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dimanche 2 mars 2014

201-SCULPTURES CONTEMPORAINES IMMATÉRIELLES




- RAUSCHENBERG Robert (1925-2008), Erased De Kooning Drawing, 1953,
traces de dessin sur papier, avec légende (de son ami Jasper Johns), passe-partout et cadre en bois doré de 1955,
 64,1x55,2x1,3 cm, San Francisco, SFMOMA,
oeuvre des débuts de l'artiste qui a demandé un dessin à l'artiste célèbre Wilhem de Kooning (1904-1997) pour l'effacer,
inversant le processus de l'oeuvre, créant un monochrome, un dessin sans dessin ni image, insistant sur le processus et l'action et le statut d'oeuvre encadrée.

- BEN (VAUTIER Benjamin, né en 1935), Rien n'existe pas, 1991,
écriture blanche sur fond noir,
le texte, avec humour et contradiction, devient oeuvre signée et datée.


Avec le XX° siècle, l'oeuvre d'art s'est dématérialisée. La sculpture a diversifié ses formes et ses techniques et la limite entre oeuvre et réalité est devenue ténue.

Le côté artisanal et virtuose du travail des matériaux nobles a été en partie délaissé pour les matériaux pauvres, les matériaux industriels et l'intérêt pour l'objet. Tout ce qu'utilise l'artiste est devenu oeuvre d'art. Avec ses Ready-made, Marcel Duchamp a été encore plus loin en affirmant que tout ce que désigne l'artiste est oeuvre d'art et que l'idée (concept) est équivalente à l'oeuvre.



- MUTT Richard (DUCHAMP Marcel-1887-1968), Fontaine (ou Urinoir), 1917,
ready-made, porcelaine signée et datée, hauteur: 33,5 cm, photographie d'Albert Stieglitz pour la revue "The Blind Man").
L'artiste s'approprie un objet industriel, évoque le nom de son fabricant par son pseudonyme, le renverse et le signe, lui conférant par là-même le statut d'oeuvre d'art, de même que par le lieu d'exposition. De plus, l'objet renvoie au sexe masculin et à l'urine et apparaît fortement provocateur pour l'époque.
L'original a été perdu et des répliques de faïence blanche recouverte de glaçure céramique
 et de peinture de 63x48x35 cm ont été réalisées sous la direction de l'artiste par la Galerie Schwarz, Milan, en 1964. 

 - DUCHAMP Marcel (1887-1968), Air de Paris ou 50 cc d'air de Paris, 1919,
ampoule de sérothérapie en verre emplie d'air de Paris, avec l'étiquette "Sérum physiologique", H : 13,3 cm, Philadelphia Museum of Art, 
ampoule rapportée de France et offerte comme cadeau original à son ami et mécène Walter Arensberg ;  l'ampoule s'est brisée en 1949 et a été restaurée : la même année, l'artiste a fait emplir une nouvelle ampoule chez un pharmacien parisien qui l'a refermée au bec Bunsen; enfin, en 1964, l'oeuvre a été dupliquée en plusieurs exemplaires).

Dans la seconde moitié du XX° siècle, et en particulier à partir des années 1960, le Non-Art ou l'Anti-Art (traditionnel) va devenir la norme. Avec l'installation et la performance, l'espace, le corps, le texte, la lumière et le son (voire l'odeur) deviennent les nouveaux matériaux de la sculpture. L'oeuvre devient éphémère et immatérielle et ce sont les photos des œuvres qui sont désormais exposées dans le musée et la galerie et qui en gardent trace. 

Tout est art : l'artiste se réapproprie le monde et implique la participation du spectateur (expériences perceptives, sensorielles, mentales) pour qu'il devienne artiste à son tour. Duchamp avait signé l'objet et l'air, l'artiste va signer (signature, empreinte, trace) la chose, le corps, l'espace, le vide, le ciel, la terre, et va exposer l'idée, l'expérience, l'éblouissement, le vertige, la sensibilité, le temps, l'infini, l'absence, la mémoire. Les salles d'exposition se vident d'objets, pour exposer leur propre espace, leur volume, leur air, leur lumière (naturelle ou artificielle) et obscurité, et leur environnement sonore (naturel ou artificiel). Et quand l'objet et la chose sont encore présents dans leur matérialité, ce n'est que la base ou l'enveloppe de l'idée et de l'immatériel, comme l'ampoule de Duchamp avait enfermé l'air de Paris.


- KLEIN Yves (1928-1962), Sculpture aérostatique, 1957,
lâcher de 1001 ballons bleus célébrant le vernissage de ses œuvres de l'Epoque bleue à la Galerie Iris Clert de Paris, reconstitution en 2007 pour le Centenaire, Paris, MNAM.

- KLEIN Yves (1928-1962), La spécialisation de la sensibilité à l'état matière première en sensibilité picturale stabilisée, 1958,
Exposition Le Vide, paris, Galerie Iris Clert, 28 avril-12 mai 1958,
si l'espace intérieur est vide et blanc, tout ce qui est à l'extérieur (vitrine, rideau) et utilisé pour le vernissage est bleu (cartons d'invitation, timbres, cocktail).

- KLEIN Yves (1928-1962), Le Saut dans le vide, action, Fontenay-aux-Roses, octobre 1960,
l'artiste écrit dans son journal, "Un homme dans l'espace. Le peintre de l'espace se jette dans le vide ! (...° Pour peindre l'espace, je dois me rendre sur place, dans cet espace même".
Photomontage (Harry Shunk et John Kender) où ses amis judokas, tendant une bâche pour ses multiples sauts,
 ont été remplacés par la photo de la rue vide.

- KLEIN Yves (1928-1962), Cession d'une zone de sensibilité immatérielle à Dino Buzzati (écrivain et peintre), Paris, 26 janvier 1962,
l'artiste, avec tout un rituel, vend des zones avec un reçu authentifié, contre de l'or ; l'acheteur ne peut revendre cette zone qu'au double de la valeur d'achat ; s'il veut intégrer cette zone à sa personne, il doit brûler le reçu et Yves Klein le Monochrome doit jeter la moitié de l'or dans une zone naturelle, à un endroit non récupérable.


- MANZONI Piero (1933-1963), Corpo d'aria, 1959-60,
le ballon à gonfler est vendu avec son trépied métallique et la boîte en bois,
environ 42,5x12x5 cm.

- MANZONI Piero (1933-1963), Fiato d'artista, 1960,
le ballon étanche est gonflé par le souffle de l'artiste (dit "heureux") et commercialisé sur une base en bois, il
se dégonfle après quelques semaines (dit "triste").

- MANZONI Piero (1933-1963), Manzoni e le uova, 21 juillet 1960, Milan, Galerie Azimut,
l'artiste signe de son empreinte de pouce les oeufs durs, leur donnant le statut d'oeuvre d'art, "oeufs d'artiste", avant de les faire manger par le public.

- MANZONI Piero (1933-1963), Uovo con impronta, 1960,
oeuf dur élevé au statut d'oeuvre d'art par la signature de l'artiste sous forme d'empreinte de l'un de ses pouces, déposée grâce à de la peinture bleue, sur la coquille.

- MANZONI Piero (1933-1963), Sculture viventi, 1961,
les personnes sont signées par l'artiste qui leur remet un certificat d'authenticité daté et timbré (couleur du timbre en fonction de la partie ou de la totalité du corps, voire de la durée du certificat ou de l'opération financière), en tant qu'oeuvre d'art.
Pour l''artiste, l'oeuvre est le corps, ni exposable, ni collectionnable, ni vendable. Il réalise une oeuvre éphémère et parodie l'acte artistique de la signature et le certificat d'authenticité de l'oeuvre d'art.

- MANZONI Piero (1933-1963), Basa magica, scultura vivente, 1961,
l'oeuvre est un socle pour oeuvre d'art ou peut prendre place l'acheteur.

- MANZONI Piero (1933-1963), Le Socle du Monde, Socle magique n° 3 de Piero Manzoni, Hommage à Galilée,1961,
cube de fer et bronze, au titre gravé, 82x100x100 cm, Herning (Danemark), jardin du Kunstmuseum
sur le socle à l'envers, le monde entier repose, en tant qu'oeuvre d'art totale.


- HAACKE Hans (né en 1936), Condensation Cube, 1963-65,
plexiglas et eau, 76x76x76 cm,
un bac rempli d'eau distillée est placé dans le cube de plexiglas avant que ce dernier ne soit scellé. Selon la température (lumière, chaleur), des phénomènes de condensation se manifestent à l'intérieur du cube aux parois intérieurs toujours plus chaudes que les parois extérieures. De la buée puis des gouttes et des traces de leur parcours se forment sur les parois intérieures. C'est à l'observation de ce processus physique , perpétuel mais jamais identique, que l'artiste convie le spectateur.

- HAACKE Hans (né en 1936), Sky Line, New-York, 1967,
lâcher de ballons gonflés à l'hélium formant une chaîne de 300 m au-dessus de Central Park.



- BEN (VAUTIER Benjamin, né en 1935), Attention cette boite contient Dieu en tant qu'oeuvre d'art, 1966, 
huile sur boite, 22 x 18,5 x 19 cm, collection privée, Paris.
Au début des années 1960, plusieurs artistes tentent de s’approprier le monde en tant qu’œuvre d’art. Ben va signer tout ce qui ne l’a pas été : « les trous, les boîtes mystérieuses, les coups de pied, Dieu, les poules, etc. », reliant l’art et la vie, expliquant que tout est art et que tout est possible en art.
Moi Ben, j'expose, je signe et je vends Dieu (1961). Considérant que Dieu pourrait être quelque part ou partout, Dieu peut être localisé (statues, crucifix). Je l'ai mis en boîtes noires où je l'ai signé (Dieu) en tant qu'ouvre d'art. L'importance et le prix de la création sont évalués au cubage de son contenant. Accompagné, selon le désir du client, d'hosties ou de pain, de vin et d'un certificat d'authenticité".


- MORRIS Robert (né en 1931), Steam (Vapeur d'eau), 1967 (photo de gauche) et 1974 (photo de droite),
Bellingham, Western Washington University.
Cette installation a été recréée depuis 1967, dans de nombreux lieux ; elle consiste en une oeuvre faite à l'extérieur (land Art) et travaillant sur le caractère aléatoire, changeant et éphémère de la forme, en interaction avec le paysage, les éléments naturels (lumière, température, vent) et la participation du spectateur. L'installation a varié aussi dans ses techniques et ses dimensions et a même été recréée en intérieur : une installation souterraine (reliée au système de chauffage de l'Université) dégage ici des jets de vapeur, sous un carré de pierres encadrées de bois et forme des nuages de brume qui envahissent l'espace puis se dissipent.


BRUCE NAUMAN

VOIR UNE VIDÉO DE 1 MN DE L'OEUVRE DE BRUCE NAUMAN
GET OUT OF MY MIND, GET OUT OF THIS ROOM, 1968 
La phrase, déformée et agressive pour le spectateur est diffusée et répétée dans une salle vide,
Berlin, Hamburger Bahnhof, 2010.


- LA MONTE YOUNG  (né en 1935, compositeur) et ZAZEELA Marian (née en 1940, plasticienne), Dream House, 1962-1990, acquise en 1990 par le FNAC et installée depuis 1999 à Lyon, MAC : interaction entre musique (création générée en temps réel par un synthétiseur) et lumière (deux installations lumineuses et deux sculptures dont une en néon)
 La musique fait réagir de manière infime les mobiles suspendus conçus par Marian Zazeela. Pour l’auditeur, il s’agit de s’immerger littéralement dans le son pour en percevoir les nuances, une expérience invitant à la méditation, à être autant à l’écoute de soi qu’à l’écoute des sons. À l’intérieur de cet espace de plus de 500 m2 baigné de lumière et de musique, le visiteur vit des sensations inédites et une expérience incroyable de la durée, chacun pouvant y trouver sa place en s’asseyant ou en déambulant à son rythme tout en appréciant les modulations sonores provoquées par ses propres mouvements, aussi infimes soient-ils.

- FLAVIN Dan (1933-1996), Alternating Pink and Gold, 1967.
Les sculptures lumineuses de l'artiste jouent du nombre, de la taille, de la couleur et de la disposition de néons. L'oeuvre fusionne avec l'espace du lieu qu'elle transforme (zones d'ombres et de lumières) et multiplie les expériences perceptives du spectateur qui s'y déplace.


- CRUZ-DIEZ Carlos (né en 1923), Maquette de Chromosaturation pour un lieu public, Paris, 1965,
bois, et PVC,
l'artiste conçoit trois chambres de couleur qu'il réalise dès 1969.

- CRUZ-DIEZ Carlos (né en 1923), Chromosaturation du rouge et du bleu, 1965/2009,
bois stratifié, plexiglas, métal, tubes fluorescents, Lyon, MAC,
les chambres colorées immergent le spectateur dans une situation monochrome absolue.


- OLDENBURG Claes (né en 1929), Proposal for John F.Kennedy Monument (Memorial and Tomb), 1965,
dessin proposant d'enfouir une statue évoquant la Statue de la Liberté à l'envers, sous le sol et de la rendre ainsi invisible, en tant que symbole du renversement des valeurs, de la disparition et de l'absence du Président.

- OLDENBURG Claes (né en 1929), The Hole ou Placed Civic Monument ou Burial Monument, 1° octobre 1967, New York, Central Park, à l'arrière du Metropolitan Museum of Art, pour la manifestation Sculpture in Environment,
l'artiste a fait creuser une fosse, il expose ainsi une sculpture négative, un monument invisible, l'espace creusé et la matière évacuée.


- LONG Richard (né en 1945), A Line Made By Walking, 1967,
photographie noir et blanc, 37,5x32,4 cm, Londres, Tate Modern,
l'artiste s'est arrêté dans un champ du Wiltshire et a pris contact avec le lieu par la marche ; il a fait de nombreux aller-retour sur un même parcours pour aplatir l'herbe et révéler une ligne, grâce à la lumière ;
il a ensuite photographié cette oeuvre éphémère dessinée par ses pas et donc son par corps en mouvement, faisant de la marche un art.


- TURRELL James (né en 1943), Juke Green, 1968,
Des espaces dénués d’objets sont essentiellement habités par l'obscurité et la lumière naturelle et changeante (Skyspaces) ou artificielle et colorée (monochromes) et créent des ambiguïtés perceptives entre 2D et 3D (sortes d'anamorphoses) pour un spectateur qui évolue et expérimente la dimension immatérielle de la lumière qui "affecte le corps mais aussi le cerveau et l'âme", lui permettant d'accéder à un état de contemplation méditative.

- Sans photo : TURRELL James (né en 1943), Sky Drawings, 1969
 l'artiste réalise en avion, avec le peintre Sam Francis, des dessins dans le ciel grâce à des fumées colorées et du matériel d'ensemencement de nuages.

- TURRELL James (né en 1943), Mendota Stoppages, 1969-74, Ocean Park (Californie), Hôtel Mendota,
James Turrell réalise des installations in situ, des sculptures de lumière dans des pièces où il vide totalement l’espace, obstrue les ouvertures et procède à de fines découpes dans les murs, afin de contrôler l’entrée de la lumière. 



- LE WITT Sol (1928-2007), Buried Cube Containing an Object of Importance but Little Value, 1968,
l'artiste conceptuel a enterré un cube dans un jardin et donné ainsi priorité à l'idée et l'acte sur l'oeuvre qui n'est connue que par la photographie et a disparu.

- ASHER Michael (1943-2012), Untitled (Spaces), 1969, New York, MOMA,
en accord avec le titre de l'exposition,"Spaces", il transforme les conditions acoustiques d'une salle (isolation phonique) et y offre l'expérience visuelle et sonore graduée, selon là où le visiteur se place, du bruit et de la lumière du dehors.

- Sans photo, ASHER Michael (1943-2012), Untitled, 1969, New York, Whitney Museum of American Art, 
exposition "Anti-illusion : Procedures/Materials",
l'artiste place un plan d'air presque indétectable produit par un ventilateur caché dans le plafond entre deux espaces d'exposition.


- HEIZER Michael (né en 1944), Masse déplacée et remise en place, 1969 
(la fosse sera rebouchée par les éléments naturels et le temps, Land art).

- DE MARIA Walter (né en 1935), The Lightning Field, 1977, Nouveau-Mexique.
400 piquets en acier inoxydable répartis dans un rectangle de 1x1,6 km,
 soit 6 705 m2 destinés à attirer le spectacle de la foudre.


- OPPENHEIM Dennis (1938-2011), Stage I and II, Reading position for 2nd degree burn, juin 1970,
deux photos couleur collées sur papier et accompagnées de textes tapés à la machine
l'artiste se sert de son propre corps comme oeuvre et l'utilise comme support photosensible
où la lumière solaire inscrit, comme dans la technique du photogramme,
l'empreinte négative du livre ouvert et brûle en 5 heures le reste de la peau exposée.

- GOLDSWORTHY  Andy (né en 1956), Started to rain laid down waited left a dry shadow, Haarlemmerhout (Hollande), 1984,
l'artiste est resté couché un moment sur le sol, sous la pluie et, une fois relevé, a photographié l'empreinte sèche et négative de sa silhouette sur le sol.


- PENONE Giuseppe (né en 1947), Barra d'Aria, 1969,
parallélépipède de cristal, 10x10x120 cm (ou 15x15x100 cm ?), traversant horizontalement la vitre d'une fenêtre pour faire entrer les bruits déformés et amplifiés de la ville, Collection Michelangelo Pistoletto Biella.


- BOEZEM Marinus (né en 1934), Signing the Sky, Amsterdam, 1969,
l'artiste fait écrire, au-dessus du port d'Amsterdam, son nom en lettres de fumée blanche par un petit avion.

- OPPENHEIM Denis (1938-2011), Whirpool Eye of the Storm, Californie, 1973,
1 heure, secteur 1206x6406 m,
dessins de tornade fait par des jets de fumée blanche selon les indications données depuis le sol, par l'artiste par le biais d'une radio, au pilote de l'avion.


- WARHOL Andy (1928-1987), Invisible Sculpture, 1985,
New York Club Area,
socle vide accosté du cartel suivant,
"Andy Warhol, USA/Invisible Sculpture, Mixed Media".


- BOLTANSKI Christian (né en 1944), La Maison manquante, 1990, Grosse Hamburgerstrasse, Berlin,
exposition Die Endlechkeit der Freiheit réalisée lors de la réunification des deux Allemagne,
emplacement d'une maison détruite par une bombe en 1945 et ayant tué ses habitants ; l'artiste recense les habitants de cette maison, effectue une recherche dans les archives et expose la documentation trouvée, et parallèlement installe à proximité des appartement disparus des plaques blanches sur les murs mitoyens, avec inscrits en noir les noms, métiers et dates de mort des habitants, dont une vingtaine, de confession juive, avaient préalablement été déportés et assassinés par les nazis.
Le vide évoque ici un travail et un lieu de mémoire, l'absence et la mort.

- Sans photo, BOLTANSKI Christian (né en 1944) : L'artiste s'intéresse au vide. A la fin des années 1960, il avait envoyé la clé d'un appartement vide à un galeriste ; dans une exposition au Creux de l'Enfer, à Thiers, aux débuts des années 2000, l'artiste avait exposé le parcours du soleil sur un mur, par le simple déplacement d'une cloison permettant à la lumière d'entrer par l'interstice ainsi créé.

- GERZ Jochen (né en 1940), 2167 pavés, Monument contre le Racisme, 1990-93, Sarrebruck,
l'artiste, aidé d'une dizaine d'étudiants de Beaux-Arts, descelle clandestinement des pavés de la place du Château (ancien quartier général de la Gestapo et siège actuel du Parlement régional) et y grave les 2167 noms des cimetières juifs d'Allemagne antérieurs en 1939 et en partie détruits, puis photographie les pavés avant de les remettre en place, l'inscription tournée vers le sol. L'oeuvre a été officialisée en cours de route et la place renommée "Place du Monument invisible". L'oeuvre est tout à a fois monumentale, invisible et omniprésente, les gens traversant la place portant la mémoire des faits et des gens, contre l'oubli.

- Sans photo, GERZ Jochen (né en 1940) : L'artiste a réalisé à Hambourg, le Monument contre le Fascisme (1986), le pilier métallique s'enfonçant dans le sol et disparaissant à mesure que les passants signaient contre le fascisme, formant le véritable monument. Il a également réalisé le Monument vivant de Biron (1996), avec le recouvrement du Monument aux Morts de 1922 par les plaques gravées des causes valant le risque de mourir, déduites des interviews des 127 habitants de la commune, l'oeuvre se continuant avec les nouveaux habitants âgés d'au moins 18 ans.



- PARSONS Jaurié (née en 1959), Lorence-Monk Gallery, 1990,
le nom de l'artiste absent du carton d'invitation, pas d'oeuvre dans la galerie, pas de cartel à son nom, pas de trace dans sa biographie officielle, New York, Lorence-Monk Gallery.




 - OROZCO Gabriel (né en 1962), Yogurt Caps, 1994,
4 couvercles de yaourts de 7,9 cm de diamètre chacun,
installation à la Marian Goodman Gallery de New York.
Les spectateurs découvrent avec surprise une salle vide. Après observation, cette salle est juste ponctuée d'un cercle transparent (couvercle de pot de yaourt avec étiquette de prix et tampon de date de péremption mais sans le pot de plastique ni le laitage) au rebord bleuté, positionné à hauteur de la bouche sur chacun des 4 murs, comme les 4 points cardinaux. L'espace vide de la pièce fait partie de l'oeuvre, de la même façon que les spectateurs qui tournent dans la pièce pour voir tour à tour les 4 couvercles, sans jamais pouvoir les embrasser tous du regard.



- ELIASSON Olafur (né en 1967), Your Sun Machine, deux vues, 1997,
Los Angeles, Marc Foxx Gallery,
découpe d'une ouverture circulaire dans le plafond de la galerie entraînant le lent voyage du faisceau lumineux tout le jour, révélant au spectateur le mouvement de la terre par rapport au soleil.


- JANSSENS Ann Veronica (née en 1956), Blue, Red and Yellow, 2001,
Berlin, terrasse de la Neue Nationale Galerie, pavillon de 9x4,5x3,5 m, parois translucides couvertes de films transparents colorés, brouillard dense et coloré,
le spectateur évolue dans une abstraction colorée dématérialisée.


- MONINOT Bernard (né en 1949), La Mémoire du Vent, 2003,
dimensions variables, Genève, Galerie Andata/Ritorno.
La série (1999-2009) est composée de dessins miniatures, tracés par le vent sur un support enduit de noir de fumée, projetés sur le mur par un dispositif comprenant des gobos en verre sur lesquels les dessins ont été transférés, des projecteurs et des transformateurs basse tension : « J’avais fabriqué un appareil capteur très simple qui reçoit dans des boîtes de Pétri d’un diamètre de dix centimètres préalablement obscurcies par du noir de fumée, le tracé que compose, au gré du vent, la pointe aiguë de tels ou tels végétaux : herbes, feuilles, fleurs, épines… Pendant un bref instant, si l’orientation est favorable, quelque chose a lieu et se dessine alors… ».

- KAPOOR Anish (né en 1954), Ascension, 2003/2011,
installation éphémère in situ juin/novembre 2011, Venise, basilique San Giorgio Maggiore,
entre sol et voûte, entre matérialité et spiritualité, un long filet de fumée émerge d'un machine cylindrique placé au transept de la basilique,
 et est aspiré vers le haut de la coupole par une grande soufflerie.
 « Dans mon travail, ce qui est et ce qui semble être se confondent. Dans ‘Ascension’ par exemple, ce qui m’intéresse, c’est l’idée de l’immatériel devenant un objet et c’est exactement ce qui s’y passe : la fumée devient une colonne. Il y a aussi dans ce travail l’évocation de Moïse qui suit une colonne de fumée, une colonne de lumière, dans le désert…».


- HEIN Jeppe (né en 1974), Invisible Labyrinth, 2005,
si la pièce est vide, les visiteurs munis d'écouteurs numériques parcourent l'espace et font le spectacle ; en fait, un parcours est balisé 
par la technologie infra-rouge et les écouteurs vibrent à chaque fois que le visiteur entre dans le mur invisible de l'une des 7 galeries.


- SIERRA Santiago (né en 1966), 245m3, 2006,
l'artiste transforme, à Pulheim-Stommeln (près de Cologne), une ancienne synagogue allemande en chambre à gaz, en garant six voitures, moteur en marche le long de ses murs et en transmettant par autant de tuyaux leurs gaz d'échappement à l'intérieur. Les visiteurs n'entrent qu'après avoir signé une décharge, mis un masque à gaz et sont accompagnés d'un pompier. L'exposition fut rapidement interdite.


- MOSSET Olivier (né en 1966), Fenêtres, 2006,
Paris, Palais de Tokyo.
Invité à intervenir sur les fenêtres du restaurant du Palais de Tokyo, Olivier Mosset reprend à son compte une citation d’Ellsworth Kelly : 
"En octobre 1949, au Musée d'art moderne de la Ville de Paris, je remarquai que les fenêtres m'intéressaient plus que les oeuvres exposées dans les salles." 

- PETITGAND Dominique (né en 1965), Les Ballons, 2006-2009, exposition "Quelqu'un est tombé", Saint-Ouen-l'Aumône, site d'art contemporain de l'abbaye de Maubuisson, installation pour quatre hauts-parleurs diffusant de brefs bruits de chute résonants, dans trois espaces différents.

- ONDAK Roman (né en 1966), More Silent Than Ever, Paris, Galerie GB Agency, 2006,
installation avec néons au plafond dans un espace vide censé, selon le cartel,  être équipé d'un système d'écoute caché ; ce dispositif conduit le spectateur à rechercher ce système d'écoute et à croire que quelque chose d'invisible lui échappe.


- GANDER Ryan (né en 1976), I Need Some Meaning I Can Memorise (The Invisible Pull), 2012, Documenta 13, Kassel,
 Une légère brise souffle sur tout le rez-de-chaussée de la Fridericianum, dont les chambres sont laissées presque vide. Ce n'est pas un vent fort, pas immédiatement reconnaissable comme artificiel, mais assez physique pour créer un moment d'émerveillement chez le spectateur.

- DAHLBERG Jonas (né en 1970), Projet de Mémorial pour la tuerie d'Utoya du 22 juillet 2011, 
île d'Utoya (Norvège), coupure de la pointe de l'île empêchant d'en atteindre l'extrémité, par une excavation de 3,5 m de haut ; un sentier puis un tunnel conduisent à cette coupure dans le paysage et permettent d'apercevoir sur la falaise opposée la plaque des noms gravés des victimes ;
 les déblais seront utilisés à Oslo même pour le second Mémorial, dans le quartier du gouvernement.
 L'excavation recrée l'expérience physique de la perte, du vide et de l'absence.



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