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samedi 4 avril 2026

1458-KAISER, PHOTOGRAPHE ALLEMAND ACTIF EN FRANCE (c.1854-1870)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 




KAISER, PHOTOGRAPHE ALLEMAND ACTIF EN FRANCE,

(vers 1854-1870)



INTRODUCTION


Cela fait huit ans que j'ai croisé, pour la première fois, le nom du photographe "Kaiser" ou "Kayser", actif en France au milieu du XIXe siècle, son prénom restant inconnu.

Ce patronyme est assez répandu en France et plusieurs photographes l'ont porté, comme :

- Firmin Kaiser (1828-1897), actif au Havre (Seine-Maritime) dès 1857, puis son fils Joseph Kaiser (1860-1937),

- Kayser de Stuttgart (Bade-Wurtemberg, Allemagne), qui expose notamment à Paris en 1868,

- Kaiser, à Vitry-le-François (Marne), au milieu des années 1870,

- Joseph Victor Kayser, signalé à Saint-Etienne (Loire), dans les années 1890

- ou encore François Kaiser, actif à Nancy (Meurthe-et-Moselle), dès le milieu des années 1890 également.

Aucun de ces photographes ne semblait correspondre à la personne recherchée. Jean-Marie Voignier avait cependant déjà signalé un photographe du nom de "Kaiser" à Lyon (Rhône), "vers 1865, avec Bienmüller ; puis seul jusque vers 1870" (1).

C'est bien ce dernier photographe qui m'avait intéressé en 2018, lorque j'avais étudié la vie et la carrière de Wilhelm Bienmüller (1819 Lüdenscheid Westphalie-1878 Nice, Alpes-Maritimes).

Début 2026, j'ai découvert un article concernant "Kayser" à Lyon et Marseille, et le présentant, cette fois, en tant qu'employé du célèbre photographe François Perraud (Mâcon, Saône-et-Loire, 22 avril 1814-Hyères, Var, 8 décembre 1862), actif depuis 1840.

Voici donc l'activité de Kaiser/Kayser (?-?), présentée de façon chronologique.



KAISER/KAYSER, EMPLOYÉ DE FRANCOIS PERRAUD


"M. Pinel Peschardières, Poyard, Kaiser (sic) [confusion avec Firmin Kaiser du Havre ?], ont cherché à se servir de la photographie pour obtenir facilement et à bon marché des décorations courantes sur porcelaine (...).

Nous avons cité avec plaisir le nom de M. Kayser (sic), artiste de Berlin [Prusse], qui a séjourné longtemps à Marseille, à l'époque de l'excentrique Perraud, ce doyen des Photographes, lui aussi se disait artiste, et pourquoi pas ? 

Il [François Perraud (Mâcon, Saône-et-Loire, 22 avril 1814-Hyères, Var, 8 décembre 1862)] l'était à sa manière : de cuisinier sur les bateaux à vapeur, il s'était fait montreur de marionnettes à Rome ; la photographie découverte par l'immortel Daguerre, le fit établir à Lyon, où il plaça sur sa porte l'affiche suivante : avis, on donne 20 fr. par jour à un artiste peintre "retoucheur". 

Kayser, un digne enfant de la blonde Allemagne, voit cet écrit, lui, ouvrier teinturier, ignorant toutes les notions de l'art, entre chez Perraud, se propose pour retoucher en couleur, Perraud, lui demande à faire ses preuves. Il déclare naïvement qu'il ne sait rien faire, mais l'appât des 20 fr. par jour lui avait fait risquer la démarche ; à cette répartition Perraud lui dit  : - Touchez-là, vous serez l'homme que je cherche. 

En effet, le cuisinier, le saltimbanque qui ne manquait pas de bon sens et de tact, lui offrit deux francs par jour, c'était descendre. Kaiser, accepte. 

Au bout de six mois, par suite des études qu'il avait faites à l'Ecole des Beaux-Arts de Lyon, il gagnait dix francs par jour. 

Deux ans après, Perraud établi à Marseille, rue Noailles, passa un engagement avec Kayser, à raison de neuf cents francs par mois. 

C'était le bon temps de la retouche en couleur. Perraud, a eu les "Larrèche", les Dapont, aucun n'a pu égaler Kayser, c'était l'artiste industriel celui-là, et dans la ville de Marseille, on possède une quantité de ses portraits peints et retouchés à l'aquarelle par lui !" (article de G. Plaisant paru dans Le Petit Marseillais du 11 avril 1870 pp. 2-3).

Kaiser/Kayser a donc été l'employé de François Perraud, tout d'abord à Lyon puis à Marseille mais ces deux périodes restent à dater avec précision (2). 

Une biographie de François Perraud a été publiée en 2023 par Roberto Caccialanza mais n'a pas pu être consultée et mes tentatives de contact avec l'auteur ont échoué (3)

La recherche s'est donc appuyée sur tous les documents disponibles et notamment sur la biographie de François Perraud rédigée en 1855 par Eugène Constant (4) et sur l'article de G. Plaisant du 14 avril 1870 (retranscrit ci-dessus).


Perraud à Lyon

De fin 1848 à début 1850, François Perraud tient un atelier à Bordeaux (Le Mémorial de Bordeaux du 28 décembre 1848), "pendant 14 mois" (biographie de 1855).

C'est probablement entre le début de l'année 1850 et le milieu de l'année 1852 qu'il s'installe à Lyon, rue Constantine, 8 (ancienne Boucherie des Terreaux), au premier étage (Gazette de Lyon du 19 août 1852 ; Argus et Vert-Vert du 21 novembre 1852 ; Gazette de Lyon des 14, 29 et 31 décembre 1852 et des 12 et 30 janvier 1853 ; Nouvel Indicateur de l'Agglomération lyonnaise, 1853 p. 145) (nombreux daguerréotypes conservés affichant cette adresse).

Son nom, à cette adresse, reste cependant absent du recensement de Lyon de 1851 (ce qui n'est pas déterminant). Il est donc possible que son installation lyonnaise ne se soit pas faite immédiatement après Bordeaux mais seulement en 1852.

Il déménage par la suite place St.-Nizier, 4 où il est cité dès 1855 (Le Salut Public du 21 juillet 1855 ; brevet de 15 ans déposé à cette adresse le 6 novembre 1855, Catalogue des Brevets d'Invention, 1856 p. 69) (5) (nombreux daguerréotypes conservés affichant cette nouvelle adresse).

Son nom apparait encore à cette adresse dans le recensement de 1856, en présence de sa mère, Marie (70 ans), de sa nièce, Marie Chambefort (16 ans), de deux jeunes "employés", Ernest Besson (15 ans) et Villeman Claude (13 ans) mais Kaiser n'est pas cité dans l'appartement (Archives départementales du Rhône et de la métropole de Lyon, recensement de 1856, 6M144, vue 2). 

Il est à noter qu'Ernest Besson (1), mais également Marie Chambefort (2), mèneront ensuite une carrière de photographe.

François Perraud cherche, à une date inconnue, à recruter un retoucheur par une affiche placée sur la porte de son atelier (évocation dans l'article du 11 avril 1870) mais également par le biais d'une petite annonce qui paraît au printemps 1854 (Le Propagateur du 2 avril 1854). Il est donc probable que c'est à cette époque que Kaiser devient son employé.


Perraud à Marseille

Si l'on en croit l'article de G. Plaisant (1870), c'est deux ans et demi plus tard que Perraud et Kaiser quittent Lyon pour s'installer à Marseille, rue Noailles, soit vers fin 1856-début 1857 (rare daguerréotype conservé affichant, "Etablissement Perraud - rue Noailles, 6").

Il possède ensuite, entre 1857 et 1859, un atelier rue de Rome, 77, au 1er étage (nombreuses cartes de visite conservées).

Les premiers articles et publicités retrouvés citant M. Perraud à Marseille datent cependant du printemps 1859 et situent désormais son atelier dans une maison dite "Caveau Marseillais" dont il est propriétaire, à l'angle de la place St.-Ferreol (n° 10 ou 10A) et de la rue Montgrand (Le Sémaphore de Marseille entre le 17 mai 1859) (de rares cartes de visite affichant cette addresse sont conservées).

À partir du printemps 1860, François Perraud loue une partie de ses locaux à un directeur de spectacles (divertissements et ombres chinoises), du nom de M. Binet (Le Sémaphore de Marseille du 31 mai 1860).

Son établissement photographique continue son activité (publicités parues dans L'Estafette du Vaucluse du 21 octobre 1860 au 5 mai 1861).

Dès décembre 1860, François Perraud a cependant mis en vente, "pour cause de santé", sa maison et son établissement marseillais (Le Charivari des 5 et 14 décembre 1860 ; Le Sémaphore de Marseille des 15, 17 et 23 janvier 1861).

Il précise par ailleurs, au printemps 1861, qu'il "a loué sa maison (...) et non vendu son établissement" et "qu'il habite provisoirement à St.-Just [ancien village aux portes de Marseille], campagne des Tilleuls" (Le Sémaphore de Marseille du 12 juin au 18 juillet 1861).

Une publicité ambiguë parue en décembre 1861, lors de l'ouverture par François Perraud d'un atelier provisoire à Toulon (Var), à l'occasion des fêtes de fin d'année, peut laisser penser qu'il a pu alterner entre Lyon et Marseille et qu'il conserve encore ces deux établissements. 

"Au premier décembre [1861] prochain, ouverture des ateliers de M. Perraud, breveté S.G.D.G., rue Royale, maison du Thélégraphe (sic) et dont les établissements sont à Lyon et Marseille" (publicité parue chaque jour dans Le Toulonnais du 7 au 17 décembre 1861) (6).

Il évoque cependant une situation passée et a, dans le même esprit, affiché au verso de certaines de ses cartes de visite, "Perraud, - Photographe, - Exerçant depuis 1840. - Maisons - à Lyon et à Marseille".

En décembre 1861, son ancien atelier marseillais, situé au rez-de-chaussée, semble d'ailleurs désormais occupé par Emile Cazalis & Cie, élève de Pierre Petit (Le Sémaphore de Marseille des 21 et 29 décembre 1861).

François Perraud se retire à Hyères (Var) en 1862 et y décède, le 8 décembre 1862, âgé de 48 ans.

Kaiser a donc probablement cessé d'être l'employé de François Perraud, entre le printemps 1860 et l'automne 1862.

  


KAISER/KAYSER, ASSOCIÉ DE WILHELM BIENMÜLLER 


Bienmuller à Marseille

Le photographe Wilhelm Bienmüller (1819 Lüdenscheid, Westphalie-1878 Nice, Alpes-Maritimes), Allemand lui-aussi, actif dès le début des années 1840 et signalé en France dès 1851, semble s'être installé à Marseille, place de la Bourse, 5, en 1860 (voir sa biographie, ici).

À une date inconnue, mais au plus tard en 1864, Kaiser devient son associé, comme de rares carte de visite en témoignent.


- Détail d'une carte de visite marseillaise, collection personnelle.



Wilhelm Bienmüller (seul) met cependant en vente, "pour raison de santé", son établissement marseillais, dès l'été 1864 (Le Sémaphore de Marseille du 29 juillet 1864).

Il quitte Marseille la même année, après avoir cédé son affaire à Jean-Baptiste Henry Pellegrin dont les publicités affichant cette même adresse paraissent dès octobre 1864 (Le Sémaphore de Marseille du 6 octobre 1864 p 4 ; Indicateur Marseillais de 1865). 


Bienmüller à Lyon

Fin 1864, Wilhelm Bienmüller s'installe à Lyon où il ouvre un atelier, rue de l'Impératrice, 65. 

Dès novembre, l'atelier lyonnais est signalé aux deux noms de "Bienmüllet et Kaiser" (Le Salut Public du 21 novembre 1864).

Des cartes de visite témoignent d'ailleurs de cette association : "Peinture & Photographie - Bienmüller & Kaiser" mais d'autres n'affichent que le seul nom de Bienmüller : "Photographie - W. Bienmüller" (un carton daté de "1865", un autre de "1866") 

Dès fin 1865, W. Bienmüller (seul) met cependant en vente, "pour cause de décès" (?), son établissement lyonnais et renouvelle son annonce au printemps puis à l'automne 1866 mais, cette fois, "pour cause de maladie" (Le Salut Public, Journal de Lyon du 25 novembre 1865, du 10 mai 1866 puis du 11 octobre au 1er novembre 1866 ; Affiches Nationales du 31 octobre 1866).

Wilhelm Bienmüller est, pour la dernière fois, signalé à cette adresse dans l'Annuaire administratif et commercial de Lyon et du Département du Rhône de 1867. 

Ses problèmes de santé l'ont probablement poussé à suivre des cures (notamment à Digne-les-Bains où il a réalisé des vues) et à quitter Lyon pour s'installer à Nice où il est signalé dès décembre 1867.

Qu'advient-il alors de Kaiser ? Il semble que ce n'est pas lui qui est décédé en novembre 1865 (acte non retrouvé sur Lyon). Jean-Marie Voignier considère que c'est lui qui succède à Bienmüller à Lyon, "jusque vers 1870" (1).

Est-il rentré à Berlin du fait de la Guerre franco-prussienne ? Je n'ai, pour ma part, trouvé aucun document relatif à la suite de la carrière et de la vie de Kaiser.



NOTES

(1)- Jean-Marie Voignier, Répertoire des Photographes de France au Dix-Neuvième Siècle, Le Pont de Pierre, 318 p., avril 1993 ("Kaiser" p. 141 ; Ernest Besson p. 29 ; Marie Chambefort p. 56).

(2)- Thomas Galifot (voir les dates retenues pour la période lyonnaise de François Perraud, oncle maternel de Maria Chambefort, dans), "Femmes professionnelles en itinérance en France au XIXe siècle - Le Cas de Maria Chambefort", Photographica, 2/2021, pp. 70-88 (ici).

(3)- Roberto Caccialanza, François Perraud, "Doyen des Photographes", Storie di Fotografie, vol. 9, Youcanprint, 144 p., octobre 2023. 

(4)- Eugène Constant, M. Perraud, Artiste Photographe, 3 p., Le Biographe Moderne, Paris, 1855 (Paris, BnF, ici).

(5)- Le brevet d'invention (n° 25222) n'est pas en rapport avec la Photographie. C'est celui d'un appareil mécanique dit préservateur du choc de deux convois de chemin de fer (I.N.P.I. Archives).

(6)- François Perraud était déja venu officier à Toulon en 1844, avec son associé d'alors, Alfred Boulland. Sur ce point, voir la notice consacrée à "Alfred Boulland" sur le site d'Hervé Lestang, Portrait Sépia (ici).





mardi 31 mars 2026

1449-VOYAGE À CUBA (LA HAVANE, 2026)-7-PEINTURES


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 


- ENRIQUEZ Carlos (Zulueta 1900- La Habana 1957), 
Retrato (Portrait) de Maria Luisa Gomez Mena, sans date, 
huile sur toile, 86x66 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- ACOSTA LÉON Angel (Marianao 1930-Disparu en mer 1964), 
Carrousel de la paz (Carrousel de la paix), 1961,
 huile sur masonite, 122x243 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- PEÑA Umberto (La Habana 1937-Salamanca, Espagne), 
Con el rayo hay que insistir (Avec la foudre, il nous faut persévérer), 1967, 
huile sur toile, 165x165 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- ABELA Eduardo (San Antonio de los Banos, La Habana 1889-La Habana 1965), 
El rapto de Europa (L'Enlèvement d'Europe), sans date,
huile sur bois, 30,5x39 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- JAMIS Fayad (Zacatecas, Mexico 1930-La Habana 1988), 
Tierra (Terre), sans date,
huile sur toile, 200x165 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- EIRIZ Antonia (La Habana 1929-Miami, Etats-Unis), 
Ni muertos (Même pas morts, triptyque), 1962,
huile sur toile, deux panneaux latéraux de 165x91 cm et panneau central de 148,5x195 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- DE LEÓN Fidelio Ponce (Camagüey 1895-La Habana 1949), 
Niños (Les Enfants), 1938,
huile sur toile, 95x123 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- MENÉNDEZ Aldo (Cuba 1948-Etats-Unis 2020), 
El primer 26 en La Habana (La première célébration du 26 juillet 1955 à La Havane), 1976,
huile sur toile, 120,5x90,5 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- ARCHE Jorge (Santo Domingo, Las Villas 1905-Càdiz, Espagne 1956), 
Primàvera o Descanso (Le Printemps ou Le Repos), 1940,
huile sur toile, 127x152 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- DIAGO Roberto (La Habana 1920-Madrid, Espagne, 1955), 
Virgen de la Caridad (Notre-Dame de la Charité), 1946,
huile sur toile, 104x78,5 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- CARREÑO Mario (La Habana 1913-Santiago de Chile 1999), 
El Nacimiento de las Naciones Americanos (La naissance des nations américaines), 1940,
huile sur toile, 146x199 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



- RODRIGUEZ Mariano (La Habana 1912-La Habana 1990), 
Retrato de Libi con sombrilla (Portrait de Libi avec un parapluie), 1941,
huile sur toile, 74,5x64 cm,
Museo Nacional de Bellas Artes, Arte Cubano, La Habana, Cuba.



SOMMAIRE DES ARTICLES DU VOYAGE À LA HAVANE EN 2026




samedi 28 mars 2026

1448-LA CONCURRENCE PHOTOLITHOGRAPHIQUE ALLEMANDE (XIXe s.)


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 


1- Album photolithographique de 24 vues, Alpes-Maritimes, sans date.



LES ALBUMS DE VUES FRANÇAISES

IMPRIMÉS EN ALLEMAGNE À LA FIN DU XIXe SIÈCLE



INTRODUCTION


A partir de 1887, de nombreux journaux français, au premier rang duquel La France, dénoncent l'importation croissante de produits allemands et, notamment, celle d'albums photolithographiques de sites français, imprimés dans les Länder de Saxe (Leipzig et Dresde) et de Hesse (Francfort).

Il y a une volonté forte de protéger l'économie française, notamment des contrefaçons, mais également un sentiment anti-allemand qui reste très présent à la suite de la Guerre franco-prussienne de 1870-71.



LA PRESSE DE 1887


Toute l'année 1887, une campagne de presse est menée contre les albums de fabrication allemande, avec un appel au patriotisme des commerçants (libraires et marchands de gravures, de journaux et de tabac) pour qu'ils répudient ces produits d'outre-Rhin. 

Les articles intitulés, "Les Allemands chez nous" (articles de Lucien Nicot dans La France) ou encore "L'envahissement allemand", se multiplient, amplifiés par les lettres des lecteurs qui signalent ces contrefaçons.

- "Dans la "France" du 6 janvier, nous avons publié la note suivante :

Nos départements du Sud-Ouest sont en ce moment inondés d'albums photographiques représentant des vues de Pyrénées que l'on trouve chez la plupart des papetiers et libraires et dans les gares de la région. Ces albums portent à la fin de la mention suivante : "A. Neurdein, éditeur, 28, boulevard Sébastopol, Paris. Emil Pinkau, imprimeur à Leipzig".

M. Neurdein nous écrit, à ce sujet (...) :

Toutes les épreuves et albums de photographie que j'édite sont fabriqués chez moi, à Paris, par un personnel d'employés exclusivement français et parisiens, comme moi, pour la plupart.

Les albums qu'a vus votre rédacteur dont, non seulement le Sud-Ouest, mais malheureusement la France entière, sont inondés, sont des albums lithographiques de contrefaçon allemande.

Depuis 15 ans, toutes mes productions photographiques sont contrefaites par des maisons d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche. Notre industrie n'étant pas protégée par ce pillage, j'ai dû me décider, pour tenir tête à ces concurrences, à m'entendre avec mon plus important contrefacteur et à vendre moi-même la contrefaçon de mes produits.

Je tiens seulement à bien établir que les produits de ma fabrication sont bien français et que si je vends des articles allemands, c'est que notre législation industrielle est impuissante à nous protéger contre les contrefaçons étrangères.

A. Neurdein.

M. Neurdein est complètement libre d'agir comme il l'entend (...). Si tous les industriels français agissaient de même, nos usines n'auraient plus qu'à éteindre leurs feux et nos magasins qu'à fermer leurs portes" (La France des 6 et 8 janvier 1887).


La France et ses éditions régionales, et d'autres journaux comme Le Mot d'Ordre, L'Union libérale, Le Petit Comtois, Le Populaire de Nantes, Le Petit Rennais ou encore le Moniteur de l'Algérie, répercutent et multiplient les articles de même contenu, répertoriant les albums avec les noms de leurs imprimeurs allemands et de leurs éditeurs français.


L'imprimeur Emil Pinkau (dès 1873), à Leipzig (Saxe), réalise ainsi les albums souvenirs (souvent de grand format) :

- des Pyrénées, de Pau (Pyrénées-Atlantiques), Bétharam et Lourdes (Hautes-Pyrénées), de Bordeaux et Arcachon (Girande), avec l'éditeur Neurdein, à Paris, 

- celui d'Amiens avec l'éditeur Bouchar(d), à Paris,

- le nom de l'éditeur n'est pas cité (Neurdein ?) pour les albums des Alpes-Maritimes, de Tours (Indre-et-Loire) et des châteaux de la Loire et de Constantine (Algérie).


Les imprimeurs Jacobi et Zobel (dès 1871 sous ce nom), à Dresde (Saxe), réalisent les albums (souvent de petit format) :

- de Rouen (Seine-Maritime) et de Honfleur (Calvados), avec les éditeurs Eugène Lévy frères, à Paris,

- le nom de l'éditeur n'est pas cité pour les albums de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), de Nancy (Maurthe-et-Moselle), de Lille (Nord) et de l'Exposition maritime du Havre (Seine-Maritime) en 1887,

- de Cherbourg (Manche) et d'Angers (Maine-et-Loire) avec l'éditeur Welter et Cie, à Paris,

L'Allemand H. Welter, libraire-éditeur parisien, fait cependant savoir que "certains albums de vues, de fabrication allemande, que l'on met en circulation sous son nom, ne sortent pas de sa maison" (La France du 26 septembre 1887).


L'imprimeur Frey et Cie (signalé au plus tard dans les années 1850), à Francfort, réalise l'album :

- de Caen (Calvados), avec l'éditeur F. de Mauny, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).


L'imprimeur L. Durlacher (signalé au plus tard vers 1850), de Dresde, avec l'album :

- de Versailles et les Trianon (Yvelines), avec pour libraire-éditeur E. Durlacher (succursale parisienne).

Cet album d'un bien national est même vendu au Château de Versailles.

"Si on tolère l'invasion, sur nos voies publiques de ces produits allemands, qui ont dû nécessairement être copiés sur un tirage français, notre gouvernement devrait intervenir pour empêcher dans nos monuments nationaux la vente de ces articles prussiens" (La France de Bordeaux et du Sud-Ouest du 15 septembre 1887).

Pire, la troisième vue de l'album du Château de Versailles montre le pavillon Louis XIII au sommet duquel "se trouve... le drapeau allemand" ! (La France de Bordeaux et du Sud-Ouest du 1er octobre 1887).


Les albums allemands de Nantes (Loire-Atlantique) et de Rennes (Ille-et-Vilaine) sont cités dans les journaux mais sans les noms de l'imprimeur et de l'éditeur.


2- Album photolithographique de 12 vues, "Cannes", sans date.



Au-delà des journaux français, les ouvrages allemands révèlent d'autres imprimeurs impliqués dans la réalisation d'albums photolithographiés. C'est notamment le cas de Louis Glafey (1869), à Leipzig qui affiche en 1884, après 15 années d'existence :

- "des Ateliers artistiques pour lithographie, photolithographie et photo-imitation. -  Spécialité : Exécution d'albums Souvenir façon Leporello (...) avec vues de villes, paysages, etc., en commission et pour le fonds propre de la maison.

- des albums de 300 endroits différents pour 128 éditeurs de l'Europe, l'Amérique, l'Australie et l'Afrique" (Adress-Buch Deutscher Export-Firmen 1884 p. 279).



ANALYSE


La contrefaçon

La contrefaçon de vues françaises photolithographiées semble, selon Antonin Neurdein, dater du début des années 1870, ce qui a contraint ce dernier à passer un accord (à une date inconnue) avec l'imprimeur allemand de ses propres vues. 

Le nombre d'éditeurs français concernés interroge et, là encore, de nombreuses questions restent sans réponse :

- Tous les éditeurs français ont-ils été contraints de passer un accord avec un imprimeur allemand ? 

- Toutes les photographies originales leur appartenaient-elles (prises par eux ou achetées à d'autres photographes) ? 

- Leur nom a-t-il été usurpé, comme potentiellement celui de H. Welter (pratique allemande contemporaine également connue pour l'utilisation de noms de vins français) ? 

- Certains éditeurs présents en France, et plus particulièrement les Français et les Allemands (de nationalité ou d'origine), sous-traitent-ils l'impression de leurs albums en Allemagne ?

Ces pratiques règnent non seulement en Allemagne mais encore en Suisse, en Autriche, etc., la violation du droit d'auteur ne s'appliquant alors qu'au sein d'un même pays et les procès internationaux n'aboutissant pas.

Cela se fait au détriment de la France (imprimeurs, voire éditeurs), mais également d'autres pays comme l'Angleterre ou encore la Belgique, touchant le commerce des albums puis des cartes postales et perdurant au moins jusqu'au début du XX° siècle.

Il existe cependant des ateliers de photolithographie français, comme ceux des Frères Lumière à Lyon mais ces derniers se spécialisent dès 1888 dans la reproduction des manuscrits.

Il faut cependant noter que la question de la concurrence allemande ne semble pas traitée dans les journaux français avant 1887, qu'elle est récurrente cette année-là (pour une raison inconnue : saturation du marché ?) et qu'elle est rarement évoquée par la suite, en dehors :

- d'un article de 1889, qui affirme que les autorisations de vente de produits français de Paris sur la voie publique sont refusées, contrairement à celles concernant "les articles allemands, les chromolithographies, les albums de vues soit-disant photographiques" (La France du 27 août 1889). 

- et d'un article de 1891, qui explique que "M. Le Franc, professeur au collège de Sablé (Sarthe) (...), frappé de voir que les albums de curiosités ou de monuments étaient tous d'origine allemande, a voulu dans la mesure des ses forces faire concurrence aux produits d'Outre-Rhin. Il y a dix ans [1881] qu'il prenait cette décision (...) et depuis cette époque, a édité dix albums de départements ou de villes [imprimeur français non cité] (...) : Maine-et-Loire, Paris, Versailles, Seine-Inférieure, Orne, Loire-Inférieure, Mayenne, Eure, Calvados et Sarthe (...).

Vous n'ignorez pas qu'il existe des Albums reproduisant les vues de notre pays. Tous ces albums sont d'origine étrangère, prussienne en général ; des maisons envoient leurs émissaires acheter en France les photographies des curiosités que renferment nos villes et nos stations balnéaires, pour avoir après opéré la contrefaçon, nous les revendre" (Le Petit Courrier du 19 juin 1891).

Les campagnes de presse ont créé une prise de conscience de la part des Français qui ont rechigné à acheter des produits allemands. Cependant, la parade a été vite trouvée. Le vendeur français a simplement détaché la dernière vue où figure le nom de l'imprimeur allemand (Revue des industries du Livre, n° 8 de septembre 1895) !


3- Album photolithographique de 13 vues, Album de Monaco, sans date.



LES ALBUMS


Généralités

Les albums photolithographiés conservés, souvent dotés d'une couverture cartonnée de couleur, aux plats gaufrés et titre doré, sont généralement de type Leporello (en accordéon). Les vues sont imprimées sur papier fort, en noir, sépia ou couleur, avec parfois un ou plusieurs panoramas à double-page. 

Ils offrent un nombre de vues qui oscille le plus souvent entre 12 et 24 mais qui peut atteindre 50 et même 200 vues. Le nombre variable des vues pour un même album (12 ou 13, 15 ou 16...) s'explique parfois par l'arrachage de la dernière page qui comprend la mention de l'imprimeur allemand.

Il y a certainement nombre d'albums photolithographiques conservés dans les collections françaises et internationales, cependant ces derniers sont généralement classés dans la catégorie des albums photographiques, sans en être distingués.

Le seul site de vente en ligne Delcampe (albums en vente et vendus) présente actuellement plus de 150 petits albums de vues françaises photolithographiées aux titres différents, avec en couverture le nom d'un département, d'une ville, d'un monument ou d'une exposition, parfois précédé des mots "Souvenir de", "Album de" ou encore "Guide-Souvenir de".

Deux dizaines seulement de ces annonces précisent les noms de l'imprimeur et de l'éditeur  parce qu'ils sont parfois absents de l'album, qu'un seul des deux est inscrit ou qu'ils n'ont pas été relevés.

Ce corpus permet cependant de confirmer le fait que pour une même ville, il existe plusieurs albums (parfois 3 ou 4 comme pour la ville du Havre), aux couples d'imprimeur-éditeur différents et que les imprimeurs sont quasiment tous des Allemands.

On retrouve les noms déjà cités, mais également le nouveau nom d'un imprimeur allemand, "Metz [Frères], Tubingen" et ceux de deux éditeurs français :

- "E.Hustin, Le Havre" (cité dans les ouvrages des années 1880) qui est également l'imprimeur (album "Le Havre" tiré dans l'imprimerie du journal Le Havre

- et "[L.P.] Lefranc à Domfront (Orne)" (cité, sans nom d'imprimeur, dans les ouvrages vers 1900).

Il faut enfin noter que, dans cette catégorie de petits albums de vues, les albums totalement français sont ceux qui contiennent des tirages albuminés collés ou bien des vues phototypées. Ces albums partagent avec les albums photolithographiés le fait qu'ils ne précisent que très rarement le nom du ou des photographes.

Le coût de fabrication des albums photolithographiques était moins élevé que celui des albums de tirages photographiques d'où une forte concurrence, en plus de la contrefaçon potentielle (systématique ?) et du détournement du travail des imprimeries françaises.

Un album de Granville (Manche) affichait par exemple, en 1895, le prix de 1 franc et se vendait en moyenne à 50.000 exemplaires par an (Revue des industries du Livre, n° 8 de septembre 1895) !


Datation

Le gros problème posé par ces albums photolithographiques est leur double datation, celle de leurs vues et celle de leur édition. 

L'album a parfois été constitué de photographies originales réalisées sur une ou plusieurs décennies, avec des vues légèrement modifiées, ce qui complexifie tout à la fois l'identification de leur auteur et la date de leurs prises de vue.

La date d'édition de l'album est tout aussi problématique. Si elle apparaît sur quelques albums de vues d'Allemagne et d'Autriche, elle semble totalement absente des albums de vues de France.


L'exemple des Albums des Alpes-Maritimes

En 1887, "on vend beaucoup en ce moment, sur le littoral méditerranéen, de petits albums intitulés : "Souvenir des Alpes-Maritimes, Cannes, Nice, Monaco, Menton"Ces albums, édités par un éditeur de Paris, sont imprimés par Emile (sic) Pinkau, à Leipsig (sic) (...).

Un agent de l'éditeur ou de l'imprimeur se rend à Nice et achète chez un marchand quelconque une série de photographies françaises, vues de Nice, de Menton et autres localités du littoral.

Ces photographies sont envoyées en Allemagne, à Leipsig (sic), chez l'imprimeur Pinkau. Celui-ci les reproduit en prenant à peine le soin d'y changer quelque détail insignifiant, et le tour est joué, au grand détriment du photographe français (...).

Les vues dont se compose l'album que nous avons sous les yeux sont copiées sur des photographies éditées par la maison Giletta et Gilly, de Nice. Nous n'avons qu'un conseil à donner à MM. Giletta et Gilly, c'est de faire un procès à leur audacieux contrefacteur" (La France du 4 septembre 1887).


4- Monaco, Vue générale de la PrincipautéAlbum de Monaco, sans date (vue du début des années 1870).



Trois albums photolithographiques comprenant des vues des Alpes-Maritimes et de la Principauté de Monaco sont notamment conservés :


- le premier, intitulé "Monaco", de petit format (12,5x8 cm), comprend 13 vues de 10x5,8 cm, sur planches de 11,8x7,6 cm (Images 3 et 4).

Il porte en dernière page, dans la marge verticale droite, l'inscription imprimée en italique, "Photolitographie par Ph. Frey et Cie à Francfort", recouverte (masquée ?) par le tampon rouge de "F. de MAUNY EDITEUR". 

Une étude détaillée a permis de dater ses vues, toutes contemporaines, vers 1872, et d'identifier hypothétiquement le photographe Jean Walburg de Bray comme étant l'auteur des vues originales (voir l'étude détaillée, ici). 

Le fonds de ce dernier a cependant été racheté par plusieurs photographes en 1881, et a été notamment exploité par Giletta & Gilly (cités plus haut), qui en ont édité de nouveaux tirages dans les années 1880.


5- Nice, Vue générale, prise du Château, album Alpes-Maritimes, sans date (vue vers 1882-83).



- le deuxième album, intitulé "Alpes-Maritimes", de moyen format (14,5x9,8 cm), comprend 24 vues de 11,8x7 cm sur planches de 13,5x8,5 (Images 1 et 5). 

Il porte en première page, à droite, dans la marge inférieure, l'inscription imprimée en capitales, "EDITEURS EUGENE LEVY & FRERES, PARIS", et en dernière page, à droite également, dans la marge inférieure, l'inscription imprimée en capitales, "IMP. JACOBI ET ZOBEL, DRESDE". 

Une étiquette, collée en troisième de couverture, identifie également la "PAPETERIE - ARDOUIN Fres - Libraires - Abonnement A La Lecture - 44, Avenue de la Gare - NICE". Cette papeterie est signalée, à cette adresse précise, uniquement de 1887 à 1902.

Les vues semblent toutes dater des années 1880, certaines d'entre elles évoquant les années 1880-1883 et d'autres apparaissant postérieures à 1885. L'achat, du fait de l'étiquette du papetier, ne peut qu'être postérieur à 1886. 


6- Panorama de Cannes, vue prise à l'ouest de la Tour du Mont Chevalier, album Cannes, sans date (vue postérieure à 1870).



- le troisième album, intitulé "Cannes", de moyen format (14,8x10,5 cm), comprend douze vues de 11,4x7 cm (dont une double-page panoramique de 25x7 cm), sur planches de 13,7x9,3 cm (Images 2 et 6).

Il porte en dernière page, dans la marge de droite, l'inscription imprimée en italique, "Emil Pinkau impr. à Leipzig.", sans mention d'éditeur. 

Cependant, les photographies sont celles des Frères Neurdein et semblent dater de plusieurs décennies (1870-1890). Il faut donc envisager une édition datant au plus tôt du milieu des années 1890.




samedi 21 mars 2026

1446-LA PHOTOGRAPHIE À GRASSE AU XIXe SIÈCLE-2


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


1- DEGAND Eugène (1829-1911), Grasse, Vue générale, vers 1885,
tirage albuminé de 15x9,5 cm sur carton de 16,7x11,1 cm, Collection personnelle.
C'est la seule vue de Grasse connue de ce photographe.


VOIR LA PREMIÈRE PARTIE DE CET ARTICLE :

ICI


LA PHOTOGRAPHIE À GRASSE-2



LES ANNÉES 1880-1900


Dans cette période, les noms d'une dizaine de photographes sont cités dans les journaux grassois, ceux déjà relevés dans la période précédente mais également de nouveaux.


Les Frères Busin

Ce sont essentiellement les Frères Busin, Louis (1844-apr.1914) et Félix (1847-1927), photographes de Draguignan, qui sont signalés à Grasse, avec un ou deux séjours par an à partir de 1879.

Félix Busin quitte Draguignan fin 1880 pour s'installer à Nice mais continue les séjours grassois, avec son frère, jusqu'en 1882 (Villa Lambert-Bonafons) puis seul (Villa Muraour). C'est lui qui est choisi pour représenter la ville de Grasse en photographies à l'Exposition Internationale de Nice de 1884 (Le Commerce des 11 novembre et 2 décembre 1883) (Image 2).

Vers 1886/88, Félix Busin quitte Nice pour s'installer définitivement à Grasse (portraits et vues puis cartes postales vers 1900), près du Grand-Hôtel et fait ensuite construire, sur la même voie, sa propre villa, en 1892-93, pour lui servir d'atelier, de domicile et d'appartements de location (Le Commerce du 30 mai 1886 et du 15 février 1892). 

Il officie jusqu'à fin 1911, date à laquelle il cède l'atelier à son assistant Victor Guizol (1881-1945).


2- Article concernant Félix Busin, paru dans Le Commerce du 11 novembre 1883 p. 2,
Bibliothèque patrimoniale Saint-Hilaire de Grasse.



Autres ateliers pérennes

En dehors de Félix Busin, d'autres photographes s'installent durablement à Grasse :

- Trabucco Philippe [Filippo] (1874-?) & Salomone Edouard Louis Maurice [Eduardo Luigi Maurizio] (c.1872-apr.1924), Italiens nés à Turin, ouvrent un atelier au tout début de l'année 1897, avenue Victor-Hugo, 14, avec un laboratoire mis à la disposition des amateurs (La Voix du Peuple du 9 janvier au 27 novembre 1897) (Image 3). 

- Aboulin Filip [Adrien Philippe] (1867-1905), peintre et photographe (préalablement installé à Avignon, Vaucluse), officie fin 1899, à l'aide de la lumière électrique, au Casino de Grasse [inauguré le 29 décembre 1896] (La Revue de Grasse et Le Bulletin agricole de Grasse du 24 octobre 1899) (Image 4).

Il ouvre, en novembre 1900, un kiosque artistique au Jeu-de-Ballon, près la Caisse d'Epargne (La Voix du Peuple du 24 novembre 1900). 

Il meurt à l'âge de 38 ans, le 1er décembre 1905, en séjour dans sa ville natale de Langogne (Lozère).

- Motti César Vincent [Cesare Vincenzo], Italien (1873-1951), préalablement photographe à Nice, reprend l'été 1900, l'atelier d'Edouard Salomone (Philippe Trabucco n'est pas cité) (La Revue de Grasse et Le Bulletin agricole de Grasse du 15 juillet 1900). Il semble conserver cet atelier jusqu'en 1930 environ (Image 5).


3- Publicité de Salomone & Trabucco, paru dans La Voix du Peuple du 9 janvier 1897 p. 3,
Bibliothèque patrimoniale Saint-Hilaire de Grasse.

4- Article concernant Filip Aboulin, paru dans La Revue de Grasse et Le Bulletin agricole de de Grasse
du 24 octobre 1899 p 3,
Bibliothèque patrimoniale Saint-Hilaire de Grasse.

5- Annonce légale de César Motti, parue dans La Revue de Grasse et Le Bulletin agricole de Grasse
du 15 juillet 1900 p. 3,
Bibliothèque patrimoniale Saint-Hilaire de Grasse.



Ateliers temporaires

Parallèlement, on peut noter les ateliers temporaires de :

- Clavier Adolphe (1821-1894) de Cannes (Alpes-Maritimes) [et Sétif (Algérie)], pour 4 mois, de mars à juin 1884, rue du Saut, 10, à côté du Couvent de la Visitation (Le Commerce des 16, 23 et 30 mars, 6, 13 et 20 avril, 11 mai et 22 juin 1884) (Image 6) ; voir le biographie de ce photographe sur le site d'Hervé Lestang, ici ;

- Jean Walburg de Bray (1839-1901) de Cannes, lors de la Cavalcade d'avril 1886 (Le Commerce du 4 avril 1886) ;

- Trajan Félix (1843-apr.1912) d'Antibes, pour la prise de vues, en 1886, des trois tableaux de Rubens conservés dans la chapelle de l'Hospice de Grasse et récemment rénovés (conservés de nos jours dans la cathédrale de Grasse) (Le Commerce du 24 octobre 1886) ;

- Numa Blanc Fils (1849-1922), pour deux séjours de trois semaines : du 24 mai au 15 juin 1886, Villa Ricord, boulevard Thiers puis du 10 au 30 juin 1900 (Le Commerce du 23 mai au 13 juin 1886 et des 3 et 24 juin 1900) (Image 7).

- les photographes (non nommés), présents lors de la Foire de Grasse de décembre, signalés notamment en 1888 et en 1900 (Le Commerce des 9 décembre 1888 et 9 décembre 1900) ;

- N.-B. : le  Grand-Hôtel de Grasse (dès 1898) et l'Hôtel du Loup, près de Grasse (dès 1900) précisent dans leurs publicités qu'ils mettent à disposition une chambre noire.


6- Publicité de A. Clavier, parue dans Le Commerce du 16 mars 1884 p. 4,
Bibliothèque patrimoniale Saint-Hilaire de Grasse.

7- Article concernant l'aarivée de Numa Blanc Fils, paru dans Le Commerce du 23 mai 1886 p. 3,
Bibliothèque patrimoniale Saint-Hilaire de Grasse.


Autres photographes cités

D'autres photographes, le plus souvent inactifs à Grasse, sont cités dans les journaux du fait de jugements prononcés par les Tribunaux de la ville :

- Kolfler Joseph (c.1841-?), photographe sans domicile fixe, pour abus de confiance (Le Commerce du 24 octobre 1886) ;

- Trajan Félix (1843-apr.1912) d'Antibes, en 1891, pour irrégularités dans la tenue de sa comptabilité commerciale (Le Commerce du 6 décembre 1891) ;

- Girard Alexandre Thomas (1862-1930) de Cannes, pour séparation de biens en 1896 (Le Commerce du 3 mai 1896) ;

- Buisson Jules (1844-1903) de Cannes, photographe et fabricant d'appareils photographiques, en juin 1896, pour la vente après saisie, de ses meubles, effets personnels et marchandises et matériels photographiques (Le Commerce du 18 juin 1896) ;

- Clémenti Philippe (?-?) d'Antibes, pour escroquerie, en 1900 (La Revue de Grasse et Le Bulletin agricole de Grasse du 27 mai 1900) ;

ou encore lors d'annonces légales de ventes :

- Fabio/Fabbio Joseph (1864-1909) de Nice, pour acquisition, en 1898, d'une propriété à Saint-Laurent-du-Var (près de Nice, Alpes-Maritimes) (La Revue de Grasse et Le Bulletin agricole de Grasse du 1er avril 1898),

-  Mathurin Raynaud (1844-1900) de Nice, pour vente, après son décès en 1900, du Fonds niçois de la Photographie Raynaud-Bienmuller (La Revue de Grasse et Le Bulletin agricole de Grasse du 8 au 29 avril 1900),

- Suply Barthélemy Jean Baptiste (1864-apr.1918) d'Antibes, pour vente volontaire, en 1900, d'un immeuble à Antibes, rue Vauban, 27-27 bis (La Revue de Grasse et Le Bulletin agricole de Grasse des 7, 14 et 20 octobre 1900).


Exposition Universelle de Paris en 1900

- le bureau des Ponts-et-Chaussées de Grasse présente une documentation variée sur la réalisation du Canal du Foulon, dont des photographies, et est récompensé par une médaille d'or (La Revue de Grasse et Le Bulletin agricole de Grasse des 29 octobre 1899 et du 21 octobre 1900) :

- l'Usine Roure-Bertrand Fils (Industrie des Parfums de Grasse) fait réaliser un album de 30 photographies, à  cette occasion (vues de Grasse, de l'usine, des récompenses obtenues, portrait des personnels, revue des installations, des récoltes et distillations des fleurs) (Paris, BnF, ici).


8- PHOTOGLOB ZURICH, 6701. P-Z. - Grasse, Porte Neuve, milieu des années 1890,
Library of Congress, Washington, LOT 13418, n° 143.



ÉPILOGUE


Il est à noter que, contrairement aux années 1860-1880, les dépôts de photographies dans les librairies grassoises ne sont plus signalés dans les publicités.

Les photographies conservées aujourd'hui sont essentiellement les portraits de Félix Busin et les vues de Grasse et de ses environs réalisées par Jean Giletta (1856-1933) de Nice, les Frères Neurdein de Paris, Etienne (1832-1918) et Louis-Antonin (1846-1914), et Photoglob de Zurich (photochromes) (Image 8).



POUR EN SAVOIR PLUS SUR CERTAINS DES PHOTOGRAPHES DE CET ARTICLE

VOIR SUR CE BLOG LES BIOGRAPHIES DE :


- BRAY (DE) ou DEBRAY Jean Walb(o)urg (1839-1901) (ici- BUISSON Jules (1844-1903) (ici- BUSIN FRÈRES, Félix (1844-apr.1914) & Louis (1847-1927) (ici- FAB(B)IO Joseph (1864-1909) (ici) - RAYNAUD Mathurin (1844-1900) (ici) - TRAJAN Félix (c.1845-?) (ici) -