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mercredi 7 novembre 2012

137-LE MOUVEMENT EN SCULPTURE-3 (Seconde moitié du XX° siècle-1)


Dix ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la sculpture cinétique s'impose sur le devant de la scène internationale avec l'exposition intitulée "Le Mouvement" qui réunit, à Paris, en avril 1955, à la Galerie Denise René, les artistes pionniers de ce domaine comme Marcel Duchamp et Alexander Calder mais également une toute nouvelle génération d'artistes comme Jean Tinguely, Agam, Pol Bury ou Soto (sculptures cinétiques et peintures Op(tical) Art).
Si le goût pour la mécanique (la machine, le moteur), la science et la technologie (magnétisme, cybernétisme, matériaux industriels, inventions) est encore bien présent, le culte de la société de consommation et l'idée de la machine comme vecteur de modernisme sont mis à mal. En effet, les artistes inventent aussi des machines dérisoires faites de matériaux de récupération, parfois dépourvues de moteur (manivelle actionnée par le spectateur, oscillations selon les déplacements de l'air ambiant, la force du vent ou de l'eau), créatrices, poétiques, inutiles et parfois mêmes destructrices ou autodestructrices. 
Les oeuvres sont souvent transportables ou déplaçables et interactives, liées au mouvement du corps humain et actionnées par le créateur ou un danseur dans une performance ou même par le spectateur (interactivité). Elles multiplient les expériences sensorielles (effets visuels, sonores, voire odorants) et participent d'un art total alliant peinture, sculpture, performance, architecture, scénographie, musique, danse, jeux d'eau et de lumière (projections, reflets, fontaines).


NICOLAS SCHOEFFER 


SCHOEFFER Nicolas (1912-1992), CYSP-1sculpture cybernétique et spatiodynamique interactive autonome
 présentée sur le toit de la Cité Radieuse à Marseille lors d'un Ballet de Maurice Béjart, 1956,
acier noir, alu polychrome peint, 200x300x170 cm (hors socle),
 équipée d’un cerveau électronique, de cellules photoélectriques et de microphones, cette sculpture réagit aux modifications
 de son environnement lumineux et sonore par des déplacements et par la mise en mouvement des plaques colorées qui la constituent.


VOIR LA VIDEO (1 MN 30) DE L'OEUVRE DE SCHOEFFER CYSPE, 1959
SCHOEFFER Nicolas (1912-1992), CYSPE, 1959.


VOIR LA VIDÉO (4 MN 30) DE L'OEUVRE DE SCHOEFFER TOUR DE LIÈGE, 1961
SCHOEFFER Nicolas (1912-1992), Tour cybernétique de Liège, 1961,
sculpture abstraite de 52m de haut, constituée d'une ossature en tubes d'acier carrés munies de 64 plaques, 
miroirs et pâles mis en mouvement par des moteurs actionnés par un cerveau électronique, avec systèmes
d'éclairage (120 spots) et de sonorisation (microphones, cellules photoélectriques, prises thermiques, hygrométres et anémomètres).



SCHOEFFER Nicolas (1912-1992), Tour Cybernétique Lumière de Paris-La Défense, projet non réalisé de Centre d'art,
 photomontage de 1973 d'après la maquette de 12m de haut de 1970-71
 (sur un socle de 29m de haut aux parois réfléchissantes, la tour à l'ossature d'acier aérée, de 307 m de haut et de 59 m d'envergure, aurait offert 200 bras, 114 axes tournants et 363 miroirs et aurait été coiffée à son sommet de puissants projecteurs mobiles de lumière colorée et d'un faisceau laser. La tour aurait dû offrir 17 niveaux et 7 plateformes ouvertes au public, reliés par des ascenseurs apparents, et apparaître comme une sculpture miroitante et tournante au ballet lumineux).


VOIR LA VIDÉO (4 MN) - SCHOEFFER : 50 ANS D'ART CYBERNÉTIQUE



JEAN TINGUELY ET NIKI DE SAINT-PHALLE

TINGUELY Jean (1925-1991), Machine à dessiner n°3, relief Méta-mécanique, 1955,
tableau de bois peint en noir, disque métallique tournant, fil métallique et au verso, trois roues en bois, courroies en caoutchouc, deux moteurs électriques, 54, 5x106x33 cm, Bâle, Musée Tinguely.
(machine à dessiner des oeuvres abstraites, mécanique, grâce à un bras actionné par le spectateur).


TINGUELY Jean (1925-1991), Méta-Matic n°6, Méta-Matic, 1959,
trépied en fer, roues en bois, feuille métallique façonnée,
 courroies en caoutchouc, tiges métalliques, le tout peint en noir, moteur électrique,
 50x70x30 cm, Bâle, Musée Tinguely
(machine, automatique, à dessiner des dessins tachistes).


VOIR LA VIDÉO (1 MN) DU HAPPENING DE TINGUELY HOMAGE TO NEW-YORK 1960
TINGUELY Jean (1925-1991), Homage to New-York, 1960, New-York, jardins du MOMA,
happening réalisé en public avec une sculpture-machine de 16 m de haut qui s'est auto-détruite en 27 minutes
(piano, radio,ballon météorologique  deux machines à dessiner, klaxon électrique, plusieurs dizaines de roues de vélo
 et de voitures d'enfant, plusieurs moteurs électriques, d'innombrables pièces de ferraille, engins fumigènes, objets de toutes sortes).


VOIR UNE VIDÉO (3 MN) PRÉSENTANT LE CYCLOP DE TINGUELY 1969-1994
TINGUELY Jean (1925-1991) et NIKI DE SAINT-PHALLE (1930-2002), Le Cyclop ou La Tête ou Le Monstre dans la forêt, 1969-1994,
Milly-la-Forêt, près de Paris, oeuvre collective réalisée avec la participation et les oeuvres d'une quinzaine d'artistes
 dont Soto, César, Arman, Spoerri, Raynaud..., H : 22,5m, 350 tonnes d'acier
(une tête tournante privée de corps et recouverte de miroirs, un seul oeil à projecteurs lumineux, une bouche d'où ruisselle de l'eau
 sur une langue toboggan, une énorme oreille mobile qui pèse une tonne ; à l'intérieur un parcours labyrinthique
 au travers d'oeuvres d'artistes, de sculptures sonores, d'un théâtre automatique, le tout dominé par le bruit
 assourdissant de la machinerie placée à l'emplacement du cerveau).

TINGUELY Jean (1925-1991) et NIKI DE SAINT-PHALLE (1930-2002), Fontaine Stravinsky, Paris, 1983, bassin de 580 m2 comprenant 16 sculptures peintes et animées mécaniquement, avec jets d'eau, évoquant les oeuvres du compositeur russe.



MARTA PAN

PAN Marta (1923-2008), Équilibre, 1958-59, bois, 45,2x22,6x17,2 cm. Cette sculpture a suggéré (décor, accessoire) et organisé (acteur) un ballet de Maurice Béjart fondé sur l'unité en mouvement de l'oeuvre et de la danseuse qui s'y insère et tourne autour.


PAN Marta (1923-2008), Sculpture flottante (n° 1), 1960-61, polyester, Sculpturepark, KMM (Pay-Bas).



GROUPE DE RECHERCHE D'ART VISUEL
 (G.R.A.V.) - 1960-1968
 avec Horacio GARCIA-ROSSI (1929-2012), Julio LE PARC (né en 1928), 
François MORELLET (né en 1926), Francisco SOBRINO (né en 1932), 
Joël STEIN (1926-2012) et YVARAL (1934-2002).
Oeuvre collective du G.R.A.V., Labyrinthe, Paris, 1963
  VOIR LA VIDÉO DE 10 MN DE LA RECONSTITUTION DE LABYRINTHE
AU MUSÉE DE CHOLET EN 2000
Dans un parcours d'oeuvres fait d'installations et d'environnements (structures, cellules), se mêlent jeux de mouvements, formes et volumes géométriques (rectangles, disques, sphères, trièdres), reflets et transparences (matériaux), lumières (lampes, rayons lumineux, projections, néons) et jeux d'optique (kaléidoscope). Le spectateur est appelé à parcourir le Labyrinthe, à pénétrer dans les cellules et surtout à manipuler les oeuvres en faisant osciller, tourner, rouler leurs éléments.
Pour le Groupe de Recherche d'Art Visuel, «il ne s’agit pas de créer un super spectacle mais, par la provocation ou l’agression, par la modification des conditions d’environnement, par un appel direct à la participation active, par le jeu, par une mise en situation inattendue, d’influer directement sur le comportement du public et de substituer à l’œuvre d’art et au spectacle une situation en évolution faisant appel à la participation active des spectateurs.»



YAACOV AGAM

AGAM Yaacov (né en 1928), Assemblage mouvant, 1953, bois peint, 25x49x3,5 cm, six éléments mobiles de couleur pivotant sur fond peint, Paris, MNAM.



AGAM Yaacov (né en 1928), Aménagement pour l'antichambre privé de l'Elysée de Georges Pompidou, 1972-74, une sculpture en acier poli, matériaux divers, dispositifs lumineux, 450x548x622 cm, tapis en laine du sol de 34m2, Paris, MNAM.
Environnement plongeant le spectateur en déplacement dans la "quatrième dimension" du fait de variations colorées et lumineuses sur les murs, sol et plafond.


AGAM Yaacov (né en 1928), Bassin de la Défense, projet de 1975-77 réalisé en 1988, bassin de 26x86 m et déversoir tapissés d'une mosaïque d'émaux de 86 couleurs, 66 projecteurs et jets d'eau sur 15m de haut.



POL BURY

BURY Pol (1922-2005), Plans mobiles, 1953-55, contre-plaqué peint, métal, plaques montées les unes sur les autres sur un axe mobile et manipulables par le spectateur, 135x60x10 cm, Paris, MNAM.


BURY Pol (1922-2005), 4087 cylindres érectiles, 1972, cylindres articulés en hêtre clair sur panneaux de bois en chêne peints en noir, moteurs électriques, mouvement lent et irrégulier quoique programmé, 250x710x45 cm, Paris, MNAM.


VOIR LA VIDÉO DE 40 S. SUR LA FONTAINE DE POL BURY, 1978.
BURY Pol (1922-2005), Fontaine, 1978, acier inoxydable, énergie hydraulique, Saint-Paul-de-Vence, jardins de la Fondation Maeght.



VASSILAKIS TAKIS


TAKIS Vassilakis (né en 1925), Électromagnétique n° 6, 1967, 60x55 cm, acier et aimant.



LEN LYE


LYE Len (1901-1980), Universe, 1973-76.
Bande d'acier sur base en bois stratifié, électro-aimant, balle en liège suspendue à un élastique. 220 x 250 x 280. Fondation Len Lye, New plymouth, Nouvelle Zélande.
Universe est composée d'une longue bande de métal courbée en un cercle de 2,50 mètres de diamètre. Un aimant logé dans le socle attire le haut de la bande vers le bas jusqu'à ce que la résistance du matériau provoque un mouvement inverse. La bande supérieure vient alors frapper une boule de liège, suspendue au bout d'un élastique au sommet du dispositif.
« C'est à une véritable respiration magnétique qu'assiste le spectateur, une respiration dont le rythme est soumis au hasard des lois physiques. »



JESUS-RAFAEL SOTO


SOTO Jésus-Rafaël (1923-2005), Sans titre (série des Vibrations dès 1958), tempera sur bois avec fils peints, 24x19x14,1 cm, New-York, MOMA.
Un jeu optique forme-fond s'effectue avec le déplacement du spectateur devant l'oeuvre.



SOTO Jésus-Rafaël (1923-2005), Pénétrable  de Pampatar, 1971. Les Pénétrables, crées par l'artiste dès 1967, proposent une structure géométrique de fils suspendus, soit en fils de nylon colorés, soit en métal (sculpture sonore) en interaction avec le spectateur. Ce dernier ne tourne plus autour de l'oeuvre mais entre dans l'oeuvre, la traverse, la ressent et l'anime.


SOTO Jésus-Rafaël (1923-2005), Vibrations, 1974, sculpture optique de 18m de long, hall d'accueil du siège Renault.


SOTO Jésus-Rafaël (1923-2005), Pénétrable BBL bleu, 1999/2007 (réplique de 2007), fils de nylon et métal laqué, 3,65x14 m sur 4m de hauteur, Galerie Denise René.
"Pour moi, l'oeuvre n'existe pas indépendamment du spectateur et de son mouvement. Avec les Pénétrables (...) cette participation devient tactile, voire même souvent auditive. L'homme joue avec son monde environnant. La matière, le temps, l'espace constituent une trinité indissociable et le mouvement est la force qui démontre cette trinité", Soto (1973).


VOIR EN COMPLÉMENT
LE DOSSIER DU CENTRE POMPIDOU SUR L'ART CINETIQUE


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