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AUTOUR D'UN CHAPITEAU DE L'ÉGLISE DE FLEURIEL (ALLIER) :
LÉGENDES ET REPRÉSENTATIONS DE SAINT JACQUES LE MAJEUR
INTRODUCTION
L'église bourbonnaise Notre-Dame de Fleuriel, située dans l'ancien diocèse de Bourges, subit des remaniements importants dans le troisième quart du XIIe siècle. Cette nouvelle campagne voit en effet, vers 1160, la reprise de la nef et de la façade.
Si l'architecture reste dans la tradition romane avec berceau brisé renforcé de doubleaux sur la nef centrale et voûtes d'arêtes sur les bas-côtés, la sculpture accuse, elle, l'époque tardive et un style de transition entre roman et gothique.
L’ensemble sculpté est très cohérent, offrant au portail ouest, comme dans la nef, une multitude de forces démoniaques (monstres affrontés et têtes grimaçantes), mêlées parfois à d'élégants rinceaux.
LE CHAPITEAU
Saint Jacques
Le seul chapiteau véritablement historié est situé à l'entrée occidental de la nef, coté sud, et offre une représentation de saint Jacques le Majeur.
Le saint apparaît, comme assis sur la face centrale, le menton appuyé sur son bourdon et levant la main droite. Il n'est pas auréolé, est coiffé d'un calot et vêtu d'une longue tunique ceinturée à la taille.
Il porte la barbe courte, et détail notable, n'a qu'un de ses pieds chaussé. Son pied nu, comme sa longue tunique, évoquent sa condition d'apôtre alors que son pied chaussé, sa coiffe et son bâton évoquent celle de pèlerin (absence de besace et de coquille).
Les faces latérales du chapiteau révèlent la présence d'animaux. Deux d'entre eux sont des forces maléfiques, aspic dressé menaçant, tirant la langue (face droite) et petit basilic (face gauche), c'est-à-dire coq à queue de serpent au regard mortel, mais c'est un simple coq qui volette au-dessus de ce dernier.
L'aspic et le basilic, symboliques des forces démoniaques, sont souvent foulés au pied par le Christ ou la Vierge. Repoussés, ils sont ici le signe de la toute puissance de saint Jacques.
La Légende d'Hermogène
Cette représentation du saint évoque d'ailleurs la représentation contemporaine de la statue-colonne de la Camara Santa d'Oviedo (Asturies, Espagne), où saint Jacques debout, apôtre (phylactère, un pied nu) et pélerin (besace timbrée d'une coquitte, un pied chaussé), enfonce l'extrémité de son bâton dans la gueule de l'aspic foulé aux pieds.
Cependant, la scène du chapiteau de Fleuriel évoque peut-être plus précisément un épisode célèbre des Légendes de saint Jacques, connu sous le nom de Légende d'Hermogène, et qui se résume ainsi.
Alors que l'apôtre Jacques traversait en Judée le territoire du magicien Hermogène, ce dernier envoya contre lui son disciple Philétus.
Constatant cependant que Philétus a été converti à la foi chrétienne par l'influence de Jacques, Hermogène envoya alors les démons contre eux deux, avec comme mission de les enchaîner.
Saint Jacques dominant cependant les démons, les renvoya contre leur maître avec la même mission, et ils ramenèrent Hermogène attaché. L'ange du Seigneur lia les démons repentis et Philétus délivra Hermogène sur l'ordre de Jacques.
Le magicien finit par se convertir à la foi chrétienne et jeta ses livres de magie dans la mer. Il reçut la protection divine, grâce au don du bâton que saint Jacques tenait du Christ lui-même, bâton symbole des forces du Bien et de sa mission apostolique, avant de devenir le bâton du pèlerin, symbole du pèlerinage sur son propre tombeau.
Cette légende, sorte de pendant de celle de Saint Pierre le Magicien, inspira fortement les artistes du XIIe au XVIe s. surtout, et la représentation de Fleuriel peut apparaître comme l'une des représentations les plus anciennes, réduite ici au moment précis où Jacques, d'un geste de la main renvoie les démons vers Hermogène : "Retournez vers Hermogène qui vous a envoyés, leur dit-il, garrottez-le, amenez-le, mais ne lui faites aucun mal".
Alors que les démons de l'époque gothique seront représentés sous forme de créatures mi-humaines mi-diaboliques, les démons de Fleuriel, s'inscrivent encore dans la tradition romane avec l'aspic associé au basilic.
La Légendu du Pendu dépendu
Il reste cependant à expliquer la présence d'un coq voletant au-dessus du basilic.
Le coq, dans la symbolique médiévale, est très rarement l'évocation des forces maléfiques. Il est, au contraire, l'évocation de la victoire de la lumière sur les ténèbres et du règne du ciel et se voit souvent associé au Reniement de saint Pierre et au clocher des églises.
Sur le chapiteau de Fleuriel, il se dissocie du basilic à l'appendice de serpent, et nullement menaçant, semble voleter en signe de victoire.
L'explication la plus satisfaisante (outre la légende relative à la naissance du basilic) fait à nouveau référence à une légende de saint Jacques, celle du Pendu dépendu, dénommée aussi Miracle de la Potence.
Cette légende, célèbre au Moyen-Âge et attribuée à de nombreux saints, date dans sa version la plus ancienne attribuée à saint Jacques, du XIIe siècle. Elle est relatée dans le Livre II du Liber Sancti-jacobi, regroupé avec d'autres ouvrages vers 1139.
Cette légende se résume ainsi. Deux Allemands, père et fils, en route pour Compostelle, font halte, en 1090, dans une auberge de Toulouse. L'aubergiste, qui est malhonnête, cache une coupe dans leurs bagages puis les accuse ensuite de vol.
Arrêtés et condamnés, c'est le fils qui s'offre de subir le jugement et est pendu. Le père, désespéré, poursuit seul alors son voyage et va implorer la justice de saint Jacques à Compostelle.
Lors du voyage de retour, 36 jours plus tard, il retrouve à Toulouse son fils pendu, mais vivant, qui lui dit : "La main du saint soutient et me fortifie d'une douceur céleste". Devant le miracle, le fils est alors dépendu et l'aubergiste félon prend ensuite sa place sur la potence.
Les textes du XIIIe siècle, et surtout la célèbre Légende Dorée de Jacques de Voragine, restent fidèles à ce récit et le diffusent, mais au XVe siècle, le récit de voyage à Compostelle d'un sieur gascon, dénommé Nompar de Caumont (en 1417), rapporte cette même légende avec des transformations importantes.
Le miracle est déplacé de Toulouse en Espagne, à Santo Domingo de la Calzada, la mère chemine avec père et fils, et c'est cette fois une servante éconduite par le fils, qui, par vengeance, cache la coupe dans les bagages des pèlerins. Le fils est pendu, et les parents, désespérés, vont implorer saint Jacques à Compostelle.
Á leur retour, découvrant leur fils pendu mais vivant, ils vont prévenir le juge qui est en train de manger. Ce dernier, sceptique, leur répond que "leur fils n'est pas plus vivant que le coq et la géiine prêts pour le repas". Et incontinent, "le cok et la jaline sordirent de l'aste et chantèrent".
Cette légende a inspiré de nombreuses reproductions dans l'art de différents pays, du XIIIe siècle au XIXe siècle avec, en France, étudiées par Monsieur Humbert Jacomet, plus d'une trentaine d'œuvres, datant essentiellement des XVe et XVIe siècles, et composées d'une à douze scènes détaillant la légende dans la peinture murale et le vitrail.
La vocation de la légende est le plus souvent axée sur la scène de la potence (présentant le fils pendu soutenu par saint Jacques) et sur la scène de la visite au juge, avec la résurrection des coqs voletant hors de l'âtre ou bien s'échappant du plat servi sur la table.
Les textes et les représentations se sont parfois limités à l'évocation d'un seul coq, cette légende se perpétuant jusqu'à nos jours, en partie aussi à cause de la conservation, dans l'église même de la cathédrale Santo Domingo de la Calzada, de la descendance des coqs ressuscités, placés dans un poulailler gothique et vénéré par les pèlerins.
La présence d'un coq voletant sur le chapiteau de Fleuriel pourrait donc évoquer directement le miracle de la Potence et le coq ressuscité lors de la visite au juge.
Cette hypothèse, séduisante, se heurte cependant à l'origine même de la légende car il n'est point question de coq dans la première version du XIIe siècle située à Toulouse et contemporaine du chapiteau de Fleuriel, version qui perdure au XIIIe siècle.
La seconde version, située à Santo Domingo de la Calzada avec l'épisode du coq ressuscité, n'est pour sa part attestée qu'au début du XVe siècle. Elle semble cependant plus ancienne puisque le sieur gascon signale, en 1417, la présence de coqs dans l'église et les Archives de la cathédrale font référence à la présence de ces coqs dans l'église, déjà en 1350.
En définitive, si le coq du chapiteau de Fleuriel est bien une référence au Miracle de la Potence, il atteste alors le déplacement dès le milieu du XIIe siècle de la légende de Toulouse à Santo Domingo de la Calzada, déplacement daté jusqu'alors du XIVe siècle.
Les deux légendes auraient donc coexisté dès le XII' siècle et inspiré des représentations différentes dans l'art. Le fait que les œuvres inspirées de la deuxième version soient toutes postérieures au XIIIe siècle apparaîtrait alors comme un hasard lié aux seules œuvres conservées.
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CONSACRÉ AUX CHEMINS ET REPRÉSENTATIONS DE SAINT JACQUES
DE VÉZELAY Á SANTIAGO EN PASSANT PAR LE BOURBONNAIS



