 et 31 décembre 1852 et des 12 et 30 janvier 1853 ; Nouvel Indicateur de l'Agglomération lyonnaise, 1853 p. 145) (nombreux daguerréotypes conservés affichant cette adresse).

Son nom, à cette adresse, reste cependant absent du recensement de Lyon de 1851 (ce qui n'est pas déterminant). Il est donc possible que son installation lyonnaise ne se soit pas faite immédiatement après Bordeaux mais seulement en 1852.

Il déménage par la suite place St.-Nizier, 4 où il est cité dès 1855 (Le Salut Public du 21 juillet 1855 ; brevet de 15 ans déposé à cette adresse le 6 novembre 1855, Catalogue des Brevets d'Invention, 1856 p. 69) (5) (nombreux daguerréotypes conservés affichant cette nouvelle adresse).

Son nom apparait encore à cette adresse dans le recensement de 1856, en présence de sa mère, Marie (70 ans), de sa nièce, Marie Chambefort (16 ans), de deux jeunes "employés", Ernest Besson (15 ans) et Villeman Claude (13 ans) mais Kaiser n'est pas cité dans l'appartement (Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, recensement de 1856, 6M144, vue 2). 

Il est à noter qu'Ernest Besson (1), mais également Marie Chambefort (2), mèneront ensuite une carrière de photographe.

François Perraud cherche, à une date inconnue, à recruter un retoucheur par une affiche placée sur la porte de son atelier (évocation dans l'article du 11 avril 1870) mais également par le biais d'une petite annonce qui paraît au printemps 1854 (Le Propagateur du 2 avril 1854). Il est donc probable que c'est à cette époque que Kaiser devient son employé.


Perraud à Marseille

Si l'on en croit l'article de G. Plaisant (1870), c'est deux ans et demi plus tard que Perraud et Kaiser quittent Lyon pour s'installer à Marseille, rue Noailles, soit vers fin 1856-début 1857 (rare daguerréotype conservé affichant, "Etablissement Perraud - rue Noailles, 6").

Il possède ensuite, entre 1857 et 1859, un atelier rue de Rome, 77, au 1er étage (nombreuses cartes de visite conservées).

Les premiers articles et publicités retrouvés citant M. Perraud à Marseille datent cependant du printemps 1859 et situent désormais son atelier dans une maison dite "Caveau Marseillais" dont il est propriétaire, à l'angle de la place St.-Ferreol (n° 10 ou 10A) et de la rue Montgrand (Le Sémaphore de Marseille entre le 17 mai 1859) (de rares cartes de visite affichant cette addresse sont conservées).

À partir du printemps 1860, François Perraud loue une partie de ses locaux à un directeur de spectacles (divertissements et ombres chinoises), du nom de M. Binet (Le Sémaphore de Marseille du 31 mai 1860).

Son établissement photographique continue son activité (publicités parues dans L'Estafette du Vaucluse du 21 octobre 1860 au 5 mai 1861).

Dès décembre 1860, François Perraud a cependant mis en vente, "pour cause de santé", sa maison et son établissement marseillais (Le Charivari des 5 et 14 décembre 1860 ; Le Sémaphore de Marseille des 15, 17 et 23 janvier 1861).

Il précise par ailleurs, au printemps 1861, qu'il "a loué sa maison (...) et non vendu son établissement" et "qu'il habite provisoirement à St.-Just [ancien village aux portes de Marseille], campagne des Tilleuls" (Le Sémaphore de Marseille du 12 juin au 18 juillet 1861).

Une publicité ambiguë parue en décembre 1861, lors de l'ouverture par François Perraud d'un atelier provisoire à Toulon (Var), à l'occasion des fêtes de fin d'année, peut laisser penser qu'il a pu alterner entre Lyon et Marseille et qu'il conserve encore ces deux établissements. 

"Au premier décembre [1861] prochain, ouverture des ateliers de M. Perraud, breveté S.G.D.G., rue Royale, maison du Thélégraphe (sic) et dont les établissements sont à Lyon et Marseille" (publicité parue chaque jour dans Le Toulonnais du 7 au 17 décembre 1861) (6).

Il évoque cependant une situation passée et a, dans le même esprit, affiché au verso de certaines de ses cartes de visite, "Perraud, - Photographe, - Exerçant depuis 1840. - Maisons - à Lyon et à Marseille".

En décembre 1861, son ancien atelier marseillais, situé au rez-de-chaussée, semble d'ailleurs désormais occupé par Emile Cazalis & Cie, élève de Pierre Petit (Le Sémaphore de Marseille des 21 et 29 décembre 1861).

François Perraud se retire à Hyères (Var) en 1862 et y décède, le 8 décembre 1862, âgé de 48 ans.

Kaiser a donc probablement cessé d'être l'employé de François Perraud, entre le printemps 1860 et l'automne 1862.

  


KAISER/KAYSER, ASSOCIÉ DE WILHELM BIENMÜLLER 


Bienmuller à Marseille

Le photographe Wilhelm Bienmüller (1819 Lüdenscheid, Westphalie-1878 Nice, Alpes-Maritimes), Allemand lui-aussi, actif dès le début des années 1840 et signalé en France dès 1851, semble s'être installé à Marseille, place de la Bourse, 5, en 1860 (voir sa biographie, ici).

À une date inconnue, mais au plus tard en 1864, Kaiser devient son associé, comme de rares carte de visite en témoignent.


- Détail d'une carte de visite marseillaise, collection personnelle.



Wilhelm Bienmüller (seul) met cependant en vente, "pour raison de santé", son établissement marseillais, dès l'été 1864 (Le Sémaphore de Marseille du 29 juillet 1864).

Il quitte Marseille la même année, après avoir cédé son affaire à Jean-Baptiste Henry Pellegrin dont les publicités affichant cette même adresse paraissent dès octobre 1864 (Le Sémaphore de Marseille du 6 octobre 1864 p 4 ; Indicateur Marseillais de 1865). 


Bienmüller à Lyon

Fin 1864, Wilhelm Bienmüller s'installe à Lyon où il ouvre un atelier, rue de l'Impératrice, 65. 

Dès novembre, l'atelier lyonnais est signalé aux deux noms de "Bienmüllet et Kaiser" (Le Salut Public du 21 novembre 1864).

Des cartes de visite témoignent d'ailleurs de cette association : "Peinture & Photographie - Bienmüller & Kaiser" mais d'autres n'affichent que le seul nom de Bienmüller : "Photographie - W. Bienmüller" (un carton daté de "1865", un autre de "1866") 

Dès fin 1865, W. Bienmüller (seul) met cependant en vente, "pour cause de décès" (?), son établissement lyonnais et renouvelle son annonce au printemps puis à l'automne 1866 mais, cette fois, "pour cause de maladie" (Le Salut Public, Journal de Lyon du 25 novembre 1865, du 10 mai 1866 puis du 11 octobre au 1er novembre 1866 ; Affiches Nationales du 31 octobre 1866).

Wilhelm Bienmüller est, pour la dernière fois, signalé à cette adresse dans l'Annuaire administratif et commercial de Lyon et du Département du Rhône de 1867. 

Ses problèmes de santé l'ont probablement poussé à suivre des cures (notamment à Digne-les-Bains où il a réalisé des vues) et à quitter Lyon pour s'installer à Nice où il est signalé dès décembre 1867.

Qu'advient-il alors de Kaiser ? Il semble que ce n'est pas lui qui est décédé en novembre 1865 (acte non retrouvé sur Lyon). Jean-Marie Voignier considère que c'est lui qui succède à Bienmüller à Lyon, "jusque vers 1870" (1).

Est-il rentré à Berlin du fait de la Guerre franco-prussienne ? Je n'ai, pour ma part, trouvé aucun document relatif à la suite de la carrière et de la vie de Kaiser.



NOTES

(1)- Jean-Marie Voignier, Répertoire des Photographes de France au Dix-Neuvième Siècle, Le Pont de Pierre, 318 p., avril 1993 ("Kaiser" p. 141 ; Ernest Besson p. 29 ; Marie Chambefort p. 56).

(2)- Thomas Galifot (voir les dates retenues pour la période lyonnaise de François Perraud, oncle maternel de Maria Chambefort, dans), "Femmes professionnelles en itinérance en France au XIXe siècle - Le Cas de Maria Chambefort", Photographica, 2/2021, pp. 70-88 (ici).

(3)- Roberto Caccialanza, François Perraud, "Doyen des Photographes", Storie di Fotografie, vol. 9, Youcanprint, 144 p., octobre 2023. 

(4)- Eugène Constant, M. Perraud, Artiste Photographe, 3 p., Le Biographe Moderne, Paris, 1855 (Paris, BnF, ici).

(5)- Le brevet d'invention (n° 25222) n'est pas en rapport avec la Photographie. C'est celui d'un appareil mécanique dit préservateur du choc de deux convois de chemin de fer (I.N.P.I. Archives).

(6)- François Perraud était déja venu officier à Toulon en 1844, avec son associé d'alors, Alfred Boulland. Sur ce point, voir la notice consacrée à "Alfred Boulland" sur le site d'Hervé Lestang, Portrait Sépia (ici).