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samedi 22 août 2026

1487-RENZO BABILONIA : HENRY MICHEL, UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE PENDANT LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)-1

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- Estampe de couverture du Monde Illustré du 9 septembre 1882, 
Guerre du Pacifique. Expédition chilienne dans la cordillère
Un détachement d’infanterie chilienne pris par surprise par une "montonera" d’Indiens du département de Junín. 
Dessin de M. Gérardin, d’après l’esquisse de M. Henry Martin, notre correspondant au Pérou (légende originale). Cette couverture mentionne, à tort, le nom de famille "Martin" pour son correspondant,
alors qu’à l’intérieur de l'hebdomadaire, celui-ci est correctement cité, "Michel".


UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE :

HENRY MICHEL,

LE MONDE ILLUSTRÉ ET LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)

- PARTIE 1 -



INTRODUCTION


La Guerre du Pacifique (1879–1883) fut un affrontement belliqueux très important dans l'histoire de l'Amérique du Sud du XIXe siècle, au cours duquel l'alliance formée par le Pérou et la Bolivie lutta contre le Chili.

Le motif principal du différent fut le contrôle des riches gisements de salpêtre situés à Atacama et Tarapacá. Après cinq ans de batailles, la victoire chilienne reconfigura la carte de la région : la Bolivie perdit sa sortie vers la mer et le Pérou céda des territoires dans le sud du pays.

Durant le conflit, Lima abritait une importante et dynamique colonie française. Dans ce contexte, l'un de ses membres, le correspondant artistique du Monde Illustré, Henry Michel, remplit un rôle important dans l'enregistrement historique et visuel du conflit, et y participa même en tant que membre de l'armée péruvienne.



HENRY MICHEL


Henry Michel (Arcier, 17 de diciembre 1854 - Besançon, 24 de junio 1930) est un personnage inconnu pour la grande majorité des Péruviens, même pour ceux qui s'intéressent à l'étude de cette époque. Michel fut un artiste, photographe, explorateur, architecte, professeur, archéologue et militaire français qui développa de multiples activités dans le court laps de temps où il vécut au Pérou. 

Cité, à divers moments, dans des mémoires, des journaux, des revues et des documents d'époque, sa présence, en tant qu'acteur secondaire important dans le grand drame de la guerre, est si constante qu'elle mérite la peine d'en savoir un peu plus sur lui.


- Studio Courret, Portrait d'Henry Michel, Lima, Pérou, 1879,
Bibliothèque nationale du Pérou.



Henry Michel vécut au Pérou entre 1878 et 1885. C'est dire que sa vie et son expérience en Amérique du Sud furent marquées par la Guerre du Pacifique.

Le premier document, que nous avons découvert à Lima et qui confirme l'intégration d'Henry Michel dans l'armée péruvienne, est un écrit daté du 24 avril 1880. Dans celui-ci, le colonel Francisco de Paula Secada informe le Secrétaire d'État au Département de la Guerre que le sergent-major Henry Michel se trouve malade à l'hôpital de San Bartolomé. Cependant, commente le colonel Secada, "il a déjà été informé de se mettre à la disposition du secrétariat privé de S.E. pour l'accomplissement d'une commission spéciale du service" (1).

En septembre 1880, depuis Tarma, après avoir visité le fort de San Ramón, Michel rédige un rapport qu'il juge comme totalement inopérant, et conçoit un projet pour l'établissement d'un autre fort dans un lieu plus stratégique, près de Paucartambo. Pour cela, il propose la construction d'un fort de type blockhouse et, de plus, l'aménagement des environs par le biais de l'élévation d'un pont.

Le sergent-major Michel explique dans son message ce qui rend particulier ce type de fort, entièrement construit en bois, qu'il signale comme étant en usage aux États-Unis et en Algérie, et offre une description complète de son projet (2).

En relation avec la préparation des défenses de la ville de Lima pour les imminentes batailles de 1881, Benjamín Vicuña Mackenna mentionne Michel de la manière suivante :

"Leurs principaux directeurs avaient été un ingénieur autrichien nommé Máximo Gorbitz, qui se vantait d'avoir construit les fortifications légères de Plewna qui maintinrent à distance l'armée russe lors de la guerre de 1877–78… L'un de ses principaux adjoints, en plus de quelques ingénieurs péruviens, avait été un certain Michel, retoucheur de portraits photographiques de l'atelier de Garreaud i C de Lima. Nous avons sous les yeux des communications originales de Gorbitz, datées du 18 février 1880, dans lesquelles il demande certains instruments et adjoints pour se rendre à San Juan faire des reconnaissances" (3).

Vicuña Mackenna se trompe cependant en indiquant que Michel travailla avec le photographe français Emilio Garreaud, qu'il confond avec son compatriote Eugène Courret. Au moment où Michel arrive au Pérou, en l'année 1878, Garreaud était déjà parti depuis de nombreuses années (1865 environ) vers le Chili.

Nous confirmons la collaboration de Courret avec l'artiste Michel après avoir étudié diverses cartes de visite et de cabinet que le photographe réalise pour commémorer des événements et des personnages importants de l'étape précoce de la guerre, comme le combat d'Angamos et don Miguel Grau Seminario.

En détaillant les motifs artistiques qui accompagnent les photographies (beaux dessins de colonnes, images de la patrie, ancres, drapeaux et étendards péruviens, entre autres), nous pouvons y trouver écrit son nom : "H. Michel".

Il n'était pas un simple retoucheur de photographies ; il collaborait, et recevait un crédit, comme directeur artistique. 


 - Studio Courret, Bataille d'Angamos. Le Huáscar capturé par la marine chilienne, le 8 octobre 1879,
tirage photographique d'un tableau de H. Michel datant de 1879,
Album photographique, Pacific Station in HMS Triumph
National Maritime Museum, Greenwich, Londres.


- Sudio Courret, illustration d'Henry Michel, Portrait de Don Miguel Grau
contre-amiral de la Marine péruvienne et commandant du « Huáscar ».
Né à Piura en 1834 et mort héroïquement lors de la bataille de Mejillones, le 8 octobre 1879, 
Institut d’études historiques et maritimes du Pérou.


- Studio Courret, Les héros du Huáscar, 1879,
photographie d'une illustration d'Henry Michel,
Album photographique, Pacific Station in HMS Triumph
National Maritime Museum, Greenwich, Londres.




Ph. de Rougemont (4), ingénieur civil et architecte français, dans une brève publication très critique envers le président péruvien Nicolás de Piérola, écrite en 1883, donne une information très précise sur un compatriote à lui que nous pourrions identifier comme Henry Michel :

"D. Nicolás faisait un Colonel de n'importe quelle arme en cinq minutes ; le moins apte était sûr d'être l'objet de son choix. Pour cela, un jeune français d'une instruction très vulgaire, retoucheur de photographies à Lima et qui avait été simple sapeur dans un régiment du corps des Ingénieurs de France, fut promu par Piérola au grade de Sergent-Major !!!" (5).

Toujours sans l'identifier, de Rougemont fait une affirmation très sérieuse que nous ne pouvons pas confirmer :

"Il est certain que le Major improvisé avait fait passer comme œuvre sienne un petit traité de fortifications, copie servile d'un livre de la bibliothèque de M. de Rougemont. C'était là tout son bagage scientifique" (6).

En tout cas, sur cette dénonciation, nous pouvons ajouter qu'à la Bibliothèque Nationale du Pérou existent deux lettres, écrites les 10 et 11 août 1880, dans lesquelles De Rougemont explique à Piérola que son départ est proche et qu'il a eu "l'honneur de solliciter par écrit, plusieurs fois, depuis deux semaines, une audience de quelques minutes pour vous donner quelques explications relatives à la carte que je vous ai remise" (7). C'est possiblement dans ces documents et dans le dédain de ne pas être reçu que se trouvent les principaux motifs du pamphlet haineux publié à Paris en 1883 (8).

Marie Joseph Louis Emile Henri Michel naquit le 17 décembre 1854 à Arcier (département du Doubs). Trop jeune pour participer à la Guerre Franco-Prussienne de 1870, il est, par la suite, appelé sous les drapeaux comme "recrue conditionnelle" pendant un an (octobre 1874 à novembre 1875) dans le premier régiment du génie français.

Il s'inscrivit au consulat de France à Lima en 1878, comme "peintre". Cependant, sa véritable formation était celle d'architecte paysagiste, et il semble avoir également exercé au Pérou cette profession (9). Au XXe siècle, de nombreuses années après son retour en France, il fut décoré de la Légion d'Honneur (10). 

La chercheuse française Dominique Bonnet écrit que le Pérou ne fut pas le premier voyage international que Michel réalisa : en août 1876, il accompagna son père, qui exerçait encore comme architecte paysagiste, à l'Exposition Universelle de Philadelphie. Puis, en 1878, il quitta les États-Unis à destination du Callao (11).

En révisant les publications de l'époque, nous trouvons une active participation sociale et professionnelle de Michel en Amérique du Sud. Dans l'Annuaire de Lima pour 1879–1880, on le mentionne comme un membre important du "Cercle Artistique" :

  • Président : D. Luis Boudat, peintre

  • Vice-Président : Enrique Michel, peintre

  • Vocal : Patricio M. del Rio, peintre

  • Id. : Benigno Cáceres, peintre

  • Id. : Domingo Quispe, sculpteur

  • Id. : Antonio Robles, sculpteur

  • Id. : Miguel Trefogli, architecte

  • Id. : Antonio Herrera, graveur

  • Trésorier : José R. Quiñones, graveur

  • Secrétaire : Adolfo de la Torre, peintre

  • Pro – Secrétaire : Jorge Stainton, peintre (12).

Patricio Greve Möller signale que, par décret du 10 janvier 1880, Nicolás de Piérola créa un régiment de génie de trois bataillons, dépendant de l'État-Major Général et intégré par des sapeurs, pontonniers et mineurs. Après la nomination, le 21 avril, du personnel du nouveau régiment de génie de l'armée, dans le bataillon de sapeurs nous trouvons le sergent-major Henry Michel (13).

À titre de détail : dans le document original que nous avons trouvé au Centre d'études historico-militaires du Pérou que nous publions dans cette recherche (14), on mentionne Henry Michel comme "Henrique Michel". Malgré les petits changements au moment d'écrire son nom et de l'identifier, que ce soit comme Henry, Henri, Henrique ou Enrique, on peut suivre son trajet comme officier de génie dans l'armée péruvienne.


- Document rédigé le 21 avril 1880, dans lequel figure le sergent-major Henrique Michel, 
en service au sein du régiment du génie, bataillon des sapeurs de l'armée péruvienne, 
Centre d'études historiques et militaires du Pérou.



De même, selon l'édition du 17 février 1880 du journal El Nacional, Henry Michel fut professeur de gravure à l'eau-forte à l'Institut des Beaux-Arts, Lettres et Monuments publics à Lima (15).

Dominique Bonnet nous en apprend un peu plus sur les activités enseignantes et artistiques de Michel : en 1880, quand fut établi à Lima, à l’initiative du président de la République Piérola, "l'Institut des Beaux-Arts, Lettres et Monuments Publics", il a été nommé professeur de gravure à l'eau-forte et, quelques mois plus tard, professeur d'archéologie. À cette dernière fonction s'ajoute celle de conservateur des collections, archives et musées dudit institut. De plus, dans un curriculum vitae, il précise exercer la fonction de directeur de l'institut, de 1881 à 1883 (16).

Dans les divers documents et curriculum de Henry Michel publiés par Dominique Bonnet, nous trouvons des détails importants à mentionner. Dans le curriculum I, Michel affirme avoir été "Directeur de la même école avec l'autorisation du Gouvernement Français (1879–1883)". 

Dans le curriculum II, en revanche, il soutient qu'il n'exerça la direction qu'entre 1881 et 1883. Cependant, il convient de signaler que, durant cette période, Lima était occupée par les forces chiliennes et, comme on le verra plus loin, l'artiste et militaire français participa activement à la résistance péruvienne dans les Andes ; par conséquent, sa nomination comme directeur de l'Institut des Beaux-Arts, Lettres et Monuments Publics n'eut pas d'effet pratique (17).



NOTES


  1. Lettre de Francisco de Paula Secada au Secrétaire d'État au Département de la Guerre, 24 avril 1880, Archives du Centre d'Études Historico-Militaires du Pérou.

  2. Dominique Bonnet, Brice Michel (1822–1889) et Henri Michel (1854–1930) ; deux architectes-paysagistes franc-comtois, thèse de doctorat en Histoire Sociale, Dir. Marcel Giry (Besançon, 1995), vol. I, 136.

  3. Vicuña, Historia, 852.

  4. Identifié comme Philippe de Rougemont par Alfonso Quiroz dans Histoire de la corruption au Pérou, pages 206, 207, 231, 543 et 603.

  5. P. De Rougemont, Una pájina de la dictadura de D. Nicolás de Piérola, édition espagnole (Paris : Imprimerie Cosmopolite, 1883), 40.

  6. De Rougemont, Una pájina, p. 41.

  7. Bibliothèque Nationale du Pérou, Archives Piérola, lettre du 11 août 1880 pour son Excellence M. Nicolás de Piérola, Chef Suprême.

  8. La Bibliothèque Nationale du Pérou catalogue la lettre du 10 août 1880 de cette forme : [Lettre de] Emiliano Rougemont, 10 août 1880, Lima [pour] Nicolás de Piérola, Lima. Cependant, dans sa signature et son identification personnelle, le citoyen français utilise exclusivement son nom : De Rougemont, ingénieur civil & architecte, rue du Callao 184. Il ne signe jamais comme Emiliano.

  9. Pascal Riviale, communication personnelle. Nous remercions Monsieur Pascal Riviale pour l'envoi de la fiche militaire de Henry Michel et Monsieur Roland Patin pour la traduction du document en espagnol.

  10. Nous remercions Monsieur Carlos Estela Vilela pour nous avoir transmis cette information.

  11. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 42.

  12. Elmore et Holtig, Directorio, 202.

  13. Les chercheurs Greve, Chang, Soto, Castillo et Carrera, sur le blog d'histoire militaire et culture Militaria (https://militariabloghistoricomilitar.blogspot.com/), développent une recherche approfondie sur les défenses de Lima. Il convient de souligner cette collaboration entre chercheurs péruviens et chiliens.

  14. Archives du Centre d'Études Historico-Militaires du Pérou. Document daté du 24 avril 1880.

  15. El Nacional (Lima), 17 février 1880.

  16. Bonnet, Brice et Henri, vol. I, 133.

  17. Les deux documents se trouvent publiés dans la thèse de Dominique Bonnet : Bonnet, Brice et Henri, vol. III, 140 et 142.




À SUIVRE :

UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE : HENRY MICHEL

- PARTIE 2 -




mardi 18 août 2026

1486-RENZO BABILONIA : LE POUVOIR DE L'IMAGE PHOTOGRAPHIQUE DANS LA GUERRE DU PÉROU AU XIXe s. (ÉDITION 2026)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS





EL PODER DE LA IMAGEN: LA GUERRA DE NUESTRA MEMORIA
 

Tomo I - edición 2026


Autor: Renzo Babilonia Fernández Baca (Perú)

Editorial: Bicentenario Casa Editorial.

Temática: Historia de la fotografía, Conflictos armados, Siglo XIX.


Para adquirir el libro se puede escribir a: editorial@casabicentenario.com



Pour les passionnés d’arts visuels, une archive ancienne constitue un témoignage vivant d’une valeur inestimable. 

L’édition 2026, révisée et augmentée, de La guerra de nuestra memoria (Tome I), écrite par le photographe et chercheur péruvien Renzo Babilonia, s’impose comme un ouvrage incontournable d’analyse culturelle. 

Au fil de ses 262 pages, cet ouvrage examine l’iconographie de la guerre du Pacifique, ce tragique conflit qui opposa le Pérou et la Bolivie au Chili, entre 1879 et 1884.

Voici les raisons artistiques et historiques pour lesquelles cette édition se distingue dans le paysage éditorial contemporain.


- Studio Courret, La statue décapitée de Christophe Colomb, rue des Cinq Coins, Chorrillos, 1881. 
Collection : Centre d’études historiques et militaires du Pérou.




LE REGARD FRANÇAIS : LE STUDIO COURRET ET HENRY MICHEL


L’ouvrage accorde une place centrale à la dimension française dans la représentation visuelle du conflit, en l’abordant sous deux angles très distincts :

- le studio Courret : fondé à Lima par les frères français Aquiles et Eugenio Courret, ses archives photographiques s’avèrent essentielles à la recherche. 

Le studio n’a pas seulement immortalisé l’esthétique et les coutumes de la haute société de l’époque, mais a également documenté avec brio les rues de Lima en proie aux combats et la dureté des affrontements pour la capitale péruvienne.

- Henry Michel : un personnage extraordinaire mis en lumière dans les pages de cet ouvrage.

Michel a su allier l’art au devoir civique, en exerçant la fonction de correspondant artistique du célèbre magazine français Le Monde Illustré, tout en servant comme volontaire dans l’armée péruvienne. 

Ses croquis, ses notes et ses impressions sur le conflit ont servi de base à la réalisation des estampes publiées en Europe, jetant ainsi un pont esthétique direct entre les champs de bataille sud-américains et la presse parisienne du XIXe siècle.


- Studio Courret, Destruction de Chorrillos, détail d’une photographie de la rue del Pellizco, 1881. 
Collection : Institut d’études historiques et maritimes du Pérou.




LA PHOTOGRAPHIE COMME ARME GÉOPOLITIQUE ET DE PROPAGANDE


Renzo Babilonia propose une approche dans laquelle les images d’archives ne servent pas simplement à illustrer le texte, mais constituent l’objet principal de l’étude. 

La recherche met en évidence un énorme déséquilibre technologique et logistique : alors que le Chili a utilisé l’appareil photographique de manière systématique, planifiée et propagandiste pour construire son récit de victoire, le Pérou du XIXe siècle a dû faire face à de graves contraintes matérielles et techniques pour consigner visuellement le déroulement des campagnes et sa propre résistance.


- Studio Courret, État dans lequel se trouvait l'ancienne promenade de Chorrillos après les affrontements 
et les pillages dont a été victime la station balnéaire de Lima le 13 janvier 1881.  
Collection : Institut d'études historiques et maritimes du Pérou.




UNE ÉDITION CONSIDÉRABLEMENT ENRICHIE (2026)


Contrairement aux versions précédentes de l’ouvrage, l’édition de 2026 élargit le champ de la recherche et intègre un catalogue visuel bien plus riche, composé d’archives, d'estampes et de photographies restaurées. 

Chaque pièce est analysée selon des critères de composition, de diffusion et de censure, sauvant ainsi de l’oubli les visages humains, des hauts gradés aux simples soldats, pris dans le tourbillon de la guerre.


POUR COMMANDER L'OUVRAGE EN ESPAGNOL :

editorial@casabicentenario.com



VOIR AUSSI, SUR CE BLOG : 

RENZO BABILONIA : HENRY MICHEL, UN ARTISTE FRANÇAIS DANS L'ARMÉE PÉRUVIENNE PENDANT LA GUERRE DU PACIFIQUE (1879-1883)





samedi 15 août 2026

1485-ALPHONSE THAÜST, PHOTOGRAPHE EN FRANCE ET EN ITALIE

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- Signature d'Alphonse Thaüst.


ALPHONSE THAÜST (1816-1887)



PERTUIS


Alphonse Alexis Thaüst est né le 3 juillet 1816 à Pertuis (Vaucluse). Il est le premier des trois enfants de Jean Joseph Alexis Thaüst/Thust, cultivateur (né le 6 septembre 1789) et de Françoise Thérèse Blanc (née le 1er juin 1794 à Pertuis), qui se sont mariés dans cette commune, le 26 avril 1815.

Le père de famille, alors garde-champêtre âgé de 39 ans, décède à Pertuis, le 19 août 1829 (Alphonse a 13 ans).

Le 7 juillet 1845, Alphonse Thaüst, coiffeur, âgé de 29 ans, épouse à Pertuis, Hélène Augustine Giraud, sans profession, 21 ans (née le 8 août 1823, à Pertuis ; fille de feu Pierre Barthélemy, serrurier et de Baptistine Augustine Rose Sauze, marchande d'indiennes - toiles de coton imprimées).

Peu après leur mariage, le couple quitte Pertuis, pour rejoindre Marseille où ils ont de la famille, et notamment l'oncle d'Hélène, Antoine Giraud, menuisier (né vers 1800 à Pertuis).



MARSEILLE


Les époux s'installent à Marseille, rue des Dominicaines, 6 (1er arrondissement) où Alphonse ouvre une boutique de coiffeur.

Malheureusement, son épouse, Hélène Augustine, née Giraud, décède à cette même adresse, le 19 octobre 1847, âgée de 24 ans.

Alphonse Thaüst reste signalé en tant que coiffeur, rue des Dominicaines, 6, dans les annuaires des années suivantes (Nouvel Indicateur marseillais de 1848Le Cicerone marseillais de 1848 et 1849).

Le 3 mai 1849, âgé de 32 ans, coiffeur, il se remarie à Marseille. Sa mère, toujours domiciliée à Pertuis, est consentante par un acte notarié daté du 16 janvier 1849 (ce qui implique un mariage prévu au plus tard depuis fin 1848). 

Il épouse Marie Louise Dodero, modiste, 21 ans (née à Marseille le 26 juin 1827). Cette dernière est la fille d'Andrea/André Dodero, journalier/aubergiste/manoeuvre, décédé (San Martino, République de Gênes c.1790-Toulon, Var, 7 février 1839) et de Benedetta/Bénédicte/Benoîte Vivaldi (née à San Remo, République de Gênes, vers 1791-1795), présente et consentante, avec laquelle elle vivait rue des Consuls, 26 (1).

Le premier enfant du couple, Edmond Pascal Thaüst, naît à Marseille le 29 janvier 1850, rue Saint-Sépulcre, 6 (1er arrondissement ; actuelle rue Francis-de-Pressensé), alors qu'Alphonse Thaüst est toujours coiffeur.

C'est probablement au cours de cette année 1850 qu'Alphonse Thaüst se forme cependant à la photographie, auprès de son beau-frère, Luigi/Louis Dodero/Dodéro, 25 ans (né à Gênes le 6 septembre 1824) (2).

Depuis la fin de l'année 1848 ou le tout début de l'année 1849, Louis Dodero, ingénieur-opticien, s'est en effet installé comme photographe, rue St. Ferréol, 23, à l'escalier situé dans le passage éponyme. Il y propose des portraits au daguerréotype noirs ou coloriés et des leçons de photographie.

Alphonse Thaüst travaille ensuite dans l'atelier de son beau-frère, même si aucun document n'en fournit la preuve.

Début 1851, il officie également, en alternance avec lui (en tant qu'associé ?), dans la succursale ouverte à Lyon, rue de la Préfecture, 9.



LYON


C'est au plus tard au printemps 1851, qu'Alphonse Thaüst, sous le nom de, "Thaüst-Dodero, artiste daguerréotypeur", officie en effet à cette adresse lyonnaise (L'Argus et le Vert-vert réunis du 4 mai 1851).


- Annonce de l'atelier lyonnais de M. Thaüst-Dodero,
parue dans L'Argus et le Vert-vert réunis du 4 mai 1851 
(Paris, BnF, Gallica).



L'atelier est pour la dernière fois cité dans l'Almanach-Bottin du commerce de 1853 : "Thaüst-Doderot (sic), [rue] de la Préfecture".

Louis Dodero et Alphonse Thaûst investissent en effet, dès 1853, dans une nouvelle succursale, située désormais dans la ville natale de Louis.



GÊNES


Alphonse Thaüst, accompagné de sa famille, s'installe en 1853 à Gênes/Genova (Ligurie) (3). 

Le 25 janvier 1854, la famille Thaüst s'agrandit avec la naissance, à Gênes, de leur fille Agnès Augustine Marie Thaüst.

Les étiquettes imprimées, collées au verso des daguerréotypes d'Alphonse Thaüst, témoignent de ses différentes adresses d'atelier, avec des indications portées en français ou en italien :

- "Portraits Et Vues - Photographiques Et Au Daguerréotype - Par - Alphonse Thaüst Dodero - Place Saint Dominique - Hôtel de la Lega [Italiana] - Gênes...".

Cette première adresse est parfois rayée et une adresse, manuscrite, de remplacement, est  proposée, "strada S. Siro vicino a la chiesa" (daguerréotype conservé à la Fondation Alinari, Florence) ;

- "Strada S. Siro (ou San Siro), N. 525, terzo piano, vicino alla scalinata della Chiesa - In Genova - Ritratti o Vedute - Al - Dagherotipo E Fotographiche - Di - Alfonso Thaüst Dodero..." (daguerréotype conservé à la Biblioteca Panizzi di Reggio Emilia) (4).


- Etiquette collée au dos d'un daguerréotype d'Alfonso Thaüst Dodero réalisé à Gênes,
(Fototeca della biblioteca Panizzi, Reggio Emilia, Emilia Romagna, Italia).



L'adresse de San Siro est parfois rayée, elle aussi, et suivie d'une nouvelle et troisième adresse, manuscrite, "au palais ducal - place de l'Herbe - 7 o 8 [ou 708 ?]". avec la date de "1853" (daguerréotype conservé à la Fondation Alinari, Florence).

D'autres daguerréotypes, présentant l'adresse imprimée de San Siro, sont conservés. L'un d'eux, appartenant à la Collection D. Paoletti (Rome), porte la date manuscrite de "décembre 1853".

Il est probable que l'Hôtel de la Lega Italiana ait été la première adresse de l'atelier (1853), suivie de celle de la rue San Siro (vers 1853-1855 ?) puis de celle de la place de l'Herbe/delle Erbe (vers 1855-1857 ?). Il Cicerone ossia guida di Genova de 1855 et de 1857 citent encore l'atelier.

La famille Thaüst quitte cependant la ville à la fin de l'année 1855 ou au tout début de l'année 1856. 



SIX-FOURS


La famille Thaüst est, en effet, citée dès le recensement de la ville de Six-Fours (Six-Fours-les-Plages, Var) de mai 1856.

- "Hameau n° 45 des Bastides de Barelles, Collet de Roux, Mouriès, Salles, Mourrot et Touron : Thaüst, Alphonse, photographe, chef de Me [ménage], marié, 39 ans - Dodero fe [femme] Thaüst, Louise, sa femme, mariée, 29 ans [28 ans] - Thaüst, Edmond, leur fils, célibataire, 7 ans - Thaüst, Agnès, leur fille, célibataire, 2 ans".

Cette nouvelle destination s'explique par la présence dans cette ville de nombreux autres membres de la famille Dodero, et notamment de sa belle-mère (2).

La Fondation Alinari de Florence considère cependant qu'Alphonse Thaüst Dodero, "en 1858, ouvre son atelier au 11, Piazza d'Arme à Livorno (Toscane)".

C'est à Six-Fours que naît le troisième enfant du couple, Eugénie Victorine Thaüst, le 4 août 1860. Alphonse Thaüst, "photographe", est présent et signe la déclaration de naissance de sa fille.

La question qui se pose alors est celle de l'activité d'Alphonse Thaüst. Est-il à nouveau photographe dans l'atelier de Louis Dodero à Marseille (ville située à 84 km de Six-Fours), rue de la Canebière, 23 ? A-t-il ouvert son propre atelier à Six-Fours ? Vit-il de ses rentes ?

Le recensement de mai 1861 cite à nouveau la famille Thaûst à la même adresse mais avec une numérotation différente :

- "Hameau n° 67 : Thaüst, Alphonse Alexis, Photographe, marié, 44 ans - Dodero femme Thaüst, Marie Louise, sa femme, mariée, 33 ans - Thaüst, Edmond Pascal, leur fils, célibataire, 11 ans - Thaüst, Agnès, leur fille, célibataire, 7 ans - Thaüst, Eugénie, id. [leur fille], célibataire, 9 mois".

Le quatrième enfant du couple Thaüst, Charles Antoine, naît à Six-Fours le 22 avril 1863 (le père est à nouveau présent et signataire de l'acte).

La famille Thaüst quitte cependant la ville dans les deux années suivantes, peut-être suite au décès de Benedetta Vivaldi, veuve Dodero, âgée de 74 ans qui survient à Six-Fours, le 15 novembre 1865.



TOULON


Aphonse Thaüst, son épouse et leurs trois enfants s'installent à Toulon (Var), entre la date de naissance de leur dernier enfant (avril 1863) et celle du recensement (achevé en juillet 1866) de leur nouvelle résidence :

- "Rue Neuve, 33 : Thaüst, Alphonse, photographe, marié, 52 ans - Thaüst, Louise, son épouse, mariée, 40 ans - Thaüst, Edmond, [fils], célibataire, 17 ans - Thaüst, Aglaé [Agnès] [fille], célibataire, 13 ans - Thaüst, François [Charles Antoine], [fils], célibataire, 3 ans - Reboul, Marie, domestique, célibataire, 30 ans".


- Verso d'une carte de visite d'Alphonse Thaüst, portant l'adresse de, rue Neuve, 33, vers 1866-1868.



Fin 1868, le photographe déménage ses atelier et domicile toulonnais de la rue Neuve, 33, à la place Saint-Pierre, 1, et l'annonce en octobre dans Le Toulonnais

Cette publicité, qui est au nom de "MM. Thaüst", son fils Edmond travaillant désormais avec lui, révèle également l'existence d'un atelier d'agrandissement, installé dans une maison de campagne (à la périphérie de Toulon).


- Annonce de l'atelier toulonnais de MM. Thaüst;
parue dans Le Toulonnais du 15 au 27 octobre 1868
(Archives départementales du Var).


- Verso d'une carte de visite d'Alphonse Thaüst, portant l'adresse, Place St. Pierre, 1, vers 1868-1881,
avec parfois l'ajout, au bas du format, de la mention,"Tous les Clichés sont conservés".
Une carte de visite, n° 1427, datée "d'octobre 1869", une autre, portant le n° 8214, de "1877".



Le 7 mai 1871, Alphonse Thaüst, membre du parti républicain, est élu conseiller municipal au second tour (La Vérité du 17 mai 1871).

La famille Thaüst est ensuite citée lors du recensement de 1872.

- "Place St Pierre, 1 : Thaüst, Alphonse, photographe, marié, 56 ans, F [Français] né à Pertuis, Vaucluse - Thaüst, Louise, sa femme, s. prof. [sans profession], mariée, 45 ans, née à marseille, B d R []Bouches-du-Rhône] -Thaüst, Edmond, son fils, photographe, célibataire, 22 ans, idem - Thaüst, agnès, sa fille, célibataire, 18 ans, née à Six Fours (Var) - Thaüst, Eugénie, idem, célibataire, 12 ans, née à Gênes".

Étrangement, le fils Charles Antoine Thaüst (né à Six-Fours en 1863) est absent de ce relevé et restera absent des recensements suivants. Est-il décédé (son acte de décès n'a pas été retrouvé) ?

A l'occasion des fêtes de fin d'année 1872, Alphonse Thaüst fait paraître une petite annonce dans La Lorgnette, en décembre 1872.


- Annonce der l'atelier toulonnais de M. Thaüst,
parue dans La Lorgnette du 22 décembre 1872 
(Paris, BnF, Gallica).


- - Verso d'une carte de visite d'Alphonse Thaüst, portant l'adresse, Place St. Pierre, 1, vers 1872 (?).
avec un texte semblable à l'annonce ci-dessus.



Le 14 juillet 1873, sa fille Agnès Augustine Marie Thaüst se marie à Toulon, âgée de 19 ans, avec Alexandre Théodore Boyer, écrivain de marine, âgé de 39 ans (né à Toulon le 14 mai 1834, fils de Joseph Jules Boyer, décédé et de Marie Anne Rossi). 

Alphonse Thaüst, photographe, et Louise Dodero, sans profession, sont présents et consentants, et Louis Dodero, sans profession, oncle de la mariée, est l'un des témoins.

Alphonse Thaüst semble avoir conservé sa "campagne" (citée en octobre 1868) car son vignoble est signalé en 1873, non seulement parce qu'il est resté préservé du phylloxera mais encore parce que deux de ses ceps de vigne ont produit 711 grappes de raisin (Journal officiel de la République Française du 26 septembre 1873, p. 6072).

La famille Thaüst est à nouveau citée dans le recensement de 1876 :

- "Place St Pierre, 1 : THAUST, Alphonse, photographe, marié, 61 ans, né au Pertuis (vaucluse) - Dodero, Louise, sa femme, S.P. [sans profession], mariée, 49 ans, née à Marseille (B. du Rhône) - Thaüst, Edmon (sic) pascal, écrivain de marine, célibataire, 25 ans, idem - Thaüst Eugénie, S.P. [sans profession], célibataire, 16 ans, née à Six fours (Var)".

Son fils Edmond n'est donc plus photographe ; il a tout de même travaillé avec lui quelques années, entre la fin des années 1860 (cité en 1868, alors qu'il a 18 ans) et la première moitié des années 1870 (cité en 1872, à 22 ans).

En 1877, Alphonse Thaüst, conseiller municipal, est dit membre du conseil d'administration de la Caisse des Ecoles. 

En 1879, âgé de 63 ans, il exerce toujours l'activité de photographe, n'est plus conseiller municipal mais est désormais directeur de la Caisse d'épargne de Toulon (La Jeune République du 13 juin 1879).

Alphonse Thaüst semble cependant cesser toute activité en 1881, ce que confirme la publicité de son successeur, Bienvenu Barbot.


- Annonce parue dans Toulon-Théâtre, à partir du 22 octobre 1881,
Paris, BnF (Retronews).



Le recensement de 1881 (achevé en février 1882), signale :

- "Place Saint Pierre, 1 : Thaüst Alphonse, 68 ans [65 ans], sans profession, mari - Thaüst, Louise, 57 ans [54 ans], idem, femme - Thaüst, Edmond, 32 ans, Professeur, leur enfant - Thaüst, Eugénie, 22 ans [21 ans], Institutrice, idem".

Edmond Pascal Thaüst, professeur de la marine, âgé de 34 ans, se marie à Pontoise (Val d'Oise), le 3 décembre 1884, avec Mathilde Elisa Ernestine Bottollier-Depois, 21 ans (née à Pontoise, le 14 mai 1863 ; fille de Joseph Eugène Bottollier, passementier et d'Elisa Lenfant).

Alphonse Thaüst, "ex-photographe", décède à sa nouvelle adresse du quai du Parti, 8, le 13 mai 1887, âgé de 70 ans.

Sa veuve, Marie Louise, née Dodero, après avoir vécu à plusieurs adresses toulonnaises, assisté au mariage d'Eugénie (Toulon, le 27 décembre 1888), au remariage d'Agnès (Toulon, le 20 septembre 1893) et à celui d'Edmond (Toulon, le 9 septembre 1905 - divorce le 30 mai 1911), décèdera à Toulon place Cauvière, 2, le 4 novembre 1913, âgée de 86 ans.



NOTES


(1)- Sur le site Geneanet, les arbres généalogiques de Valérie Thiriet et de Dode Troussier Baldino Albertuzzo ont facilité la recherche.

(2)- Les vies et carrières d'Alphonse Thaüst et de Louis Dodero sont intimement liées. Voir la biographie de Louis Dodero sur ce blog (ici).

(3)- Cette phase de la carrière d'Alphonse Thaüst a été très étudiée par les historiens italiens. Cependant, la reprise des mêmes informations d'article en ouvrage a conduit à certaines ambiguïtés. Ces textes ne sont pas tous consultables en ligne et il en va de même pour les épreuves photographiques conservées et les étiquettes collées au verso. 

Un album de près de trente vues de Gênes est ainsi conservé à la Fondation Alinari de Florence et daté de "1856", du "printemps 1856" ou du "17 mars 1856", attribué à "Alfonso Thaüst Dodero" mais signé de "Dodero & C." (Michele Falzone del Barbarò, "Un album di calotopie di Alfonso Thaust Dodero", dans, Fotologia n° 7, 1987, pp. 6-17.)

Est-ce Louis Dodero ou Alphonse Thaüst Dodero qui est cité dans Il Cicerone ossia guida di Genova de 1855 et de 1857 et l'adresse respective indiquée est-elle celle de la "strada San Siro" puis celle de la "piazza delle Erbe" ?

(4)- Traduction : "Rue S. Siro, n° 525, troisième étage, près de l'escalier de l'église - À GÊNES - PORTRAITS OU VUES - AU - DAGUERRÉOTYPE  ET PHOTOGRAPHIQUES - DE - ALFONSO THAÜST DODERO - Méthode nouvelle et spéciale - Les Portraits vous seront livrés à votre entière satisfaction et garantis, plus ou moins colorés, ou non. - Portraits à domicile, y compris pour les défunts. Reproduction de tous les objets d'art - et de nature. Cours pour Amateurs sur plaques d'argent, plaques de verre - (collodion, albumine) et sur papier. Offre de tout ce qui concerne la Photographie".



mardi 11 août 2026

1484-FAIRE LE PORTRAIT AU DAGUERRÉOTYPE (1839-1841)

 

SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- DAGUERRE Louis-Jacques-Mandé (1787-1851). Portrait d'homme jeune, 
à mi-genoux, assis, la main droite tenant un livre, vers 1840-1845,
photographie positive directe sur cuivre argenté,
 ancien possesseur, Nadar Paul (1856-1939).




1839 - LE PORTRAIT EN 5 MINUTES ?


Le Daguerréotype

Après 15 années de recherches, commencées par M. Niépce et continuées par M. Daguerre, le "daguerréotype" (parfois orthographié, "daguerrotype" ou "daguéréotipe") est enfin annoncé en janvier 1839 (Le Drapeau tricolore de Chalon-sur-Saône du 2 janvier 1839 ; Annonce d'Arago à l'Académie des Sciences le 7 janvier 1839).

Entre juin et août 1839, le gouvernement français acquiert les droits de l'invention et les offre au monde. M. Arago présente le projet de loi à la Chambre des Députés (3 et 9 juillet) puis le procédé à l'Académie des Sciences (le 19 août).

"Le daguerréotype est à présent la propriété de tous ; on est impatient de jouir de la miraculeuse découverte et de l'instrument" (Le Temps du 24 août 1839). 

Des appareils ont été préparés sur les indications de M. Daguerre (notamment par l'opticien Giroux) et, dès l'été et l'automne 1839, les premiers daguerréotypeurs se répandent sur tout le territoire français et dans le monde entier, afin de photographier les paysages pittoresques, les villes et leurs monuments.

L'usage de l'appareil présente encore quelques inconvénients dont un prix atteignant les 350 fr., un poids proche des 50 kg, des temps de pose longs, des opérations chimiques complexes, un miroitement de la plaque et une altérabilité de l'épreuve.

Cependant, "il faut tout attendre de l'avenir ; le daguerrotype (sic) n'est qu'un point de départ ; le perfectionnement ne tardera pas à s'en emparer et à le doter de qualités nouvelles" (Le Temps du 24 août 1839).

"Les résultats du daguerreotype font dans le public une véritable sensation : la foule se presse devant les magasins où sont exposées des épreuves obtenues par ce procédé ; les salons de M. Giroux, rue du Coq Saint-Honoré ne désemplissent pas de curieux étonnés de la perfection des tableaux sortis de la chambre obscure. Déjà cette belle invention est appliquée avec succès au portrait, et quelques esprits hardis ne désespèrent pas de lui voir reproduire les objets avec leurs couleurs" (Le Constitutionnel du 24 septembre 1839).


En Province

Dès septembre 1839, des Daguerréotypes sont en vente dans plusieurs villes de province, comme à Toulouse (Haute-Garonne) ou à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), et des démonstrations et leçons sont organisées.

Des vues urbaines sont notamment réalisées à Nantes (Loire-Atlantique), Strasbourg (Bas-Rhin), Valenciennes (Nord), Saint-Omer (Pas-de-Calais), Marseille (Bouches-du-Rhône) et Pau (Pyrénées-Atlantiques).


Le Portrait

"En général, on se montre peu disposé à croire que le daguerréotype puisse servir jamais à faire des portraits. En effet, pour que l'image vienne rapidement, c'est-à-dire pendant les quatre à cinq minutes d'immobilité qu'on peut exiger d'une personne vivante, il faut que la figure soit en plein soleil ; une vive lumière forcerait la personne la plus impassible à un clignotement continuel, elle grimacerait, toute l'habitude faciale se trouverait dérangée.

Heureusement M. Daguerre a reconnu, quant à l'iodure d'argent dont les plaques sont recouvertes, que les rayons qui traversent certains verres bleus y produisent la presque totalité des effets photogéniques (transmission de la lumière). En plaçant un de ces verres entre la personne qui pose et le soleil, on aura donc une image photogénique presque tout aussi vite que si le verre n'existait pas, et cependant la lumière éclairante étant alors très douce, il n'y aura plus lieu à contraction musculaire et à clignotemens trop répétés (La France du 28 août 1839 ; texte des opticiens Susse Frères).

"Le premier portrait (...) que j'aie vu, fut exposé chez M. Susse (...). L'image humaine était bien noire (...) ; il y avait contraction des traits et grimace évoquant la souffrance. Néanmoins ses yeux étaient à moitié ouverts (...). Pour éviter cette contraction de la face, on imagina donc de faire fermer les yeux au modèle ; mais, au lieu de portraits, on obtenait ainsi que les masques de personnes endormies, si ce n'était des têtes de mort" (Marc Antoine Gaudin, Traité pratique de Photographie, 1844 pp. 121-122). 

Les premiers portraits de M. Donné sont des représentations de bustes de divinités antiques ou de personnalités contemporaines, comme celui de la tragédienne Rachel, sculpté par Dantan (Journal de Paris du 16 octobre 1839). 

Ses portraits de personnes vivantes présentent, pour leur part, des figures aux yeux baissés ou clos, vêtues de blanc ; un temps d'exposition plus court est en effet obtenu grâce aux corps blancs et on a même "imaginé d'enfariner le visage des personnes (...) mais cela change quelquefois beaucoup la physionomie" (La Quotidienne du 24 octobre 1839).

"M. Jobard, qui a mis à l'exposition la première vue prise en Belgique par le Daguerréotype, vient d'exposer le [son] premier portrait fait d'après nature. Il représente une jeune femme vêtue de blanc, endormie sur un canapé" (Le Siècle du 23 octobre 1839 ; Journal des Beaux-Arts du 1er novembre 1839 p. 178). 

La réalisation de scènes de genre, dans le style des tableaux flamands ou hollandais, est également un moyen de représenter une ou plusieurs personnes, sans pour autant faire des visages le sujet principal.

"Je passai six mois à faire chaque jour mon portrait sur grande plaque, en plein soleil, les yeux ouverts, croyant, à chaque épreuve, parvenir à abréger l'exposition à la chambre noire, attendu que j'espérais beaucoup, sous ce rapport, d'une dissolution alcoolique d'iode à laquelle j'ajoutais du brome" (Marc Antoine Gaudin, Traité pratique de Photographie, 1844 pp. 121-122).



1840 - LE PORTRAIT EN DEUX MINUTES ?


J.-F. Soleil, dans son Guide de l'amateur de Photographie de 1840 (pp. 70-72), fait le point :

"Les espérances que l'on avait conçues d'obtenir des portraits au daguerréotype n'ont pas été réalisées jusqu'ici. Ce n'est pas cependant que quelques personnes n'aient réussi à force de patience, d'art et de persévérance, à atteindre à des résultats assez satisfaisants. Mais je ne sache pas que jusqu'à présent on ait produit un portrait avec les yeux ouverts, la physionomie et l'attitude naturelles.

Le plus grand obstacle vient surtout de la teinte de la peau, qui est plus ou moins riche en orangé pâle ; et (...), cette nuance est impuissante à réagir sur la substance dont est enduite la plaque iodée. Cela est si vrai que les meilleurs résultats ont été obtenus avec des figures de femme à peau parfaitement blanche.

D'un autre côté, l'immobilité est une condition indispensable à remplir pour le succès ; en sorte que la tête doit être solidement maintenue par un appui caché, ce qui lui communique une raideur inaccoutumée et désagréable, ou soutenue par des coussins, ce qui est incompatible avec l'attitude habituelle, hors le cas de sommeil.

La nécessité d'une vive lumière force celui qui pose à un clignotement perpétuel, ou entraîne une contraction pénible et disgracieuse des muscles de la face. Ce dernier inconvénient est facile à éviter. 

Guidés par les observations de M. Daguerre sur l'action des verres bleus, qui ne retardent pas l'effet photogénique, nous avons disposé un châssis sur lequel était tendu un morceau de taffetas violet clair et nous nous en sommes servi pour atténuer les effets d'un soleil trop vif. Malgré cette interposition la teinte de la peau du visage s'est trouvée aussi claire que celle des mains, qui avaient été exposées à la lumière directe (...).

Nous poserons en principe que (...) la personne doit être prise de face ou de trois quarts, pour éviter l'influence des déplacements produits par les mouvements de la respiration (...). En second lieu, les vêtements seront de couleur claire (...). Enfin, il faut opérer en plein air, au grand jour, le matin de préférence, en protégeant (...) le visage contre l'action directe du soleil, et recevant les rayons de côté, pour obtenir des oppositions plus tranchées".

De plus petits daguerréotypes, moins chers et lourds, sont mis en vente par l'opticien Lerebours dès le printemps 1840 : certains sont pensés pour le voyage mais d'autres sont "destinés particulièrement à faire le portrait avec l'addition d'une Pharmacie pour opérer sur papier" (Journal des débats politiques et littéraires du 1er juin 1840).

Les perfectionnements se multiplient, permettant de réduire les temps de pose. Dès l'été 1840, l'opticien Lerebours expose quelques nus académiques et, à l'automne, il propose de faire désormais "le portrait en deux minutes" (Le Temps du 16 août 1840 ; La Presse du 24 octobre 1840).

En décembre 1840, M. Spoerlin de Vienne (Autriche) annonce qu'une nouvelle combinaison de lentilles mise au point par le professeur Petzval (basée sur le calcul mathématique du physicien Ettingshausen), permet de concentrer la lumière sur la plaque daguerrienne, abrégeant ainsi le temps de pose, à "45 ou 50 secondes au soleil, deux minutes à l'ombre et 3 à 3 minutes 1/2 par un temps couvert" (Le Moniteur industriel du 7 janvier 1841 p 4).


En Province

Il faut attendre l'été 1840 pour qu'une première petite annonce, toulousaine, propose la réalisation de portraits : "MM. Bianchi [fabricants et vendeurs] offrent aussi de prendre le portrait au daguerréotype, aussi que toute vue de la ville au prix de 30 fr." (Gazette du Languedoc du 14 juillet 1840).



1841 - LE PORTRAIT ENTRE 12 SECONDES ET DEUX MINUTES ?


Début 1841, M. Arago annonce que M. Daguerre obtient désormais "les images en une seconde" [mais il n'y aura pas de suite] (Journal des débats politiques et littéraires du 6 janvier 1841).

Le 7 mars 1841, un "portrait daguerréotypé et fidèle" du roi Louis-Philippe est réalisé par M. Daguerre (La France du 16 mars 1841). 

"On est descendu aujourd'hui à une ou deux minutes, et à l'ombre ! de telle sorte que la fatigue de la pose n'est plus rien, que les plus impatiens et les plus remuans peuvent aisément la supporter et que les yeux sont reproduits ouverts et brillans comme dans un portrait ordinaire.

Nous ne voulons pas dire que le portrait daguerréotypé soil devenu quelque chose de parfaitement agréable et satisfaisant ; la teinte en est toujours triste et plombée, la physionomie immobile, les traits sont vieillis (...).

Ce résultat [le temps de pose] est encore loin de celui que nous a promis M. Daguerre [une seconde] il y a cinq mois, et que nous attendons toujours sur la parole de M. Arago" (Journal des débats politiques et littéraires du 20 mai 1841).

En juin 1841, à l'Académie des Sciences de Paris, M. Gaudin, opticien, met en pratique un procédé qui réduit fortement le temps d'exposition, mis au point par le physicien Edmond Becquerel. Ce procédé consiste à capturer une image assez pâle en une ou deux secondes mais d'accentuer ensuite cette dernière (aussitôt après ou plus tard) par l'exposition solaire de la plaque au travers d'un verre rouge (préféré au verre jaune proposé par M. Becquerel). M. Gaudin présente des vues de paysages, de nuages (malgré leur mobilité), d'édifices mais également des portraits.

À la même séance, M. Claudet, photographe, propose pour sa part une couche plus sensible de préparation de la plaque (exposition de la plaque préalablement iodée aux vapeurs de chlorure d'iode), abaissant le temps de pose entre 12 et 15 secondes. 

Le cumul des procédés Claudet et Becquerel va permettre d'obtenir des images "dans un temps si court qu'il est presque inappréciable" (Le Constitutionnel du 20 juin 1841).

"J'eus alors l'idée, comme bien d'autres, d'employer des objectifs à court foyer, et tout aussitôt, je pus obtenir des portraits en une ou deux minutes. Enfin, la découverte du chlorure d'iode par M. Claudet ayant permis de mettre les secondes à la place des minutes, cet art en dériva un immense perfectionnement" (Marc Antoine Gaudin, Traité pratique de Photographie, 1844 pp. 121-122). 

"Aujourd'hui l'on obtient dans le court espace de vingt secondes à une minute au plus, et, quel que soit l'état du ciel, un portrait d'une remarquable exécution et d'une ressemblance qui ne saurait être plus parfaite, puisque la nature est prise sur le fait" (Le Droit du 3 juillet 1841 ; Gazette nationale du 3 août 1841).

"Il semble, pour le portrait, que ce soit un grand avantage de ne faire poser son modèle que quelques secondes, ce qui peut avoir lieu au moyen de lentilles plus fortes et d'un éclairage bien entendu. Cependant, lorsqu'on obtient la copie d'une figure d'une manière très-rapide, il est difficile d'avoir des accessoires avec quelques détails, ce qui nuit beaucoup au charme d'un portrait. 

Je préfère mettre deux à trois minutes pour obtenir une épreuve de portrait au soleil, en garantissant la figure de la personne qui pose d'une lumière trop vive, au moyen d'un verre bleu qui prolonge un peu l'opération, mais qui ne nuit en rien à la perfection du résultat. De cette manière, les accessoires les plus sombres sont bien rendus, ayant eu le temps nécessaire à leur reproduction (...).

Pour mettre au point, je me sers d'un moyen très-simple. Lorsque j'ai placé à peu près bien le châssis à coulisse de la chambre noire, je fais appliquer sur le front de la personne dont j'exécute le portrait un morceau de carton blanc sur lequel est écrit un mot quelconque à l'envers. Alors, à l'aide du bouton de la crémaillère qui fait mouvoir l'oculaire, je l'avance ou le recule jusqu'à ce que je lise distinctement sur le verre dépoli le mot inscrit sur le carton. J'arrive ainsi à la certitude d'avoir le vrai point" (L. de Brébisson, De quelques modifications apportées au daguerréotype, édité en 1841 p. 100).

L'opticien Buron, dans son ouvrage de 1841 intitulé, Description de nouveaux daguerréotypes perfectionnés et portatifs, avec l'instruction de M. Daguerre, annotée, et des méthodes pour faire des portraits, expose des perfectionnement semblables et ajoute (pp. 31-36) :

"On sait généralement : 1° que plus un objet est proche, plus est forte la lumière qu'il renvoie ; 2° que les verres lenticulaires font converger derrière eux une lumière d'autant plus intense que leur foyer est plus court.

Partant de ces données, on a construit une espèce de chambre obscure dont la combinaison optique est telle que l'appareil peut être placé à une très-petite distance de l'objet. L'objectif ayant d'ailleurs un très-court foyer, il réunit sur la plaque iodée une plus grande masse de rayons lumineux. Par l'emploi de cette chambre obscure et avec le concours de certaines circonstances locales, on est enfin parvenu à obtenir des épreuves après une, deux ou trois minutes d'exposition à la lumière, et ainsi la reproduction des portraits a été rendue beaucoup plus facile (...).

"Premier procédé [basé sur les instructions de M. Daguerre] : [Un] objectif donne plus de lumière et moins d'aberration s'il est formé de deux verres, l'un et l'autre achromatiques, dont le foyer combiné est également d'environ 80 millimètresLes images produites par un tel objectif étant nécessairement très-petites, on fait usage de plaques dont la dimension n'est que du quart ou du huitième des grandes plaques ordinaires.

Selon que l'on veut avoir un portrait en buste ou en pied, la personne est placée vis-à-vis cette chambre obscure à la distance d'un demi-mètre au moins ou de deux mètres au plusPour maintenir le modèle dans la plus parfaite immobilité, on le fait asseoir sur un siège assez pesant pour ne pas être facilement dérangé. L'élasticité des fauteuils modernes serait un inconvénient. Derrière le siège qu'on a choisi doit s'élever une forte règle de bois, terminée par un croissant sur lequel la tête trouve un point d'appui fixe. Si la personne devait être reproduite en pied, il faudrait la placer près d'un meuble sur lequel elle pût s'appuyer.

Il est essentiel que l'exposition à la lumière ait lieu non dans un appartement, mais à l'air libre, sur une terrasse ou dans un jardinDerrière la personne qui pose on met un paravent ou une tenture, dont autant que possible la couleur tranchera avec celle des vêtements. En tout état de choses on peut faire usage d'un drap blanc disposé en forme de draperie.

Les portraits saisis de face sont généralement peu gracieux : ils viendront beaucoup mieux s'ils sont pris dans cette position que les peintres appellent de trois quarts. Les yeux du modèle seront constamment dirigés vers un point un peu éloigné.

L'habillement de la personne qui pose est loin d'être une chose indifférente : les couleurs qui réussissent le mieux sont : le bleu, le violet, le gris, le jaune, le rouge et le vert clair, et en général toutes les demi-teintes. Les vêtements blancs et noirs doivent être, autant que possible, évités : les premiers renvoient trop de lumière, les seconds pas assez.

La durée de l'exposition ne doit pas, en été, excéder une minute au soleil plein, et deux ou trois minutes lorsque le ciel est couvert de nuages blancs. L'expérience serait tentée vainement si le jour était sombre (...)".

Deuxième procédé [fondé sur les expériences de M. Becquerel] Par le procédé que je vais indiquer, j'ai obtenu, après quelques secondes d'exposition seulement, des portraits supérieurs à ce qui a été fait de mieux par la méthode ordinaire. Ils sont surtout remarquables par un air de vie dû, sans doute, à ce que les traits du visage n'ont point eu le temps d'être altérés par la fatigue qu'amène forcément une exposition de plus longue durée.

Aucun changement n'est apporté aux préparations ordinaires : mais on doit, de toute nécessité, faire usage de la chambre noire à objectif à court foyer, et avoir égard d'ailleurs à toutes les conditions indiquées ci-dessus.

On s'est préalablement procuré un carreau de verre rouge ou à défaut un carreau de verre jaune orangé, d'une couleur bien homogène, et autant que possible sans bulles ni défauts. Ce verre a été coupé de manière à pouvoir remplacer, dans le cadre où se met la plaque iodée, la planchette noire qui sert ordinairement à la préserver de la lumière du jour.

La plaque iodée ayant été substituée au verre dépoli dont on s'est servi pour mettre au foyer, on recommande à la personne qui pose l'immobilité la plus parfaite, et l'on ouvre vivement l'opercule de l'objectifSi l'on opère en plein soleil, on ferme l'opercule après quelques secondes d'exposition. Si le ciel est couvert de nuages blancs, on prolonge l'exposition jusqu'à 30 ou 60 secondes, jamais plus

Puis aussitôt on ferme l'opercule, et, au lieu de la planchette noire qui couvrait la plaque avant l'exposition, on glisse le verre coloré, et l'on porte la plaque ainsi recouverte dans un endroit où le verre peut recevoir, à l'abri des rayons directs du soleil, la lumière diffuse du ciel. Après un intervalle de temps qui varie entre dix et quinze minutes, la plaque est portée dans la boîte au mercure, et l'opération est terminée".

Le procédé de M. Gaudin évolue vers un temps de pose "de 1/4 à 3/4 de seconde, suivant la clarté du jour". La plaque d'argent déjà jaunie par l'iode, se voit en plus enduite d'une couche de bromure d'iode en vapeur (toxique), extrêmement senisble à la lumière :

"Les nouveaux portraits ont perdu cette froideur qui les faisait ressembler à des rondes-bosses en donnant aux chairs quelque chose de l'inerte pesanteur du plâtre (...). Désormais, le portrait pris au vol de l'émotion, sans raideur et sans affectation dans la pose, sera d'une vérité absolue" (La Quotidienne du 31 octobre 1841).


En Province

Quelques noms de photographes proposant des portraits au daguerréotype se révèlent désormais en province car ils bénéficient de temps de pose réduits permettant la netteté et la ressemblance souhaitées par la clientèle. Ainsi : 

- en mai 1841, M. Duvaldesten, opticien à Dijon, rapporte-t-il de Paris un "nouveau Daguerréotype pour faire le portrait en deux minutes" (Courrier de la Côte-d'Or du 25 mai 1841) ;

- en août 1841, MM. Dolard et Bocard de Lyon, proposent-ils, à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), des "portraits en deux minutes" (Courrier de Saône-et-Loire du 16 août 1841) ; 

- en octobre 1841, MM. Dumoulin et Lafond annoncent-ils, à Saint-Quentin, des portraits réalisés avec "une seule minute et par temps sombre pour 12 fr." (Journal de la ville de St. Quentin et de l'arrondissement du 10 octobre 1841) :

- en octobre 1841, un artiste parisien anonyme offre-t-il, à Toulouse, "des portraits en quelques secondes et dans les appartements" (Gazette du Languedoc du 16 octobre 1841) ;

- à Lyon, en décembre 1841, à l'approche des étrennes, le graveur (installé) Durand propose-t-il des "portraits au Daguerréotype en quelques secondes" (Journal du Commerce de la ville de Lyon et du département du Rhône du 29 décembre 1841).

- cas plus rare, on peut suivre, entre le printemps et l'automne 1841, une partie du trajet effectué par le daguerréotypeur suisse, Auguste Garcin, formé à Paris : il est signalé en juin 1841 à Tours (Indre-et-Loire), en juillet-aôut à Nantes (Loire-inférieure/Loire-Atlantique), où il réalise des portraits au daguerréotype "en 5 ou 10 secondes" (L'Ouest du 8 juillet 1841), puis en décembre à Toulon (Var).

L'emploi du procédé Gaudin se répand et les opticiens Bianchi de Toulouse peuvent ainsi  proposer, dès décembre 1841, des "portraits en peu de secondes à l'ombre" aux prix de 15 et 20 fr. et de nouveaux appareils de Daguerréotype de 60 à 100 fr. (Gazette du Languedoc du 23 décembre 1841).



ÉPILOGUE


Voici des extraits d'un texte paru dans le Journal du Cher du 1er octobre 1842.

Le premier passage offre un résumé fidèle des perfectionnements qui, lors des années 1839-1841, ont progressivement facilité la réalisation des portraits.

- PORTRAITS AU DAGUERREOTYPE.- Qui ne se rappelle encore le sentiment de surprise et d'admiration avec lequel fut accueillie, il y a trois ans à peine, la merveilleuse découverte de MM. Daguerre et Niepce père et fils ? C'était en effet chose qui paraissait tenir du prodige, qu'on eût pu rendre fixe et durable l'image des objets qui se produit, si exacte, si vraie, sur la paroi de la chambre noire, et contraindre ainsi la nature à être elle-même son peintre et son graveur. 

Rien de plus simple, cependant, que ce procédé acquis par quinze années de patients travaux et de laborieuses recherches ; et sitôt que l'état, en ayant acheté le secret de ses auteurs, l'eut livré au public, une foule d'individus s'en emparèrent, cherchant à s'en rendre l'application familière dans un but artistique ou de spéculation. 

Ce, surtout, à quoi on dut penser tout d'abord, ce fut de l'approprier à la reproduction de la nature vivante, et, pour cela, de chercher des agents chimiques d'un effet plus actif et plus prompt. Le temps nécessaire pour que la reproduction des objets pût s'opérer, à l'époque où M. Daguerre livra sa découverte au public, était de douze ou quinze minutes pour le moins, et l'on conçoit que le besoin d'une immobilité de si longue durée rendit excessivement difficile le daguerréotypage des êtres animés. 

D'un autre côté, il fallait alors que l'opération eût lieu au soleil, et il y avait pour ainsi dire, par suite de cela, impossibilité d'appliquer ce moyen à la confection des portraits. Depuis, des efforts nouveaux ont été tentés, et la découverte de nouveaux agents a amené des résultats précieux. 

Si bien qu'aujourd'hui, non seulement on opère à l'ombre, mais encore, pour peu que le temps soit clair, il suffit d'une pose de dix à vingt secondes pour obtenir la reproduction parfaite des objets ou des personnes dont on veut avoir l'image ou le portrait". 

Le deuxième passage est une rare évocation du décalage entre la province et Paris :

- "Déjà, depuis longtemps, il existe à Paris nombre de praticiens fort habiles dans l'art de confectionner les portraits au daguerréotype, mais jusqu'ici, nous autres provinciaux, nous étions restés étrangers aux jouissances de cet art nouveau. Voici cependant que, par l'arrivée simultanée de deux daguerréotypeurs dans notre ville, nous allons être appelés à juger des effets merveilleux [de cette] découverte...".

Le texte ci-dessus explicite le véritable sujet de cet article. En effet, quel intérêt de limiter la recherche des perfectionnements apportés au portrait au daguerréotype, aux seules années 1839-1841, sinon pour essayer de fonder l'hypothèse suivante.

L'absence de traces d'ateliers de portraitistes dans de nombreuses villes françaises de ces trois années-là s'explique, à mon avis, davantage par la difficulté d'une réalisation satisfaisante et monnayable du portrait au daguerréotype que par les autres causes que j'ai pu lister dans des articles précédents : 

- une carence documentaire : journaux non conservés, non numérisés ou ne rendant pas compte des photographes de passage ; rare recours à la petite annonce par les photographes ; épreuves exposées et affichettes distribuées non conservées ;

- une profession de "daguerréotypeur" non signalée dans les recensements de 1841, au profit de la profession principale déjà exercée : opticien, peintre, graveur, lithographe, ingénieur, horloger, quincaillier...

L'année 1841 apparaît comme une année de transition, grâce à une réalisation facilitée des portraitsCependant, c'est surtout à partir de 1842 que l'on peut observer une multiplication de traces documentaires attestant la présence, en province, de portraitistes itinérants mais aussi de portraitistes résidents : articles, petites annonces, épreuves conservées avec leur étiquette, dépôt de brevets, annuaires puis recensement de 1846.