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mardi 25 août 2026

1488-RENZO BABILONIA : HENRY MICHEL, UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE PENDANT LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)-2

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE :

HENRY MICHEL,

LE MONDE ILLUSTRE ET LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)

- PARTIE 2 -



- Portrait d'Henry Michel, en sergent-major de l'armée péruvienne, vers 1880-1881.



Comme nous l'avons mentionné précédemment, la participation du correspondant des publications françaises, Le Monde Illustré et La Démocratie Franc-Comtoise, dans l'armée péruvienne ne se termine pas lors de la défense de Lima.

Ainsi, dans une lettre officielle rédigée à Ayacucho le 2 septembre 1881, et envoyée par le général Juan Buendía au capitaine de vaisseau, ministre d'État, figure "la liste des chefs et officiers qui, lors de la retraite, ont accompagné Son Excellence le Président de la République de Lima à la ville de Tarma". Dans cette liste nous trouvons le sergent-major Enrique Michel et aussi le journaliste uruguayen Benito Neto, lieutenant-colonel de l'Armée du Pérou (1).

 Cette retraite ne fut pas simple et de même les conditions de vie de toutes les personnes impliquées dans la résistance furent extrêmement dures. Le 14 septembre 1881, à nouveau depuis Ayacucho, le Général Buendía écrivait :

"Monsieur le Contre-Amiral Ministre Général d'État S.M.G. Je crois qu’il est juste de vous faire savoir que la situation dans laquelle se trouvent les Messieurs Chefs et Officiers appartenant à cet E.M.G. tant natifs qu'adjoints, est extrêmement triste et affligeante car le manque de ressources les tient condamnés à une véritable indigence ; préjudiciant notablement le bon service dans ce Bureau, par la raison que la majeure partie d'entre eux ne peuvent concourir à l'accomplissement des tâches qui leur sont confiées par manque pour certains de chaussures et pour d'autres même des vêtements les plus indispensables pour se présenter honnêtement en public. Qu'il vous suffise de savoir que pour beaucoup des officiers cités, la question de subsistance est un très grave problème quotidien" (2).

Concernant la décision de Michel de continuer à soutenir la cause du Pérou, la chercheuse française Dominique Bonnet précise :

"Il est avec le président de la République d'alors, Piérola, dont l'armée s'est repliée à l'intérieur du pays après l'occupation de Lima par les Chiliens ; puis, quand ce dernier se voit obligé de démissionner du gouvernement et de retourner à Lima, Henri Michel reste à Ayacucho, où il serait "disposé à continuer" de servir le Pérou "sous les ordres du général Cáceres" (3).

Ce service fut vaste et reconnu en ce temps difficile pour le Pérou. Le journal politique d'Ayacucho, La Patria, dans son édition du 22 août 1881, le félicite pour son travail à la maison de la monnaie de ladite ville :

"Un mot de cordiale félicitation que nous devons à l'intelligent Ingénieur M. Michel, pour la rapidité avec laquelle sont menés à bien les travaux de la Maison de Monnaie. Sa consécration à cet égard mérite les plus complets éloges au nom du pays pour le service duquel M. Michel se dévoue tant, nous le lui accordons avec abondance de spontanéité et un plaisir reconnaissant" (4).

Le travail déployé par Henry Michel reste également enregistré dans la lettre officielle que le général Juan Buendía lui envoya le 30 août 1881. Dans cette communication, on notifiait formellement au sergent-major un décret présidentiel expédié à peine trois jours avant, le 27 août, dans lequel il était ordonné de constituer un jury spécial pour évaluer la capacité du personnel de la Maison de la Monnaie d'Ayacucho :

"État-Major Général des Armées. Ayacucho, 30 août 1881. Au Sgt. Mor. Ingénieur Militaire M. Enrique Michel. 

En date du 27 du présent S.E. le Président a expédié le décret suivant : Comme il est nécessaire de vérifier l'aptitude des employés de la maison de la Monnaie, établie dans cette Ville, qui doivent intervenir dans les essais de métaux, alliage et monnayage, conformément aux lois existantes, nommez un jury devant lequel les employés référés doivent passer l'examen respectif, lequel se composera des Docteurs M. José María Zapater, M. José A. Ibarcén, M. Juan Valle et M. Tomas Cáceres et l'Ingénieur Militaire Sgt. Mor. M. Enrique Michel. Ce que je vous communique pour que vous y donniez le dû accomplissement. Dieu vous garde. Juan Buendía" (5).

Michel continuera de servir dans l'armée péruvienne jusqu'à ce qu'il présente sa démission au poste, le 16 janvier 1882 (6).


- Signature de l'artiste , correspondant du magazine Le Monde Illustré et
volontaire de l'armée péruvienne, Monsieur Henry,
Compagnie française des pompiers de Lima.


 


Concernant les années suivantes de la Guerre du Pacifique, Pascal Riviale commente qu'en 1988, lors d'une visite à Lima, il put voir, sur le plafond de la caserne de l'ancienne compagnie de pompiers France 1, une peinture (en très mauvais état de conservation) signée par Michel.

Nous trouvons également une trace de ce don dans la copie d'une lettre qu'Émile Fort adresse à l'artiste, le remerciant pour ce "Tableau allégorique qui représente la République Française" (Lima, 31 juillet 1882 ; Copie des lettres 1881–1884. Papiers de la compagnie de pompiers "France", Lima) (7).

Pour notre part, au moment de faire des recherches sur la "Bomba Francia", nous avions trouvé la demande originale de Henry Michel, écrite de sa propre main et avec sa signature, adressée au commandant de la compagnie, à ce moment-là M. Émile Fort :

"Lima, 12 juillet 1882. Mon Commandant, J'ai l'honneur de vous communiquer que j'offre à la Compagnie Française de Pompiers un tableau allégorique de la République Française qui, si vous le considérez convenable, pourrait servir de décoration pour le salon des banquets que notre Colonie se propose d'organiser à l'occasion de la Fête Nationale du 14 juillet. 

Demain, 13 juillet, je ferai porter le tableau à M. N. Barbier, qui se chargera de l'encadrer. Comme mes moyens ne me permettent pas de payer le cadre, je vous prie, Monsieur le Commandant, d'ouvrir une souscription à la « Bomba » pour couvrir cette dépense extraordinaire. J'aimerais que mon tableau soit placé dans le local de la Bomba. Je vous prie d'accepter le témoignage de ma plus distinguée considération. Henry Michel Pompier honoraire" (8).

En ce qui concerne l'œuvre picturale d'Henry Michel, Dominique Bonnet précise :

"Durant son séjour à Lima, Henri Michel participe activement à la vie de la colonie française. Il intervient durant les fêtes du 14 juillet 1882 et 1883 dans l'animation de la journée, l'illustration du programme et la décoration des lieux. De plus, il peint, pour lesdites occasions, deux évocations de la France : « La République » en 1882, « La Liberté et Rouget de Lisle entonnant la Marseillaise » en 1883" (9).

C'est sur l'œuvre exposée en 1882 que Monsieur Riviale et que nous-mêmes avons pu trouver des informations d'époque dans la Compagnie Française de Pompiers. Selon d'autres documents que nous avons révisés dans l'actuelle Compagnie Française de Pompiers de Lima France 3, Michel est présenté comme membre honoraire de la France 1 d'alors, le 2 juin 1880. À partir de 1882, il devient membre actif de la compagnie de pompiers français à Lima.

Malheureusement, nous n'avons pu localiser ni connaître le sort qu'ont connu les tableaux peints par Henry Michel. Nous devons ajouter que dans la relation des pompiers actifs, honoraires et étrangers de la France 1 en 1880–1881, on mentionne que Michel se trouve "de voyage", et pour la période 1881–1882 il est précisé, "de voyage au Chanchamayo" (10).

De 1882 à 1884, Michel prête ses services à la Légation de France à Lima, spécialement comme traducteur (11). Sur ce point, il doit être souligné que, dans son curriculum, il mentionne qu'en plus de l'espagnol il parle couramment le quechua (12).


- Dessin de Férat d'après un croquis d'Henry Michel, La Guerre du Pacifique,
Combat du 25 mai 1880 dans la rade du Callao, entre la chaloupe péruvienne "Independencia" et le porte-torpille chilien "Janequeo",
estampe parue dans Le Monde Illustré du 11 septembre 1880.




Le 9 septembre 1882, Le Monde Illustré publie une partie d'une lettre écrite par Michel, où il offre des informations aux lecteurs de la revue française sur la résistance péruvienne à l'occupation chilienne. Il convient de préciser que la couverture de ladite édition fut réalisée sur la base d'un croquis également envoyé par Michel :

"NOS GRAVURES Il est notoire que l'occupation d'une partie du Pérou par les Chiliens fut la conséquence de la dernière guerre ; mais les nouvelles que nous recevons nous montrent que les Péruviens opposent une forte résistance. Voici, ci-dessous, un extrait d'une lettre de notre correspondant :

"Lima, 26 juillet. Monsieur le directeur du Monde illustré, Après deux ans d'absence forcée, je vous envoie un croquis (que je n'ai pas eu le temps de soigner suffisamment) relatif aux derniers événements dans les Andes. Une division de l'armée chilienne, commandée par le colonel Canto et obéissant aux ordres du général Lynch, s'est vue obligée de se retirer à Lima, quartier général des forces d'occupation.

Les Indiens du département de Junín, depuis Huancayo jusqu'à Cerro de Pasco, se sont soulevés contre les envahisseurs. Armés seulement de frondes et de fusils déficients, ils ont formé des « montoneras » ou « guérillas » qui ont réussi à s'imposer aux troupes chiliennes.

Mon croquis représente avec précision une embuscade dans un défilé de la cordillère. Les Indiens (souvent guidés par leurs prêtres, qui leur prêchaient la guerre sainte) ont attaqué un détachement d'infanterie et ont fait rouler sur lui des « galgas », d'énormes pierres qui en ont détaché d'autres dans leur chute et ont produit de terribles avalanches. S'il vous plaît, acceptez, etc. — HENRY MICHEL" (13).

Le 5 mai 1883, il publie à nouveau un article dans Le Monde Illustré, pour souligner cette fois la figure de Nicolás de Piérola, qui à ce moment-là se trouvait hors du pays en quête du soutien de divers gouvernements étrangers, ce pour quoi cet envoi s'avérait être une précieuse lettre de présentation pour lui. Michel concluait en signalant que l'ancien dictateur du Pérou était l'unique espoir de résurrection de ce malheureux pays.

Henry Michel retourne en France en 1885 (14). Il fut connu et reconnu en son temps, comme nous pouvons le voir dans les diverses mentions de son œuvre, même de nombreuses années après la fin de la Guerre du Pacifique.

Ainsi, dans une édition de 1890 de La Ilustración Americana, on reproduit, "le célèbre combat du 8 octobre 1879, en prenant une copie de l'aquarelle peinte par le délicat artiste Mr. Henri Michel" (15). À une autre occasion, au début du XXe siècle, cette reproduction apparaît de nouveau dans une édition de 1920 de la revue Mundial. Dans un numéro spécial pour le combat d'Angamos, on publie la "copie de l'aquarelle peinte par le célèbre artiste Henri Michel" (16).

La gravure publiée aux deux occasions est également très intéressante, étant une fidèle reproduction, signée par Aurora et Evaristo San Cristóval, de l'œuvre réalisée par Michel en 1879.

Une autre reproduction, photographique cette fois et contemporaine de la période de la guerre, se trouve dans l'album de la Station du Pacifique du navire britannique « HMS Triumph ». Ils s'y réfèrent à l'original de Michel de la manière suivante :

"Photographie 135 : impressions photographiques d'une peinture de H Michel 1879 qui représente la capture du Huáscar par la marine chilienne" (17).

Tout cela sans oublier d'autres copies de ses œuvres, comme celle publiée dans l'Histoire du Pérou de l'année 1907, où est à nouveau présente la reproduction de son interprétation du combat d'Angamos, cette fois, en couleur (18).

Dominique Bonnet explique, que dans la décennie de 1990, elle chercha à contacter différentes organisations franco–péruviennes et institutions culturelles à Lima, mais que, malheureusement, aucune ne put lui communiquer un quelconque élément sur le séjour de Henry Michel au Pérou.

Sur les documents personnels déjà mentionnés, un passage de la docteure Bonnet attire notre attention :

"Des photographies prises en Amérique du Sud prouvent qu'il se dédiait à la photographie entre 1878 et 1885. À son retour en France, il continue de pratiquer cet art et participe à la fondation de la Société Photographique du Doubs, qu'il préside durant quelques années" (19).

Ici, Dominique Bonnet se réfère à des épreuves photographique faites à "Lima, Valparaíso, Santiago, Concepción, Lota, La Oroya, Cuzco... qui datent de la fin du XIXe siècle et trouvés parmi les documents de la famille Michel. Il s'agit très probablement de photographies prises par Henri Michel durant son séjour en Amérique du Sud" (20).

Cette affirmation est très importante. Non seulement elle nous permet d'identifier un photographe étranger qui faisait partie de l'Armée Péruvienne dans les étapes les plus crues de la guerre - et qui est retourné postérieurement dans son pays en emportant ses archives personnelles -, mais elle renforce aussi notre opinion sur le fait qu’Eugène Courret, en partant du Pérou, a pu emporter en Europe, tout comme Henry Michel, beaucoup de photographies et de documents vitaux pour l'histoire visuelle du Pérou.

L'un des motifs principaux, qui ont motivé le retour en France d'Henry Michel, est l'état dans lequel est le Pérou, en conséquence de la Guerre du Pacifique et la subséquente guerre civile entre les généraux Andrés Avelino Cáceres et Miguel Iglesias. C’est la raison pour laquelle s'en vont aussi beaucoup de citoyens étrangers du pays, parmi lesquels le photographe Eugène Courret.

Dans une série de lettres adressées à sa famille, Michel écrit :

"Les affaires vont de mal en pis. Les faillites, banqueroutes, liquidations, [départs précipités] continuent à grande échelle". Et "tout le monde s'en va". Cela, plus la propre maladie de son père, sont les motifs pour lesquels il décide d'abandonner le Pérou après huit ans d'une vie extrêmement intense (21).

À son arrivée à Paris, en 1885, Henry Michel en profite pour remettre au directeur du Monde Illustré ses derniers dessins et lui parler de quelques problèmes financiers, mais aussi pour "porter deux lettres de M. de Piérola aux sieurs Grévy et Dreyfus" (22). La remise de ces lettres nous confirme la sympathie et la confiance que se portaient Michel et Piérola.

Dans les étapes finales de cette recherche, nous avons interviewé la docteure Dominique Bonnet, qui a posé une hypothèse clé : la possibilité qu'Henry Michel eût agi comme espion pour le gouvernement français durant son séjour au Pérou.

Ce soupçon se fonde sur un lien étroit avec le pouvoir politique de l'époque. Le président français d'alors, Jules Grévy - originaire de Franche-Comté tout comme les Michel -, connaissait la famille car Brice Michel (le père de Henry) avait dessiné le jardin de sa résidence dans le Jura.

La proximité de ce lien se confirme en voyant que, immédiatement après son retour du Pérou, Henry alla lui rendre visite à Paris. Pour le moment, il n'est pas possible de déterminer avec certitude s'il s'est agi d'un agent secret ou d'un envoyé spécial commissionné par le président lui-même pour évaluer le déroulement de la Guerre du Pacifique.

Cependant, les relations sociales importantes de la famille Michel en France se révèlent aussi dans une lettre de Nicolás de Piérola à Auguste Dreyfus. Dans ce document on répond au banquier français qui, au nom du père de Henry, avait demandé des nouvelles du fils perdu dans cette lointaine guerre sud-américaine :

"Lima, 2 janvier 1882. Mon cher ami : Hier j'ai eu le plaisir de lire, en double exemplaire, votre estimée du 31 octobre dernier, laquelle m'est parvenue avec un retard inexplicable. En elle, vous avez bien voulu me recommander Monsieur Henri Michel et me demander de ses nouvelles, car il est le fils d'une personne qui mérite votre estime et votre bonne amitié, et qui est inquiète du sort de son jeune fils.

Monsieur Henri Michel est une personne très estimable, tant par ses aptitudes que par sa conduite, et pour qui je ressens une véritable appréciation. Nommé par moi au grade de Sergent-Major de Génie à l'État-Major Général de l'Armée, après avoir passé quelques mois à Tarma - où je l'ai envoyé en congé pour combattre une légère affection à la poitrine -, il fut constamment à mes côtés.

Lorsque je suis arrivé à Tarma les événements politiques m'ont décidé à démissionner du gouvernement du pays et à retourner à Lima comme citoyen particulier, Michel ne m'a pas rejoint. Cependant, je sais, selon mes dernières nouvelles d'Ayacucho, qu'il se trouvait dans cette ville, que tout va bien et qu'il semble disposé à continuer sous les ordres du Général Cáceres.

Pour le moment, je ne peux rien vous dire de plus sur le sort du jeune Michel. Mais soyez certain que, en toute circonstance, je ferai pour lui tout ce que je peux et tout ce qu'il mérite. Son caractère et ses qualités personnelles, au demeurant, semblent lui assurer partout la meilleure des bienvenues.

Par conséquent, vous pouvez rassurer complètement le père de ce jeune homme. J'écris à Michel pour l'informer sur les inquiétudes de son père, ainsi que sur les recommandations efficaces dont il est l'objet de votre part. Je vous prie de présenter mes respects à Madame Dreyfus et à vos enfants. Je vous souhaite beaucoup de prospérité et reste votre, etc. N. de Piérola à Monsieur Auguste Dreyfus, Paris".




- Lettre de Nicolás de Piérola à Augusto Dreyfus, datée de Lima, le 2 janvier 1882,
Collection Dominique Bonnet.



Apparemment, l'intention de Henry Michel était de revenir au Pérou un peu plus tard, quand la situation économique et sociale du pays s'améliorerait et, spécialement, quand Nicolás de Piérola reviendrait au pouvoir. 

Nous croyons cela car il demande un permis de 12 à 15 mois à la Compagnie Française de Pompiers (23) et parce qu'il reste attentif à la continuation des travaux "du chemin de fer de La Oroya, dans lesquels il espérait travailler sur quelque projet" (24), peut-être un agrandissement. De plus, il fait enregistrer l'achat de terrains au Chanchamayo, à son nom et à celui de ses frères (25).

Malheureusement, l'état de santé de son père l'obligea à prolonger son séjour en France. Par conséquent, il n'est pas surprenant qu’après le décès de ce dernier, il pensât à repartir. Il aurait été logique qu'il retournât à Lima et récupérât les fonctions qu'il avait en 1885, mais sa destinée fut complètement différente : il projeta, au printemps de 1890, un départ vers l'Égypte où on lui proposait un poste pour quinze ans, avec un salaire annuel de quinze mille francs. Malgré cela, il n'accepta pas l'offre et poursuivit sa carrière en France (26).



ÉPILOGUE


Les apports de Michel aux images et aux illustrations réalisées au temps de la Guerre du Pacifique, tout comme ses études et travaux péruviens en archéologie, muséologie, peinture et architecture, doivent encore être étudiés.

L'une de ses œuvres les plus connues - dans laquelle il est mentionné par erreur sous le nom de "Mitchell" dans plus d'une publication -, est une peinture de la Bataille de Miraflores, très détaillée en ce qui concerne les personnages, les uniformes et les actions militaires représentées. Les gestes de ses protagonistes passent de ceux qui sont énergiques aux visages effrayés et décomposés de certains combattants au premier plan. Son travail est un témoignage visuel très important de ce temps-là (27).


- Studio Courret (attribution), Nicolás de Piérola et son état-major
pendant la bataille de Miraflores (15 janvier 1881)
,
reproduction photographique d'un tableau de Henry Michel,
Centre d'études historiques et militaires du Pérou.



Dans cette image nous observons le chaos, la confusion, la souffrance et la mort matérialisés dans les personnages secondaires, possiblement par un observateur et survivant du sanglant mois de janvier 1881. La précision, en ce qui concerne les détails militaires dans ses illustrations, attire l'attention.

Michel est probablement l'auteur de plusieurs images publiées sans identification. Sa formation militaire, son grade dans l'armée péruvienne, sa nationalité française et sa propre condition d'artiste et de correspondant étranger lui offraient de multiples avantages et opportunités.

Il y a encore beaucoup à apprendre et à enquêter sur cet illustre citoyen français, coré en 1881, conformément aux documents et à la recherche effectuée par Dominique Bonnet, comme "Bienfaiteur de la Patrie" (Benemérito a la Patria) (28). Un artiste étranger défenseur du Pérou à son moment le plus difficile.



VOIR LA PRÉSENTATION DE L'OUVRAGE DE RENZO BABILONIA :

LE POUVOIR DE L'IMAGE PHOTOGRAPHIQUE DANS LA GUERRE DU PÉROU AU XIXe s. (ÉDITION 2026)



NOTES


  1. Bibliothèque Nationale du Pérou, Archives Piérola, lettre du général Juan Buendía du 2 septembre 1881.

  2. Bibliothèque Nationale du Pérou, Archives Piérola, lettre du général Juan Buendía du 14 septembre 1881.

  3. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 135.

  4. La Patria (Ayacucho), 22 août 1881.

  5. Document original collection privée de Dominique Bonnet.

  6. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 135.

  7. Pascal Riviale, Une histoire de la présence française au Pérou, du Siècle des Lumières aux Années Folles (Lima : IFEA–IEP, 2008), 155.

  8. Archives de la Compagnie Française de Pompiers de Lima, France 3. Merci à Roland Patin pour sa traduction en français des documents de ladite archive.

  9. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 137.

  10. De janvier 1880 à janvier 1882, Henry Michel fit partie de l'Armée du Pérou.

  11. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 137.

  12. Ibidem, 55.

  13. Le Monde Illustré, 9 septembre 1882.

  14. Nous partageons les dossiers militaires d'Henry Michel, conservés aux archives du Pérou et de France. Ce travail n'aurait pas été possible sans l'autorisation du Centre d'études historiques et militaires du Pérou et de son président, le général Juan Urbano Revilla, et la bienveillance du personnel du Fonds des Antiquités de la Bibliothèque nationale du Pérou. Nous remercions également Pascal Riviale, Virginie Frelin-Cartigny et le Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon pour leur collaboration. Une mention spéciale est adressée au docteur Dominique Bonnet pour sa généreuse contribution à la numérisation et à la diffusion des précieux documents et photographies originaux ayant appartenu à Henry Michel. Un grand merci, chère Dominique !

  15. La Ilustración Americana, 15 juillet 1890, XXX.

  16. Mundial, 8 octobre 1920, XXX.

  17. Photograph 135: photographic prints of a painting by H Michel 1879 depicting the capture of the Huascar by the Chilean Navy.

  18. E. Rosay (éd.), Histoire du Pérou. Dix-neuf planches en chromolithographie qui représentent les principaux sujets de l'histoire patrie. (Lima : Librairie Française Scientifique Galland, 1907), planche XVII.

  19. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 179.

  20. Ibid.

  21. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 138.

  22. Ibid., 200.

  23. Ibid., 138.

  24. Ibid.

  25. Ibid., 159.

  26. Ibid., 158.

  27. Archives du Centre d'Études Historico-Militaires du Pérou.

  28. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 152.