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dimanche 15 décembre 2024

1369-DAGUERRÉOTYPEURS ET PHOTOGRAPHES À NANTES (1839-1859)-4

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS






DERNIÈRE MISE À JOUR DE CET ARTICLE : 27/01/2025

RECHERCHES SUR LES

 DAGUERRÉOTYPEURS ET PHOTOGRAPHES

TITULAIRES D'UN ATELIER NANTAIS 

ENTRE 1839 ET 1859



LISTE ALPHABÉTIQUE (recherches en cours)






- HAUSER


"M. Hauser, l'un des plus habiles photographes de Paris", est de passage à Nantes au mois de mai 1854. Il s'installe pour quelques semaines, rue du Calvaire, 9, au 3ème étage au-dessus de l'entresol et y expose ses productions. 

Il propose des portraits sur papier, noirs ou coloriés, avec ou sans retouche, réalisés en 15 secondes de pose et livrés sous 24 h mais également des reproductions d’œuvres et des stéréoscopes.

L'identité de cet artiste pose question, deux photographes du XIX° siècle portant le nom de HAUSER/HAUSSER/AUSSER :

Daniel HAUSER (Durmenach, Haut-Rhin, 30 avril 1817 - Saint-Quentin, Aisne, 18 novembre 1877) (1)

Arthur HAUSER (Besançon, Doubs, 11 janvier 1829 - Paris, apr. 1873/av. 1886) (1 et 2).

Ces deux photographes ont ouvert un atelier au début des années 1860, Daniel Hauser, en 1862, à Saint-Quentin (Aisne), et Arthur Hauser, en 1861, à Paris (Seine). L'un des deux a auparavant mené une vie itinérante de daguerréotypeur puis de photographe, attestée de 1853 à 1858. 

Aucun élément totalement probant ne permet cependant d'attribuer cette vie itinérante à l'un ou à l'autre, les petites annonces qui signalent les passages de préfecture en préfecture ne citant jamais de prénom. 

Certains historiens ont considéré qu'il s'agissait d'Arthur Hauser mais je pencherais personnellement davantage pour Daniel Hauser à cause de deux indices :

- Daniel Hauser vit déjà une vie itinérante de "voyageur de commerce" à la date de son mariage à Lyon, le 15 mars 1842 ;

- le premier passage du photographe "Hauser" est signalé à Mulhouse en 1851, préfecture du département dont Daniel Hauser est originaire.

En l'attente d'éléments déterminants, la suite de cette notice va retracer la vie itinérante du daguerréotypeur et photographe à partir du début des années 1850, sans lui attribuer de prénom.

Après avoir été signalé à Mulhouse en 1851, il est dès 1852 à Orléans (Loiret) où il ouvre un atelier rue Bannier, 14 et se fixe pour trois années environ (1).

Il photographie notamment les animaux primés lors de la foire d'Orléans de juin 1853. Il n'en semble pas moins rayonner sur toute la partie nord de la France, notamment à Nantes en 1854. 

Les petites annonces le disent systématiquement "photographe de Paris", mais il n'est pas possible de confirmer qu'il possède alors un atelier de photographie dans la capitale. S'est-il formé à Paris, y possède-t-il une adresse ? C'est en tout cas ce que laissent penser certaines de ses publicités des années 1856-1857 qui le disent, "propriétaire du Petit-Palais-de-Cristal, rue de Rivoli". 

Aucun document parisien ne cite un établissement de ce nom mais le terme "cristal" renvoie probablement au magasin de luxe d'objets en cristal (associé au bronze doré) et en porcelaine, présent rue de Rivoli depuis 1804. Cet établissement était célèbre par son escalier aux balustres de cristal et désigné pour cette raison sous le nom de, "L'Escalier de cristal". Le photographe en possédait-il les murs ?

Hauser est à Nancy en mars et avril 1856, où il réalise "plus de 3.000 portraits", puis à Metz début mai, avec le projet de repartir un mois plus tard pour Nancy, à l'occasion de la foire. Il se fait cependant remplacer dans cette ville, "par un de ses opérateurs qu'il a fait venir de Paris", afin de privilégier la clientèle de son atelier messin, rue Serpenoise, 60, au fond de la cour de la maison de M. Goujeon, notaire. 

L'une de ses publicités messines précise : "Pour 2 fr. 50 [un prix bas], M. Hauser fait des portraits sur émail, sans aucun miroitement et d'une parfaite ressemblance (...). La pose ne dure que deux secondes, et l'on peut emporter son portrait immédiatement".

En juillet 1856, "M. Ausser" est à Strasbourg, rue des Serruriers, 4. Son rayonnement semble ensuite s'étendre sur tout le territoire français. 

M. Ausser/Hauser de Paris est notamment signalé à Avignon (Vaucluse) en octobre 1856, rue Cardinale, 5, ancienne maison Roubeau, porte à côté celle de l'Archevêché, puis à Nîmes (Gard) en novembre et décembre 1856, place de la Salamandre, balcon de pierre, 2.

De février à mai 1857, M. Ausser/Hausser/Hauser est à Toulouse, avec un atelier rue des Balances, Hôtel de Paris, au premier.

En 1858, proposant toujours ses portraits sur émail, il est à Pau (Pyrénées-Atlantiques), en janvier-février, rue de la Préfecture, 40, à Bourges (Cher), en mai-juin, rue des Arènes, 2, et à Troyes (Aube), en octobre, rue des Bûchettes, 30.

(1) Sur Daniel Hauser et Arthur Hauser, voir les notices de Jean-Marie Voignier, Répertoire des Photographes de France au Dix-Neuvième Siècle, Le Pont de Pierre, 1993.

(2) Sur Arthur Hauser, voir la notice d'Hervé Lestang sur son site, portraitsepia.fr.





- JULES


"M. Jules" (nom, prénom ou pseudonyme ?) est un photographe (?-?) de passage à Nantes pour trois semaines environ, de fin juillet à début août 1857, avec un atelier situé chez M. Lepinay, jardinier, rue Pétrarque, 20.

Les deux caisses signalées  fin juillet 1857, arrivées par bateau et contenant des "glaces et portraits", lui semblent destinées.

Aucun autre document local ou national n'a permis d'en apprendre davantage sur la vie et la carrière de ce photographe.





- KARL
 

Karl (?-?) (nom, prénom ou pseudonyme ?) dit "de Strasbourg", est présent à Nantes, au plus tard en 1843. 

Il est l'un des photographes qui aurait fourni des vues daguerréotypées de Nantes aux libraires et imprimeurs Forest, pour l'édition de l'album d'estampes entamé en 1842 et intitulé, Loire-Inférieure, vues de Nantes et ses environs, prises au Daguerréotype, et gravées sur acier par les premiers graveurs de Paris (1).

Les  publicités et articles concernant Karl sont présents dans les journaux nantais dès septembre et octobre 1843, période à laquelle il expose des portraits chez Mme Pot(t)in (libraire, galeriste), passage Pommeraye dont "un groupe de famille remarquable par la pureté et la finesse des détails", "un charmant intérieur représentant une dame occupée à une lecture", un portrait [d'homme] d'une dimension tout-à-fait inusitée" et "un peintre assis près de son chevalet"

Son atelier de daguerréotypie et de photographie est situé rue de Versailles, 2, à l'entrée de la route de Rennes, où il propose des portraits au prix de 10 fr.

"Nous devons d'autant mieux nous applaudir de cette perfection donnée aux images qu'il en fait sortir, que M. Karl est à demeure à Nantes et que pour nous faire dorénavant daguerréotyper, il ne sera pas besoin, ou que nous fassions le voyage de Paris, ou que nous attendions ici des étrangers".

L'atelier de Karl est ensuite cité à cette même adresse dans l'annuaire de 1844. 

En avril 1844 cependant, il est désormais situé boulevard de Lorme/Delorme, n° 32, dans un pavillon spécialement construit, permettant d'opérer par tous les temps. Karl renouvelle à cette occasion une exposition de portraits chez Mme Pottin. Il adresse le même mois une lettre au rédacteur de L'Ouest :

"J'ai eu l'idée, Monsieur, dans ces derniers temps, d'employer le daguerréotype pour la conservation des autographes, des manuscrits précieux de nos archives, pour la reproduction des dessins de machines, de cartes géographiques, de plans de toute espèce. Désormais la photographie sera l'émule de la typographie...".

Après un article paru en août 1844, il faut attendre une longue campagne publicitaire qui dure de mai 1845 à mars 1847, où Karl propose ses "Portraits au daguerréotype coloriés et non coloriés" et évoquant parfois ses expositions passées chez Mme Pottin, rue Santeuil mais également chez Mme Boissier, rue d’Orléans (notamment en août 1846).

"Ce vaste établissement, créé dans les meilleurs (sic) conditions possibles, avec pavillon vitré et jardin, est LE SEUL de Nantes où l'on puisse faire des groupes nombreux, LE SEUL où l'on fasse des portraits de toutes dimensions, depuis les grandeurs les plus faibles, qui exigent impérieusement, comme les groupes, un espace de terrain considérable, jusqu'aux grandeurs les plus élevées pour lesquelles il faut des instruments puissants et parfaits placés entre des mains habiles".

Son atelier est ensuite signalé par seulement quelques annonces qui s'échelonnent de juin 1847 à août 1848. "Deux pavillons spécialement construits permettent d'opérer en tout temps, sans que le soleil soit nécessaire, sans que le pluie ait une influence fâcheuse".

Le nom de "Karl, de Strasbourg", n'est plus signalé ensuite que dans les seuls annuaires de 1849 et 1850, toujours à l'adresse du boulevard Delorme, 32, avant de disparaître totalement des documents nantais (également absent des actes de décès).

Comme pour ses débuts, rien n'est connu de la suite de sa vie.

(1) Voir à ce sujet la notice au nom de Forest, dans le troisième article de cette série, ici







- ? LABRUYERE (?-?)


Le 15 mai 1845, une petite annonce nantaise révèle la présence de M. Labruyère, peintre et dessinateur, rue Voltaire, 8 et rue Marivaux, 5, offrant des portraits au daguerréotype, instantanés, noirs ou coloriés, en miniature et à l'aquarelle.

C'est la seule fois cependant que son nom est cité à Nantes, le début et l'ensemble de sa vie et de sa carrière restent inconnus.







- VICTOR MAUCOMBLE (1812-1889)

Deux petite annonces nantaises des 25 et 26 avril 1845 signalent l'arrivée de "M. Maucomble, peintre de Paris", qui propose des portraits au daguerréotype de grand format au prix de 20 fr., aux poses gracieuses, aux visages exempts de contraction et à la carnation bien fondue, avec coloration naturelle. "Une terrasse dans les combles de l'hôtel, présente un jour très-favorable et permet d'opérer par tous les temps".

Il installe son atelier provisoire à l'Hôtel des Colonies, près du passage Pommeraye (et rue Santeuil), ce que rappelle également une dernière petite annonce qui paraît le 19 mai 1845.

Comme pour d'autres artistes itinérants de passage à Nantes, se pose la question de l'identité de ce daguerréotypeur (1). 

Henry/Henri Victor Maucomble est né le 15 avril 1812 à Senlis (Oise). Il est le fils aîné de Louis Victor Maucomble, marchand boulanger, et de Martine Marie Jeanne Félicité Delavallée, qui se sont mariés à Apremont (Oise), le 13 février 1811.

La famille Maucomble déménage à Paris, au plus tard en 1821 car c’est là que naît leur second fils, Mathieu Adolphe, le 22 mars de cette année-là (2).

C’est à Paris que Victor Maucomble fils se forme à la peinture de miniature vers 1830 puis à la daguerréotypie dès le début des années 1840, sans oublier le théâtre (3).

"M. Maucomble, peintre de Paris", est signalé dès le 1er octobre 1844 à La Rochelle (Charente-Maritime), où il propose ses portraits au daguerréotype par le biais d’une petite annonce assez semblable à celles de Nantes. Une nouvelle annonce du 29 octobre précise l'adresse de son atelier, Cour des Grolles, n° 9, et signale qu'il se rend à domicile sur demande, sous réserve "d'un local propre à l'opération".

Après être signalé à Nantes en 1845, c'est à Paris qu'il est cité à plusieurs reprises en 1847 et 1848, avec un atelier situé rue de Grammont, 26 et des portraits coloriés, notamment d'actrices (3), exposés au Palais-Royal, galerie de Valois, n° 116.

C'est pour ce type de portraits que "Maucomble" reçoit ensuite  une médaille de bronze à l'Exposition parisienne du Palais de l'Industrie de mai et juin 1849. Un article de la même année rappelle cette récompense : "Le maitre de tous les portraitistes, c'est M. Maucomble. Avant de faire de la photographie, M. Maucomble était peintre en miniature ; dans ses œuvres actuelles, on reconnaît l'artiste d'autrefois à la grâce facile des poses, au laisser-aller de l'attitude. C'est là du daguerréotype, mais c'est aussi de la peinture".

En 1851, "V. Maucomble", participe à l'Exposition Universelle de Londres (du 1er mai au 15 octobre) où il obtient une mention honorable. Le 29 octobre 1851, un article de La Lumière évoque cette récompense pour "Héliographie sur plaques métalliques, coloriée" : 

"M. Maucomble est sans rival en ce genre, peintre en miniature assez habile, il est devenu excellent opérateur, et il a su employer son goût dans les arts pour poser ses modèles, son talent d'héliographe à produire des plaques au ton le plus convenable, enfin l'habileté de son pinceau et de ses estompes à fixer une couleur brillante sur la plaque au moyen d'un travail ingénieux de frottis, de pointillés et de hachures. Cette addition manuelle élève beaucoup le prix d'un portrait, mais elle en relève aussi le mérite aux yeux du public". 

En octobre 1852, les publicités parisiennes citent, parmi la liste des daguerréotypeurs et photographes, "Maucomble, de S.A.I. prince Président", avec un atelier toujours situé rue de Grammont, 26. 

Maucomble continue son itinérance dans les années 1850. Fin mars 1854, c’est à Dijon que la prochaine arrivée de "M. Maucomble, premier photographe-portraitiste de l'empereur Napoléon, honoré d'une médaille à l'exposition de Londres", est annoncée. Un nouvel entrefilet dijonnais du 15 avril suivant précise que le photographe se rendra "au domicile des personnes qui auraient une cour ou un jardin convenable, moyennant 30 fr. [!] en plus pour la totalité des portraits à faire".

En juin 1854, un artiste du même nom est signalé à l'adresse de, "Boulevart Montmartre. N° 26. - Rue de Choiseul". Victor Maucomble conserve cependant son atelier rue de Grammont, 26 et est encore cité à cette adresse, en tant que "peintre de portraits", dans l'Annuaire-almanach du Commerce et de l'Industrie de 1858. Cependant, dans l’Annuaire-almanach de 1859, il est cité en tant que « peintre-artiste",  avec l’adresse du boulevard Montmartre, 3.

Les trois adresses évoquées sont situées dans le quartier de Montmartre (2ème arrondissement). Les rues de Choiseul et de Grammont sont parallèles et pourraient éventuellement indiquer un même bâtiment situé entre ces deux rues mais le boulevard Montmartre est pour sa part perpendiculaire à ces dernières. 

Parallèlement, Victor Maucomble tient un atelier de photographie à Rouen, qui est attesté de 1856 à 1858, quai Napoléon, 45 (1, 2 et 4).

Son nom disparaît des annuaires parisiens à partir de 1860. Il a alors 48 ans, est célibataire et propriétaire. Cesse-t-il dès lors toute activité professionnelle (5) ?

L'Annuaire-almanach de 1862 affiche désormais le nom de, "Grob (Ulrich), successeur de Maucomble, peintre-photographe de S.M. l'Empereur, reproduction d'objets d'art, boulevard Montmartre, 3 ". Il est probable que M. Grob ait été précédemment l'élève, l'assistant ou l'associé de Victor Maucomble dans l'atelier de la rue Grammont, 26.

Jean Ulric Grob [Wattwil, Suisse, 9 juin 1823 - Paris, 10ème, 19 juillet 1893], domicilié rue d'Argenteuil, 39, s'est en effet marié le 16 septembre 1854, avec Marie Célestine Martin dont le domicile était justement situé rue Grammont, 26.

Nathalie Lemoine-Bouchard, dans un article de 2022, signale Victor Maucomble à Paris, auprès de sa mère en 1866, au quartier du Petit-Montrouge, 61, rue d’Orléans (14ème arrondissement) puis, suite au décès de cette dernière le 18 novembre 1870, au 12, cité Trévise (9ème arrondissement) (2).

À une date qui reste à préciser, Victor Maucomble quitte Paris pour le sud de la France.

Rentier, il décède à La Trinité-Victor (Alpes-Maritimes), maison Baudoin, le 1er novembre 1889, à l’âge de 77 ans.

Il s’était probablement installé dans cette commune et cette maison en location que depuis quelques années seulement car son nom est absent des registres de recensement de 1881 et de 1886.

(1) Jean-Marie Voignier, Répertoire des Photographes de France au Dix-Neuvième Siècle, Le Pont de Pierre, 1993.

(2) N. Lemoine-Bouchard et A. Delatte, "Peintre en miniature devenu photographe : Henri Victor Maucomble", dans, La Lettre de la Miniature, n° 67, septembre-octobre 2022, pp 13-14.

(3) En juin et juillet 1853, le Catalogue d'une vente aux enchères, contenant deux lettres de Victor Maucomble, révèle que "Maucomble, acteur, fut le camarade de Rachel à ce théâtre [Théâtre-Molière], et est aujourd'hui peintre au daguerréotype. Il demande des femmes qui veuillent laisser mettre leur portrait en montre [vitrine]". Ce texte semble impliquer pour Maucomble une présence au Théâtre-Molière vers le milieu des années 1830.

(4) Répertoire des photographes, dans le Catalogue de l'Exposition, Photographier en Normandie, 1840-1890, Le Havre, MuMa, 2024 (extraits sur calameo.com).

(5) Voir des épreuves signées Maucomble : 
- un portrait daguerréotypé dans son écrin, portant l'adresse de la rue Grammont, 26, daté vers 1854-1858, sur gallica.bnf.fr ;
- deux portraits daguerréotypés peints encadrés, au format pleine plaque, portant l'adresse de la rue Grammont, 26, sur antiq-photo.com ; 
- une photographie coloriée de 19x24 cm (portrait), dans son cadre d'origine, datée du 22 juin 1853, passée en vente aux enchères à Pamiers (Ariège) en mai 2017 et reproduite ici, 18edelignesecondempire.clicforum.fr ;
- une carte de visite affichant l'adresse du Boulevart Montmartre, N° 3, sur parismuseescollections.paris.fr.







- ? MORENO (?-?)


Le daguerréotypeur et photographe Moreno est présent à Nantes à partir de 1852. Son nom est cité pendant dix ans dans les annuaires nantais, de 1853 à 1862, avec un atelier situé rue Crébillon, 24 mais n'apparaît étrangement dans aucun autre document (journaux, documents officiels). 

L'absence de ce nom à consonance espagnole des listes électorales de la ville de Nantes s'explique probablement par sa nationalité. Son absence dans les recensements de 1856 et de 1861 est plus difficile à expliquer, d'autant que l'adresse de la rue Crébillon, 24 correspond à celle de l'opticien Théodore Moussier (1811-1882) et qu'aucun nom de photographe (associé, assistant ou employé de Moreno) n'est cité à cette adresse.

La question de son identité se pose donc. Dans son Répertoire des Photographes de France au dix-neuvième siècle, Jean-Marie Voignier, outre celui de Nantes, cite deux artistes de ce nom (1) :

-  l'un à Bordeaux (Gironde), "Moreno E.", avec plusieurs adresses successives - vers 1852, allées de Tourny, 4 ;  vers 1854 rue Mautrec, 3 ; vers 1856 avec une deuxième adresse cours du XXX Juillet, 8, qui reste ensuite la seule jusqu'à la fin des années 1860.

- l'autre à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), "Moreno", dans la seconde moitié des années 1850 puis les années 1860.

Est-il possible que ces deux artistes ne soient qu'une seule et même personne, avec un atelier installé dans ces deux villes, comme d'ailleurs à Nantes, vers 1852 ?

Moreno (Bordeaux)

Le photographe "Moreno" propose ainsi, à Bordeaux, rue Mautrec, n° 3 et cours du XXX Juillet, n° 8, par le biais de plusieurs publicités qui paraissent en décembre 1854, des "Portraits sur papier, sur plaque d'argent, acier, verre (...), opère par tous les temps, donne des leçons sur tous les procédés, et fait aussi les portraits au stéréoscope à des prix très modérés".

Son identité est révélée dans le recensement de 1866, à l'adresse du cours du XXX Juillet, 2 où il vit auprès de son beau-frère, sa sœur et leurs enfants : "Moreno Edouard, photographe, célibataire, 25 ans".

Son âge pose immédiatement problème car cela implique qu'il serait né vers 1840-41 et qu'il aurait eu l'âge de 12 ans lors de l'atelier de la rue Tourny, 4. Certes, on peut mettre en doute la véracité du recensement, d'autant que ce dernier indique l'âge de "30 ans" pour sa sœur, alors que cette dernière est née en 1828 à Milan (Italie) et a alors 38 ans. 

Cependant, l'arbre généalogique de la famille révèle qu'Eduardo Eusebio Antonio Isidro Lucas de Nadal Moreno est bien né le 7 novembre 1840 à Murcia (au sud-est de l'Espagne) (2) et donc qu'il ne peut être le photographe de Bordeaux ni de Nantes en 1852.

L'acte de mariage de sa sœur, professeur de musique (probablement la pianiste et cantatrice, "Melle Moreno y Aleman", attestée à Bordeaux dès 1850) révèle, en revanche, qu'en 1854, cette dernière vivait justement rue Mautrec, 3, avec leur père, Marciano Moreno, militaire espagnol (né vers 1800 ?) mais que leur mère (2éme épouse de leur père), Ignacie Josèphe Thomase Barbara de Nadal, était déjà décédée à cette date.

Même nom et même adresse bordelaise ! Est-ce que le père, Marciano Moreno, aurait exercé le métier de photographe pendant quelques années à Bordeaux, voire à Nantes, avant que son fils Eduardo ne lui succède (acte de décès du père non retrouvé ; recensements de 1851 et 1856 non conservés ; photographe Moreno absent du recensement de 1861 à l'adresse du cours du XXX Juillet) ? 

Edouard/Eduardo Moreno n'est plus cité, à l'adresse du cours du XXX Juillet, dans le recensement de 1872. Il a quitté Bordeaux (entre 1866 et 1872), pour vivre cette fois dans la ville de Vitoria-Gasteiz, au nord-ouest de l'Espagne.

Les Cartes de visite conservées de ce photographe indiquent seulement sa dernière adresse bordelaise :

- un recto nu, avec au verso, "E. Moreno & Co - Photographes, - 2 Cours du XXX Juillet - Bordeaux" ;

- au recto, "E. Moreno & Cie, Phot.", et au verso, "Moreno & Co Photographes - 2 Cours du XXX Juillet - Bordeaux" ;

- un recto nu, avec au verso, "Moreno & Cie Photographes, - 2 Cours du XXX Juillet - Bordeaux - Maison du Café Cardinal. (texte concave)" ;

- au recto, "E. Moreno & Cie, Phot.", et au verso, "Photographie (avec des caractères diminués en taille au centre du mot) - E. Moreno & Cie (ces mots sur fond de fins entrelacs) - 2 Cours du XXX Juillet - Maison du Café Cardinal - Bordeaux (ce mot sur fond de fins entrelacs)".

Moreno (Bayonne) (3)

Par ailleurs, dès le 10 septembre 1853, L'Illustration reproduit une estampe de Banderilleros, "d'après un daguerréotype de Moreno", dans un article sur "Les Courses de taureaux à Bayonne".

"Moreno, photographe espagnol" visite, début octobre 1856, l'ancien château-fort d'Arteaga, situé près de Bilbao (Espagne), et en réalise des photographies. 

Il accompagne l'architecte Couvrechef/Couvre-Chef qui est comme lui, "missionné par l'Empereur Napoléon", pour le domaine que ce dernier veut faire restaurer. L'Empereur souhaite y venir en villégiature avec l'Impératrice Eugénie de Montijo (née à Grenade, Espagne), par le canal de Guernica, depuis leur palais de Biarritz. Dix jours plus tard, les protagonistes de cette mission ont un accident de la route, en rentrant à Bilbao, mais en ressortent vivants, avec de fortes contusions cependant.

Il est ensuite l'un des photographes de Bayonne cités dans l'Annuaire-almanach du Commerce et de l'Industrie de 1860 à 1864 puis dans le Guide de l'Etranger à Bayonne et aux environs de 1864 : "MORENO, photographe, rue Lormand, représente à Bayonne le Panthéon de la Légion d'Honneur, il est aussi photographe de la Société de photosculpture de France".

Il souscrit d'ailleurs, mais ne semble pas exposer, à l'organisation de l'Exposition Internationale Franco-Espagnole agricole, industrielle et artistique, placée sous le patronage de l'Empereur, qui a lieu à Bayonne pendant l'été 1864,

Les Cartes de visite conservées de ce photographe précisent :

- au recto, "Moreno, Phot."et au verso, "Moreno, - Photographe - 19, rue Lormand - Bayonne",

- au recto, "Mr. & Mme Moreno Phot.", et au verso, "Moreno, - Photographe - 19, rue Lormand, 19 - Bayonne - (dessin de la médaille de la Légion d'honneur) - seul représentant de l'ordre Impérial - de la Légion d'honneur pour les Départements (textes concaves) - Des Basses-Pyrénées et des Landes" (une carte de visite datée de novembre 1863 ; une autre de septembre 1864).

C'est Alphonse Delaunet qui prend la suite de l'atelier Moreno de Bayonne, à l'adresse du 19, rue Lormand, à la fin des années 1860. 

La suite de la vie de Moreno, comme ses débuts, reste inconnue.

Épilogue

Il semble que trois ou quatre photographes bien distincts ont officié en France et en Espagne, sous le nom de Moreno :

- le photographe Moreno de Bayonne (?-?), actif dans cette ville dès le début des années 1850 mais dont l'identité n'a pu être dévoilée. Il est probablement né, au plus tard, dans à la fin des années 1820, s'est marié dans les années 1860 (inscriptions au recto des cartes de visite datées de 1863 et 1864 ; l'acte de mariage n'a pu être retrouvé) et est probablement décédé après 1870.

- le photographe Moreno de Bordeaux, actif dans cette ville dès le début des années 1850. Est-ce Marciano Moreno (né vers 1800 en Espagne et décédé après 1854) ou l'un de ses enfants ou parents ?

- le photographe Eduardo Moreno, fils de Marciano Moreno, dit photographe dès le recensement de Bordeaux de 1866 ; il s'est marié le 28 novembre 1872 à Vitoria-Gasteiz (Espagne), avec Beatriz de Azpiazu e Iztueta. Il est devenu, au milieu des années 1890, un des pionniers du cinématographe. Est-ce lui qui, en 1897, publie une petite annonce dans un journal bordelais pour recruter un "bon tireur" pour Saint-Sébastien (Espagne, entre Vitoria et Bayonne) ? Eduardo Moreno est décédé à Vitoria, le 24 avril 1899, à l'âge de 58 ans.

- le photographe Moreno de Nantes dont la question de l'identité n'a pu être résolue.

Un élément reste troublant : le photographe Moreno de Bordeaux a cédé en 1855 ou 1856, son atelier de la rue Mautrec, 3 à Charles Razimbaud, photographe préalablement installé à Nantes. Simple coïncidence ou les deux hommes s'étaient-ils côtoyés à Nantes vers 1852-1855 ?

(1) Jean-Marie Voignier, Répertoire des Photographes de France au Dix-Neuvième Siècle, Le Pont de Pierre, 1993.

(2) Sur Moreno à Bordeaux, voir l'arbre généalogique sur le site du Groupe de Réflexion  sur l'Image dans le Monde Hispanique, GRIMH.

(3) Sur Moreno à Bayonne, voir l'article de Juantxo Egaña, "Naissance de la Photographie au Pays Basque", sur le site Euskonews & Media (merci à M. Jacques Battesti, Attaché de Conservation au Musée Basque et de l'histoire de Bayonne de m'avoir signalé cet article).