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samedi 27 février 2016

453-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU DE LA VILLE DE NICE-PROJET PÉDAGOGIQUE-23




- AURILI Riccardo (1864-1943), Tombe Georgette F., détail de l'Espérance, vers 1918-1925.



RICCARDO AURILI - LA TOMBE GEORGETTE F. (1918-25) - SUITE 


Face à la statue de la Douleur, se tient celle de l'Espérance, sous les traits d'une jeune femme. La figure allégorique est également assise mais elle se tient cambrée, le corps et le visage relevés, tendus vers  ciel. Elle est vêtue d'une robe-bustier sans bretelles, offrant un dos nu ; le tissu est fin et moulant, traité comme une draperie mouillée. Les mains sont jointes sur le genou droit, en signe de prière. Les deux pieds reposent à nouveau uniquement sur l'extrémité des orteils mais, contrairement à la figure de la Douleur, ils sont légèrement décalés, et en mouvement, comme le bas du plissé. 


- AURILI Riccardo (1864-1943), Tombe Georgette F., ensemble, et détail de l'Espérance, vers 1918-1925,
Espérance (femme vêtue, assise, en prière, tête tournée vers le ciel), Ange (femme à la lampe, devant le tombeau vide) 
et Douleur (femme nue, assise et prostrée), Nice, Cimetière du Château (Plateau Gambetta).



La tête penche vers la droite, afin de recentrer le regard sur la tombe et le Tombeau vide. La scénographie de la tombe est intéressante et se situe dans la tradition des grands tombeaux, notamment ceux de Michel-Ange ou d'Antonio Canova. 



- AURILI Riccardo (1864-1943), Tombe Georgette F., détail de l'Espérance, vers 1918-1925,
et en face la Tombe de la Famille Goduard M., sculptée par Giuseppe Garibaldi vers 1900.



Elle répond peut-être par ses trois figures, à celles de la Tombe de la Famille Goduard M. (vers 1900), positionnée à proximité, sur le Plateau Gambetta, sculptées par Giuseppe Garibaldi quelques années auparavant. Cette tombe offre en effet les Trois Vertus Théologales dont l'Espérance, assise à gauche, le visage et les yeux tournés vers le ciel et les mains jointes sur le genou droit, tenant une ancre (symbole de Foi, de Confiance en Dieu et d'espérance en la résurrection).


-  GARIBALDI Giuseppe (dates ?, actif au Cimetière entre 1890 et 1910), Les Trois Vertus théologales (assises), ensemble, Foi (croix latine et calice), Espérance (tournée vers le ciel) et Charité (mère et enfants), et détail de l'Espérance, vers 1900,
groupe pyramidal en marbre des Familles Goduard M. Ce groupe évoque des représentations peintes et sculptées des XVI° et XVII° siècles européens, et notamment italiens.



D'autres représentations de l'Espérance ou de l'ancre sont d'ailleurs présentes dans le Cimetière du Château, avec notamment la Tombe de la Famille A. (vers 1902), sculptée à nouveau par Giuseppe Garibaldi. Dans ce dernier ensemble sculpté, deux figures féminines encadrent le sarcophage et le buste du défunt, celle de l'Espérance à nouveau à gauche (à la droite symbolique de Dieu) tenant l'ancre, visage dressé vers le ciel, et celle de la Douleur.


 - GARIBALDI Giuseppe (dates ?, actif au Cimetière entre 1890 et 1910), Tombe de la Famille A., détails, Espérance (tournée vers le ciel) et Douleur (effondrée vers la terre), vers 1902-1903, Nice, Cimetière du Château, Allée Orizet.



La figure allégorique de l'Espérance affirme la Confiance en Dieu et la Foi. Elle est un symbole de croyance, de prière et d'attente confiante de la Fin des Temps et de la résurrection. De nombreux exemples sculptés du XVI° au XX° siècle représentent l'Espérance, assise ou non, ailée ou non, tête levée ou non, mains en prière ou bien bras ouverts ou levés, et accompagnée ou non de l'ancre marine.



- BARTOLINI Lorenzo (1776-1850), La Confiance en Dieu, 1835,
Milan, Musée Poldi Pezzoli.

- BOUCHER Alfred (1850-1934), L'Espérance, vers 1903,
grès émaillé et plâtre, Roubaix, La Piscine.


- BUTTI Enrico (1847-1932), Orante, 1926,
Tombe de Pasquale Cesati, Milan, Cimetero Monumentale.


La figure de Riccardo Aurili est par exemple proche de la sculpture d'Alfred Bouchet par sa posture assise et ses mains jointes mais elle est davantage dénudée et dépourvue d'ancre. Par sa volonté réaliste, sa posture cambrée, le dessin de sa chevelure et ses draperies mouillées, elle se rapproche davantage de la sculpture légèrement postérieure d'Enrico Butti.

Il me semble intéressant d'évoquer à nouveau la figure de Marie-Madeleine. En effet, la figure agenouillée ci-dessus de Lorenzo Bartolini est influencée par la sculpture de Marie-Madeleine pénitente, sculptée par Antonio Canova en 1809, et elle n'est pas la seule. 

Est-ce que Riccardo Aurili a dédoublé la figure de Marie-Madeleine, comme allégorie de la Douleur puis comme celle de l'Espérance ? S'est-il inspiré des figures peintes de Marie-Madeleine, en pénitence, en prière, en méditation, en extase, voire en pleurs, les mains jointes et le visage tourné vers le ciel ou le Christ ?



- LE GRECO (1541-1614), Marie-Madeleine pénitente, 1578-1580,
huile sur toile, 108x101 cm, Worcester Art Museum.

- LE CARAVAGE (1571-1610), Marie-Madeleine en extase, 1606,
huile sur toile, 106,5x91 cm, Rome, Collection privée.


 - VACCARO Andrea (1604-1670), Marie-Madeleine, XVII° siècle,
huile sur toile, 103x76 cm, Salerno, Museo Diosesano.

- GENTILESCHI Artemisia (1593-1654), Marie-Madeleine en extase, XVII° siècle,
huile sur toile, 81x105 cm, Collection privée.


- RUBENS Pierre-Paul (1577-1640), Marie-Madeleine pénitente et sa soeur Marthe, 1618-1620,
hile sur toile, Musée d'Irbit (Russie), Musée national des Beaux-Arts.

- AURILI Riccardo (1864-1943), Tombe Georgette F., détail de l'Espérance, vers 1918-1925.


Avant de conclure sur la Tombe Georgette F., sculptée par Riccardo Aurili, j'aimerais évoquer les inscriptions gravées sur la dalle de la Tombe de Marguerite C. (1865) positionnée dans le Cimetière niçois de Cimiez. Trois inscriptions en latin, tirées des versets de la Bible, renvoient majoritairement aux chants liturgiques de la Semaine Sainte (en relation à la Passion du Christ) et à ceux des obsèques : l'une, au centre, sur la Douleur, "Ô vous qui passez par là, prêtez attention et voyez s'il existe une douleur pareille à ma douleur !!!" (Lamentations, 1, 12) ; une autre, à gauche, sur l'Espérance, "Notre espoir repose en toi Seigneur" ; et la troisième, à droite, sur la Résurrection, "Au jour du Jugement, protège-moi Seigneur" (Psaume 15, 1). Les trois sculptures de Riccardo Aurili sont une sorte d'équivalent figuré à ces trois inscriptions.

Enfin, j'aimerais rapprocher les trois figures de Riccardo Aurili (une figure ailée et deux figures féminines assises pour une tombe d'enfant) de celles  du Tombeau de Lucie C. (décédée à 11 ans en 1907) du Cimetière niçois de Caucade, sculptées par Fabio Stecchi. Si la scénographie y est là pyramidale, le message symbolique est semblable et cette fois clairement explicité par une inscription : " L'AMOUR CONSOLE L’HUMANITÉ SOUFFRANTE ET ÉLÈVE L’ÂME VERS LES CIEUX". 
Les figures sont ainsi tout à la fois une évocation de la Famille (mère et sa fille défunte), celle de l'Humanité en deuil (Mort, Douleur) et celle de l'Espérance (Amour divin, Âme, Résurrection). Si les figures de l'Amour (Éros) et de la Douleur (Pleureuse) renvoient respectivement à la mythologie et à l'Antiquité, elles renvoient également, malgré l'absence de symboles chrétiens (Saintes-Femmes et tradition disparue des Pleureuses), à celles de l'Ange de la Résurrection et de Marie-Madeleine au Tombeau du Christ.



- STECCHI Fabio (1855-1928), Monument de la Tombe de la Famille C., signé et daté "1910",
concession de 1907, marbre, Nice, Cimetière de Caucade.
Devant le sarcophage recouvert d'un drapé, une femme assise, drapée, au buste dénudé et aux cheveux longs défaits (l'Humanité, tout à la fois Mère, Douleur et Marie-Madeleine) offre une guirlande de fleurs à la défunte, soutenue par un homme ailé (l'Amour) qui lui indique que l'âme (l'enfant assise) est au-dessus des nuages.


- STECCHI Fabio (1855-1928), Monument de la Tombe de la Famille C., signé et daté "1910",
concession de 1907, marbre, Nice, Cimetière de Caucade.
La femme est réconfortée et touchée par l'Amour, et le tronc de bois mort sur lequel elle s'adosse reverdit (surgeon), en signe de Résurrection (comme dans les scènes de Résurrection du Christ).



RICCARDO AURILI AU MUSÉE



 - AURILI Riccardo (1864-1943), Les Lectrices, vers 1900 ?,
marbre, H : 95 cm, Mexico City, Museo Soumaya.

 - AURILI Riccardo (1864-1943), Buste de Paul Sion, années 1910 ?,
 marbre, Roubaix, La Piscine,
Paul Sion (1872-1947) était un riche industriel (filature)
de la région de Tourcoing et un colombophile réputé.



- AURILI Riccardo  (1864-1943), Buste de Gladiateur, vers 1904-1914 (?),
marbre et régule, 28,5 x 20 x 12 cm,
inscription devant sur le piédouche, « AVE CAESAR MORITURI TE SALUTANT »,
 au dos cachet rond, « Fabrication française / made in France / Paris »,
Vesoul, Musée Georges-Garret.
Remerciements au Conservateur du musée pour les photos et coordonnées de l'oeuvre.