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mercredi 21 septembre 2011

31-LA NATURE MORTE EN PEINTURE




NATURE MORTE : représentations d’objets ou de choses inanimés (fleurs, vaisselle, nourriture, animaux morts ou parfois vivants, ossements humains, instruments de musique ou scientifiques, livres…) en dessin, peinture, sculpture, photo, vidéo.

De l’Antiquité au Moyen-âge, la Nature morte est souvent un détail d’une composition plus large (repas d’une scène religieuse, intérieur). 
Le genre s’affirme comme sujet principal au XVI° siècle (tables servies). 
Au XVII° siècle, la Nature morte devient, en Europe (Italie, Flandre, Allemagne, France, Espagne), prétexte à la méditation (évocation des cinq sens, références au Christ, Vanités). Les éléments du tableau sont organisés le plus souvent sur une table placée devant un mur sombre. Une forte lumière éclaire certains éléments alors que d’autres sont plongés dans l’ombre. Les objets et les choses sont peints avec une grande précision (dimensions, couleurs, modelé, perspective, rendu des matières, transparence, reflets, ombres portées…). Certains objets sont obliques pour nous guider dans l’espace profond de la peinture et d’autres débordent de la table comme pour sortir du tableau et pénétrer dans notre espace de spectateur. 
A la fin du XIX° siècle, la Nature morte devient avec Cézanne un champ d’exploration artistique qui sera repris par les artistes cubistes, futuristes et dadaistes au début du XX° siècle
Dans la seconde moitié du XX° siècle, le travail sur l’objet devient souvent la référence à la société de consommation comme chez les pops artistes, les hyperréalistes (anglais et américains) et les nouveaux réalistes (français).

-COMPOSER SON PROPRE TABLEAU DE NATURE MORTE : Jouez avec les éléments d'un tableau du XVII° siècle : VAN BEYEREN Abraham Hendricksz, Nature morte au banquet, 1667, huile sur toile, Los Angeles County Museum of Art.


-REGARDER ET COMPRENDRE UN TABLEAU : LES VANITÉS (fichier téléchargeable du Musée des Beaux-Arts de Mulhouse et du C.R.D.P. de Strasbourg) : http://www.crdp-strasbourg.fr/experience/doc/re_vanites.pdf

-EN SAVOIR PLUS SUR LA NATURE MORTE AVEC LE DOSSIER INTERACTIF DE CURIOSPHÈRE.TV,
 "A TABLE" : http://www.curiosphere.tv/decodart3/


VOIR LE GLOSSAIRE DES TERMES ESSENTIELS EN FIN D'ARTICLE


OEUVRES CLÉS (classement chronologique)


Anonyme, Nature morte aux pêches, vers 50, peinture murale, 35x34 cm, Pompéi.

MEMLING Hans, (ca1435-40-1494), Fleur, vers 1490, huile sur bois, 29,2x22,5 cm, Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza
 (oeuvre religieuse).

BARBARI Jacopo di (vers 1445-1516), Nature morte à perdrix et gants fer,1504,
 huile sur bois, 52x42,5 cm, Munich, Alte Pinakothek (trompe-l'oeil).

LE CARAVAGE (1571-1610), Corbeille de fruits, vers 1597,
 huile sur toile, 46x64,5 cm, Milan, Pinacotheque Ambrosienne.

PEETERS Clara (vers 1594-vers 1659), Nature morte aux fleurs et aux fruits secs, 1611, 
huile sur bois, 50x72 cm, Madrid, musée du Prado.

BAUGIN Lubin (vers 1610-1663), Nature morte à l'échiquier, 1630, huile sur bois, 55x73 cm, Paris, musée du Louvre.

ZURBARAN Francisco de (1598-1664), Nature morte avec citrons, oranges et tasse, 1633, 
huile sur toile, 60x107 cm, Los Angeles, The Norton Simeon Foundation.

STOSKOPFF Sébastien (1597-1657), Grande Vanité, vers 1641,
 huile sur toile, 125x165 cm, Strasbourg, musée de l'Oeuvre Notre-Dame.
 Le quatrain (en allemand), présenté au premier plan, explicite directement l'intention du peintre :
"Art, richesse, puissance et bravoure meurent
Du monde et de ses oeuvres rien ne demeure
Après ce temps viendra l’Éternité
Ô fous ! Fuyez la vanité !".

CLAESZ Pieter, 1596-1661, Nature morte au hareng, 1647, huile sur bois, 38x53 cm, Los Angeles, County Museum of Art.

DE CHAMPAIGNE Philippe (1602-1674), Vanité ou Allégorie de la vie humaine, 1646,
 huile sur toile, 28,8x37, 5 cm, musée de Tessé, Le Mans.

GYSBRECHTS Cornélis (v1630-1675), Trompe-l'oeil, 1670, 
huile sur toile, 66,6x86, 5 cm, Statens Museum for Kunst, Copenhague.

CHARDIN Jean-Baptiste-Siméon (1699-1779), Le gobelet d'argent, 1731,
 huile sur toile, 33x41cm, Paris musée du Louvre.

MANET Edouard (1832-1883), L'asperge, 1880, huile sur toile, 16,5x21,5 cm, Paris, Musée d'Orsay.

VAN GOGH Vincent (1853-1890), Deux tournesols, 1887,
 huile sur toile, 61x43,2 cm, New-York, The Metropolitan Museum of Art.

CEZANNE Paul, (1839-1906), Nature morte au panier de fruits, 1888-90, huile sur toile, 81x65 cm, Paris, musée d’Orsay.

MATISSE Henri (1869-1954), Nature morte avec légumes, 1905-06, 
huile sur toile, 38,4x46 cm, New-York, The Metropolitan Museum of Art.

PICASSO Pablo (1881-1973), Guitare partition et verre, 1912,
 papier collé, gouache et fusain sur papier, 48x37 cm, San Antonio (Texas), McNay Art Museum
 (œuvre du cubisme synthétique).

MORANDI Giorgio (1890-1964), Grande nature morte, 1918,
 huile sur toile, 68,5x72 cm, Milan, Pinacoteca di Brera.


DALI Salvador (1904-1989) Nature morte vivante, 1956,
 huile sur toile, 125x160 cm, St-Petersburg, Floride, musée Dali.

WARHOL Andy (1928-1987), Three Coke bottles, 1962, sérigraphie, 60x80 cm.

DON EDDY, (né en 1944), New Shoes for H., 1973-74,
 acrylique sur toile, 111,8x122 cm, Cleveland (Ohio), The Cleveland Museum of Art (oeuvre hyperréaliste). 

GOINGS Ralph (né en 1928), Donut, 1995,
 huile sur toile, 76,2x110 cm (oeuvre hyperréaliste).



VOIR LA VIDÉO DE 3 MN
SAM TAYLOR WOOD (née en 1967), STILL LIFE (NATURE MORTE), 2001.




MOTS CLÉS (classement alphabétique)


ALLÉGORIE : sens symbolique des représentations (le sablier évoque l’écoulement du temps, la fleur la fragilité de la vie, le crâne la mort humaine…). Dans d’autres genres, l’allégorie est souvent la représentation d’une idée abstraite (une saison, un sentiment, une vertu ou un vice, la République, la Justice…) par un personnage ou un animal et des emblèmes (le printemps par une jeune fille, la République par Marianne, la Justice par une femme à la balance…).

ANAMORPHOSE : effet visuel qui existe depuis la Renaissance italienne (XV° siècle), né des recherches sur la perspective ; image artistique cachée ou déformée grâce à un principe optique ou mathématique et qui ne peut être perçue d’une façon normale qu’à partir d’un point de vue particulier et peut parfois donner l’illusion d’être en 3D.

HYPERRÉALISME : capacité des artistes contemporains (XX°-XXI° siècles) à représenter le réel avec une exactitude troublante ; en peinture, la représentation s’inspire d’une photographie et l’imite avec une telle minutie que le tableau semble être une photographie ; [en sculpture, les formes imitent le corps humain (souvent moulés sur lui)  dans ses moindres détails (résine imitant la couleur de la peau et des veines, vrais vêtements et accessoires, perruque…)].

MIMÉSIS : art de représentation et d’imitation du réel, jusqu'à donner l’illusion optique du réel.

MODELÉ : détails du volume donnés par les creux ombrés et les pleins lumineux (illusion en peinture, réalité en sculpture).

OMBRES : ombres propres : ombres sur l’objet (la chose ou la figure), dues aux creux (formes concaves) (ex : ombre du creux du menton ou des yeux sous l’arcade sourcilière) ; ombres portées : ombres de l’objet (la chose ou la figure) sur d’autres éléments que lui (ex : ombre de la figure humaine sur la table, le mur ou le sol) ;  ombres autoportées : ombres sur l’objet (la chose ou la figure) dues à des éléments proéminents de l’objet (la chose ou la figure) lui-même (ex : ombre du nez sur la joue, ombre de l’anse sur le sac).

PERSPECTIVE : ensemble de codes plastiques donnant, sur un support en deux dimensions, l’illusion d’un espace profond par la superposition des formes (masquage), la réduction progressive de leurs dimensions et de leur netteté avec l’éloignement (perspective géométrique ou linéaire) mais aussi par le refroidissement et le blanchiment de leurs couleurs (perspective aérienne ou colorée) (ex : représentation d’un paysage).

RACCOURCI : effet visuel utilisé dès l’Antiquité qui, du fait d’un point de vue particulier, tend à exagérer la perspective par la réduction d’un élément perpendiculaire au plan du support (ex : bras tendu en direction du spectateur).

RENDU DES MATIÈRES: virtuosité technique du peintre à rendre le détail, la couleur et la texture de la matière, voire ses reflets. Un citron pelé permettra de montrer alternernativement la peau satinée du fruit jaune, la blancheur mate de la peau inférieure et la brillance de la chair. Le peintre fait voisiner des objets ou des choses de matières très différentes, claires ou sombres, mates ou brillantes, opaques ou transparentes : plat en étain ou en argent, objet en verre, table de bois, fleurs et fruits secs ou frais, coquillages ouverts et fermés, viandes et poissons, pains et vins, nappe de tissu blanc plissée et relevée pour dévoiler une table de bois ou de pierre, livres ou feuilles de papier…

TROMPE-L'OEIL : illusion donnée au spectateur par les artifices d’une peinture (forme, couleur, lumière, espace), ses dimensions, son emplacement, ses effets 3D (ex : fausse porte ou fenêtre, fausse façade de maison).

VANITÉ : peinture de nature morte apparue au XVII° siècle ; le mot « vanité » qualifie ce qui est vain, illusoire ; la Vanité est une nature morte symbolique au message moral et religieux rappelant à l’homme que tout sur terre est éphémère (ne dure pas, meurt, disparaît) et qu’il doit se détourner des nourritures terrestres (corps, richesse, possession, pouvoir) et se préoccuper des nourritures célestes (âme, religion, morale, résurrection).
Dans ces tableaux figure un ensemble d’emblèmes, d’objets et de choses : un premier groupe représente l’inutilité des biens terrestres, attributs du savoir et du plaisir (instruments, objets d’arts, vin, mets…) et la représentation du pouvoir et de l’argent (pièces, or, armes, bijoux, couronnes, sceptres…) ; un deuxième groupe d’objets symbolise l’écoulement du temps et la fragilité de la vie terrestre (sablier, horloge, bougie, bulles de savon, fleurs, insectes, coquillages…) parfois en présence d’un crâne ou d'ossements humains.