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dimanche 4 février 2018

805-NICE-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU-QUATRE ESTAMPES DE 1913-1


- Revue, Matériaux et Documents, n° 486, 1913, p 65.



INTRODUCTION

Cet article est basé sur un numéro de la revue, Matériaux et Documents (d'Architecture et de Sculpture, 1872-1921) publiée par A. Raguenet et R. Ducher Fils & Cie, le 15 de chaque mois. Il s'agit du n° 486, non daté, qui a été publié en 1913. Constitué de 8 pages, il présente notamment les estampes (20,5x31,5 cm) de quatre tombeaux du Cimetière du Château de Nice.

Le choix de ces quatre tombeaux, effectué sur le seul Plateau Supérieur (Plateau Gambetta), est assez étonnant car il semble basé sur la volonté de montrer la diversité de tombes récentes, avec une sélection de tombeaux dont les concessions ont été accordées entre 1900 et 1904 et dont les réalisations se sont pour la plupart effectuées dans l'année qui a suivi.

Ce choix a l'avantage de révéler, en dehors du Tombeau d'Alfred Borriglione, trois tombeaux peu connus et peu photographiés, même si ces derniers sont encore présents et bien conservés. Si les dessins ont été réalisés sur une même période, ils peuvent être datés entre 1905 (date du tombeau le plus récent) et 1913 (date de publication du numéro de la revue).



- MAYER Nicolas (1852-1929/1939), Buste en bronze du Tombeau d'Alfred Borriglione, détail, 1903.




LE TOMBEAU DES FAMILLES B.-D.-T., 1902-1903


La concession n° 3892 (numérotation sur plan) est acquise suite au décès d'Alfred Borriglione (1841-1902), célèbre avocat et sénateur républicain, le vendredi 29 août 1902.

Le dimanche matin 31 aôut, un long cortège accompagne le corps du défunt depuis l'église Saint-François-de-Paule, où un service funèbre vient d'être célébré, jusqu'au cimetière du Château. Le cercueil, entouré du drapeau tricolore, est placé dans un corbillard tiré par quatre chevaux carapaçonnés de deuil, tenus en main par des valets de pied. 

La cérémonie a lieu devant la fosse, au centre du Plateau supérieur, avec des discours officiels dont celui de Maurice Rouvier, ministre des Finances, député et conseiller général des Alpes-Maritimes (articles du Journal Le Petit Niçois - dont Alfred Borriglione fut le fondateur - des 29, 30 et 31 août et 1er septembre 1902).



- Estampe de Nice endeuillée pleurant la mort du sénateur Alfred Borriglione, parue dans Le Petit Niçois du 30 août 1902 p 1, 
Archives Départementales des Alpes-Maritimes, document en ligne.



Le tombeau en marbre, positionné sur le côté oriental de la partie centrale du Plateau supérieur, sera érigé dès 1903, avec un buste du défunt. 

Si l'article qui relate la cérémonie anniversaire d'août 1903 ne dit rien du tombeau, celui concernant les fêtes de la Toussaint de novembre 1903 précise que le sénateur repose "sous une pyramide toute neuve", et celui de novembre 1907 en présente une petite photo (Le Petit Niçois du 31 août 1903, du 2 novembre 1903 et du 2 novembre 1907) .



- Photo du Tombeau d'Alfred Borriglione, parue dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1907,
Archives Départementales des Alpes-Maritimes, document en ligne.



L'estampe de la revue, Matériaux et Documents, révèle, comme l'image ci-dessus, une vue de trois-quarts du tombeau (vue sud-ouest/nord-est). 


- Estampe du Tombeau d'Alfred Borriglione, parue dans la revue, Matériaux et Documents, n° 486, 1913, p 65.



Un sarcophage, à la dalle épaisse et inclinée vers l'avant, s'achève par deux volutes latérales. Accosté de jardinières, il est dominé par une haute stèle avec un buste en bronze entouré d'une guirlande supérieure et de couronnes latérales également en bronze. La guirlande centrale, constituée de fruits et de feuilles ainsi que d'une fleur de pavotencadre le mot, "PAX", sculpté en relief dans le marbre. La stèle, après deux ailerons aux volutes semblables à celles de la dalle mais timbrées d'un cabochon de bronze, se voit couronnée par un cippe plus étroit orné de moulures et d'une frise de feuilles d'acanthe.

Au-dessus et de chaque côté du buste qui le représente, de nombreuses inscriptions identifient le défunt, "Alfred Borriglione - Chevalier de la Légion d'Honneur - 1841-1902"et précisent sa carrière politique, "Maire de Nice (1878-1886) - Député (1881-1894) - Sénateur (1894-1902) - Conseiller général de Sospel"

En-dessous du buste, les inscriptions concernent cette fois les "Familles Alfred Borriglione - Dominique Durandy - Jules Letainturier". A la même hauteur, un crochet de bronze, timbré du "B" de Borriglione et destiné à recevoir des couronnes de fleurs naturelles et artificielles, est positionné sur chacune des faces latérales, juste au-dessus du soubassement concave de la stèle. 


- Guirlande de la stèle fusionnant tissu brodé, feuilles et fruits et encadrant le mot "Pax".


- Couronne de feuilles et de fruits de chêne, positionnée sur le côté nord de la stèle
 et crochet timbré du "B" de Borriglione, sur le côté sud du soubassement.

Nice, Cimetière du Château, Tombeau d'Alfred Borriglione, 1903,
photo numérique couleur, février 2018.


La dalle semble pour sa part dépourvue de toute inscription sur l'estampe, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, avec des lettres de plomb dont les plus anciennes remontent à 1911. Est-ce un indice impliquant des dessins réalisés avant cette date (vers 1905-1911) ou bien une simplification du dessinateur des inscriptions horizontales  illisibles dans une vision de trois-quarts ?


Nice, Cimetière du Château, Tombeau d'Alfred Borriglione, 1903,
estampe publiée en 1913 et photo numérique couleur de 2018.



Le portrait d'Alfred Borriglione est en buste à la française sur piédouche reposant sur une console ornée de glyphes masqués par des fruits et feuilles de chêne. 


- MAYER Nicolas (1852-1929/1939), Buste en bronze du Tombeau d'Alfred Borriglione, 1903.


- MAYER Nicolas (1852-1929/1939), Buste en bronze du Tombeau d'Alfred Borriglione, détail, 1903.



Le sénateur, dont le buste est ceint d'un ruban portant la médaille de Chevalier de la Légion d'Honneur, a la tête tournée de trois-quarts vers sa droite, le visage serein et les yeux dépourvus de lorgnon. Le traitement du système pileux (cheveux, roufflaquettes, moustache) est soigné. Le buste, comme l'estampe parue dans Le Petit Niçois le 30 août 1902, s'est probablement inspiré de la photographie ci-dessous (posture, habits).



- Photographie non datée d'Alfred Borriglione (1841-1902).




Le buste est signé et daté à l'arrière de l'épaule gauche, du sculpteur parisien Nicolas Mayer (né en 1852 et décédé en 1929 ou 1939 ?), ancien élève de Charles Cordier (1827-1905) et de Charles Van der Stappen (1843-1910) : "N. Mayer  1903". Le fondeur, Edmond Gruet (1863-1904), a pour sa part signé du côté opposé, sur la base du piédouche : "E. Gruet Jne. Fondeur. Paris.".


- Signature et date du sculpteur Nicolas Mayer, à l'arrière du buste.


- Signature du fondeur Edmond Gruet Jeune sur la base du piédouche.



L'ensemble du tombeau est un mélange de styles, avec un rappel néoclassique de l'Antique (sarcophage, stèle, cippe, inscription latine, capitales romaines) et une influence Art 1900 (dalle inclinée, dalle et stèle à volutes). 

L'ensemble en marbre est signé de Jean-Baptiste Ronchese (1849-1938), "J-B Ronchese - Entrepreneur-Marbrier - 5 rue de Dijon-Nice", et les éléments de bronze par J. Benigni (actif jusqu'en 1910), fondeur de métaux au port, "J. Benigni Fondeur - Place Belle Vue Nice".


- Plaque vissée avec la signature du marbrier, Jean-Baptiste Ronchese, sur le côté nord de la marche du tombeau.


- Plaque vissée avec la signature du fondeur, J. Benigni, sur le côté sud de la dalle du tombeau.