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mardi 9 décembre 2014

293-GUILLAUME APOLLINAIRE (1880-1918), "POÈMES A LOU", 1914-1915




- METZINGER Jean (1888-1968), Portrait de Guillaume Apollinaire, 1910,
huile sur toile, 55x46 cm, Collection particulière.

- DE CHIRICO Giorgio (1888-1978), Portrait (prémonitoire) de Guillaume Apollinaire, 1914,
huile et fusain sur toile, 81,5x65 cm, Paris, MNAM.



COURTE BIOGRAPHIE

Guillaume Apollinaire, en fait Wilhelm Albert Wlodzimierz Aleksander Apolinary Kostrowicki, est né d'une mère polonaise (citoyenne russe), le 25 août 1880 à Rome. Il passe son enfance à Monaco (dès 1887-1899) et son adolescence à Cannes (1895) puis Nice (1896-1899) où il fréquente le lycée Masséna, la bibliothèque Saint-François-de-Paule de la ville et commence à écrire (1898), sous le pseudonyme de Guillaume Macabre. Il échoue au baccalauréat (1897) et ne se représente pas.


- Cahier d'Apollinaire, dit "Cahier de Stavelot", 1899,
manuscrit autographe, 80 f., 22,5x17,5 cm, Paris, BnF, Manuscrits, Nouv. acq. fr., 25604, f. 25.


En 1899, il suit sa mère à Paris où il va désormais résider (liaison avec Marie Laurencin de 1907 à 1912/14) mais voyage en Belgique, en Allemagne, Autriche et Angleterre, Hollande, en fonction de ses emplois et de ses histoires d'amour. 
Dès 1901-1902, il commence à publier des poèmes et des contes, d'abord sous le pseudonyme de, Wilhelm Kostrowiztky, puis sous celui de, Guillaume Apollinaire, qu'il adopte définitivement. Il collabore à de nombreuses revues, se lie d'amitié avec les artistes d'avant-garde (écrivains et plasticiens) et se fait connaître comme poète, journaliste et critique d'art.


ÉCOUTER SUR LE SITE DE L'INA (2 MN 26) 
DES POÈMES ENREGISTRÉS PAR APOLLINAIRE ENTRE 1911 ET 1914,
LE PONT MIRABEAU ET MARIE

Parmi ses œuvres célèbres, citons,  L'Enchanteur pourrissant, 1904 (illustré des gravures d'André Derain en 1909), Les Onze Mille Verges, 1907 (roman), L'Hérésiarque et Cie, 19010 (contes de 1899-1910), Alcools, 1913 (poèmes de 1898 à 1913), Méditations esthétiques (ouvrage consacré aux peintres cubistes), Les Mamelles de Tirésias, 1917 (drame surréaliste), Calligrammes,1918 (textes de 1913-1916), Poèmes à Lou, 1947 (textes de 1914-1915) ou Lettres à sa marraine, 1948 (textes de 1915-1918).


LYCÉE APOLLINAIRE DE NICE : Productions (avril/mai 2014) d'élèves de Première option Arts plastiques facultative en relation au poème de Guillaume Apollinaire, Signe (Alcools, 1913).


SIGNE

Je suis soumis au Chef du Signe de l'Automne
Partant j'aime les fruits je déteste les fleurs
Je regrette chacun des baisers que je donne
Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs
Mon Automne éternelle ô ma saison mentale
Les mains des amantes d'antan jonchent ton sol
Une épouse me suit c'est mon ombre fatale
Les colombes ce soir prennent leur dernier vol



 - Signe, collage d'Alicia.

- Signe, assemblage de Chloé et Cécilia.                                          - Signe, assemblage de Romane.






APOLLINAIRE : LES ANNÉES 1914-1916

- Guillaume Apollinaire et son ami André Rouveyre (journaliste, peintre et caricaturiste), Deauville, le 1er août 1914, jour de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie. La France, alliée de la Russie, décrète ce même jour la mobilisation générale. Deux jours après, c'est la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France.

" Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l'on affichait la mobilisation
Nous comprîmes mon camarade et moi
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque
Nouvelle
Et bien qu'étant tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître ".
- Extrait de "La petite auto", poème en relation au 31 août 1914, publié dans, Calligrammes, 1918.

Engagé volontaire dans l'armée française en 1914, à l'âge de 34 ans, il part au front de Champagne dès le 4 avril 1915 et est naturalisé français sous le nom de Guillaume Apollinaire, le 9 mars 1916. Transféré au 96° régiment d'infanterie avec le grade de sous-lieutenant, il est, dans sa tranchée, blessé à la tête (tempe droite) le 17 mars 1916 et trépané. S'ensuit une longue convalescence où, affaibli, il contracte la grippe espagnole et meurt à Paris, le 9 novembre 1918 (peu avant l'Armistice), à l'âge de 38 ans, avant d'être inhumé au Père-Lachaise (stèle de Picasso). Il est l'un des grands écrivains français du début du XX° siècle.


VOIR LE WEBDOCUMENTAIRE
"1914-1918 - LA GRANDE GUERRE À TRAVERS LES ARTS : APOLLINAIRE , LE POÈTE BLESSÉ "
PUIS PASSER DE PAGE EN PAGE


- Photo d'Apollinaire, 1916.


APOLLINAIRE : POÈMES À LOU

Au cours d'un séjour à Nice en septembre 1914 (à partir du 3, il loge au n° 26 de la rue Cotta, actuelle avenue Maréchal Joffre), il rencontre, grâce à des amis, Louise de Coligny-Châtillon (1881-1963), jeune comtesse divorcée, au repas de midi du 27 du mois, dans une auberge du vieux Nice ("Da Bouttau"), avant de la retrouver le soir même, rue de Foresta, pour une soirée opium. 
Il lui écrit une déclaration d'amour dans une lettre datée du lendemain (28 septembre 1914) qui commence ainsi : « Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d'hier soir, j'éprouve maintenant moins de gêne à vous l'écrire. Je l'avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m'avaient tant troublé que je m'en étais allé aussi tôt que possible afin d'éviter le vertige qu'ils me donnaient ».

Louise de Coligny-Châtillon, surnommée Loulou par ses amis, réside alors à Saint-Jean-Cap-Ferrat dans la Villa Baratier de sa cousine. Guillaume Apollinaire la renomme Lou, passe progressivement du temps avec elle (promenades dans le vieux Nice, les cafés, le Marché aux fleurs, et visites dans la région), la courtise et lui envoie des poèmes d'amour pendant plus de deux mois mais elle ne lui cède pas. 


ÉCOUTER UNE ÉMISSION DE FRANCE INTER (47 MN, 2014)
 CONSACRÉE À LEUR RENCONTRE ET AUX LETTRES ET POÈMES À LOU


- Photo de Lou dédicacée, "Lou à son poète" et calligramme d'Apollinaire d'après la même photo.



Précieux exemplaire avec dédicace en forme de calligramme :
 A MADAME LA COMTESSE 
L. DE COLIGNY CHATILLON
Je donne de tout
cœur ce flacon
d’eau de vie et
suis son serviteur
son admirateur et
son ami taciturne
GUILLAUME APOLLINAIRE 



Suivi de celui-ci en forme de croix, rappelant la Croix-Rouge où elle officiait à Nice,
 à l'Hôtel Ruhl, pour l’achevé d’imprimer :
LE 11 NOVEMBRE
1914 A NICE
OU ELLE SOIGNE
LES BLESSÉS
DE LA GUERRE 




- Exemplaire de l'ouvrage, Alcools, Poèmes (1898-1913), 1913,
 offert et dédicacé par Guillaume Apollinaire à Louise de Coligny-Châtillon, Collection particulière.


Sa demande d'engagement militaire finissant par être acceptée, Guillaume Apollinaire, la signe le 4 décembre 1914 (au n° 9 de la rue Palermo, actuelle rue Alfred Mortier) et gagne le 38° régiment d'artillerie de campagne de Nîmes le 6 décembre. Lou le rejoint à Nîmes dès le lendemain, pendant ses classes, pour une semaine de passion. 
Au dos des lettres (220 au total), Guillaume Apollinaire écrit des poèmes (76 textes) d'amour et de guerre qui seront par la suite rassemblés et publiés par Lou en 1947, sous le titre "Ombre de mon amour" puis réédités sous le titre "Poèmes à Lou" et "Lettres à Lou"


TÉLÉCHARGER ET LIRE LES POÈMES À LOU

Deux autres permissions réuniront Guillaume et Lou en janvier 2015 (1er et 23) et une troisième permission les 27 et 28 mars mais lors de cette dernière, c'est la rupture, en bons termes, entre les deux amants qui continueront à correspondre ; Lou était depuis longtemps attachée à quelqu'un d'autre et Guillaume Apollinaire avait plus ou moins renoncé à cette liaison sans espoir. Désormais, il va investir sur une jeune femme rencontrée début janvier 1915, dans le train entre Nice et Marseille, Madeleine Pagès, tout en continuant à écrire à Lou.


- Acrostiche extrait de "Si je mourais là-bas", lettre du 30 janvier 1915, Poèmes à Lou.

 " Je voudrais que tu sois un obus boche pour me tuer d'un soudain amour " , 
- Extrait d'une lettre d'avril 1915, Poèmes à Lou.


"Ah Dieu ! que la guerre est jolie
Avec ses chants ses longs loisirs".
- Extrait d'une lettre du 20 septembre 1915, Poèmes à Lou.


VOIR UNE VIDÉO MUETTE (35 s), DE LA VIE DANS LES TRANCHÉES, PATHÉ, 1915.



Parmi de nombreux hommages rendus aux Poèmes à Lou, une pièce de théâtre intitulée "Sur le front de l'amour", a été jouée à Paris dès 1999 par Jean-Louis Trintignant et sa fille Marie, puis cette année 2014, un court-métrage intitulé, "Guillaume et Louise", a été réalisé à Nice par Cyprien Andronikof.


VOIR LE COURT-MÉTRAGE (5 MN 47)  DE CYPRIEN ANDRONIKOF
"GUILLAUME ET LOUISE, L'AMOUR D'UN ARTISTE PENDANT LA GUERRE 14-18",
ESRA CÔTE D'AZUR (Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle, Nice), 2014
EN SAVOIR PLUS SUR LA RÉALISATION DE CE COURT-MÉTRAGE