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mardi 27 décembre 2016

633-JEAN WALBURG DE BRAY (1839-1901), PHOTOGRAPHE À NICE

 - W. de Bray, Nice, vu du Vieux Château, 1876,
vue panoramique, tirage albuminé de l'album, Souvenir de voyage, Février 1876,
Paris, BnF, vue 35 (voir l'ouvrage sur Gallica).


DERNIÈRE MISE À JOUR DE CET ARTICLE : 18/08/2018




JEAN WALBURG DE BRAY

Depuis que je travaille sur Eugène Degand, je croise sans cesse les traces de l'un de ses contemporains, Jean Auguste Théodore Walburg de Bray....

Jean Walburg de Bray est né le 19 janvier 1839 à Orléans, de Nenette Debray (née Schuler), dite Betzy (1809-après 1876) et de Jean Daniel de Bray (1811-après 1879), pasteur. Il a deux frères connus, Jean Paul Gottfried de Bray (1840-?) et Louis de Bray (1847-? - cité à Nice comme photographe dans le recensement de 1876). Lors de son mariage à Cannes le 25 avril 1871 avec Joséphine Imbert (1846-?), son père est absent car il vit à Kouba près d'Alger, alors que sa mère est présente (citée à Nice dans le recensement de 1866 puis de 1876).

De son union avec Joséphine naîtront au moins trois enfants, Jean Jacques Daniel Paul Walburg de Bray (juin 1872-juillet 1872), Jeanne Marie de Bray (en 1874) et Jean Louis Daniel de Bray (en 1875). 



- Annuaire des Alpes-Maritimes, 1862, pages jaunes,
Archives Départementales des Alpes-Maritimes.



En vérifiant les publicités niçoises des années 1860, je n'ai retrouvé qu'une seule mention d'un "M. De Bray" tenant une boutique "d'Objets d'Art en bois sculptés, 6, rue du Pont-Neuf", en 1862 (annuaire des Alpes-Maritimes ; il a 23 ans). Il a déposé, dès 1861, une demande d'enseigne pour cette même adresse.

"Jean Debray" est ensuite cité comme "photographe", résidant avec sa mère au n° 10, ruelle Saint-Etienne lors du recensement de la Ville de Nice de 1866 puis dans la Liste des étrangers fixés à Nice publiée par Les Echos de Nice le 15 septembre de la saison 1867-1868 : "Debray et famille, photographe, petite rue Saint-Etienne, villa Sainte-Sophie, français".

En 1869, il est répertorié dans la liste alphabétique des habitants (annuaires niçois), comme "De Bray, photographe, petite rue Saint-Etienne" puis devient systématiquement signalé dans les listes alphabétique et professionnelle aux noms de Debray, De Bray, Walbourg de Bray, Walburg de Bray (annuaires manquants de 1880 à 1883), avec son atelier, "petite rue (ou "chemin" ou "ruelle") Saint-Etienne, au n° 12", et, dès 1873, son magasin au n° 55 puis 17 (1877) et enfin 19 (1879), "quai Saint-Jean-Baptiste".

Il est nommé dans le recensement de 1872, résidant avec sa femme au 1, ruelle Saint-Etienne puis dans celui de 1876, résidant avec sa femme et leurs deux enfants, Marie et Jean, au 9, ruelle Saint-Etienne.

Il travaille avec le jeune Jean Gilletta (1856-1933) qui lui sert d'assistant et partage l'adresse de son atelier (document de 1872) avec Paulin Gilly (vers 1842-après 1890).



 - W. de Bray, tirages albuminés présents en fin de l'ouvrage de Frédéric Hamilton, La Botanique de la Bible, 1871, 
n°1, Triticum sativum (ou froment commun),
n° 11, Punica granatum (le grenadier), cueilli à Nice (Alpes-Maritimes),
 n° 14 Olea europea (l'olivier), à Beaulieu (Alpes-Maritimes),
(voir et télécharger l'ouvrage sur Archive.org).



Jean Walburg de Bray devient le photographe officiel du Prince Charles III de Monaco et édite, dès la fin des années 1860, plusieurs recueils de photographies consacrés à Monaco et Monte-Carlo, comme le signale Christian Burle dans son ouvrage intitulé, La Photographie à Monaco des origines à 1880 (2010) :

- Souvenir de Monaco et Monte-Carlo, vers 1868, 
- Panoramas de Monaco, vers 1868,
- Principauté de Monaco, vers 1868.

Dans les années 1870, il édite également : 

- Bray (de), Trois jours à Grasse et aux environs par un photographe paysagiste, Moulins, Imprimeur Fudez frères, 1870,

- Frédéric Hamilton, La Botanique de la Bible, étude scientifique, historique, littéraire et exégétique des plantes mentionnées dans la Sainte Ecriture, Nice, Imprimerie Eugène Fleurdelys, 1871, édition illustrée de 25 épreuves albuminées de W. de Bray, photographe à Nice (voir et télécharger l'ouvrage sur Archive.org),



- Les Théâtres de Nice, publicité pour Debray, parue tout au long de l'année 1875 en page 4, Paris, BnF (en ligne sur Gallica).


- Souvenir de Voyage (Cannes, Monaco, Nice, Menton), Février 1876, album de 31 photographies panoramiques sur papier albuminé d'après des négatifs sur verre au collodion (voir l'ouvrage sur Gallica), identifié grâce au tampon "W. de Bray à Nice" et W. de Bray Photo : Cannes".

- Souvenir des Alpes-Maritimes, Nice, Monaco, Menton, Cannes, vers 1875-1877 (voir l'ouvrage sur Gallica), album de 24 tirages albuminés, W. de Bray photographe présumé, les mêmes photographies existant en cartes postales identifiées. 



- W. de Bray, Nice - La Promenade des Anglais, vers 1875-1880,
tirage albuminé du recueil, Souvenir des Alpes-Maritimes, vers 1875-1880,
Paris, BnF, vue 10 (voir l'ouvrage sur Gallica).



Jean Walburg de Bray participe aux Expositions Universelles de 1876 (Philadelphia, "Photographies de Nice et ses environs") et 1878 (Paris, "Photographies"). 

A l'Exposition parisienne de 1878, on note également la présence du "Baron Jean de Bray" qui présente une plante textile, "la ramie", sur laquelle il publie un ouvrage scientifique l'année suivante : La Ramie, plante textile supérieure au chanvre, au lin et au coton : sa culture, son rendement, ses avantages : ouvrage à l'usage des colons et des écoles primaires rurales de l'AlgérieParis, Librairie A. Drouin, 1879 (voir Annales des Mines, T XVI, 1879, p IX). Ce "baron Jean de Bray" est son père pasteur dont il partage le prénom, d'où souvent l'ajout de "Walburg" pour s'en distinguer. L'intérêt du photographe pour la botanique se comprend mieux à la lumière de la passion de son père.

Il est probable que d'autres albums (non identifiés et dont les photos sont en vente sur Internet) de photos panoramiques de la même décennie soient également de Jean Walburg de Bray, comme Nice et ses environs, et, Cannes et ses environs. Jean Giletta, son assistant puis son successeur, a d'ailleurs réutilisé un grand nombre  de ses photos dans des albums édités dans les années 1880 et 1890. 

Mes recherches m'amènent à penser que les photos de Jean Walburg de Bray ont été également vendues par trois autres éditeurs : 
- Raphaël Lucheze (1872) puis Luchesi (1873) et enfin Lucchesi (dès 1874), photographe-éditeur qui possède une boutique d'objets d'Art à Nice quai Saint-Jean-Baptiste (1872) au n° 17 (1873) puis au n°12 (1874, "Vues de Nice") puis au n° 3 (1875) et 6 avenue de la Gare (1877-1894, "Beaux-Arts", "Estampes, photos et tableaux") et une autre en plus au n° 52 de la même avenue (dès 1890) ; il édite de nombreuses photographies de Jean Walburg de Bray aux formats carte de visite, cabinet et panoramique, ainsi qu'une série de vues stéréoscopiques intitulée, "Vues de Nice et de ses environs",
- Joseph Viale, libraire-éditeur qui tient une librairie à Nice au n° 19 (1883-1887) puis 25 (1889-1892), avenue de la Gare,
- et enfin, Albert Courret, photographe-éditeur qui possède un local à Nice au n° 9 rue de la Paix (1884-1886) et également au n° 9, rue Spitalieri (1887).



- W. de Bray, Square et Statue Masséna et Grand Hôtel, tirage vers 1877,
cliché datant probablement vers 1869-1870,
vue panoramique, recto et verso (Collection personnelle),
éditeur Raphaël Lucchesi, Photographie Universelle, 17, quai Saint-Jean-Baptiste, Nice, 
L'adresse précisée ne semble pas celle de Lucchesi (absente des annuaires niçois) mais celle de Jean W. de Bray en 1877.


Du fait de la disparition du nom de Jean Walburg de Bray des annuaires niçois après 1879 (annuaires de 1880-1882 absents), je pense, dans un premier temps, que Jean de Bray a déménagé en 1880 ou qu'il est mort vers cette date. Le fait que Jean Giletta rachète son fonds niçois et s'installe à son compte avec Paulin Gilly en 1881, me renforcent dans cette hypothèse (ils éditent un album dès 1882, avec des photos de Jean Walburg de Bray).

Plusieurs éléments créent cependant le doute : 
- le Fonds Giletta semble ne conserver que 58 plaques de verre de Jean Walburg de Bray, ce qui interroge sur le rachat de son fonds probablement constitué de plusieurs centaines voire milliers de clichés,

- le nom de Jean Walburg de Bray se note au 19, quai Saint-Jean-Baptiste dans le "Guide de Nice en poche" (6ème édition) de 1883, ce qui prouve qu'il est encore sur Nice à cette date,

- la bibliothèque municipale du Chevalier de Cessole conserve plus de 500 tirages albuminés de Jean Walburg de Bray (clichés de la fin des années 1860 ? mais tirages des années 1880 ?) ayant pour sujet les villas de Cannes et de ses environs (avec souvent leurs propriétaires), ce qui peut laisser penser qu'il a eu un magasin dans cette ville (dès les années 1860 ou 1870 ?) et a longuement rayonné dans les propriétés alentour.

Je reprends donc la recherche dans les annuaires numérisés des Alpes-Maritimes pour voir s'il n'a pas déménagé à Cannes vers 1884...

Il y est bien présent dès 1884 avec pour activité, "Marchand de Tableaux" et pour adresse cannoise, 46 rue Centrale (1884-1887). Il affiche cependant à nouveau la profession de "Photographe" de 1888 à 1892, d'abord au 3, rue Hoche (1888) puis à la seule adresse de la rue Centrale, au n° 47 (1889) qui devient ensuite le n° 57 (dès 1890). 

Les deux adresses jouxtent la rue d'Antibes, la rue Hoche lui étant parallèle et la rue Centrale étant dans sa continuité vers l'ouest. Le tampon à l'encre violette qu'il utilise alors au verso de ses photographies est d'ailleurs "Photographie De Bray - Rue d'Antibes - Cannes". Il édite un nouvel album de vues de Cannes, avec un titre et des légendes en anglais dont l'une donne la date, "Cannes, February 1889". 

Son adresse n'affiche plus cependant que "Papeterie-Photographie " en 1893, (il a 54 ans) et un magasin de meubles au n° 8 rue du Bivouac. Il semble se consacrer ensuite à ce seul commerce familial de meubles (au 52, rue Centrale et au 7, rue Grande) qui se continue au début du XX° siècle. Le photographe est cité dans la «Liste générale des principaux photographes » publiée par la Société de Photographie de Toulouse de 1877 à 1885 à Nice, et de 1888 à 1896 à Cannes.

A la première recherche (octobre 2016) de son acte de décès sur Nice dans les années 1880 et 1890, s'est donc substituée la recherche sur Cannes de l'année 1890 à 1931 mais sans plus de résultat, les registres d'Etat civil n'étant d'ailleurs pas tous consultables en ligne (comme les années 1916, 1917, 1923, 1928 et 1929) ou ne possédant pas de liste alphabétique récapitulative (après 1931). J'ai pu relever une seule mention de la Famille De Bray (nom rare), dans le décès d'une enfant en 1920 dont le père est Rémy Pierre De Bray (petit-fils de Jean de Bray ?). 

En définitive, j'imagine que Jean Walburg de Bray est mort âgé, à Cannes. La tombe des De Bray, qui était située au Cimetière du Grand Jas de cette ville, a malheureusement disparu. 

Je pensais entreprendre des démarches complémentaires auprès de la Mairie de Cannes, afin d'essayer de connaître la date de décès du photographe mais Didier Gayraud, dans son excellent ouvrage qui vient de paraître en décembre 2016, La Photographie à Nice, Monaco et dans les Alpes-Maritimes au XIX° siècle (Académia Nissarda, 2016) a relevé de très nombreux éléments de la carrière du photographe et a notamment retrouvé son certificat de décès : Jean Walburg de Bray est décédé à Nice, 12, rue Rossini, le 28 janvier 1901.






Enfin, je crois (?) avoir identifié le photographe dans plusieurs portraits (autoportraits ?) d'un personnage posant en avant de ses prises de vue de paysages. Je pense qu'il était de petite taille, le visage rond et imberbe (vers 1870).



- W. de Bray, Autoportraits (?) devant un paysage (détails) de Monaco, en 1869 et devant l'Olivier centenaire de Beaulieu, vers 1875.


Il me semble que le recueil anonyme de la Bibliothèque Romain-Gary de Nice (cote : PHO354), constitué de 24 photographies de 9x15 cm des Alpes-Maritimes, soit attribuable à Jean Walburg de Bray : voir les photographies en ligne sur le site de la BMVR.