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mercredi 4 septembre 2013

154-LE VITRAIL DU BON SAMARITAIN (Cathédrale de Bourges)





N.B. : Comme il y a encore beaucoup de visites sur cet article, je rappelle qu'au Baccalauréat 2015 (Option Arts plastiques facultative), cette question du "Vitrail du Bon Samaritain de la cathédrale de Bourges" a été remplacée par celle des FRESQUES DE VÉRONÈSE À LA VILLA BARBARO DE MASER.


Anonyme, La parabole du Bon Samaritain, vitrail de la cathédrale Saint-Etienne de Bourges, baie du déambulatoire nord, début du XIII° siècle.


VOIR UNE VIDÉO (6 MN) DE PRÉSENTATION DÉTAILLÉE DU VITRAIL




LE SENS

L’œuvre s’inscrit dans une tradition de transmission de savoir religieux et d’éducation des fidèles. L’œuvre doit transmettre un enseignement. La lumière « divine » permet de lire et donc « d’éclairer » la lecture (au sens propre et figuré). La parabole contant l’histoire du voyageur blessé et dépouillé par les brigands puis secouru par un Samaritain, est en fait l’histoire de l’homme en général. L’homme attaqué représente Adam après sa chute, Jérusalem qu’il quitte est le Paradis, Jéricho où il se rend est le monde. Les brigands sont les forces hostiles et les blessures sont les péchés ; le prêtre représente la Loi, le lévite signifie les prophètes, l’auberge qui accueille les blessés est l’Eglise et lorsque le Bon Samaritain déclare qu’il va revenir, c’est le Christ Rédempteur qui promet là son retour sur Terre.


LES COMMANDITAIRES, MÉCÈNES OU DONATEURS

Le vitrail a été offert par de généreux donateurs : la corporation des tisserands. Une scène représentant leur travail est inscrite dans le bas du vitrail.

Bas du vitrail du Bon Samaritain avec l'évocation de la corporation des tisserands.


L’ARTISTE ET SES COLLABORATEURS

L’œuvre a été réalisée par des maîtres Verriers et des artisans anonymes. La qualité de ce vitrail a cependant  donné son nom au maître-verrier, appelé « Maître du bon Samaritain » par les historiens de l'art.
          
       
LE PUBLIC

Les vitraux sont, au chevet de l’édifice, situés sur des fenêtres basses. Le point de vue est frontal et en contre-plongée. Il est le seul vitrail de l’édifice à se lire de haut en bas mais des effets croisés en compliquent la lecture. La parabole se lit dans l’axe vertical et les commentaires latéraux ont chacun un sens de lecture particulier. Le lecteur est le religieux, le fidèle ou le visiteur.

Cathédrale Saint-Etienne de Bourges, côté septentrional du déambulatoire, vitrail du Bon Samaritain, composition du vitrail en cercles et demi-cercles de la baie en lancette.


ESPACE DE PRÉSENTATION ET/OU D’EXPOSITION

Le vitrail se situe dans une architecture religieuse (cathédrale Saint-Etienne de Bourges construite entre 1195 et 1324), dans le déambulatoire formé de 10 ensembles de vitraux ou verrières créées par le même atelier (et 15 verrières des chapelles rayonnantes). Il a été réalisé pour ce lieu de prière et de déambulation, pour une lecture possible à hauteur d’homme.

 Cathédrale Saint-Etienne de Bourges, vue extérieure, façade ouest et côté nord.

 Cathédrale Saint-Etienne de Bourges, vue extérieure, les cinq portails de la façade occidentale.

Cathédrale Saint-Etienne de Bourges, vue extérieure, côté sud.


Plan de la cathédrale Saint-Etienne de Bourges.

Déambulatoire de la cathédrale de Bourges, côté nord.

Cathédrale Saint-Etienne de Bourges, vue du chevet.


SUPPORT/NATURE, MATÉRIALITÉ/FORMAT

C’est un vitrail du début du XIII° siècle, réalisé de morceaux de verre plat coloré, enchâssés et sertis avec du plomb (baguettes coulées en section en H ; l'âme de plomb est la "barre" intermédiaire du H, les deux verticales les "ailes"). La verrière est fixée au mur grâce aux barlotières (barres de fer horizontales divisant et supportant le vitrail) scellées dans la pierre.
Les vitraux sont apparus dès la fin de l'Antiquité (ils remplacent progressivement les fines feuilles d'albâtre auparavant utilisées) et le haut Moyen-Age. L'essor correspond à la période romane, et l'apogée à la période gothique. Le verre est généralement teinté dans la masse par des oxydes métalliques (cuivre, fer, manganèse, cobalt) résistants à la chaleur (le verre est fondu entre 1500 et 3000°C) mais certaines couleurs trop opaques, comme le rouge, obligent à fondre une fine couche de verre rouge sur un verre blanc. L’oxyde de cuivre permet d'obtenir les jaunes, verts et bleus. Le rouge est à base d'oxyde de cuivre calciné et de fer et le bleu à partir d'oxyde de cobalt. Le manganèse permet d'obtenir les couleurs chair, mauve et marron.
Ici, certains détails sont travaillés à la grisaille (peinture grise cuite au four). Le bleu sert de fond et domine avec le rouge et le blanc. Jaunes, ocre, vert et « pourpre rose » (carnations) sont également présents. Leur répartition donne une impression de mosaïque régulière.


REPRÉSENTATION/PRÉSENTATION, STATUT DE L’ŒUVRE

Représentation imagée d’un récit biblique, la parabole du Bon Samaritain de l'Évangile de Luc (X, 25-37). Cette histoire figure à Bourges après des antécédents à Saint Denis et à Chartres. C'est une tradition déjà établie. Une parabole est une allégorie, une comparaison entre une histoire narrative et une morale ou une doctrine. C'est en quelque sorte un exemple que l'on doit suivre.

"Un docteur de la loi se leva et dit à Jésus, pour l'éprouver : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu'est-il écrit dans la loi ? Qu'y lis-tu ? Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus reprit la parole et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha et banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même" Luc (X, 25-37).






 A-"Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho".


  B, C-(avec une inversion des scènes qui date certainement
 du remontage des médaillons après restauration, au XIX° siècle)
"Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent,
 le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort".

D-"Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. 
Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre". 

E-"Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. 
Il s'approcha et banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin ;
 puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui". 


Dimension narrative de l’ensemble : plusieurs narrations croisées, plusieurs lectures avec la parabole elle-même (au centre) et ses trois commentaires (sur les côtés) : Création et Péché, Alliance et Idolâtrie, Flagellation et Mort du Christ. Une lecture à plusieurs sens (direction et compréhension).
Ce vitrail en lancette est composé de 22 saynètes réparties en différents registres où se retrouvent 66 personnages.

                     


La parabole elle-même dans les 5 médaillons au centre, se lit de haut en bas ; des commentaires dans les demis ou les quarts de médaillons sur les côtés, le sens de lecture n'est jamais identique... ; la dédicace des donataires en bas du vitrail, ici la corporation des tisserands ; un encadrement végétal ceinture les scènes narratives ; des panneaux mosaïques décoratifs comblent les surfaces interstitielles. Les bordures des médaillons (un filet rouge, un filet intermédiaire blanc et le cerclage noir) sont plusieurs fois franchies par un détail (la tête ou les pieds des personnages), mais parfois également par le corps entier de personnages placés en dehors des demi-cercles narratifs.
Temporalité : temps de lecture de l’œuvre et temps figuré du récit.
Présentation d’une pensée.



De haut en bas, demi-médaillons latéraux : 
A, B, C-Création et péché, D-Alliance et idolâtrie, E-Mort du Christ.




UN EXEMPLE DE VITRAIL DE LA FIN DU MOYEN-ÂGE : LE VITRAIL DE L'ANNONCIATION DE LA CHAPELLE JACQUES-COEUR DE LA CATHÉDRALE DE BOURGES

En 1445, Jacques Cœur  grand argentier du roi Charles VII, est le plus riche et le plus important des notables de Bourges. Sa fortune et sa réputation assises, il a entrepris, deux ans auparavant de se faire construire un splendide hôtel particulier (Palais Jacques-Cœur). Il tient désormais à laisser aussi sa marque dans sa ville natale en présidant à la construction d'une chapelle portant son nom dans la cathédrale Saint-Etienne. Sa construction va être dirigée par Colin le Picard puis ornée vers 1450-51 d'un grand vitrail de l'Annonciation (contemporain de ceux du Palais Jacques-Coeur), d'après un carton d'un peintre formé aux Pays-Bas, probablement Jacob de Littemont, peintre du roi Charles VII.
La scène représente l'annonce par l'ange Gabriel (sous les traits de Jacques Cœur ?) à Marie, du fait qu'elle va enfanter le Christ. Elle se déroule au-devant des portails de la cathédrale, en présence de Saint-Jacques le Majeur (à gauche, en habit de pèlerin) et de Sainte-Catherine (à droite).



Vitrail de l'Annonciation de la chapelle Jacques-Cœur, milieu du XV° siècle.
La chapelle est située dans le bas-côté nord de la cathédrale de Bourges
 près du chœur (n° 12 sur le plan de la cathédrale présent dans cet article).


Depuis le début du XIV° siècle, les techniques du vitrail se sont modifiées et ce vitrail de l'Annonciation en est un bon exemple :
-les verres sont désormais plus grands et les plombs moins nombreux, 
-le jaune d'argent (mélange d'ocre et de sel d'argent) s'est ajouté aux couleurs existantes ; il est passé sur le verre blanc ou superposé à une autre couleur pour la transformer lors d'une nouvelle cuisson,
-la technique du chef-d'oeuvre s'est développée ; elle consiste à sertir de petites pièces cerclées de plomb au milieu d'un verre perforé pour les recevoir, comme ici pour le décor de pierres précieuses des auréoles. 


Détail du vitrail de l'Annonciation présentant Sainte Catherine.