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LE MIROIR À MÉMOIRE : LE SECRET DU DAGUERRÉOTYPE
L'ART DU DAGUERRÉOTYPE
GUIDE TECHNIQUE ET HISTORIQUE DU PREMIER PROCÉDÉ PHOTOGRAPHIQUE
Le Miroir doté d'une Mémoire
Dévoilé en 1839 par Louis Daguerre, le daguerréotype est un prodige physico-chimique. Contrairement à la photographie moderne, il ne produit pas de négatif. Chaque image est un positif direct sur métal, un objet unique au monde qui ne peut être reproduit. C'est une image formée de mercure et d'argent, flottant sur une surface de cuivre poli.
La Matière brute et le Polissage
Tout commence par l'effort physique. Le support est une plaque de cuivre recouverte sur une face d'une fine couche d'argent pur. La réussite de l'image dépend intégralement de la qualité de surface de cet argent.
Le Procédé :
Le daguerréotypiste doit obtenir "un beau poli noir et brillant". L'argent doit être si parfait qu'il devient invisible à l'œil, ne reflétant que le noir s'il est placé dans l'ombre.
On nettoie (dégraissage) tout d'abord la plaque à l'alcool et au coton pour ôter toute trace de graisse.
On utilise ensuite de longs polissoirs en velours ou en peau de daim, imprégnés de poudres abrasives de plus en plus fines : pierre ponce, rouge d'Angleterre (oxyde de fer) et enfin noir de fumée (suie calcinée). Le mouvement commence par être circulaire et se termine impérativement par des mouvements rectilignes, parallèles à l'horizon de la future image.
Sensibilisation chimique
Une fois polie, la plaque vierge doit devenir sensible à la lumière. Elle est traitée dans la Chambre noire, éclairée par une bougie (ou une lampe à huile), éloignée et masquée par un écran de verre coloré (de couleur jaune sombre ou rouge-orangée).
L'Iodage et le Bromage :
La plaque est placée, face argentée vers le bas, sur une boîte en bois hermétique contenant des cristaux d'iode. Les vapeurs violettes montent et transforment l'argent en iodure d'argent photosensible.
La plaque change de couleur. Elle passe de l'argenté au jaune paille puis au jaune doré.
Pour les portraits, on utilise ensuite un "accélérateur" (brome ou chlore) en exposant, au-dessus d'une nouvelle boîte, la plaque à de nouvelles vapeurs (souvent de "l'eau de brome"), ce qui la rend très sensible, réduit son temps d'exposition et lui donne une teinte gris-rosé.
La Capture : L'Image latente
La plaque sensibilisée est chargée dans un châssis étanche à la lumière et insérée dans la chambre photographique, également étanche à la lumière.
L'Exposition :
Le photographe retire le volet du châssis, puis le bouchon de l'objectif et compte les secondes nécessaires avec une montre à gousset. La lumière frappe la couche d'iodure d'argent. Il ne se passe rien de visible.
C'est le mystère de l'image latente. La structure moléculaire est modifiée par les photons, mais la plaque semble toujours vierge après la prise de vue et un agent chimique est nécessaire pour la révéler.
Comme il n'y a pas de négatif, l'image sur la plaque est inversée haut-bas mais également droite-gauche, sauf si le photographe utilise un prisme devant son objectif pour redresser l'image latéralement.
Le Développement
C'est l'étape la plus spectaculaire et la plus dangereuse pour la santé du photographe, du fait de l'usage du mercure, hautement toxique.
La plaque est placée dans une boîte spéciale, inclinée à 45 degrés. Au fond de cette boîte se trouve une cuve en fer contenant du mercure liquide. Sous la cuve, une lampe à alcool chauffe le mercure entre 60°C et 75°C.
Le mercure chauffé émet des vapeurs invisibles et hautement toxiques. Ces vapeurs ont une affinité unique : elles ne se condensent que sur les parties de l'argent qui ont été touchées par la lumière (l'image latente). Le mercure forme un "amalgame" (un alliage) avec l'argent. Cet amalgame est une poudre blanche microscopique et givrée.
Les zones exposées (les blancs du sujet) deviennent blanches et mates (amalgame de mercure). Les zones non exposées (les ombres) restent en argent poli miroir. Le photographe surveille le processus d'apparition de l'image, à travers une petite fenêtre de verre jaune sur le côté de la boîte.
L'image, redressée haut-bas, reste inversée droite-gauche. C'est pourquoi les textes présents sur les daguerréotypes sont illisibles ou les boutonnières de vestes sont du mauvais côté (effet miroir).
La Fixation et le Virage à l'or
Inventé par Hippolyte Fizeau en 1840, c'est l'étape qui donne au daguerréotype sa beauté et sa longévité. Sans cela, l'amalgame de mercure reste grisâtre et très fragile au toucher et encore sensible à la lumière.
Le Fixage :
On plonge la plaque dans de l'hyposulfite de soude. Le voile jaune d'iodure restant disparaît instantanément. L'image est fixée.
Le Virage à l'Or (Dorure) :
La plaque est tenue horizontalement avec une pince. On verse dessus une solution de chlorure d'or (sel d'or) et d'hyposulfite. Le photographe chauffe la plaque par en dessous avec une lampe à alcool, en la déplaçant pour ne pas brûler un point précis.
La solution se met à bouillir sur la plaque. L'or se dépose sur l'amalgame de mercure et d'argent transformant les tons froids (parfois bleutés) en tons plus chauds (violacés, ou couleur sépia), les gris ternes en blancs éclatants et rendant, par contraste, les noirs encore plus profonds. L'or, métal inaltérable, fixe l'amalgame et le protège de l'oxydation (jusqu'à nos jours).
Colorisation
Le daguerréotype a produit une image précise mais monochrome (niveaux de gris). L'absence de couleur est cependant perçue comme un manque cruel de réalisme, surtout pour le portrait.
Deux types de colorisation sont expérimentés dès 1840-42 pour rendre les épreuves plus attractives et concurrencer la miniature : le dépôt de fines surfaces métalliques visant à traduire les couleurs naturelles ou bien l'application de pigments secs ou liquides (technique plus fiable et répandue).
L'Écrin : Montage et Préservation
La plaque, rayable et oxydable, se voit posée sous un passe-partout (en laiton ou carton) qui vient créer une épaisseur intermédiaire évitant que la vitre de protection supérieure ne touche la surface de l'image. Une bande de papier gommé ou une baudruche trasparente (fine membrane animale) entoure ces trois couches afin de rendre l'ensemble étanche à l'air et à la poussière.
Le tout est encore serti dans un cadre en laiton souple puis placé dans un écrin de cuir doublé de velours rouge, ou bien un cadre mural.
