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LOUIS DODERO (1824-1902), PHOTOGRAPHE
GÊNES
Luigi Dodero est né, à Gênes, le 6 septembre 1824. Il est le fils d'Andrea Dodero, journalier (né vers 1790 à San Martino, près Gênes, République de Gênes) et de Benedetta Vivaldi (née vers 1791 à San Remo, République de Gênes) (1).
MARSEILLE
La famille Dodero quitte Gênes pour le sud de la France entre la naissance de Louis en septembre 1824 et celle de sa soeur, Marie Louise Dodero, le 26 juin 1827, rue St. Jacques, 1, à Marseille (Bouches-du-Rhône).
Les parents Dodero se séparent peut-être dans les années 1830 car le père, Andrea/André Dodero, manoeuvre, semble être seul à Toulon (Var), lorsqu'il décède à l'hôpital civil de cette ville, le 7 février 1839.
En 1847, sa veuve, Benedetta Dodero, née Vivaldi, est à nouveau signalée à Marseille, rue des Consuls, 26, à l'occasion du mariage de sa fille.
Marie Louise Dodero, modiste, âgée de 21 ans, épouse à Marseille, le 3 mai 1849, Alphonse Thaüst, coiffeur, veuf en premières noces, âgé de 32 ans (né le 3 juillet 1816 à Pertuis, Vaucluse).
Luigi/Louis Dodero/Dodéro a alors 24 ans. Après une formation d'ingénieur-opticien (2), il a ouvert, depuis peu (fin 1848 ou début 1849), un atelier de photographie où il réalise au Daguerréotype des portraits qui sont coloriés (procédé américain Warren Thomson, répandu à Paris dès 1847) et dispense des leçons.
La date, le lieu (Marseille ou Paris ?) et l'atelier où il s'est formé à la photographie restent inconnus.
Son adresse est dite, "rue St. Ferréol, 23, l'escalier dans le passage" puis "passage St. Ferréol" (journaux, étiquettes) ou "passage St-Ferréol, 23 (Nouvel Indicateur marseillais de 1850 (pp. 289 et 555).
Même si aucun document n'en témoigne, Louis Dodéro semble, dès sa première année d'activité, former son beau-frère Alphonse Thaüst au Daguerréotype, l'employer dans son atelier et peut-être même le prendre pour associé (3).
Fin septembre ou début octobre 1850, Louis Dodero déménage cependant son atelier marseillais au n° 8 de la rue Saint-Ferréol, vis-à-vis de M. Moulet, confiseur.
Le 8 octobre 1850, Louis Dodéro dépose, à l'Académie des Sciences de Paris, son "procédé Dodéro" pour la conservation des épreuves daguerriennes.
En 1851, il réalise des vues de la région et multiplie les recherches sur différentes applications de la photographie. Il les présente au journal La Lumière qui publie sa lettre, "très-originale et très-gaie", le 24 août 1851 :
- "M. Dodero, qui a l'imagination vive et l'esprit pratique, nous a adressé une excellente vue des arènes d'Arles, obtenue au moyen d'un cliché de verre, en nous annonçant qu'il a fixé d'autres sites des contrées du Midi, non moins dignes d'intérèt : notre correspondant nous témoigne à ce sujet le désir de trafiquer, par échange, avec ses confrères du Nord ; moyen facile de compléter des collections de part et d'autre. Il propose aussi que l'on établisse dans les deux villes un double dépôt, etc. (...).
Très-épris d'idées pratiques, M. Dodero les caresse jusqu'en ses fantaisies. Il nous raconte avec bonhomie que s'étant avisé de mettre, au lieu de son nom, son portrait sur ses cartes de visite, ce caprice a été goûté, a trouvé des imitateurs, et, par lá, popularisé la découverte dans le pays.
Alors, M. Dodero a marqué son linge par le même procédé, boutade assez comique, en ce qu'elle implique pour les blanchisseurs la nécessité de connaître de visu les traits de leurs pratiques ; mais boutade fort intelligente, car elle indique aux fabricants d'étoffes la possibilité d'appliquer la photographie à l'impression des foulards, des rideaux de coton, etc.
Une fois en belle humeur, M. Dodero ne s'arrête plus : "Si, dit-il, on parvient un jour à rendre les manipulations plus simples et moins coûteuses, on pourra les appliquer aux passe-ports, aux permis de chasse, etc..." (...).
Il conclut par demander si l'utilité de ces diverses applications triomphera, dans l'indulgente pensée des lecteurs, de la bouffonnerie de l'idée ; alléguant, en forme d'excuse, que, jeune, artiste, pourvu du nécessaire et célibataire, il a bien des raisons pour être de joyeuse humeur" (4).
MARSEILLE ET LYON
Lyon
Au printemps 1851, au plus tard, Louis Dodero ouvre une succursale de son atelier marseillais, à Lyon, rue de la Préfecture, 9.
Il y officie en alternance avec son beau-frère qui prend alors le nom "d'Alphonse Thaüst-Dodero" (3). Chacun d'eux possède cependant des étiquettes à son nom, collées au verso des daguerréotypes.
L'adresse lyonnaise y est toujours citée parallèlement à l'adresse marseillaise de la rue St. Ferréol, 8 (mais il est vrai que peu de daguerréotypes affichant l'adresse précédente du passage St. Ferréol sont conservés ou consultables) :
- "Portraits au Daguerréotype - Livrés qu'apres entière satisfaction et garantis ineffa çables Coloriés ou non sur plaque - d'Argent sur Verre et sur Papier. - Portaits en Ville et après décès 5fcs de plus. - Depuis 4fcs et au dessus - par - DODERO - Reproduction de toute especes d'objets d'arts et de la nature. - Rue de la Préfecture, 9. - LYON - Dans un Pavillon vitré - Opere tous les jours du matin au soir et par tous - les temps - MÊME MAISON A MARSEILLE RUE ST FERREOL, 8 - Combien de persommes regrettent de ne pas avoir le portrait de leur parents et amis décédés ?". L'indication manuscrite suivante est ajoutée : "agée de 12 ans 11 mois - Lyon le 12 avril 1852" (Fondation Alinari de Florence).
Marseille
En février 1852, Louis Dodero expose notamment, à la porte de son immeuble de la rue St. Ferréol, 8, un portrait, agrandi à des dimensions jamais vues, d'environ 30 cm de largeur sur 40 centimètres de longueur (Gazette du Midi du 20 février 1852).
Il expose également au Musée de Marseille deux "daguerréotypes sur papier" (Catalogue des tableaux, dessins et objets d'art exposés au Musée de Marseille, 1852, p. 14).
Dans une nouvelle annonce, qui paraît dans la Gazette du Midi du 11 novembre au 6 décembre 1852, Louis Dodero, souhaitant éviter toute méprise, rappelle à son public que son adresse de la rue St. Ferréol, 8, vis-à-vis M. Moulet, confiseur (au n° 7), n'est pas au commencement de la rue mais bien "à la Quatrième porte à droite, maison Bailly, dentiste" (presque au coin de la rue Pavillon).
Par ces précisions, Louis Dodero cherche à se différencier d'autres photographes installés rue St. Ferréol (Fluchaire-Rivory au n°1, Bryon d'Orgeval au n° 2, Garnier au n° 21 et Desmont(s) au n° 38) mais sutout de ceux situés, comme lui, à l'extrémité nord de la rue (Fluchaire-Rivory et Brion d'Orgeval), et en particulier de Fluchaire-Rivory (fabrique de cols et cravates proposant des fournitures pour le daguerréotype et des portraits faits dans un salon donnant sur la rue Canebière).
Des textes, de tonalité semblable, visant à le dissocier d'artistes qu'il dit "incapables", sont présents avec cette même adresse marseillaise (souvent accompagnée de celle de la succursale lyonnaise), sur les étiquettes collées au verso de daguerréotypes conservés qui peuvent être datés entre 1851 et 1853 :
- "Ci-devant Passage St. Ferréol - DAGUERREOTYPE - DODÉRO - Rue Saint-Ferréol, 8, - Maison de M. Vial Md de Nouveautés. - MARSEILLE - Vis-à-vis M. Moulet Confiseur. - Un opère tous les jours, par toutes sortes de temps sur - plaque d'argent, sur papier et sur verre. Portraits après - décès et en ville. Reproductions de gravures, tableaux et - Spécialité pour le coloris. - Maison à Lyon, Rue de la Préfecture, 9." (type d'étiquette collée au verso de daguerréotypes notamment conservés à la Fondation Alinari de Florence, au Metropolitan Museum of Art de New York et au Musée français de la Photographie, Bièvres, Essonne) (Images 7 et 8).
- "MARSEILLE - Presque au coin de la rue Pavillon, - et vis-a-vis Mr. Moulet - Portraits en Ville et après Décès. - DODERO - Gd. assort. d'Ecrins, Broches, Cadres, Medaills. - PHOTOGRAPHE - 8, Rue St. Ferreol, 8. - Auteur d'un procédé déposé aux Archives de l'Academie des Sciences de Paris - Séance du 8 octobre 1850. - AVIS - Son atelier n'est pas au commencement de la rue St Ferréol, je crois devoir le rappeler au Public, attendu que par megarde plusieurs personnes le designent ainsi, cette indication trop facile peut-être pourrait produire des erreurs et un travail dont je ne pourrais me rendre responsable - les portraits sortant de chez moi portent mon nom et mon adresse" (Collection privée, vente août 2000, Christopher Wahren, Galerie Skylight).
- "DAGUERREOTYPE - SPÉCIALITÉ pour le Coloris - PORTRAITS après Décès et en Ville - DODÉRO - RUE ST. FERRÉOL, n° 8 - MARSEILLE - (et Rue de la Préfecture, N° 9, à Lyon.) - Portraits sur plaques métalliques et sur papier tous les jours et par toute sorte de temps - AVIS - N'étant pas de ceux qui exposent des Portraits achetés à Paris ou faits par des Artistes de passage, le Sr. Dodéro s'engage à ne livrer que des épreuves telles que celles qu'il a en montre et les garantit soit comme durée, soit comme réussite. Il est utile de faire remarquer au public combien il est pénible de voir effacer peu à peu le Portrait d'une personne absente ou décédée et cela pour en avoir confié l'exécution à des Artistes aussi incapables que peu consciencieux, qui pour travailler n'ont d'autre ressource que le mensonge et le charlatanisme - (Nota) le procédé Dodéro a été déposé aux archives de l'Académie des Sciences à Paris (Séance 8 8bre 1850.)" (Collection privée).
La succursale lyonnaise semble cependant abandonnée au cours de l'année 1853.
MARSEILLE ET GËNES
Marseille
On lit dans la Gazette du Midi du 21 mai 1853 :
- "On connaît les effets merveilleux du daguerréotype, en voici un résultat de plus, aussi curieux qu'il est nouveau : il s'agit d'un instrument composé de deux lunettes de spectacle juxtaposées, au moyen desquelles le portrait ressort tellement en relief qu'on croit se trouver en présence de la personne représentée. Les traits et tous les détails des vêtemens (sic) ressortent à tel point qu'on croirait les toucher de la main.
Cet instrument s'appelle stéréoscope ; on peut juger de l'effet qu'il produit chez M. Dodero, un de nos daguerréotypeurs les plus distingués et les plus avantageusement connus à Marseille ; mais il y a plus, et l'on jugera de l'intérêt que présente l'appareil en question par la note que nous remet M. Dodero lui-même :
"Je viens vous soumettre une découverte qui paraîtra si extraordinaire qu'on pourrait m'accuser de vouloir en imposer à la crédulité du public ; c'est de voir, dans cet instrument, la reproduction d'une figure par la réunion de deux personnes de sexe différent, de telle sorte que deux fiancés pourraient connaître, avant de s'unir, les traits que pourrait avoir l'enfant issu de leur union, une fois arrivée à l'âge qu'ils ont eux-mêmes. On peut s'assurer de ce que j'avance et j'en offre la preuve à tous ceux qui désireront voir cette expérience". M. Dodero est établi rue St-Ferréol, 8.".
Entre fin mai et fin août 1853, Louis Dodero s'associe à Marseille avec le dessinateur, lithographe et peintre, Victor Désiré Cassien (né le 25 octobre 1808 à Grenoble, Isère), installé à Marseille avec sa famille, depuis 1842 (5).
Ce dernier ne semble pas cité en tant que photographe avant cette date. Est-ce Louis Dodero qui l'a formé à la photographie ? Victor Cassien va-t-il principalement s'occuper de retouche et de colorisation des épreuves ?
Il est probable que lee deux hommes se connaissent depuis quelques temps, non seulement parce que leurs ateliers sont situés dans la même rue, mais encore parce qu'ils ont exposé (séparément) au Musée de Marseille en 1852 (Catalogue..., opus cité, pp. 11 et 14).
Louis Dodero déménage son atelier à l'adresse de celui de Victor Cassien, rue Saint-Ferréol, 50, l'atelier, prenant le nom de, "Cassien et Dodero" (dans cet ordre).
"MM. Cassien et Dodero, par des expériences réitérées, par les soins exceptionnels qu'ils ap-portent à tout ce qui sort de leurs mains, se sont mis en mesure de répondre à toutes les exigences.
Il est difficile d'arriver à des résultats plus satisfaisans (sic) que ceux qu'obtiennent en ce moment ces deux honorables artistes : les épreuves placées sous les yeux de public, au coin des rues St-Ferréol et de la Darce, attirent tous les yeux par le charme, la correction du dessin et l'heureuse disposition des ombres, s'alliant aux qualités de la ressemblance la plus rigoureuse.
Le substitution du papier à la plaque métallique iodurée, en faisant disparaître le fâcheux effet du miroitement reproché sux premiers essais, a permis de donner plus de fermeté aux lignes, plus de gràces aux contours et plus d'harmonies aux teintes. Si l'on ajoute que les moindres détails sont reproduits par l'appareil photographique avec une minutieuse fidelité, on comprendra le mérite tout spécial des épreuves faites avec soin et la succès qui s'y attache.
Nous n'hésitons pas à dire que toutes ces conditions sont réunies à un baut degré dans les œuvres de MM. Cassien et Dodero et justifient complètement la vogue dont elles jouissent dans l'upinion publique.
Et ce ne sont pas seulement des portraits qu'on peut leur demander, portraits d'une dimension véritablement exceptionnelle, finis comme des œuvres de crayon et parfaits à ce point qu'ils peuvent, en quelque sorte, défier la loupe, quelquefois même coloriés avec une remarquable habileté.
lls offrent encore aux cartons de l'artiste toutes les épreuves dont il peut avoir besoin pour ses études, sites ou mоnuments, aspects de grandes villes, paysages charmants et pittoresques, tout ce qui était jadis du domaine exclusif du dessin, tout ce qui exigeait autrefois un crayon habile et exercé, et qu'on peut obtenir aujourd'hui en quelques secondes, avec l'ingénieux appareil de Daguerre, par une simple et facile décomposition de la lumière ..." (Gazette du Midi du 31 septembre 1853).
Certains des daguerréotypes conservés affichent, au verso, cette adresse à leurs deux noms :
- "RUE St. FERRÉOL, 50 - DAGUERREOTYPE MARSEILLE PHOTOGRAPHIE - CASSIEN ET DODERO - Portraits par tous les procédés connus jusqu'a ce jour.. - Nota : Cet établissement étant entouré de beaucoup d'autres du même genre, on est prié de bien observer l'adresse ci-dessus" (étiquette collée au verso de daguerréotypes notamment conservés au Musée français de la Photographie, Bièvres, Essonne et à la Fondation Alinari de Florence ; datation probable de ces étiquettes : entre 1853 et 1855) (Image 9).
Gênes
Dès 1853, Louis Dodero semble également alterner entre son atelier marseillais et une nouvelle succursale, qui vient remplacer celle de Lyon, dans sa ville natale de Gênes (Ligurie). Cette succusrsale n'est cependant pas citée sur les étiquettes "Cassien et Dodero".
C'est son beau-frère et sa soeur qui vont s'y installer, dès le deuxième semestre 1853, et ce sont essentiellement les étiquettes, en français ou en italien, des daguerréotypes conservés "d'Alphonse" ou "d'Alfonso Thaüst Dodero", qui révèlent les adresses successives de l'atelier (3) :
- une première adresse semble avoir été occupée, pendant une courte durée, en 1853, "Place Saint Dominique, Hôtel de la Lega Italiana" ;
- cette adresse a été délaissée, la même année, pour la "Strada San Siro, 525, terzo piano, vicino alla scalinata della Chiesa" (vers 1853-1855) ;
- vers 1855-1856, l'atelier a déménagé, une dernière fois, pour la "Piazza delle Erbe".
Un album conservé de 29 vues de Gênes et de ses environs (6), daté du "17 mars 1856" porte cependant la signature, "Dodero & C." (Dodero et Thaüst ?).
"Alfonso Thaüst Dodero" et son épouse quittent Gênes à la fin de l'année 1855 ou au tout début de l'année 1856 mais Louis Dodero conserve peut-être l'atelier pendant quelques temps encore, ce dernier étant à nouveau cité dans Il Cicerone ossia guida di Genova de 1857.
Les membres de la famille Thaüst sont rentrés en France et se sont installés à Six-Fours (Six-Fours-les-Plages, Var) où ils sont cités dès le recensement de mai 1856 (7).
Le choix de cette destination s'explique par la présence dans cette ville de Benedetta Vivaldi, (veuve Dodero et mère de l'épouse d'Alphonse) qui y a acquis une propriété, entre 1851 et 1856, afin de rejoindre la famille de son beau-frère, Giovanni Battista Tomaso/Jean-Baptiste Thomas Dodero (né à Gênes, le 21 novembre 1810).
Marseille
En 1855, Louis Dodero déplace son atelier de la rue St. Ferréol, 50, à son domicile de la rue Can(n)ebière, 23 (vit-il à cette adresse depuis 1853 ou seulement depuis 1855 ?).
L'Indicateur marseillais de 1856 cite ensuite à cette même adresse : "Dodero et Cie, photographes" (Dodero et Thaüst ?). Il y est cependant signalé seul, dans le recensement de mai 1856.
De rares daguerréotypes conservés affichent, au verso :
- "Photographie - Daguerréotype - DODERO & Cie. - Rue Canebière, 23, - Vis-a-vis la Rue Pavé d'Amour - MARSEILLE . - Portraits par tous les Procédés connus jusqu'à ce jour" (daguerréotype conservé en Allemagne, dans une Collection privée) (Images 11 et 12).
L'association avec Victor Cassien semble n'avoir duré que deux années et pose la question de leur séparation.
Plusieurs hypothèses sont envisageables mais il semble que c'est l'ampleur qu'a prise l'atelier qui a poussé les deux hommes à la séparation, chacun travaillant, dès 1855, avec de nouveaux collaborateurs : "Dodero et Cie" mais également "Cassien et Cie".
Du côté de Louis Dodero, le terme de "Compagnie" désigne peut-être l'association Dodero et Thaûst (Album de Gênes de mars 1856) ou celle entre "Cassien et Dodero" mais il est impossible de le préciser.
En tout cas, Louis Dodero et Victor Cassien ne sont pas fâchés. En effet, le 28 novembre 1857, Louis Dodero, âgé de 32 ans, "propriétaire", épouse la fille de Victor Cassien, photographe, et de Virginie Ravanat, Victoire Marie Blanche Cassien, âgée de 19 ans (née le 3 mai 1838 à Grenoble, Isère).
MARSEILLE ET SIX-FOURS
Six-Fours
Le couple Dodero part ensuite s'installer, lui aussi, à Six-Fours. C'est là que vont naître leurs deux premiers enfants : Blanche Marie Joséphine Dodero, le 9 mars 1859, et Georges Paul André Dodero, le 18 décembre 1860.
Benedetta Vivaldi, veuve Dodero, la famille d'Alphonse Thaüst et celle de Louis Dodero vivent dans le même hameau, respectivement aux numéros 9, 11 et 13.
Louis Dodero est présent lors de la naissance de son premier enfant en mars 1859, et il signe sa déclaration de naissance. Il est cependant dit "absent" lors de la déclaration du deuxième, en décembre 1860.
Ceci interroge sur son activité de photographe pendant ces années-là (comme d'ailleurs sur celle d'Alphonse Thaüst), la ville de Six-Fours étant située à 84 km de Marseille.
Alterne-t-il entre Six-Fours et Marseille ? Est-ce son beau-frère Alphonse Thaüst qui le relaie, comme par le passé à Lyon puis à Gênes ? Est-ce un assistant ou un gérant qui assure le fonctionnement de son atelier marseillais ?
Louis Dodero est le plus souvent cité en tant que "propriétaire", sans que l'on puisse savoir s'il est propriétaire de son domicile marseillais et/ou de la propriété agricole de Six-Fours.
Marseille
Victor Cassien, le beau-père de Louis Dodero, conserve l'adresse d'atelier de la rue Saint-Ferréol, 50, jusqu'en 1861, date où il regagne son Isère natale.
Louis Dodero semble conserver l'adresse de la rue Canebière, 23, au-delà de 1860 mais l'Indicateur marseillais explicite une transition dans les années suivantes :
- 1861 : Louis Dodero est toujours cité "rue Canebière, 23" mais un autre "photographe" du nom de "Roubaud" est séparément cité à cette même adresse (le recensement de 1861 ne signale pas, à cette adresse, Louis Dodero mais Louis Roubaud avec sa famille) (8) ;
- 1862 : ce sont cette fois ensemble que sont cités à cette adresse, "Dodero, photographe - Roubaud (de Dodero), photographe" ;
- 1863 : seul, "Roubaud (de Dodero), photographe, rue Cannebière, 23" est cité
- 1864 : la mention "(de Dodero)" disparaît pour laisser la place à, "Roubaud, Louis, photographe, rue Cannebière, 23".
Il semble donc que Louis Dodero a travaillé avec Louis Roubaud (né à Marseille le 24 août 1814), au plus tôt en 1857 (Louis Roubaud, lors de son second mariage, à la date du 12 février 1857, étant encore dit, "commis") et au plus tard en 1860.
Louis Dodero a progressivement confié les rênes de son atelier à Louis Roubaud, avant de lui céder la place vers 1861-1862. Il est difficile de préciser davantage, du fait d'une probable gérance accordée à Louis Roubaud, avant une véritable cession.
En 1864, Louis Roubaud déménage pour le cours Belzunce, 2 (du fait de la vente de l'appartement de la rue Cannebière par Louis Dodero ?). Louis Roubaud va malheureusement décéder à cette nouvelle adresse le 8 juin 1866, à l'âge de 51 ans.
Six-Fours
Après 1861, Louis Dodero n'est plus cité qu'à Six-Fours.
Son troisième enfant, Paul Victor André Dodero, naît dans cette commune, le 12 juillet 1865 ; Louis Dodero est présent et signe la déclaration de naissance.
Cependant, sa mère, Benedetta Vivaldi, veuve Dodero, décède à Six-Fours le 15 novembre 1865, âgée de 74 ans.
Louis Dodero et son épouse semblent se séparer peu après. Marie Louise Dodero, née Cassien, part avec les trois enfants, rejoindre son père en Isère..
Louis Dodero est désormais signalé, seul, dans le recensement de Six-Fours de mai 1866 puis dans tous les recensements suivants.
Le couple ne divorcera pas et les trois enfants feront notamment leur vie à Grenoble, sans que l'on puisse savoir s'ils reverront ou non leur père.
Louis Dodero, toujours domicilié à Six-Fours est, à Toulon, témoin du mariage de sa nièce, Agnès Augustine Marie Thaüst, le 14 juillet 1873 ("âgé de 49 ans, sans profession") puis, vingt ans plus tard, à celui de sa nièce, Eugénie Victoire Thaüst, le 20 septembre 1893 ("âgé de 69 ans, propriétaire").
Il n'assiste pas, cependant, aux mariages de ses fils, dans les années 1890 mais est consentant par acte notarié.
Louis Dodero, "propriétaire, âgé de 76 ans [78 ans], fils de feu Jean Dodero [d'André Dodero], né à Gênes et de feue Marie Oneto, née à Gênes [de Bénédicte Vivaldi, née à San Remo]", décède à Six-Fours, le 18 décembre 1902.
Sa veuve, Victoire Marie Blanche Dodero, née Cassien, décédera à Bron (Rhône), boulevard Pinel, au domicile de son fils Paul, le 16 août 1912, âgée de 74 ans.
LES ATELIERS DE LOUIS DODERO
En l'état des connaissances, la carrière de daguerréotypeur et de photographe de Louis Dodero semble avoir duré 12 années environ, de 1849 au début des années 1860. Ses ateliers sont situés (par ordre chronologique) :
À Marseille (Bouches-du-Rhône)
- de l'hiver 1849 à l'automne 1850, dans le passage St. Ferréol, près du n° 23 de la rue éponyme, probablement avec Alphonse Thaüst (dès 1849 ?) : portraits individuels et de groupes au Daguerréotype, noirs ou coloriés avec le système Thompson ; reproduction d'oeuvres d'art ;
- de l'automne 1850 au printemps ou à l'été 1853, atelier rue St. Ferréol, 8 : portraits au Daguerréotype, sur plaque d'argent, sur verre et sur papier, coloriés ; portraits sur cartes de visite et sur tissu et vues du Sud de la France d'après négatif verre (dès 1851) ; portraits après décès (1852) ; agrandissements de grand format (dès 1852) ; stéréoscopies (dès 1853).
À Lyon (Rhône)
- une succursale ouverte rue de la Préfecture, 9, du printemps 1851 (au plus tard) à 1853, avec Alphonse Thaüst-Dodero.
À Marseille
- de 1853 à 1855, atelier rue St. Ferréol, 50, en association avec Victor Cassien.
À Gênes (Ligurie)
- de 1853 à début 1856 (ou 1857 ?), à 3 adresses successives : place Saint-Dominique, Hôtel de la Lega Italiana en 1853, rue San Siro, 325 de 1853 à 1855 (?) et place de l'Herbe, de 1855 à 1857 (?), avec Alphonse Thaüst Dodero ; portraits et vues ; calotypes de l'Album de Gênes (1856) (7).
À Marseille
- de 1855 à 1860-1862 (?), atelier rue Canebière, 23, avec Alphonse Thaüst ou un autre photographe (?), au milieu des années 1850 puis avec Louis Roubaud, à la fin de la décennie ; ce dernier va lui succéder au début des années 1860.
Près d'une vingtaine de daguerréotypes portant le nom de Dodero sont conservés de nos jours dont de nombreux portraits après décès. Les étiquettes présentent le seul nom de "Dodero" ou les deux noms de "Cassien et Dodero".
L'association des noms de "Dodero et Thaüst" et de "Dodero et Roubaud" reste absente des étiquettes connues. Certaines présentent cependant le nom de "Thaüst(-)Dodero".
NOTES
(1)- En France, Andrea Dodero est dit âgé de "36 ans" en 1827, à la date du mariage de sa fille à Marseille (né vers 1791 ?) puis de "50 ans", à la date de son décès à Toulon (né vers 1789 ?).
Benedetta Dodero, née Vivaldi, est dite âgée de "32 ans" en 1827, avec quatre ans de moins que son époux (née vers 1795 ?) puis âgée de "65 ans" dans le recensement de Six-Fours de 1856 (née vers 1791 ?) et âgée de "74 ans", lors de son décès à Six-Fours en 1865 (née vers 1791 ?).
(2)- A ma connaissance, Louis Dodero n'est dit "opticien" que dans l'acte de naissance de sa première fille, en 1859, à Six-Fours. Cependant, en 1852, il est, en tant "qu'ingénieur-photographe", le témoin d'un mariage où le jeune marié et les trois autres témoins sont tous des "opticiens".
(3)- La biographie détaillée d'Alphonse Thaüst sera bientôt mise en ligne sur ce blog.
(4)- Des extraits de ce texte seront rappelés dans la Gazette du Midi du 6 mars 1853, à l'occasion de la proposition de M. Verneuil, "d'ajouter au signalement qui se trouve sur la feuille de la police le portrait photographique du porteur".
(5)- Cette étude étant consacrée à Louis Dodero, la vie et la carrière de Victor Cassien ne peuvent être détaillées ici.
Le Musée Dauphinois de Grenoble (Isère) conserve un portrait de Victor Cassien et un autre de sa fille, Victoire Marie Blanche Cassien, épouse Dodero, datant du tout début des années 1860 mais également de nombreuses photographies prises par les descendants de Louis Dodero, son fils Georges Paul André Dodero puis son petit-fils Maurice Dodero (fils de Paul André Victor Dodero), datant de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle.
(6)- Cet album, constitué de 29 épreuves sur papier salé d'après négatif papier, est conservé à la Fondation Alinari de Florence, sous le titre, "Fotografie sulla Carta - Vedute e Monumenti - della Città di Genova - e suoi Contorni - rivavate - col Daguerreotipo".
Il a été étudié par Michele Falzone del Barbarò, "Un album di calotopie di Alfonso Thaust Dodero", dans, Fotologia n° 7, 1987, pp. 6-17.
(7)- La Fondation Alinari de Florence considère cependant qu'Alphonse Thaüst Dodero a ensuite ouvert un atelier, en 1858, à Livorno (Toscane), Piazza d'Arme, 11.
(8)- Cette étude étant consacrée à Louis Dodero, la vie et la carrière de Louis Roubaud ne peuvent être détaillées ici.











