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mardi 10 juillet 2018

892-ÉCHOS DES TRANSPARENTS DE CARMONTELLE AUX XX° ET XXI° SIÈCLES-1




- CARMONTELLE (Louis Carrogis dit, 1717-1806), Mémoire sur les tableaux transparents du Citoyen Carmontelle,
détail de la planche gouachée, 1794-1795,
essai de faire breveter ses transparents,
"Pour voir ces planches, il faut les tenir de manière que la lumière puisse passer au travers",
Paris, Bibliothèque de l'Institut National d'Histoire de l'Art.

- DUCHAMP Marcel (1887-1968), La Mariée mise à nu par ses célibataires, même 
ou Le Grand Verre, 1915-1923 (année où l'artiste considère qu'il est "définitivement inachevé"),
huile, feuille de plomb, fil de plomb, poussière et vernis sur deux plaques de verre (brisées), chacune d'elles montée entre deux autres plaques de verre avec cinq fils de verre très fins, de la feuille d'aluminium et un cadre en bois et acier, 272,5x175,8 cm, Philadelphie, The Philadelphia Museum of Art.

Marcel DUCHAMP (1887-1968), Fresh Widow, 1920,
fenêtre de petite taille et carreaux de cuir, 77x51,5 cm,
avec inscription sur le socle, "Fresh Widow/Copyright Rose Selavy/1920".



Les transparents de Carmontelle font partie des jeux optiques, créateurs de spectacle et d'illusion. Par leurs images transparentes et lumineuses mises en rouleau et en mouvement mais également par leur accompagnement sonore, ils annoncent la technique cinématographique.

Aux XX° et XXI° siècles, de nombreux artistes, tout à la fois fascinés par les jouets et spectacles optiques anciens (lanterne magique, panorama, diorama, théâtre d'ombres, kaléidoscope...) et par la modernité du cinéma (et des machines), vont se confronter à ces techniques tout en les renouvelant et vont intégrer dans leurs œuvres (constructions, installations) mouvement, lumière et son.



- BARANOFF-ROSSINÉ Vladimir (1888-1944), Piano optophonique, 1920-23 (reconstitution de 1971,  Paris, MNAM) et disque de verre original. 
Depuis la fin du XVII° siècle, des recherches étaient menées pour transcrire les compositions musicales en compositions colorées ; ces recherches se développent au début du XX° siècle avec "les orgues à couleur" des années 1920, notamment celles de l'artiste dadaïste Raoul Hausmann.
L'équipement d'origine de Baranoff-Rossiné comportait un dispositif mécanique composé de disques de verre dessinés et peints par l'artiste (pouvant être actionnés manuellement et reliés aux touches du clavier), de prismes, de lentilles, d'une source lumineuse et d'un écran de projection. L'artiste cubo-futuriste donne des concerts colorés qui annoncent la transformation de la musique en art visuel et créent 
"une peinture vivante dans le temps et non pas sourde-muette".

Points communs avec l'oeuvre de Carmontelle : BOÎTE À MÉCANISME - PEINTURE - TRANSPARENCE -  LUMIÈRE - MOUVEMENT - MUSIQUE

Différences avec l'oeuvre de Carmontelle : LUMIÈRE ARTIFICIELLE - PROJECTION - INTERACTION SON/IMAGE -


- RICHTER Hans (1888-1976), Fugue 20, 1920,
crayon sur papier, rouleau de 47x280 cm, New York, MoMA.
Rouleau de dessins créateurs de rythme et disposés à des niveaux différents comme les voix d'une fugue. Le rouleau évoque ceux de la peinture chinoise, les partitions musicales, les rouleaux de pellicule cinématographique.
VOIR LE FILM DE L'ALLEMAND HANS RICHTER (1888-1976), "RYTHMUS 21", 1921

VOIR LE FILM DE L'ALLEMAND WALTER RUTTMAN (1887-1941), "LICHTSPIEL : OPUS I", 1921
VOIR LE FILM DU SUÉDOIS VIKING EGGELING (1880-1925), "DIAGONAL SYMPHONY", 1924
VOIR LE FILM DU FRANÇAIS FERNAND LÉGER (1881-1955), "BALLET MÉCANIQUE", 1924


- MOHOLY-NAGY Làszlo (1895-1946), Modulateur Espace-lumière, 1922-1929.
C'est une sculpture mouvante, placée sur une base circulaire, dans laquelle trois cellules spatiales distinctes sont créées pour favoriser le mouvement. Dans la première, des pièces rectangulaires métalliques se meuvent de façon irrégulière et ondulatoire. Dans la seconde, des disques métalliques perforés accomplissent un mouvement vertical vers le haut et vers le bas libérant une petite boule noire qui traverse et retraverse cet espace. Dans la troisième cellule, une spirale en verre tourne et produit un volume conique virtuel. La construction, mue par un moteur est équipée d’environ cent trente ampoules électriques de différentes couleurs qui sont reliées et contrôlées par une bobine créant un spectacle lumineux complexe.  Le mouvement des lumières et des ombres projetées sur les murs et sur le plafond et les reflets variés de lumières sur chaque élément métallique de la construction démontrent ce passage du matériel à l’immatériel des jeux de lumières projetées et réfléchies.

Points communs avec l'oeuvre de Carmontelle : MOUVEMENT - LUMIÈRE - COULEUR -

Différences avec l'oeuvre de Carmontelle : SCULPTURE TRANSPARENTE - MÉTAL ET VERRE - MOTEUR - LUMIÈRE ÉLECTRIQUE - PROJECTION LUMINEUSE ET OMBRES PORTÉES -


 - CALDER Alexander (1898-1976), Le Grand Cirque, 1926-1931,
performance de l'artiste animant les figurines en fil de fer et en bois articulé
d'un cirque miniature, sur fond de musique et d'effets sonores.
Matières diverses : fil de fer, bois, métal, tissu, fibre, papier, carton, cuir,
ficelle, tubes de caoutchouc, bouchons, boutons, sequins, boulons et clous, capsules
de bouteille, 137,2 x 239,4 x 239,4 cm, New York, Whitney Museum of American Art.
Premier chef-d'oeuvre de Calder, le Cirque est également une expérience centrale dans
son oeuvre : il s'inscrit dans la continuité de ses dessins réalisés à New York à partir de
l'observation du mouvement des animaux et annonce, avec sa mise en mouvement
d'objets à trois dimensions, les futurs mobiles. Les exercices d'équilibrisme et d'acrobatie de ses personnages sont des défis aux lois de la pesanteur et témoignent d'une pensée plastique fondée sur la
tension entre équilibre et déséquilibre.

Points communs avec l'oeuvre de Carmontelle : SPECTACLE TOTAL - PRÉSENCE DE L'ARTISTE - MOUVEMENT - NARRATION - VOIX/MUSIQUE -

Différences avec l'oeuvre de Carmontelle : RÉALISATIONS EN VOLUME - MATÉRIAUX PAUVRES - ABSENCE DE TRANSPARENCE




- DUCHAMP Marcel (1887-1968), Roue de bicyclette, 1913,
roue métallique montée sur un tabouret en bois peint, hauteur: 128,5 cm,
 New-York, The Museum of Modern Art.

- DUCHAMP Marcel (1887-1968), Rotative plaques verre, 1920,
série de cinq plaques de verre constituant un seul dessin circulaire
fait de lignes blanches et noires, moteur, support métallique,
New Haven, Yale University Art Gallery.

- DUCHAMP Marcel (1887-1968), Rotative demi-sphère, 1924-1925,
H : 137,3 cm, D : 65,5 cm, cercles excentriques formant une spirale dans la rotation.

Marcel DUCHAMP (1887-1968),  Anemic Cinema, 1926,
 film muet 35 mm, 7 minutes, noir et blanc, réalisé en collaboration avec Man Ray et Marc Allegret, copyrighted by Rrose Sélavy,
plans fixes montrant successivement 19 disques rotatifs à textes ou spirales mesmérisantes (hypnotisantes). 

VOIR LE FILM DE MARCEL DUCHAMP ET MAN RAY, "ANEMIC CINEMA", 1925-1926

Marcel DUCHAMP (1887-1968),  Rotoreliefs, 1935,
6 disques en carton de 20 cm de diamètre, imprimés recto-verso en lithographie offset, offrant 12 motifs graphiques à base de spirales (Corolles, Oeuf à la coque, Lanterne chinoise, Lampe, Poisson japonais, Escargot, Verre de Bohême, Cerceaux, Montgolfière, Cage, Eclipse totale, Spirale blanche) destinés à tourner sur le plateau d'un phonographe et à donner l'illusion de formes en 3D (même avec un seul œil), ensemble tiré à 500 exemplaires (Davis Museum and Cultural Center, Wellesley College).
Dès 1923, l'artiste crée son premier jeu de disques rotatifs. Duchamp considére ses rotoreliefs comme un jouet. Ils s'agit de 12 motifs très graphiques à base de spirales, imprimés au recto et au verso de 6 disques de papier fort. Placés sur le plateau d'un phonographe ils donnent en tournant l'illusion de formes en 3D : boules, cônes, hélicoïdes... Après avoir été brevetés, les disques sont imprimés à 500 exemplaires, Duchamp désirant les vendre le moins cher possible au plus grand nombre. Il les réunit dans un étui rond et propose l'ensemble à 15 francs au concours Lépine de 1935. Duchamp lui-même fait le vendeur sur le stand qu'il a loué. Mais la petite entreprise se solde par un fiasco : personne ne s'arrête au stand de Marcel, sauf son ami Henri-Pierre Roché, qui finançait l'opération, et qui nous relate le spectacle avec humour dans un texte où tous les mots sont attachés, DISKOPTIKSDEMARCELDUCHAMP.

Points communs avec l'oeuvre de Carmontelle : BOÎTE - MÉCANISME - IMAGE - COULEUR - MOUVEMENT - 

Différences avec l'oeuvre de Carmontelle : ABSTRACTION - ABSENCE DE SOURCE LUMINEUSE - DE TRANSPARENCE


- BELLMER Hans (1902-1975), La Poupée, 1933-1936,
bois peint, papier mâché et différents matériaux, 61x170x51 cm, Paris, MNAM.
L'artiste manipule et met en scène la poupée dans des jeux érotiques d'emboîtement.

 - BELLMER HANS (1902-1975), linogravure du torse de la poupée, publiée dans le livre intitulé, La Poupée, 1936,
Paris, Editions GLM, traduit de l'allemand (Die Puppe) par Robert Valençay, imprimé en 100 exemplaires
 sur du papier rose avec dix photographies sur papier beige, 16,7x12,8x0,5 cm.
L'artiste imagine un panorama rotatif dévoilant un peep-show visible depuis le nombril et déclenché par une pression sur le mamelon.

Points communs avec l'oeuvre de Carmontelle : BOÎTE À MÉCANISME -  IMAGE - LUMIÈRE - MOUVEMENT - 

Différences avec l'oeuvre de Carmontelle : RÉALISATION EN VOLUME - SPECTATEUR UNIQUE -


- DUCHAMP Marcel (1887-1968), Etant donnés : 1) la chute d'eau 2) le gaz d'éclairage
1946-1966,
installation qui, par les œilletons aménagés dans une vieille porte de grange catalane enserrée dans un mur, laisse entrevoir
 au-travers d'un trou dans un second mur de brique, une femme nue couchée sur un lit de brindilles dans une pose impudique,
 le visage invisible, tenant dans la main gauche levée un bec de gaz allumé (ampoule peinte), sur fond de paysage suisse champêtre,
technique mixte, 242,6x177,8x124,5 cm, Philadelphie, The Philadelphia Museum of Art.
"Le paysage - une boîte de 111 cm de large et 160 cm de haut - est construit de manière illusionniste. Le spectateur ne peut voir distinctement tous les détails de ce paysage idyllique. Il s’agit essentiellement d’une illusion : le ciel et les nuages sont en carton bleu et en coton ; le paysage est fait de photographies en noir et blanc peintes à l’huile et disposées comme un rideau de théâtre devant un morceau de Plexiglas. Le mécanisme ingénieux fixé derrière la boîte se compose d’une lampe ronde fluorescente placée dans une boîte métallique et d’un disque d’aluminium perforé, qu’un petit moteur fait tourner : les rayons de lumière intermittents ainsi créés donnent l’illusion d’une chute d’eau", texte de Yiannis Toumazis.

Points communs avec l'oeuvre de Carmontelle : BOÎTE - PEINTURE ET PAYSAGE - TRANSPARENCE (PLEXIGLAS) - LUMIÈRE (BEC AUER, CHUTE D'EAU) - MOUVEMENT (CHUTE D'EAU) - 

Différences avec l'oeuvre de Carmontelle : INSTALLATION - DIORAMA - SPECTATEUR UNIQUE


- CORNELL Joseph (1903-1972), Le Voyageur dans les Glaces, vers 1932-1935,
boîte en carton, construction de carton, collage de papier imprimé et métal, 2,54 x 9,5 x 9,5 cm, Collection privée.
L'artiste qui collectionne les jeux optiques réalise ici un jouet surréaliste inspiré du thaumatrope, composé de sept disques comportant chacun deux images distinctes et d’un mécanisme pour les mettre en mouvement.

Points communs avec l'oeuvre de Carmontelle : BOÎTE - MÉCANISME -  IMAGE - MOUVEMENT -

Différences avec l'oeuvre de Carmontelle : PHOTOGRAPHIES - ABSENCE DE SOURCE LUMINEUSE - DE TRANSPARENCE

VOIR UN EXTRAIT DU FILM DE JOSEPH CORNELL, "ROSE HOBART", 1936
film noir et blanc (teinté), sonore, 19 minutes,
collage expérimental d'extraits du film "East of Bornéo" de 1931 avec l'actrice Rose Hobart
 et des extraits d'un film documentaire sur l'éclipse, vitesse de projection ralentie, musique latine ajoutée.

- CORNELL Joseph (1903-1972), Sans titre (Ruche, Forêt de dé à coudre), vers 1943-1948,
signé 'Joseph Cornell' (sur une étiquette apposée sur la face inférieure du couvercle),
construction proche du zootrope,
 boîte en bois, bois, peinture, verre, dés à coudre, miroirs, épingles, sciure de bois peinte et billes de verre, 9,5 x 19,3 x 19,3 cm, Collection privée.
Un petit trou dans la boîte donne l'illusion au spectateur de voir le dé démesurément agrandi alors que son image est démultipliée à l'infini par des jeux de miroirs.

Points communs avec l'oeuvre de Carmontelle : BOÎTE - ILLUSION - IMAGE (REFLET) -

Différences avec l'oeuvre de Carmontelle :  OBJET RÉEL -  SPECTATEUR UNIQUE - ABSENCE DE SOURCE LUMINEUSE - DE TRANSPARENCE - DE MOUVEMENT 




À SUIVRE