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samedi 30 janvier 2016

443-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU DE LA VILLE DE NICE-PROJET PÉDAGOGIQUE-18



- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détail,
Tombe du sculpteur (1943) au Cimetière de Rabiac, Antibes (sculpture, vers 1915-1943).



LA TOMBE DU SCULPTEUR RICCARDO AURILI (1864-1943) À ANTIBES


Ce 29 janvier, me voici parti à la recherche de la Tombe de Riccardo Aurili, probablement située au Cimetière de Rabiac de la ville d'Antibes. Ce n'est pas sans une certaine émotion mêlée de joie que j'aperçois et découvre, de loin, une sculpture de marbre blanc qui domine son tombeau et semble y esquisser un pas de danse. 


- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), Tombe du sculpteur (1943),
Cimetière de Rabiac, Antibes (sculpture, vers 1915-1943).


A la tête d'une dalle plus récente de marbre gris moucheté, portant l'inscription gravée et dorée, "FAMILLE AURILI" (probablement renouvelée par la fille cadette du sculpteur, Atala, dans les années 1970-1980), subsiste en effet un ange de marbre blanc plus ancien, semblable à celui de la Tombe Georgette F. du Cimetière du Château de Nice (Plateau Gambetta). 



 - AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe,
(à gauche) de la Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac d'Antibes (vers 1915-1943),
 (à droite) de la Tombe de Georgette F. du Cimetière du Château de Nice (vers 1918-1925).
Les deux sculptures sont quasi identiques, variant légèrement par leur surélévation et leur vieillissement.


  - AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe,
(à gauche) de la Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac d'Antibes (vers 1915-1943),
 (à droite) de la Tombe de Georgette F. du Cimetière du Château de Nice (vers 1918-1925).


La comparaison des deux statues aide à mieux percevoir l'ensemble du corps. En effet, les pieds et le dos de l'Ange de Nice sont peu visibles, alors qu'ils sont à découvert à Antibes.


 - AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détails des pieds,
Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac, Antibes (vers 1915-1943).


 - AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détails du revers,
Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac, Antibes (vers 1915-1943).


Cet "ange" déhanché, aux formes féminines drapées, a de très longues ailes ramenées sous les genoux. Tout le poids de son corps repose sur la jambe droite avec le pied nu bien à plat, alors que sa jambe gauche est pliée, révélant le genou saillant sous le tissu, et le pied oblique. La figure élève à son tour un luminaire dans la main droite (lampe romaine paléochrétienne) et, inclinant fortement la tête sur l'épaule du même côté, lève le cou et scrute le ciel. Elle tend de plus le bras gauche en arrière, comme elle le fait à Nice pour retenir, de sa main, la porte ouverte du tombeau.


- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détail du buste,
Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac d'Antibes (vers 1915-1943).


Sa tête aux cheveux ondulés mi-longs est ceinte d'un bandeau. Sa tunique à l'antique possède de larges manches mi-longues fendues et attachées par des agrafes (resserrées sur l'épaule droite et écartées sur celle de gauche). Resserrée sous la poitrine et blousante à la taille au-dessus d'une ceinture, elle descend jusqu'aux pieds et traîne sur le sol.

Cette silhouette évoque tout à la fois certaines figures mythologiques et certains anges chrétiens mais sa poitrine de femme crée l’ambiguïté. Sa symbolique est de même ambiguë et multiple, mêlant plusieurs symboles évoquant le Sommeil de la Mort et l'Attente du RéveilLa lampe peut tout à la fois évoquer par sa flamme le souvenir du défunt, sa foi ardente et l'attente de son âme. "L'ange" protecteur veille sur les défunts de la tombe jusqu'à la venue de la lumière divine, annonçant la Résurrection qu'il semble apercevoir, et guide enfin de sa lampe leur sortie des Ténèbres.


- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe,
Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac, Antibes (vers 1915-1943).



Cette figure jumelle me conforte dans ma conviction de considérer le tombeau niçois comme l'oeuvre majeure de la carrière de l'artiste. Cette statue est signée sur le biseau du socle, "PROF. R. AURILI".
Cette signature, tout à fait conforme par son libellé à l'habitude de l'artiste, n'est cependant pas conforme à son style (lettres capitales au lieu d'une écriture fine, manuscrite et penchée). Cette remarque m'a conduit à repérer la signature initiale, juste au-dessus du socle, au milieu des deux pieds, dans la courbe d'un pli du vêtement. 


- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détails des signatures,
Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac, Antibes (vers 1915-1943).


Cette statue, doublement signée, n'est par contre pas datée. On peut considérer que le geste du bras en arrière est déduit de la porte du Tombeau niçois. Il est cependant impossible de savoir si cet ange du Cimetière de Rabiac est quasi-contemporain de celui du Cimetière du Château, sculpté à Nice vers 1920-1930 et déménagé ensuite, ou s'il lui est postérieur, sculpté dans les années 1930 à Villeneuve-Loubet. L'artiste a probablement désigné cette sculpture pour sa tombe à sa femme Elisa qui a respecté son vœu en 1943.


Sur la dalle, sous le montant horizontal d'une grande croix latine couchée s'égrènent, presque illisibles, les noms gravés, à la dorure disparue, du sculpteur et de sa famille : RICCARDO AURILI (1864-1943) - ELISA AURILI (1877-1956) - BRUNNETTA AURILI (1892-1958) (et non pas 1894-1965, comme je le croyais) - et enfin NATALIA AURILI (1891-1973). J'apprends ensuite qu'Atala Aurili, née en 1893 et décédée à Livorno en 1987, est également inhumée dans ce tombeau, même si son nom n’apparaît pas. Aurelio (1890-1916) a, quant à lui, probablement été inhumé en 1916 en Toscane.

Difficile de quitter ce Cimetière de Rabiac sans faire le tour des autres tombes, à la recherche d'autres œuvres potentielles de Riccardo Aurili. En fait, ce cimetière offre très peu de statues et je ne trouve pas de nouvelle oeuvre de Riccardo Aurili. Je croise cependant les signatures de marbriers antibois et cannois mais également celles des marbriers niçois, comme Oreste Scopi et Jean-Baptiste Ronchese, avec des monuments d'ailleurs très semblables à ceux du Cimetière niçois.

Sur la route du retour, je visite également le village et le cimetière de Villeneuve-Loubet où Riccardo avait sa boutique, dans la même vaine quête. Le cimetière est dépourvu de statues et si le village offre bien le Monument à Jean Escoffier, offert par souscription publique, suite à son décès en 1935, le buste est signé du sculpteur niçois, Louis Maubert (1875-1949).



 

- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détail du visage,
Tombe de Georgette F. du Cimetière du Château de Nice (vers 1918-1925).



BIOGRAPHIE DE RICCARDO AURILI (1864-1963)


Les derniers renseignements acquis me permettent de finaliser comme suit la biographie de l'artiste, même si cette dernière reste encore sujette à ajouts et modifications. Cette fiche a été actualisée le : 19 avril 2016.

 ITALIE (1864-c.1883)
- Le 17 décembre 1864 : naissance de Riccardo Marco Alessandro Aurili, en Italie, à Bibbona en Toscane (à près de 70 kms au sud de Pise), fils de Lorenzo Aurili (descendant d'une illustre famille italienne connue dès le XII° siècle) et de Rosa Pasciatini. Il est l'aîné d'une famille de 6 (?) enfants.

- Fin des années 1870-début des années 1880 : formation de sculpteur à l'Académie des Beaux-Arts de Florence, avec pour professeurs Augusto Rivalta (c.1835/1838-1925) et Emilio Zocchi (1835-1913).

FRANCE (c.1883-c.1904)
- Avant 1884 (et ses 20 ans) : départ pour Paris pour compléter sa formation, avec probablement une inscription à l'Ecole des Beaux-Arts où il est l'élève d'Auguste Dumont (1801-1884) puis peut-être de Jean-Léon Gérôme. S'il est possible qu'il soit ensuite l'un des mouleurs en plâtre de l'atelier de sculpture du peintre Edouard-Joseph Dantan (1848-1897), il est certain qu'il soit celui du peintre et sculpteur Jean-Léon Gérôme (1824-1904) (photo de 1892).

- Vers 1889 (à 25 ans) : second mariage (les dates du premier mariage sont inconnues) avec Elisa Charlotte van Humbeeck (1877-1956), fille d'une grande famille bruxelloise, et installation avec elle à Paris. Ils résident à plusieurs adresses successives, à Levallois-Perret (adresse citée en 1894), 2, rue Aumont-Thiéville (adresse citée en 1896), 7, rue Daguerre (adresse citée en 1901 et 1902) et enfin, Villa Corot, 2 rue d'Arcueil (adresse citée en 1903).

- De 1890 à 1904 : sa première oeuvre signée apparaît dans un Catalogue d'objets d'art d'une vente organisée à l'Hôtel Drouot le 27 décembre 1890 (Baigneuse, marbre, H : 1,12 m). Il expose ensuite régulièrement ses œuvres au Salon des Artistes Français (1893, 1894, 1896, 1900, 1901, 1902, 1903), ainsi qu'à d'autres expositions (Salon d'Automne, 1897 ; Exposition des Beaux-Arts de Charenton, 1903) et vend ses modèles à des éditeurs d'art parisiens (1899), notamment L. et S. Ettlinger Frères (9 rue Saint-Anastase ; par leur intermédiaire, il participe à l'Exposition Universelle de 1904, Saint-Louis, Missouri) ; il expose probablement en parallèle à Florence et garde des liens intimes avec sa région d'origine. 

Ses œuvres de ces années là (bustes surtout) marquées par la tradition néoclassique et l'Art Pompier se voient renouvelées au tournant du siècle par des influences réalistes et Art Nouveau ; ce sont essentiellement des sujets historiques, religieux, mythologiques et allégoriques, des nus et quelques portraits privés : 1890, Baigneuse ; 1893, Portrait de M. Corre (champion vélocipédiste) et Phryné ; 1894, Abel ; 1896, Descente périlleuse (Baigneur sur des rochers) ; 1899, Gladiateur et Flore ; 1901, Hésitation (Amour) ; 1902, L'Amour qui blesse (ou Amour à l'arc) ; 1903, Portrait de Madame X et Spartacus et Mirza ; 1904, Hébé.

Passionné de cyclisme, Riccardo relie Florence-Paris à vélo en août 1895. Son frère Alberto le rejoint à Paris, devient son élève et expose au Salon de 1903. Son frère Costantino est photographe à Paris, à la même époque.
Naissance de ses quatre enfants, Aurelio (1890-1916), Natalia (1891-1973), Brunnetta (1892-1958) et Atala (1893-1987).

BELGIQUE (c.1904-1914)
- Vers 1904/1905 (à 40 ans), départ pour Bruxelles où il réside 10 rue François Stroobant à Ixelles, et travaille pour la firme A. Carli Frères 46-48, rue l'Olivier, à Schaerbeeck, avec le mouleur, Gustave van Vaerenbergh (1873-1927). Cette firme bruxelloise est une filiale de l'atelier marseillais des frères Carli, Auguste (1868-1930) et François (1872-1957). 
Riccardo Aurili devient probablement professeur (probablement de moulage) dans une Ecole d'Art bruxelloise ; son fils Aurelio y (?) suit, à son tour, une formation artistique.



- Publicité pour les ateliers belges A.Carli Frères, premier quart du XX° siècle.



Les œuvres de cette période sont beaucoup plus nombreuses et reposent essentiellement sur des modèles en plâtre destinés à l'édition et déclinés en différents matériaux et différentes dimensions (plâtre et terre cuite patinées ou peintes, galvanoplastie sur terre cuite, zinc, étain, bronze, albâtre, marbre). 
L'on peut recenser plus d'une soixantaine de bustes et statuettes qui gardent les thèmes parisiens mais avec une prédominance de bustes féminins marqués par l'Art Nouveau (Jeunes femmes anonymes ; figures chrétiennes, Judith, Rebecca, Jeanne d'Arc, Atala ; figures allégoriques, Floréal, Printemps...), avec de plus rares bustes masculins (Christ, Ecce Homo, cité en 1908 ; Napoléon 1er ; Adonis...) et enfantins (Enfants, Amours), portraits privés, scènes réalistes (agriculteur, Retour des champs ; pécheur, mère et enfant, fileuse de laine...), figures animalières (lion, tigre...) et objets décoratifs (lampe, vase, jardinière, miroir...). 



- Photographie des personnels de l'atelier de Sharbeek, en  date du 26 février 1913 (où je n'ai pas pu identifier avec assurance Riccardo Aurili).


On ne peut pas ne pas remarquer la similitude entre les œuvres de Riccardo Aurili (thèmes, matériaux et style) et celles de Gustave van Vaerenbergh mais la petite nièce du sculpteur belge considère que c'est Riccardo Aurili qui a pu former ou influencer son ancêtre. Cette dernière, auteur d'un blog (http://www.g-v-vaerenbergh.org/), a d'ailleurs répondu à mes contacts et a eu la gentillesse de m'autoriser à utiliser les deux documents des ateliers Carli ci-dessus.

Il semble qu’au moins une œuvre de Riccardo Aurili, Buste de Gladiateur, ait été éditée dans cette même période par la Fonderie Paris de Nouvion-sur-Meuse.


ITALIE (1914-1915)
- Été 1914 (à 50 ans) : du fait de la Guerre et de l'invasion allemande en Belgique, Riccardo quitte le pays avec toute sa famille et regagne sa Toscane natale, pour s'installer à Volterra.
La réalisation, en 1914, du Monument au cycliste Luigi Fiaschi (Cimetière des Porte Sante de Florence), ouvre une nouvelle forme de pratique monumentale et funéraire (Monuments privés, Monuments aux Morts) que l'artiste va développer dans les années suivantes, en France. L'artiste débute en quelque sorte une nouvelle carrière, d'autant que les historiens d'Art ont longtemps considéré qu'il était mort cette année-là.

- Avec l'entrée en guerre de l'Italie, en mai 1915, son fils Aurelio s'engage dans l'armée. Riccardo emmène, pour sa part, ses filles et sa femme à Nice.

FRANCE (1915-1943)
- En 1915, Riccardo rejoint donc à Nice son frère ou parent, Ernesto Aurili, avec lequel il s'associe. 

- En 1916, il ouvre son propre commerce, une boutique de bibelots, "Aux Arts Florentins" , tout en continuant son métier de sculpteur-statuaire ; il possède à la même adresse (à deux entrées) son logement et son atelier (Palais Cauvin, 2 boulevard Dubouchage et 1 avenue Désambrois). 
Le 30 mars 1916, son fils Aurelio meurt au Champ d'Honneur lors de la conquête de Gorizia (au nord-est de l'Italie, à la frontière actuelle italo-slovène). 

- Le 5 mai 1919, Riccardo est élu "Académicien honoraire" de l"Academia delle Arti del Disegno di Firenze.

- Riccardo reste à Nice jusqu'en 1932. Il continue à mener une double carrière, française et italienne. Il est difficile de dire si Riccardo continue la sculpture d'édition mais il certain qu'il sculpte encore des bustes féminins et des portraits privés et qu'il réalise quelques monuments funéraires privés et publics : Tombeau de la Famille Martin (portique dorique) au cimetière de Digne, entre 1915-1932; Tombeau de Georgette F., au cimetière du Château de Nice, vers 1918-1925 ; Monumento agli Italiani delle Alpi Marittime Caduti Nella Grande Guerra au Consulat d'Italie à Nice, en 1932. 

- Vers 1932-1933 (à près de 67 ans), il déménage à 25 kms de Nice pour s'installer à Villeneuve-Loubet (route nationale, quartier des Groules) où il continue ses deux activités.
Il réalise en 1935, un dernier monument funéraire, élevé en Hommage au Roi Albert 1er de Belgique, à Antibes.

- Après 1935 : il prend sa retraite et semble déménager à 10 kms de là, à Antibes (12 avenue Muterse), sauf si cette adresse est déjà celle de son logement depuis 1932 et différente de celle de sa boutique. Sa femme mais également ses filles (non mariées) sont auprès de lui et continuent peut-être à tenir un temps la boutique d'Arts et d'Antiquités de Villeneuve-Loubet (cette dernière est encore citée sur la Nationale 7, dans les guides touristiques des années 1970).

- Le 21 août 1943, Riccardo Aurili décède à près de 79 ans, et est inhumé à Antibes, au Cimetière de Rabiac, dans un tombeau où sa femme Elisa et ses filles le rejoindront à leur tour. L'une de ses sculptures (Ange féminin quasi-identique à celui du Tombeau de Georgette F. de Nice) orne son tombeau.



 AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détail de la lampe,
(à gauche) de la Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac d'Antibes (vers 1915-1943),
 (à droite) de la Tombe de Georgette F. du Cimetière du Château de Nice (vers 1918-1925).
La lampe de Nice est actuellement dépourvue d'anse (cassée) et la flamme présente quelques différences de détails.