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samedi 13 juin 2026

1467-CANNES : CHRONIQUE DES TRAVAUX DE LA VOIE FERRÉE-2

 

 SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


CANNES : CHRONIQUE DES TRAVAUX DE LA VOIE FERRÉE

AU MILIEU DU XIXe s.




CANNES AU SEIN DES TRAVAUX DE LA LIGNE TOULON-NICE


1861

"Cannes, le 8 janvier. Les travaux du chemin de fer sont poussés avec une grande activité. Les roches, qu'on ne rencontre malheureusement que trop dans la belle Provence, s'opposent à une marche rapide (...). 

Il y a déjà plus de 408 mètres de galerie percée à travers les roches porphyriques de l'Estérel, c'est la moitié de la longueur que doit avoir le tunnel. Les wagons y sont employés pour extraction des blocs que produit la mine.

Rien d'intéressant comme une visite à la Napoule, à Théoule, où beaucoup d'ouvriers sont constamment occupés aux travaux de terrassements. Les plus pénibles sont ceux que présente la mine, qui, par malheur, cause parfois des sinistres" (Le Toulonnais du 15 janvier 1861).

Le 13 janvier 1861, le Conseil municipal de Cannes examine une proposition (acceptée par la suite) de sir Thomas Woolfield qui offre de faire don à la commune de son chemin (au quartier des Anglais, du côté ouest de Cannes), "devant servir à faire communiquer la route impériale avec le passage que la compagnie du chemin de fer doit livrer au public vers l'embouchure du vallon Provençal, à condition que la Commune fera construire à ses frais les deux murs de clôture qui devront longer ce même chemin"  (Cannes, AM, séances des 13 janvier et 17 mars 1861, 1D15_0330, vue 235 et 1D15_0356, vue 249). 

"Cannes, 1er mars. Les enquêtes [pour expropriation] sont ouvertes aux communes de Cannes, Antibes, Cagnes et St-Laurent du Var, touchant les terrains nécessaires à la construction de la voie ferrée et qui se trouvent compris entre la Croisette et ce dernier village. Déjà des matériaux utiles sont échelonnés sur ce parcours(Le Toulonnais du 5 mars 1861).

Á cette date, le tunnel de l'Estérel est déjà percé au deux-tiers et la livraison de la section du chemin de fer de Cannes au Var est envisagée aux mois d'août ou septembre 1862 (Le Toulonnais des 5 et 9 mars 1861).

Début avril, l'achèvement du percement du tunnel Saint-Roch de Cannes semble proche (Journal des Chemins de fer du 6 avril 1861, p. 212). 

En effet, à la fin du même mois, "le souterrain au moyen duquel la ligne passe sous la vieille ville de Cannes est ouvert d'un bout à l'autre" et on a même commencé à poser les rails (Le Messager de Nice du 26 avril 1861 ; Le Journal des Chemins de fer du 27 avril 1861, vol. 20, p 281).

[Le percement du tunnel ne signifie pas son utilisation immédiate : il reste à régulariser et sécuriser l'ensemble sur toute la largeur et la hauteur puis à le voûter].

"Les travaux du chemin de fer de Toulon à Nice se poursuivent avec une rapidité qui fait le plus grand honneur à la Compagnie de la Méditerranée. La voie, dit le "Messager de Nice", est tracée et prête à recevoir les rails dans presque toutes les localités de plaine ; dans quelques-unes, notamment au Muy et à Cannes, on a même placé les rails afin de hâter l'exécution des travaux (...). 

Comme la plus grande difficulté de la ligne se trouve dans le percement de l'Estérel, il est à présumer que la section de Toulon à Fréjus pourra être livrée plus tôt" (Le Toulonnais du 30 avril 1861).

"Les travaux de la ligne de Toulon à Nice commencés dès l'année dernière sur une première section de Toulon à Solliès-Pont, de 17 kilomètres, et dans la traverse de l'Estérel, ont été développés sur les autres sections aussitôt après l'approbation du tracé définitif. Tous les travaux de construction sont maintenant adjugés.

Les ouvrages les plus importants de la ligne se rencontrent dans la section de Fréjus. à Cannes, comprenant notamment le passage de la chaîne de l'Estérel, que le chemin de fer contourne par le littoral (...).

Le souterrain des Saoumes, de 800 mètres de longueur totale, est percé de 500 mètres. Le souterrain au moyen duquel la ligne passe sous la vieille ville de Cannes est ouvert d'un bout à l'autre.

On espère être en mesure de mettre en exploitation, avant la fin de l'année 1862, une première section de 66 kilom., de Toulon aux Arcs, et d'ouvrir la ligne entière vers le milieu de 1863" (Journal des Chemins de fer du 27 avril 1861, p. 281 ; Le Toulonnais des 11 et 21 mai 1861).

Les travaux prévus au pont du Var et sur la section comprise entre le Var et la gare de Nice, vont bientôt commencer (Le Toulonnais du 6 juin 1861).

"L'exécution des travaux du chemin de fer de Toulon à Nice est divisée en quatre parties (...). La première partie [de Toulon à Solliès-Pont, soit 16,300 mètres] est en cours d'exécution depuis le commencement de l'année, et les travaux seront terminés dans le courant de l'été 1861.

Le projet du tracé et des terrassements de la deuxième partie est approuvé [de Solliès-Pont aux Arcs et à Draguignan, soit 51,000 mètres], la compagnie a passé des marchés avec les entrepreneurs et elle s'occupe des acquisitions de terrains. On ne rencontre que des difficultés ordinaires entre Solliès-Pont et les Arcs ; les travaux seront achevés au milieu de l'année 1862.

[Troisième partie, des Arcs à Cannes, soit 60,000 mètres] : Des Arcs à Fréjus et Saint-Raphaël, le chemin de fer côtoie l'Argens ; les ouvrages à faire sont relativement peu considérables ; mais de Saint-Raphaël jusqu'à la Napoule, avant Cannes, les montagnes porphyriques de l'Estérel présentent, accumulées sur une longueur de 24 kilomètres, toutes les difficultés qu'on peut rencontrer sur une ligne de chemin de fer, déblais très-considérables et souterrains dans des roches d'une très-grande dureté, ponts et aqueducs, grands murs de soutènement, viaducs sur les rivières et même sur une anse de la mer ; tout cela dans une contrée déserte et sans moyens de communications où l'entrepreneur a été tout d'abord obligé de construire une route pour les voitures et une centaine de baraques pour abriter ses ouvriers. 

Les travaux ont pris une très-grande activité dès les premiers mois de 1860 ; le plus grand des deux souterrains est ouvert sur la moitié de la longueur de 820 mètres, de grands ateliers sont organisés pour les terrassements et les travaux d'art, et l'on pense que les rails pourront être posées vers la fin de 1862.

[Quatrième partie, de Cannes au Var et à Nice, soit 28,000 mètres]De Cannes à Nice (...), on s'occupe des acquisitions de terrain. Le projet du tracé et des terrassements depuis le Var jusqu'à Nice vient d'être approuvé par le gouvernement. Le pont sur le Var nécessitera des travaux très-considérables" (Le Toulonnais du 11 juin 1861).

"Cannes, le 29 juin - Le souterrain de St-Roch, qui se trouve à la traversée et au nord de la ville, est fort avancé. Le forage en est achevé et la voûte en briques est construite. 

L'espace que doit occuper la station est presque entièrement nivelé. Il ne manque pas d'étendue. On y creuse les fondations des constructions nécessaires.

Les piliers, qui doivent supporter le pont métallique, au moyen duquel la route de Grasse passera sur le chemin de fer, aux abords de Cannes, ne tarderont pas d'être terminés.

Tous les ouvrages d'art sont d'une remarquable solidité. Les terrassements au quartier des Anglais, parallèlement à la mer, ont marché autant que possible.

On sait que tous les travaux de ce genre vont en équilibre avec les déblais et quand on a à opérer ces derniers dans des roches de l'espèce la plus dure et sur des surfaces (les souterrains) limitées, les remblais ne vont pas aussi vite qu'on pourrait le désirer. 

Ils ont pris un grand développement à l'ouest de Cannes entre le poste de la Bouca [La Bocca] et Théoule ! Une immense quantité de terre est remuée. L'embouchure de la Saigne [La Siagne] et les marécages, qui l'avoisinent, présentent quelques difficultés, à la vérité surmontables, qui proviennent de la mobilité du fonds vaseux qu'on rencontre. 

Les travaux des ponts, ponceaux et murs de soutènement du côté de la Napoule et de Théoule, sont très-avancés. - Quant à ceux du tunnel de l'Estérel, ils sont si avancés, qu'on espère que le 1er janvier 1862, се grand contrefort sera entièrement percé. On assure qu'il ne reste, à l'heure qu'il est, que 200 mètres environ de roches porphyriques à déblayer. Le travail de ce tunnel ne sera toutefois, complet, dit-on, que vers la fin de 1862. 

On travaille sur la ligne de Cannes à Antibes, entre la première batterie et le Golfe-Jouan [Golfe-Juan]. On peut remarquer que de ce côté-là, le rail-way se rapproche beaucoup de la mer. 

Des chantiers sont établis dans la plaine d'Antibes, au Loubet, et à Cagnes. On y fait des tranchées, des déblais et remblais ; on s'occupe de la construction des ponts, ponceaux et passages nécessaires. Le beau viaduc sur le Var, sera commencé, assure-t-on, dans peu de temps" (Le Toulonnais du 6 juillet 1861).

"Cannes, 7 juillet - Les travaux du chemin-promenade. de Cannes au Cap de la Croisette, le long du littoral, n'ont pas éprouvé d'interruption. On assure qu'il sera terminé vers la fin de l'automne. Par là on n'aura plus pour aborder l'ile Sainte-Marguerite, qu'un court trajet à faire par mer.

Une notable amélioration pour Cannes et le Cannet est celle qui consiste (on espère que ce projet réussira) à faire classer comme chemin vicinal de grande communication, ia route projetée, qui, partant de la rive gauche de la Foux, près du point où sera la gare de Cannes, desservira le Cannet et ira rejoindre la route départementale, derrière Mougins, au point de rencontre de la route allant à Antibes. 

D'autres chemins vont être, assure-t-on, améliorés, rectifiés. On doit en effet faciliter la circulation, en vue de l'achèvement, non trop éloigné, de la voie ferrée, qui doit mettre Nice à quelques heures de Toulon" (Le Toulonnais du 9 juillet 1861).

"Deux locomotives, pour aider, viennent d'arriver à Cannes par la voie de mer. Les travaux de la gare se dessinent de plus en plus" (Le Toulonnais du 30 juillet 1861).

"Les matériaux destinés à la construction du pont du Var arrivent tous les jours ici. La voie ferrée marche avec une grande rapidité et les travaux sont commencés entre Cagnes et St-Laurent-du-Var [près de Nice]" (Le Toulonnais du 3 août 1861).

"Ce matin la locomotive Golfe-Jouan, de l'entreprise Lefèvre et Maurel, est partie de Cannes pour Antibes. Il a falllu faire construire un chariot spécial pour recevoir et transporter la lourde machine. Déjà la locomotive Antibes s'y trouve (...). Ces deux locomotives vont être employées aux travaux de la section d'Antibes aux abords du Var" (Le Toulonnais du 5 août 1861).

"Il suffira de dire qu'entre Saint-Raphaël et Cannes seulement, on rencontre six grands ponts, trois souterrains, quarante-neuf tranchées très-considérables, et de nombreux ponceaux et aqueducs, que le pont du Var donnera aux flots du torrent trois cents mètres de débouché et sera formé de quatre piles et deux culées fondées, par le système de l'air comprimé, et de six travées en fer de cinquante mètres de longueur

Les travaux sont très-avancés jusques à Solliès-Pont, et le service pourrait y être ouvert avant la fin de l'année, si la compagnie ne préférait attendre que la portion comprise entre Solliès-Pont et les Arcs, où doit correspondre l'embranchement de Draguignan, ne soit achevée. 

La compagnie espère que cette portion pourra être livrée à la circulation dans le courant de l'été prochain, et, peut-être, pourrons-nous nous rendre par cette voie à notre prochaine réunion. Elle espère que la ligne entière pourra être livrée au printemps de 1863" (Le Toulonnais 1er octobre 1861).

"Cannes, 2 novembre. Le tunnel de St. Roch, situé à l'entrée de Cannes (côté ouest) est achevé ou très près de l'être. Les remblais du littoral, depuis le torrent du Riou jusqu'à l'embouchure de la Siagne, avancent beaucoup. 

Le grand tunnel de l'Estérel ne tardera pas à être terminé, quant aux premiers travaux de forage ; mais l'œuvre complète ne le sera, nous dit-on, que vers les premiers mois de 1863 (...). Le voyageur sera émerveillé de la beauté des sites, qui s'offriront à lui, au débouché du grand tunnel de l'Estérel" (Le Toulonnais du 5 novembre 1861).

La section de Toulon à Solliès-Pont est ouverte à la circulation le 31 décembre 1861.


- Plan de la Ville de Cannes (parties occidentale et centrale), octobre 1861, 
Grasse, Lith., E. Foucard, 
encre sur papier sur toile, 29x59,5 cm,
Archives municipales de Cannes, 1Fi20.

Le tracé du chemin de fer - surligné ici artificiellement en rouge - 
(dont les rails ont été essentiellement posés en 1861) s'interrompt une première fois 
pour la partie qui passe sous le Suquet (tunnel Saint-Roch réalisé de mars 1860 à fin 1861)
 puis une deuxième fois, plus à l'est, pour la passerelle métallique de la route de Grasse 
en cours de réalisation (commencée vers avril 1861, elle ne sera terminée que vers septembre 1862), 
avant de traverser la gare - soulignée par le chiffre 5 rouge (désigné par la légende) -, en cours de construction (le nivellement du terrain, commencé dès mars 1860, s'est achevé en juin 1861 mais les bâtiments, entrepris aussitôt, ne seront terminés que fin 1862, voire début 1863, comme le bâtiment des marchandises).




1862

"L'Estérel est achevé. Samedi [11 janvier], à 4 heures du matin, l'enlèvement du dernier rideau de roche a eu lieu avec le cérémonial accoutumé, en présence de M. l'ingénieur principal de la Compagnie, qui a traversé d'un bout à l'autre le Tunnel" (Le Toulonnais du 16 janvier 1862).

L'espoir est d'achever la section de Toulon aux Arcs en mai et celle des Arcs à Cagnes en octobre de cette même année (Le Toulonnais du 1er mars 1862). Ces échéances se verront cependant repoussées. 

Les travaux de la section du fleuve Var à Nice sont entamés au quartier de Caras (Le Toulonnais du 27 mars 1862).

Á Cannes, "les cinq constructions de la station ne tarderont pas à être achevées, il n'y a pas de doute" (Messager de Nice du 30 mai 1862).

Le décret impérial du 9 juin 1862 ratifie une convention entre le gouvernement français et le gouvernement italien. Le gouvernement français s'engage à faire construire, en prolongement du chemin de Toulon à Nice, un chemin de fer qui aboutira à la frontière italienne, au torrent de Saint-Louis (Menton). De son côté, le gouvernement italien s'engage à prolonger jusqu'à la frontière française le chemin, en cours d'exécution, de Gènes à Vintimille, et å le raccorder avec la ligne française.

"Les travaux du chemin de fer de Toulon à Nice se poursuivent avec une très-grande activité. La construction du tronçon de Cannes est presque terminée ; le pont métallique de la rue de Grasse doit être livré au public dans un mois : les grands ouvrages d'art de la Napoule, de Théoule, Brague et tous ceux qui doivent être faits jusqu'à Saint-Raphaël, touchent à leur terme.

La section de Toulon aux Arcs [station des 4 chemins] qui (...) sera livrée à la circulation le 15 du mois d'août [jour de la fête de l'Empereur], permettra à l'administration d'employer le matériel de cette section aux travaux d'embranchement de Cannes à Grasse et des Arcs à Draguignan. La vigueur avec laquelle ces travaux sont poussés nous fait espérer qu'avant la fin de l'année le chef-lieu du département des Alpes-Maritimes sera en communication directe avec Marseille (Gazette du bâtiment, n° 15 du 15 août 1862, p. 224).

La réception officielle de cette section a lieu, en définitive, le 14 août mais son exploitation ne va commencer que deux semaines plus tard (Le Messager de Nice des 16, 24 et 27 août 1862)Le premier train de voyageurs, venant des Arcs, entre à Toulon le 1er septembre 1862, inaugurant la section de 69 km (Le Toulonnais du 2 septembre 1862).

En novembre, la livraison de la section des Arcs à Cagnes se voit, pour sa part, repoussée (Le Messager de Nice du 5 décembre 1862).



1863

En janvier 1863, des pluies torrrentielles retardent les travaux de la section des Arcs à Cagnes-Vence et en repoussent l'ouverture (Le Messager de Nice du 8 janvier et 1er février 1863).

"Cannes, avec ses sites riants, son beau climat, ses belles plages, [sera] placée, dans trois mois, à 5 heures de Marseille [194 km effectués entre 5 et 7 heures selon le train express ou omnibus, pour un prix respectif d'environ 22 fr. à 12 fr.], à 24 heures de Paris [1056 km effectués entre 22 et 27 heures, pour un prix d'environ 118 fr. par train express]" (Le Toulonnais du 20 janvier 1863).

Á Cannes, la voie ferrée longe le bord de mer dans la partie ouest de la ville (quartier des Anglais), décrit ensuite une boucle vers le nord, traverse le tunnel Saint-Roch et se poursuit jusqu'à la gare, avant de redescendre vers le cap de la Croisette puis de longer à nouveau le bord de mer. 

Une inspection des travaux de toute la section de Toulon aux Arcs est programmée en février avec "MM. Molard, ingénieur en chef ; de Boulogne, chef de l'exploitation ; Philippon, chef du mouvement ; Gaduel, ingenieur principal ; Barba, ingénieur ordinaire" (Le Toulonnais du 14 février 1863).

"Jeudi dernier [12 février], une locomotive d'essai, venue de Toulon, a parcouru pour la première fois la section des Arcs à Cagnes, sur la ligne du chemin de fer de Marseille à Nice. 

Nice va se trouver à quelques heures de Marseille; en même temps que l'on ouvrira la voie, un service d'omnibus sera établi entre Nice et la station de Cagnes, qui n'en est éloignée que de 11 kilomètres. Il ne reste à exécuter que quelques travaux d'installation dans les gares" (Journal des Chemins de fer du 21 février 1863, pp. 119-120).

Sur tout le parcours de ce train d'essai, les foules se sont portées en masse et ont envahi les stations.

La semaine du 21 au 28 février, de nombreuses épreuves de résistance sont effecuées sur la section des Arcs à Cagnes, et en particulier sur les ponts (Le Toulonnais du 28 février 1863).

"Les trains auront achevé demain, jusqu'à Cagnes, le transport des poteaux télégraphiques" (Journal des Chemins de fer du 28 février 1863, p. 132). 

"Le samedi 21 mars courant, un train spécial aura lieu entre Toulon et Vence-Cagnes, pour déposer dans les stations de la section des Arcs à Vence-Cagnes, le personnel attaché aux stations suivantes : Le Muy, Roquebrune, Fréjus, Saint-Raphaël, Agay, Cannes, Golfe-Juan, Antibes, Vence-Cagnes. 

Cette répartition des employés dans leurs résidences, est une preuve de la très prochaine ouverture de la section des Arcs à Vence-Cagnes, mais le jour n'en a pas encore été fixé" (Le Toulonnais du 21 mars 1863).

La Compagnie du chemin de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (P.L.M.) espère une ouverture de la section Les Arcs-Cagnes début mars. Elle n'est, en définitive, autorisée par le ministre des travaux publics que le 26 mars, avec accés aux voyageurs à partir du 10 avril.

"Il y a à Cagnes de belles remises, des voitures et de nombreux relais, pour le service du transport des voyageurs et de leurs bagages, de Cagnes à Nice, et vice versa (...). Une gare provisoire a été établie à Nice (...).

Des Arcs à Cannes [77 km], la ligne en passant par l'Esterel offre des points de vue magnifiques; mais de Cannes à Cagnes surtout, le panorama qui se déroule sous les yeux en se reflétant dans la mer, présente des sites féeriques (Journal des Chemins de fer du 4 avril 1863, p. 217). 

Le 9 avril, veille de l'ouverture officielle de la section, par mesure de prudence un train de vitesse, avec huit personnes à bord, part "des Arcs pour Vence-Cagnes, chargé de reconnaître et établir très exactement les points de la voie, en plaine, dans les pentes rampes, ou courbes, où il serait convenable de ralentir, continuer ou augmenter la marche".

Malheureusement, du fait de la négligence ou de la maladresse d'un aiguilleur, le train déraille entre les stations d'Agay et de Cannes (ou de Cagnes ?), au lieu-dit vallon de l'Évêque, alors qu'il ne roulait qu'à 10 km à l'heure. Les huit passagers sont éjectés sous le choc. Deux personnes sont gravement contusionnées, une autre a la jambe brisée mais le chauffeur, M. Barbier, est tué sur le coup (Le Toulonnais du 11 avril 1863).

L'ouverture de la section Les Arcs-Cannes-Cagnes de la ligne Marseille-Toulon-Nice, a tout de même lieu le 10 avril 1863 mais sans célébration.


NÈGRE Charles (1820-1880), Sans titre ni date (vers 1863),
Cannes, Le Mont-Chevalier pris de la partie nord du quartier des Anglais, vue ouest-est,
avec le photographe près de la voie ferrée, à proximité du tunnel Saint-Roch,
tirage sur papier albuminé d'environ 15x21 cm sur carton de 24,4x29,4 cm,
d'après négatif sur verre au collodion de 18x24 cm, New York, The Metropolitan Museum (ici).

Quelques photographies de la seconde moitié du XIX° siècle montrent la voie ferrée traversant la ville de Cannes, le plus souvent prises du Mont-Chevalier ou de la route de Grasse (avec l'entrée orientale du tunnel Saint-Roch). 



"Cannes, 30 avril. Le mouvement des voyageurs, soit au départ, soit à l'arrivée, depuis l'ouverture du chemin de fer, a considérablement augmenté et la station de Cannes a déjà offert plus d'une fois le spectacle d'un encombrement inattendu dans les salles de réception des voyageurs et des bagages" (Le Toulonnais du 2 mai 1863).

Une grande fête d'inauguration de la section aura lieu, en définitive, le 17 mai à Cagnes (Journal de Nice des 17 et 20 mai 1863).

Á cette date, les travaux de la voie sont globalement terminés jusqu'au Var, en dehors des gares de marchandises, de quelques consolidations de tranchées et de 36,000 mètres cubes de déblais à enlever d'une tranchée. Le transport de marchandises de toutes classes entre Les Arcs et Cagnes-Vence, prévu au 30 avril, ne commencera en définitive qu'au début du mois de juillet.

L'achèvement du pont du Var est prévu pour la fin de l'année. Á Nice, la tranchée de Saint-Philippe doit fournir tous les remblais de la station de la ville où les bâtiments sont fondés et les soubassements déjà élevés à quelques mètres au-dessus du sol... (Journal des Chemins de fer du 9 mai 1863, p. 382) (voir la suite des travaux de la voie ferrée et de la gare de Nice, ici).


- Plan de la Ville de Cannes (partie centrale), non daté (1864),
détail de la Gare de chemin de fer, 
avec à l'ouest, le Bâtiment (allongé) des Voyageurs, à l'est, le Bâtiment des Marchandises
et au sud, le boulevard latéral à la Gare, entre l'avenue des Voyageurs et l'avenue des Marchandises ; 
par la suite, ce boulevard de la Gare prendra notamment le nom de boulevard/rue Pihoret (de fin 1866 à début 1878) 
puis de boulevard/rue de Châteaudun (ou "Chateau dun"),
document de 63x42 cm, Paris, BnF (Gallica) et Cannes, AM, 2O2 (ici).

Les photographies anciennes de la gare de Cannes sont extrêmement rares, 
en dehors des cartes postales de la toute fin du siècle (montrant les bâtiments transformés et réunis). Aucune vue des années 1860 ou 1870 ne semble connue, de même qu'aucun texte descriptif. Le bâtiment des voyageurs (désormais disparu), de plan rectangulaire, sans grand intérêt architectural, offrait deux niveaux de cinq baies sur sa façade sud ; une petite horloge était logée au centre de la balustrade entourant sa terrasse.