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mardi 2 février 2021

1176-NICE-PETITE HISTOIRE DU CIMETIÈRE DU CHÂTEAU AU XIXe s.




- Photographe non identifié, Nice, Vue du Paillon, détail, vers 1860,
 la Colline du Château avec les murs d'enceinte du cimetière chrétien
 et au centre la chapelle Sainte-Madeleine,
tirage albuminé, Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.


DERNIÈRE MODIFICATION DE CET ARTICLE : 18/01/2026




NICE - LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU



1782-1792

Par décret du 20 mai 1782, Victor Amédée III, roi de Sardaigne, prince de Piémont et duc de Savoie, acte la nécessité d'établir un nouveau cimetière en dehors de la Ville de Nice et, par lettres patentes du 24 juin 1783, interdit désormais toute inhumation dans l'ensemble des églises (édit du 10 juillet 1783). 

Dès le 30 juin 1783, l'évêque de Nice, Charles Eugène Valperga de Maglione, répercute l'interdiction. 
L'emplacement du nouveau cimetière a été choisi à l’écart des habitations, sur la Colline du Château, de 96 m de haut, qui domine la ville.

Ce rocher est l’ancien site de la ville médiévale qui a laissé place au XVI° siècle à une grande forteresse, démolie en 1706. A la fin du XVIII° siècle, la Colline du Château est un champ de ruines et un terrain vague mal fréquenté, avec les vestiges du Château au sud et de la citadelle défensive au nord.

C’est dans l’enceinte de cette citadelle (achevée en 1580), à l’extrémité nord de la colline qu’est aménagé le Cimetière du Château entouré de hauts murs. Un cimetière militaire y était déjà présent en 1761, ce qui peut expliquer le choix de cet emplacement précis. 

L’évêque bénit le Campo Santo le 2 juillet 1783 (une grande Croix y est installée), une première inhumation a lieu le 9 juillet et l’ouverture officielle se fait le lendemain. L’emplacement originel correspond en grande partie au Plateau d’Entrée du Cimetière actuel.

Les travaux semblent cependant continuer dans les mois suivants. Le cimetière catholique doit en effet s’adapter à la configuration vallonnée du terrain, avec d’importants travaux de terrassement et de destruction de rochers. 

C’est sur le flanc nord de la butte centrale qu’est érigée la chapelle Sainte-Madeleine, afin d’être un lieu de prière pour les morts et un lieu de sépulture pour les ecclésiastiques. La date exacte de construction de la chapelle reste inconnue mais cette dernière a dû s’élever dans les mois suivants l’ouverture du cimetière. Elle est présente sur un plan de la ville daté de 1793 (Service Historique de l'Armée de Terre, Vincennes, Val-de-Marne). 

Cet édifice aujourd’hui disparu (démoli en 1932) était de petites dimensions (18 m de long sur 10 m de large) et d’aspect modeste. Peu visible sur les vues de Nice des XIX° et XX° siècles (estampes et photographies), il était orienté est-ouest et constitué d’une simple abside reliée à un courte nef unique (éclairée par une baie à l'est et au nord), dominée par un petit clocheton. Son entrée ouvrait sur l’allée extérieure du cimetière (une impasse, jusqu'en 1934), avec une porte qui semblait surmontée de deux niches à statue latérales puis d'une petite baie jumelée (voir le détail photographique ci-dessus). Les sépultures ecclésiastiques étaient situées sous l’abside.

La création de la partie israélite du cimetière, située plus au sud, date de la fin de l’année 1783. Elle entraîne, dès janvier 1784 puis en 1788, le transfert contraint des sépultures de l’ancien cimetière juif (créé en 1578), situé en contrebas de la colline du Château, côté nord, au lieu-dit Camas soutran (Champ de Mars Inférieur par opposition au Camas soubran, ou Champ de Mars supérieur, site du cimetière du Château) et contigu au cimetière des Visitandines (emplacement de l’actuel Collège Ségurane). Des anciens cimetières catholiques de la ville vont subir le même sort. Tout d’abord interdits de nouvelles sépultures, ils sont ensuite supprimés. 

Il ne faut cependant pas imaginer la partie nord de la Colline du Château de la fin du XVIII° siècle comme un ensemble d’un seul tenant mais plutôt comme un agrégat de parcelles en friches aux rochers affleurants et de jardins et cimetières enclos de murs. 

Ces terrains appartiennent en partie à l’Etat (ancienne citadelle, terrains militaires, cimetière militaire, enceinte nord-est du dépôt de la Guerre), à la municipalité (cimetières catholique et israélite, terrains en friches), aux Hospices réunis (cimetière) et aux congrégations religieuses qui occupent les flancs ouest et nord de la Colline du Château (jardins et cimetières des couvents de Sainte-Claire de la Visitation et des Cessolines).


 Nice, Plan simplifié du Cimetière municipal du Château, vers 1800. 
En couleur, les zones d’inhumation. 
Les zones grises sont pour la plupart des terrains en pente. 
La zone comprise entre les deux cimetières est qualifiée de "Jardin" sur le plan de 1793.




1792-1814

Suite à l’occupation de Nice par les troupes révolutionnaires françaises puis sa réunion à la France (fin 1792-début 1793), le Cimetière du Château se voit désormais géré par la règlementation française. 

En l’An IV (1796), un officier de santé signale la nécessité de réparations et son état d’insalubrité, trop peu de terre recouvrant les cadavres (L’Eclaireur du Dimanche du 30 octobre 1921 p 4). Une partie du cimetière est dévolue aux soldats de la Garnison, comme l’indique un plan de la ville daté de l'An VI (1798).

Un projet d’agrandissement du cimetière catholique est envisagé dès janvier 1800 (AM, M8-1). La parcelle située au sud de la chapelle Sainte-Madeleine est alors aménagée, constituant le "Nouveau cimetière", alors que le cimetière nord originel prend la dénomination "d’Ancien cimetière". Les deux cimetières sont répartis de chaque côté de la chapelle mais séparés par un terrain intermédiaire.

Suite au Décret impérial du 23 prairial An XII (12 juin 1804), un choix s’impose entre réaménager et agrandir encore le cimetière existant ou trouver un nouveau site répondant à toutes les exigences de salubrité et d’étendue. 

Une expertise médicale est demandée en appui en 1807 et le médecin militaire Revolat qui la rédige, préconise de conserver le Cimetière du Château, aucun site connu, distant des habitations, n’offrant une élévation et une exposition plus favorables. 

Il propose cependant de résoudre les problèmes d’étendue et de salubrité avec les mesures suivantes : 
- ériger un nouveau local d’inhumation (dépositoire) ;
- étendre les zones d’inhumation aux terrains plus à l’est ;
- réunir l’ensemble des deux cimetières catholiques avec le terrain intermédiaire, abattre leurs séparations intérieures et entourer le tout de nouveaux murs plus élevés ;
- faire disparaître les rochers existants ; 
- répartir la terre abondante des parties supérieures orientales pour obtenir une profondeur d’inhumation de 3 m, assainir la terre à la chaux ;
- planter des arbres intérieurs ;
- améliorer le chemin d’accès extérieur. 
Les propositions sont approuvées par le Préfet le 21 octobre 1807 (AD06, CEO 0159/009).

Si des plantations d’ormeaux et de cyprès sont réalisées du côté ouest dès l’été 1808, le reste du projet est cependant fortement retardé par la cession du terrain intermédiaire qui semble, pour une part, appartenir au génie militaire et pour une autre part, aux Hospices réunis (le terrain leur a été cédé par le roi sarde en septembre 1791). 

L’achat de ce dernier terrain n’a lieu que le 25 novembre 1812 (AM, M8-1) mais la plupart des travaux prévus semblent engagés dès le mois suivant.


- Nice, Plan simplifié du Cimetière municipal du Château, vers 1812. 
En couleur, les zones d’inhumation.
Les limites orientales du Nouveau Cimetière catholique ne sont pas connues avec précision.
 



1814-1860

Suite à la restauration sarde (avril 1814) puis aux lettres patentes du roi Charles-Félix du 3 mai 1822, la Ville acquiert la jouissance de la Colline du Château et aménage progressivement sa partie sud. L’espace sauvage et nu du rocher, parsemé de décombres, va devenir une promenade arborée et fleurie accueillant les étrangers. 

La proximité de cette promenade avec le Cimetière du Château va cependant se révéler de plus en plus problématique.


²
Nice, Plan simplifié du Cimetière municipal du Château, vers 1830. 
En couleur, les zones d’inhumation.
Les limites orientales du Cimetière intermédiaire ne sont pas connues avec précision.


- Dessin du Chevalier Paul Emile BARBERI (1775-1847), lithographié par Emilien Desmaisons (?-?), 
Vue des Quais et du Pont-Neuf à Nice, vers 1834,
détail du Cimetière du Château (murs, entrée et chapelle Sainte-Madeleine),
estampe extraite de l'Album, ou Souvenir de la ville de Nice maritime et de ses environs, 1834,
Amsterdam, Rijksmuseum.
L'entrée du Cimetière, au nord-ouest (visible sur la gauche de l'estampe), sera transformée dix ans plus tard.


Plan de la Ville de Nice (Maritime), détail, 1834,
 dessiné et lithographié par Paul Emile Barberi (1775-1847), 
d'après les originaux du cadastre de L. Escoffier, Ingénieur en Chef, 
Imprimerie lithographie de Villain, Nice, 1834,
Nice, Bibliothèque Municipale de Cessole.
Des numéros identifient, du nord au sud :
16 : Cimetière des Chrétiens Romains [Ancien Cimetière catholique ; 
la Chapelle Sainte-Madeleine et le Cimetière intermédiaire ne sont pas identifiés]
16 : Cimetière des Chrétiens Romains [Nouveau Cimetière catholique]
17 : Cimetière des Juifs [dominé par le Jardin Public]
18 : Donjon [et ruines du Château].



A partir de 1829, la Ville autorise les concessions perpétuelles et la possibilité d'y ériger des monuments funéraires. Dès lors, les familles peuvent demander l'attribution d'une concession (de 2 ou 4m2) dont l'emplacement est désigné par l'Architecte de la Ville contre le paiement d'une indemnité prescrite. 

Le nombre de concessions demandées reste faible dans les décennies 1830 et 1840 (de 2 à 13 par an ; Nice, Archives municipales, Registre des concessions 1829-1867, 3N1).

Une nouvelle extension des lieux de sépultures a lieu dès les années 1830, vers l’est, dans le Cimetière intermédiaire (AM, M8-1). Une estampe du graveur Sergent-Marceau, éditée en 1837, montre ci-dessous, la tombe de son épouse située, depuis mai 1834, dans le cimetière intermédiaire (côté est), le long du mur de séparation d'avec l'Ancien Cimetière (tombe conservée de nos jours mais mur démoli). 

L’extension se poursuit également sur le versant occidental de la butte du cimetière supérieur, de la base au sommet du Nouveau Cimetière Catholique.


- SERGENT-MARCEAU Antoine Louis François (1751-1847), 6 Mai 1834, vue est-ouest, 1837,
Fragment de mon Album Nigrum, écrit en 1811, augmenté en 1836, édité en 1837,
estampe placée en fin d'ouvrage,
Paris, BnF (Gallica).



Des travaux sont encore effectués en 1844 et 1845. L’Ancien Cimetière catholique voit une nouvelle Croix de bénédiction placée en son centre et une large entrée, dotée d’une nouvelle porte, est réalisée au milieu de son mur ouest (surmontée de l'inscription Cenotafio, effacée à la demande d'Henri Sappia en 1899).

Le Cimetière des non-catholiques est créé aux mêmes dates (demande officielle du 5 février 1845), au pied du versant oriental de la butte centrale, comme nous le révèlent des plans techniques datés du 30 avril 1844 (AM, D43-216et du 17 avril 1845  (AM, D44-164 recto et verso), un Plan général de la Colline du Château daté du 20 novembre 1845 (AM, 1Fi 2/24) et une estampe datée de 1849 (BM de Cessole).

Le Cimetière des non-catholiques est subdivisé en trois parties : Cimiterio dei suicida au nord-est, cimetière des suicidés, privés de sépulture ecclésiastique ; Cimiterio degli ac(c)atolici au sud-est, cimetière des schismatiques (protestants et orthodoxes) ; Cimiterio dei bambini à l’ouest, cimetière des enfants morts sans le baptême.

Des concessions perpétuelles sont dès lors demandées pour le "cimiterio degli acatolici", nommé aussi "cimetiero cristiano Evangelico" ou "cimetière vaudois". Les tombes particulières sont situées du côté sud et la fosse commune, du côté nord.

Malgré la reconnaissance des Vaudois du Piémont par le roi Charles-Albert, le 17 février 1848, une petite partie de la population niçoise accompagnera - rarement cependant - les convois funèbres des protestants par des sifflets, injures et lancers de projectiles (L'Avenir de Nice du 2 décembre 1852 ; Le Constitutionnel du 12 oût 1854 p 3 ; L'Avenir de Nice des 27 et 28 septembre et 8 novembre 1854 p 2).


Nizza Marittima, Pianta générale del Promontorio, 20 novembre 1845,
Nice, Archives Municipales, 1Fi 2/24.
Le Cimetière des non-catholiques affiche ses subdivisions.


- GUESDON Alfred (dessinateur, 1808-1876) et ARNOUT Jules (graveur, 1814-1868),
 Nice, Vue prise au-dessus de Montalban, vue 6, détail, dessin de 1848, 
lithographie de 1849, extraite de l'ouvrage de, ETIENNEZ Hippolyte (1813-1871), L'Italie à vol d'oiseau ou Histoire et description sommaires des principales villes de cette contrée, accompagnée de 40 grandes vues générales dessinées d'après nature par A. Guesdon, Paris, A.Hauser éditeur, Paris, Imprimerie Lemercier, 1849 (et 1852), lithographie de 290x435 mm sur fond de 400x540 mm, Collection privée.
Une estampe semblable, extraite de, La France à vol d'oiseau, vers 1860, est conservée à Nice, à la Bibliothèque du Chevalier de Cessole (ICO1304).

Sur la partie gauche de la lithographie ci-dessus, on peut avoir un état des cimetières vus de l'est, du Fort Montalban, en 1848 (date du dessin original) : au sud-est (à gauche de l’image), les murs de séparation du flanc oriental de la butte, dont ceux du Cimetière des non-catholiques ; plus à l’ouest, les murs de séparation du Cimetière catholique (Ancien Cimetière Catholique et Cimetière intermédiaire) et la chapelle Sainte-Madeleine. La ligne de cyprès, visible au nord, est située dans une parcelle extérieure au cimetière municipal (Cimetière des Cessolines, La Providence). A l’opposé, le Cimetière israélite, situé sur le versant sud-ouest de la butte, n'est pas visible ici.



En 1852, "M. Lacroix, rapporteur de la commission du cimetière du Château, donne lecture de son rapport, dont voici le résumé: - l'état actuel du cimetière mérite toute la sollicitude du conseil. Il fait la description des divers travaux à exécuter pour que le cimetière se trouve dans un état convenable. 

Le nombre moyen des décès est annuellement de 750. Or, chaque cadavre occupant un espace de deux mètres carrés, et le temps nécessaire à la décomposition complète exigeant cinq ans, on voit qu'il faudrait, pour faire face à ces conditions d'hygiène publique, une superficie de 7,500 mètres carrés. 

Cependant, le cimetière actuel n'occupe qu'un espace de 3,433 mètres carrés; il manque donc aux besoins du cimetière une surface de plus de 4,000 mètres carrés ; dans l'état actuel des choses, il faut renouveler les fosses tous les ans, ce qui est un grave inconvénient. La commission s'est aussi occupée de chercher un local autre part qu'au Château, mais elle n'en a pu trouver de convenable. 

Tout ce qui reste à faire consiste donc à régulariser et agrandir le cimetière actuel, auquel on pourrait donner une étendue de 8,540 mètres carrés. Enfin, la commission propose : 
- 1° formation d'un ossuaire ; 
- 2° chambre de dépôt pour les morts  : 
- 3° chambre de dissection des cadavres ; 
- 4° tracement des allées ; 
- 5° loge du concierge ; 
- 6° route carossable depuis le portail ouest jusqu'à l'entrée du cimetière. 

La dépense totale s'élèverait à 23,000 fr. En voie de compensation, on pourrait établir dans le cimetière projeté quatre cents tombes qui, au prix de 300 francs chacune, donneraient une somme de 120,000 fr. dans un laps d'un certain nombre d'années. 

La commission pense, en outre, qu'on devrait avoir toujours un certain nombre de tombes toutes prêtes, ce qui serait plus convenable, plus solide pour les constructions, et en fin de compte plus lucratif. Quant à la dépense pour l'arrangement du cimetière des non-catholiques, elle ne s'élèverait qu'à 988 francs. Finalement, la commission propose que, tout en approuvant cette dépense, le conseil la divise en quatre versements égaux de 6,000 fr. par an" (L'Avenir de Nice du 11 décembre 1852).

Un plan détaillé du 10 décembre 1851 présentait déjà les projets de construction d’un ossuaire catholique à l’extrémité nord-est du Cimetière intermédiaire, d’une chambre de dissection accolée au dépositoire au sud de la chapelle Sainte-Madeleine, et d’une loge de gardien de cimetière située dans le chemin d’accès extérieur, contre le mur occidental du cimetière (à la jonction du dépositoire et du Nouveau Cimetière) mais ces derniers vont être repoussés dans un premier temps.

Les travaux se multiplient cependant dans les années 1850 : aménagement du chemin d’accès extérieur, agrandissement des zones d’inhumations, remise en état du cimetière des non-catholiques laissé à l’abandon, réalisation d’escaliers reliant les différentes parties (AM, M8-1, Plan régulateur du Cimetière du 10 décembre 1851, Cimitiero degli accattolici du 18 décembre 1854, Riparazione e Sistemazione di questo publico Cimiterio du 21 mai 1856, Calcolo per la formazione di un Casotto per ricoverare il guardiano del Cimiterio du 12 mars 1859). 

Le poste de gardien est créé en 1856 et la loge est construite, au début de l'année 1859, dans le chemin qui mène à l’entrée du cimetière catholique mais, côté ville, du côté opposé à l’emplacement prévu en 1851. Le poste fixe permet, dés février 1859, des horaires d'ouverture réguliers et quotidiens : de 9h à 11h et de 3h au coucher du soleil pour le Cimetière catholique et de 1h à 3h pour le Cimetière protestant (L'Avenir de Nice du 25 février 1859).

Le Conseil municipal du 23 septembre 1859 examine la "proposition d'augmenter de deux tiers le prix des concessions de terrain dans le cimetière du Château" (L'Avenir de Nice du 24 septembre 1859 p 3).

La coexistence entre la Promenade du Château et du Cimetière pose de plus en plus problème. 

Louis Roubaudi évoquait déjà, en 1843, les émotions opposées ressenties par le voyageur sur la colline : "cet enthousiasme que l'âme éprouve à l'aspect de la belle nature [dû au panorama et au spectacle de la mer immense], cesse tout-à-coup, pour faire place à des émotions, à des sentiments plus sérieux et plus graves [à la vue du cimetière et des tombeaux] (Nice et ses environs, 1843 pp 51-52)

En 1853, le baron de Bazancourt insiste sur la succession des rires et des pleurs offerts au voyageur : "Mais que veulent dire ces têtes nues et tristement penchées là-bas, au pied du rocher ? que veut dire cette longue procession qui s'arrête sur le seuil du chemin tortueux ? (...) c'est le cercueil d'une jeune fille que l'on porte à sa dernière demeure, et ces voix qui montent lentement dans les airs, sont les chants funèbres, précurseurs de l'éternel silence.

- Car tout près de toi, voyageur, immobile et plongé dans la contemplation, ne vois-tu pas ces pierres blanches, les unes couchées sur l'herbe, les autres à demi relevées, et au milieu desquelles s'élève une croix ? c'est le cimetière (...). Le funèbre cortège a disparu ; - la terre a recouvert le cercueil" (Nice et Ses Souvenirs, 1853 pp 21-22).

En 1854, Marie de Solms (fille de la princesse Laetitia Bonaparte) raconte de même, que lors de l’une de ses promenades au Château, elle est tirée de son admiration du panorama et de sa rêverie sous les arbres par des plaintes et sanglots émanant d’un convoi funèbre : 

"Je me mis à suivre machinalement un chemin creux, bordé de cyprès, du côté de l’ouest et je me trouvai bientôt en face du cimetière ; la porte en était ouverte et donnait entrée à un convoi funèbre, composé surtout de femmes et de jeunes filles, vêtues de blanc. C’était le corps d’un enfant que le cortège pieux allait confier à la terre" (Nice ancienne et moderne, 1854, p 139).

En 1855, un étranger signale que "sous l'influence de certains vents, il s'exhale du cimetière une odeur fort désagréable pour les amateurs de cette belle promenade. Afin de remédier, en partie du moins, à cet inconvénient, ne serait-il pas utile de donner aux fosses une plus grande profondeur qu'on ne le fait actuellement ?" (L'Avenir de Nice du 12 décembre 1855 p 2).

En 1856, Auguste Burnel constate que "très rarement les parents et amis (à moins qu'il ne s'agisse d'une confrérie) accompagnent le mort au cimetière (...) ; le clergé n'accompagne point le corps" (A. Burnel, Nice, janvier 1857 p 165). Cet abandon, par le clergé, du corps à la sortie de l'église ou à la limite de sa paroisse semble d'ailleurs perdurer (Le Messager de Nice du 12 mai 1861 p 1 et du 24 juillet 1862 p 2).

Un autre élément, qui semble perdurer dans les différents cimetières de la ville, est celui d'inhumations qui ne respectent pas la profondeur nécessaire et entraînent la présence d'un sol "jonché d'ossements entiers, de crânes" et "de chairs non consumées" (L'Avenir de Nice du 9 janvier 1853 p 1 ; Le Messager de Nice du 12 mai 1861 p 1).



1860-1900

Suite à l’Annexion française de 1860, le règlement et tarif des concessions est voté par le Conseil municipal du 27 mars 1861 (suivant les prescriptions de l'ordonnance du 6 décembre 1843).

Un service de pompes funèbres est instauré pour remplacer la Confrérie de la Miséricorde, jusque-là chargée du service des sépultures par le décret du Sénat de Nice du 3 juillet 1831. Le règlement sur la police des cimetières est élaboré par le maire de Nice au cours de cette même année 1861

L'Arrêté sur la police des Cimetières et des Inhumations est publié dans Le Messager de Nice du 11 juillet 1861. Il fixe la profondeur des fosses de 1,50 à 2 m, espace ces dernières de 40 cm, fixe le prix des concessions (de 1 à 10 m2) et leur durée (à perpétuité, pour trente ans renouvelables et 15 ans non renouvelables) et règlemente les formalités des demandes de concession et inscriptions ainsi que les ouvertures et exhumations des fosses (voir ce règlement complet, ici).

En mai 1862, des ossements présents dans les combles de l'église cathédrale de Sainte-Réparate sont transportés au Cimetière du Château (Le Messager de Nice du 11 mai 1862).

L'ensemble du Cimetière du Château est réaménagé entre 1861 et 1863 : organisation d'allées, réparation et construction de murs de soutènement des terrasses, réaménagement du dépositoire, agrandissement du cimetière catholique avec appropriation du plateau supérieur puis du terrain nord avec coupe des cyprès, agrandissement du cimetière protestant avec construction d'un mur occidental. 

Du fait de l'augmentation dangereuse du stock de poudre au Port de Nice, un projet de nouvelle poudrière au nord-est du Cimetière du Château, "près du magasin appartenant actuellement au dépôt de la guerre", est envisagé dès le début de l'année 1862 et réalisé en 1863 (Le Messager de Nice du 22 février 1862 et du 12 janvier 1863 p 3).

Il semble que "deux grands squelettes, peints à la détrempe, [qui] font sentinelle à la porte" (Le Constitutionnel du 8 avril 1858 p 3 ; Journal de Monaco du 16 septembre 1860 p 2), "deux personnages de la danse Macabre", présents sur les hauts murs du cimetière, aient été recouverts lors de la réfection de ces murs en 1867 (Emile Négrin, Les Promenades de Nice, 5ème édition de 1867, p 55 et note).

Quatre chemins, à forte pente, conduisent au Cimetière (voir le plan de 1845 ci-dessus). A l’ouest (côté ville), deux accès piétonniers (escaliers), avec une montée, côté nord (actuelle montée Rondelly) et la montée du Château, côté sud. 

A l’est (côté port), deux accès pour piétons et voitures, avec au nord la montée Éberlé (parfois qualifiée de promenade ou d’avenue), proche de la place Napoléon (actuelle place Garibaldi) et généralement empruntée par les convois funèbres, et au sud la montée Monfort. 

Ces deux montées fusionnent à flanc de colline en une seule et même voie qui serpente en haut du rocher, passe devant l’entrée (actuellement disparue) du Cimetière protestant, contourne le Cimetière israélite par le sud et arrive au chemin (rue puis avenue ; actuelle allée Aragon) qui dessert l’entrée du Cimetière israélite, celle de la chapelle Sainte-Madeleine puis celle du Cimetière catholique, située tout au bout de l’impasse (rue percée seulement en 1934).

Albin Mazon dans son ouvrage de 1861, Nice, Guide de l'Etranger, écrit, "La Promenade du Château est peu fréquentée par les habitants de Nice, ce qui peut être attribué à deux choses : la pente rapide du chemin par lequel on arrive au sommet et la présence du cimetière central sur son versant occidental.

 Nous devons ajouter que l'autorité municipale a déjà songé à transporter cette propriété funèbre dans un autre endroit. L'entrée principale du cimetière est placée du côté de la vieille ville" (même texte dans, Guide des Etrangers à Nice, 1858-59, octobre 1858, 1ère partie p 41 ; voir également, Emile Négrin, Les Promenades de Nice, 5ème édition de 1867, pp 50-51).

Dès cette époque, la municipalité étudie en effet le projet d’un nouveau et grand cimetière catholique général qui ne verra le jour qu’en 1869-1872 (ouvert en février 1872), au lieu-dit Caucada/Caucade, situé à l’ouest de la ville et ne recevra en définitive que les défunts de la rive droite du Paillon, pérennisant ainsi le Cimetière du Château.

Dès fin 1871, le tarif des concessions du Cimetière du Château se voit fortement augmenté afin de diriger les demandes vers le Cimetière de Caucada, aux tarifs beaucoup plus abordables (Conseil municipal du 24 novembre 1871, Journal de Nice du 3 février 1872).

En 1872, la Municipalité édite le texte du Service Général des Inhumations et des Pompes Funèbres, Cahier des Charges de l’Entreprise (Archives Municipales de la Ville de Nice, 13C42), détaillant notamment les tarifs des cercueils, des droits d’inhumation et des transports, offrant la gratuité aux indigents et un échelonnement de classes (voir un résumé de ce règlement, ici). 

L’offre va :
- du simple brancard au cercueil en bois blanc recouvert d’un drap mortuaire en serge, galons en coton et croix en galons de laine, au plus prestigieux corbillard ; 
- ce dernier est surmonté d’un baldaquin de velours noir étoilé d’argent avec quatre panaches de plumes noires aux angles, 
- et porte un cercueil en chêne ou noyer massif vernis recouvert d’un drap mortuaire en velours de soie, étoilé d’argent et timbré d’une croix centrale en drap d’argent ; 
- il est tiré par quatre chevaux noirs empanachés et recouverts de draperies en velours noir bordées en galons d’argent 
- et est accompagné de cochers et porteurs, chapeautés et costumés de noir mais portant cravate et gants blancs.

Le manque d'espace ne permettant plus le renouvellement quinquennal des fosses destinées aux sépultures dans le Cimetière du Château (et ceux de Saint-Pierre d'Arène et de Saint-Etienne), la Mairie y interdit, le 2 février 1872, de nouvelles inhumations et les reporte au Cimetière de Caucade (Conseil municipal du 2 février 1872, Journal de Nice du 12 février 1872). 

Cette décision n’est pas sans poser problème, impliquant la traversée de toute la ville par les convois funèbres, entraînant des frais supplémentaires aux familles et surtout inscrivant les tombes familiales dans un lieu éloigné des domiciles. 

Cette interdiction semble levée au plus tard vers 1875-1876 mais les seules concessions autorisées au Cimetière du Château sont désormais des concessions à perpétuité. 

La suppression, en 1883, du Cimetière de Saint-Etienne, entraînera cependant le transfert d’une partie des tombes de ce dernier au Cimetière du Château. Le transfert d'ossements humains, découverts lors de travaux en centre ville, continuera de se faire également au Cimetière du Château.

Sur un plan de la ville de Nice, datant de 1865, le cimetière protestant n'occupe pas son emplacement originel et actuel mais celui du Cimetière inférieur. C’est une erreur et cette dernière s’est d’ailleurs répétée sur des plans de 1870 et 1876. Il faut attendre un plan de 1878 pour voir cette erreur corrigée et découvrir l’étendue du cimetière catholique qui regroupe les cimetières inférieur, intermédiaire et supérieur.

Sur les différents plans de la ville de Nice, le tracé des cimetières reste d'ailleurs assez sommaire avec parfois un périmètre, des dimensions et séparations fantaisistes et un positionnement approximatif des bâtiments (comme celui de la Poudrière). 

Certains éléments peuvent ne pas être représentés, comme la chapelle Sainte-Madeleine, le dépositoire refait en 1862 et l'ossuaire accolé au mur sud de ce dernier en 1872, la loge du concierge implantée dans le chemin en 1859 (visible uniquement sur un plan daté du 12 septembre 1860) ou encore le bâtiment d’entrée du Cimetière israélite (visible sur le plan de 1845 ci-dessus et celui de 1872 ci-dessous).


- Nouveau Plan de la Ville de Nice, gravé par A. Martin, 1872,
publié et édité par la Maison de Publicité Universelle Annequin & Cie (Paris),
Paris, BnF (Gallica).




Le dépôt de poudre du Château, "cause de terreur et de danger", n’est supprimé qu’en 1878, transféré dans une nouvelle construction à Montboron (Conseils municipaux des 26 avril et 28 août 1878). 

En 1887, "l’ancienne poudrière du Château sise à l’Est du cimetière" sera transformée en logement municipal du concierge du cimetière (Conseil municipal du 21 janvier 1887) et ce n’est qu’en 1903-1904, que l’actuel bâtiment (bureau et logement) sera construit du côté opposé, face à l’entrée occidentale du cimetière.


- Nice, Plan simplifié du Cimetière municipal du Château, vers 1890. 
Entre 1830 et 1860, les zones d’inhumation ont progressivement gagné l’espace oriental ; les toutes dernières zones (notamment les Plateaux supérieurs dits Protestants) ont été investies entre 1860 et 1890.





QUELQUES VUES DE LA FIN DU XIXe SIÈCLE











- WALBURG DE BRAY Jean (1839-1901), Vue Panoramique de Nice, détail, vers ou avant 1876,
vue sur le Paillon et la ville, prise depuis la terrasse de l'Hôtel des Anglais 
(hôtel situé à l’angle de la Promenade des Anglais et du Jardin Public),
image extraite du recueil intitulé, Souvenir de Voyage, Cannes, Nice, Menton, daté de 1876
tirage albuminé, Paris, BnF (voir sur Gallica).
Une photographie semblable intitulée, Nice , Panorama des Quais, a été faite par Eugène Degand du même point de vue et éditée dans les années 1870-1876.



A gauche de la photo de 1876 ci-dessus, on remarque que la plupart des cyprès des Cessolines a disparu, que le portail, repérable à la pointe des deux cyprès qui l'accostent, n'est plus visible du fait d'un bâtiment extérieur qui lui fait face, et que la chapelle est désormais précédée au sud d'un bâtiment extérieur. 

A droite, un grand édicule blanc en forme de chapelle domine le cimetière catholique à son extrémité sud, au sommet du Plateau supérieur (actuel Plateau Gambetta) et, tout au bout du cimetière juif, le bâtiment d'entrée est bien visible.

Il existe quelques estampes montrant l'intérieur du cimetière catholique. Deux d'entre elles ont été réalisées lors de l'enterrement de Léon Gambetta (1838-1882), le 13 janvier 1883. Celle ci-dessous donne une vision de la partie nord-est du Plateau d'entrée. 


- MEYER Henri (1844-1899), Cimetière du Château (Plateau d'entrée) : Les obsèques de Léon Gambetta à Nice (le 13 janvier 1883),
illustration, Le Journal Illustré n° 5 du 28 janvier 1883 p 40 (Collection personnelle).
L'image montre les tombes et le mur nord du Plateau d'entrée du Cimetière et l'absence, à cette date, de statues ou de chapelles.
Le mur de séparation entre le cimetière inférieur (actuel Plateau d'Entrée) et le cimetière intermédiaire (actuel Petit Cimetière) est encore présent à cette date (mais est davantage visible sur une autre estampe - voir ici).
L'image montre, au nord du cimetière, une ligne de cyprès qui n'apparaît pas sur les photographies du dernier tiers du XIX° siècle.



L’estampe suivante montre l'escalier sud du cimetière catholique permettant de gravir les terrasses occidentales de la butte. Elle offre une vision des tombes de l'Allée Robiony, située en léger contrebas et au sud du Plateau Supérieur.


- MARIE Adrien (1848-1891), The Funeral of the Late M. Gambetta at Nice,
détail extrait du magazine hebdomadaire illustré britannique, The Graphic, 27 Janvier 1883 p 85 (Collection personnelle).



Il existe quelques photographies de Jean Giletta (1856-1933), prises de la terrasse de l'Hôtel des Anglais puis du nouveau Casino de la Jetée-Promenade, qui montrent les cimetières dans les années 1880 et le début des années 1890. 

Sur ces photographies, on peut repérer un grand nombre de monuments qui existent toujours. La confrontation de la photo ci-dessous avec les photos antérieures montre la multiplication progressive des sépultures (1860-1876) puis des hautes chapelles de marbre blanc (1876-1892). Les sculptures vont se multiplier, pour leur part, dès le milieu des années 1890.


- GILETTA Jean (1856-1933), 792 - Nice, Vue prise de la Jetée, détail, vers 1890-1892,
tirage albuminé, 21x27 cm, Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole (ALB-GIL8-51).



Cependant cette butte recouverte de monuments funéraires, visibles depuis la promenade du Château et même depuis la ville basse, est loin d'être appréciée. Même Henri Sappia, dans un article du Petit Niçois paru le 17 novembre 1897 réagit vivement : 

"Il faut tout de même reconnaître qu'on aurait dû choisir un autre emplacement pour le premier cimetière de notre ville. Cette exposition de tombeaux très peu artistiques, agglomérés les uns sur les autres, sans goût, n'est pas certainement un coup d'œil agréable dans une ville de plaisirs"

Il se reprend un peu dans un article de l'année suivante : 

"A cette époque, on ne pouvait faire un meilleur choix pour l'emplacement du cimetière (...). Le cimetière était très bien situé à côté du Château, amas de ruines et de débris (...). Il faut pourtant convenir qu'il est tôt ou tard condamné à disparaître pour donner toute sa beauté à la promenade du Château, pas assez fréquentée aujourd'hui à cause de ce voisinage" (Le Petit Niçois du 1er novembre 1898).

Il semble que l'estampe montrant le Cimetière du Château dans l'ouvrage de Stephen Liégeard intitulé La Côte d'Azur (1887 p195), présente l'entrée (actuellement murée) de l'ancien Cimetière protestant et orthodoxe, située sur le flanc nord-est de la colline. 


Nice, Le Cimetière,
Stéphen Liégeard, La Côte d'Azur,
estampe de l'édition de 1894 p 301.



Une illustration parue dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1902, nous révèle pour sa part la partie occidentale du Cimetière du Château. 

Le dessin panoramique montre, notamment au tout premier plan (Plateau d’Entrée), la grande Croix de Bénédiction du Cimetière catholique de 1845, encore en place en 1902 malgré la loi du 14 novembre 1881 sur la neutralité des cimetières, et, à l'extrême droite, la Pyramide élevée aux victimes de l'Incendie du Théâtre Municipal du 23 mars 1881 (1882).



- Journal Le Petit NiçoisVue du Cimetière du Château depuis le Plateau d'entréenovembre 1902,
 vue nord-sud, illustration parue dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1902 page 2.
- On peut voir du haut de l'image au bas de l'image et de gauche à droite :
la chapelle à pots à feu de la Famille Paul C. (Plateau Gambetta, vers 1897), 
la chapelle avec dôme couronné d'un vase de la Famille B. (allée Lenval, 1892), 
la flèche néo-gothique de la Famille de Nicolas de F. (Allée Pacôme, vers 1864), 
la chapelle à baldaquin de la Tombe P. (Plateau Gambetta, 1901), 
la Pyramide de Gambetta (Plateau Gambetta, créée dès 1883
 et déplacée là vers 1892 puis supprimée en 1909), 
la Chapelle Tarani (Plateau Gambetta, 1900) ;
- en dessous, l'Allée Lenval avec tout à droite, la Chapelle du Baron de Lenval (vers 1884) puis l'Allée Brunel, avec tout à droite, la Chapelle à baldaquin de la Famille Brunel (avec la figure de l'Ange, 1894) ;
- en bas, sur le Plateau d'Entrée, les tombes accostant le mur sud (restaurées en 1890 du fait de l'écroulement du mur) et tout à droite, la chapelle Sainte-Madeleine accostée du double escalier de 1901 et, au tout premier plan, la grande Croix de Bénédiction catholique avec tout à droite, l'angle de la Pyramide des Victimes de l'Incendie de l'Opéra (1881-1882).


Nice, Plan simplifié du Cimetière municipal du Château actuel (2021).
En vert, les extensions réalisées dans la première moitié du XX° siècle.





lundi 1 février 2021

1175-NICE-VISITER LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- Ange monumental de la Tombe Grosso, 1894, 
œuvre du sculpteur Joseph Garibaldi (?-?),
Nice, Cimetière du Château, Plateau Grosso.



ADRESSE 

Cimetière du Château - Allée François Aragon - 06300 - Nice

HORAIRES D'OUVERTURE AU PUBLIC : 

Du 1er mars au 31 octobre, de 8h 30 à 18h 00

Du 1er novembre au 28 ou 29 février, de 8h 30 à 17h 00 

La sortie est cependant demandée par une sonnerie qui retentit 30 minutes avant l'heure de fermeture.  

N.B. : l'application suivante de la ville de Nice permet la recherche de la sépulture de défunts : https://cartes.nicecotedazur.org/apps/cimetieres2nice/


1 - Nice, plan simplifié du Cimetière (chrétien) du Château, datant des années 2000-2010,
avec indication des tombes de personnages célèbres (Mairie de Nice).
Le sud est à droite de l'image.

                            


INTRODUCTION


Dès son entrée dans le cimetière, le visiteur est saisi par l'ordonnancement et la sérénité des lieux. Loin de l'agitation bruyante de la ville basse, il se trouve dès lors au cœur de la ville des morts avec ses quartiers et ses rues, ses 240 années d'existence et ses 2.400 sépultures.

Moment d'hésitation et de vertige, souvent amplifié par l'éblouissante et chaude lumière méditerranéenne. Où se diriger ? Que voir ? Qu'en retirer ?

Le Cimetière du Château est aujourd'hui encore un lieu de sépulture (inhumations, columbarium) mais également un lieu de mémoire (individuelle et collective) et un musée à ciel ouvert. Plusieurs approches sont possibles pour le découvrir : historique, religieuse, sociale et artistique.

Le visiteur peut :

- flâner au hasard des allées paysagées, 

- essayer de tout voir (plan positionné à l'entrée), 

- se limiter à certains plateaux

- se cantonner à une période donnée, 

- se concentrer sur les tombes des personnalités (QR Codes auprès de certaines tombes),

- s'intéresser à la grande diversité des monuments funéraires (miroir social), à leurs influences antiques, gréco-romaine (sarcophages, colonnades, frontons, drapés, nudité) et égyptienne (pyramides, obélisques, figures de pharaons), 

- étudier les sculptures : les figures humaines (religieuses, allégoriques, portraits de défunts), leur échelle, leur posture et leurs vêtements (à l'antique ou contemporains), les figures animales (oiseaux et de plus rares serpents, lions ou chien), les représentations de végétaux (troncs, feuillages, fleurs, couronnes) et d'objets (sabliers, urnes, ancres, torches, livres, et accessoires indiquant la profession du défunt),

- décrypter les symboles (Terre/Ciel, Obscurité/Lumière, Douleur/Espérance, Mort/Résurrection), 

- rechercher les vitraux et les mosaïques, 

- observer les réalisations des fondeurs (croix, porte-couronnes, grilles, chaînes, portes ouvragées, paravents) et le mobilier funéraire, 

- lire les inscriptions dont les épitaphes, 

- repérer les signatures des créateurs (architectes, marbriers, sculpteurs, fondeurs), 

- faire des photographies ou des vidéos, 

- se laisser aller à la rêverie, à la méditation ou à la prière.


Une visite de 45 minutes peut permettre une première découverte. Le plan ci-dessus indique notamment les tombes des personnalités, réparties dans l'ensemble des lieux (FIG. 1). 

Le visiteur souhaitant découvrir les tombes les plus anciennes (1820-1860) pourra se diriger, au nord, vers la jonction du Plateau d'Entrée et du Petit Cimetière et, au sud, vers l'Allée Alpini et les Allées Bavastro et Robiony (rangées externes).

Le visiteur plus spécifiquement intéressé par les sculptures (plus de 150 tombes présentant une ou plusieurs figures humaines en ronde-bosse ou en relief, généralement en pierre et plus rarement en bronze), pourra choisir les zones où elles sont particulièrement concentrées :

- au nord, sur le Plateau d'Entrée, le Petit Cimetière et le Plateau Grosso, 

- au sud, dans l'Allée du Brûloir, l'Allée Orizet, le Plateau Gambetta (le plus riche et le plus homogène, offrant plus de 40 tombes sculptées datant essentiellement des années 1900-1920) 

- et le Plateau protestant Inférieur.

Enfin, le visiteur pourra découvrir la Chapelle du Cimetière (1932-1941) et l'ancienne Chapelle Tarani (1899-1900) (Plateau Gambetta).


2 - Ange monumental de la Tombe Grosso, détail, 1894, 
œuvre du sculpteur Joseph Garibaldi (?-?),
Nice, Cimetière du Château, Plateau Grosso.



QUELQUES REPÈRES


Le Cimetière du Château a été créé en 1783, en dehors de la ville (sarde), sur un terrain vallonné situé à l'extrémité nord de la Colline du Château, avec deux parties séparées, un cimetière catholique au nord et un cimetière juif au sud. Un certain nombre de sépultures de l'ancien cimetière juif mais également d'anciens cimetières catholiques ont été transférées dans les lieux. 

En 1845, une partie de cimetière protestant et orthodoxe (hivernants) a été aménagée du côté oriental. 

Chaque confession a possédé un espace enclos de murs et une entrée particulière jusqu'à la loi de laïcisation de 1881. A partir de cette date, les séparations entre les cimetières catholique, protestant et orthodoxe ont progressivement disparu pour former un seul espace ouvert aux défunts de toutes confessions. Le cimetière juif a cependant été conservé, avec son entrée propre. 

Seul l'espace actuel multiconfessionnel des anciens cimetières chrétiens va être, dans un premier temps, présenté ici mais la visite du Cimetière juif reste incontournable.


Il ne semble subsister aucune tombe des premières décennies d'occupation du cimetière catholique (1783-1819). 

Les tombes les plus anciennes datent des années 1820-1840 (une dizaine plus quelques plaques) et sont essentiellement situées au nord sur le Plateau d'Entrée (pourtours sud et est) et au sud, dans l'Allée Alpini.

Les tombes des années 1850-1860 sont plus nombreuses (une quarantaine plus quelques plaques), essentiellement situées :

-  du côté nord, sur le Plateau d'Entrée (pourtour nord-est) et le Petit Cimetière (pourtour sud) 

- et, du côté sud, dans les Allées Bavastro et Robiony.

Des photographies panoramiques des années 1860, prises depuis la plateforme du Château, montrent notamment la partie sud du cimetière catholique, avec la chapelle Sainte-Madeleine (démolie en 1932) et des tombeaux essentiellement constitués d'un petit tertre de terre dominé par une croix ou de plus rares dalles de pierre entourées d'une grille métallique (entourage). 

Cependant, les sépultures conservées, antérieures à 1860, offrent des types complémentaires avec :

- des pierres tombales dominées par une stèle de chevet portant une urne sculptée, 

- de hauts sarcophages néo-classiques à fronton triangulaire, gravés d'inscriptions et ornés de motifs funéraires (notamment, Tombe Tourin-Rouquairol, vers 1825, Plateau d'Entrée et Tombe Gioan, vers 1830, Allée Alpini)

- et des baldaquins à colonnade gréco-romaine (Tombe Giraud-Salvy, vers 1825 et Tombe Risso, vers 1845, Plateau d'Entrée). 

En dehors des masques en acrotères de la Tombe Gioan (FIG. 3), aucune représentation humaine en buste ou en pied de cette période ne semble conservée.


3 - Masque en acrotère accostant le fronton du sarcophage de la Tombe du négociant Pierre Gioan 
(décédé en 1830), vers 1830,
sculpteur anonyme,
 Nice, Cimetière du Château, Allée Alpini.



Le cimetière protestant et orthodoxe, créé à l'origine sur le versant oriental de la butte principale en 1844-1845 (base et terrasses) n'a pour sa part pas conservé de tombes antérieures à 1860.


Peu après l'Annexion française de 1860, l'ensemble du Cimetière du Château est agrandi et réaménagé (coupe de cyprès, organisation d'allées, construction de murs de soutènement des terrasses, réparations). Les fosses en pleine terre semblent progressivement disparaître dans les deux décennies suivantes, au profit de tombes maçonnées, recouvertes d'une simple dalle (aux lettres de plomb) munie d'une croix de chevet ou d'un monument funéraire. 

Stèles, sarcophages, colonnes brisées, cippes en forme de stèles ou de piliers quadrangulaires, mausolées (néo-classiques), édicules en forme de chapelle (souvent néo-gothiques) se multiplient à profusion dans tout le cimetière (monuments acquis par achat privé ou souscription publique sur des concessions à perpétuité)

Une seule figure sculptée témoigne des années 1860, le médaillon en bronze de la Tombe du musicien et compositeur Ernst (1865-1866, Allée Defly) (FIG. 4).


4 - Portrait du musicien morave Wilhelm Heinrich Ernst (1812/14-1865),
médaillon de bronze réalisé par sa veuve Amélie Ernst (1834-1889)
 et scellé sur la tombe au premier anniversaire de la mort de son époux, le 8 octobre 1866,
Nice, Cimetière du Château, Allée Defly.



Dans l'édition de 1866 (p 327) de son ouvrage intitulé Les Promenades de Nice, Emile Négrin évoque seulement la renommée de quatre personnalités inhumées ici :

- celle "du violoniste Ernst [mort en 1865, Allée Defly] (FIG. 4), 

- des naturalistes Risso [mort en 1845, Plateau d'Entrée] et Vérany [mort en 1865, Plateau d'Entrée ?], 

- du conventionnel Sergent-Marceau [homme politique et peintre mort en 1847, Petit Cimetière]".


Quatre portraits seulement sont conservés des années 1870 :

- un buste de pierre de la Tombe de l'architecte Vittorio Gastaldi (vers 1871, Plateau Grosso), 

- la statue en pied et en bronze de la Tombe du philosophe et démocrate russe Alexandre Herzen (vers 1875, Premier Plateau du Cimetière protestant et orthodoxe) (FIG. 5),

- le médaillon en bronze de la tante de Léon Gambetta, Jenny Massabie (1878, transféré en 1909 sur le deuxième Tombeau de Gambetta situé sur le plateau éponyme) (FIG. 6)

- et le médaillon en bronze de la Tombe d'Antonia Seren-Hocquart (concession de 1893 mais médaillon daté de 1879, Allée Brunel).


5 - Portrait du philosophe et homme politique russe Alexandre Herzen (1812-1870),
détail de la statue en pied réalisée par le sculpteur russe Parmen Petrovitch Zabila ou Parmenion Zabello (1830-1917), fondue en bronze puis installée sur la tombe en 1875,
Nice, Cimetière du Château, Premier Plateau dit Protestant.

6 - Portrait de Jenny Massabie (1808-1878), tante de Léon Gambetta, 1878, 
médaillon de bronze exécuté par Auguste Préault (1809-1879), à Paris, entre avril et novembre 1878, à la demande de Léon Gambetta pour la tombe de sa tante située dans l'Allée du Brûloir (où il sera inhumé en 1883).
Ce médaillon a été déplacé en 1909 au revers du nouveau Tombeau de la Famille Gambetta,
 positionné sur le Plateau éponyme.



Une dizaine d'exemples témoignent pour leur part des années 1880, avec :

les figures religieuses de la Tombe Lesage (deux anges en pied et en pierre, vers 1883, Allée éponyme) (FIG. 8) 

- et de plus nombreux portraits comme, le médaillon de bronze de la Tombe du géologue Edouard Desor (1882, Deuxième Plateau Protestant) (FIG. 6 bis), 

- le buste en pierre de la Tombe de la Veuve Cauvin (vers 1882, Allée Lesage), 

- le buste en pierre de la Tombe de l'architecte Jules Chatron (vers 1884, Allée Lesage), 

- le buste en pierre de la Tombe de Joséphine Pontier (vers 1883, Allée Robiony) 

- et le buste en bronze de la Tombe d'Auguste Gal (1883-1884 ; Plateau Grosso) (FIG. 7).


6 bis - Portrait du géologue Edouard Desor (1811-1882),
 médaillon de bronze signé du sculpteur Charles François Marie Iguel (1827-1897),
réalisé en 1882 à Marin (actuelle commune de La Tène, canton de Neuchâtel, Suisse),
"C. Iguel - Marin 1882 - c. de Neuchâtel",
Nice, Cimetière du Château, 2éme Plateau Protestant.

Suite à la mort d'Edouard Desor à Nice, le 23 février 1882, la ville de Neuchâtel a commandé, 
au sculpteur suisse Iguel, domicilié à Marin, un monument destiné à orner la tombe du savant. 
Le bloc erratique, de forme pyramidale (1m 80 de haut), timbré près de son sommet
 d'un portrait médaillon en bronze du défunt, a été adressé au Consulat de Suisse à Nice
au printemps 1883. Il a été installé fin mai 1883 sur une base en porphyre (de près de 3 tonnes), 
par les soins de l'architecte suisse, Léon Renard (1846-1884), domicilié à Cannes.


7 - Portrait du négociant et homme politique Auguste Gal (1806-1883), 
buste en bronze signé du sculpteur Charles Cordier (1827-1905) et daté de 1883,
Nice, Cimetière du Château, Plateau Grosso.

Auguste Gal a été notamment membre du Conseil Général des Alpes-Maritimes, du Conseil municipal et de la Chambre de Commerce de Nice. Il est décédé à Nice le 27 mars 1883 et a été inhumé au Cimetière du Château, le 29 suivant. Plus de 3,000 personnes composaient le cortège.

8 - Ange de la Tombe du politique Jean Charles Lesage (1799-1883), vers 1883-1884,
bienfaiteur de la Ville de Nice (legs important), monument construit en remerciement par la Ville de Nice, 
détail de l'un des deux anges, sculpteur italien anonyme,
Nice, Cimetière du Château, Allée Lesage.



Des estampes et photographies réalisées en janvier 1883, lors des funérailles de Léon Gambetta, révèlent une partie des monuments du Plateau d'Entrée avec :

-  des stèles et des sarcophages portant une croix, 

- la toute récente Pyramide des Victimes de l'Incendie du Théâtre du 23 mars 1881 (1881-1882) près de la grande Croix métallique du Cimetière (1845, retirée au début du XX° siècle), 

- les "chapelles", obélisque et pyramide de l'Allée Robiony 

- et les "chapelles" et la Tombe familiale des Gambetta (1878) de l'Allée du Brûloir.

 

Dès les années 1880, les guides de voyage signalent au Cimetière du Château de Nice :

- la Pyramide des Victimes de l'Incendie du Théâtre (drame au retentissement national), 

- les sépultures de la Famille Garibaldi (tombe de sa mère sur le Plateau d'Entrée et cendres de sa première épouse dans la chapelle Sainte-Madeleine - cendres transférées à Rome en 1932), 

- ainsi que la Tombe et la Pyramide (de bois, chargée de couronnes, détruite en 1909) de Léon Gambetta

La Fête de la Toussaint du 1er novembre et plus encore le Jour des Morts du lendemain attirent chaque année une foule de plus en plus nombreuse. Les gens ne se recueillent pas seulement sur les tombes familiales (avec dépôt de fleurs) mais également sur celles des personnalités exemplaires auxquelles elles rendent hommage. 

"Des couronnes ont été déposées sur les tombes des incendiés du Théâtre-Municipal, et sur celle de la mère de Garibaldi, situées dans la partie inférieure du cimetière. 

D'autres morts célèbres qui ont leur tombe au Château, ont été aussi visités par la foule : entre autres, la mère de M. Gambetta, enterrée récemment ; Herzen, le célèbre penseur russe, etc., etc." (Le Petit Niçois du 3 novembre 1882).

Le Petit Niçois du 3 novembre 1886 signale, en plus des tombes déjà évoquées :

- quelques tombes du Petit Cimetière, la Tombe de la Famille Sergent-Marceau (vers 1834), la Tombe du Général Eberlé (vers 1837) 

- et le Monument aux Soldats Morts au Tonkin (croix de pierre inaugurée en juin 1886 sur le Plateau d'Entrée et déplacée au XX° siècle au Cimetière niçois de Caucade).


Les 1er, 2 et 4 novembre 1898, Le Petit Niçois publie trois articles d'Henri Sappia consacrés à l'histoire du cimetière, à ses personnages célèbres et à quelques monuments funéraires remarquables (les deux n'allant pas obligatoirement de pair), créant ainsi le premier guide culturel du lieu. 

Henri Sappia cite désormais une trentaine de célébrités (mais aucune décédée avant 1820), militaires et hommes politiques, artistes, érudits, négociants et bienfaiteurs des hospices de la ville.

Il accompagne son texte de quelques dessins montrant :

- la Tombe du naturaliste Antoine Risso [vers 1845, baldaquin néo-classique surmonté d'un gâble néo-gothique, Plateau d'Entrée], 

- la Statue du philosophe et démocrate Alexandre Herzen, [installée en 1875, Premier plateau protestant et orthodoxe] (FIG. 5), 

- la Pyramide des Victimes de l'Incendie du Théâtre [1881-1882, Plateau d'Entrée], 

- la Tombe du négociant Gal [1883-1884, Plateau Grosso] (FIG. 7)

- auxquels s'ajoute celui d'un monument imaginaire en hommage à d'autres célébrités, enterrées ou non ici, Nice à ses Glorieux Enfants (FIG. 10).


9 - Ange monumental de la Tombe des Enfants Grosso, 1894, 
œuvre du sculpteur Joseph Garibaldi (?-?),
 Nice, Cimetière du Château, Plateau Grosso.

10 - Dessin d'A. Rion (?-?), Nice à ses Glorieux Enfants, 1898, 
en hommage aux personnalités niçoises décédées, 
accompagnant l'article d'Henri Sappia paru dans Le Petit Niçois
du 2 novembre 1898 p 3, Archives Départementales des Alpes-Maritimes.



En 1899, Fritz Mader consacre un passage de son livre Die Riviera au Cimetière du Château. 

Pour la partie catholique, il signale :

- sur le Plateau d'Entrée, la Pyramide des Victimes de l'Incendie du Théâtre, le Monument des Soldats Morts au Tonkin et Madagascar, la Tombe du naturaliste Risso, la Tombe de la Famille Garibaldi ; 

- dans le Petit Cimetière, la Tombe d'Emira Sergent, "sœur du brave Général Marceau", la Tombe du poète Rancher et la Tombe du Général Eberlé, "gouverneur de Nice sous Napoléon Ier" ; 

- sur le Plateau Grosso, "le monument le plus élevé" qu'est la Tombe Grosso (FIG. 2 et 9) ;

- sur le Plateau Supérieur, la Tombe et la Pyramide Gambetta

Pour la partie protestante et orthodoxe, il cite :

"un bloc de granit présentant le portrait du géologue Edouard Desor (mort en 1882) dans un médaillon de bronze offert par sa ville d'adoption, Neuchâtel" [1882] (FIG. 6 bis)

et "la statue de bronze de l'agitateur russe Alexandre Herzen (mort en 1870), fondateur de la plus ancienne revue nihiliste, La Cloche" [installée en 1875] (FIG. 5).


Des cérémonies officielles (dates anniversaires, inaugurations, visites présidentielles) se multiplient au Cimetière du Château, en particulier sur les tombes des Familles Garibaldi et Gambetta. Les touristes qui fréquentent Nice pendant la saison d'hiver, notamment lors du Carnaval de février, viennent également rendre hommage à ces grands hommes. 

Bientôt, un monument prestigieux est d'ailleurs consacré à ces derniers dans la ville, le Monument à Garibaldi sur la place éponyme en 1891 et le Monument à Gambetta en 1909 sur la place Béatrix, actuelle place Général de Gaulle (monument détruit en 1942).


Au tournant du XX° siècle, les photographes professionnels et amateurs et les éditeurs de cartes postales donnent priorité aux tombes Garibaldi et Gambetta mais s'intéressent également à l'ensemble des monuments prestigieux :

- du Plateau Grosso (avec notamment les sculptures monumentales de la Tombe Grosso [FIG. 2 et 9] et de la Tombe Isnard datant de 1894) 

- et du Plateau Gambetta (nouvelle appellation du Plateau supérieur dont l'occupation a été entièrement renouvelée dès les années 1890). 


11 - Portrait du politique Alfred Borriglione (1841-1902), 1903,
détail du buste exécuté par le sculpteur Nicolas Mayer (1852-1929/39) à Paris en 1902-1903 et fondu en bronze par E. Gruet Jeune,
Nice, Cimetière du Château, Plateau Gambetta.
12 - Figures des Deux Douleurs, Tombe de la Famille Raiberti,
détail du groupe de pierre sculpté par Théodore Louis Auguste Rivière (1857-1912), vers 1903-1906, 
Nice, Cimetière du Château, Plateau Gambetta.



Les Fêtes de la Toussaint donnent l'occasion aux journaux de signaler :

- les tombes des personnalités dernièrement inhumées (Tombe du sénateur Borriglione,1902-1903, Plateau Gambetta) (FIG. 11), 

- les nouveaux monuments prestigieux (Tombe de la Famille Raiberti, 1900-1906, Plateau Gambetta) (FIG. 12) 

- mais également les réaménagements de sépultures anciennes (restauration et pose d'une stèle), notamment celles du Général Eberlé (1894), du poète Rosalinde Rancher (1903), d'Annita Garibaldi (1909puis le transfert des corps de la Famille Gambetta dans un nouveau tombeau (Plateau Gambetta, 1909).


De très nombreuses figures en pied en pierre, religieuses (Anges, Marie Madeleine, rares Christ et Vierge Marie) et allégoriques (Douleur/Pleureuse, rares Vertus, Mémoire/Pensée, Génie) témoignent de cette période, ainsi qu'une dizaine de groupes sculptés (composés de 2 à 5 figures) dont la moitié sur le Plateau Gambetta. 

Les portraits des défunts sont le plus souvent des bustes et des médaillons en pierre ou plus rarement en bronze (souvent par deux, mari et femme ou parfois frères ou sœurs). 

Il existe cependant quelques portraits en pied et en pierre, comme ceux des enfants de la Tombe Faraut-Pastore (vers 1892, Petit Cimetière), des parents de la Tombe Grosso (1894, sur le Plateau éponyme) ou de l'enfant de la Tombe Bussone (vers 1906, Plateau Grosso).

Parmi les réalisations des sculpteurs, il faut retenir les neufs monuments funéraires (chapelles et figures) de Giuseppe Garibaldi (homonyme de l'homme politique et du peintre marseillais), réalisées à Carrare entre 1890 et 1910 (côté nord, Plateau Grosso et Allée Brunel ; côté sud, Allée Orizet et Plateau Gambetta).


Dans le premier tiers du XX° siècle apparaissent, sur les monuments funéraires, les vitraux parfois figurés et les mosaïques à fond d'or. 

Les auvents de zinc et les châssis de verre qui protégeaient les tombes et leurs couronnes ont quasiment disparu de l'ensemble du cimetière (un auvent, à l'arc générateur brisé, subsiste notamment dans l'Allée Brunel sur la Tombe Delbecchi).



13 - L'Envolée au ciel de la Tombe de l'Enfant Piré (décédé en 1903),
détail du groupe sculpté par Nicolas Grandmaison (1856-1931), vers 1909-1911, 
Nice, Cimetière du Château, Plateau Gambetta.

14 - La Pensée de la Tombe Lambert (décès de 1912),
détail de la figure sculptée par Victor Ségoffin (1867-1925), en 1913,
Nice, Cimetière du Château, Plateau Gambetta.



La période 1920-1940 voit la dernière grande floraison de monuments et sculptures funéraires (Marie Madeleine/Douleur, Gardien(ne) des cendres, portraits), parfois de style Art Déco, notamment sur le Plateau d'Entrée (pourtours ouest et nord et zone centrale), le Plateau Gambetta et le Plateau dit Protestant Inférieur. 

Peu de tombes de soldats de la Première Guerre Mondiale sont localisées dans ce cimetière car elles ont été majoritairement implantées dans le cimetière militaire niçois de Caucade. 

La chapelle de la Sainte-Trinité, construite sur les plans de l'architecte François Aragon, remplace dans les années 1932-35 la petite chapelle Sainte-Madeleine. Le cimetière est également agrandi à cette époque, avec le Carré de l'O.N.U implanté à son extrémité nord-ouest.


15 - Figure de la Douleur du Tombeau de Georgette Foray, vers 1920-1925,
l'une des trois figures sculptées par Riccardo Aurili (1864-1943), 
Nice, Cimetière du Château, Plateau Gambetta.

16 - Détail du cortège funéraire à l'antique de la Tombe du chauffeur italien de locomotive
 Valerio Delfin(o) (1895-1926), 
haut-relief réalisé par le sculpteur Jean Galle (1884-1963)vers 1926-1930,
Nice, Cimetière du Château, Plateau d'Entrée.


17 - Cimetière du Château, Plateau d'Entrée, Le Gardien des Cendres, détail, vers 1925,
concession n° 11499 de la Famille Verdeil Cadet,
Nice, Cimetière du Château, Plateau d'Entrée.



SUR LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU DE NICE
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