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mardi 30 juin 2026

1472-NICE EN MARS 1867 : RÉALISATIONS, TRAVAUX ET PROJETS


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INTRODUCTION


Depuis que j'ai entrepris un dépouillement de plusieurs journaux du département du Var, datant du milieu du XIXe siècle, je découvre quelques rares articles synthétiques sur les villes de Cannes et de Nice, que je livre tels quels.



LE TOULONNAIS DU 31 MARS 1867 (Archives départementales du Var)


"NICE. - La ville de Nice a fait de notables progrès dans la voie des améliorations de tout genre, depuis son annexion à la France et c'est un sujet de remarque pour ceux qui, l'ayant vue avant cette époque, la visitent aujourd'hui. L'administration municipale, à la tête de laquelle est placé un homme d'une valeur réelle, concourt puissamment à tout ce qui constitue l'état de choses nouveau.

En effet, indépendamment de la création de la magnifique avenue du Prince-impérial, qui conduit à la gare du chemin de fer, de grandes améliorations ont été réalisées, en ces dernières années à la Promenade des Anglais, au quai Masséna, au Jardin public ; un troisième et très beau pont a été établi à l'embouchure du Paillon, qui met en communication de la manière la plus rationnelle et la plus heureuse les parties méridionales de la ville, devenues si importantes depuis que Nice a conquis et mérité le titre de capitale des stations d'hiver. Le mouvement, la circulation ont augmenté considérablement et le besoin de multiplier, d'agrandir les voies publiques se fait de plus en plus sentir.

Le quai du Midi, prolongé parallèlement aux terrasses, doit être relié à la rue des Ponchettes, en dessous de l'ancienne tour du château de Nice, au moyen d'un ouvrage d'art et de terrassements, dont l'exécution est, nous dit-on, vivement souhaitée, car la route actuelle qui conduit au pont, insuffisante, elle aussi, est, à ce point tellement étranglée, que de fâcheuses rencontres s'y produisent chaque jour entre les nombreux véhicules qui parcourent la ville.

Le même inconvénient a lieu, non loin de là, aux deux passages qui, de la place de la Poissonnerie donnent dans la rue des Ponchettes et pratiqués sous la vielle Terrasse publique, à un tronçon dont la démolition satisferait à l'un des besoins les plus pressants de la circulation. Nul doute que l'autorité compétente ne s'en préoccupe également. 

Nice est dans une voie marquée de progrès, quoiqu'en aient dit quelques esprits chagrins. Des projets de transformation complète de la vieille ville sont à l'étude et l'on n'est probablement pas éloigné de l'époque où une amélioration capitale sera réalisée, à savoir : la création à travers les anciens quartiers de l'intérieur d'une large rue centrale qui, en donnant le l'air, de la lumière, de l'espace aux habitations de cette partie de la ville, faciliterait les communications entre les quartiers du nord et du midi. 

En effet, le boulevard du Pont-vieux n'offre point de rue carrossable directe pour pénétrer au centre de la ville, pour arriver à la Préfecture, au Palais de Justice, les voitures, le charroi sont forcés de faire un long détour. Il y a là une grande et belle chose à faire. Peut-être que l'industrie privée a besoin, pour l'entreprendre, du concours de la municipalité qui, naturellement préoccupée des intérêts de tous ses administrés, n'oubliera pas ceux qui habitent la la vieille ville.

Il y a lieu de croire que la prochaine réalisation de l'envoûtement d'une partie du torrent le Paillon, en face du futur Grand-Hôtel de Nice, sur le quai St-Jean-Baptiste, travail qui ne coûterait pas moins de 400,000 fr., fera songer à l'exécution du projet d'une rue centrale.

Cet hôtel, qui n'aura pas moins de 106 mètres sur la façade du midi, et que fait élever en ce moment la compagnie Poncet, de Lyon, concessionnaire des terrains du quai St-Jean-Варtiste, sera le plus grand et le plus bel édifice de cette charmante ville. Un square de dix mille mètres carrés va être formé sur l'espace que procurera l'envoûtement du torrent. 

À peine commencé (depuis un mois) il devra, aux termes d'un engagement formel, être livré par l'entrepreneur à M. Schmitz, le directeur du futur caravansérail Niçois, le 1er octobre prochain. Ce n'est pas moins de 450 chambres qu'il contiendra et tout est disposé pour que l'ouverture en ait lieu l'automne prochain. Le prix du loyer de cet hôtel a été fixé, pour 30 années, à cent mille francs par an. 

On se demande s'il est possible que, dans ces conditions un pareil hôtel réussisse comme l'on dit. Les uns affirment qu'en vue du développement que prennent les voyages en général et le besoin, le goût d'hiverner sous un climat bienfaisant, la chose n'est pas douteuse, surtout si l'on réfléchit que l'accroissement continu des ressources et des agréments que Nice possède, fera de cette ville un des plus agréables séjours du midi de l'Europe. 

L'un de ses plus puissants attraits sera le Cercle international ou Casino, vaste établissement dans le genre de ceux de Bade, d'Aix en Savoie et dont les travaux d'édification sont assez avancés pour que l'ouverture en ait lieu le 1er octobre prochain. C'est à M. Léopold Amat, l'intelligent ami des Plages de Provence, qu'en est due la création. Situé près du Jardin public, sur la belle promenade des anglais, dirigé comme il le sera, c'est-à-dire en vue de rendre le séjour de Nice de plus en plus attrayant, l'opinion générale est que son succès est assuré d'avance.

Les édiles niçois s'occupent, entr'autres projets, d'une exécution plus ou moins immédiate, du moyen de faciliter l'accès à la délicieuse et verte promenade du Château où l'on ne va guère, faute de communication directe. Tel est l'accroissement de la population que les promenades publiques qu'il y a ici deviennent insuffisantes. 

Il y a bien les Terrasses qui firent, dans le temps, la fortune de Nice, mais la mode en a détourné les promeneurs qui, à l'asphalte dont il forme la surface unie, recherchée par les pieds mignons, et à l'absence totale de poussière, préfèrent les quais poudreux ou boueux des deux rives du Paillon.

Nous ne saurions achever cette revue sans donner les éloges qu'ils méritent aux travaux qui ont été faits ou sont en cours d'exécution au port, dont les quais agrandis, améliorés, répondent maintenant au mouvement maritime qui s'y produit et qui, là encore, a pris, depuis quelques années, une notable extension. 

D'intelligents travaux de curage sont faits en ce moment, et le port de Nice, dont le bassin intérieur n'était accessible qu'à des navires d'un faible tonnage, pourra recevoir à l'avenir, des bâtiments d'une forte portée, au grand avantage du commerce en général, et les négociants consignataires ne seront plus obligés de faire alléger les navires sur la rade de Villefranche, à défaut d'un fonds suffisant, avant qu'ils pussent venir approcher des quais pour y opérer le débarquement des marchandises à destination de Nice".