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dimanche 11 décembre 2016

625-NICE-PHOTOGRAPHIES DU CIMETIÈRE DU CHÂTEAU DE LA SECONDE MOITIÉ DU XIX° s.-1




- FURNE Charles Paul (1824-1875) & TOURNIER Henri Alexis Omer (1835-1885), De Nice à Gênes par la corniche - 
n°5, Nice, Vue prise du Château vers le Mont-Chauve, vers 1859-1860,
vues stéréoscopiques albuminées de 7x7,3 cm, sur carton de 17,5x8,4 cm, Collection personnelle.



DERNIÈRE MISE À JOUR DE CES DEUX ARTICLES : 10/02/2021





Qu'ils résident ou non à Nice, les photographes de la seconde moitié du XIX° siècle ont aimé prendre des vues panoramiques de la ville depuis la Colline du Château qui culmine à près de 100 m de hauteur. Ils ont multiplié ainsi les vues sur le Port à l'est, les vues sur le bord de mer au sud-ouest, et les vues sur la ville, la vallée du Paillon et l'arrière-pays au nord-ouestDans ce dernier cas, ils ont souvent capturé, depuis la terrasse du Château, la partie occidentale du cimetière et de ses abords.

J'ai pu ainsi répertorier une vingtaine de photographies, non datées pour la plupart, réalisées par une dizaine de photographes différents. Parmi les photos les plus anciennes (ensemble ci-dessus et détail ci-dessous), il faut citer la vue stéréoscopique n° 5 de Charles Paul Furne (1824-1875) et Henri Alexis Omer Tournier (1835-1885) appartenant à la série, "De Nice à Gênes par la Corniche", intitulée, "Nice, Vue prise du Château vers le Mont-Chauve", qui peut être datée vers 1860 et est listée dans leur ouvrage de 1861 (cf. sur Gallica page 9). 




- FURNE Charles Paul (1824-1875) & TOURNIER Henri Alexis Omer (1835-1885), De Nice à Gênes par la corniche - 
n°5, Nice, Vue prise du Château vers le Mont-Chauve, détail, vers 1860,
vues stéréoscopiques albuminées de 7x7,3 cm, sur carton de 17,5x8,4 cm, Collection personnelle.


Cette photo nous révèle l'allée du cimetière (qui prendra le nom de rue puis d'avenue) bordée à gauche des murs donnant sur la ville et à droite des murs très élevés de l'enceinte du cimetière. Cette allée s'élargit dans sa partie la plus au nord (juste avant le virage de la descente actuelle, créée en 1932-33), face à la chapelle Sainte-Madeleine et à l'entrée du cimetière. La vue montre seulement la partie occidentale du cimetière, avec un petit édicule dans l'allée externe et de nombreux cyprès plantés à l'intérieur, près de l'entrée, de la chapelle Madeleine et le long du mur d'enceinte nord. Détail secondaire (mais fondamental pour dater les autres photographies), une baie du mur sud de la chapelle n'est qu'en partie masquée par un mur qui peut être celui de la morgue.

Une autre vue stéréoscopique anonyme (vue d’Hippolyte Jouvin éditée par Radiguet & Fils, Paris) montre une vision assez semblable et contemporaine des lieux mais avec une vision beaucoup plus complète du cimetière et des cyprès plus développés à l'est de la chapelle. Elle peut être datée vers 1861. Une autre vue stéréoscopique anonyme montre une vue très semblable avec le flanc de la colline en travaux.



- Anonyme, Vue du Paillon et Saint-Pons (Nice), vers 1861,
vues stéréoscopiques de 7,3x7,3 cm chacune, sur carton de 17,8x8,8 cm, Collection personnelle.
Cette photographie stéréoscopique, probablement l'oeuvre d'Hippolyte JOUVIN (1825-1889) qui possédait à Paris un atelier au 11, rue du Grand Chantier, a été diffusée par RADIGUET (Marie-Honoré, 1791-1867) & Fils (Honoré-Antoine, 1824-1887),
Paris, 15 Boulevard des Filles-du-Calvaire.

- Anonyme, Vue du Paillon et Saint-Pons (Nice), détail, vers 1861,
vues stéréoscopiques de 7,3x7,3 cm chacune, sur carton de 17,8x8,8 cm, Collection personnelle.


- Anonyme (probablement DAVANNE Alphonse, 1824-1912), Nice, La vallée du Paillon et le cimetière, ensemble et détail, vers 1861,
vue stéréoscopique, 7,3x6,9 cm sur carton de 17,5x8,3 cm, Collection personnelle.




Du sud au nord, on aperçoit le cimetière juif, le cimetière catholique avec les différents niveaux de terrasses de la butte, la chapelle Sainte-Madeleine accostée de cyprès et de la morgue (ne masquant qu'en partie la baie sud de la chapelle) puis le cimetière catholique et le terrain oriental, plantés de cyprès également. Au-delà d'être l'une des vues les plus anciennes, c'est également l'une des vues qui montrent le plus l'ensemble du site et notamment la partie orientale qui sera, par la suite, bien souvent sacrifiée par le cadrage ou masquée en partie par la croissance des arbres du premier plan. 

Le petit édicule, absent des plans conservés et invisible de la ville (car il est plus bas que le mur ; cf. photo de l'article précédent), est toujours présent dans l'allée. Sa fonction n'est pas connue, même si on peut penser au guichet du gardien, à condition qu'il existe à cette époque un guichet différent de celui du Château (situé plus au sud et pour sa part indiqué sur les plans).

Une très belle vue stéréoscopique de Louis Crette (1823-1872) offre une vision contemporaine mais davantage axée sur le cimetière chrétien et l'allée qui y conduit (avec le petit édicule). Cette photographie (voir : Didier Gayraud, La photographie à Nice, Monaco et dans les Alpes-Maritimes au XIX° siècle, Academia Nissarda, 2016 p 90), antérieure au départ de Louis Crette pour Turin (en 1864), peut être datée vers 1862. Les éléments visibles sont très semblables à ceux des deux photographies précédentes (présence de nombreux cyprès et baie sud de la chapelle partiellement visible), à l'exception d'un mur blanc structurant les terrasses près du sommet de la butte, construction qui correspond à des travaux entrepris suite à l'annexion française.
Cette photographie, d'une rare netteté, permet de voir avec précision les tombes existantes, formées d'un simple tertre et d'une croix, occupant tout aussi bien le bas et le flanc de la butte qu'une partie du Plateau supérieur. Voici une autre épreuve de cette photographie conservée dans les collections du Rijksmuseum d'Amsterdam (voir ci-dessous).




- CRETTE Louis (1823-1872), Nice, La vallée du Paillon vue de la terrasse du Château, vers 1861-1862,
tirage albuminé de 15,8x21,8 cm sur support de 27,6x36,1 cm, Amsterdam, Rijksmuseum, cote RP-F-00-1490.
L'allée du cimetière est alors une impasse. La descente actuelle ne date que des aménagements de 1932-33.
A noter, dans l'alignement de la chapelle mais en contrebas de la colline, au bord du Paillon,
un immeuble dont la construction (échafaudage) semble en cours d'achèvement (cf. la photo suivante).



Dans mon inventaire du Plateau supérieur actuel (Plateau Gambetta), réalisé en 2018,  je n'ai pas trouvé de tombe antérieure à 1895 ; je pensais donc que le Plateau supérieur n'avait été aménagé et occupé que tardivement. Cette photographie de Louis Crette prouve le contraire.

Une nouvelle photographie anonyme et non datée montre un état du cimetière proche de la photo précédente (cyprès, mur blanc du sommet de la butte) mais légèrement postérieure, avec la baie sud de la chapelle non visible, masquée désormais par un toit à deux pans qui a été érigé sur la morgue.



- Anonyme, Nice, La vallée du Paillon vue de la terrasse du Château, détail, vers 1862,
tirage albuminé de 17x23 cm, Collection privée.
A noter, dans l'alignement de la chapelle mais en contrebas de la colline, au bord du Paillon, 
l'immeuble en construction, visible dans la photo précédente, semble achevé.



Une nouvelle vue stéréoscopique montre une vision assez semblable et de peu postérieure (ensemble et détail ci-dessous), avec à nouveau le petit édicule de l'allée externe, le mur blanc sur le flanc de la butte et la baie sud de la chapelle masquée mais elle montre que de nombreux cyprès ont été coupés, notamment sur le flanc sud de la chapelle Sainte-Madeleine et le long du mur d'enceinte nord du cimetière.

Cette vue stéréoscopique n'est pas datée mais elle est signée "J.A.", et elle possède un titre, "Vallée du Paillon, à Nice", et un numéro de série, "534". Ces éléments permettent d'identifier son auteur, Jean Andrieu (1816-apr.1872 ?), photographe et éditeur parisien, et même de préciser sa datation (1862), une photographie de même titre étant citée par la BnF dans un recueil daté de 1863, intitulé, "Vues stéréoscopiques. Villes et ports maritimes. Nice et la Côte d'Azur". 





- ANDRIEU Jean (1816-apr. 1872), Vallée du Paillon, à Nice, ensemble et détail, 1862,
tirage albuminé stéréoscopique formé de deux photographies de 7,8x7,7 cm
 montées sur carton de 17,5x8,8 cm, Collection personnelle,
cf. la notice de la même photographie sur Gallica.




Ces photographies du début des années 1860 donnent une première vision des cimetières et mettent en évidence l'importance de la végétation qui laisse à peine émerger les sépultures qui s'y sont pourtant multipliées depuis 80 ans. Au premier plan, le cimetière juif semble désert, avec seulement quelques dalles de marbre blanc mais il est vrai que sa partie sud est masquée par les arbres. Quant au cimetière catholique, seules quelques croix s'y devinent mais elles sont souvent sombres et se confondent avec la végétation. 
Dans son journal de voyage, Louise Colet, de passage à Nice, écrit en novembre 1859 : "A mi-côte, sur le versant occidental, on trouve deux cimetières : celui des chrétiens et celui des juifs ; les herbes et les ronces recouvrent à moitié les pierres tumulaires" (Louise Colet, L'Italie des italiens - Première partie - L'Italie du Nord, 1862 p 37).

Tout ceci interroge sur l'occupation de ces cimetières entre 1783 et 1863 et l'emplacement précis des sépultures durant cette période. La multiplication des sépultures ne semble s'être accélérée qu'avec le développement du tourisme hivernal au milieu du XIX° siècle puis l'annexion de Nice à la France en 1860 (et l'adoption de sa législation funéraire l'année suivante). 

Le cimetière juif a conservé les tombes anciennes transférées en 1788 de l'ancien cimetière (rue Ségurane) et en a accueilli de nouvelles dans sa partie basse, avant d'occuper au XX° siècle la butte orientale voisine.

Dans les cimetières chrétiens actuels, de nombreuses sépultures anciennes ont disparu et ont été remplacées par le jeu des concessions temporaires ou à perpétuité. Quelques dalles et stèles de marbre blanc du début du XIX° siècle ont cependant été conservées et installées contre les murs anciens du Plateau d'entrée, à l'est et au sud. Quelques tombes des années 1819-1860 sont pour leur part toujours en place dans les allées, notamment dans la partie est du Plateau d'entrée mais également sur les versants de la butte (voir la synthèse de l'inventaire réalisé en 2018 ici).

Le détail ci-dessous d'une nouvelle photographie, ni authentifiée (Miguel Aleo) ni datée, ne fournit pas une vision élargie des cimetières mais donne une vision nette de l'allée qui les dessert. On retrouve l'édicule cité au toit de tuiles mais, plus au nord, une nouvelle baraque de bois au toit clair. 
Cette photographie est donc postérieure à la précédente, et elle peut être datée vers 1863-1864 du fait de la construction en cours du futur Hôtel de Nice, ouvert en 1864, boulevard Carabacel (à l'extrême gauche de la photographie).



- Photographe anonyme (Miguel ALEO, 1824-vers 1886), Nice, Vue prise du Château, ensemble et détail, vers 1863-1864,
tirage, de 22,5x15,5 cm, dans les années 1930 (vers 1935), d'une prise de vue ancienne, Collection personnelle.




Le détail photographique de l'entrée du cimetière (ci-dessus) permet de révéler la configuration des lieux. L'allée du cimetière est alors bordée par un terrain en forte pente au nord (au bout de l'allée) et à l'ouest (en face du portail du cimetière et de la chapelle). C'est au bord de cette pente qu'ont été érigés le petit édicule puis la nouvelle baraque ainsi que deux nouvelles barrières de protection.

J'ai pu retrouver un tirage de la même prise de vue (anonyme lui-aussi) mais avec un cadrage plus large montrant davantage l'intérieur du cimetière et surtout la construction, visiblement en cours, d'un second mur (inférieur) de soutènement de la butte (détail ci-dessous).



- Photographie anonyme (Miguel ALEO, 1824-vers 1886), Nice, Vue prise du Château, détail, vers 1863-1864,
tirage, de 20x25 cm, Collection privée.




Une nouvelle photographie de Jean Andrieu nous révèle le site du cimetière du Château mais avec cette fois une baraque supplémentaire, au toit clair, placée dans l'allée, face à l'extrémité sud du cimetière catholique et masquant désormais le petit édicule. Elle est intitulée "1712 - Vallée du Paillon, A Nice (J.A)". 
Cette vue appartient à une deuxième série de vues niçoises, problématique à dater. Postérieure à 1862 mais antérieure à l'hiver 1867-1868, cette série semble dater, suite à une étude détaillée des éléments architecturaux photographiés, de 1865 ou 1866. 



- ANDRIEU Jean (1816-apr. 1872), 1712, Vallée du Paillon, A Nice (J.A), ensemble et détail, vers 1865-1866,
tirage albuminé stéréoscopique formé de deux photographies de 7,8x7,7 cm
 montées sur carton de 17,5x8,8 cm, Collection personnelle,




Une photographie non datée du troisième quart du XIX° siècle (vers 1866-1868, du fait du texte au revers ?) nous montre d'ailleurs une vue semblable. C'est la vue ci-dessous d'Alberto Pacelli (1821-après 1884). 
Ce photographe, actif dès le début des années 1850 est tout d'abord associé au photographe Schemboche en 1864-1865 au n° 5 rue Chauvain puis il officie seul à cette même adresse jusqu'en 1870, date de la cession de son fonds à Eugène Guigoni.



- PACELLI Alberto (1821-après 1884), Nice, Cours du Paillon, Colline de Cimiez, Carabacel, ensemble et détail, vers 1866 (?),
tirage albuminé, 6,5x10,5 cm, Collection personnelle.
Indications au verso : "A.Pacelli - Photographe - Portraits & Vues -
5, Rue Chauvain , 5 - Au 1er étage - Nice".




Charles Nègre photographie également le site vers la même époque (vers 1866-1868). Les Archives Départementales des Alpes-Maritimes en conservent tout à la fois un tirage albuminé et la plaque de verre (ci-dessous).
La nouveauté de la photographie réside dans la présence, dans l'allée, cette fois non plus d'une mais de deux baraques en bois au toit clair, qui masquent le petit édicule central. 



- NÈGRE Charles (1820-1880), Nice, vue générale depuis la colline du Château, ensemble et détail, vers 1866-1868 (?), plaque de verre au collodion, 18x24 cm, Archives Départementales des Alpes-Maritimes (cote 08FI004).





La vue suivante peut être datée vers 1870, d'autant qu'elle présente un état du cimetière précédé de cabanes du même nombre que la photographie précédente.

La photo d'Eugène Degand (1829-1911) affiche au verso son tampon "Collections de vues pour album - et Stéréoscope - par Degand" qui identifie des prises de vues vers 1869-1872.



- DEGAND Eugène (1829-1911), Nice, La vallée du Paillon vue de la terrasse du Château, vers 1869-1871,
tirage albuminé (photo recoupée) de 6x10,3 cm sur carton de 6,6x10,5 cm, Collection personnelle.