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| 1- Extrait du journal, The Swiss and Nice Times, du 5 avril 1903, évoquant les personnalités anglaises de la ville de Nice, au XIX° siècle. |
CET ARTICLE A ÉTÉ RÉDIGÉ EN COLLABORATION AVEC LUC GIRARD
(DESCENDANT DE LA FAMILLE RUSSELL)
INTRODUCTION
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, une boutique niçoise a occupé le rez-de-chaussée ouest de l'une des Maisons Boutau situées sur la place du Jardin-Public, au pied de l'Hôtel de Grande-Bretagne.
Cette boutique a accosté, pendant plus de deux décennies, à gauche, l'Hôtel d'Angleterre, et à droite, la Librairie Étrangère de Charles Giraud (c.1856-57) puis de Barbery frères (dès 1867), et le magasin de fleurs d'Alphonse Karr (1862) puis de Marie Félicité Duluc (dès 1865).
Il s'agit de la boutique des marchands-tailleurs anglais, Robert Morrison et William Russell (Image 2).
2- Édouard Baldus (1813-1889) ou Henri Charles Emmanuel de Rostaing (c.1826-1885),
Nice, Vue du Jardin des Plantes, début 1855,
vue est-ouest prise depuis la rive gauche, dans l'axe de la rue Saint-François-de-Paule,
tirage albuminé de 30x42,5 cm, Nice, Archives Départementales des Alpes-Maritimes, 10 FI 5341.
La façade sud de l'Hôtel de la Grande-Bretagne est dominée par son enseigne placée dans l'axe du grand fronton triangulaire central mais est encore dépourvue, en rez-de-chaussée, de la boutique du tailleur Morrison.
Sous les lettres ajoutées :
A - Hôtel d'Angleterre
B - Hôtel de la Grande-Bretagne
Sous les chiffres ajoutés, la future installation des trois boutiques évoquées
se fera dans l'ordre chronologique suivant :
1- La Librairie Étrangère
2- La boutique du tailleur anglais
3 - Le commerce de fleurs.
La boutique du tailleur n'est visible que sur une rare photographie postérieure (Image 3), l'Hôtel de Grande-Bretagne étant généralement photographié depuis le sud, avec un rez-de-chaussée uniquement révélé dans sa partie orientale ou masqué par la végétation du Jardin-Public.
ROBERT MORRISON (c.1823-apr. 1881)
Robert William Morrison est né en 1823 (identité des parents non retrouvée), à Glasgow (Lanarkshire ; au centre-ouest de l'Écosse).
À l'âge de 31 ans, il épouse le 25 juillet 1854, à Barony (Lanarkshire ; à 34 km à l'ouest de Glasgow), Janet Jessie Syme, 21 ans [née en 1833 ; fille de feu Georges Syme (1798-1847) et de Janet Cranston (1802-1871)].
Dans les mois suivants la cérémonie, le couple quitte le Royaume-Uni pour s'installer à Nice (Royaume de Piémont-Sardaigne) où son nom de famille va souvent être mal orthographié ("Morisson" ; "Morrisson").
Dès le 1er octobre 1854, "Morrisson, Tailor" (sans adresse), est cité à Nice dans le journal Galignani's Messenger (numéros des 1er octobre et 3 décembre 1854, "Nice, The Travelling Guides Corrected - English Tradesmen" ; Gallica).
En 1855, le Guide de Nice cite ensuite, "Morrisson (sic) Robert, rue Paradis, 7", dans la rubrique professionnelle des "Tailleurs (Marchands)" (Le Guide du Commerce, Indicateur Niçois, suivi du Cicerone de l'Étranger pour 1855, édité par Pierre Cauvin, vol. 1 p. 109 ; Google Livres).
Il est à noter que cette adresse désigne alors la rue qui longe le côté oriental de l'îlot qui comprend l'Hôtel de la Grande-Bretagne (Image 4 ci-dessous).
Le premier enfant du couple, Robert Grindley/Lindlay Dawson Morrison, naît à Nice le 23 mars 1856 (sans précision d'adresse).
Leur second enfant, Agnès Isabelle Morrison, naît six ans plus tard, le 16 mars 1861, cette fois à l'adresse du "Jardin-Public, 7", qui correspond à la voie qui longe la façade sud de l'Hôtel de la Grande-Bretagne, face au Jardin (Image 4).
Le tailleur a peut-être déménagé, entre 1855 et 1861, au sein du même îlot. Son installation a nécessité des travaux car la photographie de 1855 ne montre pas encore de devanture à cet emplacement (Image 2).
Le recensement de juin 1861 cite la famille Morrison, "Place du Jardin-Public", au n° d'ordre 48 du registre : "Morisson (sic) Robert, Marchand tailleur, 38 ans ; Sami (sic) Jessy (sic), 28 ans ; Morisson Robert, 6 ans ; Morisson Isabelle, 3 mois" (Recensement de 1861, Nice-Ouest, Archives départementales des Alpes-Maritimes).
Fin août 1863, Robert Morrison dépose une demande d'autorisation municipale pour peindre la devanture de sa boutique, place du Jardin-Public (Archives municipales de Nice, 2T16-1813) (Image 3).
Entre 1863 et 1869, les Guides Murray qui intègrent la ville de Nice citent parmi les tailleurs, "Morrison, an English tailor", tout d'abord "in the Jardin Public" (1863-1866) puis, à nouveau, étrangement "in the Rue de Paradis" (1867-1869) (Guides Murray, Hand-Book for Travellers in Northern Italy, "in France" ou "on the Continent" ; Google Livres).
C'est cependant l'adresse de la place qui apparaît dès l'Annuaire des Alpes-Maritimes de 1864, à la rubrique professionnelle,"Morrison, tailleur anglais, place du Jardin-Public, 7" puis, jusqu'en 1868, dans la liste alphabétique des habitants (Annuaires, Archives départementales des Alpes-Maritimes).
Les Annuaires de 1869 à 1873 continuent d'afficher, "Morrisson" ou "Morisson" mais, avec en parallèle, le nom de "Russell, marchand-tailleur", à la même adresse.
Le nom de Morrison disparaît ensuite des annuaires niçois, alors que le nom de Russell perdure, ce qui semble indiquer que ce dernier lui succède, après avoir été son employé (Image 1).
La famille Morrison rentre alors en Écosse, comme le révèle le mariage, à Kelvin (Lanarkshire, Scotland), le 23 août 1881, de Robert Morrison fils (Nice 1856-Eastbourne, East Sussex, 5 septembre 1936), magasinier, "âgé de 25 ans", avec Ellen Amelia Yates, 24 ans (c.1857-Eastbourne 9 décembre 1943 ; fille de Edwin Yates et de Marie Sutcliffe/Satcliffe).
Les suites de la carrière et de la vie de Robert Morrison père (58 ans en 1881), de son épouse et de leur fille Isabelle restent inconnues, comme les dates et lieux de leurs décès.
WILLIAM RUSSELL (1839-1912)
William Russell est né à Avondale (Strathaven, Lanarkshire, Scotland), le 10 octobre 1839. Il est le fils de William Russell (?-avant 1866) et d'Elisabeth Robertson/Robinson (?-après 1866).
Une fois majeur, il quitte l'Écosse au début des années 1860 (entre 1861 et 1865) pour s'installer dans la ville de Nice (désormais rattachée à la France). Il est cité à Nice, pour la première fois, dans le recensement de la ville du printemps 1866, place du Jardin-Public, 5, "tailleur, âgé de 26 ans, célibataire".
William Russell travaille pour Robert Morrison mais ce dernier et sa famille ne sont pas cités à cette adresse dans le même recensement.
Le 25 août 1866, William Russell, "trente-neuf ans, tailleur d'habits", se marie à Nice ; à cette date son père est décédé et sa mère, repasseuse, toujours domiciliée à Strathaven, est consentante par acte notarié. Il épouse Françoise Caroline Claudine Virello, âgée de 25 ans, sans profession [Francesca Carolina Claudina, née à Nice le 24 août 1841, fille de Carlo/Charles Virello (1808-1871) et de Reparata/Réparate Belgran(d), décédée (1810-1852)].
Le couple va avoir deux enfants : Élisabeth/Élisa Marie Russell qui naît à Nice, rue Masséna, 15 (rue longeant l'îlot de son adresse du côté ouest ; Image 4), le 11 août 1867, et Guillaume/William Charles Russell, qui naît à cette même adresse, le 22 juin 1868.
Le nom et l'activité professionnelle de William Russell n'apparaissent qu'à partir de 1869 dans les Annuaires des Alpes-Maritimes (listes alphabétiques et professionnelles), sous le nom de "Russel", "Russell", "Roussell" ou "Roussel", "marchand-tailleur" puis "tailleur", Jardin-Public, 7".
Il est possible que William Russell ait voulu franciser ses nom et prénom ("Guillaume Roussel"), comme celui de ses enfants.
Le couple a un troisième enfant, Antoinette/Annette Russell qui naît le 10 décembre 1870, dans la rue de France, 6 (située dans le prolongement de la rue Masséna, à l'ouest de l'îlot de son adresse ; Image 4).
Son adresse professionnelle reste ensuite la même mais son domicile est cité, dès l'annuaire de 1872, "Jardin-Public, 6" (au même emplacement ou dans l'un des bâtiments qui longent le Jardin du côté ouest, perpendiculaires à celui de l'Hôtel de Grande-Bretagne ?).
La numérotation physique des maisons diffère souvent de celle des annuaires et des recensements. L'Hôtel de la Grande-Bretagne qui s'est, de plus, progressivement agrandi sur les bâtiments voisins, est cité place du Jardin des Plantes ou place du Jardin-Public, parfois sans numéro (années 1850) puis avec le numéro 5 (années 1860) ou 3 et 5 (années 1870 et 1880), et plus rarement, avec le numéro 6 (Annuaire de 1874).
Le recensement du début de l'année 1872 cite cependant la famille au n° 3 : "Russell William, tailleur, 32 ans, Écossais, Virello Caroline, sa femme, 28 ans, idem (Écossaise par son mariage), Elisa, sa fille, 5 ans, idem (Écossaise), Antoinette, sa fille, 15 mois, idem (Écossaise), William [Guillaume], 11 ans [4 ans], idem (Écossais) et Virello Antoinette, tailleuse, célibataire, 23 ans [24 ans], Française, née à Nice".
Antoinette Virello (Elisa Antonietta, née le 31 août 1847 à Nice) est la sœur cadette de Caroline. Elle travaille et vit avec la famille de cette dernière, au plus tard depuis le décès de leur père, en juin 1871.
William Russell reprend ensuite la boutique de Robert Morrison (Image 1). Le nom de son prédécesseur disparaît des Annuaires des Alpes-Maritimes à partir de 1874 mais est encore cité dans l'Annuaire-Almanach du Commerce Firmin-Didot frères de 1875. Cependant, William Russell fait paraître des publicités où la boutique porte son nom, dès fin 1873 (Image 5).
Le 7 mars 1875, son épouse Caroline (ménagère) accouche malheureusement d'un fils mort-né, place du Jardin-Public, 6 et décède à son tour trois jours après, à la même adresse, à l'âge de 32 ans. Leurs corps reposent au Cimetière de Caucade, dans la tombe de Charles Virello.
William Russel travaille et vit désormais avec sa belle-sœur, qui s'occupe des enfants. Le recensement de 1876 cite, au n° 5 : "Russell Guillaume (sic), tailleur, veuf, 37 ans, Écossais, Russel Elisabeth, sa fille, 9 ans, Écossaise, Annette, sa fille, 6 ans, Écossaise [Guillaume, 8 ans, n'est pas cité] et Virello Antoinette, domestique, célibataire, 29 ans, Française".
Cependant, à cette date, William Russell et Antoinette Virello vivent désormais en couple et Antoinette est enceinte. Elle accouche, le 16 septembre 1876, de Thérèse Élisa Virello, à Beaulieu (commune de Villefranche-sur-Mer, Alpes-Maritimes, à environ 9,5 km de Nice).
Le couple a ensuite un deuxième enfant, Jeanne Rose Virello, qui naît le 21 janvier 1878, à Nice, rue Halévy, 2 (rue située en arrière des bâtiments ouest du Jardin-Public) (Image 4).
La boutique de tailleur de William Russell reste citée au Jardin-Public dans les Annuaires de 1870 à 1884 au n° 5 ou au n° 3, comme l'Hôtel de la Grande-Bretagne.
Les nombreuses publicités que William Russell fait paraître dans The Galignani's Messenger (d'octobre 1874 à avril 1880 ; Image 6) puis dans The Nice Times (de novembre 1881 à septembre 1883 ; Image 7), conservent, pour leur part, l'adresse du "7, Jardin Public" mais, étrangement, la famille n'est pas citée à cette adresse dans le recensement de 1881.
Le 1er février 1881, Antoinette (couturière), la compagne de William Russell, décède malheureusement à l'âge de 32 ans [33 ans], à l'adresse de la rue Meyerbeer, 55 ; la justification de cette adresse, perpendiculaire à la Promenade dees Anglais, n'a pas été retrouvée (lieu médical ?). Son corps est également inhumé dans la tombe familiale du Cimetière de Caucade.
William reste seul avec ses cinq enfants. Il conserve la boutique jusqu'en 1884 puis quitte la ville de Nice.
Ce sont ensuite les mariages de deux de ses enfants, celui de Rose [née Virello], en 1900 à Saint-Ouen (Seine ; actuel département de Seine-Saint-Denis) puis celui de Guillaume [né Russell], en 1907 à Colombes (Seine ; actuel département des Hauts-de-Seine), qui permettent de retrouver la trace de la famille en région parisienne (au nord de la capitale).
William Russel vit tout d'abord à Saint-Ouen, avec ses enfants, rue des Batignolles, 125. Cependant, son nom n'apparaît pas à cette adresse dans le recensement récent de 1896, ce qui laisse en suspens le lieu où il a été domicilié entre 1884 et 1900.
Le 27 mai 1900, William Russell reconnaît officiellement, à Saint-Ouen, les deux filles qu'il a eues avec Antoinette Virello : Thérèse Élisa et Jeanne Rose.
"Jeanne Rose Russell, sans profession", âgée de 22 ans, épouse donc à Saint-Ouen, le 7 juillet 1900, Félix Eugène Marchand, employé de bureau (né le 25 octobre 1871 à Saint-Ouen, fils d'Adolphe Marchand et d'Eugénie Colas, décédée).
William Russell quitte ensuite Saint-Ouen, probablement dès 1900 car sa fille Rose et son gendre occupent désormais l'adresse de la rue des Batignolles. Il est au plus tard cité, en 1906, dans le recensement de la commune de Colombes où il a emménagé :
"Russèle (sic) William, né en 1839, en Écosse, Anglais, Chef [de famille], Tailleur d'habits, Tusefond (?), Paris ; idem [Russèle] Elisabeth, née en 1867, à Nice, française [?], enfant, Sans profession ; idem [Russèle] Antoinette, née en 1870, à Nice, idem [française ?], idem [enfant], idem [Sans profession] ; idem [Russèle] Thérèse, née en 1873, idem [à Nice], idem [française ?], idem [enfant], idem [Sans profession]".
Dans cette liste, plusieurs éléments posent question.
Il faut reconnaître sous la dénomination de "Russèle Thérèse, née à Nice en 1873", Thérèse Élisa, née à Villefranche (Alpes-Maritimes) en 1876.
Le fait que les filles soient dites "françaises", issues d'un père Anglais né en Écosse (recensements de Nice), interroge également. Ont-elles acquis la nationalité française, du fait de leur lieu de naissance et de la nationalité de leur mère, ou bien est-ce une erreur de transcription ? L'acte de mariage de Rose ne cite pas sa nationalité.
Guillaume, lui, n'est pas cité à Colombes dans ce recensement de 1906, probablement du fait qu'il vit déjà avec la compagne qu'il va épouser l'année suivante.
Guillaume Charles Russell, employé de commerce, âgé de 38 ans, se marie en effet le 21 mars 1907 à Paris (17e arr.) mais est dit, à cette occasion, officiellement "domicilié avec son père, à Colombes (Seine)". Il épouse Madeleine Pelletier, sans profession, 21 ans (née le 25 juin 1885, à Paris, VII° arr., fille de Jean François Pelletier et Aimé Thérèse Lhomme) et signe "W. Russell", comme son père. Les époux s'installent ensuite à Bois-Colombes (Seine ; commune distincte de celle de Colombes, depuis 1896).
William Russel semble conserver tardivement son activité professionnelle parisienne. Il est signalé actif dans le recensement de Saint-Ouen de 1900 (à 60 ans) et dans celui de Colombes en 1906 (à 66 ans).
Le fait que parmi les témoins des mariages de Rose et de Guillaume, il y ait, à chaque fois, la présence d'un tailleur (James Saddler, 49 ans, tailleur pour dames, en 1900 et Frédéric Yves, 34 ans, en 1907), peut renforcer cette hypothèse. William Russell n'arrête peut-être son métier de tailleur que vers ses 67 ans.
C'est à son domicile de Colombes, rue Berthe, 11, que "William Russell, coupeur, tailleur, âgé de soixante-douze ans", décède le 8 août 1912.
VOIR L'ARBRE GÉNÉALOGIQUE DE LA FAMILLE RUSSELL
PAR LUC GIRARD SUR GENEANET
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EN SAVOIR PLUS SUR L'HISTOIRE DE LA PLACE DU JARDIN PUBLIC À NICE
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