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dimanche 2 octobre 2011

36-L'ESTAMPE





Définition : œuvre graphique imprimée à plusieurs exemplaires (inversés droite-gauche) grâce à l’empreinte obtenue (le plus souvent, après encrage et pressage) d’une matrice (en bois, métal, pierre…) sur un support (papier le plus souvent, assoupli par humidification).

Historique : connu dans la Chine ancienne (II° siècle ap. J-C ?) et attesté en Occident dès le XIV° siècle, le travail de l’estampe regroupe une multiplicité de techniques. Cet art se développe en Europe de l’Ouest dès le 
XV° siècle et diffuse, sur papier, les dessins originaux des grands maîtres ou bien retranscrit leurs œuvres majeures (peintures notamment). Il est à noter que le graveur n’est pas toujours le créateur du dessin mais un artisan spécialisé qui le reproduit.



Il existe dès le XV° siècle, deux techniques principales :

   -  la gravure en relief sur bois (xylographie), avec une taille d’épargne (à la gouge, outil en forme de gouttière à l'extrémité tranchante et courbe), où l’encre est déposée sur les parties dessinées, une fois dégagées en relief (les parties vides de dessin sont creusées) de la matrice (bloc de bois dur poli et traité).



  -  la gravure en creux sur métal, avec une taille-douce (au burin, outil d’acier trempé avec manchon en bois), où l’encre est déposée dans les parties dessinées puis creusées de la matrice (plaque mince de cuivre ou de zinc). Plus l’entaille est profonde sur la matrice plus le trait sera marqué sur le support papier.




D’autres techniques procèdent ensuite du même principe, avec, dès le XVI° siècle, l’utilisation d’un nouvel outil tranchant comme la pointe-sèche (crayon métallique) mais aussi le creusement à l’acide de la plaque vernie (dessin à la pointe-sèche dans l’épaisseur d’une couche de cire ou de résine recouvrant la plaque, suivi d’un bain d’acide à l’eau-forte) puis dès le XVII° siècle, le mezzo-tinto ou manière noire (effets de clair-obscur dûs à une surface grenée) et dès le XVIII° siècle, l’aquatinte (effet de surface pointillée) et le vernis mou (dessin au crayon sur une feuille de papier posée sur la plaque recouverte d’un vernis).
Plusieurs techniques sont souvent utilisées en complémentarité par un même artiste permettant différents rendus et dégradés de valeurs. Les reprises (ajouts ou suppressions) créent parfois plusieurs états d’une même oeuvre.



De nouvelles techniques se développent en parallèle dès le XIX° siècle, notamment en à-plat comme la lithographie, la sérigraphie et le monotype :
-         la linogravure, qui procède du même principe que la xylographie, en remplaçant la matrice en bois par du linoléum,

-         la lithographie : sur une pierre calcaire plate (poncée ou graissée), le dessin est réalisé en gras (avec un crayon noir, une craie ou de l'encre) puis la pierre est humidifiée à l’eau et encrée ; l'encre reste sur la pierre aux endroits imprégnés du gras du dessin tandis qu'elle est repoussée par l'humidité partout ailleurs ; lorsque la pierre est assez encrée, on pose le papier et on passe sous presse.

-         les procédés photomécaniques, le transfert photographique s’opérant par une couche photosensible gravée en creux (comme l’héliogravure) ou en relief, et l’impression se faisant sur des supports variés (bois, pierre ou tissu),

-         la sérigraphie, où la matrice, un tamis en soie, est traversée par de l’encre, sauf dans des zones préalablement obturées ; dans la sérigraphie actuelle, la matrice, en nylon ou en fine toile métallique, est recouverte d’une substance qui est durcie par une projection de lumière, sauf dans certaines zones, afin de laisser passer l’encre (et la peinture acrylique, avec notamment les sérigraphies photographiques) ; l'avantage de la sérigraphie est de pouvoir s'appliquer à des supports variés, pas nécessairement plats et sur de grandes surfaces.


-         le monotype, tirage unique réalisé à l’encre ou à la peinture (dessin négatif ou positif) sur plaque de cuivre, verre ou plexiglas.

La plupart des estampes ont été réalisées en noir et blanc malgré le fait que chacune des techniques évoquées permette la présence de la couleur (mise en couleur après impression ou bien ajout de couleurs en un ou plusieurs passages, notamment sur des matrices encrées chacune d’une couleur différente).
De nombreuses estampes (lithographies, sérigraphies...) sont numérotées (ex : 11/300) et signées par l'artiste, et 25% du tirage est annoté EA (Épreuves d'Artiste, épreuves réservées à l'artiste et parfois vendues rehaussées au pastel ou à la gouache, ce qui en fait des oeuvres uniques et recherchées) et HC (Hors Commerce, épreuves offertes aux collaborateurs de l'édition).



Quelques grands artistes : l’allemand Albrecht Dürer (1471-1528 ; xylographies et gravures sur cuivre), le français Jacques Callot (1592-1635 ; gravures sur cuivre), le hollandais Rembrandt (1606-1669 ; gravures sur cuivre), l’espagnol Francisco Goya (1746-1828 ; gravures sur cuivre - aquatintes, et lithographies), le japonais Katsushika Hokusai (1760-1849 ; xylographies en couleurs), les français Gustave Doré (1832-1883 ; xylographies, lithographies, gravures sur cuivre) et Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901 ; lithographies en couleurs), l’espagnol Pablo Picasso (1881-1973 ; toutes techniques), l’américain Andy Warhol (1928-1987 ; sérigraphies) …



 DURER Albrecht (1471-1528), Crucifixion, 1489, 
xylographie, 39,3x28,2 cm, Nuremberg, Germanisches Nationalmuseum.

 DURER Albrecht (1471-1528), Adam et Eve, 1504,
gravure sur cuivre, 25,2x19,4 cm, Amsterdam, Rijksmuseum.

CALLOT Jacques (1592-1635),  Les Grandes misères de la guerre (de Trente Ans)
Pendaison, l'une des18 eaux-fortes,1633, 8x18cm, Nancy Musée Lorrain.

CALLOT Jacques (1592-1635), Les Grandes misères de la guerre, L'enrôlement des troupes,
l'une des18 eaux-fortes, 8x18 cm. 

 REMBRANDT (1606-1669), Autoportrait aux yeux hagards, 1630,
 état unique, eau-forte et burin, 5x4,3 cm, Paris, B.N.F.

REMBRANDT (1606-1669), L'Annonciation aux bergers, 1634,
 3-3 états, eau-forte, pointe sèche et burin, 26,2x21,8 cm, Paris, B.N.F.

GOYA Francisco (1746-1828), Caprices, Le Sommeil de la Raison produit des monstres, 1797-98,
  eau-forte et aquatinte, 43éme planche sur les 80 éditées en 1799.

GOYA Francisco (1746-1828), Les Désastres de la guerre, Ici non plus, 1812, 36éme planche sur les 82 planches (réalisées entre 1810 et 1820) éditées en 1863, gravure aquatinte, 15,8x20,8cm.

 HOKUSAI Katsushika (1760-1849), La Grande vague  de Kanagawa, 1831,
 gravure sur bois en couleurs, 25x38cm, 1/36 vues du Mont Fuji.

 HOKUSAI (1760-1849), Cascade de Kirifuri, mont Kurokami, province de Shimotsuke, 1832, xylographie couleurs, 38x26cm.


HIROSHIGE Utagawa (1797-1858), Vues d'Edo, Pruneraie, 1857,
l'une des 118 gravures sur bois, 33,66x21,91 cm, Brooklyn Museum.
VAN GOGH Vincent (1853-1890), Japonaiserie, 1887,
 huile sur toile, 55x46 cm, Amsterdam, Musée Van Gogh.



DORÉ Gustave1(832-1883), La divine comédie (de Dante), Chant 26,1855-60,
 éditée en 1861, l'une des 136 gravures sur bois, 24x19 cm. 

DORÉ Gustave (1832-1883), La Sainte Bible, Le Déluge, 1866, Tours, l'une des 254 gravures sur bois.

TOULOUSE-LAUTREC Henri de (1864-1901), La Goulue, 1891,
 lithographie 191x117 cm, tirage de 3000 exemplaires.

TOULOUSE-LAUTREC Henri de (1864-1901), Jane Avril, 1893,
 lithographie en couleur, 130x95 cm.

VALLOTTON Félix (1865-1925), La Manifestation, 1893,
 gravure sur bois, 20,3x32 cm.

MUNCH Edward (1863-1944), Le cri, 1895,
lithographie publié dans "La Revue Blanche", d'après la peinture de 1893.

 PICASSO Pablo (1881-1973), Marie-Thérèse rêvant de métamorphoses, 1933,
 pointe sèche, eau forte grattoir et burin, 29,8x36,7cm.

 PICASSO Pablo (1881-1973), Le visage de la paix, 1951,
 lithographie, 26x18,5 cm.

PICASSO Pablo (1881-1973), Le vieux roi, 1963,
 linogravure, 64x53 cm.

 WARHOL Andy (1928-1987), Marilyn, 1967,
 9 des 10 sérigraphies photographiques couleurs mesurant chacune 91,5x91,5 cm, New-York, MOMA.


JEU POUR DÉCOUVRIR LA SÉRIGRAPHIE PRATIQUÉE PAR ANDY WARHOL
http://www.rmn.fr/flash/serigraphie/warholserigraphie1.swf



WARHOL Andy (1928-1987), Vegetable, Campbell's Soup, 1969,
sérigraphie photographique sur papier, 88,9x58,4 cm, édition de 250 épreuves signées et numérotées.


JACQUET Alain (1939-2008), Le Déjeuner sur l'herbe, 1964, peinture acrylique et sérigraphie photographique sur toile, 172,5x196 cm, Paris, MNAM.

ERNEST-PIGNON-ERNEST (né en 1942), Les 450 Cabines ou Derrière la vitre
Lyon et Paris, 1996-99, installation de dessins originaux à la pierre noire et de sérigraphies.