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INTRODUCTION
Lors du dépouillement de la presse varoise du milieu du XIXe siècle, l'article suivant, paru dans Le Toulonnais du 9 novembre 1869 (AD 83), a retenu toute mon attention :
- "ALPES-MARITIMES. Cannes. A l'occasion de la Fête des morts, la demoiselle Augias Rosine, jeune enfant de 12 ans, s'était rendue au cimetière pour prier sur la tombe d'un de ses parents.
Après avoir allumé deux cierges, la pieuse jeune fille s'était agenouillée sur la dalle, et tel était son recueillement qu'elle ne s'aperçut pas que l'un des cierges, sans doute mal assujéti (sic), avait communiqué le feu à sa robe.
Bientôt cependant, elle en ressentit les atteintes, mais il était trop tard, car les flammes l'environnaient déjà de toute part" (Le Toulonnais du 9 novembre 1867, AD 83 ; article repris du Journal de Nice du 3 novembre 1869, numéro non conservé, AD 06).
Heureusement, la jeune fille a pu être sauvée par deux tailleurs de pierre qui travaillaient dans le cimetière. Ils accoururent et la débarrassèrent de ses vêtements. Ses blessures ont été très graves mais n'ont pas mis sa vie en danger. Les deux ouvriers ont eu, pour leur part, de fortes brûlures aux mains.
Au-delà de cet accident, j'ai été surpris par ce rite, lié aux Fêtes de la Toussaint, de déposer et d'allumer des cierges sur les tombes et de prier pour les défunts, agenouillé sur la pierre tombale.
Après avoir avoir effectué des recherches approfondies sur les cimetières de Nice, avoir dépouillé quarante ans de presse niçoise puis trente ans de presse toulonnaise, c'est en effet la toute première fois que je croise l'évocation de ce rituel.
ALLUMER DES CIERGES SUR LES TOMBES
Les origines
La recherche a mis en évidence que cette pratique a touché de nombreuses religions et a traversé les siècles et les continents.
Chez les chrétiens des premiers siècles, des cierges allumés étaient déposés dans les Catacombes. Le Concile d'Elvire (Grenade, Espagne, tout début du IVe s.), a semblé s'opposer à cet usage mais cette pratique a continué et des Lanternes des Morts ont même été élevées dans les cimetières.
L'ampleur du sujet se révélant considérable, la recherche s'est focalisée sur cette pratique en France, entre 1850 et 1950, avec une sélection de quelques articles de presse.
Le fait que cette tradition bien ancrée ne soit essentiellement relatée que par des textes postérieurs à 1880, semble s'expliquer par les comptes-rendus journalistiques de plus en plus détaillés de la Fête des Morts. Il faut cependant précisées que les rares descriptions parisiennes détaillées de la Fête des Morts au Cimetière du Père-Lachaise (en 1820 et 1838), ne parlent pas de cierges allumés sur les tombes.
Au XIXe siècle, cette pratique ne semble cependant pas s'être restreinte à la Fête de la Toussaint et à la Fête des Morts (1er et 2 novembre) mais avoir concerné également une journée des Fêtes pascales et même la célébration, plus individuelle, de l'anniversaire d'un décès.
En 2026, cette tradition perdure dans plusieurs régions françaises de métropole et d'Outre-Mer.
Le rituel
La lumière de la flamme, évocation de la lumière divine, est le symbole de la vie spirituelle, de la foi en Dieu, de la présence de l'âme et de l'espérance en la résurrection.
Les cierges veillent le défunt, entourent son cercueil dans l'église puis l'accompagnent au cimetière (et sont parfois éteints et jetés dans la fosse). D'autres sont par la suite allumés en son souvenir dans les églises et chapelles.
Les 1er et 2 novembre, les catholiques, souvent en habits de deuil, se rendent en foule dans les cimetières pour célébrer leurs défunts (parents et amis), en emportant des cierges, ainsi que des fleurs naturelles et artificielles.
Contrairement à d'autres pays d'Europe, les cierges ne sont pas allumés sur le parcours (Espagne et Portugal) mais uniquement dans la chapelle du cimetière ou sur la tombe, et les visiteurs ne sont, le plus souvent, pas autorisés à passer la nuit dans le cimetière (Italie) ni à partir en laissant les cierges allumés.
Le visiteur dépose les fleurs sur la tombe ou bien en plante aux abords. Il installe et allume un cierge près de la croix (à la tête de la tombe et à celle du défunt), voire un deuxième cierge (aux pieds de la tombe et du défunt, comme en Italie ?) puis se signe, s'agenouille (essentiellement les femmes ?) sur la dalle froide et prie. Il fait parfois également brûler de l'encens.
La pluie ou le vent de novembre peuvent éteindre les cierges. Déposés dans les caveaux ou les édiculesfamiliaux en forme de chapelle, ils entraînent un risque d'incendie, notamment lorsque la flamme entre en contact avec le bois de la croix ou les couronnes de celluloïd (Cimetière parisien de Montmartre, Le Courrier du Soir du 2 novembre 1897).
Les articles de journaux relèvent surtout, à la tombée de la nuit (dès 17h 30), le spectacle merveilleux de la constellation formée par les lumières des cierges.
Quelques textes
- Paris, 1880. "A droite et à gauche, dans les massifs, la plupart des tombes semblent avoir des statues de bronze tant sont nombreuses les silhouettes agenouillées et vêtues de noir ! - Rien de grand et d'inattendu comme ce peuple de Paris - à genoux !" (Le Figaro du 3 novembre 1880).
- Strasbourg, 1882. "La Toussaint et la fête des Morts ont été favorisées par le beau temps, et pendant les deux journées, des milliers de personnes sont allées faire le pèlerinage traditionnel aux cimetières, où les tombes ont reçu leur tribut annuel de fleurs et de couronnes ; un grand nombre de tombes resplendissaient le soir à la lumière des bougies que la piété y allume le jour de la fête des Morts" (Affiches de Strasbourg du 4 novembre 1882).
- Mulhouse, 1889. "Le Jour des Morts. C'est par un ciel calme qu'à la soirée ont scintillé autour des tombes les cierges qu'une coutume ancienne a pris l'habitude d'y allumer, donnant au cimetière un aspect théâtral peut-être, mais qui n'en est pas moins d'une allégorie saississante" (L'Express du 1er novembre 1889).
- Paris, 1889. "Les Cimetières. Au milieu des blancheurs du marbre, se détachent les longs voiles du deuil ; des femmes sont là agenouillées, elles murmurent des prières, tandis que les cierges allumés mettent des scintillements d'étoiles dans l'ombre des caveaux et des chapelles" (L'Echo de la Semaine du 3 novembre 1889, pp. 71-72).
- France, 1901 : "Le jour des morts, elle n'oubliait pas la tombe du défunt, c'était elle qui y portait des fleurs, mais cette année, la maladie étant venue, elle n'avait pu qu'arroser, à intervalles, les chrysanthèmes de la fenêtre et fabriquer les grosses roses de papier. Ce fut la petite Mariotte qui se chargea du pieux devoir. Dès que le bouquet fut fait, elle le prit d'une main et de l'autre porta un cierge à collerette dorée. A chaque fête des Morts, la mère voulait qu'on brûlat un cierge sur la tombe de l'ouvrier, pendant les prières" (nouvelle parue dans Le Siècle du 14 novembre 1901).
- France, 1923 : "Dans la soirée de la Toussaint, sur tous les points de notre chère France, il est de tradition de penser plus particulièrement à ceux qui ne sont plus. Dans beaucoup de villages, il est même toujours de coutume, quand vient la nuite, de faire sonner le glas et d'aller allumer des cierges et des veilleuses dans les cimetières, sur les tombes de ceux qui reposent en paix" (L'Action Française du 19 octobre 1923).
- Sélestat, 1939 : "Interdiction de brûler des cierges sur les tombes après la tombée de la nuit. Dans certaines localités il est d'usage de brûler des cierges sur les tombes des morts notamment à l'occasion de la fête de la Toussaint et de la Fête des Morts. Les personnes qui pratiquent cette coutume sont invitées à veiller à ce que ces cierges soient éteintes (sic) à la tombée de la nuit" (Journal de Sélestat du 26 octobre 1939).






