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samedi 21 février 2026

1440-JEAN-PAUL LAUGIER, "MES ANCÊTRES PHOTOGRAPHES"


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 


- LAUGIER Marcel (1907-1984), Portrait de la famille Laugier, vers 1957,
avec les fils Marcel, Frédéric (à gauche) et Charles (tout à droite),
accostant leur père Joseph.
Collection J.-P. Laugier.


                UN ARTICLE DE JEAN-PAUL LAUGIER : "MES ANCÊTRES PHOTOGRAPHES"




CHARLES LAUGIER (1897-1960)



Monaco

Charles Auguste Laugier est né le 1er mars 1897, à Monaco, deux ans après son frère aîné Frédéric. Ce sont les deux premiers des huit enfants de Joseph Luther Laugier et de Michelle Antoinette Duguet (1)

Joseph Laugier va exercer successivement plusieurs métiers dont garçon d’hôtel à Monaco, papetier, épicier, ainsi que jardinier à la Villa du Général Gallieni à Saint-Raphael (Var).


Saint-Raphaël

Au retour de la famille Laugier à Saint-Raphaël, en 1898, les enfants font leurs études à l’Ecole des Frères.

A 20 ans, Charles incorpore, à Paris, la Section Photographique et Cinématographique de l’Armée, du 20 septembre au 30 novembre 1917.

Probablement aidé de son frère Frédéric, il ouvre, avant-guerre, à Saint-Raphaël, route de Fréjus, un atelier de photographie et édite des cartes postales. 


- Portrait de Frédéric Laugier, vers 1901,
colorisé par son frère Charles en 1915.
 Collection J.-P. Laugier.

- Tampon de l'Atelier de Photographie de Charles Laugier à Saint-Raphaël.
Collection J.-P. Laugier.



- Facture de l'Atelier de Photographie de Charles Laugier à Saint-Raphaël, datée des années 1910 ("191." ?). 
Collection J.-P. Laugier.

- ÉDITION LAUGIER, SAINT-RAPHAËL, Saint-Raphaël (Var) - La Gare P.L.M.,
 carte postale de la seconde moitié des années 1910,
Collection J.-P. Laugier.

- Portrait de Charles Laugier, automne 1917,
à la Section Photographique et Cinématographique de l’Armée
format carte postale.
 Collection J.-P. Laugier.



Nice et Vittel

Après la Première Guerre mondiale, Charles Laugier déménage avec sa famille à Nice (Alpes-Maritimes), au 35, rue Gioffredo.

De mars à septembre 1921, il s’installe à Vittel (Vosges) et se fait adresser ses courriers à l’Atelier "FERRARI photo", galerie du Parc. Des liens s'étaient sans doute déjà tissés avec la famille du photographe Ferrari, à Saint Raphaël (Var) ou à Nice (Alpes-Maritimes).


- EDITIONS L.L., Vittel, Les Galeries vues des Terrasses, où opère Charles Laugier en 1921,
carte postale.
Collection J.-P. Laugier.


 

Dans les années 1920, Charles est signalé à Nice où il travaille au 32, rue Pertinax, dans l’atelier du photographe Granet. Il signe notamment de nombreuses photographies de famille.


 - LAUGIER Charles (1897-960), Portrait de Frédéric Laugier, années 1920.
Collection J.-P. Laugier.

 - LAUGIER Charles (1897-1960), Autoportrait, années 1920,
l'une des photographies découpées et collées sur bois et montées sur supports de même matière.
Sur certains de ces supports est inscrite l'adresse du 32, rue Pertinax.



Roanne

En 1926, la famille Laugier déménage, pour raisons professionnelles à Roanne (Loire), place de la Promenade. Charles y est également recensé comme photographe.

Il y est probablement l'employé ou le successeur de l’Atelier de Photographie de François Bost, situé 1, place du Palais (actuelle place Georges-Clémenceau).


- L’Atelier de Photographie de la place du Palais à Roanne, où opère Charles Laugier vers 1926.
 
Collection J.-P. Laugier.



Nice

Après son retour à Nice, la famille est signalée, en 1928, au 13, rue Barla où Joseph Laugier est épicier. 

C’est à cette époque que Charles semble faire la connaissance de Marie-Louise Thiel. Cette dernière est la fille des photographes Victor Thiel et Anne-Marie Messy, et exerce dans l'atelier de ses parents au 8, avenue Félix-Faure. 

Charles Laugier et Marie-Louise Thiel se marient à Nice, le 3 janvier 1929 et, peu après, Victor Thiel, âgé de 67 ans, leur laisse l'Atelier de Photographie (il décèdera en 1944). 

Le couple réside chez les parents Laugier au 13, rue Barla et va y avoir deux fils : Albert Laugier qui naît 11 octobre 1929 puis Louis Laugier, le 5 décembre 1930.


- Portrait de Marie-Louise Thiel, vers 1929,
format carte postale.
Collection J.-P. Laugier. 
Mariage de Charles et Marie-Louise Laugier, 1929,
 photographie de format carte postale.
Collection J.-P. Laugier.

- L'Atelier photographique Thiel puis Laugier-Thiel
à gauche, dans la cour de l’hôtel du 8, avenue Félix-Faure, à Nice.
 
Collection J.-P. Laugier.

- Tampon appliqué au dos des photographies de reportage. 
Collection, J.-P. Laugier.

- Enveloppe de l'Atelier Photographique Laugier-Thiel, Nice.
Collection, J.-P. Laugier.

- Carte de visite de Charle Laugier, Nice.
Collection, J.-P. Laugier.




Dans les années 1941-1945 de nombreux documents photographiques signés, "Charles LAUGIER", sont publiés dans Le Petit Niçois et Combat

Charles et Marie-Louise Laugier exercent conjointement comme reporters et photographes, avant puis pendant la Seconde Guerre mondiale. 


- Publicité pour l'Atelier de Photographie Charles Laugier parue dans Le Petit Niçois du 26 mars 1941.
Collection J.-P. Laugier.




Le 7 juillet 1944, Charles photographie le résistant Séraphin Torrin, pendu à l’angle de l'Hôtel-des-Postes et de l'avenue de la gare (actuelle avenue Jean-Médecin).

Le 9 avril 1945, Charles suit le Général de Gaulle à Nice, dans le cadre de sa tournée des villes libérées.

Charles photographie notamment les postes défensifs et les militaires du XVème corps d’armée. Ses photos seront ensuite publiées dans l‘ouvrage du général A. Montagne, La Bataille pour Nice et la Provence, paru le 15 décembre 1951.


- LAUGIER Charles (1897-1960), Le Général De Gaulle en revue au port de Nice, le 9 avril 1945, 
l'une des 22 plaques de verre de 9 x12 cm de la série.
 
Collection J.-P. Laugier.

- MONTAGNE A., La Bataille pour Nice et la Provence, Éditions des Arceaux, 1951,
première page du livre, offrant les photographies de Charles Laugier.



Après les Beaux-Arts et son service militaire, leur fils aîné, Albert, travaille avec ses parents.

Les activités professionnelles de Charles et Albert Laugier (ce dernier pour son activité de retoucheur sur les photos d’identités), leur permettent de côtoyer une grande partie des photographes de Nice et, parmi eux  Gilbert Pressenda, Nocenti, les Portraits Louis, Vallarino (place Garibaldi)...

En 1950, Charles et Marie-Louise Laugier entament des démarches pour l’acquisition d’un fonds de commerce à Sainte-Maxime (Var), place des Sarrasins.

Le 10 janvier 1951, l'accident mortel de leur deuxième fils, Louis, âgé de 20 ans, pousse ses parents à s’installer à Sainte-Maxime.

Le 1er janvier 1956, Albert Laugier s’inscrit au registre du commerce de Nice (n°14403) comme photographe au, 8, avenue Félix Faure, et exerce seul désormais.

Ses parents continuent à exercer à Sainte-Maxime. Charles y décède cependant le 31 juillet 1960, à 63 ans. 

Son épouse reprend momentanément le magasin puis retourne exercer à Nice, auprès de son fils, désormais installé au 8, boulevard Raimbaldi.


- Article relatif au décès de Charles Laugier, paru dans L'Espoir début août 1960.

- Pochette-Photo avec tampon du Studio de la Veuve Laugier à Sainte-Maxime,
Collection J.-P. Laugier.




Marie-Louise Thiel, veuve Laugier, décède le 23 janvier 1970, à Nice. 

Son corps repose avec celui de son époux et de leurs deux fils, au cimetière de Caucade, à Nice.



ÉPILOGUE


Je n’ai aucun souvenir de mon grand-père Charles Laugier décédé en 1960, alors que je n'avais que cinq ans.

Je conserve quelques souvenirs de mon oncle Fréderic Laugier, éditeur de cartes postales, auquel nous rendions visite dans sa maison située sur les hauteurs de Sainte-Maxime (Var).

Je me rappelle davantage de mon oncle Marcel Laugier, reporter à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), chez qui nous allions assez souvent, au Cros-de-Cagnes.



NOTE


(1)- Joseph-Luther Laugier (1878-1960) et son épouse Michelle Antoinette Duguet (1871-1950) ont eu huit enfants : 

Frédéric (1895 -1983) ; Charles (1897- 1960) ; Fernande (1898- 1984) ; François (1899-1977) ; Yvonne Claudine (1901-1954) ; Jeanne Marcelle (1904- ?) ; Margueritte Renée (1906-1984) ; Marcel (1907-1984).  



SUR LES FAMILLES DE PHOTOGRAPHES, THIEL, MESSY ET LAUGIER,

VOIR ÉGALEMENT SUR CE BLOG :

Les "Thiel", une famille de photographes

Nice, le fonds des photographes Messy-Thiel-Laugier



  

samedi 14 février 2026

1439-VOYAGE À CUBA (LA HAVANE, 2026)-1-CONSEILS


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS 



- Ornement de porte d'entrée (La Havane, Cuba).



VOYAGER À CUBA EN 2026

1- CONSEILS



INTRODUCTION


Toutes mes observations découlent d'un voyage photographique effectué à Cuba en janvier et février 2026, exclusivement à La Havane.

La situation politique et économique étant en évolution constante, j'engage toute personne projetant un voyage à Cuba dans les semaines et les mois à venir, à se renseigner sérieusement avant de réserver

À l'heure où j'écris ces lignes, certains hôtels de Varadero ferment par manque d'essence, d'électricité et de nourriture et certains avions sont contraints d'aller se ravitailler en carburant aux Bahamas, avant leur vol de retour pour la France.


- "Todo es Habanidad" (Tout est La Havane), lettres géantes du nom de la ville sur le Malecón.




DOCUMENTS NÉCESSAIRES


- Passeport

- Billets d'avion aller-retour

- Visa

- Autorisation d'entrée sur le territoire ("D'Viajeros"), à obtenir sept jours avant le départ

- Aussrance santé et rapatriement.



LA HAVANE


La Havane est une jolie ville, avec de nombreux palais et églises, un réseau orthogonal de rues larges et lumineuses, des immeubles aux façades et galeries colorées, des parcs ponctués de statues, une longue promenade en bord de mer (Malecón), de belles voitures américaines des années 1950, une ambiance musicale et une population accueillante et soignée.

C'est aussi une ville sinistrée avec des façades décrépies, des immeubles effondrés, des masses de déchets aux carrefours, des coupures incessantes d'éléctricité et un accès insuffisant à Internet. 

C'est surtout une capitale et tout un pays en crise où règnent la pénurie, la hausse des prix et, de ce fait, le marché noir, la mendicité, la prostitution et parfois le vol.



- La dôme du Capitole (La Havane, Cuba).



CONSEILS


Logement

Pour La Havane, vous aurez le choix entre hôtel, grand hôtel de luxe et maison de location ou "casa particular" (logement chez l'habitant), avec au choix, un appartement entier ou seulement une chambre avec salle de bains privée.

J'ai personnellement choisi la dernière solution, qui offre des prix modérés (à partir de 10 €/nuit), un logement dans une maison ancienne et un hôte et des voisins avec lesquels pouvoir longuement échanger.

La réalité du logement peut cependant différer du contenu de l'annonce : parties communes (cuisine) non accessibles, salon privé utilisé par la famille de l'hôte, droit ou non de recevoir... 

Il est nécessaire de longuement échanger par mail avec l'hôte et de s'assurer des véritables conditions d'accueil avant de finaliser une réservation. Une fois sur place, il ne faut pas hésiter à changer de logement si la réalité ne correspond pas.


Météo/Santé

Les saisons sont parallèles à celles de la France, avec des températures plus élevées cependant. La Havane et ses habitants ne se révèlent vraiment que par grand soleil, avec des températures supérieures à 20° (37° paraît-il en juillet-aôut). 

En janvier, il faisait entre 16 et 20° avec un ciel gris et chargé de nuages, de rares averses mais un vent froid omniprésent (les cubains grelottaient n'ayant pas de vêtements d'hiver). Pull, blouson, écharpe et chapeau étaient indispensables. Début février, le temps s'est amélioré avec des demi-journées puis des journées entières de grand soleil (24°). 

- Tous les médicaments nécessaires doivent être emportés : les pharmacies ont leurs rayons vides à 90%. Si vous pouvez donner aux pharmacies ou aux familles des médicaments anti-fièvre, anti-douleur et des antibiotiques, cela sera très apprécié.

- L'eau du robinet n'est pas recommandée aux estomacs européens. Se méfier des glaçons et des bouteilles d'eau re-remplies.


Transfert de l'aéroport José Marti à La Havane

Trajet de 20 km (compter entre 50 et 60 mn).

- Le taxi (env. 40 € à ce jour) vous conduira à la porte de votre logement (la voiture est généralement louée à l'Etat et l'essence est très chère et ne peut être obenue qu'après de très longues heures d'attente). Pour le transfert du retour, vous pourrez peut-être, en vous renseignant à l'avance, trouver un taxi moins cher (entre 25 et 35 €) et utiliser vos pesos restants.

- Le bus (5 € par personne à ce jour) ne déssert que le centre et le quartier de la Vieille Havane, auprès de 4 ou 5 grands hôtels. Vous pouvez repérer l'un des grands hôtels très proches de votre logement ou bien prendre un taxi entre la descente du bus et votre location (10 mn de trajet).

- Bus et taxi peuvent être également réservés depuis la France mais cette procédure entraîne un surcoût (taxi, bus) et ne fonctionne pas toujours (bus). La Compagnie de bus peut ne pas reconnaître la validité de votre réservation et vous contraindre à payer à nouveau (remboursement à obtenir). De plus, le bus n'attend les personnes qui ont réservé que pendant un temps très limité et partent sans celles qui atendent toujours la restitution de leurs bagages en soute (remboursement impossible car cette clause est inscrite dans leurs statuts).

- Pour le bus de retour, contacter le bureau de la Compagnie Infotur (Bus Transtur), présent dans la célèbre rue commerçante Obispo (quartier touristique de la Vieille Havane), qui vous délivrera les horaires et les lieux de ramassage. Il faut privilégier le paiement (en Euros) à la montée dans le bus car l'horaire de votre vol de retour peut être changé au dernier moment. Une réservation informatique ou sa modification est toujours possible, à la condition expresse de disposer alors d'une connexion Internet.


- Le Malecón (La Havane, Cuba).



Argent

Il ne semble pas possible de retirer du cash et seuls de grands hôtels et de grands magasins acceptent les paiements par carte bancaire. Il faut donc partir avec un montant en Euros assurant l'entièreté de votre voyage (hors réservations depuis la France).

Sur place, ces Euros ne s'échangent pas au cours officiel (1 Euro = env. 28 pesos cubains) mais au cours officieux (très avantageux en janvier-févier 2026 : 1 Euro = entre 480 et 550 pesos). Les prix en pesos sont parfois comparables à ceux de la France mais le change permet globalement un coût de la vie de 3 à 4 fois inférieur.

- Ne mettre ni portefeuille ni smartphone dans une poche de pantalon. Préférer une poche intérieure de veste ou une sacoche sous les vêtements. Choisir une location avec coffre-fort.

- Ne pas changer les Euros dans la rue (vous serez sans cesse sollicités pour cela), du fait de billets manquants (2 billets de 50 € équivalent à 200 billets de 500 pesos), de faux billets et de votre exposition au risque mais dans votre hôtel ou chez votre hôte, avec une personne fiable et recommandée. Le cours du jour est notamment consultable sur eltoque.com mais la personne qui vous échange l'argent prend, bien entendu, une commission.

- Ne pas échanger plus de 100 Euros à la fois, et cela pour deux raisons. Lorsque le cours est avantageux, vous perdez entre 5 à 10 % à trop changer d'un coup et, surtout, personne ne reprendra vos Euros restants en fin de séjour et cet argent sera perdu ou donné. Quelques taxis acceptent encore (mais de moins en moins) un paiement en pesos. Les hôtels et les supermarchés (seuls magasins bien achalandés) affichent les prix en dollars et exigent le paiement en dollars ou en Euros (au cours du dollar même si ce dernier est inférieur à celui de l'Euro).


Internet

L'Internet n'est disponible qu'au centre ville de La Havane (sur un rayon d'1 km environ) et dans les grands hôtels. Dans les rues et les parcs, même si vous disposez d'une carte SIM cubaine, l'accès reste lent et restreint. Il est souvent inaccessible dans votre logement. Les coupures d'électricité aggravent le problème.

L'accès à un ordinateur de cybercafé (s'il est ouvert et s'il dispose alors d'électricité) ne résoudra pas le problème car le nombre d'ordinateurs y est très restreint, les appareils sont réservés et, si vous finissez par accéder à l'un d'eux, la connexion devra de toutes façons être fournie par votre smartphone.

- Prévoir, en plus des photocopies de votre passeport, de vos billets d'avion et de vos réservations, un carnet avec vos contacts (mails et numéros de téléphone) et vos principaux codes et mots de passe, pour pouvoir réagir en cas de perte ou de vol de votre smarphone.


Électricité

Les coupures d'électricité se succèdent à La Havane tout au long du jour et de la nuit. Le courant est un moyenne disponible pendant 6 heures sur 24, mais en plusieurs périodes. Après 18h 30, les rues et appartements sont plongés dans un noir quasi-total (rares lumières de bars et restaurants disposant de panneaux solaires et de grands hôtels disposant de générateurs).

Penser, à votre première arrivée chez votre hôte, que la sonnette ne fonctionne pas en l'absence de courant. 

- Prévoir une torche électrique à piles et l'avoir en permanence avec vous, dès votre descente d'avion (déambulation dans la rue, éclairage de votre serrure, montée dans l'escalier, déplacement dans l'appartement). 

Bien veiller à remettre les boutons des lampes sur "off" si vous ne voulez pas être réveillé par le retour de la lumière en pleine nuit. Apprendre à vous laver, vous raser ou vous maquiller dans le noir total ou à la lueur d'une torche.

- Prévoir une multiprise (à broches rondes de gros diamètre) et un adaptateur cubain (à broches plates) pour pouvoir brancher tous vos appareils électriques (à broches rondes de petit diamètre).


Monuments

Certains monuments prestigieux ne se visitent pas du fait qu'ils sont en restauration ; d'autres (comme la cathédrale) ne sont ouverts que le matin. Les jours et horaires d'ouverture des musées varient de l'un à l'autre (le Museo Nacional de Bellas Artes - Arte cubano ouvre à 9 h mais est fermé lundis et mardis ; le Museo Napoleonico ouvre à 10 h mais est fermé les dimanches et lundis...).



- Jeunes cubains en centre ville (La Havane, Cuba).





dimanche 8 février 2026

1438-"NICE TELLE QU'ELLE ÉTAIT EN 1843" (SOUVENIRS D'UN ANGLAIS)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- Plan de la ville de Nice, paru dans L'Indicateur nicois de 1847,
Archives départementales des Alpes-Maritimes.



PRÉSENTATION


Voici la traduction du témoignage d'un Anglais, recueilli en 1903, évoquant la ville de Nice en 1843 (The Swiss and Nice Times du 5 avril 1903, Paris, BnF, Gallica). 

En réalité, si ces souvenirs concernent principalement la période d'avant l'Annexion, ils s'étalent bien au-delà, mêlent plusieurs décennies et restent sujets à caution. 

Cela n'en reste pas moins un document précieux qui rejoint les rares témoignages relatant l'histoire de Nice entre 1840 et 1900 :

- Édouard Corinaldi, "Souvenirs de Nice (1830-1850)", Annales de la Société des Lettres, Sciences & Arts des Alpes-Maritimes, 1901 ;

- Léon Sarty, Nice d'Antan. Notes et Souvenirs, Nice, Visconti, 1921.



NICE TELLE QU'ELLE ÉTAIT EN 1843.

Souvenirs d'un ancien résident. La colonie étrangère à cette époque - Anecdotes.


Nice a toujours été une station balnéaire très prisée, et tout ce qui touche à Nice d'autrefois ne manque pas d'intéresser les nombreux visiteurs et résidents qui connaissent Nice aujourd'hui. L'éditeur de ce journal a eu la chance de rencontrer un résident anglais de la bonne vieille époque, et ce monsieur nous a raconté certains de ses souvenirs de Nice il y a soixante ans.


"Lorsque j'ai découvert Nice pour la première fois", a-t-il déclaré, "c'était à la bonne vieille époque des diligences, le comté faisait alors partie du royaume de Sardaigne et la frontière française se trouvait au niveau du fleuve Var. Il n'y avait pas de quais sur le Paillon, pas de Jardin Public ni de Promenade des Anglais. 

La poste se trouvait alors à l'extrémité est de la rue du Pont Neuf et était un établissement très rudimentaire. En venant de la poste vers l'ouest, du côté nord de la rue, se trouvait un entrepôt anglais de tapis et d'ameublement tenu par un Anglais nommé Messiah, et juste à côté, Mme Hammand, une couturière anglaise. 

Au coin de la place Saint-Dominique, côté ouest, se trouvait le bureau du consul britannique, M. Lacroix. À l'extrémité ouest de la rue se trouvait Weeks, le tailleur et mercier anglais. Une autre maison de commerce anglaise était celle de M. Berlandina, épicier, située rue Saint-François-de-Paule, tout près du théâtre.

À cette époque, et pendant de nombreuses années par la suite, le marché se tenait sur la Piazza St. Reparata, et de 7 à 10 heures chaque matin, toutes les rues étroites qui y menaient étaient presque bloquées par les acheteurs et les vendeurs.

Le Corso et la Terrasse étaient les promenades à la mode. Ce qui m'a le plus frappé, ce sont les habitudes des Niçois : se lever tôt et se coucher vers huit ou neuf heures du soir. Alors qu'à sept heures du matin la ville était aussi animée qu'à midi, le soir, tout était calme à huit ou neuf heures.

Le port était alors le même qu'il y a quelques années, lorsque les travaux d'excavation du nouveau bassin ont commencé. À l'est se trouvait la prison où étaient détenus un certain nombre de prisonniers qui, pendant la journée, travaillaient en groupes de deux ou trois, enchaînés les uns aux autres. Ils étaient principalement employés à l'extraction de pierres dans la partie nord-ouest du port. 

Deux petits bateaux à vapeur venaient au port deux fois par semaine, en provenance de Gênes, et deux autres fois par semaine en provenance de Marseille. À part quelques felouques transportant du charbon de bois, peu d'autres bateaux fréquentaient le port. La douane n'est plus très importante aujourd'hui, mais à l'époque, c'était un bâtiment beaucoup moins prétentieux. Nice étant alors un port franc, elle n'avait pas besoin d'une douane très importante. À l'extrémité du port se trouvait la maison où Garibaldi était né.

En revenant par la rue Ségurane, il n'y a pas grand-chose à noter jusqu'à la place Garibaldi, alors appelée Piazza Vittoria. Tous les grands changements ont eu lieu à Nice-Ouest. 

Sur la place Masséna, au lieu d'une foule d'élégantes calèches allant et venant, il y avait des déchets et des détritus éparpillés. En guise de maisons, il n'y avait que celle située à l'angle de la place, en face de l'emplacement actuel du Casino, où se trouvait à l'époque le vieux Pont Neuf (car le lit de la rivière était alors à ciel ouvert), et une autre maison appartenant à M. Ambroise Tiranti, qui se trouvait dans un creux, à quelques mètres au nord de l'emplacement du Café Monnod. 

Sur le côté ouest de la place se trouvait la maison avec les arcades, telle qu'elle existe aujourd'hui. Après avoir dépassé l'hôtel Cosmopolitan, on ne trouvait qu'une rangée de maisons délabrées. En direction de l'actuelle gare, tout n'était que champs jusqu'à Carabacel.

Parmi les magasins de l'avenue Masséna (anciennement le quai), il y avait, au coin, celui de Gent, un épicier, puis Zani, qui louait des pianos et publiait une Liste des Étrangers, et Daniel, un pharmacien. 

Toutes les autres maisons étaient des habitations privées, à l'exception de l'Hôtel de France. L'Hôtel Victoria se trouvait à l'emplacement de l'Hôtel de la Grande Bretagne, et la Pension Anglaise à celui de l'Hôtel d'Angleterre [place du Jardin-Public]. Les meilleurs hôtels étaient les Hôtels deFrance, Victoria, des Étrangers, des Empereurs, de l'Europe, Paradis, Chauvain et York. Les seules bibliothèques et salles de lecture étaient celles de Gilletta, rue de la Préfecture, et de Visconti.


ÉTRANGERS CÉLÈBRES

Le Chemin des Anglais, comme on l'appelait alors, n'avait rien à voir avec la splendide promenade d'aujourd'hui. Un mur aveugle le longeait sur toute sa longueur, tournant à la ruelle Saint-Philippe et débouchant sur la rue de France. Je mentionnerai que juste après la ruelle Saint-Philippe se trouvait la Villa Avigdor, qui, en 1857, était habitée par l'impératrice de Russie. 

Mon ami, M. Lavit, venait de terminer sa belle maison du côté ouest et la louait au grand-duc Constantin, au comte Apraxin, à Schouvaloff et à d'autres membres de leur suite. En continuant vers l'ouest, mais en restant sur la route de France, on passait devant la Villa Ghies et la Maison Deporta, où vivait en 1846 le révérend Childers, aumônier très estimé. 

À environ un kilomètre plus loin se trouvait la Villa Gastaud, aujourd'hui Villa Howard, qui était, à l'époque et pendant de nombreuses années après, considérée comme la meilleure maison de campagne de Nice. Elle était louée par le comte Des Geneys, ainsi que par M. Higgins, paterfamilias, et Jacob Omnium du Times. Elle était également occupée par Lady Mary Fox, fille de George IV. C'est dans cette villa que M. Gastaud reçut l'empereur Napoléon et l'impératrice Eugénie. M. Gastaud connut une fin tragique, se suicidant à Turin, si je ne m'abuse.

En revenant à Nice en suivant le sommet de la colline, on trouvait une très belle villa, appelée Villa Jaume, à une courte distance à l'est du Pont Magnan. Et plus loin, du même côté, le Pavillon Brès, entouré d'une grande orangeraie, l'un des plus beaux jardins de Nice. Presque en face se trouvait la Villa Henri Avigdor, une très belle maison, aujourd'hui connue sous le nom de Villa Lions. 

Et un peu plus à l'est, la Villa Orestis, connue plus tard sous le nom de Villa Stirbey, à travers laquelle le boulevard Gambetta a été tracé. C'est dans cette maison que Louis de Bavière, qui connaissait si bien Lola Montès, vécut et mourut. 

En continuant vers l'est, on arrivait aux épiceries de Prosper Marchisio, non loin de Saint-Pierre. La femme de Prosper était anglaise, et sa carrière ne démentait en rien son nom. Il dirigea une entreprise florissante de 1837 à 1858, année de sa mort. Marchisio fut le premier à Nice à lancer un service de transport public pour les trajets courts. 

Plus près encore de la ville se trouvaient l'Hôtel de l'Europe, la célèbre Croix de Marbre et la grande Villa Saissi, aujourd'hui le Palais Marie-Christina, où la reine de Sardaigne avait coutume de résider. 

À proximité se trouvait l'église anglaise, mais elle ressemblait alors à une grange ou à une étable. La belle église qui occupe aujourd'hui le site a été construite en 1862-1863. M. Pullen, de Londres, supervisa sa construction pour le compte de l'architecte Sir Gilbert Scott. 

Au nord de l'église se trouvait la Villa de Cessole, qui possédait un grand jardin ; en fait, tout n'était que jardins dans les environs jusqu'au village de Saint-Étienne. À l'est se trouvaient les Maisons Veran et Tiranty frères. Dans cette dernière vivait mon ami, M. Jean Lavit, qui exerçait le métier de restaurateur et traiteur. Ce qui était connu dans tout Nice sous le nom de Maison Tiranti frères n'est plus aujourd'hui que le 2, 4, etc., rue Longchamp.

M. Lavit avait passé plusieurs années à Londres en tant que chef au Reform Club. Il avait bien réussi et avait pris sa retraite avec une bonne rente, mais il n'a pas vécu longtemps pour en profiter. Il est décédé en 1864 [le 1er octobre 1865, à Nice] ; son frère, ses neveux et son petit-neveu ont tous fait fortune à Nice. M. J. [Joseph] Lavit, qui était autrefois propriétaire de l'Hôtel des Iles-Britanniques, est décédé l'automne dernier [le 1er octobre 1865, à Grandola, Italie].

Deux autres personnalités bien connues sont venues à Nice vers 1855. Je fais allusion au défunt duc de Hamilton et à Son Altesse Royale le duc de Parme. Le duc de Hamilton était très affable et généreux. Je me souviens bien de la dernière fois où je l'ai rencontré (en juillet 1863), quelques jours seulement avant sa mort. J'étais dans son hôtel particulier de la rue Arlington, à Londres. Le lendemain de ma visite, il partit pour Paris, où il trouva la mort le soir même de son arrivée, en tombant dans l'escalier de la Maison Dorée. Les journaux parisiens ont fait leurs colonnes pleines de souvenirs concernant cet événement tout récent, en raison de la fermeture définitive de la célèbre Maison Dorée.

S. A. R. Charles de Bourbon, duc de Parme, roi d'Étrurie, etc., est né en 1799. En 1814, à la chute de Napoléon Ier, il fut transféré au duché de Lucques, puis en 1847, à la mort de Marie-Louise, au duché de Lucques et Gustella. Il finit par abdiquer et prit le nom de comte de Villafranca.


UN GRAND DIPLOMATE

Tom Ward, le favori du duc de Parme, était un personnage familier à Nice. Tom Ward était un palefrenier du Yorkshire qui gravit les échelons jusqu'à devenir maître d'écurie et premier ministre de Lucques en 1845-1847. Tom Ward fut envoyé en mission diplomatique importante auprès du grand-duc de Toscane, mais celui-ci refusa de le recevoir parce qu'il n'était pas noble. Mais le duc de Lucques, ne voulant pas voir ses plans contrariés, nomma immédiatement son ambassadeur baron et le renvoya en Toscane. On dit que Ward fit preuve d'une telle habileté dans les négociations qui lui étaient confiées qu'il reçut les compliments du prince Metternich et de Lord Palmerston. Le duc de Parme et Lucques mourut en 1883.


MILORD PAYSAN

Je mentionnerai deux hommes très connus qui vivaient souvent à Nice à cette époque, Sir Charles Lamb [Maréchal de la Maison Royale] et le capitaine Grindlay. 

Le premier s'habillait de la manière la plus absurde qui soit. Parfois sans chaussettes, simplement pieds nus dans des chaussures très ordinaires, le reste de sa tenue vestimentaire reflétant la même excentricité. C'était un homme très riche et très libéral, il était donc très populaire à Nice et dans le quartier où il était appelé, non pas Sir Charles Lamb, mais "milord paysan". 

Il lui arriva un jour de se voir refuser l'entrée d'une maison en Écosse, car on le prenait pour un mendiant, ou du moins pour un vagabond [un "Gaberlunzie" ou mendiant écossais]. Sir Charles était le beau-père du défunt comte d'Eglinton et participa au célèbre tournoi de 1839 en tant que chevalier du Lion [ou Chevalier de la Rose Blanche ?].

On raconte une anecdote à propos de cet homme excentrique. Il connaissait un artiste célèbre du nom de de Angelis et le harcelait sans cesse pour qu'il fasse son portrait. Finalement, l'artiste lui dit un jour : "Je ne peins que d'après nature et si je fais votre portrait, ce sera une telle démonstration de laideur que même vous-même en serez effrayé".

Contrairement à Sir Charles, le capitaine Grindlay n'était pas porté sur la chevalerie, mais il n'en était pas moins un homme remarquable. Il avait beaucoup voyagé et était un très bon artiste. Ses croquis sur des sujets indiens étaient bien connus, Sir Walter Scott en parlait et Christopher North, de Blackwood's, en faisait mention dans ses célèbres Notes. Le capitaine s'habillait à sa manière, son parapluie blanc en bandoulière. On pouvait le voir pendant sept mois de l'année, se promenant tous les matins, à cinq ou six heures. Il mourut en 1875 à l'âge de 90 ans.


NOS MÉDECINS 

Les médecins anglais exerçant à Nice à cette époque étaient les docteurs Travis, Fitzpatrick et Henry Gurney. Le seul point saillant concernant les médecins concerne ce dernier. Un certain M. Josiah Howard vint à Nice avec sa famille et un pupille. Au cours de l'été, un groupe d'Anglais, dont M. Childers et sa famille, ainsi que le docteur Gurney, se rendirent à San Dalmazzo [Saint-Dalmas, près de Tende], à l'hôtel tenu par Zegetelli [Zichitelli], qui tenait également l'hôtel Victoria à Nice. Une relation amoureuse naquit entre le docteur Gurney et la pupille de M. Howard, et ils finirent par se marier un mois plus tard à Turin.


MARIÉ MALGRÉ LUI 

Cette référence à ce mariage me rappelle une autre union qui fit beaucoup parler d'elle à l'époque. Un commerçant anglais, qui travaillait alors dans l'un des magasins, avait par hasard tapé dans l'œil d'une jeune et charmante Niçoise. Le jeune Anglais, opposé au mariage, battit en retraite. La jeune femme, loin de se laisser décourager, rendit visite au secrétaire du gouverneur et protesta que le jeune Anglais avait promis de l'épouser et avait laissé entendre qu'elle était dans un état intéressant. 

Un conseil fut convoqué, auquel assistèrent le gouverneur et l'évêque, et l'Anglais fut convaincu d'épouser la belle. Le mariage eut lieu en bonne et due forme, et l'union fut heureuse, mais, chose étrange, la femme n'eut jamais d'enfants. L'accusation qu'elle avait portée contre l'Anglais était un subterfuge suggéré par son affection ; en bref, c'était l'un des stratagèmes de l'amour.

Parmi les autres résidents anglais, je peux mentionner M. How, qui a commencé comme épicier, mais qui n'a pas réussi dans ce domaine. Il est ensuite devenu propriétaire de l'Hôtel d'York. M. Robert Morrison, tailleur anglais au Jardin Public, auquel succéda M. Russell. M. Hodgson, négociant en vins et spiritueux bien connu, prospéra au coin de la rue du Pont-Neuf. La fille de Mrs. Hammand épousa M. Francinelli, dont le nom est familier en rapport avec les Villas Francinelli. Mme Trabaud, épouse d'un banquier dont la maison était près du Pont Garibaldi, était anglaise.


Comme le montre cette rapide esquisse, Nice était une ville rurale il y a soixante ans. Même après l'ouverture de la ligne ferroviaire, le terminus est longtemps resté au bord du Var [!?].

À cette époque, juste après le carnaval, les visiteurs anglais avaient pour habitude de faire des excursions à dos d'âne, empruntant les ruelles étroites qui menaient à l'ancienne route de Villefranche, puis à Saint-Jean et Beaulieu. Ces ânes pouvaient être loués auprès d'un laitier du nom de Naturel, dont la boutique se trouvait place Masséna".




dimanche 1 février 2026

1437-MODÈLES ET ARTISTES PARISIENS AU MILIEU DU XIXe SIÈCLE

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- DURIEU Eugène (1800-1874), Nu féminin, assis, de dos, vers 1853-1854,
Album (n° 32) de photographies d'après des modèles posés pour [le peintre Eugène] Delacroix (1798-1863),
 vue 44, Paris, BnF (Gallica).



PRÉSENTATION



A la suite de l'article intitulé, "Photographes et Outrages aux moeurs (1839-1859)" (ici), j'ai souhaité compléter la recherche par des textes des deuxième et troisième quarts du XIX° siècle qui évoquent les modèles féminins posant pour les peintres, les sculpteurs et les photographes.


Les statistiques

- 1860 : "Deux cents jeunes filles vivent aujourd'hui, à Paris, du honteux métier de poseuses pour le stéréoscope" (L'Indépendant de la Charente-Inférieure du 4 septembre 1860) ;


- 1874 : un document officiel relève "671 filles ou femmes faisant le métier de servir de modèles aux peintres, sculpteurs, photographes, etc." (La Liberté du 13 novembre 1874 - texte reproduit jusqu'en 1886 ; BnF) :

"230 Françaises, 120 Italiennes, 80 Anglaises, 60 Suisses, 50 Espagnoles, 49 Belges, 45 Allemandes, 30 Américaines, 4 Autrichiennes,2 Portugaises, 1 Irlandaise",

"130 ont dépassé la vingt-unième année, les autres sont âgées de 16 à 20 ans",

"60 artistes dramatiques, 40 modistes, 35 fleuristes, 30 couturières ; toutes les autres sont sans profession avouée",

"145 ont été condamnées correctionnellement à des peines plus ou moins fortes pour avoir collaboré chez des photographes à la composition de sujets obscènes",

"la rémunération que reçoivent les "poseuses" varie à l'infini. Elle commence à "deux francs" et s'élève graduellement jusqu'à des chiffres qu'il n'est pas possible de déterminer".


Les modèles juives

J'ai été surpris par une assertion présente dans de nombreux textes : 

- "La plupart des modèles féminins sont de race juive, et s'appellent Sarah, Rebecca, Noemi, Rachel, etc." (Emmanuel Gonzalès, "Les Mendians à domicile", La Caricature du 21 juin 1840 (Retronews)

- "La majeure partie des jeunes filles qui se font modèles à Paris sont juives (L'Illustration du 29 juin 1850, pp. 413-414 ; BnF, Gallica) ;

"Les modèles de jeunes filles (...) sortent pour la plupart des nombreuses tribus israélites qui habitent le territoire parisien" (Edmond Texier, "Les Peintres, les Ateliers et les Modèles", Tableau de Paris, Tome Second, Paris, 1853, Paulin et Le Chevalier, ch. XLIII, pp. 49-51) ;

"Les juives ont eu et ont encore le monopole de la pose" (Louis Leroy, "Les Modèles", Physionomies Parisiennes - Artistes et Rapins, L. Chevalier Editeur, Paris, 1868, pp. 104-112 (Google Livres).

- "Vers 1830, la grisette parisienne [jeune ouvrière coquette] fût détronée par la juive, les grandes belles filles que la conquête d'Alger amena en France" (Jules Claretie, Peintres et sculpteurs contemporains - L'Art français en 1872, 2ème édition, Paris, Charpentier et Cie, 1874, pp. 227-228 ; BnF, Gallica). 

- "La plupart des filles qui servent de modèles sont juives" (Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1874, pp. 359-360 ; Google Livres).

S'il est indéniable que de jeunes juives aient servi de modèles pour les artistes (vêtues ou dénudées), je ne suis pas persuadé qu'elles aient été majoritaires, d'autant qu'aucun des noms et prénoms des condamnées de l'article précédent n'implique de femmes juives et que les textes du dernier quart du XIX° siècle ne font que reprendre des passages de rares textes anciens (retranscrits ci-dessous). Il y a certes quelques modèles juives célèbres et identifiées mais il y en a tout autant chez les catholiques.

Les jeunes modèles juives sont cependant reconnues pour leur pudeur de métier et leur sérieux dans la pose. Leur beauté orientale fait que de nombreux peintres et critiques d'art jugent qu'elles seules sont capables de représenter les femmes de l'Ancien Testament (figures de Judith et de Rebecca ; Suzanne ou Bethsabée au bain, Esther à sa toilette) et celles des scènes orientalistes. 

La beauté juive a également été mythifiée par le succès de la tragédienne Rachel et par celui de  la jeune modèle juive de la nouvelle de A. de Bernard (Siona - Histoire d'Atelier, 1854 ; Google Livres) et de celle des Frères Goncourt (Manette Salomon, Paris, 1867 ; Gallica).  

La population juive (hommes et femmes) ne représente, dans les années 1850, guère plus d'1% des parisiens (soit environ 13.000 personnes) dont, semble-t-il, environ de 85% d'ashkénazes, venant essentiellement d'Alsace-Lorraine, voire d'Europe centrale, et 15% de séfarades, essentiellement des Portugais, voire d'Algérie.

Il faut rappeler que toutes les jeunes femmes modèles, souvent pauvres, n'étaient pas juives, que toutes ne posaient pas nues, que celles qui posaient nues n'acceptaient pas toutes de participer à des mises en scène pornographiques, que toutes n'avaient pas des relations intimes avec les artistes et que toutes n'étaient pas des prostituées.



LES TEXTES


Seuls, les passages concernant les modèles féminins sont retrancrits ci-dessous mais la plupart des textes choisis consacrent une large part aux modèles masculins, voire à la clientèle des artistes. 

Les extraits ne sont pas mis en italique pour en faciliter la lecture et permettre de mettre en évidence les termes en italique des textes originaux.

Les termes ou phrases entre crochets sont des précisions ajoutées aux textes originaux.


Texte 1 - E. de la Bédollierre, "Le Modèle", Le Constitutionnel (supplément) du 10 novembre 1839, pp. 7-8 :

"Parlerons-nous de la femme modèle ? Jules Janin [Jenny La Bouquetière, Paris, 1839] vous a poétiquement retracé l'histoire authentique d'une poseuse devenue grande dame, d'une poseuse chaste et pure, dont la vie pareille à un conte de fée, prouve, comme un conte de fée, que la vertu trouve tôt ou tard sa récompense. 

Faut-il opposer la règle générale à cette charmante exception ? Faut-il chercher la femme-modèle dans son galetas orné d'un lit de sangle [bandes de tissu attachées à un cadre], d'une commode de sapin, d'une cuvette félée et d'une paire de bottes ? La suivrons-nous dans ses transformations somptuaires, tantôt déguenillée, tantôt portant manchon et cachemire français, et se promenant aux Tuileries où les fashionables la prennent pour une comtesse ? 

Ce sujet serait plus abordable, si la femme modèle l'était moins. D'ailleurs, comment la reconnaître ? Elle ne convient jamais de sa profession, elle l'exerce avec bypocrisie, elle est lingère, brodeuse, demoiselle de boutique, jamais modèle. Allez frapper à sa porte, elle vous crie par le trou de la serrure : "Pour qui me prenez-vous, Monsieur ? je ne pose pas". 

Et pourtant vous la voyez accourir le lendemain, elle vient chez vous s'installer, bailler, babiller, croquer des pastilles de menthe et vous expliquer les raisons cachées de sa réponse de la veille ; elle vous étale des trésors qu'eussent enviés toutes les déesses de l'antiquité... 

O jeune artiste, regardez-les froidement ; ne voyez dans votre modèle qu'une statue gracieuse, n'essayez pas de devenir le Pygmalion de cette blanche Galathée, et méditez ce vers proverbial :

Quidquid id est, timeo Danaas et dona ferentes...

[Quoi qu'il en soit, je crains les Danéens (Achéens, Grecs) et ceux qui apportent des cadeaux].


Texte 2 - Emmanuel Gonzalès, "Les Mendians à domicile", La Caricature du 21 juin 1840 (Reronews) :

"La plupart des modèles féminins sont de race juive, et s’appellent Sarah, Rebecca, Noemi, Rachel, etc. Quelques-unes sont de vertueuses jeunes filles qui s'adonnent pendant cinq jours de la semaine à l’apprentissage de la couture ou des modes, ce qui ne leur rapporte rien qu’une excessive fatigue. Mais en revanche, comme leur religion leur défend de travailler le samedi, elles se reposent ce jour-là, et le dimanche à POSER, ce qui leur rapporte une dizaine de francs. 

C’est une assez lucrative manière d’observer les principes de leur religion. Rester pendant six ou sept heures les bras arrondis, la tête inclinée, le corps appuyé sur le bout de l’orteil, subir enfin de ces poses qui feraient honneur, comme ingénieuse invention de tortures, à des peuples moins civilisés, cela s’appelle chez ces candides Hébreux : ne pas travailler.

Les femmes qui pratiquent ce métier, sont en général les plus insouciantes créatures du monde. Elles vivent au jour le jour, sans jamais craindre l’avenir, sans jamais aimer le passé. Ces esclaves de l’artiste qui doivent, à son signe, se tordre, se courber, se dresser, tendre le bras avec une rage immobile, ou joindre les mains d’une façon suppliante, sont, hors de l’atelier, des enfants capricieux et fantasques. 

Ce qui domine surtout chez elles, c’est un amour sauvage du clinquant et de l’oripeau, à défaut du luxe qu’elles ne peuvent atteindre. C’est qu’il est dur de remonter toujours pauvre dans sa mansarde, après avoir porté un diadème de reine, après avoir vécu sa demi-journée dans l’atmosphère de l’atelier, où les splendides robes de velours, les manteaux de satin, les colliers d’or, les panaches hautains tombent du pinceau de l’artiste, comme les millions de la plume de M. Scribe et de M. de Balzac. Aussi, voit-on quelquefois des modèles mettre une folle ténacité à satisfaire des fantaisies de luxe exorbitantes pour leur misère". 


Texte 3 - A.J. D., "Scènes de la Vie artistique. Les Modèles et les Portraits.", L'Illustration, Journal Universel du 29 juin 1850, pp. 413-414 (BnF, Gallica) :

"Sous le rapport de l’égalité civile et d’une juste répartition des biens entre les deux sexes, le modèle est une des rares professions à citer, si ce n’est l’unique. Le sexe fort n’y accapare pas les gros salaires aux dépens du faible, comme cela arrive partout ailleurs. L’avantage est même ici du côté de la femme. Ses poses lui sont payées un peu plus cher qu’à l’homme. On n'a pas de nymphe à moins d’un franc par heure ; mais on a un Jupiter-Olympien pour quinze sous. 

À la vérité le modèle mâle peut rester cinquante ans dans les ateliers, tandis que le modèle féminin en général a à peine dix ans d'exercice. C'est là le revers de la médaille. Mais ce n’est pas la faute de la société ; c’est celle de la nature. 

La majeure partie des jeunes filles qui se font modèles à Paris sont juives. Ce sont des fleurs rapidement fanées, mais sans cesse remplacées par d’autres. Il ne se passe pas de semaine sans qu’un artiste ne voie arriver à son atelier quelque jeune fille inconnue, venant s’offrir comme modèle. Qu’on n’oublie pas que l’atelier est un temple consacré à la beauté plastique et aux chastes contemplations de l’art. Celles qui y entrent ne sont pas des vestales, c’est vrai ; mais ce ne sont pas non plus des bacchantes".


Texte 4 - Edmond Texier, "Les Peintres, les Ateliers et les Modèles", Tableau de Paris, Tome Second, Paris, 1853, Paulin et Le Chevalier, ch. XLIII, pp. 49-51).

"Il y a dans les quartiers (...) qui avoisinent le rue Saint-Antoine des familles juives dont tous les membres, depuis l'aïeul jusqu'à l'enfant à peine sevré, posent dans les ateliers. Les modèles de jeunes filles (...) sortent pour la plupart des nombreuses tribus israélites qui habitent le territoire parisien (...).

Les modèles de femmes (...) ont aussi leurs ficelles. Malheur à l'artiste qui se laisse aller à trop de condescendance pour l'amour inné de la flânerie et de la fainéantise, qui possède d'ordinaire la plupart de ces dames. 

Il faut, s'il veut obtenir d'elles de profitables séances, qu'il s'arme souvent d'une sévérité inflexible, et que jamais il ne franchisse les bornes d'une excessive réserve dans ses rapports avec les Vénus ou les déesses qui posent devant lui. On rencontre toutefois d'honorables exceptions, et l'on voit, - en fort petit nombre, - des modèles de femmes qui n'abusent point de la bienveillance de ceux qui les emploient.

En général, le modèle de femme qui pose seulement pour la tête ou pour les mains, a des mœurs et une conduite plus régulière que les modèles qui posent pour l'ensemble. Cela s'explique par des motifs faciles à comprendre. Au reste, la décadence du modèle d'ensemble féminin remonte à une autre cause que celle du modèle d'homme, et date d'une époque plus récente.

La première fois qu'un entrepreneur de poses plastiques eut l'idée de faire voir aux habitués du Cirque-Olympique, il y a sept ou buit ans, une dizaine de divinités en maillot rose tendre, groupées avec plus ou moins d'habileté sur un plateau tournant, il fit un tort considérable à l'art et aux artistes (...). 

Les prohibitions de l'autorité donnèrent de la vogue à ce genre de représentations lorsqu'on les reprit ensuite. Les modèles de femmes, voyant leur nom imprimé sur une affiche de spectacle, se prirent volontiers pour des actrices ; la barrière qui les séparait de certains cercles d'amateurs était rompue, et leur offrait des perspectives dorées plus ou moins trompeuses, mais d'une irrésistible séduction. Aujourd'hui il n'y a presque plus de véritables modèles de femmes (...)".


Texte 5 - Louis Leroy, "Les Modèles", Physionomies Parisiennes - Artistes et Rapins [peintres débutants], L. Chevalier Editeur, Paris, 1868, pp. 104-112 (Google Livres).

"Des hommes, on en trouve encore ; mais les femmes deviennent de plus en plus rares. Elles préfèrent figurer dans les féeries [spectacles de ballets et de tableaux vivants, avec des protagonistes en costume léger], où leurs formes finissent toujours par être appréciées des amateurs de l’orchestre. 

Les juives ont eu et ont encore le monopole de la pose. Leur beauté originelle et un certain dédain du qu'en dira-t-on les prédisposent tout naturellement à l’état de modèle. Malheureusement, la bicherie [galanterie, courtisanerie] fait concurrence à la peinture, et l’artiste n’est jamais sûr de garder jusqu’à la fin de son tableau la Vénus de louage qui lui a servi à le commencer. 

Les modèles femmes ont une certaine pudeur. Quand elles ne sont plus sur la table, pendant les repos, elles se hâtent de passer le vêtement indispensable pour ne pas rester nues devant l’artiste. Ce n’est guère sans doute, mais la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. 

Par exemple, elles sont impitoyables pour les visiteurs bourgeois ; à aucun prix elles ne veulent se montrer aux gens qui ne sont pas de la partie. Elles sentent chez eux une curiosité érotique qu’il leur déplaît de satisfaire. 

Il y en a qui ne posent que la tête avec un bout d’épaule ; ce sont les sensitives de la pose. Le plus grand nombre pose l’ensemble

Pour celui qui n’est pas rompu à la vie d’atelier, il y a quelque chose de pénible dans la façon dont le modèle de femme vient offrir ses services. Cette exhibition sent le marché d’esclaves à plein Orient. 

On a frappé à la porte de l’atelier.

Une jeune fille, mise décemment, se présente. 

— Qu’y a-t-il pour votre service, mademoiselle ? 

— Monsieur, je viens vous demander si vous avez besoin d’un modèle. 

— Ah ! très-bien. Entrez donc. 

La politesse de l’artiste est tombée immédiatement au-dessous de zéro.

 — Vous ne posez que la tête. 

— Je pose tout, monsieur. 

— Voyons !  

Et la jeune fille, décemment mise, ôte ses gants, son chapeau... et le reste. Elle monte sur la table du modèle, donne tous les mouvements demandés par le peintre. 

— Hanchez un peu... Levez les bras... Arrondissez-les... Bien.. Vous ne développez pas assez le torse... Vous vous appelez ? 

— Rachel. 

— Êtes-vous exacte [parfaite] ? 

— Oh ! oui, monsieur. 

— Voyons le dos... Il laisse à désirer... il a des maigreurs. 

— Dame ! je n'ai que dix-sept ans, et à la maison on mange si mal. 

— Êtes-vous seule chez vous ? 

— Non, monsieur ; j'ai trois sœurs. 

— Posent-elles ? 

— Elles ont commencé par poser ; aujourd'hui... 

— Aujourd'hui ? 

— Elles ne posent plus. 

— Montrez les mains... Superbes ! Vous me convenez ; mais si je commence une étude d'après vous, vous ne me lâcherez pas ? 

— Oh ! monsieur, pour qui me prenez-vous ? 

— C'est que je tiens beaucoup à ne pas rester en plan. 

— Monsieur, ma sœur Judith n'a consenti à se laisser enlever par un comte allemand qu'après avoir fini de poser pour M. Gérôme. 

— Voilà qui me décide. Rhabillez-vous. Vous viendrez demain à dix heures.

En descendant l'escalier de l'artiste, la belle Rachel reçoit le coup de chapeau d'un monsieur respectable qui rentre avec sa fille.

— La charmante personne ! Quel air décent ! Trouves-tu, Caroline ? 

— Oui, papa".