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dimanche 18 décembre 2016

628-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU (NICE) DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XIX° s.-3









- GUESDON Alfred (dessinateur, 1828-1876) et ARNOUT Jules (graveur, 1814-1868), Nice, Vue prise au-dessus de Montalban, détail, 1849,
lithographie extraite de l'ouvrage de, ETIENNEZ Hippolyte (1813-1871), L'Italie à vol d'oiseau ou Histoire et description sommaires des principales villes de cette contrée, accompagnée de 40 grandes vues générales dessinées d'après nature par A.Guesdon, Paris, A.Hauser éditeur, Paris, Imprimerie Lemercier, 1849 (et 1852), lithographie de 290x435 mm sur fond de 400x540 mm, Collection privée.
Une gravure semblable, extraite de, La France à vol d'oiseau, vers 1860, est conservée à Nice, à la Bibliothèque du Chevalier de Cessole (ICO1304).





Sur la partie gauche de la lithographie ci-dessus, éditée en 1849, on peut avoir un état des cimetières vus de l'est, du Fort Montalban, au milieu du XIX° siècle, même si le dessin original peut être antérieur de quelques mois. 
La partie nord, attribuée vers 1845 au cimetière protestant, semble encore un espace en friche. 
Le cimetière catholique est limité à un petit enclos qui comprend la chapelle Sainte-Madeleine. Les premières inhumations chrétiennes (fin XVIII°-début XIX° s.) ont en effet eu lieu dans cet enclos qui n'occupe que la partie ouest du Plateau d'entrée actuel, laissant les autres surfaces en jardins entourés de murs, comme le révèle également un plan des Archives Départementales daté du 1er janvier 1825 (01FI0305). 
Le cimetière juif plus au sud et en contrebas, n'est pas visible ici.






Une photographie stéréo des Frères Neurdein, non datée (vers 1871-1872 ?) montre une vision semblable et contemporaine aux précédentes, avec les deux baraques en bois au toit clair, placées face à l'extrémité sud du cimetière catholique et masquant le petit édicule central.





- NEURDEIN Etienne (1832-1908), Nice, Vallée du Paillon, ensemble et détail, vers 1871-1872 (?),
photographie stéréo, Collection personnelle.




Charles Nègre photographie également le site vers la même époque (vers 1871-1872 ?) ; les Archives Départementales des Alpes-Maritimes en conservent tout à la fois un tirage albuminé et la plaque de verre (ci-dessous).



- NÈGRE Charles (1820-1880), Nice, vue générale depuis la colline du Château, ensemble et détail, vers 1871-1872 (?),
plaque de verre au collodion,18x24 cm, Archives Départementales des Alpes-Maritimes (cote 08FI004).




Les prises de vue suivantes, d'Eugène Degand et de Jean Walburg de Bray, sont très semblables mais sont pour leur part datées du milieu des années 1870. Elles montrent que désormais toutes les baraques ont été peintes de couleur claire. Il est à noter que la face occidentale (donnant sur la ville) de la baraque nord n'a pas été peinte, comme le montre une autre photo de Jean Walburg de Bray prise depuis la terrasse de l'Hôtel des Anglais en 1876 (cf., la dernière photographie de cet article).


- DEGAND Eugène (1829-1911), Nice, vue générale (vue prise du haut du vieux château), vers 1872-1874,
photographie (vue 7 F 1) extraite du recueil, Nice et ses environs  édité en 1875,
et constitué de 25 photographies encadrées sur des formats de 41x32 cm,
Paris, BnF, cf. le recueil sur Gallica.


- Photographe anonyme, Nice - -  Vue prise du Château, ensemble et détail, vers 1872-1876,
tirage albuminé de 9,5x15 cm, sur carton de 10,9x16,4 cm, Collection personnelle.


- WALBURG DE BRAY Jean (1839-1901), Nice, vue générale & la vallée du Paillon, ensemble et détail, vers 1872-1880 (?), tirage des années 1880,
photographie (vue 13) extraite du recueil constitué de 24/32 vues sur format 21,2x13,8 cm,
Souvenir des Alpes-Maritimes, Nice,  Monaco, Menton, Cannes, édité vers 1875-1880,
BnF, cf., le recueil sur Gallica.




Une photographie contemporaine, ni signée ni datée, permet de voir l'allée et les baraques peintes avec une grande précision.



- Photographe non identifié, Nice, Vallée du Paillon, détail, vers 1875-1880 (?),
tirage albuminé, Collection privée.




Toutes ces photographies sont utiles à la datation des phases d'évolution du site et à celle des autres prises de vue mais elles montrent peu l'intérieur des cimetières. 

Les photographies postérieures prises du Château (1880-1900) attestent les baraques peintes mais ne montrent plus rien des cimetières du fait du masquage des arbres ou du choix de cadrages vers la ville, à l'ouest. 
Je positionne ci-dessous une photo montrant le site actuel (partie basse du cimetière catholique, décembre 2016).



- Nice, Le Cimetière vu depuis la terrasse nord du Château, 2016,
photo numérique couleur personnelle.
Si la chapelle Sainte-Madeleine de la fin du XVIII° siècle a cédé la place, dans les années 1935-1941,
 à l'église de la Sainte-Trinité, le site visible reste globalement fidèle à son état de 1910 (sépultures et monuments).



Il existe cependant des photographies de Jean Giletta (1856-1933), prises de la terrasse de l'Hôtel des Anglais (Bibliothèque du Chevalier de Cessole, ALB-GIL-I-37) ou bien du nouveau lieu surélevé qu'est le Casino de la Jetée (1889/1891-1943 ; inauguré le 10 janvier 1891) qui montrent les cimetières dans les années 1880 et 1890. Sur ces photographies, et notamment sur celle ci-dessous, on peut repérer un grand nombre de monuments qui existent toujours.




- GILETTA Jean (1856-1933), 792 - Nice, Vue prise de la Jetée, ensemble et détail du Cimetière, vers 1891-1892,
tirage albuminé, 21x27 cm, Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole (ALB-GIL8-51).




Je confronte la photo ci-dessus avec les photos prises vers 1860 et 1876 afin de montrer la multiplication progressive des sépultures (1860-1876) et des hautes chapelles de marbre blanc (1876-1891), alors que les sculptures vont se multiplier pour leur part au tournant du XX° siècle.




- Auteur non identifié, Nice, Vue du Paillon, sans date, vers 1855-1860 (?),
on aperçoit sur la droite, au second plan, la Colline du Château avec les murs d'enceinte du cimetière chrétien
et la chapelle Sainte-Madeleine puis, au troisième plan, le Château du Mont Alban se découpant sur le ciel.
tirage albuminé, Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.


- WALBURG DE BRAY Jean (1839-1880 ?), Vue Panoramique de Nice [vue générale], ensemble et détail, avant 1876,
vue sur le Paillon et la ville, prise depuis la terrasse de l'Hôtel des Anglais (Promenade des Anglais),
image extraite du recueil intitulé, Souvenir de Voyage, Cannes, Nice, Menton, édité en 1876
tirage albuminé, Paris, BnF, cf., l'ouvrage sur Gallica.
Une photographie semblable intitulée, Nice , Panorama des Quais, a été faite par Eugène Degand
 du même point de vue et éditée dans les années 1870-1876.



Il existe enfin quelques gravures montrant l'intérieur du cimetière catholique. Deux d'entre elles ont été réalisées lors de l'enterrement de Léon Gambetta (1838-1882), le 13 janvier 1883. Celle ci-dessous, créée par Henri Meyer (1844-1899), donne une vision de la partie nord-est du Plateau d'entrée.



- Cimetière du Château (Plateau d'entrée) : Les obsèques de Léon Gambetta à Nice (le 13 janvier 1883),
illustration, "Le Journal Illustré" n° 5 du 28 janvier 1883 p 40 (Collection personnelle).
L'image montre les tombes et le mur nord du Plateau d'entrée du Cimetière et l'absence, à cette date, de statues ou de chapelles.




La gravure suivante, signée d'Adrien Marie (1848-1891), montre l'escalier sud du cimetière catholique permettant de gravir les terrasses occidentales de la colline. Elle offre une vision des tombes de l'Allée Robiony, située en léger contrebas et au sud du Plateau Supérieur, et notamment la Pyramide des Familles S.-B.-F.



- The Funeral of the Late M. Gambetta at Nice,
extrait du magazine hebdomadaire illustré britannique, The Graphic, 27 Janvier 1883 p 85 (Collection personnelle).




L'image la plus révélatrice reste l'illustration parue le 2 novembre 1902 dans "Le Petit Niçois", avec une vue panoramique qui montre, la Grande Croix de Bénédiction toujours en place (au centre), la chapelle Sainte-Madeleine (au second plan, à droite) accostée du double escalier (1901) et de nombreux monuments, avec de gauche à droite : la chapelle à pots à feu de la Famille Paul C. (Plateau Gambetta, vers 1897), la chapelle avec dôme couronné d'un vase de la Famille B. (allée Lenval, 1892), la flèche néo-gothique de la Famille de Nicolas de F. (Allée Pacôme, vers 1864), la chapelle à baldaquin de la Tombe P. (Plateau Gambetta, 1901), la Pyramide de Gambetta (Plateau Gambetta, 1883), la Chapelle T. (Plateau Gambetta, 1900), la Chapelle du Baron de L. (Allée Lenval, vers 1884), la Chapelle à baldaquin de la Famille B. (en dessous, Allée Brunel, avec la figure de l'Ange, 1894) et enfin, au tout premier plan à droite, la Pyramide élevée aux victimes de l'Incendie du Théâtre Municipal du 23 mars 1881 (1882).




- Journal "Le Petit Niçois", Vue du Cimetière du Château depuis le Plateau d'entrée, novembre 1902 (vue nord-sud),
illustration parue dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1902 page 2.




A la fin de cette série de trois articles sur le cimetière du Château au XIX° siècle, de nombreuses interrogations subsistent :
- Est-ce que beaucoup de tombes juives ont été déplacées en 1783 vers le nouveau cimetière ?
- Quelles sont ces travaux d'agrandissement du cimetière annoncés en 1812 (cf., Annuaire des Alpes-Maritimes, 1871 p 204) ?
- De quelle année (entre 1783 et 1793) date l'édification de la chapelle Sainte-Marie-Madeleine ? Elle apparaît sur les plans de la ville de Nice de 1793, 1798, 1804, 1808... (voir Luc Thévenon, Du Château vers le Paillon, p 341, 346, 367 et 381). Elle semble cependant peu visible sur la gravure ci-dessous datant de 1812 mais est bien présente sur le plan Scoffié du 31 décembre 1831 (voir ce plan dans la partie 1 de cet article) et très visible sur les gravures des années 1830 (1834, notamment). 
- La légende du plan français de l'An 6 (1798) est particulièrement intéressante car elle indique au numéro "43" identifiant le cimetière du Château, "Cimetière de la Garnison", ce qui implique qu'il s'agit alors d'un cimetière notamment militaire (attesté déjà en 1761) qui perpétue peut-être une tradition plus ancienne, du temps de la citadelle. Ceci expliquerait le choix de cet emplacement précis en 1783 (décrié de sa création à la fin du XIX° siècle).
- Les tombes protestantes antérieures à 1845 ont-elles été déplacées vers le nouvel espace attribué au nord ? Les tombes protestantes ont, en tout cas, bien été déplacées en 1877 dans la nouvelle parcelle allouée à l'est.
- Combien de tombes antérieures aux années 1860 subsistent actuellement dans les cimetières chrétiens ?
- A quelle date (vers 1877 ?) ont été, en grande partie, démolis les murs de séparation intérieurs du cimetière chrétien ?
- L'occupation du Plateau supérieur (actuel Plateau Gambetta) est attestée au début des années 1860 mais le plateau actuel ne conserve trace que de tombes postérieures à 1895. Toutes les tombes antérieures et leurs monuments ont-ils disparu au début des années 1890 (concessions temporaires et concessions perpétuelles non entretenues au bout de 30 ans), à l'occasion d'un réaménagement global du Plateau ?





- LOUVOIS Auguste de (dessinateur), Mademoiselle BOGUET (graveur), 1ère vue de Nice et de ses environs, prise de la Montagne de Montalban, ensemble et détail, 1812,
 gravure de 14,7x20,4 cm, extraite de l'ouvrage, Nice et ses environs ou Vingt vues dessinées d'après nature en 1812 dans les Alpes-Maritimes, Paris-Genève, 1814, Paris, BnF, vue 17 (cf. l'ouvrage sur Gallica).
Outre la colline minérale du Château avec le cimetière entouré de murs mais où la chapelle est peu ou pas visible, le détail montre une vue intéressante du port en 1812.