LE PANORAMA UNIVERSEL DES FRÈRES ROSSI-3
ANALYSE DU CORPUS
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LES FRÈRES ROSSI
"Fratelli Rossi" en italien, "Gebrüder (Frères associés) Rossi" en allemand, "Hermanos Rossi" en espagnol, "Irmãos Rossi" en portugais, "Frères Rossi" en français.
Le Panorama universel, dont les Frères Rossi sont "propriétaires" (Trieste, 1852), se fait connaître, au plus tard, en 1852 (commandes de 1851).
Le nombre de frères (2 ou plus) et l'identité précise de chacun d'entre eux reste inconnue. Ils habitent "Genova" (Gênes, Royaume de Piémont-Sardaigne), comme précisé dès les annonces de Presburg en 1852 et semblent être nés dans le premier quart du XIXe siècle (actes de naissance non retrouvés).
Seul le prénom de l'un des frères "A". ou "Antonio Rossi/Rossy directeur" est cité de 1864 à 1868 (Madrid, 1864 - Barcelona, 1866 - Toulouse, 1867 - Bordeaux, 1867 - Torino, 1868), ainsi que le prénom de son épouse, "Josefina" (Valladolid, 1865).
Ceci pourrait suggérer une séparation des frères ou le décès de l'un d'eux mais leur association se voit cependant rappelée dans les annonces de la même période, "frères Rossi/Rossy", "MM. ou Messieurs Rossi/Rossy" (Lisboa, 1862-63 - Madrid, 1864 - Toulouse et Béziers, 1867).
Plusieurs familles Rossi sont signalées à Gênes entre 1840 et 1870 ; l'une d'elles affiche d'ailleurs une entreprise portant le nom "Fratelli Rossi", avec l'un des frères prénommé "Antonio" mais l'activité professionnelle de ces derniers ne semble pas correspondre.
LE PANORAMA
Les annonces et articles promotionnels parlent généralement de "Grandiose Panorama Universel", de "Cyclorama" ou de "Grand Panorama et Cyclorama" et, plus rarement, de "Pléorama" (Trieste et Presburg, 1852 - Venezia, 1853 - Modena, 1855 ?) et de "Polyorama" (Madrid, 1865).
Si ces termes désignent des modes de présentation différents, c'est cependant le titre de "Panorama" qui est dit inscrit en haut de la porte du local (Napoli, 1860) mais aussi en en-tête des publicités (journaux, affiches).
Cependant, ces mêmes en-têtes d'annonces alternent parfois, "Grand Panorama" avec "Grand Cyclorama" (Lisboa, 1862-63 - Toulouse, 1867) et la présentation des programmes ne distingue que rarement les vues appartenant à chacun des modes évoqués.
Le Voyage sur la Tamise est le seul sujet clairement désigné en tant que "Pléorama", alors que le Voyage de New York à Philadelphie et le Voyage en Califormie sont les seuls clairement désignés en tant que "Cycloramas" (cela reste plus ambigu pour le Voyage de Toulon à Canton).
Il semble vain de donner une définition de ce qu'est un Panorama, un Cyclorama, un Pléorama ou un Polyorama car la réalité des spectacles du XIXe siècle montre une hybridation constante de ces formes.
Il paraît plus intéressant d'essayer de connaître :
- le plan, les dimensions et le nombre de salles de spectacle des frères Rossi,
- la présentation (fixe ?), la forme et les dimensions des toiles, voire les effets potentiels de mouvement (défilement horizontal ou circulaire ?) ou de lumière (vitraux, lampes, projections de lanternes ? - effets lumineux, nocturnes et climatiques ?) qui peuvent les animer,
- la présence ou non d'accessoires disposés entre le spectateur et la toile (décors en volume ou en trompe-l'oeil, voire figures en cire, reconstituant et prolongeant le terrain et la scène du sujet représenté),
- le dispositif optique qui accompagne les toiles (lentilles, écrans et projections lumineuses ?)
- et enfin la posture (debout, assis ?) et le positionnement du spectateur pour une vision d'ensemble (au centre de la salle, sur une plateforme surélevée, sur une tourelle desservie par un escalier ou encore sur une nacelle mise en mouvement ?) et de détail (au plus près des toiles, avec le recours à des lentilles grossissantes ?).
UN PARCOURS TRANSNATIONAL
De ville en ville et de royaume en royaume
Dès le milieu des années 1850, le Panorama des frères Rossi est dit "apprécié dans toutes les villes de Lombardie et d'Italie" (Lodi, 1855). À la fin des années 1860, les frères Rossy affirment avoir "eu l'honneur de la présence des premiers Souverains de l'Europe" (Toulouse, 1867).
Ce parcours, qui traverse 22 grandes villes sur 16 ans, n'a pu être retracé qu'en partie, l'absence de documents pour certaines cités (comme Genova [!], Rome ou Graz) et certaines années (1858, 1859, 1861) s'avérant étonnante.
La plupart des dates ne révèlent qu'une ville par an. Seules trois années attestent une tournée dans deux (1857), trois (1867) ou même quatre villes (1852), avec des séjours allant de deux semaines à trois mois et, plus rarement, jusqu'à six ou sept mois (Napoli, 1860 - Lisboa 1862-63 - Madrid, 1864 - Barcelona, 1866).
Il semble difficile d'envisager plus de quatre villes par an, du fait du temps de voyage, d'installation, de présence puis de démontage de la structure de ce Panorama.
Même avec une moyenne de trois villes par an, il manque donc à la liste établie plus de la moitié des lieux où le Panorama s'est installé. Il faut, de plus, noter qu'aucune des villes attestées n'est citée plus d'une fois.
- BRÜNN (février 1852)
- WIEN (avril 1852)
- PRESBURG (juin 1852)
- TRIESTE (octobre-décembre 1852)
- VENEZIA (de janvier à avril 1853)
- BRESCIA (juillet-août 1853)
- CASALE (1854)
- MILAN (août 1854)
- LODI (juin-juillet 1855)
- MODENA (vers 1855-56 ?)
- BOLOGNA (de décembre 1856 à février 1857)
- FIRENZE (octobre 1857)
- FERRARA (vers 1856-57 ?)
- NAPOLI (de mars à septembre 1860)
- LISBOA (d'août 1862 à février 1863)
- MADRID (de juin 1864 à janvier 1865)
- VALLADOLID (novembre 1865)
- BARCELONA (de mai à octobre 1866)
- TOULOUSE (de janvier à mars 1867)
- BEZIERS (mai 1867)
- BORDEAUX (d'août à octobre 1867)
- TORINO (de juillet à octobre 1868)
Le mode de transport ?
Le Panorama, placé "dans un grand coffre" (Trieste, 1852), semble voyager avec plusieurs voitures par la route, avec un circuit programmé à l'avance et des affiches portant le nom de chacune des villes retenues (Casale, 1854 - Modena, vers 1855-56 ? - Ferrara, vers 1856-57 ?).
Cependant, le mode de transport n'est jamais évoqué et la façon de voyager peut être multiple. Le panorama emprunte-t-il les canaux en péniche ?
Utilise-t-il le train, dans les années 1860, en Espagne (entre Madrid et Valladolid), en France (avec Toulouse, Béziers et Bordeaux) ou en Italie (de Genova à Torino) ?
Enfin, utilise-t-il le bateau pour de longs trajets, afin de relier Genova à Napoli en 1860, Genova à Lisboa en 1862, voire Bordeaux à Genova en 1867 ?
Cette hypothèse pourrait ainsi justifier l'absence de son passage dans des villes françaises comme Nice, Toulon, Marseille ou Montpellier.
L'installation
Une publicité antérieure à l'arrivée des Frères Rossi dans un ville reste exceptionnelle : "Londres, Paris et la moitié de l'Europe voyagent en ce moment (...), peut-être à destination de Trieste, pour se faire admirer dans un panorama". Au-delà de simples représentations, "ce sont les villes elles-mêmes qui viennent en personne pour se faire admirer" (Trieste, 1852)
Les phases de recherche d'un emplacement auprès des autorités (location), d'installation, de démontage, voire de déménagement sur un autre emplacement de la même ville sont elles aussi, rarement signalées (Madrid, 1864-65).
L'installation se fait sur une grande place ou un grand terrain (promenade, jardin), en présence ou non d'autres exposants, souvent à la limite des fortifications et des portes de la ville (côté intérieur ou extérieur).
Elle semble nécessiter environ trois semaines (Madrid, 1864) dont deux pour l'édification de la structure de l'établissement et une pour son aménagement.
Plusieurs installations apparaissent motivées ou prolongées par la date d'une fête, d'une foire ou d'un carnaval (Carnaval de Venezia, 1853 ; Foire de Brescia, 1853 ; Fêtes de fin d'année, Bologna, 1856 - Carnaval de Bologna, 1857 ; Carnaval de Lisboa, 1863 - Fête de la Saint-Jean à Madrid, 1864...).
À l'approche de la date de l'ouverture au public, les annonces (journaux) et les affiches (collage, distribution) se multiplient (Brünn, 1852).
Si cette ouverture peut être annoncée par la presse entre neuf et sept jours avant (Presburg, 1852 ; Béziers, 1867), ce n'est, le plus souvent, qu'avec un ou deux jours d'avance, voire le jour même.
Au cours des années, le recours à la presse se fait croissant, avec la diffusion d'une à cinq annonces par ville dans les années 1850 mais plus d'une dizaine d'annonces à la fin des années 1860 (voire plusieurs dizaines lors de séjours longs, comme à Barcelona, 1866), tout en conservant une politique d'affichage, parfois même évoquée dans le journal (Brünn, 1852 ; Toulouse, 1867).
Alors que les textes des annonces détaillent rarement le contenu des expositions, sujet par sujet (Presburg, 1852, Bologna, 1856-57), c'est systématiquement le cas de ceux des affiches (Casale, 1854 - Modena, vers 1855-56 ? - Ferrara, vers 1856-57 ?) qui servent peut-être également de guide imprimé (notice) de l'exposition. Une présentation orale a peut être également lieu mais elle n'est évoquée dans aucun document.
L'ouverture quotidienne du Panorama peut aller de 8, 9 ou 10 h du matin à 9, 10 ou 11h du soir mais cet horaire varie avec les années et les saisons, en fonction de la lumière du jour. Une coupure d'une ou deux heures est souvent opérée en fin d'après-midi, avant le spectacle illuminé du soir.
Le prix bas de l'entrée est compensé par le grand nombre de visiteurs qui viennent et reviennent aux expositions successives. Outre le prix réduit pour les enfants et militaires non gradés, des réductions sont, de plus, accordées avant le renouvellement d'une exposition ou le départ de la ville.
LE BÂTIMENT DU PANORAMA
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| - Illustration de l'annonce du "Grandiose Panorama Universel des Frères Rossi", parue à Trieste dans Il Diavoletto des 24, 26, 27, 28 et 29 novembre 1852 (Google Livres). Un dessin identique de la façade du Panorama est présent sur l'Affiche de Modena de la Collection Binetruy (ici) mais il est intégré dans le cadre d'un décor de retable gothique, flanqué de deux figures humaines placée dans des niches, |
L'extérieur
Le bâtiment modulable, représenté dès 1852, est tour à tour qualifié de "local entièrement construit en fer" (Casale, 1854), de "bazar construit en fer" (Ferrara, vers 1856-57 ?), de "palais mobile" (Firenze, 1857), de "baraque foraine" (Napoli, 1860 ; Barcelona, 1866), de "cabinet de Panorama et Cyclorama" (Lisboa, 1862-63), de "petit théâtre entièrement en fer" (Madrid, 1864) ou encore de "Cyclorama construit spécialement en fer ; de style gothique élégant" (Barcelona, 1866).
Le bâtiment présente une façade symétrique qui s'étage sur trois niveaux.
Ses parties latérales sont ornées de colombages, de treillages et de cinq baies jumelées de style néo-gothiques. Elles sont, de plus, flanquées de deux tourelles entre lesquelles un bandeau nu permet l'affichage.
Au centre, un large escalier conduit à une haute et double entrée drapée de rideaux, dominée par trois baies. Un drapeau couronne le tout, rappelant ceux qui flottent au sommet des tourelles externes.
L'ensemble, quoiqu'en fer, présente un aspect très soigné et luxueux pour une baraque itinérante.
L'intérieur
Le Panorama est parfois dit, "ingénieusement aménagé (...), doté de tout le confort et de toutes les commodités nécessaires" et qualifié de "lieu élégant" (Firenze, 1857).
Il offre de "petits salons portatifs bien aménagés. Tous deux disposent d'élégantes marquises, et dans le premier se trouvent des fauteuils pour que les spectateurs puissent se reposer" (Barcelona, 1866).
Le lieu est enfin qualifié de "charmant" (Béziers, 1867) et dit "élégamment décoré" (Torino, 1868).
L'éclairage
Le dessin du bâtiment permet de découvrir les nombreuses baies de façade mais aucun lanterneau assurant une lumière naturelle zénithale propice à un panorama.
"Notre cyclorama présente également la particularité de pouvoir être admiré de jour comme de nuit, contrairement aux cycloramas mobiles, qui ne peuvent être contemplés que comme des peintures décoratives à la lueur des lampes" (Trieste, 1852 mais texte récurrent).
"Ce Panorama ne bénéficie d'aucune aide de l'éclairage artificiel qui n'est mis en oeuvre que la nuit" (Brescia, 1853). Ainsi, la Vue du Rigi, "le soir, à la lumière est vraiment féérique" (Bordeaux, 1867).
"Le grand Panorama est éclairé par une lumière spéciale inventée par les frères Rossi qui en double l'effet" (Modena, vers 1855-56 ?).
Ce "double effet" est-il l'effet jour-nuit mettant en évidence les flammes de l'incendie de la Vue de Berlin en période d'émeutes (1848), les illuminations de la Place Saint-Marc à Venise pour les fêtes ou encore les bombes incendiaires de la Bataille navale de Sinope (1853) ? Si c'est bien le cas, cela implique que des lampes sont placées entre la cloison et les toiles translucides afin de les rétroéclairer.
"Le grand panorama ou cyclorama universel" est dit, "illuminé la nuit par plus de 100 lampes à gaz" (Barcelona, 1866 ; Toulouse, 1867), voire, "150 flammes à gaz" (Barcelona, 1866).
Les salons
Après l'entrée, l'exposition est répartie entre deux "sections" (Napoli, 1860), deux "salons" (Béziers, 1867), "deux cabinets", "deux grandes salles" (Torino, 1868).
Il semble y avoir, à droite, un Panorama avec une "grande peinture circulaire" (Presburg, 1852) et, à gauche, un Cyclorama qui "adopte la forme d'une circonférence de 9 mètres de rayon", soit 56, 55 m de circonférence (Bordeaux, 1867).
Des thèmes différents y sont proposés avec, par exemple :
- d'un côté, "la nature dans tout sa beauté et dans tout son calme" (paysage pittoresque) et, de l'autre, "la nature bouleversée, la guerre, dans toute son effroyable ampleur" (horreur des scènes de batailles) (Napoli, 1860),
- ou, dans la première salle, "Paris vu d'en haut", ainsi que la "Campagne d'Italie de 1859" et, dans la deuxième salle, "le "Voyage en Amérique du Nord", ainsi que les "Dernières batailles de l'indépendance italienne de 1866" (Torino, 1868).
On comprend que ces mêmes vues peuvent être tour à tour exposées séparément ou ensemble (Torino, 1868), du côté "Panorama" ou du côté "Cyclorama", entretenant une nouvelle fois une grande ambiguïté entre ces deux modes d'exposition.
Les vues panoramiques peuvent donc être exposées de façons différentes (effets) et s'adapter à la configuration propre à la salle (présentation).
L'exposition
Si de une à quatre expositions, généralement d'un mois à un mois à demi maximum chacune, peuvent se succéder, la disposition d'une "peinture panoramique" et des "tableaux circulaires" (Brünn, 1852) reste très peu évoquée.
Une remarque permet cependant de comprendre que certaines oeuvres sont superposées dans la hauteur de la cloison. Une description de scènes de batailles cite en effet, "les deux grands tableaux du bas" (Modena, vers 1855-56 ?). Cette présentation semble rare au XIXe siècle mais est notamment utilisée à Londres (Le Moniteur industriel du 28 novembre 1841 p. 2).
Le Voyage en Californie décrit comme un "Ciclorama in plastica" (Venezia, 1853) reste unique.
L'oeuvre peinte, probablement modelée en cire ou en papier-mâché, voire en argile ou stuc, semble peu convenir à un support exposé verticalement et encore moins à un support circulaire et défilant.
Le terme de cyclorama est-il, dans ce cas particulier, utilisé pour qualifier la découverte et le parcours d'un lieu par le biais d'une maquette horizontale en relief ?
Si l'on prend l'exemple de la France, de nombreux "panoramas en relief", "plans en relief" ou "maquettes" sont présentés dans la capitale et en province dès le début du XIXe siècle (1819 : Paris au temps de César ; Alporama en relief et perspectif de la Suisse...1850 : Plan de Paris en relief). Leurs matériaux et leurs dimensions sont rarement précisés mais il est parfois question de morceaux de bois ou de blocs de pierre sculptés.
Cependant, il faut parfois se méfier d'une utilisation des termes au sens figuré, une peinture à l'huile de grand format d'Horace Vernet pouvant être décrite comme, "un panorama, une suite de bas-reliefs, d'épisodes animés et vivans" (Le Constitutionnel du 8 juin 1863).
Les dimensions des oeuvres des frères Rossi restent, elles aussi, peu citées :
- le Cyclorama du Voyage en Amérique du Nord est dit, "d'une grandeur de 150 pieds", soit environ 45 mètres (Presburg, 1852 - Casale, 1854),
- le grand Panorama "présente une surface de plus de 1 000 mètres carrés" (Modena, vers 1855-56 ?),
- l'Exposition offre des "toiles mesurant de 30 à 40 varas", soit entre 25 et 35 mètres environ (Barcelona, 1866) mais aussi des vues dont chacune est peinte "sur une toile de 50 m de long" (Toulouse, 1867).
Il existe, parallèlement "certaines petites pièces telles que "La soumission d’Abd-el-Kader" ou "Les jeux d’eau à Saint-Pétersbourg" (Presburg, 1852).
Enfin, quelques nombres ambigus sont exceptionnellement précisés en "panneaux" (scènes) ou en "verres" (lentilles) :
- "Grand Panorama des frères Rossi, composé de 86 panneaux, agencés avec beaucoup de décence et de goût, où on passe une bonne heure" (Campagne d'Italie de 1859 : Napoli, 1860)
- "Paris, vu d'en haut. Vue sur 25 verres. - Grand voyage à travers la Californie (...). Vue sur 25 verres. - Guerre d’Afrique. Vue sur 14 verres. - Prise de Gaeta. Vue sur 14 verres" (Barcelona, 1866).
Les lentilles et le dispositif ?
- Les textes
Ces "lentilles de cristal" sont dites au nombre de "cent" (Bologna, 1857 - Ferrara, vers 1856-57 ? ) et parfois qualifiées de "puissantes" (Barcelona, 1866) ou "excellentes" (Turin, 1868).
Elles sont mises à disposition du public "pour regarder à travers telle ou telle vue (...), grâce au système complexe de lentilles qui, cinq ou six ou plus selon les besoins, sont disposées pour chaque vue" (Napoli, 1860).
"A l'aide du télescope [lorgnette de spectacle ?], les objets reproduits sur la toile grossissent jusqu'à atteindre leur grandeur naturelle, et les plus minimes détails du tableau apparaissent avec une précision remarquable" (Béziers, 1867).
"On peut regarder de près [les aquarelles] sans le secours d'un verre grossissant et les trouver tout aussi belles si ce n'est davantage (Béziers, 1867).
"Autour de la salle, sont disposées de très nombreuses ouvertures, munies de lentilles qui permettent d'apercevoir les moindres détails des paysages et de s'en faire l'idée la plus exacte" (Bordeaux, 1867).
L'établissement de M. Rossi présente "une série de lentilles disposées en forme ovale [ou "de" forme ovale ? - "disposte a forma ovale"] dans deux cabinets" (Torino, 1868).
- Le dispositif
Malgré ces explications, il reste assez difficile de visualiser précisément le dispositif mis en place et nous en sommes réduits à une série d'hypothèses.
Ces ouvertures ovales munies de lentilles sont-elles présentes en permanence dans chacun des deux salons ? Est-ce que ce sont des fenêtres ouvrant sur la toile peinte (rappelant l'usage du peintre Carl Enslen d'Hamburg en 1821-22) ?
La toile défile-t-elle à l'arrière de ces baies de type hublot ou oeil-de-boeuf ou tout simplement de cadres de tableaux ?
Si c'est le cas, ce dispositif s'applique-t-il seulement au salon du "Cyclorama" (de 18 m de diamètre) et justifie-t-il l'emploi de ce terme ?
Les toiles du Voyage de New York à Philadelphie et du Voyage en Californie, formellement qualifiées dans les annonces de "Cycloramas", n'impliquent-elles pas un tel défilement ?
D'autres toiles proposant un voyage au fil de l'eau, comme celle du Voyage sur la Tamise, formellement qualifiée de "Pléorama", ne peuvent-elles pas suggérer l'existence d'une nacelle centrale, voire mouvante d'un bateau ?
Dans un deuxième temps, les visiteurs sont-ils invités à se rapprocher des toiles pour en découvrir le détail à l'aide de lentilles grossissantes ?
Faut-il imaginer que l'exposition dans l'autre salon, le "Panorama" se déroule également en deux temps ?
Dans un premier temps, les spectateurs sont regroupés au centre de la salle circulaire pour la découverte d'une vision d'ensemble. Ils se retrouvent tout à la fois confrontés à la vérité de la Nature et à l'illusion totale de l'Art.
C'est la force d'un panorama, le spectateur adopte le point de vue de l'artiste et se retrouve immergé dans le paysage qui l'environne ; c'est "un long voyage instantané", la découverte de la profondeur, de la perspective, de "l'étendue infinie" (Bologna, 1856-57), "le regard se perd dans un horizon lointain, très lointain" (Napoli, 1860).
On peut alors s'interroger sur l'existence potentielle d'une plateforme surélevée, malgré son absence totale des textes. En effet, des toiles comme celles de Paris vu d'en-haut ou de la Vue du sommet du Rigi n'impliquent-elles pas une vision en plongée ?
Dans un deuxième temps, les visiteurs sont-ils invités à se rapprocher des toiles pour en découvrir le détail à l'oeil nu ou à l'aide de lentilles grossissantes, pour finir le voyage de l'infiniment grand à l'infiniment petit ?
Les artistes ?
Le nom des artistes ne sont jamais cités.
"Les vues [sont] composées avec la plus grande précision et vérité par de célèbres artistes" (cyclorama, Trieste, 1852 ; Casale, 1854 ; Modena, vers 1855-56 ?), "toutes réalisées d'après nature par de talentueux artistes" (Napoli, 1860 - Toulouse, 1867).
Ces peintres sont présentés comme "les plus grands artistes d'Europe" (Barcelona, 1866) ou "les plus distingués de l'Europe" (Toulouse, 1867), avec, "les plus grands peintres de panoramas d’Allemagne" (Cyclorama, Presburg, 1852), des "artistes français et italiens" (livraison de "nouveaux sujets" à Toulouse, en 1867) et des "maîtres italiens qui excellent dans l'exécution" (Béziers, 1867).
Les scènes de guerre de la Campagne d'Italie de 1859, sont dites, pour leur part, "reproduites à partir de photographies prises sur place [par Léon-Eugène Méhédin ?] et réalisées par un vaillant peintre français [l'un de ceux qui exposera au Salon parisien de 1861 ?], à la demande des frères Rossi" (Napoli, 1860).
C'est encore au sujet de ces mêmes batailles de la Campagne d'Italie du Panorama Rossi, qu'il est dit, sept ans plus tard, qu'au lieu "des vues banales que l'on trouve dans toutes les foires, on voit de grandes et larges peintures rappelant sans désavantage celles que le colonel Langlois expose dans son petit pavillon des Champs-Elysées" (Bordeaux, octobre 1867).
Il s'agit là d'une référence au Panorama de la Bataille de Solférino (de 120x14 m), exposé par Jean-Charles Langlois (1789-1870) dans la nouvelle Rotonde parisienne depuis juin 1865 et visité alors par les foules lors de l'Exposition Universelle d'avril à novembre 1867.
Les vues
Le Panorama-Cyclorama des frères Rossi n'offre pas les "vues lithographiées d'un spectacle ordinaire" (Barcelona, 1866 ; Toulouse, 1867) mais de grandes peintures et de "vastes et minutieuses aquarelles", probablement doublées ou marouflées sur toile (Béziers, 1867).
Leurs qualités sont régulièrement rappelées : "la richesse de perspectives enchanteresses", "les points de vue les plus agréables" (Milano, 1853), "la vérité des détails, la beauté du coloris et la magnificence de la composition" (Modena, vers 1855-56 ?), "la fidélité des lieux [et des coutumes régionales], les proportions des objets et l'illusion parfaite" (Bologna, 1857), "la perfection du dessin, de la couleur" (Napoli, 1860).
Les sujets
Le Panorama-Cyclorama propose un "Voyage pittoresque autour du monde (Presburg, 1852), "un périple qui s'étend sur plus de 10 000 milles italiens" (Trieste, 1852). une "description des voyages les plus remarquables" (Casale, 1854), "un voyage dans tout l'univers" (Bordeaux, 1867).
Le spectateur est transporté "au coeur de tant de merveilles à la fois agréables, instructives et intéressantes" (Bordeaux, 1867). De plus, c'est sans se déranger, sans perte de temps, sans fatigue, sans frais et sans danger qu'il explore des contrées lointaines et assiste au déroulement des grandes batailles. Son voyage dans la géographie et l'histoire, dans l'art, la culture et la science est empreint de magie, "d'illusion", "d'enchantement" (Bologna, 1857 - Barcelona, 1866).
Le vocabulaire promotionnel parle sans cesse de "nouveauté", "d'originalité", de "singularité", de "variété", de "beauté", de "merveilles", d'éléments "extraordinaires", "précieux", "magnifiques", "superbes", "surprenants", "marquants", "gigantesques" qui entraînent la "satisfaction" du visiteur.
La liste des sujets rappelée ci-dessous (par ordre chronologique d'apparition) n'est pas exhaustive, du fait qu'une partie seulement des annonces concernant une même ville a pu être retrouvée et que certaines d'entre elles ne précisent pas le détail du programme.
Aussi, les vues montrées à Brünn (1852), Brescia (1853) et Valladolid (1865) restent-elles totalement inconnues et celles de Lisboa (1862-63) et Madrid (1864) ne sont-elles connues qu'en partie. Les villes visitées par les Frères Rossi n'ont été, elles aussi, retrouvées qu'en partie et leur nom et leurs programmes restent totalement inconnus, notamment pour l'ensemble des années 1858, 1859 et 1861.
Enfin, certains titres attribués aux sujets sont changeants et il est parfois difficile de savoir s'ils concernent ou non les mêmes vues. Tout ceci empêche une analyse détaillée des thèmes et de leur évolution.
Il apparaît cependant que les thèmes choisis concernent :
- d'une part, des pays, des villes, des ports, des monuments et des paysages, découverts à vol d'oiseau ou en suivant le cours d'un fleuve ou d'un itinéraire marin,
- et, d'autre part, des faits historiques marquants, éloignés dans le temps (batailles terrestres et navales, émeutes) ou très récents, représentés sur toile dès les mois suivants.
Le Voyage en Amérique du Nord, réalisé en 1851, semble avoir été l'un des sujets les plus souvent exposés entre 1852 et 1868. Il est suivi dans ce classement par celui de la Vue du Rigi, dès 1855, et par celui de la Campagne d'Italie de 1859, présenté au plus tard en 1860.
Il faut préciser que l'ensemble des sujets exposés par les frères Rossi sont des sujets en vogue au milieu du XIXe siècle, aussi bien dans les États italiens, l'Empire d'Autriche, la Prusse, l'Espagne, le Portugal, la France, le Royaume-Uni ou encore la Belgique et les Pays-Bas (tableaux, lithographies, panoramas, articles, ouvrages, musiques, chants, spectacles de théâtre...).
Liste des sujets et des villes où ils ont été présentés :
- Palais de Cristal de l'Exposition Universelle de Londres [de 1851] (Wien, 1852) et/ou Intérieur du grand palais de verre à Londres (Presburg, 1852)
- Panorama de Vienne (Presburg, 1852) et/ou Vue de Vienne (Lodi, 1855)
- Voyage en Amérique du Nord, de New York à Philadelphie, réalisé en 1851 (Presburg, 1852 - Trieste, 1852), ensuite augmenté "jusqu'à Baltimore" et "Washington" (Casale, 1854 - Milano, 1854 - Bologna, 1856-57 - Firenze, 1857 - Napoli, 1860 - Barcelona, 1866 - Toulouse, 1867 - Béziers, 1867 - Bordeaux, 1867 - Torino, 1868).
Les statistiques semblent dater de 1840 mais sont accompagnées d'une description qui semble pour sa part dater du tout début des années 1850.
- Voyage de Toulon à Canton (Presburg, 1852 - Trieste, 1852 - Lisboa, 1862-63).
Ce panorama réalisé au plus tard en 1851 est probablement inspiré des navires de guerre à vapeur de la Marine française qui se sont rendus en Chine entre 1847 et 1851 pour des missions diplomatiques et de protection de la marine marchande d'environ trois ans ; certains d'entre eux sont partis de Toulon, comme la Bayonnaise le 15 avril 1847, le Cassini le 13 février 1848 ou encore la Capricieuse le 28 mai 1850.
- Vue de Jérusalem (Presburg, 1852 - Lisboa, 1862-63)
- Coblence et Ehrenbreistein (Presburg, 1852)
- Bataille entre les Chinois et les Anglais [de 1842 ?] (Presburg,1852)
- Bataille d'Eckemferdede [de 1849] (Presburg, 1852)
- Soumission d'Abdelkader [de 1847] (Presburg, 1852)
- Jeux d'eau de Saint-Pétersbourg (Presburg, 1852) et Vue générale de Saint-Pétersbourg (Lodi, 1855 - Modena, vers 1855-56 ? - Bologna, 1856-57)
- Bataille de Chillianwala en Inde [1849] (Presburg, 1852)
- Voyage au Pays de l'Or, la Californie, de San Francisco à Sacramento (Venezia, 1853 - Barcelona, 1866)
- Bataille d'Isly du 14 août 1844 (Casale, 1854 - Bologna, 1856-57 - Firenze, 1857 - Ferrara, vers 1856-57 ?)
- Grande Bataille navale Turco-Russe de Sinope [de 1853] (Casale, 1854 - Modena, vers 1855-56 ?)
- Grande Guerre d'Orient [de Crimée, 1854-1855] (Lodi, 1855 - Modena, vers 1855-56 ?), augmentée de la suite de la Guerre jusqu'à la Prise de Malakoff [de septembre 1855] (Bologna, 1856-57 - Barcelona, 1866)
- Voyage de 16 lieues sur la Tamise à travers Londres (Lodi, 1855 - Modena, vers 1855-56 ? - Bologna, 1856-57 - Ferrara, vers 1856-57 ?).
Ce sujet, qui ne semble pas cité avant Lodi, en juin 1855, peut avoir été réalisé vers 1854-55. Il est décrit en détail dans l'affiche de Ferrara (vers 1856-57 ?). De nombreux éléments semblent renvoyer à des statistiques londoniennes de 1835. Le fait que la Royal Academy of Arts est encore citée dans le local de Sommerset House va dans le même sens, sachant qu'elle va déménager à Trafalgar Square dès 1837. Le chemin de fer en construction, "situé sous la grande Tamise qui relie une partie de la ville à l'autre" [Rotherhithe et Wapping], évoque bien le célèbre tunnel dont les travaux ont été entamés en 1825 mais son inauguration de 1843 ne va cependant réserver l'accès qu'aux seuls piétons, jusqu'en 1869.
- Vue du Mont Rigi en Suisse (Bologna, 1856-57 - Ferrara, vers 1856-57 ? - Barcelona, 1866 - Bordeaux, 1867) et/ou Voyage à travers les cantons suisses (Firenze, 1857), Vue de la Suisse (Toulouse, 1867), La Suisse et ses glaciers (Béziers, 1867 - Bordeaux, 1867)
- Villes de Buda-Pest sur le Danube (Bologna, 1856-57 - Ferrara, vers 1856-57 ? - Firenze, 1857 - Lisboa, 1862-63)
- Vue de Berlin en proie à un incendie à une période d'émeutes [du 18 mars 1848 ?] (Bologna, 1856-57) et/ou Vue de Berlin en 1848 (Ferrara, vers 1856-57 ?)
- Place Saint-Marc à Venise illuminée pour les fêtes (Firenze, 1857)
- Guerre d'Afrique [Guerre d'Algérie, depuis 1830, principaux épisodes dont celui de La soumission d'Abd-el-kader de 1847, cité plus haut] (Madrid, 1864 - Barcelona, 1866)
- Campagne d'Italie de 1859 (Napoli, 1860 - Lisboa, 1862-63 - Barcelona, 1866 - Toulouse, 1867 - Béziers, 1867 - Bordeaux, 1867 - Torino, 1868)
- Guerre civile d'Amérique [Guerre de Sécession, depuis 1861] (Lisboa, 1862-63)
- Vues d'Italie et d'Allemagne de la guerre actuelle ou Dernière campagne pour l'indépendance de l'Italie [Guerre austro/italo-prussienne de l'été 1866] (Barcelona, 1866 - Torino, 1868)
- Paris vu d'en haut, en survolant les rives de la Seine ou Paris moderne (Barcelona, 1866 - Béziers, 1867 - Torino, 1868)
- Prise de Gaeta [au sud de Rome ; invasion napoléonienne du Royaume de Naples en 1806] (Barcelona, 1866)
- Vue de Florence (Barcelona, 1866 - Toulouse, 1867 - Béziers, 1867 - Bordeaux, 1867)
- Le fleuve Mississipi (sic) (Bordeaux, 1867)
