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CANNES : CHRONIQUE DES TRAVAUX DE LA VOIE FERRÉE
AU MILIEU DU XIXe s.
INTRODUCTION
Le dépouillement du journal numérisé, Le Toulonnais (Archives départementales du Var), entamé en vue de la recherche de photographes en activité à Toulon, a également permis de croiser de nombreuses informations concernant la ville de Cannes (avant et après 1860) et, notamment, celles des étapes de construction de sa voie ferrée et de sa gare.
Les nouvelles diffusées par Le Toulonnais, parfois reprises d'autres publications, peuvent cependant dater de quelques jours, de quelques semaines ou même, de quelques mois. Les dates de parution du journal doivent donc être considérées avec prudence en rapport à la réalisation des travaux évoqués.
Les informations recueillies ont été complétées par celles d'autres journaux : L'Avenir de Nice et Le Messager de Nice (Archives départementales des Alpes-Maritimes), le Journal de Monaco (Archives de la Principauté) et le Journal des Chemins de fer (Google Livres).
CANNES AU SEIN DU PROJET DE LA LIGNE TOULON-CAGNES
La traversée de Cannes (Var) par le chemin de fer fait partie d'un vaste projet qui commence avec la loi du 8 juillet 1852 (décret d'application du 8 décembre), décidant la création d'une ligne devant relier Marseille (Bouches-du-Rhône) à Toulon (Var).
Pendant plusieurs années, priorité est uniquement donnée à l'étude puis à la réalisation des sections reliant Marseille à Aubagne et Aubagne à Toulon.
1856
Ce n'est qu'à partir du début de l'année 1856 qu'un avant-projet d'une ligne de chemin de fer de Toulon à la frontière du comté de Nice prend forme.
Les sections entre la ville de Toulon et le fleuve Var (145 km environ) sont confiées à la Compagnie de Lyon à la Méditerranée qui étudie le tracé de la voie ferrée et le futur emplacement des stations.
"La valeur de ce chemin, au point de vue du trafic deviendra réelle lorsque le gouvernement piémontais, exécutant la section de Nice à Gênes, ou à Coni, complètera une voie de communication ferrée, unique peut-être en Europe ; Paris, Lyon, Marseille, tout le midi de la France, reliés par Gènes à l'Italie" (Le Toulonnais du 13 mars 1856).
Le territoire de Cannes est concerné au printemps : "Grande émotion à Cannes depuis quelques jours : les agents de la compagnie Talabot, plantent des jalons et s'occupent en ce moment de l'étude du chemin de fer, qui, il faut s'en réjouir, passerait près et non loin de la ville, comme cela avait été dit en principe.
La question de la gare est aussi ce qui occupe les esprits. Y en aura-t-il une à Cannes ? se demande-t-on. Où sera-t-elle établie, du côté de Fréjus, ou près de Mandelieu ?" (Le Toulonnais du 3 mai 1856).
1857
L'enquête se poursuit au cours de l'année 1857 mais, dès le 11 avril, la concession des sections de Toulon à Solliès-Pont (16 km) et des Arcs à Cannes (61 km) est approuvée, et les documents sont adressés à tous les chefs-lieux d'arrondissement concernés.
La mairie de Cannes, qui se réjouit de cette nouvelle voie de communication apte à développer l'importance commerciale de la ville et à faire affluer davantage de familles en hiver, adresse à l'Empereur les sentiments de gratitude de la population toute entière (AM de Cannes, séance du 26 avril 1857, 1D15_0070, vues 46-47, M. Millet, maire).
Divers chantiers débutent simultanément sur divers points de la nouvelle ligne, alors que les travaux se poursuivent parallèlement entre Marseille et Toulon.
1858
Début 1858, l'ingénieur en chef Gaduel, s'installe à Cannes.
"On travaille fort activement au chemin de fer de Marseille à Toulon, surtout dans la vallée de l'Huveaune.
De Toulon à la frontière du Var les ouvriers sont aussi occupés à creuser les galeries des tunnels, et bientôt on donnera l'impulsion aux autres travaux de la ligne" (Le Toulonnais du 19 janvier 1858).
En octobre 1858, un ajournement des travaux de cette dernière section est révélé (Le Toulonnais des 9 et 21 octobre 1858) mais, en même temps, l'ouverture de la section Marseille-Aubagne est fixée au 20 octobre 1858 (Le Toulonnais du 12 octobre 1858).
Le chantier de la section de Toulon au Var semble reprendre à la fin de l'année, avec le défi de creuser, au travers des Monts de l'Estérel, le tunnel de Saoumes, sur les communes de Théoule et de la Napoule (Var, au sud-ouest de Cannes).
1859
Ainsi, en janvier, "c'est au défilé des Pendus, près du village de la Napoule, que se font en ce moment des travaux d'exécution d'une fraction du plan du chemin de fer de Toulon à Nice, travaux d'essais pour évaluer la dépense qu'il y aura à faire pour traverser la chaîne de montagnes de l'Estérel. Plus de 40 ouvriers sont occupés à ce travail préliminaire" (Le Toulonnais du 29 janvier 1859).
"On nous écrit de Cannes, 4 avril : Voici l'itinéraire, ou la liste des points où il y aura, assure-t-on, des stations, d'après le tracé qui a été adopté pour le chemin de fer de Toulon à Nice, ce sont : La Valette, Hyères, Cuers, Solliès, Pignans, Gonfaron, le Luc, Vidauban, les Arcs, Draguignan, Trans, le Muy, le Puget, Fréjus, St-Raphaël, Cannes, Golfe-Jouan, Antibes, Cagnes, St-Laurent" (Le Toulonnais du 7 avril 1859).
La fin de la section Aubagne-Toulon permet, le 3 mai 1859, l'ouverture de la ligne Marseille-Toulon toute entière (Le Toulonnais du 21 avril 1859).
Avec le décret impérial du 3 août 1859 :
"Art. 1er. Est déclarée d'utilité publique l'exécution : D'un chemin de fer de Toulon à la frontière d'Italie, avec embranchement sur Draguignan ;
Art. 2. Le chemin de fer de Toulon à la frontière d'Italie passera par ou près Solliès-Pont, Vidauban, Fréjus, Cannes et Antibes" (Le Toulonnais du 11 août 1859).
Fin 1859, l'évaluation du prix de revient du mètre courant de tunnel et de déblais au travers des roches de l'Estérel se termine :
"Plus de 30 mètres de tunnel sont déjà faits à titre d'expérimentation sur le versant N.-E. de la montagne qui se trouve près le mouillage de Téoule (sic) où il débouchera, après une percée de 800 mètres environ, et déjà la curiosité est excitée par ces travaux qui attirent des visiteurs.
On met la dernière main en ce moment à l'étude de la route de Cannes à Grasse. C'est une amélioration que réclamait le développement croissant du commerce, et qu'explique du reste le prochain établissement à Cannes de la gare, qui est destinée à devenir le centre de ce mouvement, et dont l'emplacement est déjà fixé" (Le Toulonnais du 15 décembre 1859).
À Cannes, "les travaux d'exécution commenceront, du côté du torrent du Riou, à l'ouest de la ville, et seront entrepris sur une grande échelle, depuis Saint-Raphaël à la Napoule, dans le courant du mois prochain" (Le Toulonnais du 20 décembre 1859).
Suite à l'intervention d'un propriétaire (Lord Brougham ?) auprès de la mairie de Cannes, le tracé de la voie de chemin de fer est cependant remis en question dans le quartier ouest de la ville.
"Cannes, 29 décembre. N'étaient les difficultés que vient de présenter, dit-on, l'un des propriétaires du quartier de Riou, les travaux du chemin de fer auraient pu être commencés aux abords de Cannes, dans le courant du mois prochain. Le jury d'expropriation est appelé à émettre ses décisions, et cela comportera un retard de trois mois" (L'Avenir de Nice du 31 décembre 1859).
1860
Le 19 janvier, "le tracé du chemin de fer de Toulon à la frontière d'Italie, pour la partie comprise entre la station des Arcs et la limite des communes de Cannes et de Vallauris, sur une longueur de 61,443 mètres, a été approuvé par Son Exc. le ministre des travaux publics.
Le tracé part de la route départementale qui conduit à Draguignan, traverse la route impériale n° 97 et se maintient entre la route et la rivière d'Argens jusqu'à Fréjus. De là, le chemin se dirige sur Saint-Raphaël, qu'il traverse, et suit à peu près le sentier de la douane, à peu de distance de la mer, jusqu'au cap Roux, en coupant la presqu'île d'Armont et contournant la rade d'Agay.
Il traverse ensuite un contrefort de l'Estérel par un souterrain de 810 mètres de longueur, et prend la direction du littoral en franchissant les rivières de l'Argentière et de la Siagne, pour ne plus quitter le bord de la mer jusqu'à Cannes.
Il passe en souterrain sous un faubourg de cette ville, et se développe par une grande ligne courbe devant la presqu'île de la Croisette, pour venir rejoindre la route impériale qu'il ne quitte plus jusqu'à la commune de Vallauris" (Le Toulonnais du 20 janvier 1860).
"Cannes, 3 février. C'est hier, qu'aux termes de l'arrêté de M. le préfet du Var, en date du 28 janvier, a été ouverte à la mairie de Cannes, pour être fermée le 10 de ce mois l'enquête pour préparer l'expropriation des terrains nécessaires à l'exécutio de la section du chemin de fer de Toulon à Nice, et qui dépendent de la commune.
Cette section comprend une longueur de 8,356 mètres 112. Le chemin de fer y entre, en traversant la petite Siagne, tout près de la Méditerranée, par un remblai de 4 mètres 55 cent. au-dessus du niveau moyen de la mer. Il sort de la commune de Cannes, près du golfe Juan, par 9 m. 50 c. au dessus de ce même niveau et avec un remblai de 1 m. 85 с.
Le plan déposé à la mairie, ainsi que les notices explicatives sur le tracé et les ouvrages, qui l'accompagnent, sont de véritables modèles de ce genre de travaux. Ils ont été dressés par M. Gaduel, ingénieur principal du chemin de fer (...).
Le nombre des ouvriers employés aux travaux du rail-way à 1a Napoule et au principal contrefort à traverser des montagnes de l'Estérel, s'élève déjà à plus de 400. Il y en arrive journellement" (L'Avenir de Nice du 5 février 1860).
Le 6 février 1860, le Conseil municipal de Cannes demande l'aménagement de plusieurs des routes et chemins coupés par le tracé de la voie ferrée et, notamment, le remplacement du passage à niveau prévu au Riou par un pont sur rail, plus sûr (cette demande sera acceptée -AM de Cannes, 1D15_0243, vues 174-176, M. Millet, maire).
Le 4 mars 1860, le même Conseil accepte l'indemnité proposée par la Compagnie du chemin de fer pour l'occupation d'une partie de la butte de la chapelle Saint-Roch au nord-ouest de la ville (5.500 fr.) et la démolition de cette chapelle (6.500 fr. et cession des matériaux provenant de la démolition) (AM de Cannes, 1D15_0244, vues 176-177, M. Millet, maire).
Lors de la séance du 17 mars, un nouveau terrain, situé près de l'hôpital (un peu plus au sud de l'entrée occidentale du tunnel), est en cours d'acquisition par la commune afin d'y reconstruire la chapelle (AM de Cannes, 1D15_0250, vue 181, M. Barbe, maire).
[La démolition de la chapelle Saint-Roch, indispensable au percement du tunnel, a probablement été immédiate (peu après mars 1860). La reconstruction de la chapelle près de l'hôpital s'est faite par la suite mais les dates précises du chantier ne sont pas connues (vers 1862 ?)].
CANNES AU SEIN DES TRAVAUX DE LA LIGNE TOULON-NICE
1860
En mars 1860, les travaux commencent à Cannes, "à l'entrée de la ville, coté ouest, où sera établi un tunnel de près de 200 mètres, et à l'endroit près duquel doit être construite, côté est, la gare" (Journal des Chemins de fer du 24 mars 1860, p. 198 ; Le Messager de Nice du 3 juin 1860).
Suite à l'Annexion française du comté de Nice au printemps 1860, la ligne de Toulon est désormais envisagée jusqu'à la ville de Nice.
Parallèlement, "les projets définitifs sont approuvés pour deux sections, l'une de Toulon à Solliès-Pont, de 16 kilomètres de longueur, l'autre de la station des Arcs jusqu'à la limite du territoire de Cannes, sur 61 kilomètres de longueur.
Les acquisitions de terrain sont commencées dans ces deux sections. Plusieurs lots de travaux sont adjugés, notamment celui qui contient la traversée des montagnes porphyriques de l'Estérel, entre Fréjus et Cannes, où les chantiers sont déjà en grande activité et où l'on a commencé le percement des souterrains et l'ouverture des grandes tranchées que comporte l'établissement du chemin de fer sur cette partie difficile du littoral.
Les projets définitifs des autres sections de la ligne, seront très-prochainement soumis à l'approbation de M. le ministre des travaux publics, en sorte que d'ici à peu de mois la construction du chemin de fer sera en pleine activité sur tous les points.
Nous espérons être en mesure de mettre en exploitation, dans les premiers mois de 1862, la section de Toulon à Solliés-Pont, formant prolongement de la ligne de Marseille à Toulon. Sur la fin de la même année, nous pourrons probablement ouvrir une seconde section de Solliés-Pont aux Arcs.
Suivant toute probabilité l'ouverture de la ligne entière, jusqu'au Var, aura lieu dans les derniers mois de 1863 (Le Toulonnais du 3 mai 1860).
Lors de ce printemps 1860, le Conseil municipal de Cannes demande le remplacement du passage à niveau prévu à l'est de la ville, sur la route Impériale n° 97, par un pont sur rail (séance du 20 mai 1860 - cette demande sera rejetée) et un meilleur aménagement de chemins vicinaux (séance du 12 juin 1860).
Le 9 juillet 1860, le préfet du Var prend un arrêté qui ouvre une enquête sur le nombre et l'emplacement des stations à établir pour le chemin de fer de Toulon à Nice, dans la partie de la ligne comprise entre les Arcs (près de Draguignan) et Cannes. Les cinq stations projetées sont celles du Muy, Roquebrune, Fréjus, Saint-Raphaël (port de mer) et Cannes.
Le 15 juillet, le Conseil municipal de Cannes demande à la Commission supérieure qui doit se réunir à Grasse, le 21 de ce mois puis, en dernier lieu, à Draguignan le 23, d'améliorer les voies d'accès de la future gare, notamment afin d'y faciliter le trafic des marchandises (AM Cannes, 1D15_0285, vues 204-206 ; Le Goff maire).
Le tracé de la ligne cannoise est matérialisé par des piquets (Journal de Monaco du 15 juillet 1860).
"Un quatrième chantier de travaux, pour le chemin de fer de Toulon à Nice, vient d'être ouvert à Cannes aux abords de la ville (route d'Antibes) [côté est], vers le point où un passage à niveau doit être établi.
On fait des terrassements et on prépare, le long de la voie ferrée, le chemin carrossable qui doit desservir les propriétés qu'elle ne laissera plus en communication avec la route Impériale No 97 que par un ou deux passages. Les travailleurs, les terrassiers qu'il y a ici, sont en général des Piémontais, des Génois, que les plus rudes travaux n'effrayent pas.
Les excursionnistes qui n'ont pas visité, depuis 2 mois, la Napoule et Théoule, points maritimes situés au versant ouest de l'Estérel, sont tout étonnés, aujourd'hui, de trouver, là où il n'y avait que quelques cahuttes, deux véritables villages improvisés pour les besoins des ouvriers employés aux travaux du chemin de fer.
On fait, sur les côtes des montagnes de l'Estérel, de commodes chemins pour le service, et ces voies de communications, que le temps ne détruira pas de sitôt, quand la construction du chemin de fer sera achevée, ne seront pas un des moindres avantages dont jouira le pays" (Le Toulonnais du 24 juillet 1860).
"Les entrepreneurs ont établi à Saint-Raphaël un immense atelier de construction où un grand nombre d'ouvriers d'élite préparent tout ce qui est nécessaire pour les travaux d'art de la partie de la ligne concédée entre Saint-Raphaël et le cap de la Croisette, près de Cannes. Bientôt une plus grande quantité d'ouvriers viendra encore doubler l'importance des travaux" (Journal de Monaco du 29 juillet 1860).
Par décret impérial du 22 août 1860, la section de chemin de fer comprise entre le Var et Nice est déclarée d'utilité publique et 6 millions de francs viennent compléter l'attribution initiale de 60 millions (Journal des Chemins de fer du 1er septembre 1860, p. 723).
En septembre, du côté ouest de Cannes, "on travaille dans la propriété de M. W... [Woolfield], le riche insulaire auquel Cannes doit tant de jolies constructions" (Journal de Monaco du 30 septembre 1860).
Les déblais du tunnel Saint-Roch de Cannes vont servir à la construction du chemin de la Croisette dès la fin de l'année (accord du Conseil municipal du 4 novembre 1860 - Mémoires de la Société des Sciences Naturelles, des Lettres et Beaux-Arts de Cannes et de l'Arrondissement de Grasse, 1868-1873, p 282).
"Cannes, 18 novembre (...) - Les travaux du chemin de fer sont poursuivis avec activité dans la section comprise entre les Arcs et la Croisette, près de Cannes, où la circulation des ouvriers est croissante, au grand avantage du petit commerce de la localité.
On annonce que les dernières difficultés qu'il y avait à ce que les concessionnaires des travaux employassent autant d'ouvriers que possible, viennent d'être levées. Les ouvrages d'art (ponts et ponceaux) avancent beaucoup dans leur construction. Ils sont d'une remarquable solidité.
Le tunnel à travers l'Estérel fait son chemin aussi ; la dépense qu'il occasionne est énorme. On estime que chaque mètre courant ne coûtera pas moins, assure-t-on. de 1800 francs. Celui de la butte de Saint-Roch, à l'entrée de Cannes, côte ouest, de 110 mètres, coûtera à peu près autant" (Le Toulonnais du 20 novembre 1860).
Le 21 novembre 1860, le département des Alpes-Maritimes est recréé par décret impérial, l'arrondissement de Grasse, comprenant la ville de Cannes, étant rattaché au territoire de l'ancien comté de Nice.
À SUIVRE
