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samedi 15 mars 2025

1380-PHOTOGRAPHS OF THE LORD BROUGHAM'S FAMILY IN CANNES


 SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


1- ALEO Miguel (1824-c.1900) et DAVANNE Alphonse (1824-1912), 
Cannes - Château Brougham, vue non datée (vers 1868-1874), 
vue sud-nord de la Villa Eléonore-Louise,
épreuve albuminée de 9,2x5,5 cm, sur carton de 110,5x6,3 cm, Collection personnelle.



PHOTOGRAPHS OF THE LORD BROUGHAM'S FAMILY IN CANNES



LES SÉJOURS À CANNES


Dès son premier séjour à Cannes (Var), fin décembre 1834-début janvier 1835, le Britannique Lord Henry Peter Brougham (1778-1868), avocat, érudit et homme politique, décide de faire de cette destination son lieu principal de villégiature et achète un terrain situé à l'ouest de la ville, qui va de la mer à la colline de la Croix-des-Gardes (Gazette nationale du 24 décembre 1834).

"On nous écrit de Cannes, 8 janvier Lord Brougham, ex-chancelier d'Angleterre, n'ayant pu passer le Var à cause du cordon sanitaire que le roi de Sardaigne y a établi, a séjourné pendant une dizaine de jours dans notre ville, et ayant reconnu que notre climat était beaucoup plus doux que celui de Nice, il a fait l'acquisition, le 2 du courant, d'un domaine agrégé d'oliviers, orangers, citronniers et arbres fruitiers, pour y construire un superbe château dont il a chargé le conducteur des ponts et chaussées de notre ville de dresser le plan et faire le devis, pour pouvoir y faire mettre la main dans trois mois, époque de son retour dans notre ville. Notre pays se félicite de compter un si honorable personnage parmi ses propriétaires" (Le Toulonnais du 11 janvier 1835).

La première pierre de construction de sa villa cannoise est posée le 31 août 1835, sur la pente du coteau (Archives Municipales de Cannes, 557_50 ; Journal des débats politiques et littéraires du 1er octobre 1835).

"Lord Brougham, qui, comme on l'a déjà dit, avait acheté une terre à Cannes (Var), vient d'y faire commencer la construction d'un château pour sa fille [Eléonore-Louise], dont la mauvaise santé est pour lui un objet de chagrin [elle va décéder le 30 novembre 1839, à l'âge de 17 ans].

La pose de la première pierre a donné lieu à une cérémonie dans laquelle les bienveillantes dispositions du noble lord en faveur des habitants de Cannes ont été annoncées. Déjà on bénit son nom, car il est venu donner du travail à de nombreux pères de famille.

Rien ne sera plus riant que la position de son château, en face de l'île Sainte-Marguerite (la prison de l'homme au masque de fer); il dominera le joli bassin qui s'étend au couchant de Cannes: cette vue est délicieuse. 

On présume que lorsque la famille de lord Brougham sera installée à Cannes, d'autres Anglais s'y rendront pendant l'hiver, ce qui serait très avantageux pour ce joli pays" (Journal des débats politiques et littéraires du 1er octobre 1835).

Les premiers séjours de Lord Brougham dans la ville sont parfois assez courts et ne concernent pas obligatoirement la saison d'hiver. 

Après une étape à Paris, à l'aller comme au retour, il ne passe ainsi que quelques jours à Cannes fin avril-début mai 1838 ou quelques semaines en février-mars 1840 ou novembre-décembre 1843. 

Il y est parfois précédé ou bien rejoint par son épouse, Mary Anne, née Eden (1785-1865) et leurs enfants, comme pendant les saisons 1845-46 et 1856-57, ou par la famille de son frère, William Brougham (1795-1886).

D'autres fois, Lord Brougham se rend seul à Cannes, son épouse restant dans leur demeure britannique de Grafton-Street à Londres ou bien de Brougham-Hall à Penrith (nord de l'Angleterre, Cumbria).

Toute une communauté britannique se constitue à l'ouest de Cannes auprès de Lord Brougham, au "quartier des Anglais" (châteaux, villas, hôtels), et contribue au développement de la ville.

Après 13 ans de résidence en France, Lord Brougham, qui écrit le français et le parle avec un léger accent, souhaite obtenir, en avril 1848, la nationalité française ; il doit cependant y renoncer car la France n'admet pas alors "qu'un citoyen français soit en même temps citoyen d'un autre pays" (Le Monde Illustré du 3 décembre 1864 p ).

Dans les années 1860, Lord Brougham ne passe pas une seule saison sans être présent à Cannes. Annoncé dans cette ville dès septembre, il quitte Londres en novembre, fait ensuite étape à Paris, arrive à Cannes en décembre et y séjourne jusqu'à fin avril-début mai.


2- NÈGRE Charles (1820-1880), Lord Brougham and his Family, Cannes, détail, 1862,
vue est-ouest prise sur la terrasse de la Villa Eléonore-Louise,
 épreuve albuminée de 24,8x34 cm, d'après négatif sur verre au collodion humide, 
New York, The Metropolitan Museum of Art (2005.100.264).

Il est difficile de préciser le mois de prise de vue de cette photographie (début ou fin 1862 ?). La présence de Charles Nègre est notamment attestée à Cannes au début du mois de février 1862 (Portrait du Prince Leopold d'Angleterre, daté du 7 février 1862, The Royal Collection) mais celle de l'épouse de Lord Brougham ne l'est qu'à la fin de cette même année.



Dans cette décennie, Lady Brougham, accompagne uniquement son époux lors des hivers 1859-60 et 1862-63. Elle organise d'ailleurs, en février 1860 comme en février 1863, un grand bal costumé de fin de Carnaval, dans la ville de Nice (Galignani's Messenger du 27 février 1860 et 21 février 1863). 

Elle ne reviendra plus ensuite dans le Sud de la France car elle va malheureusement décéder à Brighton (Sussex), le 12 janvier 1865, à l'âge de 79 ans, alors que son époux est à Cannes.

Lord Brougham continuera à fréquenter Cannes chaque hiver, jusqu'à sa mort dans la ville, le 7 mai 1868, à l'âge de 89 ans. Il va y être inhumé à sa demande, le Conseil municipal votant une concession perpétuelle d'une place d'honneur dans le cimetière du Grand-Jas pour ce "véritable créateur de la ville".



PHOTOGRAPHIES DE LORD ET LADY BROUGHAM


De nombreuses photographies de Lord Brougham sont conservées mais très peu de ses portraits réalisés à Cannes sont connus.

Parmi ces derniers, le portrait en extérieur du Lord assis (env. 83 ans), entouré de sa famille et de ses amis, pris par Charles Nègre, est célèbre et date très probablement de 1862 (Image 2 ci-dessus).

La femme qui, debout, lui fait face est difficile à identifier. S'agit-il de son épouse, Mary Ann (env. 76 ans) dont la présence est justement attestée à Cannes fin 1862 ?


- MESSY Émile (1835-1890), Portrait d'homme, non identifié et non daté,
tirage albuminé de 8,6x5,5 cm, sur carton de 10,5x6,3 cm, Collection personnelle.



J'ai récemment pu acquérir deux photographies d'individus âgés, non identifiés, faits à Cannes dans les années 1860 dont l'un présente un portrait de Lord Brougham, bien reconnaissable (Image 3 ci-dessus), et l'autre, appartenant au même lot et présentant les mêmes caractéristiques, celui d'une femme âgée (Image 4 ci-dessous). 

S'agit-il de celui de son épouse dont aucun autre portrait ne semble connu (ce dont je me suis assuré auprès de sa descendance) ?


- MESSY Émile (1835-1890), Portrait de femme, non identifié et non daté,
tirage albuminé de 8,6x5,5 cm, sur carton de 10,5x6,3 cm, Collection personnelle.




L'auteur de ces portraits est Émile Messy (1835-1890), signalé comme photographe à Nice dès 1863 puis à Cannes dès fin 1865 (Les Échos de Nice du 7 octobre 1865) (voir sa biographie détaillée, ici). 

Les deux cartes de visite portent au verso, sous les armoiries du Royaume-Uni, les deux adresses imprimées de ses ateliers de Nice, "Rue Paradis, 2. - Rue Masséna, 13. - au fond du jardin, - Nice." et de Cannes, "Rue Grande, 3. - au fond du jardin - Cannes.". 

On pourrait logiquement en déduire que : 

- le portrait de Lord Brougham a été pris entre la date d'installation d'Émile Messy à Cannes (vers septembre-octobre 1865) et la date du décès de son modèle (le 7 mai 1868)

- le portrait de femme ne peut pas être celui de Lady Brougham car cette dernière est décédée le 12 janvier 1865.

Cependant, une autre explication est possible, basée sur l'hypothèse que les deux portraits n'ont pas été réalisés par Émile Messy mais par Jules Buisson dont il a racheté le fonds en 1865.

Jules Buisson (1844-1903), natif de Cannes, est le fils du percepteur des contributions directes qui a habite sur la route de Fréjus (proche de la Villa de Lord Brougham). 

Il s'est formé à la photographie au début des années 1860 et a ouvert, en 1863, à l'âge de 19 ans, un atelier rue du Port, 38, au fond du jardin, avec une entrée rue Grande. Il n'a cependant conservé cet atelier que deux ans seulement et a quitté Cannes pour Alger dès 1865 (voir sa biographie, ici).

Émile Messy se serait donc contenté de recadrer (médaillon) et de diffuser le portrait de Lord Brougham sous son propre tampon, comme il l'a fait d'ailleurs pour les vues de Cannes prises par Jules Buisson (voir cet article, ici). 

Il semble d'ailleurs que les armoiries du Royaume-Uni portées au verso des cartes de visite d'Émile Messy sont également héritées de Jules Buisson, ce dernier ayant probablement photographié le prince Léopold d'Angleterre enfant (1853-1884), lors du séjour de ce dernier à Cannes, entre fin octobre 1861 et fin mars 1862 (Le Sémaphore de Marseille du 20 octobre 1861 et du 30 mars 1862).

Si c'est bien le cas :

- le portrait de Lord Brougham a pu être réalisé par Jules Buisson entre 1861 et 1865 (saison 1862-63 ?)

- le portrait de femme est potentiellement celui de Lady Brougham, présente à Cannes pendant la saison d'hiver 1862-63.