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samedi 12 novembre 2011

49-TROISIÈMES-CORRIGÉ GEORGES ROUSSE-RECHERCHES EN HISTOIRE DES ARTS





DOSSIER DU PREMIER TRIMESTRE 
DE LA CLASSE DE TROISIÈME :

 "GEORGES ROUSSE - L’ARTISTE ET L’ŒUVRE"



Voir le site officiel de l'artiste : http://www.georgesrousse.com/accueil.php


ROUSSE Georges, Irréel, Genève, 2003.

Le mot semble barrer l'espace avec des lettres rouge de taille identique
alors que ces lettres sont peintes sur les différents murs et poteau blanchis
du lieu, éclatées entre des supports distants (comme le É) ou des pièces
différentes (comme le I), avec parfois des tailles géantes pour apparaître,
malgré leur éloignement différent, toutes égales du point de vue choisi.



L’ARTISTE

-Quelle est la nationalité de l’artiste ? Quelle est son année de naissance ?
Georges Rousse est un artiste français contemporain, né à Paris en 1947.

-Quel métier a-t-il exercé avant son engagement d’artiste ?
Georges Rousse a fait des études de médecine mais il a été photographe, d'abord photographe pour ses loisirs, paysagiste photographiant mer et montagne puis photographe professionnel pour les entreprises en publicité et en architecture.

-Par quels courants artistiques a-t-il été marqué ?
Il a été marqué notamment par :
- le Land Art : mouvement artistique américain et international né à la fin des années 1960 (qui perdure encore aujourd'hui) qui consiste à créer dans le paysage (et non plus dans l'atelier et pour le musée) des oeuvres (peintures et surtout sculptures), souvent éloignées des villes et éphémères, utilisant le lieu comme support voire comme matériau (terre, pierres, végétaux, eau, glace...). Georges Rousse travaille ainsi dans le paysage urbain et l'espace réel, produisant des oeuvres éphémères dont la trace est conservée par la photographie, seule exposée au public,
- la Figuration Libre, mouvement français des années 1980 offrant des oeuvres figuratives et colorées proches de la B.D, du graffiti. Les oeuvres de Georges Rousse des années 1980-84 présentant des personnages peints dans des bâtiments sont en résonance avec ce courant,
- l’Art abstrait : voie internationale en peinture et sculpture depuis les années 1910. Les formes géométriques et colorées de Georges Rousse, dans les années 1984-2011, sont en résonance avec des courants abstraits tels que le Suprématisme russe des années 1910-1920 ou le Minimalisme américain né dans les années 1960.



ROUSSE Georges, Casablanca I 
(anciens abattoirs), 2003, 
papier photo marouflé sur aluminium,
125x157 cm.

La grille carrée, géométrique et colorée semble 
s'interposer entre le regard du spectateur et le
 bâtiment blanchi. En fait, les surfaces colorées
 sont peintes en aplats saturés sur les murets, le sol, 
les poteaux et les voûtains métalliques, le plafond, 
les murs latéraux, les fenêtres et les murs du fond. 
De grandes surfaces colorées sont ainsi peintes dans
 la profondeur de la salle vide, s'étirant et se 
déformant dans l'espace pour reformer cette grille
 géométrique parfaite et transparente révélée à partir
 du point de vue unique qui a présidé à sa réalisation.
ROUSSE Georges, Entrepôt, Vichy, 1982.

Cette oeuvre est représentative des débuts
de Georges Rousse.
Les personnages colorés et en mouvement
sont peints dans la cage d'escalier,
 sous la montée des marches, sur les murs
ou le plafond mais sont réunis dans un même
espace par la vision photographique prise en
contre-plongée.



-Par quels artistes a-t-il été marqué ?
Il a été marqué par quelques artistes du passé et de nombreux artistes du XX° siècle, notamment les grands photographes américains (et leurs photos de paysages et d’architecture) comme Edward Steichen (1879-1973), Alfred Stieglitz (1864-1946) ou Ansel Adams (1902-1984), et les peintres abstraits comme Kasimir Malévitch (1878-1935) (et notamment sa toile Carré noir sur fond blanc, 1913-15, huile sur toile, 79,5x79,5 cm, Saint-Pétersbourg, Musée national russe) ou encore Piet Mondrian (1872-1944).




LA DÉMARCHE

-Dans ses créations, entre quels arts fait-il le lien ?
Il fait le lien entre dessin/peinture (ses projets notamment à l’aquarelle, le travail à la craie et à la peinture dans le lieu), photographie (ses recherches avec des polaroïds ou d’autres types de photos, les photos grands formats qu’il expose), architecture (les lieux qu’il investit, ses créations in situ, ses scénographies), sculpture (ses interventions, ses installations, ses ajouts de structures géométriques, ses découpes du lieu).


ROUSSE Georges, Bourgoin-Jallieu, Théâtre Jean-Vilar incendié, croquis d'avant-projet, 2011.


-Dans quel type de lieu travaille-t-il ?
Il travaille le plus souvent à l’intérieur d’architectures abandonnées et en ruines, destinées à être rénovées ou détruites (immeubles, entrepôts, abattoirs, parkings…) mais il peut travailler dans d’autres lieux (monuments, musées…).

-Quelles formes, motifs et couleurs choisit-il ?
Dans les années 1980-1984, il s’inscrit dans le retour à la figuration (Figuration Libre) et peint des figures humaines dans l’espace intérieur de lieux abandonnés et en conserve la trace par la photo
Il se consacre ensuite dans des lieux semblables à des formes géométriques simples (planes : cercle, rectangle, carré, triangle, damier…ou en volume : sphère, cylindre, parallélépipède, cube…) et colorées (couleurs primaires et secondaires surtout) mais également à des écritures (tirées de ses notes de travail), des cartes géographiques, des plans... qu'il prend également en photo.


ROUSSE Georges, Metz, 1994.

La réalisation proprement dite commence par une mise au noir
 du lieu. Toutes les entrées de lumières sont obturées et une
 projection diapositive est faite : elle permet l'inscription de la forme
 plate dans l'espace qu'elle doit envahir. Dans l'exemple ci-dessus,
le cercle plat se projette sur les sols, murs et plafond. Les assistants
 armés de crayons ou de craies prennent les repères des bords de la
 forme. Après repérage, tous les éléments pris à l'intérieur des
repères seront peints en vert. D'autres éléments découpés
 comme ces croissants en bois ou comme cette cloison qui suit le
 bord droit du cercle peuvent être ajoutés avant ou après la projection
 de sorte de venir compliquer un peu plus l'illusion visée.

ROUSSE Georges, Alex, 2000.

Dans cette création, le lieu nettoyé et blanchi ouvre sur plusieurs espaces
en enfilade. Le cercle naît du découpage du sol  (au parquet ôté) et des cloisons
 et crée une vision insolite. L'architecture est modifiée et sculptée, et l'espace et
la lumière du lieu sont transformés pour exister ainsi sur la photographie.


-Procède-t-il à des manipulations numériques de l’image ?
Le travail de Georges Rousse est devenu plus ambigu pour le spectateur depuis l’avènement des logiciels numériques de création et de retouche d’images. Cependant, Georges Rousse n’utilise pas de telles techniques pour ses créations puisque elles sont réelles, peintes et réalisées in situ, et que seule leur trace est fixée par la chambre photographique. Les seules manipulations de l'image peuvent exister pour la définition du projet.

-Qu’expose-t-il ?
Il expose, dans les musées, des photographies couleur grand format (tirage limité à cinq exemplaires) de créations réalisées dans le monde entier mais dans des lieux éphémères qui  n’ont pas été visités par le public. Il investit cependant parfois l’espace d’un musée, le spectateur découvrant alors l’intervention dans le lieu et sa photographie.

-Comment procède-t-il pour créer une oeuvre ?
Losqu’il découvre un lieu potentiellement intéressant, Georges Rousse déambule longuement dans ce lieu, découvre son architecture, s’imprègne de son passé (vécu du lieu), étudie la façon dont la lumière l’habite. Il fait des repérages, prend des notes et réalise des photos (polaroïds instantanés ou autres). Il esquisse des dessins (aquarelles) de l’espace sous différents angles. Il retourne si nécessaire dans le lieu, s'intéresse aux complexités de l'espace (embrasures, cloisons ouvertes, cages d'escalier, angles des pièces...) et choisit ensuite un endroit limité. Il détermine une forme puis un point de vue précis (souvent en hauteur) pour la chambre noire photographique sur son trépied (espace et cadrage de l’image) qu’il dispose dans le lieu.
L’espace choisi est ensuite nettoyé pour ne laisser apparaître que les lignes de l’architecture puis blanchi (hachuré à la craie). Un transparent est placé devant la chambre photographique puis, avec le noir total (ouvertures masquées) une projection de l’image du projet dans le lieu (avec un projecteur fixé rigoureusement au même emplacement) permet d’affiner le projet puis à ses assistants de prendre des repères dans la profondeur du lieu, sur les murs, sols et plafonds, de dessiner les formes envisagées (morcelées, déformées et étirée dans l’espace) puis de les recouvrir de craie, les peindre en aplats ou les découper, voire d’ajouter des cloisons ou des fragments de volumes géométriques en bois.
Lorsque l’installation in situ est terminée, ce travail destiné à disparaître doit être fixé par la photographie (qui sera ensuite exposée au public). L’artiste repositionne la chambre photographique à l’endroit déterminé et attend la meilleure lumière naturelle pour en fixer la mémoire.


Voir une vidéo de 45s montrant le travail de Georges Rousse en 2011 dans une friche industrielle incendiée du port de Marseille, futur musée de la fondation "Regards de Provence".




Prenons l’exemple de la peinture d’un grand cercle rouge échelonné dans l’espace profond d’une salle vide, éclaté entre murs, piliers, sols et plafonds ; il s’agit bien d’un lieu en 3D qui a été peint à partir d’un projet en 2D (polaroïd, aquarelle). Dans le lieu, le cercle rouge n’est parfaitement lisible qu’à partir du point de vue fixé et ce cercle apparait irréel et semble flotter dans l’espace, en 2D. Tout décalage avec le point de vue déterminé entraîne la perte de la forme pure pour ne plus apercevoir que des fragments géométriques étirés de couleur rouge, éparpillés dans le lieu. La photographie prise du point de vue fixé, restitue en 2D la mémoire de l’œuvre, sans masquer la profondeurdu lieu lors de la lecture attentive de la photo.
C’est un processus qui rappelle la tradition de l’anamorphose dans l’art, en transformant, depuis un point de vue précis, une image déformée et cachée en image visible et parfaite. Cependant, au lieu de faire passer l’image du 2D au 3D, cela la fait passer du 3D (l’espace réel du lieu peint destiné à être rénové ou détruit) au 2D (le support du papier photographique – ou parfois de la toile photographique-, mémoireet but car l’artiste cherche à introduire une perspective et une action picturale à l’intérieur d’un espace qui est la photographie).



ROUSSE Georges, Musée Réattu,
Arles, 
2006, photographie couleur,
 160x125 cm.

Installation de végétaux (haricots du
grand arbre du musée) sur les sols, murs
et voûtes de la cour du musée.
Ces derniers reforment un grand cercle
 parfait alors qu'ils sont dispersés sur des
constructions espacées et des surfaces aux
axes perpendiculaires.

Vision de la partie gauche du même lieu sans respecter
le point de vue choisi par l'artiste.








ROUSSE Georges, Vitry, 2007, tirage lambda, 125x160 cm, édition de 5.

Dans l'oeuvre ci-dessus, G.Rousse découpe en forme de cercle la totalité d'une
usine avant sa démolition. Cette forme géométrique, très présente dans ses travaux
 antérieurs, émerge ici à ciel ouvert alors qu'elle était auparavant toujours cloisonnée
 dans un espace fermé.



  
Voir le site officiel de l'artiste : http://www.georgesrousse.com/accueil.php


Voir la vidéo :

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