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samedi 23 mai 2026

1464-GIROUD FILS, HORLOGER-DAGUERRÉOTYPEUR À TOULON, VAR


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INTRODUCTION


Le dépouillement des registres de recensement de la ville de Toulon n'ayant révélé aucun nom de photographe dans les années 1840 et seulement quatre noms dans les années 1850 (Pierre Malacrida, Félix Devisuzanne, Pierre Dufour et François Joseph Secrétan ; ici), il a semblé nécessaire de dépouiller les journaux de ces mêmes décennies.

Ce travail a déjà dû être effectué par plusieurs historiens toulonnais mais leurs résultats n'étant pas accessibles, il a été réalisé à nouveau. 

Plusieurs journaux ont coexisté dans ces années-là (dont La Sentinelle et L'Impartial) mais  seul Le Toulonnais (entre 1835 et 1873) semble conservé aux Archives départementales du Var et à la Bibliothèque nationale de France.

Pour la période qui a trait aux débuts de la Photographie (1839-1859), les années non conservées de ce journal aux AD du Var sont celles de 1839, 1848, 1849, 1854 et 1857. L'année 1848 est cependant conservée à la BnF mais n'a pu être consultée car non numérisée.

Le dépouillement des années consultées a révélé la présence de 12 photographes dont les 4 déjà connus par les recensements. Après celui de "Garcin" (en 1841 ; ici), celui de "Giroud fils" est parmi les plus précoces et est natif de la ville.



GIROUD FILS (Toulon 1801-Toulon 1871)


Joseph Louis Giroud est né à Toulon (Var), le 22 août 1801 (4 fructidor an 9 de la République). Il est le fils de Louis David Giroud, horloger suisse (né le 5 mars 1873 aux Verrières, canton de Neuchâtel - installé à Toulon dès 1798), et de Marie Lucie Oliva (née vers décembre 1784 à Bastia, département du Golo - actuelle Haute-Corse), qui se sont mariés à Toulon le 18 août 1800 (30 thermidor an 8).

Joseph Louis Giroud devient à son tour "horloger patenté" et signe, "Giroud fils", lorsqu'il se marie, à l'âge de 24 ans, le 28 février 1826 à Toulon, avec Rose Jeanne Lazarine Peyres/Peyrès, 18 ans (née à Toulon le 23 février 1808). 

Le premier enfant de Joseph Louis Giroud et de son épouse Rose naît à Toulon le 10 novembre 1826. 

Il semble (?) cependant qu'il faille attendre 10 ans pour la naissance de leur deuxième enfant, Ferreol Fortuné Joseph Giroud, le 4 décembre 1836. 

Leur troisième enfant, Marie Elisa Léonie Giroud, naît le 30 janvier 1838, leur quatrième, Iphigénie Louise Giroud, le 20 juin 1839 mais cette dernière décède malheureusement à 6 mois et demi le 3 janvier 1841, et leur cinquième, Caroline Baptistine Lucie, naît le 3 mars 1842.

Joseph Louis Giroud travaille probablement dans la boutique de son père qui semble passé du statut "d'ouvrier horloger" (en 1800) à "horloger" (en 1826) mais ce dernier est étrangement dit "Hydrographe : tenant les instruments de lutherie sur le Port, n° 46", dans le Guide Richard du Voyageur en France de 1824.

L'Ermite toulonnais de 1828 cite uniquement, dans la liste des horlogers, "Giroud fils, sur le port", mais celles de l'Annuaire général du Commerce et de l'Industrie Firmin Didot Frères pour 1839, 1842 ou encore 1847 citent,"Giroud père, Giroud fils", mais sans précision d'adresse.

Du 2 février au 5 mars 1843, Joseph Louis Giroud fait cependant paraître l'annonce suivante dans Le Toulonnais qui précise l'adresse du port et propose des portraits au dguerréotype (Image 1).


1- Annonce parue dans Le Toulonnais du 9 mai 1843,
Archives départementales du Var.




Il est difficile de savoir à quelle date (entre fin 1839 et début 1843) et en quel lieu (Toulon, Marseille, Paris ?) Joseph Louis Giroud s'est formé à la photographie.

Le 9 mai 1843, il fait paraître la nouvelle annonce suivante mais une seule fois seulement (Image 2).


2- Annonce parue dans Le Toulonnais du 2 février 1843,
Archives départementales du Var.




Le procédé de colorisation à l'aquarelle des daguerréotypes a été inventé, à Paris, dès le début de l'année 1842, par Stefano Lecchi (né vers 1804 à Milan, Lombardie), peintre, photographe et assistant de Louis Daguerre. 

Ce dernier a expérimenté son procédé lors d'une tournée dans le Midi de la France en 1842, notamment à Marseille, et a déposé le dossier d'un brevet de cinq ans le 1er octobre et d'un brevet additionnel le 19 novembre 1842. Ces brevets lui ont été délivrés le 2 décembre 1842 (INPI) et il en a ensuite cédé les droits exclusifs à des photographes pour un département ou une ville.

Joseph Louis Giroud annonce avoir acquis l'exclusivité des droits pour la ville de Toulon et propose non seulement des portraits colorisés mais encore des leçons pour former au Daguerréotype et à la colorisation des épreuves (Image 2). 

Il faut préciser que, dès décembre 1840, Stefano Lecchi a séjourné environ un mois à Toulon, pour y présenter son diorama. Sa femme y a par ailleurs accouché de leur fils, Marius Antoine Lecchi, le 19 décembre.

"L'invention du célèbre Daguerre, qui avait été jusqu'ici exclusivement réservée à la curiosité, des parisiens, fait à présent son tour de France. M. Lecchi peintre du plus grand mérite a reproduit sur la toile au moyen du Daguérréotype, les merveilles de la nature et de l'art. Il a établi ses vues sur des proportions moins gigantesques que celles du Diorama de Paris, mais sur une échelle convenable et qui laisse distinguer facilement tous les détails et tous les contrastes des images" (Le Toulonnais des 9 et 25 décembre 1840).

Joseph Louis Giroud a-t-il rencontré Stefano Lecchi en 1840 à Toulon ou en 1842 à Marseille ? S'est-il formé à la photographie auprès de lui ? A quelle date précise (entre décembre et avril 1843) a-t-il acquis les droits du procédé de colorisation ? Autant de questions sans réponse.

On sait cependant que des droits semblables ont été acquis auprès de M. Lecchi par Jean Thomas Rameye pour le département du Puy-de-Dôme, le 16 janvier 1843, par Jean-Pierre Glenisson pour le département de l'Yonne, le 23 janvier 1843, et par Elme Bailly et Joseph Belnot pour les départements de la Nièvre et du Cher, le 8 février 1843 (Bulletin des Lois de la République 1844, n° 1074, pp 81-82).

Le couple Giroud va avoir trois autres enfants : Charles Marius Giroud va naître le 21 février 1844, Marguerite Sophie Giroud, le 17 mars 1846 et Louis Giroud, le 22 juillet 1848 mais ce dernier va malheureusement décéder deux semaines après, le 5 août 1848.

On pourrait donc considérer que le couple Giroud a eu huit enfants dont deux décédés en bas-âge. Cependant, les relevés des recensements (conservés à partir de 1841) ne citent jamais certains d'entre eux (Joséphine Eugénie, née en 1826 ; Caroline Baptistine Lucie, née en 1842) mais en citent d'autres dont les actes de naissance n'ont pas été retrouvés (Louis, né vers 1837 ; André, né vers 1840 ; Eugène, né vers 1843). 

En dehors de potentielles erreurs des registres de recensement (notamment sur les âges), certains enfants ont y peut-être été parfois désignés par d'autres prénoms que ceux de leur naissance.

Parmi les actes d'état civil des enfants, quelques-uns seulement, à partir de 1841, précisent l'adresse du domicile, rue des Chaudronniers, 50. Cette même adresse est également citée dans les registres de recensement de 1841, 1846 et 1851. 

L'adresse de la boutique d'horlogerie sur le port (encore citée en 1843 - Images 1 et 2) est donc différente de celle du ou des domiciles de Giroud père et de Giroud fils. 

Giroud père est encore cité actif, à 74 ans, dans l'Annuaire général du Commerce et de l'Industrie de 1847 : "Horlogers : Giroud père, Giroud fils".

Il va décéder le 18 mai 1852, à l'âge de 79 ans, rue des Chaudronniers, 33, les deux familles habitant donc, à cette époque, dans la même rue.

Le recensement de 1856 cite désormais Joseph Louis Giroud, sa femme et certains de leurs enfants, rue Lafayette, 117. Seul le registre de recensement de 1861 cite le fait que trois de ses enfants, Fortuné, 24 ans, Eugène, 20 ans et Charles 18 ans, exercent également la profession d'horloger.

Suite au décès de son père, Joseph Louis Giroud n'affiche plus "Giroud fils" dans les annuaires Firmin Fidot Frères mais seulement "Giroud". 

La période comprise entre 1826 (date de son mariage) et 1852 (date du décès de son père) permet ainsi de dater certaines de ses productions horlogères signées, "Giroud Fils - Horloger de la marine à Toulon" (une montre de Gousset en vente actuellement), alors que la signature, "Giroud - Horloger de la marine à Toulon" (une pendule en vente actuellement) reste plus ambiguë (père avant 1826 ou fils après 1852 ?).

Joseph Louis Giroud est encore actif en tant qu'horloger en 1866 (Annuaire-almanach Firmin Didot Frères et recensement de cette année-là). 

Il va décéder à son domicile de la rue Lafayette, 117, le 20 octobre 1871, à l'âge de 70 ans.



ÉPILOGUE


Joseph Louis Giroud a été, tout au long de sa vie, uniquement cité en tant qu'horloger (annuaires, guides, registres d'état civil et de recensement), ce qui explique, avec l'absence d'épreuves conservées à son nom, le fait qu'il soit encore méconnu en tant que "photographe".

Il a proposé, dès 1843, des portraits au daguerréotype mais il est impossible de dire combien de temps il a mené cette activité. 

Certes, il n'est pas cité dans la rubrique des photographes toulonnais, créée dans les annuaires nationaux Firmin Didot à partir de 1858, mais cela n'est pas probant, d'autres photographes dont l'activité est attestée cette année-là, ne l'étant pas non plus.