THOBERT POLYCARPE (1830-1878)
PHOTOGRAPHE À PARIS, NANTES, MARSEILLE ET TOULON
INTRODUCTION
Cet article a pour sujet principal la vie et la carrière du photographe Polycarpe Thobert, qui a pris pour épouse Elisabeth Pelissier.
La recherche a cependant fait émerger d'autres noms de photographes dans son entourage, et notamment, une autre personne portant le nom de Thobert et trois autres celui de Pel(l)issier.
Il a donc été nécessaire, dans un premier temps, d'établir en détail la généalogie de ces deux familles (peu étudiées jusque-là), afin d'essayer, avec plus ou moins de bonheur, d'identifier ces photographes, de comprendre leurs liens familiaux et de préciser leurs liens professionnels.
Afin de ne pas alourdir le récit, ces précisions généalogiques ont été, en partie, reportées dans les notes.
GÉMENOS
Pierre Alexandre Polycarpe Thobert est né le 26 janvier 1830 à Gémenos (Bouches-du-Rhône, commune située à 20 km à l'est de Marseille).
Il est le sixième des huit enfants d'Henri/Henry Auguste Thobert, propriétaire fermier (né à Gémenos le 5 décembre 1789) et de Marie Lucrèce Fabre (née à Cuges/Cuges-les-Pins, Bouches-du-Rhône, le 20 juillet 1794), qui se sont mariés à Cuges, le 4 février 1817 (1).
Leur mère, Marie Lucrèce Thobert, née Fabre, décède malheureusement à Gémenos le 9 mars 1838, à l'âge de 43 ans
Polycarpe Thobert a alors huit ans. Rien n'est ensuite connu de son adolescence.
MARSEILLE
Le frère aîné de Polycarpe, Charles Joseph Henry Toussaint Thobert (né à Gémenos le 1er novembre 1825), devient opticien à Marseille, au tournant des années 1850.
Il fréquente notamment l'opticien-photographe Louis Dodero (ce dernier sera ensuite l'un de ses témoins de mariage) et l'opticien Augustin Santi, vendeur et fabricant de Daguerréotypes et gendre du photographe Joseph Desmonts (il sera, lui, témoin de naissance de son fils).
Polycarpe Thobert a-t-il été introduit par son frère dans ce milieu marseillais ? Est-ce là l'origine de son intérêt pour la photographie, avant même sa majorité ?
PARIS
Il semble qu'après une potentielle expérience marseillaise, Polycarpe Thobert soit parti à Paris pour s'y former davantage puis ouvrir son propre atelier.
Jean-Marie Voignier, dans son Répertoire des Photographes de France au Dix-Neuvième Siècle (Le Pont-de-Pierre, 1993), signale son atelier parisien, vers 1853, rue du Colisée, 33. Aucun autre document concernant sa carrière parisienne n'a pu être retrouvé.
Il semble que Polycarpe Thobert quitte Paris, en 1855 ou 1856.
NANTES
"Thobert Spolicarpe (sic), photographe, 22 ans [26 ans], célibataire" est ensuite cité dans le rcensement de la ville de Nantes de 1856, dans l'atelier de la rue Boileau, 9, qu'il partage avec son associé (depuis 1855 ?), "Weter [Wolter] Théodore, photographe, 28 ans [36 ans], célibataire [marié]" (2).
Wolter et Thobert participent à l'Exposition triennale nantaise du printemps 1858.
Ils fournissent, au journal L'Illustration, une vue de "l'Inauguration du Monument du Combat de Saint-Cast, à Saint-Malo" (commémorant une victoire contre les troupes anglaises le 7 septembre 1758) puis le "Portrait du Général Guesviller" (qui dirige les forces de terre et de mer de l'Algérie), qui paraissent sous forme d'estampes, respectivement dans les numéros du 18 septembre 1858 et du 7 mai 1859.
"Wolter et Thobert" (dans cet ordre) semblent tout d'abord signer leurs photographies, au recto, sur le portrait lui-même, de leurs deux noms tracés à la mine de plomb (verso nu).
Leurs cartes de visite affichent ensuite un recto dépourvu d'inscription ou portant "Phot. P. [Peintre(s)] Wolter & Thobert, Nantes.", et leurs deux noms au verso.
Polycarpe Thobert repart à Marseille, en octobre 1859 (même si son nom est encore cité dans l'annuaire nantais de 1861), Théodore Wolter conservant l'atelier de la rue Boileau, 9.
MARSEILLE
On peut lire dans Le Sémaphore de Marseille du 3 décembre 1859 :
- "M. Thobert, dont les magnifiques vues photographiques, exposées chez MM. Collé et Vérane [graveurs, libraires, lithographes et papetiers, rue Saint-Ferréol, 14], attirent depuis longtemps l'attention du public, se propose, à l'occasion du jour de l'an, d'exécuter des billets de visite avec portraits.
Ces nouvelles cartes véritables petites miniatures, sur lesquelles seront reproduites les traits des personnes, sont appelées à remplacer avantageusement ces vulgaires morceaux de carton, que l'on a l'habitude d'échanger au renouvellement de chaque année.
M. Thobert, depuis un mois qu'il est arrivé à Marseille, a prouvé qu'il avait apporté, dans l'art de la photographie, des innovations et des procédés qui décèlent chez cet artiste, de grandes connaissances et un véritable talent.
Les personnes qui seraient désireuses de posséder des cartes de visite, du genre de celles que M. Thobert se propose d'exécuter, pourront souscrire chez MM. Collé et Vérane, où déjà l'on peut voir une nombreuse collection de ces petits portraits. Nous croyons devoir ajouter que le prix fixé pour ces œuvres d'art, remarquables par le fini de l'exécution, engagera uu grand nombre de personnes à s'adresser pour leurs cartes de visite à cet habile photographe".
En décembre 1859 ou janvier 1860, Polycarpe Thobert reprend l'atelier de Desmonts fils (3), rue Saint-Ferréol, 34, et son nom apparaît à cette adresse dès le Nouvel Indicateur marseillais de 1860.
Au printemps 1860, Polycarpe Thobert participe à l'Exposition de Beaux-Arts du Concours Régional de Montpellier (Hérault) et semble y être récompensé (Le Courrier du Gard du 4 juin 1860).
Au cours de l'année 1860, il s'associe cependant avec le dessinateur, lithographe et photographe Victor Désiré Cassien (né le 25 octobre 1808 à Grenoble, Isère) dont l'atelier est situé également dans la rue Saint-Ferréol, au n° 50, mais conserve, dans un premier temps, le n° 34 (Nouvel Indicateur marseillais de 1861).
Elisabeth Pelissier
Le 2 février 1861, Pierre Alexandre Polycarpe Thobert, photographe, âgé de 31 ans, se marie à Marseille avec Elisabeth/Elizabeth Fany/Fanny Pelissier (dite ici "Pellissier") (4), lingère, âgée de 24 ans (née à Marseille le 25 juin 1836).
Cette dernière est alors domiciliée boulevard Bayle/Baille, 23 avec ses parents, Jean Pierre Marius Pellissier, entrepreneur maçon (né à Gémenos le 24 fructidor an douze ou 12 septembre 1804) et Catherine Lucie Brest (née à Gémenos le 29 novembre 1812) (5).
Les familles Thobert et Pel(l)issier sont originaires de Gémenos (commune dont la population varie tout au long du XIXe siècle entre 1100 et 1800 habitants) et sont probablement parentes (6). A Marseille, beaucoup de personnes portant le nom de "Thobert" et de "Pel(l)issier" sont d'ailleurs originaires de Gémenos.
En 1861, Polycarpe Thobert participe à l'Exposition des Beaux-Arts du Concours Régional de Marseille, qui se tient de juin à octobre.
À l'automne 1861, "MM. Cassien et Thobert, rue Saint-Ferréol n° 50, à Marseille" sont désignés officiellement comme les représentants, pour de département des Bouches-du-Rhône, du Panthéon de l'Ordre Impérial de la Légion d'Honneur (7).
Quelques semaines plus tard, cependant, le Nouvel Indicateur marseillais de 1862 signale que Thobert Polycarpe est désormais le "successeur de Cassien, photographe, rue Saint-Ferréol, 50". L'annuaire cite encore l'adresse du n° 34 mais ne l'affichera plus, dès 1863.
En 1862-63, Polycarpe Thobert est membre du jury du concours de la Société Française de Photographie de Marseille avec, notamment, le photographe Wilhelm Bienmüller (Bulletin de la Société Française de Photographie, 1862, T 8, pp. 115-116, séance du 23 mars 1862).
Le premier enfant du couple Thobert, Henri Lucien Marius, naît le 14 octobre 1862, rue de Rome, 52 (avec notamment pour témoin, Jean Baptiste Collé, graveur, 37 ans, de "Collé & Vérane"), et le second, Marius Joseph Thobert, le 25 mai 1865, rue St. Ferréol, 50.
Pellissier
Il faut évoquer ici le cas du photographe "Pellissier (sic)", afin de faire le point sur son identité.
Ce dernier est connu pour avoir été, dès 1865, l'associé marseillais du peintre et photographe Charles Henri Langerock (né à Gand, Belgique, le 29 janvier 1830) (8).
L'adresse de l'atelier "Langerock et Pellissier, peintres photographes" est située "rue Montgrand, 10" (Nouvel Indicateur Marseillais de 1866), dite aussi, "10, place St. Ferréol, 10" (verso des cartes de visite). Cette association semble cependant s'être arrêtée dès 1866.
Ce "Pellissier" est en fait l'un des jeunes cousins de l'épouse de Polycarpe Thobert. Il est notamment cité boulevard Baille, 25 dans le recensement de la ville de Marseille de 1866 :
- "Pelissier, Marius, P. [Peintre] Photographe, célibataire, 20 ans [né à Marseille vers 1846-47 ; acte de naissance non retrouvé]".
La liste électorale de 1869 raye malheureusement son nom :
- "Pellissier (sic), Marius, Louis, Photographe, 22 ans, Bd Baille, 25 - "Décédé" [acte de décès non retrouvé].
Dans le cas d'une mort subite, la date de son décès peut remonter à l'année 1866 et correspondre à la fin de l'association avec Henri Langerock, actée par le Nouvel Indicateur marseillais de 1867. Dans le cas d'un décès précédé d'une longue maladie, la date peut être située entre 1866 et 1869.
Leurs cartes de visite conservées affichent trois types de verso, à l'encre noire ou rouge :
- "Grand Etablissement [texte convexe] - Photographique - Langerock & Pellissier - Peintres Photographes - Place St. Ferréol, 10, - Marseille." (1865) ;
- "Grand Etablissement [texte convexe] - Photographique - Langerock & Pellissier - Peintres & Photographes - Opèrent au rez de chaussée - Place St. Ferréol, 10 - Marseille" (1865) ;
- "Spécialité de Portraits Peints [texte convexe] - Brevet d'Invention S.G.D.G. [texte réparti de chaque côté des armoiries du Second Empire] - Système - Langerock - Pellissier - 10, place St. Ferréol, 10. - au Rez de Chaussée - Marseille" (1866 ; une carte de visite datée "août 1866").
Le brevet d'invention de quinze ans intitulé,"Système de photographie dit Système Langerock", concerne la retouche des portraits au crayon à la mine de plomb, directement sur le vernis du cliché.
La demande en a été déposée par "Langerock (Henri) photographe place St. Ferréol 10 à Marseille" à la Préfecture de Marseille, le 28 décembre 1865 et le brevet a été obtenu le 20 février 1866 (son affichage au verso des cartes de visite n'est donc pas antérieur à 1866).
Thobert et Cayol
Le recensement de la ville de Marseille de 1866 cite :
- rue St. Ferréol, 50 : "Thobert, Polycarpe, photographe, marié, 36 ans - Pelissier fe [femme] Thobert, Elisabeth, femme, mariée, 27 ans - Thobert Henri, fils, célibataire, 3 ans - Thobert Marius, fils, célibataire, 1 an"
- et, dans l'appartement voisin, "Cayol Marius [Joseph Marius Gilles], photographe, célibataire, 26 ans [25 ans, né à Marseille le 14 janvier 1841] - Cayol, Henri [Louis Henri Marius Gilles], photographe, célibataire, 23 ans [22 ans, né à Marseille le 3 janvier 1844]", qui sont les employés de Polycarpe Thobert.
Thobert
Il semble qu'en fin d'année 1866, Polycarpe Thobert quitte l'adresse de la rue Saint-Ferréol, 50, le Nouvel Indicateur marseillais affichant, de 1867 à 1869, l'adresse du boulevard Baille, 23, qui est celle de sa belle-famille.
Faut-il voir dans ce déménagement un désinvestissement progressif de l'atelier ? C'est possible car on constate parallèlement l'émergence du nom des frères Cayol, dans le Nouvel Indicateur marseillais, dès 1867.
La liste électorale de 1869 raye ensuite le nom de "Thobert, Jules [Polycarpe], photographe, 39 ans, r. St. ferréol, 34 (sic)" et précise qu'il a "Disparu".
Il a quitté la ville avec sa famille, dès 1868, cédant l'atelier de la rue Saint-Ferréol, 50, aux frères Cayol .
Les cartes de visite marseillaises conservées
Les premières cartes de visite marseillaises de Polycarpe Thobert portaient probablement, au verso, son nom suivi de l'adresse de la rue St. Ferréol, 34 (1860) mais aucune d'entre elles n'a pu être consultée.
Suite à son association, au cours de l'année 1860, avec Victor Cassien, ses cartons affichent ensuite :
- (police fine et noire), "Photographie - Cassien & Thobert, - Rue St Ferréol,N° 50, - à - Marseille" (1860-1861).
En 1862, Polycarpe Thobert succède à Victor Cassien et l'intitulé de ses rectos devient :
- à l'encre noire, sous les armoiries de la Ville de Marseille accostées des deux faces d'une médaille impériale, "Photographie - Thobert [successeur] De Cassien - Rue St. Ferréol,N° 50 [sans espace après la virgule] - A - Marseille" (une CDV datée de "décembre 1863", une autre de "janvier 1864" et deux autres de "1865")
- et, à l'encre rouge, "Photographie - Thobert De Cassien - Rue St. Ferréol, N° 50 [sans espace après la virgule] - a - Marseille" (une CDV datée de "Février 1867").
Ses photographies sont en très grande majorité des portraits mais il existe également quelques reproductions d'estampes de monuments de la ville (comme lors de sa période nantaise, avec Théodore Wolter).
Quand les Frères Cayol succèdent à Polycarpe Thobert en 1868, leurs cartes de visite sont pourvues au verso d'indications semblables aux siennes, portées à l'encre noire ou rouge :
- "Photographie - Thobert De Cassien" au-dessus des armoiries de la ville et des deux faces de la médaille impériale, puis en-dessous, "Cayol Frères - Rue St. Ferréol,N° 50 [sans espace après la virgule] - A - Marseille" (une CDV datée "avril 1869").
TOULON
Thobert
Il faut attendre le recensement de 1872 de la ville de Toulon (Var) pour retrouver le nom de Polycarpe Thobert :
- rue Roche, 17 : "Thobert Polycarpe, Photographe, marié, 43 ans [42 ans], français, né à Roquevaire [à Gémenos] (B d Rh) - Thobert, Elisa, sa femme, mariée, 33 ans [36 ans], idem [non, née à Marseille] - Thobert, Henri, leur fils, célibataire, 9 ans, idem [non, né à Marseille] - Thobert Marius, idem, célibataire, 7 ans, idem [non, né à Marseille] - Thobert, Rosa [née Olive], S. P. [sans profession], veuve, 43 ans [42 ans], idem [non, née à Marseille] - Thobert, Henri, Photographe, célibataire, 18 ans, idem [non, né à Marseille]".
Rosa Thobert (née Rose Claire Olive à Marseille le 27 juin 1830), belle-soeur de Polycarpe Thobert, est la veuve de l'opticien Charles Joseph Henri Toussaint Thobert (né à Gémenos le 1er novembre 1825 et décédé à Marseille entre 1853 et 1872 ; acte de décès non retrouvé), qu'elle avait épousé à Marseille, le 26 octobre 1852, et la mère d'Henri Marius Thobert, photographe (né à Marseille le 16 septembre 1853), neveu de Polycarpe.
Pellissier & Thobert
À partir du 22 décembre 1872, une publicité pour l'atelier paraît dans La Lorgnette (Toulon) et révèle l'association "Pellissier-Thobert, rue Roche, 17, (angle de la rue de Lorgues)" [au futur n° 18]".
Cette publicité pose question, y compris par l'ordre des associés, "Pellissier-Thobert", même si'il faut reconnaître qu'avec Wolter à Nantes puis Cassien à Marseille, le nom de Polycarpe Thobert a toujours occupé la deuxième place.
Ce "Pellissier" est-il un membre de la belle-famille de Polycarpe Thobert ? Est-il récemment arrivé à Toulon, n'étant pas cité avec la famille Thobert dans le recensement de 1872 ?
Les deux photographes participent, au printemps 1873, à l'Exposition des Beaux-Arts du Concours Régional de Toulon, cette fois sous l'intitulé "Thobert et Pelissier", et sont récompensés par une mention honorable (Guide-Exposition de Toulon du 25 mai 1873). La médaille obtenue (par Thobert) à l'Exposition du Concours Régional de Montpellier en 1860, est rappelée à cette occasion.
Cet atelier semble avoir réuni plusieurs photographes de la même famille : Polycarpe Thobert et deux employés, son neveu Henri Thobert, déjà évoqué, mais également son beau-frère, César Michel Pelissier (né vers 1850 ; acte de naissance non retrouvé).
C'est Le Petit Marseillais du 21 janvier 1874 qui nous l'apprend, en publiant malheureusement l'avis de décès de "M. César-Michel Pellissier (sic)", mort la veille à Toulon, dans sa 24e année.
Cet avis énumère par ailleurs la liste de ses proches dont ses parents "M. et Mme Marius Pellissier née Brest", sa soeur et son beau-frère "M. et Mme Polycarpe Thobert née Pellissier", puis ses frères,"M. Joseph Pellissier [né vers 1838-39], M. Jean-Baptiste Pellissier [né vers 1842-43]".
L'acte de décès toulonnais précise que "Michel César Pelissier" était "photographe, célibataire et âgé de 23 ans (...), domicilié à Toulon, rue Roche, 17". Etait-ce lui qui était évoqué dans la publicité parue fin 1872 ?
Polycarpe Thobert n'est plus ensuite cité rue Roche, 17 et est notamment absent du recensement de la ville de Toulon de 1876.
Jean Baptiste Pellissier
C'est cette fois, "Pellissier, Baptiste, Photographe, célibataire, 45 ans, né à Marseille (B D Rh), français" qui est cité à cette l'adresse de la rue Roche, 17, dans le recensement de Toulon de 1876.
Est-il présent à Toulon depuis plusieurs années ? Est-il ce "Pellissier" de l'atelier "Pellisssier-Thobert" cité en 1872 ? Fait-il ou non partie de la belle-famille de Polycarpe Thobert ?
Si l'on oriente la recherche de son identité en donnant du crédit aux renseignements livrés par ce recensement de 1876, que l'on considère que ce photographe a pour nom "Pelissier" ou "Pellissier", pour prénom "Baptiste ou Jean Baptiste" et qu'il est né à Marseille, en 1830 ou 1831, un seul individu semble pouvoir correspondre :
- Jean Baptiste Pelissier, né à Marseille, cul-de-sac de la rue Négrel, le 20 décembre 1831.
Il est le fils de Joseph Pelissier, marin (né à Marseille le 11 mars 1807, fils de Claire Pelissier et de père inconnu) et d'Anne Ursule Alfan (née à Marseille le 20 octobre 1802), qui se sont mariés dans cette commune le 28 avril 1831.
La grand-mère de Jean Baptiste, Claire Pelissier (née à la fin du XVIIIe siècle et décédée à Marseille en 1813), était-elle originaire de Gémenos et parente des Pelissier de cette commune ?
L'acte de naissance de Claire Pelissier n'ayant pas été retrouvé, rien ne prouve, à ce jour, que Jean Baptiste Pel(l)issier, soit un parent d'Elisabeth Pelissier, épouse de Polycarpe Thobert. Ses nom et prénom restant d'ailleurs systématiquement absents des avis de décès de cette famille, il est fort probable qu'il n'ait pas eu de liens de parenté directs avec elle.
Jean Baptiste Pellissier est à nouveau cité à Toulon en décembre 1880, date à laquelle il demande "un employé retoucheur" (Le Petit Marseillais du 15 décembre 1880).
Il semble cependant absent du recensement de la ville de fin 1881-début 1882 (ainsi que des recensements suivants) mais il est possible qu'il ait changé d'adresse toulonnaise et que ce soit le peintre-photographe Lina Bonnot qui lui ait succèdé, dès 1881, rue Roche, 17 ou, tout du moins, rue Lorgues, 18.
Jean-Marie Voignier, dans son Répertoire des Photographes de France (opus cité), considère que Jean Baptiste Pellissier est resté actif à Toulon jusqu'au début des années 1890.
S'il est réellement né en 1831, il paraît crédible qu'il ait pu cesser toute activité vers 1891.
Cependant, l'Aide-Mémoire de Photographie (1876-1910) signale, "Pélissier (sic)" à Toulon, de 1877 à 1885 puis "Pélissier" (s'il s'agit bien de la même personne), de 1897 à 1901 (les années 1886-1888 ne sont pas conservées mais on peut supposer que l'abonnement habituel de neuf ans pour voir son nom cité, courrait de 1877 à 1886 et que ce dernier n'a été renouvelé qu'après quelques années d'interruption).
Les cartes de visite toulonnaises conservées
Ces dernières relatent, pour leur part, une histoire parallèle.
- Les premières cartes de visite connues portent à l'encre noire ou rouge, sous les armoiries de la Ville de Toulon entourées des deux faces d'une médaille impériale, le texte "Photographie - P. Thobert - Rue Roche, 17 - Toulon" (vers 1868-1873 ?).
- Le nom de Pellissier semble ensuite apparaître, à l'encre noire ou rouge avec, sous les armoiries de la Ville de Toulon, les deux faces de la médaille impériale puis le texte suivant, "Photographie - Pellissier De Thobert - Rue Roche, 17 - Toulon." (une CDV sur carton rose, au portrait embossé) (vers 1873 ?).
La formule toulonnaise, "Pellisssier De Thobert", évoque directement la formule marseillaise, "Thobert De Cassien", lorsque Polycarpe Thobert a succédé à Victor Cassien, en 1862.
- Une présentation semblable est ensuite adoptée pour un nouveau type de verso, à deux détails près cependant : la face gauche de la médaille présente désormais l'inscription "A - J.B. Pellissier" entourée d'une couronne de lauriers, en remplacement du profil impérial de Napoléon III, et l'adresse devient, "Rue Roche, 17 & Rue de Lorgues - Toulon." (vers 1874 ?).
- Au milieu des années 1870, le nom de Thobert disparaît des cartes de visite, les inscriptions devenant, "J.B. Pellissier - Rue Roche 17 & Rue de Lorgues - Toulon" (une cdv datée de "1875").
- Le modèle suivant conserve toujours les armoiries de la Ville de Toulon, les deux faces de la médaille suivies du même texte mais l'encre est désormais violette, le mot "Photographie" adopte une écriture convexe, et l'adresse se voit inscrite sur un ruban sinueux qui se détache sur un fond orné de fins rinceaux, "J.B.Pellissier - Rue Roche. 17 - Rue de Lorgues - Toulon" (seconde moitié des années 1870 ?).
- Le prochain type supprime armoiries et médaille pour ne conserver que le nom et l'adresse, "Jn Bte Pellissier [signature horizontale] - Photographe - Rue de Lorgues et Rue Roche - Toulon (ce mot présentant parfois son initiale enluminée)", inscrits sur un fond de format horizontalisé, de couleur beige ou jaune (dès 1880 ?) puis également noir (vers 1883-1885 ?).
- Une rare carte de visite témoigne enfin d'une nouvelle adresse d'atelier : "Photographie - Pellissier [nom oblique inscrit sur un phylactère barrant le dessin d'une couronne de fleurs] - Rue Lafayette, 37 - Toulon (mot mis en italique)" (années 1890 ?).
GÉMENOS
Polycarpe Thobert, accompagné d'une partie des membres de sa famille, semble avoir quitté Toulon, entre mai 1873 (où il est présent à l'Exposition de la ville) et décembre 1876 (date de fin du recensement de la ville de Toulon).
La recherche a permis de le retrouver dans son village natal de Gémenos où il est cité dans le recensement de novembre-décembre 1876 :
- quartier des Coulins : "Thobert, Polycarpe, rentier, chef de ménage, marié, 46 ans, Français, né dans la commune - Pellissier (sic) fe [femme] Thobert, Elizabeth, sans profession, sa femme, mariée, 39 ans, Française, née à Marseille - Thobert, Marie, leur fille, célibataire, 2 ans [3 ans], Française, née dans la commune".
Le recensement ne cite pas leurs deux fils, Henri Thobert, 14 ans et Marius Thobert, 11 ans mais il est probable qu'ils effectuent alors leurs études à Marseille, hébergés par la famille Pelissier.
Leur troisième enfant, Marie Hortense Emilie Elizabeth, est pour sa part née à Gémenos, le 25 novembre 1873.
L'acte de naissance précise que "Polycarpe Thobert, photographe, 43 ans, [est] domicilié à Gémenos". Cependant, cette affirmation reste ambiguë, Polycarpe pouvant être alors hébergé chez son père, encore vivant à cette date.
Polycarpe Thobert a peut-être définitivement quitté Toulon pour Gémenos, dès l'été ou l'automne 1873. Cependant, l'hypothèse d'une date de départ plus tardive ne peut être totalement écartée, notamment suite au décès de son père le 17 septembre 1874.
Polycarpe est d'ailleurs encore dit "photographe" lors de la naissance de sa fille en novembre 1873, alors qu'il est ensuite qualifié de "rentier", lors du recensement de Gémenos de fin 1876.
Le renouvellement rapide des inscriptions portées au dos des cartes de visite toulonnaises de Jean Baptiste Pellissier, avant même l'année 1876 et l'existence de l'une de ses cartes de visite datée de "1875" incitent tout de même à retenir une date de cession de l'atelier de Polycarpe Thobert en 1873 ou 1874.
Il faut d'ailleurs rappeler que les noms des deux associés, cités dans les journaux de 1872 et 1873 sous la forme "Pellissier-Thobert" ou "Thobert et Pelissier", ne se retrouvent jamais inscrits de cette façon au dos de cartes de visite, sauf sous la forme "Pellisssier de Thobert" qui, elle, entérine la succession.
MARSEILLE
C'est lors d'un séjour à Marseille, à l'époque des fêtes de fin d'année, que Polycarpe Thobert décède le 2 janvier 1878, quelques semaines avant son quarante-huitième anniversaire, au domicile de sa belle-famille, boulevard Baille, 23 (9).
NOTES
1- Le père de Polycarpe, Henry Auguste Thobert, ex sergent-major de l'armée napoléonienne, a été fait chevalier de la Légion d'honneur le 4 avril 1814.
Ses huit enfants sont nés entre 1817 et 1833 mais une fille et un garçon sont décédés lors de leur première année, et une fille à l'âge de dix-neuf ans.
2- Théodore Wolter est né à Varsovie (Royaume de Pologne), le 14 janvier 1820. Il a quitté la ville fin 1831, fuyant la répression russe, pour se réfugier en France.
Vingt ans plus tard, il vit à Brest (Finistère). Alors que ses parents, Crystian Fryderyck Wolter, docteur en médecine, et Crystiane Elisabeth Fromm(ow) sont tous les deux décédés, François Théodore Wolter, artiste peintre, âgé de 31 ans, se marie dans cette ville, le 17 mars 1851, avec Amélie Marie Pilven, institutrice, âgée de 31 ans également (née à Brest le 17 mars 1820).
Le couple (sans enfant) s'installe ensuite à Nantes en 1855. Leur foyer est signalé dans le recensement de 1856 (avec un an d'ancienneté), rue du Calvaire, 3. avec "Welter (sic) François Théodore, peintre autographe [photographe]", son épouse et une domestique.
3- Voir la biographie de Desmonts Joseph et ses fils, sur ce blog, ici.
4- Le nom de famille de l'épouse de Polycarpe Thobert est bien "Pelissier" mais il est parfois retranscrit sous la forme, "Pélissier" ou "Pellissier". Les actes d'état civil respectent le plus souvent l'orthographe originelle mais les membres de la famille eux-mêmes signent parfois ces mêmes actes, "Pellissier".
5- Jean Pierre Marius Pelissier (Gémenos, 12 septembre 1804-Marseille, 1er janvier 1881), fils de Jean Baptiste Pelissier et de Marie/Marianne Magdelaine Sc(h)olastique, maçon âgé de 31 ans, domicilié à Marseille, a épousé le 14 janvier 1836 à Gémenos, Catherine Lucie Brest (Gémenos, 29 novembre 1812-Marseille, 16 février 1890), 23 ans, domiciliée à Gémenos. Le couple s'est ensuite installé à Marseille où leur fille Fanny est née en juin 1836.
Ils ont eu ensuite trois autres enfants : Joseph Pelissier (témoin lors du mariage d'Elisabeth), maçon (né à Marseille vers 1838-39) ; Jean Baptiste/Baptistin Pelissier, maçon également (né à Marseille vers 1842-43) et César Michel Pelissier (né à Marseille vers 1850), encore enfant à la date de ce mariage.
- L'un des frères de Jean Pierre Marius Pelissier vit dans la maison voisine, boulevard Baille, 25. Il s'agit de Simon/Pierre Emmanuel Marie Pelissier (Gémenos, 1814-Marseille, 1856) marié à Françoise Elisabeth Anne Falen, teneuse de bains publics (née à Marseille le 29 juillet 1814).
Leurs enfants sont : Casimir Emmanuel Pelissier, (témoin lors du mariage d'Elisabeth) teneur de bains (né à Marseille le 20 janvier 1839) ; Marius Pelissier (Marseille vers 1847-Marseille vers 1866-69) ; Baptistin/Jean Baptiste Pelissier (né à Marseille vers 1851), encore enfant à la date du mariage de sa cousine Elisa.
- Jean Pierre Marius a également un autre frère, Joseph Amédée Pelissier (témoin lors du mariage d'Elisabeth), charron/carrossier (né à Gémenos le 15 janvier 1814), marié à Joséphine Stéphanie Duval, couturière (née à Marseille le 5 juillet 1814) qui ont également des enfants.
6- Les deux arrière-grands-pères (Dominique Pelissier et Jacques Pignol) d'Elisabeth Pelissier, l'épouse de Polycarpe Thobert, ont été respectivement mariés à Catherine Thobert et Marie-Anne Thobert, et l'un des témoins de mariage des parents d'Elisabeth a été Joseph Henri Auguste Thobert, charron, 39 ans.
7- Sur l'Ordre Impérial de la Légion d'Honneur, voir sur ce blog, ici.
8- Henri Langerock, venant de Lyon, arrive à Marseille fin 1863, et s'y installe essentiellement comme peintre, rue Pavillon, 14. Il s'associe ensuite à Pellissier en 1865, rue Montgrand, 10 (place St. Ferréol).
Fin 1866, il céde au photographe Villetelle l'atelier de photographie de la rue Montgrand, 10 (ce dernier le conservera jusqu'en 1869), ainsi que les droits d'utilisation de son Système Langerock.
Il reprend son atelier de peintre de la rue Pavillon, 14 et reste à Marseille jusqu'en 1868, avant de regagner Paris.
9- La veuve de Polycarpe Thobert, Elisabeth, née Pelissier, propriétaire, se remariera quatre ans plus tard, à l'âge de 45 ans, le 8 février 1882, dans la commune de Gémenos. Son père, Pierre Marius Pelissier, est décédé l'année précédente (à Marseille, le 2 janvier 1881).
Elle épouse, Joseph Lazare Barre, constructeur-mécanicien, âgé de 43 ans (né à Marseille le 28 novembre 1838), demeurant à Aubagne (à 20 km environ à l'est de Marseille), et elle signe l'acte de mariage, "E. Thobert Pellissier".
La suite de la vie du premier fils de Polycarpe, Henri Thobert (Marseille, 14 octobre 1862-?), âgé de 15 ans à la mort de son père, reste en grande partie à découvrir, comme d'ailleurs celle de sa soeur Marie. Henri est dit, "âgé de 36 ans [37 ans], propriétaire, [domicilié au] quartier des Olives"], à Marseille, au printemps 1890, lors du mariage de son frère Marius.
Le second fils de Polycarpe, Marius Joseph Thobert (Marseille, 25 mai 1865-Marseille 29 novembre 1919), sera pour sa part pharmacien à Marseille et épousera dans cette ville, le 29 avril 1890, Claire Marie Gabrielle Dublet (Marseille, 15 février 1866-Marseille, 17 octobre 1948). Le couple aura cinq enfants dont l'un décédera malheureusement lors de la Première Guerre mondiale.
Rien n'a été retrouvé concernant la suite de la vie et de la carrière du neveu de Polycarpe, le photographe Henri Thobert (né à Marseille le 16 septembre 1853).

