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vendredi 4 octobre 2019

1064-DEPEYRE (1841-1932), TONGS (VERS 1849-?), NIDERLINDER (1865-?), PHOTOGRAPHES




-Photographe anonyme, Portrait de fillette (à l'album), années 1860,
tirage albuminé de 9,1x5,2 cm sur carton de 10,5x6,2 cm, Collection personnelle.



DERNIÈRE MISE À JOUR DE CET ARTICLE : 30/08/2021




- Jean Henri Jules Marie DEPEYRÉ ou DEPEYRE (1841-1932)


TARASCON-SUR-ARIEGE

Jean Henry (ou Henri) Jules Marie Depeyré est né à Tarascon-sur-Ariège, le 2 octobre 1841. Il est le fils de Joseph Auguste Depeyré, peintre vitrier, et de Catherine Bernadac, ménagère (acte de mariage non retrouvé sur Tarascon-sur-Ariège). Henri semble le premier enfant du couple qui aura, ensuite, Sophie Philippine (née le 7 avril 1843) puis Clément Joseph Guillaume (né le 24 octobre 1846) qui reprendra le métier de son père.

NICE

Henri Depeyré est pour la première fois signalé, à Nice, à l'occasion de son mariage célébré le 26 février 1867. Âgé de 25 ans, "photographe", domicilié à Nice, il produit l'accord de son père Auguste, négociant, et de de sa mère Catherine, sans profession et épouse Anne Marie Jeanne Marguerite Anfonsio, 21 ans, rentière (née à Nice, paroisse Saint-Dominique le 12 février 1846 et baptisée le 15) dont les parents sont décédés.

Parmi ses témoins de mariage est nommé Jean (Walburg) Debray, 28 ans, photographe. Est-ce auprès de lui qu'Henri Depeyre s'est initié à la photographie ?
Il est cité dans les listes électorales de la Ville de Nice comme "photographe" en 1869, rue Emmanuel-Philibert, 6, "rentier" dès 1871, rue Cassini, 9  puis à nouveau "photographe" dès 1874, rue Cassini, 9 puis rue Cassini, 12.

Dans ces mêmes années 1870, Henri Depeyre réalise des vues de son département natal, l'Ariège, en cartes de visite et en stéréoscopies : villes et villages (Foix, Montgailhard, Tarascon, Ornolac, Ussat-les-Bains, Ax-les-Bains) et paysages (rivières Ariège et Sios, ponts, cascades, rochers). Le gros de sa production semble avoir été réalisé dans les années 1870 (une photo datée de 1874 ; une photo antérieure à une construction de 1880).

Ses cartes de visite portent au recto, le texte d'un tampon à l'encre violette, "Henri Depeyre - Photographe - Tarascon (Ariège)" et les vues stéréoscopiques, à fond brun-rouge, beige-orangé ou vert, portent au recto sur la gauche, "L'Ariège par H. Depeyre".

En dehors des sites de ventes de photographies, des vues d'Henri Depeyre sont visibles sur http://ussatcpa.free.fr/vustereo.htm et dans une vidéo de Jean-Jacques Billeau
https://youtu.be/HW_WBFeLROM.

Quelques vues de l'Ariège d'Henri Depeyre seront éditées en cartes postales au tournant du XX° siècle par l'imprimeur Adolphe Weick de Saint-Dié des Vosges (une carte circulée en 1901, une autre en 1903).

Henri Depeyre alterne-t-il, dans les années 1870, les séjours entre Nice et Tarascon où vit sa famille ? Ouvre-t-il un atelier à Tarascon vers 1870 ou diffuse-t-il seulement ses photographies de paysage (il ne semble pas avoir réalisé de portraits en studio) ? 

Henri Depeyre est à nouveau cité à Nice le 13 mai 1874, cette fois comme témoin de mariage, "âgé de 32 ans, photographe, domicilié à Nice". Lui et son épouse Anne habitent à rue Cassini et ne semblent pas avoir d'enfant.

Je n'ai pas connaissance de vues de Nice et de sa région signées d'Henri Depeyre et il travaille probablement, à cette époque, pour un photographe niçois. 

Alors que le nom d'Henri Depeyre n'apparaît jamais dans les listes professionnelles des photographes ni dans les listes des habitants des annuaires niçois des années 1860 et 1870, il y est présent à partir de 1879 (annuaire de 1878 absent), "Depeyre, H., peintre-décorateur, rue Cassini, 12".

Dans un premier temps, j'ai douté que cela soit la même personne mais après des recherches approfondies, il s'avère qu'il s'agit bien de lui. Henri Depeyre a peut-être fait des études artistiques à l'Ecole des Beaux-Arts de Toulouse. 
Si ses cartons-photos de l'Ariège ne portent jamais la mention de "peintre", il est cité dès 1872 dans les recensements de la Ville de Nice, rue Cassini (n° 9, 11 ou 12), en tant que "peintre", avec un jeune apprenti pensionnaire du nom de Joseph Faissola (recensements de 1881 et 1886). A partir de 1890, il apparaîtra dans les annuaires au 12, rue Cassini comme "propriétaire" puis de 1920 à 1932 comme "co-propriétaire".

Il est cependant professeur de Peinture à l'Ecole Nationale d'Art décoratif de Nice (créée en 1881) même si j'ignore les dates de début (années 1880 ?) et de fin de ses fonctions (années 1910 ?). 

A la fin du XIX° siècle, c'est un peintre connu pour ses vues de la ville de Nice, ses huiles (?) et aquarelles du bord de mer (Le Lazaret ; La Réserve, 1896 ; Le Paillon) et la réalisation d'affiches (Huile d'Olive de Nice, B. Lapalu & Cie, 1890) et d'ex-libris (Joseph Giordan, Majoral du Félibrige).

En 1909, "Henri Depeyre, professeur de peinture à Nice" est fait "officier d'académie", à l'âge de 68 ans (Journal Officiel du 22 février 1909 p 1835). 

Paul Audra, le nouveau directeur (1910/11-1934) de l'Ecole Nationale d'art décoratif fera son portrait (tableau du Musée des Beaux-Arts de la Ville de Nice) et créera, en son hommage, un prix à son nom. Henri Depeyre deviendra président de l'Union Artistique (il est cité à l'occasion de la distribution des prix aux élèves de l'Ecole Nationale d'Art décoratif de Nice, du 21 novembre 1926  dans, L’Éclaireur du Dimanche, du 28 novembre 1926 p 21).
L'épouse d'Henri Depeyre, Anne Anfonsio, décède au 12, rue Cassini le 9 juin 1912, âgée de 66 ans.

Henri Depeyre décède pour sa part dans une autre de ses propriétés, au 4, rue Pauliani, le 25 mai 1932, âgé de 90 ans. Son corps repose au cimetière niçois de Caucade.




- John (ou Jean) TONGS (vers 1849-?)


WINCHESTER

John Tongs est né à Winchester (Hampshire, Angleterre) vers 1849.

J'ignore tout de sa formation à la photographie et de ses débuts de carrière.

NICE

"Jean Tongs, photographe" est signalé pour la première fois à Nice, à l'âge de 32 ans, lors de la naissance de sa fille Louise, le 15 septembre 1881, Villa Camous, rue Saint-Philippe. Son épouse, Aspasie Papadopoulos, est née à Athènes, vers 1856. 
L'un des témoins de l'acte de naissance de leur fille Louise est le photographe Louis Novaro.
Il est probable que cela soit leur premier enfant et que leur mariage soit récent. Je n'ai cependant pas connaissance de la ville ni de la date de leur mariage (acte non retrouvé sur Nice).

Il est de même probable qu'en 1881, Jean Tongs possède déjà un atelier de photographie au 19, avenue de la Gare (annuaires absents de 1880 à 1882) mais cet atelier est uniquement signalé dans l'annuaire de 1883. 

Jean Tongs disparaît ensuite des listes professionnelles des photographes et est absent des recensements de la Ville de Nice de 1881 et 1886,

"Jean Tongs, photographe", est cependant signalé dans les registres d'état civil, à l'occasion de la naissance de sa fille Aspasie Hélène le 24 juin 1884 (Villa Camous, rue Saint-Philippe) puis de son fils Jean Georges le 18 septembre 1888 (Villa Bonfils, rue Saint-Philippe), même si à cette dernière date il est signalé "absent".

Le recensement de la Ville de Nice de 1891 le cite désormais avec sa famille au 5, rue Shakespeare (près Saint-Philippe) : Jean Tongs, "photographe, âgé de 45 ans (41 ans en fait)", Aspasia son épouse, âgée de 35 ans, ses enfants Louise, 9 ans, Aspasie, 6 ans et Georges, deux ans et demi.

La liste alphabétique des habitants de l'annuaire niçois de 1891 signale "Tongs, J., rue St-Philippe, m. Bonfils", sans citer sa profession.

Je n'ai pas connaissance, à ce jour, de cartons-photos signés de son nom.

La trace de Jean Tongs se perd après 1891 (à 41 ans) et j'ignore la suite de sa carrière et sa date de décès.




- Albert François Eléonore NIDERLINDER (1865-?) dit ALBERT


TOULON

Albert François Eléonore Niderlinder (parfois mal orthographié, Ninderlinder ou Niederlinder) est né le 1er juillet 1865 à Toulon (Var, quartier Claret). Il est l'un des sept enfants (dont quatre décédés en bas âge) de Jean Eugène Niderlinder, professeur au Collège de la ville, et d'Eugénie Christine Sarazin, maîtresse de pension.

En 1888, âgé de 23 ans, Albert Niderlinder est sergent rengagé à la 2ème compagnie du troisième bataillon du 159° de ligne, en garnison au fort de la Tête-de-Chien de La Turbie (entre Nice et Monaco) et "photographe militaire".

Il va être, cette année-là, l'acteur d'un drame sanglant relaté dans de nombreux journaux de l'époque. Il fréquente alors Marie Louise Barretta, 18 ans, fille du débitant de liqueurs et de tabacs de La Turbie et souhaite l'épouser. 

Les parents des deux familles s'opposant à leur union, les jeunes amants décident de se suicider dans la nuit du 25 août. Usant de son revolver militaire, Albert Niderlinder tue Marie Louise Barretta d'une balle dans la tête puis se tire deux balles sous le menton. 

Albert survit et reste conscient, malgré son maxillaire gauche broyé, son œil droit crevé, son arcade droite et son front perforés. 
Rapatrié au fort de La Turbie, ses blessures sont pansées et au matin, dans un état grave, il est transporté en voiture d'ambulance à l'hôpital militaire Saint-Roch de Nice (Le Petit Marseillais des 25 et 27 août 1888 p 2, La France du 28 août 1888 p 3, La Presse du 30 août 18888 p 3, Le Rappel du 3 septembre 1888 p 4...).

Albert Niderlinder va cependant se remettre de ses blessures. Après deux mois passés à l'hôpital militaire de Nice, il va être transféré à Marseille, à la prison militaire du fort Saint-Nicolas, en attente d'être jugé pour son crime. 

En janvier 1889, le Conseil de Guerre du 15° corps d'armée se réunit pour juger Albert Niderlinder, l'acquitte et le réforme. Le jeune homme reste aveugle d'un œil, défiguré par de nombreuses cicatrices et garde une balle logée dans le crâne (Le Petit Marseillais du 12 janvier 1889 p 2, Le Figaro du 12 janvier 1889 p 3, Le Temps du 13 janvier 1889 p 3...).

TOULON ET NICE

A sa sortie de l'armée, Albert Niderlinder va quitter Toulon pour s'installer à Nice dès 1889 et y ouvrir un atelier de photographie à l'enseigne de son prénom, "Albert", au 3, route de la Corniche (liste professionnelle de l'annuaire niçois de 1890).

Un récit de duel à Toulon est publié dans les journaux du 26 juillet 1890, sans que le prénom soit cependant précisé et il peut s'agir du père d'Albert Niderlinder : "Un duel à l'épée a eu lieu hier matin à Toulon, entre M. Reques, rédacteur en chef du Petit Var, et M. Niderlinder, pour motif d'ordre privé. Les deux adversaires ont été tous les deux légèrement blessés" (La Justice du 26 juillet 1890 p 2 ; La Croix du 26 juillet 1890 p 4). 

Albert Niderlinder se marie à Toulon, à 25 ans, le 6 décembre 1890 (le père d'Albert est alors conservateur de la bibliothèque de la ville et sa mère sans profession), avec Lucie Marie Panisse, 26 ans (née à Toulon le 17 juillet 1864), sans profession. 

Le jeune couple s'est installé à Nice où Albert Niderlinder a déménagé en 1890 son atelier de photographie au 33, avenue de la Gare (au rez-de-chaussée) et 1, rue de la Paix (annuaire niçois de 1891). A ce jour, je n'ai pas connaissance de cartons-photos au nom d'Albert portant cette adresse ou la précédente.

Les jeunes mariés sont cités dans le recensement de la Ville de Nice de 1891 au 1, rue de la Paix (résidence). C'est à cette adresse que va naître leur enfant, Eugène Carolus Louis Niderlinder, le 19 août 1891.

L'atelier d'Albert perdure à ces deux adresses jusqu'en 1893 puis disparaît des annuaires laissant la place au photographe André Desgranges (annuaire de 1894). En effet, au début de l'année 1893, Albert Niderlinder revend son atelier au photographe Joseph André Desgranges (Archives Commerciales de la France du 29 mars 1893 p 390) et le couple retourne à Toulon.

Il semble que cela soit la fin de l'activité de photographe d'Albert Niderlinder. Il va devenir droguiste à Toulon, cours Lafayette. 
Son histoire ne s'arrête pas là cependant.

En 1909, une rumeur relayée par les journaux, annonce qu'Albert Niderlinder serait, par son grand-père maternel, le riche héritier de M. Chauchard, fondateur des magasins du Louvre, et qu'il serait parti à Paris pour rencontrer le notaire chargé de la succession (Le Petit Marseillais du 12 juin 1909 p 3 ; Le Matin du 12 juin 1909 p 1). 
Il semble cependant que cette rumeur soit fondée car 10 jours plus tard Le Soleil annonce le retour d'Albert Niderlinder à Toulon et confirme qu'il serait le parent le plus rapproché du défunt (Le Soleil du 21 juin 1909 p 3). J'ignore l'issue de l'affaire mais Albert Niderlinder continue d'être droguiste à Toulon.

Lucie Marie, son épouse, décède à Toulon, à l'âge de 48 ans, le 8 août 1912.

Albert Niderlinder va par la suite fréquenter une jeune toulonnaise et quitter, avec elle, Toulon pour Paris. 

Le 28 octobre 1913, "Albert François Eléonore Niderlinder [48 ans], droguiste, domicilié à Paris, rue de Seine, 20 [6ème arrondissement] et avant audit Toulon, rue Dumont d'Urville, 10, fils de Jean Eugène Niderlinder décédé [en 1903, ancien directeur du musée de Toulon] et d'Eugénie Sarazin, veuve, institutrice libre, rue Picot à Toulon ; veuf de Lucie Marie Panisse", épouse Ester Chenevard, 25 ans (née à Villotte-Saint-Seine en Côte-d'Or le 9 avril 1888), sans profession, domiciliée rue de Seine, 20 et avant audit Toulon, rue Saunier, 3.

J'ignore la date de décès d'Albert Niderlinder.