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samedi 14 février 2026

1439-VOYAGE À CUBA (LA HAVANE, 2026)-1-CONSEILS


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 



- Ornement de porte d'entrée (La Havane, Cuba).



VOYAGER À CUBA EN 2026

1- CONSEILS



INTRODUCTION


Toutes mes observations découlent d'un voyage photographique effectué à Cuba en janvier et février 2026, exclusivement à La Havane.

La situation politique et économique étant en évolution constante, j'engage toute personne projetant un voyage à Cuba dans les semaines et les mois à venir, à se renseigner sérieusement avant de réserver

À l'heure où j'écris ces lignes, certains hôtels de Varadero ferment par manque d'essence, d'électricité et de nourriture et certains avions sont contraints d'aller se ravitailler en carburant aux Bahamas, avant leur vol de retour pour la France.


- "Todo es Habanidad" (Tout est La Havane), lettres géantes du nom de la ville sur le Malecón.




DOCUMENTS NÉCESSAIRES


- Passeport

- Billets d'avion aller-retour

- Visa

- Autorisation d'entrée sur le territoire ("D'Viajeros"), à obtenir sept jours avant le départ

- Aussrance santé et rapatriement.



LA HAVANE


La Havane est une jolie ville, avec de nombreux palais et églises, un réseau orthogonal de rues larges et lumineuses, des immeubles aux façades et galeries colorées, des parcs ponctués de statues, une longue promenade en bord de mer (Malecón), de belles voitures américaines des années 1950, une ambiance musicale et une population accueillante et soignée.

C'est aussi une ville sinistrée avec des façades décrépies, des immeubles effondrés, des masses de déchets aux carrefours, des coupures incessantes d'éléctricité et un accès insuffisant à Internet. 

C'est surtout une capitale et tout un pays en crise où règnent la pénurie, la hausse des prix et, de ce fait, le marché noir, la mendicité, la prostitution et parfois le vol.



- La dôme du Capitole (La Havane, Cuba).



CONSEILS


Logement

Pour La Havane, vous aurez le choix entre hôtel, grand hôtel de luxe et maison de location ou "casa particular" (logement chez l'habitant), avec au choix, un appartement entier ou seulement une chambre avec salle de bains privée.

J'ai personnellement choisi la dernière solution, qui offre des prix modérés (à partir de 10 €/nuit), un logement dans une maison ancienne et un hôte et des voisins avec lesquels pouvoir longuement échanger.

La réalité du logement peut cependant différer du contenu de l'annonce : parties communes (cuisine) non accessibles, salon privé utilisé par la famille de l'hôte, droit ou non de recevoir... 

Il est nécessaire de longuement échanger par mail avec l'hôte et de s'assurer des véritables conditions d'accueil avant de finaliser une réservation. Une fois sur place, il ne faut pas hésiter à changer de logement si la réalité ne correspond pas.


Météo/Santé

Les saisons sont parallèles à celles de la France, avec des températures plus élevées cependant. La Havane et ses habitants ne se révèlent vraiment que par grand soleil, avec des températures supérieures à 20° (37° paraît-il en juillet-aôut). 

En janvier, il faisait entre 16 et 20° avec un ciel gris et chargé de nuages, de rares averses mais un vent froid omniprésent (les cubains grelottaient n'ayant pas de vêtements d'hiver). Pull, blouson, écharpe et chapeau étaient indispensables. Début février, le temps s'est amélioré avec des demi-journées puis des journées entières de grand soleil (24°). 

- Tous les médicaments nécessaires doivent être emportés : les pharmacies ont leurs rayons vides à 90%. Si vous pouvez donner aux pharmacies ou aux familles des médicaments anti-fièvre, anti-douleur et des antibiotiques, cela sera très apprécié.

- L'eau du robinet n'est pas recommandée aux estomacs européens. Se méfier des glaçons et des bouteilles d'eau re-remplies.


Transfert de l'aéroport José Marti à La Havane

Trajet de 20 km (compter entre 50 et 60 mn).

- Le taxi (env. 40 € à ce jour) vous conduira à la porte de votre logement (la voiture est généralement louée à l'Etat et l'essence est très chère et ne peut être obenue qu'après de très longues heures d'attente). Pour le transfert du retour, vous pourrez peut-être, en vous renseignant à l'avance, trouver un taxi moins cher (entre 25 et 35 €) et utiliser vos pesos restants.

- Le bus (5 € par personne à ce jour) ne déssert que le centre et le quartier de la Vieille Havane, auprès de 4 ou 5 grands hôtels. Vous pouvez repérer l'un des grands hôtels très proches de votre logement ou bien prendre un taxi entre la descente du bus et votre location (10 mn de trajet).

- Bus et taxi peuvent être également réservés depuis la France mais cette procédure entraîne un surcoût (taxi, bus) et ne fonctionne pas toujours (bus). La Compagnie de bus peut ne pas reconnaître la validité de votre réservation et vous contraindre à payer à nouveau (remboursement à obtenir). De plus, le bus n'attend les personnes qui ont réservé que pendant un temps très limité et partent sans celles qui atendent toujours la restitution de leurs bagages en soute (remboursement impossible car cette clause est inscrite dans leurs statuts).

- Pour le bus de retour, contacter le bureau de la Compagnie Infotur (Bus Transtur), présent dans la célèbre rue commerçante Obispo (quartier touristique de la Vieille Havane), qui vous délivrera les horaires et les lieux de ramassage. Il faut privilégier le paiement (en Euros) à la montée dans le bus car l'horaire de votre vol de retour peut être changé au dernier moment. Une réservation informatique ou sa modification est toujours possible, à la condition expresse de disposer alors d'une connexion Internet.


- Le Malecón (La Havane, Cuba).



Argent

Il ne semble pas possible de retirer du cash et seuls de grands hôtels et de grands magasins acceptent les paiements par carte bancaire. Il faut donc partir avec un montant en Euros assurant l'entièreté de votre voyage (hors réservations depuis la France).

Sur place, ces Euros ne s'échangent pas au cours officiel (1 Euro = env. 28 pesos cubains) mais au cours officieux (très avantageux en janvier-févier 2026 : 1 Euro = entre 480 et 550 pesos). Les prix en pesos sont parfois comparables à ceux de la France mais le change permet globalement un coût de la vie de 3 à 4 fois inférieur.

- Ne mettre ni portefeuille ni smartphone dans une poche de pantalon. Préférer une poche intérieure de veste ou une sacoche sous les vêtements. Choisir une location avec coffre-fort.

- Ne pas changer les Euros dans la rue (vous serez sans cesse sollicités pour cela), du fait de billets manquants (2 billets de 50 € équivalent à 200 billets de 500 pesos), de faux billets et de votre exposition au risque mais dans votre hôtel ou chez votre hôte, avec une personne fiable et recommandée. Le cours du jour est notamment consultable sur eltoque.com mais la personne qui vous échange l'argent prend, bien entendu, une commission.

- Ne pas échanger plus de 100 Euros à la fois, et cela pour deux raisons. Lorsque le cours est avantageux, vous perdez entre 5 à 10 % à trop changer d'un coup et, surtout, personne ne reprendra vos Euros restants en fin de séjour et cet argent sera perdu ou donné. Quelques taxis acceptent encore (mais de moins en moins) un paiement en pesos. Les hôtels et les supermarchés (seuls magasins bien achalandés) affichent les prix en dollars et exigent le paiement en dollars ou en Euros (au cours du dollar même si ce dernier est inférieur à celui de l'Euro).


Internet

L'Internet n'est disponible qu'au centre ville de La Havane (sur un rayon d'1 km environ) et dans les grands hôtels. Dans les rues et les parcs, même si vous disposez d'une carte SIM cubaine, l'accès reste lent et restreint. Il est souvent inaccessible dans votre logement. Les coupures d'électricité aggravent le problème.

L'accès à un ordinateur de cybercafé (s'il est ouvert et s'il dispose alors d'électricité) ne résoudra pas le problème car le nombre d'ordinateurs y est très restreint, les appareils sont réservés et, si vous finissez par accéder à l'un d'eux, la connexion devra de toutes façons être fournie par votre smartphone.

- Prévoir, en plus des photocopies de votre passeport, de vos billets d'avion et de vos réservations, un carnet avec vos contacts (mails et numéros de téléphone) et vos principaux codes et mots de passe, pour pouvoir réagir en cas de perte ou de vol de votre smarphone.


Électricité

Les coupures d'électricité se succèdent à La Havane tout au long du jour et de la nuit. Le courant est un moyenne disponible pendant 6 heures sur 24, mais en plusieurs périodes. Après 18h 30, les rues et appartements sont plongés dans un noir quasi-total (rares lumières de bars et restaurants disposant de panneaux solaires et de grands hôtels disposant de générateurs).

Penser, à votre première arrivée chez votre hôte, que la sonnette ne fonctionne pas en l'absence de courant. 

- Prévoir une torche électrique à piles et l'avoir en permanence avec vous, dès votre descente d'avion (déambulation dans la rue, éclairage de votre serrure, montée dans l'escalier, déplacement dans l'appartement). 

Bien veiller à remettre les boutons des lampes sur "off" si vous ne voulez pas être réveillé par le retour de la lumière en pleine nuit. Apprendre à vous laver, vous raser ou vous maquiller dans le noir total ou à la lueur d'une torche.

- Prévoir une multiprise (à broches rondes de gros diamètre) et un adaptateur cubain (à broches plates) pour pouvoir brancher tous vos appareils électriques (à broches rondes de petit diamètre).


Monuments

Certains monuments prestigieux ne se visitent pas du fait qu'ils sont en restauration ; d'autres (comme la cathédrale) ne sont ouverts que le matin. Les jours et horaires d'ouverture des musées varient de l'un à l'autre (le Museo Nacional de Bellas Artes - Arte cubano ouvre à 9 h mais est fermé lundis et mardis ; le Museo Napoleonico ouvre à 10 h mais est fermé les dimanches et lundis...).



- Jeunes cubains en centre ville (La Havane, Cuba).





dimanche 8 février 2026

1438-"NICE TELLE QU'ELLE ÉTAIT EN 1843" (SOUVENIRS D'UN ANGLAIS)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- Plan de la ville de Nice, paru dans L'Indicateur nicois de 1847,
Archives départementales des Alpes-Maritimes.



PRÉSENTATION


Voici la traduction du témoignage d'un Anglais, recueilli en 1903, évoquant la ville de Nice en 1843 (The Swiss and Nice Times du 5 avril 1903, Paris, BnF, Gallica). 

En réalité, si ces souvenirs concernent principalement la période d'avant l'Annexion, ils s'étalent bien au-delà, mêlent plusieurs décennies et restent sujets à caution. 

Cela n'en reste pas moins un document rare et précieux [à côté du témoignage d'Édouard Corinaldi, "Souvenirs de Nice (1830-1850)", Annales de la Société des Lettres, Sciences & Arts des Alpes-Maritimes, 1901].



NICE TELLE QU'ELLE ÉTAIT EN 1843.

Souvenirs d'un ancien résident. La colonie étrangère à cette époque - Anecdotes.


Nice a toujours été une station balnéaire très prisée, et tout ce qui touche à Nice d'autrefois ne manque pas d'intéresser les nombreux visiteurs et résidents qui connaissent Nice aujourd'hui. L'éditeur de ce journal a eu la chance de rencontrer un résident anglais de la bonne vieille époque, et ce monsieur nous a raconté certains de ses souvenirs de Nice il y a soixante ans.


"Lorsque j'ai découvert Nice pour la première fois", a-t-il déclaré, "c'était à la bonne vieille époque des diligences, le comté faisait alors partie du royaume de Sardaigne et la frontière française se trouvait au niveau du fleuve Var. Il n'y avait pas de quais sur le Paillon, pas de Jardin Public ni de Promenade des Anglais. 

La poste se trouvait alors à l'extrémité est de la rue du Pont Neuf et était un établissement très rudimentaire. En venant de la poste vers l'ouest, du côté nord de la rue, se trouvait un entrepôt anglais de tapis et d'ameublement tenu par un Anglais nommé Messiah, et juste à côté, Mme Hammand, une couturière anglaise. 

Au coin de la place Saint-Dominique, côté ouest, se trouvait le bureau du consul britannique, M. Lacroix. À l'extrémité ouest de la rue se trouvait Weeks, le tailleur et mercier anglais. Une autre maison de commerce anglaise était celle de M. Berlandina, épicier, située rue Saint-François-de-Paule, tout près du théâtre.

À cette époque, et pendant de nombreuses années par la suite, le marché se tenait sur la Piazza St. Reparata, et de 7 à 10 heures chaque matin, toutes les rues étroites qui y menaient étaient presque bloquées par les acheteurs et les vendeurs.

Le Corso et la Terrasse étaient les promenades à la mode. Ce qui m'a le plus frappé, ce sont les habitudes des Niçois : se lever tôt et se coucher vers huit ou neuf heures du soir. Alors qu'à sept heures du matin la ville était aussi animée qu'à midi, le soir, tout était calme à huit ou neuf heures.

Le port était alors le même qu'il y a quelques années, lorsque les travaux d'excavation du nouveau bassin ont commencé. À l'est se trouvait la prison où étaient détenus un certain nombre de prisonniers qui, pendant la journée, travaillaient en groupes de deux ou trois, enchaînés les uns aux autres. Ils étaient principalement employés à l'extraction de pierres dans la partie nord-ouest du port. 

Deux petits bateaux à vapeur venaient au port deux fois par semaine, en provenance de Gênes, et deux autres fois par semaine en provenance de Marseille. À part quelques felouques transportant du charbon de bois, peu d'autres bateaux fréquentaient le port. La douane n'est plus très importante aujourd'hui, mais à l'époque, c'était un bâtiment beaucoup moins prétentieux. Nice étant alors un port franc, elle n'avait pas besoin d'une douane très importante. À l'extrémité du port se trouvait la maison où Garibaldi était né.

En revenant par la rue Ségurane, il n'y a pas grand-chose à noter jusqu'à la place Garibaldi, alors appelée Piazza Vittoria. Tous les grands changements ont eu lieu à Nice-Ouest. 

Sur la place Masséna, au lieu d'une foule d'élégantes calèches allant et venant, il y avait des déchets et des détritus éparpillés. En guise de maisons, il n'y avait que celle située à l'angle de la place, en face de l'emplacement actuel du Casino, où se trouvait à l'époque le vieux Pont Neuf (car le lit de la rivière était alors à ciel ouvert), et une autre maison appartenant à M. Ambroise Tiranti, qui se trouvait dans un creux, à quelques mètres au nord de l'emplacement du Café Monnod. 

Sur le côté ouest de la place se trouvait la maison avec les arcades, telle qu'elle existe aujourd'hui. Après avoir dépassé l'hôtel Cosmopolitan, on ne trouvait qu'une rangée de maisons délabrées. En direction de l'actuelle gare, tout n'était que champs jusqu'à Carabacel.

Parmi les magasins de l'avenue Masséna (anciennement le quai), il y avait, au coin, celui de Gent, un épicier, puis Zani, qui louait des pianos et publiait une Liste des Étrangers, et Daniel, un pharmacien. 

Toutes les autres maisons étaient des habitations privées, à l'exception de l'Hôtel de France. L'Hôtel Victoria se trouvait à l'emplacement de l'Hôtel de la Grande Bretagne, et la Pension Anglaise à celui de l'Hôtel d'Angleterre [place du Jardin-Public]. Les meilleurs hôtels étaient les Hôtels deFrance, Victoria, des Étrangers, des Empereurs, de l'Europe, Paradis, Chauvain et York. Les seules bibliothèques et salles de lecture étaient celles de Gilletta, rue de la Préfecture, et de Visconti.


ÉTRANGERS CÉLÈBRES

Le Chemin des Anglais, comme on l'appelait alors, n'avait rien à voir avec la splendide promenade d'aujourd'hui. Un mur aveugle le longeait sur toute sa longueur, tournant à la ruelle Saint-Philippe et débouchant sur la rue de France. Je mentionnerai que juste après la ruelle Saint-Philippe se trouvait la Villa Avigdor, qui, en 1857, était habitée par l'impératrice de Russie. 

Mon ami, M. Lavit, venait de terminer sa belle maison du côté ouest et la louait au grand-duc Constantin, au comte Apraxin, à Schouvaloff et à d'autres membres de leur suite. En continuant vers l'ouest, mais en restant sur la route de France, on passait devant la Villa Ghies et la Maison Deporta, où vivait en 1846 le révérend Childers, aumônier très estimé. 

À environ un kilomètre plus loin se trouvait la Villa Gastaud, aujourd'hui Villa Howard, qui était, à l'époque et pendant de nombreuses années après, considérée comme la meilleure maison de campagne de Nice. Elle était louée par le comte Des Geneys, ainsi que par M. Higgins, paterfamilias, et Jacob Omnium du Times. Elle était également occupée par Lady Mary Fox, fille de George IV. C'est dans cette villa que M. Gastaud reçut l'empereur Napoléon et l'impératrice Eugénie. M. Gastaud connut une fin tragique, se suicidant à Turin, si je ne m'abuse.

En revenant à Nice en suivant le sommet de la colline, on trouvait une très belle villa, appelée Villa Jaume, à une courte distance à l'est du Pont Magnan. Et plus loin, du même côté, le Pavillon Brès, entouré d'une grande orangeraie, l'un des plus beaux jardins de Nice. Presque en face se trouvait la Villa Henri Avigdor, une très belle maison, aujourd'hui connue sous le nom de Villa Lions. 

Et un peu plus à l'est, la Villa Orestis, connue plus tard sous le nom de Villa Stirbey, à travers laquelle le boulevard Gambetta a été tracé. C'est dans cette maison que Louis de Bavière, qui connaissait si bien Lola Montès, vécut et mourut. 

En continuant vers l'est, on arrivait aux épiceries de Prosper Marchisio, non loin de Saint-Pierre. La femme de Prosper était anglaise, et sa carrière ne démentait en rien son nom. Il dirigea une entreprise florissante de 1837 à 1858, année de sa mort. Marchisio fut le premier à Nice à lancer un service de transport public pour les trajets courts. 

Plus près encore de la ville se trouvaient l'Hôtel de l'Europe, la célèbre Croix de Marbre et la grande Villa Saissi, aujourd'hui le Palais Marie-Christina, où la reine de Sardaigne avait coutume de résider. 

À proximité se trouvait l'église anglaise, mais elle ressemblait alors à une grange ou à une étable. La belle église qui occupe aujourd'hui le site a été construite en 1862-1863. M. Pullen, de Londres, supervisa sa construction pour le compte de l'architecte Sir Gilbert Scott. 

Au nord de l'église se trouvait la Villa de Cessole, qui possédait un grand jardin ; en fait, tout n'était que jardins dans les environs jusqu'au village de Saint-Étienne. À l'est se trouvaient les Maisons Veran et Tiranty frères. Dans cette dernière vivait mon ami, M. Jean Lavit, qui exerçait le métier de restaurateur et traiteur. Ce qui était connu dans tout Nice sous le nom de Maison Tiranti frères n'est plus aujourd'hui que le 2, 4, etc., rue Longchamp.

M. Lavit avait passé plusieurs années à Londres en tant que chef au Reform Club. Il avait bien réussi et avait pris sa retraite avec une bonne rente, mais il n'a pas vécu longtemps pour en profiter. Il est décédé en 1864 ; son frère, ses neveux et son petit-neveu ont tous fait fortune à Nice. M. J. Lavit, qui était autrefois propriétaire de l'Hôtel des Iles-Britanniques, est décédé l'automne dernier.

Deux autres personnalités bien connues sont venues à Nice vers 1855. Je fais allusion au défunt duc de Hamilton et à Son Altesse Royale le duc de Parme. Le duc de Hamilton était très affable et généreux. Je me souviens bien de la dernière fois où je l'ai rencontré (en juillet 1863), quelques jours seulement avant sa mort. J'étais dans son hôtel particulier de la rue Arlington, à Londres. Le lendemain de ma visite, il partit pour Paris, où il trouva la mort le soir même de son arrivée, en tombant dans l'escalier de la Maison Dorée. Les journaux parisiens ont fait leurs colonnes pleines de souvenirs concernant cet événement tout récent, en raison de la fermeture définitive de la célèbre Maison Dorée.

S. A. R. Charles de Bourbon, duc de Parme, roi d'Étrurie, etc., est né en 1799. En 1814, à la chute de Napoléon Ier, il fut transféré au duché de Lucques, puis en 1847, à la mort de Marie-Louise, au duché de Lucques et Gustella. Il finit par abdiquer et prit le nom de comte de Villafranca.


UN GRAND DIPLOMATE

Tom Ward, le favori du duc de Parme, était un personnage familier à Nice. Tom Ward était un palefrenier du Yorkshire qui gravit les échelons jusqu'à devenir maître d'écurie et premier ministre de Lucques en 1845-1847. Tom Ward fut envoyé en mission diplomatique importante auprès du grand-duc de Toscane, mais celui-ci refusa de le recevoir parce qu'il n'était pas noble. Mais le duc de Lucques, ne voulant pas voir ses plans contrariés, nomma immédiatement son ambassadeur baron et le renvoya en Toscane. On dit que Ward fit preuve d'une telle habileté dans les négociations qui lui étaient confiées qu'il reçut les compliments du prince Metternich et de Lord Palmerston. Le duc de Parme et Lucques mourut en 1883.


MILORD PAYSAN

Je mentionnerai deux hommes très connus qui vivaient souvent à Nice à cette époque, Sir Charles Lamb [Maréchal de la Maison Royale] et le capitaine Grindlay. 

Le premier s'habillait de la manière la plus absurde qui soit. Parfois sans chaussettes, simplement pieds nus dans des chaussures très ordinaires, le reste de sa tenue vestimentaire reflétant la même excentricité. C'était un homme très riche et très libéral, il était donc très populaire à Nice et dans le quartier où il était appelé, non pas Sir Charles Lamb, mais "milord paysan". 

Il lui arriva un jour de se voir refuser l'entrée d'une maison en Écosse, car on le prenait pour un mendiant, ou du moins pour un vagabond [un "Gaberlunzie" ou mendiant écossais]. Sir Charles était le beau-père du défunt comte d'Eglinton et participa au célèbre tournoi de 1839 en tant que chevalier du Lion [ou Chevalier de la Rose Blanche ?].

On raconte une anecdote à propos de cet homme excentrique. Il connaissait un artiste célèbre du nom de de Angelis et le harcelait sans cesse pour qu'il fasse son portrait. Finalement, l'artiste lui dit un jour : "Je ne peins que d'après nature et si je fais votre portrait, ce sera une telle démonstration de laideur que même vous-même en serez effrayé".

Contrairement à Sir Charles, le capitaine Grindlay n'était pas porté sur la chevalerie, mais il n'en était pas moins un homme remarquable. Il avait beaucoup voyagé et était un très bon artiste. Ses croquis sur des sujets indiens étaient bien connus, Sir Walter Scott en parlait et Christopher North, de Blackwood's, en faisait mention dans ses célèbres Notes. Le capitaine s'habillait à sa manière, son parapluie blanc en bandoulière. On pouvait le voir pendant sept mois de l'année, se promenant tous les matins, à cinq ou six heures. Il mourut en 1875 à l'âge de 90 ans.


NOS MÉDECINS 

Les médecins anglais exerçant à Nice à cette époque étaient les docteurs Travis, Fitzpatrick et Henry Gurney. Le seul point saillant concernant les médecins concerne ce dernier. Un certain M. Josiah Howard vint à Nice avec sa famille et un pupille. Au cours de l'été, un groupe d'Anglais, dont M. Childers et sa famille, ainsi que le docteur Gurney, se rendirent à San Dalmazzo [Saint-Dalmas, près de Tende], à l'hôtel tenu par Zegetelli [Zichitelli], qui tenait également l'hôtel Victoria à Nice. Une relation amoureuse naquit entre le docteur Gurney et la pupille de M. Howard, et ils finirent par se marier un mois plus tard à Turin.


MARIÉ MALGRÉ LUI 

Cette référence à ce mariage me rappelle une autre union qui fit beaucoup parler d'elle à l'époque. Un commerçant anglais, qui travaillait alors dans l'un des magasins, avait par hasard tapé dans l'œil d'une jeune et charmante Niçoise. Le jeune Anglais, opposé au mariage, battit en retraite. La jeune femme, loin de se laisser décourager, rendit visite au secrétaire du gouverneur et protesta que le jeune Anglais avait promis de l'épouser et avait laissé entendre qu'elle était dans un état intéressant. 

Un conseil fut convoqué, auquel assistèrent le gouverneur et l'évêque, et l'Anglais fut convaincu d'épouser la belle. Le mariage eut lieu en bonne et due forme, et l'union fut heureuse, mais, chose étrange, la femme n'eut jamais d'enfants. L'accusation qu'elle avait portée contre l'Anglais était un subterfuge suggéré par son affection ; en bref, c'était l'un des stratagèmes de l'amour.

Parmi les autres résidents anglais, je peux mentionner M. How, qui a commencé comme épicier, mais qui n'a pas réussi dans ce domaine. Il est ensuite devenu propriétaire de l'Hôtel d'York. M. Robert Morrison, tailleur anglais au Jardin Public, auquel succéda M. Russell. M. Hodgson, négociant en vins et spiritueux bien connu, prospéra au coin de la rue du Pont-Neuf. La fille de Mrs. Hammand épousa M. Francinelli, dont le nom est familier en rapport avec les Villas Francinelli. Mme Trabaud, épouse d'un banquier dont la maison était près du Pont Garibaldi, était anglaise.


Comme le montre cette rapide esquisse, Nice était une ville rurale il y a soixante ans. Même après l'ouverture de la ligne ferroviaire, le terminus est longtemps resté au bord du Var [!?].

À cette époque, juste après le carnaval, les visiteurs anglais avaient pour habitude de faire des excursions à dos d'âne, empruntant les ruelles étroites qui menaient à l'ancienne route de Villefranche, puis à Saint-Jean et Beaulieu. Ces ânes pouvaient être loués auprès d'un laitier du nom de Naturel, dont la boutique se trouvait place Masséna".




dimanche 1 février 2026

1437-MODÈLES ET ARTISTES PARISIENS AU MILIEU DU XIXe SIÈCLE

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- DURIEU Eugène (1800-1874), Nu féminin, assis, de dos, vers 1853-1854,
Album (n° 32) de photographies d'après des modèles posés pour [le peintre Eugène] Delacroix (1798-1863),
 vue 44, Paris, BnF (Gallica).



PRÉSENTATION



A la suite de l'article intitulé, "Photographes et Outrages aux moeurs (1839-1859)" (ici), j'ai souhaité compléter la recherche par des textes des deuxième et troisième quarts du XIX° siècle qui évoquent les modèles féminins posant pour les peintres, les sculpteurs et les photographes.


Les statistiques

- 1860 : "Deux cents jeunes filles vivent aujourd'hui, à Paris, du honteux métier de poseuses pour le stéréoscope" (L'Indépendant de la Charente-Inférieure du 4 septembre 1860) ;


- 1874 : un document officiel relève "671 filles ou femmes faisant le métier de servir de modèles aux peintres, sculpteurs, photographes, etc." (La Liberté du 13 novembre 1874 - texte reproduit jusqu'en 1886 ; BnF) :

"230 Françaises, 120 Italiennes, 80 Anglaises, 60 Suisses, 50 Espagnoles, 49 Belges, 45 Allemandes, 30 Américaines, 4 Autrichiennes,2 Portugaises, 1 Irlandaise",

"130 ont dépassé la vingt-unième année, les autres sont âgées de 16 à 20 ans",

"60 artistes dramatiques, 40 modistes, 35 fleuristes, 30 couturières ; toutes les autres sont sans profession avouée",

"145 ont été condamnées correctionnellement à des peines plus ou moins fortes pour avoir collaboré chez des photographes à la composition de sujets obscènes",

"la rémunération que reçoivent les "poseuses" varie à l'infini. Elle commence à "deux francs" et s'élève graduellement jusqu'à des chiffres qu'il n'est pas possible de déterminer".


Les modèles juives

J'ai été surpris par une assertion présente dans de nombreux textes : 

- "La plupart des modèles féminins sont de race juive, et s'appellent Sarah, Rebecca, Noemi, Rachel, etc." (Emmanuel Gonzalès, "Les Mendians à domicile", La Caricature du 21 juin 1840 (Retronews)

- "La majeure partie des jeunes filles qui se font modèles à Paris sont juives (L'Illustration du 29 juin 1850, pp. 413-414 ; BnF, Gallica) ;

"Les modèles de jeunes filles (...) sortent pour la plupart des nombreuses tribus israélites qui habitent le territoire parisien" (Edmond Texier, "Les Peintres, les Ateliers et les Modèles", Tableau de Paris, Tome Second, Paris, 1853, Paulin et Le Chevalier, ch. XLIII, pp. 49-51) ;

"Les juives ont eu et ont encore le monopole de la pose" (Louis Leroy, "Les Modèles", Physionomies Parisiennes - Artistes et Rapins, L. Chevalier Editeur, Paris, 1868, pp. 104-112 (Google Livres).

- "Vers 1830, la grisette parisienne [jeune ouvrière coquette] fût détronée par la juive, les grandes belles filles que la conquête d'Alger amena en France" (Jules Claretie, Peintres et sculpteurs contemporains - L'Art français en 1872, 2ème édition, Paris, Charpentier et Cie, 1874, pp. 227-228 ; BnF, Gallica). 

- "La plupart des filles qui servent de modèles sont juives" (Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1874, pp. 359-360 ; Google Livres).

S'il est indéniable que de jeunes juives aient servi de modèles pour les artistes (vêtues ou dénudées), je ne suis pas persuadé qu'elles aient été majoritaires, d'autant qu'aucun des noms et prénoms des condamnées de l'article précédent n'implique de femmes juives et que les textes du dernier quart du XIX° siècle ne font que reprendre des passages de rares textes anciens (retranscrits ci-dessous). Il y a certes quelques modèles juives célèbres et identifiées mais il y en a tout autant chez les catholiques.

Les jeunes modèles juives sont cependant reconnues pour leur pudeur de métier et leur sérieux dans la pose. Leur beauté orientale fait que de nombreux peintres et critiques d'art jugent qu'elles seules sont capables de représenter les femmes de l'Ancien Testament (figures de Judith et de Rebecca ; Suzanne ou Bethsabée au bain, Esther à sa toilette) et celles des scènes orientalistes. 

La beauté juive a également été mythifiée par le succès de la tragédienne Rachel et par celui de  la jeune modèle juive de la nouvelle de A. de Bernard (Siona - Histoire d'Atelier, 1854 ; Google Livres) et de celle des Frères Goncourt (Manette Salomon, Paris, 1867 ; Gallica).  

La population juive (hommes et femmes) ne représente, dans les années 1850, guère plus d'1% des parisiens (soit environ 13.000 personnes) dont, semble-t-il, environ de 85% d'ashkénazes, venant essentiellement d'Alsace-Lorraine, voire d'Europe centrale, et 15% de séfarades, essentiellement des Portugais, voire d'Algérie.

Il faut rappeler que toutes les jeunes femmes modèles, souvent pauvres, n'étaient pas juives, que toutes ne posaient pas nues, que celles qui posaient nues n'acceptaient pas toutes de participer à des mises en scène pornographiques, que toutes n'avaient pas des relations intimes avec les artistes et que toutes n'étaient pas des prostituées.



LES TEXTES


Seuls, les passages concernant les modèles féminins sont retrancrits ci-dessous mais la plupart des textes choisis consacrent une large part aux modèles masculins, voire à la clientèle des artistes. 

Les extraits ne sont pas mis en italique pour en faciliter la lecture et permettre de mettre en évidence les termes en italique des textes originaux.

Les termes ou phrases entre crochets sont des précisions ajoutées aux textes originaux.


Texte 1 - E. de la Bédollierre, "Le Modèle", Le Constitutionnel (supplément) du 10 novembre 1839, pp. 7-8 :

"Parlerons-nous de la femme modèle ? Jules Janin [Jenny La Bouquetière, Paris, 1839] vous a poétiquement retracé l'histoire authentique d'une poseuse devenue grande dame, d'une poseuse chaste et pure, dont la vie pareille à un conte de fée, prouve, comme un conte de fée, que la vertu trouve tôt ou tard sa récompense. 

Faut-il opposer la règle générale à cette charmante exception ? Faut-il chercher la femme-modèle dans son galetas orné d'un lit de sangle [bandes de tissu attachées à un cadre], d'une commode de sapin, d'une cuvette félée et d'une paire de bottes ? La suivrons-nous dans ses transformations somptuaires, tantôt déguenillée, tantôt portant manchon et cachemire français, et se promenant aux Tuileries où les fashionables la prennent pour une comtesse ? 

Ce sujet serait plus abordable, si la femme modèle l'était moins. D'ailleurs, comment la reconnaître ? Elle ne convient jamais de sa profession, elle l'exerce avec bypocrisie, elle est lingère, brodeuse, demoiselle de boutique, jamais modèle. Allez frapper à sa porte, elle vous crie par le trou de la serrure : "Pour qui me prenez-vous, Monsieur ? je ne pose pas". 

Et pourtant vous la voyez accourir le lendemain, elle vient chez vous s'installer, bailler, babiller, croquer des pastilles de menthe et vous expliquer les raisons cachées de sa réponse de la veille ; elle vous étale des trésors qu'eussent enviés toutes les déesses de l'antiquité... 

O jeune artiste, regardez-les froidement ; ne voyez dans votre modèle qu'une statue gracieuse, n'essayez pas de devenir le Pygmalion de cette blanche Galathée, et méditez ce vers proverbial :

Quidquid id est, timeo Danaas et dona ferentes...

[Quoi qu'il en soit, je crains les Danéens (Achéens, Grecs) et ceux qui apportent des cadeaux].


Texte 2 - Emmanuel Gonzalès, "Les Mendians à domicile", La Caricature du 21 juin 1840 (Reronews) :

"La plupart des modèles féminins sont de race juive, et s’appellent Sarah, Rebecca, Noemi, Rachel, etc. Quelques-unes sont de vertueuses jeunes filles qui s'adonnent pendant cinq jours de la semaine à l’apprentissage de la couture ou des modes, ce qui ne leur rapporte rien qu’une excessive fatigue. Mais en revanche, comme leur religion leur défend de travailler le samedi, elles se reposent ce jour-là, et le dimanche à POSER, ce qui leur rapporte une dizaine de francs. 

C’est une assez lucrative manière d’observer les principes de leur religion. Rester pendant six ou sept heures les bras arrondis, la tête inclinée, le corps appuyé sur le bout de l’orteil, subir enfin de ces poses qui feraient honneur, comme ingénieuse invention de tortures, à des peuples moins civilisés, cela s’appelle chez ces candides Hébreux : ne pas travailler.

Les femmes qui pratiquent ce métier, sont en général les plus insouciantes créatures du monde. Elles vivent au jour le jour, sans jamais craindre l’avenir, sans jamais aimer le passé. Ces esclaves de l’artiste qui doivent, à son signe, se tordre, se courber, se dresser, tendre le bras avec une rage immobile, ou joindre les mains d’une façon suppliante, sont, hors de l’atelier, des enfants capricieux et fantasques. 

Ce qui domine surtout chez elles, c’est un amour sauvage du clinquant et de l’oripeau, à défaut du luxe qu’elles ne peuvent atteindre. C’est qu’il est dur de remonter toujours pauvre dans sa mansarde, après avoir porté un diadème de reine, après avoir vécu sa demi-journée dans l’atmosphère de l’atelier, où les splendides robes de velours, les manteaux de satin, les colliers d’or, les panaches hautains tombent du pinceau de l’artiste, comme les millions de la plume de M. Scribe et de M. de Balzac. Aussi, voit-on quelquefois des modèles mettre une folle ténacité à satisfaire des fantaisies de luxe exorbitantes pour leur misère". 


Texte 3 - A.J. D., "Scènes de la Vie artistique. Les Modèles et les Portraits.", L'Illustration, Journal Universel du 29 juin 1850, pp. 413-414 (BnF, Gallica) :

"Sous le rapport de l’égalité civile et d’une juste répartition des biens entre les deux sexes, le modèle est une des rares professions à citer, si ce n’est l’unique. Le sexe fort n’y accapare pas les gros salaires aux dépens du faible, comme cela arrive partout ailleurs. L’avantage est même ici du côté de la femme. Ses poses lui sont payées un peu plus cher qu’à l’homme. On n'a pas de nymphe à moins d’un franc par heure ; mais on a un Jupiter-Olympien pour quinze sous. 

À la vérité le modèle mâle peut rester cinquante ans dans les ateliers, tandis que le modèle féminin en général a à peine dix ans d'exercice. C'est là le revers de la médaille. Mais ce n’est pas la faute de la société ; c’est celle de la nature. 

La majeure partie des jeunes filles qui se font modèles à Paris sont juives. Ce sont des fleurs rapidement fanées, mais sans cesse remplacées par d’autres. Il ne se passe pas de semaine sans qu’un artiste ne voie arriver à son atelier quelque jeune fille inconnue, venant s’offrir comme modèle. Qu’on n’oublie pas que l’atelier est un temple consacré à la beauté plastique et aux chastes contemplations de l’art. Celles qui y entrent ne sont pas des vestales, c’est vrai ; mais ce ne sont pas non plus des bacchantes".


Texte 4 - Edmond Texier, "Les Peintres, les Ateliers et les Modèles", Tableau de Paris, Tome Second, Paris, 1853, Paulin et Le Chevalier, ch. XLIII, pp. 49-51).

"Il y a dans les quartiers (...) qui avoisinent le rue Saint-Antoine des familles juives dont tous les membres, depuis l'aïeul jusqu'à l'enfant à peine sevré, posent dans les ateliers. Les modèles de jeunes filles (...) sortent pour la plupart des nombreuses tribus israélites qui habitent le territoire parisien (...).

Les modèles de femmes (...) ont aussi leurs ficelles. Malheur à l'artiste qui se laisse aller à trop de condescendance pour l'amour inné de la flânerie et de la fainéantise, qui possède d'ordinaire la plupart de ces dames. 

Il faut, s'il veut obtenir d'elles de profitables séances, qu'il s'arme souvent d'une sévérité inflexible, et que jamais il ne franchisse les bornes d'une excessive réserve dans ses rapports avec les Vénus ou les déesses qui posent devant lui. On rencontre toutefois d'honorables exceptions, et l'on voit, - en fort petit nombre, - des modèles de femmes qui n'abusent point de la bienveillance de ceux qui les emploient.

En général, le modèle de femme qui pose seulement pour la tête ou pour les mains, a des mœurs et une conduite plus régulière que les modèles qui posent pour l'ensemble. Cela s'explique par des motifs faciles à comprendre. Au reste, la décadence du modèle d'ensemble féminin remonte à une autre cause que celle du modèle d'homme, et date d'une époque plus récente.

La première fois qu'un entrepreneur de poses plastiques eut l'idée de faire voir aux habitués du Cirque-Olympique, il y a sept ou buit ans, une dizaine de divinités en maillot rose tendre, groupées avec plus ou moins d'habileté sur un plateau tournant, il fit un tort considérable à l'art et aux artistes (...). 

Les prohibitions de l'autorité donnèrent de la vogue à ce genre de représentations lorsqu'on les reprit ensuite. Les modèles de femmes, voyant leur nom imprimé sur une affiche de spectacle, se prirent volontiers pour des actrices ; la barrière qui les séparait de certains cercles d'amateurs était rompue, et leur offrait des perspectives dorées plus ou moins trompeuses, mais d'une irrésistible séduction. Aujourd'hui il n'y a presque plus de véritables modèles de femmes (...)".


Texte 5 - Louis Leroy, "Les Modèles", Physionomies Parisiennes - Artistes et Rapins [peintres débutants], L. Chevalier Editeur, Paris, 1868, pp. 104-112 (Google Livres).

"Des hommes, on en trouve encore ; mais les femmes deviennent de plus en plus rares. Elles préfèrent figurer dans les féeries [spectacles de ballets et de tableaux vivants, avec des protagonistes en costume léger], où leurs formes finissent toujours par être appréciées des amateurs de l’orchestre. 

Les juives ont eu et ont encore le monopole de la pose. Leur beauté originelle et un certain dédain du qu'en dira-t-on les prédisposent tout naturellement à l’état de modèle. Malheureusement, la bicherie [galanterie, courtisanerie] fait concurrence à la peinture, et l’artiste n’est jamais sûr de garder jusqu’à la fin de son tableau la Vénus de louage qui lui a servi à le commencer. 

Les modèles femmes ont une certaine pudeur. Quand elles ne sont plus sur la table, pendant les repos, elles se hâtent de passer le vêtement indispensable pour ne pas rester nues devant l’artiste. Ce n’est guère sans doute, mais la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. 

Par exemple, elles sont impitoyables pour les visiteurs bourgeois ; à aucun prix elles ne veulent se montrer aux gens qui ne sont pas de la partie. Elles sentent chez eux une curiosité érotique qu’il leur déplaît de satisfaire. 

Il y en a qui ne posent que la tête avec un bout d’épaule ; ce sont les sensitives de la pose. Le plus grand nombre pose l’ensemble

Pour celui qui n’est pas rompu à la vie d’atelier, il y a quelque chose de pénible dans la façon dont le modèle de femme vient offrir ses services. Cette exhibition sent le marché d’esclaves à plein Orient. 

On a frappé à la porte de l’atelier.

Une jeune fille, mise décemment, se présente. 

— Qu’y a-t-il pour votre service, mademoiselle ? 

— Monsieur, je viens vous demander si vous avez besoin d’un modèle. 

— Ah ! très-bien. Entrez donc. 

La politesse de l’artiste est tombée immédiatement au-dessous de zéro.

 — Vous ne posez que la tête. 

— Je pose tout, monsieur. 

— Voyons !  

Et la jeune fille, décemment mise, ôte ses gants, son chapeau... et le reste. Elle monte sur la table du modèle, donne tous les mouvements demandés par le peintre. 

— Hanchez un peu... Levez les bras... Arrondissez-les... Bien.. Vous ne développez pas assez le torse... Vous vous appelez ? 

— Rachel. 

— Êtes-vous exacte [parfaite] ? 

— Oh ! oui, monsieur. 

— Voyons le dos... Il laisse à désirer... il a des maigreurs. 

— Dame ! je n'ai que dix-sept ans, et à la maison on mange si mal. 

— Êtes-vous seule chez vous ? 

— Non, monsieur ; j'ai trois sœurs. 

— Posent-elles ? 

— Elles ont commencé par poser ; aujourd'hui... 

— Aujourd'hui ? 

— Elles ne posent plus. 

— Montrez les mains... Superbes ! Vous me convenez ; mais si je commence une étude d'après vous, vous ne me lâcherez pas ? 

— Oh ! monsieur, pour qui me prenez-vous ? 

— C'est que je tiens beaucoup à ne pas rester en plan. 

— Monsieur, ma sœur Judith n'a consenti à se laisser enlever par un comte allemand qu'après avoir fini de poser pour M. Gérôme. 

— Voilà qui me décide. Rhabillez-vous. Vous viendrez demain à dix heures.

En descendant l'escalier de l'artiste, la belle Rachel reçoit le coup de chapeau d'un monsieur respectable qui rentre avec sa fille.

— La charmante personne ! Quel air décent ! Trouves-tu, Caroline ? 

— Oui, papa".




samedi 24 janvier 2026

1436-NICE, LES TAILLEURS ANGLAIS DU JARDIN-PUBLIC (1854-1884)


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


1- Extrait du journal, The Swiss and Nice Times, du 5 avril 1903,
 évoquant les personnalités anglaises de la ville de Nice, au XIX° siècle.



CET ARTICLE A ÉTÉ RÉDIGÉ EN COLLABORATION AVEC LUC GIRARD

(DESCENDANT DE LA FAMILLE RUSSELL)



INTRODUCTION 


Dans la seconde moitié du XIXe siècle, une boutique niçoise a occupé le rez-de-chaussée ouest de l'une des Maisons Boutau situées sur la place du Jardin-Public, au pied de l'Hôtel de Grande-Bretagne.

Cette boutique a accosté, pendant plus de deux décennies, à gauche, l'Hôtel d'Angleterre, et à droite, la Librairie Étrangère de Charles Giraud (c.1856-57) puis de Barbery frères (dès 1867), et le magasin de fleurs d'Alphonse Karr (1862) puis de Marie Félicité Duluc (dès 1865).

Il s'agit de la boutique des marchands-tailleurs anglais, Robert Morrison et William Russell (Image 2). 


2- Édouard Baldus (1813-1889) ou Henri Charles Emmanuel de Rostaing (c.1826-1885),
Nice, Vue du Jardin des Plantes, début 1855,
vue est-ouest prise depuis la rive gauche, dans l'axe de la rue Saint-François-de-Paule,
tirage albuminé de 30x42,5 cm, Nice, Archives Départementales des Alpes-Maritimes, 10 FI 5341.

La façade sud de l'Hôtel de la Grande-Bretagne est dominée par son enseigne placée dans l'axe du grand fronton triangulaire central mais est encore dépourvue, en rez-de-chaussée, de la boutique du tailleur Morrison.

Sous les lettres ajoutées :

A - Hôtel d'Angleterre 

B - Hôtel de la Grande-Bretagne

Sous les chiffres ajoutés, la future installation des trois boutiques évoquées
se fera dans l'ordre chronologique suivant :

1- La Librairie Étrangère

2- La boutique du tailleur anglais

3 - Le commerce de fleurs.




La boutique du tailleur n'est visible que sur une rare photographie postérieure (Image 3), l'Hôtel de Grande-Bretagne étant généralement photographié depuis le sud, avec un rez-de-chaussée uniquement révélé dans sa partie orientale ou masqué par la végétation du Jardin-Public.


3- Détail d'une vue anonyme et non datée du Jardin-Public et de l'Hôtel de la Grande-Bretagne
avec les enseignes de la boutique du tailleur Morrison et de la Librairie Étrangère. 
Les devantures, placées plus bas ne sont pas visibles (Collection privée).




ROBERT MORRISON (c.1823-apr. 1881)


Robert William Morrison est né en 1823 (identité des parents non retrouvée), à Glasgow (Lanarkshire ; au centre-ouest de l'Écosse).

À l'âge de 31 ans, il épouse le 25 juillet 1854, à Barony (Lanarkshire ; à 34 km à l'ouest de Glasgow), Janet Jessie Syme, 21 ans [née en 1833 ; fille de feu Georges Syme (1798-1847) et de Janet Cranston (1802-1871)].

Dans les mois suivants la cérémonie, le couple quitte le Royaume-Uni pour s'installer à Nice (Royaume de Piémont-Sardaigne) où son nom de famille va souvent être mal orthographié ("Morisson" ; "Morrisson").

Dès le 1er octobre 1854, "Morrisson, Tailor" (sans adresse), est cité à Nice dans le journal Galignani's Messenger (numéros des 1er octobre et 3 décembre 1854, "Nice, The Travelling Guides Corrected - English Tradesmen" ; Gallica).

En 1855, le Guide de Nice cite ensuite, "Morrisson (sicRobert, rue Paradis, 7", dans la rubrique professionnelle des "Tailleurs (Marchands)" (Le Guide du Commerce, Indicateur Niçois, suivi du Cicerone de l'Étranger pour 1855, édité par Pierre Cauvin, vol. 1 p. 109 ; Google Livres). 

Il est à noter que cette adresse désigne alors la rue qui longe le côté oriental de l'îlot qui comprend l'Hôtel de la Grande-Bretagne (Image 4 ci-dessous).

Le premier enfant du couple, Robert Grindley/Lindlay Dawson Morrison, naît à Nice le 23 mars 1856 (sans précision d'adresse). 

Leur second enfant, Agnès Isabelle Morrison, naît six ans plus tard, le 16 mars 1861, cette fois à l'adresse du "Jardin-Public, 7", qui correspond à la voie qui longe la façade sud de l'Hôtel de la Grande-Bretagne, face au Jardin (Image 4).

Le tailleur a peut-être déménagé, entre 1855 et 1861, au sein du même îlot. Son installation a nécessité des travaux car la photographie de 1855 ne montre pas encore de devanture à cet emplacement (Image 2).

Le recensement de juin 1861 cite la famille Morrison, "Place du Jardin-Public", au n° d'ordre 48 du registre : "Morisson (sic) Robert, Marchand tailleur, 38 ans ; Sami (sic) Jessy (sic), 28 ans ; Morisson Robert, 6 ans ; Morisson Isabelle, 3 mois" (Recensement de 1861, Nice-Ouest, Archives départementales des Alpes-Maritimes).

Fin août 1863, Robert Morrison dépose une demande d'autorisation municipale pour peindre la devanture de sa boutique, place du Jardin-Public (Archives municipales de Nice, 2T16-1813) (Image 3).

Entre 1863 et 1869, les Guides Murray qui intègrent la ville de Nice citent parmi les tailleurs, "Morrison, an English tailor", tout d'abord "in the Jardin Public" (1863-1866) puis, à nouveau, étrangement "in the Rue de Paradis" (1867-1869) (Guides Murray, Hand-Book for Travellers in Northern Italy"in France" ou "on the Continent" ; Google Livres).

C'est cependant l'adresse de la place qui apparaît dès l'Annuaire des Alpes-Maritimes de 1864, à la rubrique professionnelle,"Morrison, tailleur anglais, place du Jardin-Public, 7" puis, jusqu'en 1868, dans la liste alphabétique des habitants (Annuaires, Archives départementales des Alpes-Maritimes).


4- Détail du Plan Indicateur de la Ville de Nice, édité par Charles Jougla en novembre 1867,
Archives départementales des Alpes-Maritimes, 1FI 229,

avec l'ajout de lettres et de chiffres identifiant les éléments suivants :
A - Hôtel de la Grande-Bretagne
B - Hôtel d'Angleterre
0 - Jardin-Public
1- Place du Jardin-Public
2- Rue Paradis
3- Rue Masséna
4- Rue de France
5- Rue de la Croix-de-Marbre
6- Rue du Canal (future Rue Halévy).



Les Annuaires de 1869 à 1873 continuent d'afficher, "Morrissonou "Morisson" mais, avec en parallèle, le nom de "Russell, marchand-tailleur", à la même adresse.

Le nom de Morrison disparaît ensuite des annuaires niçois, alors que le nom de Russell perdure, ce qui semble indiquer que ce dernier lui succède, après avoir été son employé (Image 1).

La famille Morrison rentre alors en Écosse, comme le révèle le mariage, à Kelvin (Lanarkshire, Scotland), le 23 août 1881, de Robert Morrison fils (Nice 1856-Eastbourne, East Sussex, 5 septembre 1936), magasinier, "âgé de 25 ans", avec Ellen Amelia Yates, 24 ans (c.1857-Eastbourne 9 décembre 1943 ; fille de Edwin Yates et de Marie Sutcliffe/Satcliffe).

Les suites de la carrière et de la vie de Robert Morrison père (58 ans en 1881), de son épouse et de leur fille Isabelle restent inconnues, comme les dates et lieux de leurs décès.




WILLIAM RUSSELL (1839-1912)


William Russell est né à Avondale (Strathaven, Lanarkshire, Scotland), le 10 octobre 1839. Il est le fils de William Russell (?-avant 1866) et d'Elisabeth Robertson/Robinson (?-après 1866).

Une fois majeur, il quitte l'Écosse au début des années 1860 (entre 1861 et 1865) pour s'installer dans la ville de Nice (désormais rattachée à la France). Il est cité à Nice, pour la première fois, dans le recensement de la ville du printemps 1866, place du Jardin-Public, 5, "tailleur, âgé de 26 ans, célibataire".

William Russell travaille pour Robert Morrison mais ce dernier et sa famille ne sont pas cités à cette adresse dans le même recensement.

Le 25 août 1866, William Russell, "trente-neuf ans, tailleur d'habits", se marie à Nice ; à cette date son père est décédé et sa mère, repasseuse, toujours domiciliée à Strathaven, est consentante par acte notarié. Il épouse Françoise Caroline Claudine Virello, âgée de 25 ans, sans profession [Francesca Carolina Claudina, née à Nice le 24 août 1841, fille de Carlo/Charles Virello (1808-1871) et de Reparata/Réparate Belgran(d), décédée (1810-1852)].

Le couple va avoir deux enfants : Élisabeth/Élisa Marie Russell qui naît à Nice, rue Masséna, 15 (rue longeant l'îlot de son adresse du côté ouest ; Image 4), le 11 août 1867, et Guillaume/William Charles Russell, qui naît à cette même adresse, le 22 juin 1868.

Le nom et l'activité professionnelle de William Russell n'apparaissent qu'à partir de 1869 dans les Annuaires des Alpes-Maritimes (listes alphabétiques et professionnelles), sous le nom de "Russel", "Russell", "Roussell" ou "Roussel", "marchand-tailleur" puis "tailleur", Jardin-Public, 7".

Il est possible que William Russell ait voulu franciser ses nom et prénom ("Guillaume Roussel"), comme celui de ses enfants.

Le couple a un troisième enfant, Antoinette/Annette Russell qui naît le 10 décembre 1870, dans la rue de France, 6 (située dans le prolongement de la rue Masséna, à l'ouest de l'îlot de son adresse ; Image 4).

Son adresse professionnelle reste ensuite la même mais son domicile est cité, dès l'annuaire de 1872, "Jardin-Public, 6" (au même emplacement ou dans l'un des bâtiments qui longent le Jardin du côté ouest, perpendiculaires à celui de l'Hôtel de Grande-Bretagne ?).

La numérotation physique des maisons diffère souvent de celle des annuaires et des recensements. L'Hôtel de la Grande-Bretagne qui s'est, de plus, progressivement agrandi sur les bâtiments voisins, est cité place du Jardin des Plantes ou place du Jardin-Public, parfois sans numéro (années 1850) puis avec le numéro 5 (années 1860) ou 3 et 5 (années 1870 et 1880), et plus rarement, avec le numéro 6 (Annuaire de 1874). 

Le recensement du début de l'année 1872 cite cependant la famille au n° 3 : "Russell William, tailleur, 32 ans, Écossais, Virello Caroline, sa femme, 28 ans, idem (Écossaise par son mariage), Elisa, sa fille, 5 ans, idem (Écossaise), Antoinette, sa fille, 15 mois, idem (Écossaise), William [Guillaume], 11 ans [4 ans], idem (Écossais) et Virello Antoinette, tailleuse, célibataire, 23 ans [24 ans], Française, née à Nice".

Antoinette Virello (Elisa Antonietta, née le 31 août 1847 à Nice) est la sœur cadette de Caroline. Elle travaille et vit avec la famille de cette dernière, au plus tard depuis le décès de leur père, en juin 1871.

William Russell reprend ensuite la boutique de Robert Morrison (Image 1). Le nom de son prédécesseur disparaît des Annuaires des Alpes-Maritimes à partir de 1874 mais est encore cité dans l'Annuaire-Almanach du Commerce Firmin-Didot frères de 1875. Cependant, William Russell fait paraître des publicités où la boutique porte son nom, dès fin 1873 (Image 5).



5- Publicité de W. Russell parue dans Galignani's Messenger de novembre 1873 à début 1874,
Paris, BnF (Gallica).




Le 7 mars 1875, son épouse Caroline (ménagère) accouche malheureusement d'un fils mort-né, place du Jardin-Public, 6 et décède à son tour trois jours après, à la même adresse, à l'âge de 32 ans. Leurs corps reposent au Cimetière de Caucade, dans la tombe de Charles Virello.

William Russel travaille et vit désormais avec sa belle-sœur, qui s'occupe des enfants. Le recensement de 1876 cite, au n° 5 : "Russell Guillaume (sic), tailleur, veuf, 37 ans, Écossais, Russel Elisabeth, sa fille, 9 ans, Écossaise, Annette, sa fille, 6 ans, Écossaise [Guillaume, 8 ans, n'est pas cité] et Virello Antoinette, domestique, célibataire, 29 ans, Française".

Cependant, à cette date, William Russell et Antoinette Virello vivent désormais en couple et Antoinette est enceinte. Elle accouche, le 16 septembre 1876, de Thérèse Élisa Virello, à Beaulieu (commune de Villefranche-sur-Mer, Alpes-Maritimes, à environ 9,5 km de Nice).

Le couple a ensuite un deuxième enfant, Jeanne Rose Virello, qui naît le 21 janvier 1878, à Nice, rue Halévy, 2 (rue située en arrière des bâtiments ouest du Jardin-Public) (Image 4).


6- Publicité de W. Russell parue dans Galignani's Messenger d'octobre 1874 à avril 1880,
 Paris, BnF (Gallica).



La boutique de tailleur de William Russell reste citée au Jardin-Public dans les Annuaires de 1870 à 1884 au n° 5 ou au n° 3, comme l'Hôtel de la Grande-Bretagne. 

Les nombreuses publicités que William Russell fait paraître dans The Galignani's Messenger (d'octobre 1874 à avril 1880 ; Image 6) puis dans The Nice Times (de novembre 1881 à septembre 1883 ; Image 7), conservent, pour leur part, l'adresse du "7, Jardin Public" mais, étrangement, la famille n'est pas citée à cette adresse dans le recensement de 1881.

Le 1er février 1881, Antoinette (couturière), la compagne de William Russell, décède malheureusement à l'âge de 32 ans [33 ans], à l'adresse de la rue Meyerbeer, 55  ; la justification de cette adresse, perpendiculaire à la Promenade dees Anglais, n'a pas été retrouvée (lieu médical ?). Son corps est également inhumé dans la tombe familiale du Cimetière de Caucade.


 7- Publicité de W. Russell parue dans The Nice Times de novembre 1881 à septembre 1883,
 Paris, BnF (Gallica).



William reste seul avec ses cinq enfants. Il conserve la boutique jusqu'en 1884 puis quitte la ville de Nice.

Ce sont ensuite les mariages de deux de ses enfants, celui de Rose [née Virello], en 1900 à Saint-Ouen (Seine ; actuel département de Seine-Saint-Denis) puis celui de Guillaume [né Russell], en 1907 à Colombes (Seine ; actuel département des Hauts-de-Seine), qui permettent de retrouver la trace de la famille en région parisienne (au nord de la capitale).  

William Russel vit tout d'abord à Saint-Ouen, avec ses enfants, rue des Batignolles, 125. Cependant, son nom n'apparaît pas à cette adresse dans le recensement récent de 1896, ce qui laisse en suspens le lieu où il a été domicilié entre 1884 et 1900.

Le 27 mai 1900, William Russell reconnaît officiellement, à Saint-Ouen, les deux filles qu'il a eues avec Antoinette Virello : Thérèse Élisa et Jeanne Rose.

"Jeanne Rose Russell, sans profession", âgée de 22 ans, épouse donc à Saint-Ouen, le 7 juillet 1900, Félix Eugène Marchand, employé de bureau (né le 25 octobre 1871 à Saint-Ouen, fils d'Adolphe Marchand et d'Eugénie Colas, décédée). 

William Russell quitte ensuite Saint-Ouen, probablement dès 1900 car sa fille Rose et son gendre occupent désormais l'adresse de la rue des Batignolles. Il est au plus tard cité, en 1906, dans le recensement de la commune de Colombes où il a emménagé : 

"Russèle (sic) William, né en 1839, en Écosse, Anglais, Chef [de famille], Tailleur d'habits, Tusefond (?), Paris ; idem [Russèle] Elisabeth, née en 1867, à Nice, française [?], enfant, Sans profession ;  idem [Russèle] Antoinette, née en 1870, à Nice, idem [française ?], idem [enfant], idem [Sans profession] ;  idem [Russèle] Thérèse, née en 1873, idem [à Nice], idem [française ?], idem [enfant], idem [Sans profession]".  

Dans cette liste, plusieurs éléments posent question. 

Il faut reconnaître sous la dénomination de "Russèle Thérèse, née à Nice en 1873", Thérèse Élisa, née à Villefranche (Alpes-Maritimes) en 1876.

Le fait que les filles soient dites "françaises", issues d'un père Anglais né en Écosse (recensements de Nice), interroge également. Ont-elles acquis la nationalité française, du fait de leur lieu de naissance et de la nationalité de leur mère, ou bien est-ce une erreur de transcription ? L'acte de mariage de Rose ne cite pas sa nationalité.

Guillaume, lui, n'est pas cité à Colombes dans ce recensement de 1906, probablement du fait qu'il vit déjà avec la compagne qu'il va épouser l'année suivante.

Guillaume Charles Russell, employé de commerce, âgé de 38 ans, se marie en effet le 21 mars 1907 à Paris (17e arr.) mais est dit, à cette occasion, officiellement "domicilié avec son père, à Colombes (Seine)"Il épouse Madeleine Pelletier, sans profession, 21 ans (née le 25 juin 1885, à Paris, VII° arr., fille de Jean François Pelletier et Aimé Thérèse Lhomme) et signe "W. Russell", comme son père. Les époux s'installent ensuite à Bois-Colombes (Seine ; commune distincte de celle de Colombes, depuis 1896).

William Russel semble conserver tardivement son activité professionnelle parisienne. Il est signalé actif dans le recensement de Saint-Ouen de 1900 (à 60 ans) et dans celui de Colombes en 1906 (à 66 ans). 

Le fait que parmi les témoins des mariages de Rose et de Guillaume, il y ait, à chaque fois, la présence d'un tailleur (James Saddler, 49 ans, tailleur pour dames, en 1900 et Frédéric Yves, 34 ans, en 1907), peut renforcer cette hypothèse. William Russell n'arrête peut-être son métier de tailleur que vers ses 67 ans.

C'est à son domicile de Colombes, rue Berthe, 11, que "William Russell, coupeur, tailleur, âgé de soixante-douze ans", décède le 8 août 1912. 



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PAR LUC GIRARD SUR GENEANET

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