mardi 28 juillet 2026

1480-HYÈRES (VAR) EN 1854 : TEXTES DE L. D'AUNET ET O. TASCA


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS

 

- BALDUS Édouard Baldus (1813-1889) et/ou DE ROSTAING Henri Charles Emmanuel (c.1826-1885), 
Vue de Hyères, vers 1856,
Archives nationales de Hongrie.



"HYÈRES"

UN ARTICLE DE LÉONIE D'AUNET (1820-1879), ÉCRIVAIN ET JOURNALISTE,

PARU DANS LA PRESSE DU 18 FÉVRIER 1854



"L'an dernier, je quittais Hyères; un délicieux pays, trop peu vanté, où malades et touristes ne vont chercher que le soleil et où ils trouvent tout : depuis la campagne la plus pittoresque jusqu'à la vie la plus élégante.

Hyères, pour les antiquaires, c'est l'ancienne Pomponiana des Romains ; pour les malades, c'est la vallée bénie où l'air est toujours tiède et sain ; pour les voyageurs, c'est un coin de la Provence, à peu près inconnu, dont on n'a lu le nom que sur des ordonnances de médecin et dont on a pris peur pour cela même.

Hyères est pourtant une petite ville à part et piquante ; à moitié dans la sauvagerie, à moitié dans la fashion. Lorsqu'elle était fortifiée, elle se dressait fièrement sur la crête de sa montagne, au milieu des rochers, et ce n'aurait pas été petite besogne que de dénicher ce nid d'épervier.

An moyen âge, elle a hasardé quelques églises à mi-côte, et plus tard le seizième et le dix-septième siècles ont bâti des maisons autour des églises. Depuis cent ans, Hyères ne cesse de se laisser glisser sur la pente de sa colline ; si elle continue, dans peu on la verra se répandre dans la grande plaine qui la sépare de la mer.

A l'heure où je parle, la ville présente encore trois zones fort distinctes :

- La zone inférieure, celle où débarquent les malades et les voyageurs ; rues unies, horizontales, maisons blanches à persiennes vertes ; à chaque instant, de charmantes femmes, à tournures parisiennes ou à tournures anglaises, vêtues de velours et de satin ; des calèches à livrées et des escargots de lorette comme au bois de Boulogne ; des passans parlant français, anglais, allemand, italien ; le soir, les fenêtres répandant au dehors la clarté des bougies et la mélodie d'une polka nouvelle, et dans la place le gaz éclairant et étonnant les palmiers.

- La zone moyenne : zig-zags rues en pentes cailloutées, tortueuses, quelques-unes ayant le caractère architectural ; la rue des Porches, par exemple, sombre passage percé sous les anciens remparts, et qui serait un tunnel si, çà et là, de larges coupures interrompant les voûtes ne vous montraient brusquement la ciel. Là, on rencontre les bourgeoises du pays, graves, importantes, coiffées de dentelles et habillées de soie unie ; on voit les artisanes travailler en chantant sur le pas des portes. 

Adieu l'anglais, l'allemand, l'italien ; le français même a disparu le patois règne ; un patois sincère et bruyant qui nous attaque énergiquement les oreilles ; plus de coupé, la chaise à porteur ; plus de calèche, la vinaigrette ; le réverbère qui est au gaz ce que la menarchie est à la démocratie, une lumière moindre, une lumière pourtant, guide seul le soir le passant attardé. Après neuf heures, tout volet est fermé derrière le balcon de fer.

Cette zone moyenne est la plus étendue, la plus peuplée ; elle renferme : la Maison-de-ville, les églises, la promenade, la poste, le marché ; elle est, à proprement parler, la vraie vieille petite ville.

- Au dessus, c'est le bourg gothique, qui se meurt. De grands arceaux isolés où se sont blotties des cabanes faites avec les rochers de la colline et les pierres des églises. Là, les pentes sont devenues des escarpemens ; on sent la montagne sous la ville ; les rues sont des escaliers, de véritables escaliers à larges marches. Pour habitans, quelques pauvres familles de bergers surtout et des chevriers ; partout la solitude, pas un promeneur ; force chats et force chèvres ; çà et là un mulet qui grimpe secouant des grappes de grelots, et, dans le coin des murs, dans les angles d'ombre que jettent les pans de ruines, des enfans ébouriffés et halés jasant au milieu des poules.

Leur babil mêlé au bavardage des commères poules est inintelligible, sauvage et charmant ; on ne sait même plus si c'est encore du patois. De distance en distance, dans les profondeurs de quelque baie ogivale, autrefois porte de forteresse, aujourd'hui porte de chaumière, on aperçoit une vieille femme qui file. Une parque. Au coin des carrefours, d'énormes aloës, des cactus épineux, toutes sortes de végétaux bizarres, hérissés et féroces. 

Le soir, sitôt le soleil couché, silence partout ; pas une lueur ; les enfans et les hirondelles, les chouettes et les vieilles femmes dorment dans leur trou de pierre. Ni un bec de gaz, ni une lanterne, ce n'est plus la démocratie, ce n'est plus la monarchie, c'est la féodalité. Nuit profonde. Jean Paul voyait le monde dans une goutte d'eau, il me semble que je suis pardonnable de le voir dans une petite ville ; pour moi, Hyères est un symbole complet.

La ville d'en haut, c'est la ville morte, c'est autrefois. La ville du milieu, c'est la ville vivante ; c'est aujourd'hui. La ville d'en bas, riche, harmonieuse, cosmopolite, radieuse la nuit comme le jour : c'est l'avenir.

Au dessus de toutes trois se dresse la crête de la montagne, dont la nature de Dieu a repris possession. Quelques assises des vieux remparts romains et du premier château, enfouis dans les hautes broussailles, voilà ce qu'on a à ses pieds : la pointe de Porquerolles, l'ermitage de Belle-Coste, les douces pentes d'Almemarre [Almanarre], trois ou quatre vallées demi-ouvertes, comme des corbeilles pleines d'olives et d'orangers, toutes les maisons de la ville coiffées de leurs tuiles rouges regardant curieusement, par dessus la tête les unes des autres, les trois lles d'Hyères et au loin la mer immense et bleue ; voilà ce qu'on a sous les yeux.

Hyères, soit dit en passant, possède un des meilleurs hôtels connus : l'Hôtel des Iles d'or, très capable de donner la main à l'hôtel des Princes de Paris, par dessus toutes les auberges de France".



- BALDUS Édouard Baldus (1813-1889) et/ou DE ROSTAING Henri Charles Emmanuel (c.1826-1885), 
Hyères, L'Hôtel des Îles-d'Or [ouvert en octobre 1849], vers 1856,
Archives nationales de Hongrie.



"HYÈRES, LE 28 MAI 1854"

UN ARTICLE D'OTTAVIO TASCA (1795-1872), PATRIOTE ET POÈTE LOMBARD,

PARU DANS LA GAZETTE DU MIDI DU 31 MAI 1854



"Qui n'a vu la ville d'Hyères une fois dans sa vie, qui n'en a du moins entendu parler ? Hyères, la grande maison de santé de notre Europe valétudinaire ; la ville à deux faces comme le vieux Janus, sombre et antique matrone sur la montagne, jeune et riante fiancée dans la plaine ! 

Malgré l'oïdium qui a frappé de stérilité ses riches vignobles, malgré cet autre mal nouveau qui, en quelques années, a détruit les orangers naguères l'orgueil de ses jardins, Hyères et ses environs offrent toujours des trésors de richesses naturelles, qui n'ont rien à craindre des phénomènes atmosphériques et géologiques si funestes à ses richesses artificielles. 

Son beau ciel n'a rien perdu de sa lumineuse sérénité, sa mer d'azur ne charme pas moins les regards, et les fléaux qui ont frappé ses campagnes n'ont pas diminué le concours des étrangers qui, au milieu de leurs souffrances physiques, ont du moins le bonheur de posséder ce talisman que les philosophes de l'école cynique appelaient le vil métal et que nos contemporains nomment tout simplement l'or ou les écus ; précieux talisman, qui, empruntant la forme des meilleures lettres de recommandation, celles de crédit, offre à la richesse infirme une ressource précieuse, impitoyablement refusée au pauvre, celle d'échanger les tempêtes, les frimas, le sol glacé, les mélèzes saupoudrés de givre et le ciel tonjours gris du Nord contre le doux climat, le bienfaisant soleil du Midi et la verdure inaltérable des pins, des myrtes et des oliviers provençaux. 

Les moyens de donner cours à ce talisman, sous ses diverses formes, ne sont que trop multipliés, sans doute; mais, après tout, mieux vaut encore, à mon avis, faire passer en détail son trésor dans le tiroir de M. Brun, à l'hôtel des Iles-d'Or, ou dans celui de M. Vidal, à l'hôtel de l'Europe, que de l'ensevelir dans les gouffres de l'Euripa, comme le fit sutrefois le thébain Gratès qui, s'il vivait de nos jours, eût certainement obtenu de f'opinion publique, non pas une niche su temple de l'immortalité, mais une cellule à Charenton. Le mépris des richesses est très poétique assurément ; mais je voudrais la pratiquer comme Sénèque le philosophe qui, tout en disant pis que pendre du vil métal, avait toujours dans son coffie-fort ou dans son portefeuille quelques millions de sesterces en belle monnaie ou solides contrats.

Sans avoir l'honneur d'appartenir à l'aristocratie poitrinaire, mais frappé d'une de ces maladies morales qui déchirent l'âme et minent lentement l'existence, moi aussi, je suis venu, depuis quelques années, habiter cette ville qui est pour moi comme une autre patrie, et, de même que les personnes attaquées d'un mal physique y trouvent un soulagement dans la lumière du soleil et la douceur de l'atmosphère, j'ai puisé mes consolations dans le caractère hospitalier des habitans. 

Á un pauvre exilé, il ne fallait pas moins que la beauté de cette contrée et la courtoisie de ses enfans pour lui rendre quelque chose de la patrie absente, pour alléger les douleurs d'une honorable, mais longue et pénible séquestration. Hélas ! à l'exilé seul il appartient de sentir toute la portée morale de cette loi de la vieille Rome qui, dans la graduation des peines, plaçait l'exil au-dessus de la mort (1).

(1) L'auteur de cet article, M. le comte Octave Tasca, exilé de la Lombardie en 1848, est très connu en Italie par ses principes de liberté modérée et par des écrits devenus populaires.

Familiarisé depuis longtemps avec tous les recoins de la vieille cité Olbienne et de son riant territoire, j'aime à venir en aide aux étrangers chez qui le cœur et l'esprit sont à la hauteur des beautés que la nature et l'art offrent à l'envi dans cet heureux coin de terre. En leur montrant, en leur expliquant avec détail tout ce qui présente ici quelqu'intérêt, en me constituant leur Cicerone volontaire et officieux, il me semble que j'acquitte une dette de reconnaissance envers la ville hospitalière.

Fidèle à mon système, et par un de ces splendides soleils qui répandent sur les hivers d'Hyères un éclat, une tiédeur, un parfum que la nature a refusés aux plus beaux printemps du nord, je m'étais, il y a quelque temps, offert pour guide à des Anglais qui, aux manières loyales et tant soit peu cavalières de leur nation, joignaient beaucoup de savoir et d'intelligence. 

Je fis avec eux ma première station sur la grande place, qui, par ses changemens multipliés de noms, rappelle, comme tant d'autres en France, les nombreux gouvernemens qui se sont, depuis soixante et quelques années, succédé dans ce pays, comme pour démontrer invinciblement, et surabondamment hélas, l'instabilité, la caducité des institutions humaines. Et pourtant chaque fois qu'un parti vainqueur donnait à cette pauvre place d'Hyères un nom nouveau, témoignage de son triomphe, il croyait le lui imposer jusqu'à la consommation des siècles ! Vanitas vanitatum et omnia vanitas

Les révolutions politiques, si fréquentes sur le sol français, ne ressemblent pas mal à ces changemens de forme que la mode impose aux chapeaux des dames. Suivant les caprices de la volage déesse, cette partie si importante de la toilette féminine successivement retrécie ou évasés, enrichie ou simplifiée, embellie ou enlaidie par les mains savantes des modistes, finit, après un certain laps de temps et de rapides séries da métamorphoses, par revenir, plus ou moins, à la forme première, point de départ de ce cercle capricieux. 

J'invitai ma petite caravane à visiter avant tout l'église paroissiale.

Je mets au défi le plus fanatique de nos amis les musulmans, le plus glacé de nos ennemis les athées, d'entrer dans ce temple sans éprouver une émotion religieuse, qui deviendra bientôt artistique s'il y a chez eux ombre de goût. Comme tout ce qui est naïvement sublime, če monument, qui marque la transition du plein cintre à l'ogive, impose par la simplicité de son architecture, la nudité même de ses murs, la régularité de ses lignes, la solidité de sa construction. Le bon sens des administrateurs hyérois a sauvé ces pierres antiques de l'outrage du badigeon, de ce sacrilege artistique. si commun dans les vieilles églises françaises, et qu'on ne pourrait comparer qu'à l'acte d'un fou qui, ayant à sa montre une châine de l'or le plus pur, irait la faire argenter par le procédé Ruolz.

Ce fut dans cette église que St-Louis, le martyr de la chevalerie religieuse, revenu de sa première croisade et débarqué près d'Hyères après une traversée longue et périlleuse, vint se prosterner devant Dieu pour le remercier de sa délivrance et de son retour.

Quand mes Anglais eurent payé leur tribut d'admiration à cette construction noble et sévère du XII siècle, nous revînmes sur la place et je leur montrai les deux monumens qui, d'une extrémité à l'autre, se regardent, pour ainsi dire, face à face, comme étonnés d'être sur un même terrain ; d'un côté c'est la statue de Charles d'Anjou ; de l'autre, le buste de Massillon, deux renommées d'un genre bien opposé : l'un, dur et menaçant comme l'époque qu'il représente ; d'autre, paisible et doux comme une étoile du siècle d'or de la littérature française. D'un côté, l'outrecuidance du glaive et la conquête par la force brutale ; de l'autre, la puissance de la parole et le triomphe de la vérité par la persuasion ; là le régime féodal à son apogée, ici la civilisation dans un de ses plus larges progrès.

Mes Anglais etaient des hommes trop instruits pour ignorer l'existence des deux personnages historiques représentés par ces monumens ; mais leurs sympathies étaient pour l'orateur, bien plus que pour le guerrier. Il y avait parmi eux deux ministres protestans pour qui l'éloquent évéque de Clermont était une vieille connaissance ; ils avaient lu ses œuvres, et leur admiration pour l'auteur se traduisait chez eux en une vénération sincère ; tant la vertu réelle a de pouvoir sur le cœur et l'esprit des hommes malgré la diversité des opinions et des cultes religieux.

Monsieur, me dit un des deux ministres, Massillon n'était-il pas né à Hyères ? Oui monsieur, et si vous tenez voir sa maison et même la chambre où il est né, j'aurai le plaisir de vous y conduire.

Aussitôt dit, aussitôt fait; nous gravîmes la vieille cité par la rue qui porte le nom du célèbre orateur et, après avoir tourné le donjon monumental de l'Hôtel-de-Ville, ancienne salle du chapitre des Templiers, j'introduisis mes étrangers dans la modeste maison but de notre promenade, et qui est aujourd'hui la demeure et la propriété d'un honorable citoyen d'Hyères.

La chambre où naquit Massillon est, comme toutes celles à l'usage d'une famille bourgeoise dans ce pays, simple et décente : elle n'est distinguée des autres, elle ne reçoit un cachet particulier que des deux inscriptions suivantes ; l'admiration de deux visiteurs les fit, à des époques différentes et éloignées, enchâsser dans les parois opposées de cette pièce, et mes Anglais, suivant la louable coutume des touristes de la Grande-Bretagne, s'empressèrent de les transcrire sur leurs catepins :

1re inscription.

PETIT CARÊME. Multi vocati pauci vero electi

Sublime enthousiasme de son auditoire. 

Paroles de Louis XIV à Massillon, décédé le 28 septembre 1742.

"Mon père, j'ai entendu plusieurs grands orateurs; j'en ai été fort content ; pour vous, toutes les fois que je vous ai entendu, j'ai été très-mécontent de moi-même".

"Déposé par M. Saint-Bonnet en signe de vénération. Juillet 1825".


2e inscription.

"Le vertueux et immortel évêque de Clermont, Jean-Baptiste Massillon, membre de l'Académie française, reçut le jour dans cette chambre le 24 juin 1663".


Après avoir remercié la maîtresse du logis, qui se prête avec une grâce parfaite à satisfaire la curiosité des visiteurs, nous descendîmes de la ville antique...".




samedi 25 juillet 2026

1479-LOUIS TROUIN, PHOTOGRAPHE À TOULON, DRAGUIGNAN ET PARIS

 

 SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS




LOUIS TROIN/TROUIN (1833-1885)



AUPS


Louis Hippolyte Troin (sic) est né à Aups (Var), le 19 août 1833 (non, erreur de transcription, il s'agit du 19 septembre 1833). Il est le fils de Denis Louis Troin, tourneur sur bois (né le 17 février 1791 à Aups), et de son épouse Marie Michel (née le 25 mars 1793 à Taradeau, Var), qui se sont mariés à Aups, le 13 avril 1817 *.

* Le père, Denis Louis, dont l'acte de naissance n'est pas conservé, est dit "Trouin" dans l'acte de son mariage en 1817 mais"Troin" dans l'acte de naissance de son fils en 1833.


TOULON


Le 10 août 1859, Louis Troin (fils), coiffeur à Toulon, âgé de 25 ans (son père est consentant par acte notarié et sa mère est décédée à cette date), épouse dans cette ville, Louise Baptistine Boulle, tailleuse, âgée de 17 ans (née à Toulon le 8 mars 1842 - fille de Jean André Boulle, forgeron et de Marie Elisabeth Goujon).

Le couple va avoir deux enfants mais le 20 juillet 1863 et le 20 janvier 1865, leurs fils naissent malheureusement sans vie.

Les actes de décès qualifient Louis Troin "d'ouvrier photographe" en 1863 puis de "photographe" en 1865 et son épouse est dite sans profession en 1863 puis accoucheuse en 1865.

Louis Trouin a donc délaissé la carrière de coiffeur pour celle de photographe entre l'été 1859 et l'été 1863, sans que l'on sache chez qui il s'est formé et chez qui il est désormais employé (Pierre Malacrida, Eugène de Paris ?).

Il fait cependant paraître, en juin 1864, une annonce où il se présente sous le nom de "M. Trouin" (réintroduisant le "u" dans son nom d'artiste), "Photographe de Paris" (où il semble avoir complété sa formation), venant de s'installer rue des Boucheries, 23.


- Annonce parue dans Le Toulonnais du 2 juin 1864,
Archives départementales du Var.



Le couple Troin quitte Toulon dès la fin de l'année 1865.



DRAGUIGNAN


À partir du 10 décembre 1865, il fait paraître, dans Le Var, une publicité pour son nouvel atelier de Draguignan (Var).

L'adresse est celle du Grand Bazar de la Maison Mairemengin/Maire-Mengin, allées d'Azémar, 7 bis, où il succède à "une demoiselle [dont le nom n'est pas précisé], élève de nos premiers photographes", encore citée fin octobre 1865 (Le Var du 25 octobre 1865).

Il se présente, en tant que "Louis Trouin, élève et représentant de Pierre Petit", titulaire de la "Grande Photographie des Deux Mondes".


- Annonce parue dans Le Var (Draguignan) du 10 décembre 1865 au 12 juillet 1866,
Archives départementales du Var.


- Verso d'une carte de visite de Louis Trouin à Draguignan, vers 1866.



Le 12 juillet 1866 voit la dernière parution de l'annonce pour son atelier et Louis Troin et son épouse sont cités, le même mois, dans le recensement de la ville, allées d'Azémar, 7 bis :

- "Troin, Louis, Photographe, marié, 36 ans [32 ans] - Boulle, Louise, accoucheuse, mariée, 24 ans".

Le couple semble cependant quitter la ville peu après l'été, le photographe Auguste Chabrier prenant la suite de l'atelier à la fin de l'année 1866, et se revendiquant à son tour, "élève et représentant de Pierre Petit" (voir la biographie d'Auguste Chabrier, sur le site d'Hervé Lestang, Portrait Sépia).



PARIS


C'est à Paris que Louis Trouin et son épouse semblent dès lors s'installer, même si la première trace retrouvée ne date que de 1870.

En effet, le 21 janvier 1870, le couple a un nouvel enfant, "Joseph Ange Troin", qui naît rue Rochechouart, 37 (rue Marguerite-de-Rochechouart, dans le 9ème arrondissement).

Malheureusement, "Joseph Ange Trouin (sic)", décède peu avant ses cinq mois, le 17 juin 1870.

Dans les deux actes de naissance et de décès, Louis Troin/Trouin est toujours dit "photographe". L'acte de décès cite également, comme témoin, "Léon Wauquier, 29 ans, photographe, rue des Fermiers" (17ème arrondissement).

Aucun autre preuve de l'activité parienne de Louis Trouin n'a pu être retrouvée.

C'est le remariage à Toulon, le 5 décembre 1891, de Louise Baptistine Boulle, accoucheuse, âgée de 49 ans, avec Jules Joseph Thomas, chef de musique d'infanterie de marine, architecte, chevalier de la Légion d'Honneur, 63 ans (né à Saint-Dyé, Loir-et-Cher), qui révèle le décès de "Louis Hippolyte Troin, de son vivant photographe, domcicilé à Paris, y décédé le 14 [mois non précisé] 1885", âgé d'environ 42 ans.

Cet acte de décès n'a cependant été retrouvé dans aucun des arrondissements parisiens, que ce soit au nom de "Troin" ou de "Trouin".

À ce jour, aucune photographie de ses ateliers toulonnais et parisien, ne semble connue.




mardi 21 juillet 2026

1478-LES ATELIERS DE PHOTOGRAPHES CITÉS DANS "LE TOULONNAIS"

 

 SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- Manchette du journal Le Toulonnais (Toulon),
Archives départementales du Var.



LES PHOTOGRAPHES CITÉS DANS "LE TOULONNAIS"

(1839-1869)



INTRODUCTION


Le journal du milieu du XIX° siècle le mieux conservé de la ville de Toulon est Le Toulonnais, malgré quelques années manquantes (Archives départementales du Var et BnF).

Le dépouillement de ce journal a permis de relever un certain nombre d'ateliers temporaires ou pérennes de photographes. Leurs noms ne se recoupent pas toujours avec ceux relevés dans les registres de recensement de la même période.

Cependant, il n'est pas certain que Le Toulonnais ait été le journal favori des photographes pour y faire paraître leurs publicités. En effet, aucun article concernant l'invention du Daguerréotype (année 1839 manquante), les progrès de la Photographie ou ses usages n'est présent dans Le Toulonnais avant 1861.

Le terme de "Daguerréotype" n'y apparaît qu'à partir de 1841, celui de "stéréoscope" qu'à partir de 1858 et celui de "photographie" qu'à partir de 1859, à l'occasion de la présentation de photographies reproduisant "de belles gravures", lors de l'Exposition de la Société des Beaux-Arts du Var.

La première annonce concernant la cession d'un local pour la photographie n'intervient qu'en 1859. La vente d'appareils photographiques ou de fournitures n'est évoquée qu'à partir de 1859 également et, le plus souvent, en relation à des fabricants et revendeurs parisiens. 

Quant à la vente, chez les libraires et relieurs toulonnais, de photographies de marine et de vues de la localité, comme de cadres ou d'albums pour cartes de photographie, il faut attendre l'année 1861 pour en trouver la première mention.

Seuls 18 noms officiant à Toulon, qualifiés individuellement de "photographe", ont pu être relevés en 30 ans. 

Les mêmes noms n'ont pas été retenus dans la liste ci-dessous lorsqu'ils ont été accostés de leur profession principale, comme Malacrida, "opticien", Secrétan, "tourneur" ou encore, Platel, "horloger".



LES PHOTOGRAPHES RELEVÉS DANS LE TOULONNAIS (publicités et souscriptions 1839-1869)


1839 : Année non conservée du journal.

1840 : Aucun atelier toulonnais de photographe n'est cité.

1841 : ANONYME (GARCIN), atelier temporaire, rue des Chaudronniers, 36, chez M. Gaudran, pharmacien.

           GARCIN, atelier temporaire, rue des Chaudronniers, 36, chez M. Gaudran, pharmacien.

1842 : ANONYME (GARCIN ?), atelier temporaire, rue des Chaudronniers, 36, chez M. Gaudran, pharmacien.

1843 : GIROUD FILS, atelier pérenne, sur le Port.

1844 : BOULLAND & PERRAUD, atelier temporaire, rue Lafayette, 48. 

           BOULLAND (seul), atelier temporaire, rue de l’Ordonnance, 1.

1845 : FINAUD & DESMONTS, de Marseille, atelier temporaire, rue Miséricorde, 12.

1846 : Aucun atelier toulonnais de photographe n'est cité.

1847 : BOULLAND, atelier pérenne (?), rue Royale, 55, en face l’hôpital de la marine.

           DEVISUZANNE, atelier pérenne, rue de la Miséricorde, 12.

1848 : Année non consultée du journal (version papier non numérisée, BnF).

1849 : Année non conservée du journal.

1850 : Aucun atelier toulonnais de photographe n'est cité.

1851 : Aucun atelier toulonnais de photographe n'est cité.

1852 : Aucun atelier toulonnais de photographe n'est cité.

1853 : MALACRIDA, atelier pérenne, rue des Chaudronniers, 12.

1854 : Année non conservée du journal

1855 : Aucun atelier toulonnais de photographe n'est cité.

1856 : DUFOUR, atelier pérenne, rue des Beaux-Esprits, 15.

           DEVISUZANNE, atelier pérenne, rue de la Miséricorde, 12.

1857 : Année non conservée du journal.

1858: GOURDEAU BILLARD, atelier temporaire, rue du Rempart, 1 bis, au 5e étage.

1859 : EUGÈNE DE PARIS, atelier pérenne, rue Neuve, 33.

           DEVISUZANNE, atelier pérenne (adresse non précisée).

1860 : Aucun atelier toulonnais de photographe n'est cité.

1861 : PERRAUD, de Marseille, atelier temporaire, rue Royale, maison du Télégraphe.

1862 : LEBRETON, atelier temporaire, cours Lafayette, 70, Maison du Moissonneur.

1863 : LEBRETON, atelier temporaire, cours Lafayette, 70, Maison du Moissonneur.

           EUGÈNE DE PARIS, atelier pérenne, place du Théâtre.

1864 : TROUIN, atelier pérenne, rue des Boucheries, 23, place des Orfèvres, maison Sauvan.

            EUGÈNE DE PARIS, atelier pérenne, place du Grand Théâtre et succursale boulevard Napoléon.

1865 : PLATEL, atelier pérenne (adresse non précisée).

           EUGÈNE DE PARIS, atelier pérenne (adresse non précisée).

1866 : PLATEL, atelier pérenne (adresse non précisée).

1867 : Aucun atelier toulonnais de photographe n'est cité.

1868 : DUFOUR, atelier pérenne (adresse non précisée).

           THAÜST, atelier pérenne, place St-Pierre, 1.

1869 : DUFOUR, atelier pérenne, rue Miséricorde, 12.

1870 : Aucun atelier toulonnais de photographe n'est cité.


- Étiquette de Devisuzanne, collée au revers d'un Portrait de femme, Toulon, vers 1850,
Daguerréotype, Collection privée, Belgique.


VOIR LES PHOTOGRAPHES RECENSÉS À TOULON DANS LA MÊME PÉRIODE




samedi 18 juillet 2026

1477-VICTOR PLATEL, HORLOGER-PHOTOGRAPHE À HYÈRES ET TOULON

 

 SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS




VICTOR PLATEL (1824-apr. 1887), HORLOGER-PHOTOGRAPHE



UZÈS


Victor Platel est né le 2 décembre 1824 à Uzès (Gard), rue du Petit Cours (actuelle avenue Gambetta). 

Il est le second et dernier enfant de François Platel, marchand horloger (né le 20 décembre 1796 à Seltz, Bas-Rhin) et de Marie Virginie Nogier (née le 21 mai 1801 à Nantes, Loire-Inférieure [Loire-Atlantique]), qui se sont mariés le 10 février 1819 à Grenoble (Isère) et porte le prénom de son oncle paternel.

Son frère aîné, Jean Baptiste Platel, est né, pour sa part à Grenoble (Isère), le 2 novembre 1819.

Le 28 novembre 1829, leur père, François Platel, décède malheureusement à Belley (Ain),, âgé de 32 ans. C'est le père de ce dernier, François Platel, horloger au Pont-de-Beauvoisin (Isère), 59 ans environ (né vers 1770, à Seltz, Bas-Rhin), qui signe l'acte de décès.

À cette date, les enfants Platel, Jean Baptiste et Victor, ont respectivement 10 et 5 ans.



MARSEILLE


Dans les années 1840, au plus tard, la veuve Platel et ses deux enfants partent s'installer à Marseille (Bouches-du-Rhône) rue de l'Armény, 4.

Le fils aîné, Jean Baptiste Platel, horloger, âgé de 24 ans, se marie dans cette ville, le 28 octobre 1845, avec Agnès Anne Philippine Roustan, marchande de modes à Marseille, âgée de 24 ans (née le 2 janvier 1820 à Solliès-Toucas, Var), fille de Claude Philippe Roustan, ancien marchand papetier, et d'Anne Verson (leurs enfants vont naître à Marseille entre 1847 et 1858).

Sept ans plus tard, le 24 janvier 1852, Victor Platel, âgé de 27 ans, horloger (comme son grand-père paternel, son père et son frère - qui est son témoin de mariage), épouse à Marseille la soeur de sa belle-soeur, Claire (dite "Clara") Marie Baptistine Roustan, modiste à Marseille, 29 ans (née le 25 novembre 1822 à Belgentier, Var).

Le couple va avoir deux enfants à Marseille, Philippe Marie Albert, qui naît le 15 octobre 1852 et Eugène Aristide Platel, le 24 décembre 1853.

L'Annuaire-almanach du Commerce, Firmin-Didot frères de 1859 (p. 1456) cite, parmi les horlogers marseillais, "Platel et Cie, rue Canebière, 22" ; il s'agit de l'adresse du domicile de son frère Jean Baptiste (recensements de 1851 et de 1856) mais peut-être travaille-t-il avec lui.



HYÈRES


À la fin des années 1850, la famille de Victor Platel quitte Marseille pour Hyères (Var).

Le recensement de 1861 (printemps-été) de cette ville cite, route Impériale :

- "Platel, Victor, horloger, ch. de mge [chef de ménage], marié, 36 ans ; Roustan, fe [femme] Platel, Clara, sa femme, mariée, 30 ans [38 ans] ; Platel, Albert, leur fils aîné, célibataire, 8 ans ; Plate, Aristide, leur fils cadet, célibataire, 7 ans ; Corneau, Eugène, ouvrier horloger, célibataire, 19 ans".

Victor Platel se présente désormais comme horloger-photographe. Il s'est formé à la photographie (à Marseille ou Paris ?), dans la seconde moitié des années 1850 au plus tard.


- Publicité pour l'atelier de Victor Platel, parue dans l'ouvrage 
d'Amédée Aufauvre, Hyères et sa vallée, Paris, Hachette, 1861, p. 256,
Paris, BnF (Gallica).



Victor Platel participe, à Paris, à la Quatrième Exposition de la Société Française de Photographie de 1861 (1er mai-31 août) où il présente huit photographies.


Catalogue de la Cinquième Exposition de la Société Française de Photographie, Paris, 1861, p. 42,
Paris, Collection de la Société Française de Photographie.



Le fait que Victor Platel expose, au-delà des vues de sa ville, des photographies animalières, laisse penser que c'est lui qui participe, la même année 1861, à l'Album de photographies de la meute de chiens du baron de Le Couteulx de Canteleu (château de Saint-Martin à Étrépagny, Eure), commandé aux photographes parisiens Léon Crémière et Erwin Hanfstaengl.

Victor Platel participe ensuite à la Cinquième Exposition de la Société Française de Photographie de 1863 (1er mai-31 août) où il présente une seule photographie, un portrait.


- Catalogue de la Cinquième Exposition de la Société Française de Photographie, Paris, 1863, p. 38,
Paris, Collection de la Société Française de Photographie.




Victor Platel est donc, tout à la fois un photographe paysagiste, portraitiste et animalier. Les rares cartes de visite conservées de son activité à Hyères, sont uniquement des portraits (mais des retirages de vues de Hyères seront par la suite effectués à Toulon). Elles affichent :

- à l'encre noire, au recto, "Vor Platel, Phot. - - Hyères (Ver) [Var]", 
et au verso, "PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE, (texte convexe) - Vor PLATEL - Photographe De Paris - HYERES, (Var)".

La mention de la ville de Paris est-elle liée à son lieu de formation à la photographie ou bien à ses participations aux Expositions parisiennes ? 





Fin 1863, Victor Platel quitte la ville de Hyères pour s'installer à Toulon (Var).



TOULON


La présence du photographe est signalée à Toulon dès le tout début de l'année 1864, dans le journal satirique de la ville :

- "La photographie fait pour deux francs, (Eugène et Platel en sont les preuves), des merveilles de ressemblance..." (Démocrite des 16 janvier et 13 février 1864 ; Paris, BnF, Gallica).

Son atelier est situé à l'angle de la rue Roche, 17, et de la rue de Lorgues, 16.

Fin 1865 et début 1866, Victor Platel fait paraître une longue série de publicités, dans Le Toulonnais.

La première paraît du 21 octobre au 28 novembre 1865, suite à l'épidémie de choléra qui a touché la ville depuis le milieu du mois de septembre.


- Publicité parue dans Le Toulonnais du 21 octobre au 28 novembre 1865,
Archives départementales du Var.



La deuxième publicité paraît, à l'occasion des étrennes, en accord avec l'imprimerie du journal, dès le 23 décembre 1865 et perdure jusqu'au 6 mars 1866.


- Publicité parue dans Le Toulonnais du 23 décembre 1865 au 6 mars 1866,
Archives départementales du Var.



Le recensement de la ville de Toulon de 1866 (printemps-été) cite la famille rue Roche, 17 :

- "Platel, Victor, Photographe, marié, 41 ans - Roustan, Clara, son épouse, mariée, 36 ans [43 ans] - Platel, Albert, leur fils, célibataire, 14 ans [13 ans] - Platel, Aristide, idem, célibataire, 12 ans - Perrone, Joséphine, domestique, célibataire, 40 ans". 

Victor Platel fait paraître une nouvelle publicité de juillet à octobre 1866, cette fois dans les Annonces marseillaises.


- Publicité parue dans les Annonces marseillaises du 12 juillet au 11 octobre 1866,
Paris, BnF (Gallica).



Les photographies conservées de Toulon, au-delà de quelques vues de Toulon et de Hyères, montrent essentiellement des portraits. Ces derniers sont présentés en pied (parfois au-devant d'un fond peint de paysage), coupés aux genoux ou bien en buste sur fond nuagé, au format carte de visite ou, plus exceptionnellement, au format cabinet ("Portrait-Album").

Les cartes de visites affichent :

- à l'encre noire, au recto, "Vor PLATEL, Phot.", 
et au verso, "PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE (texte convexe) - Vor PLATEL - Photographe De Paris . - TOULON ." (vers 1863 ?).

- à l'encre noire ou de couleur (rouge, brun-rouge, vert, bleu, violet), au recto, avec souvent la présence d'un liseré de même couleur que le texte, "TOULON, Rue Roche, 17" 
ou "TOULON. V.P. [initiales du photographe] Rue Roche 17." (une carte de visite de ce type est datée de "septembre 1864"), 
et au verso, le texte suivant précédé des armoiries du Second-Empire, "PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE (texte convexe) - Vor PLATEL - Photographe De Paris - TOULON".

- à l'encre noire ou de couleur (rouge, brun-rouge, vert, bleu, violet), au recto, avec souvent la présence d'un liseré de même couleur que le texte, "Vor PLATEL, Phot." (une carte de visite de ce type datée de "septembre 1865"),
ou "Vor PLATEL PHOT. Rue Roche 17."
ou encore "Vor PLATEL. PHOT.", traditionnellement en bas à gauche du format ou, plus exceptionnellement, en bas à droite,
et au verso, sous le blason de la Ville de Toulon, "PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE (texte convexe) - Vor PLATEL - Photographe De Paris - TOULON".

La raison de la présence des armoiries du Second-Empire, vers 1864, reste inconnue (brevet impérial ?) et leur remplacement, dès 1865 par le blason de la ville, interroge davantage encore.
 
Sans la conservation de cartes de visite datées de façon manuscrite, il aurait été logique de penser que celles qui présentaient les armoiries du Second-Empire dataient des années 1864-1870 et celles qui affichaient le blason de la ville étaient postérieures à la chute du Second-Empire, vers 1871. 







Le seul format cabinet connu présente :

- au recto, encadré d'un liseré vert, le texte suivant à l'encre rouge, sur deux lignes : "Portrait [avec l'initiale enluminée] - - VP [monogramme des initiales enluminées et entrecroisées du photographe, qui traverse les deux lignes] - - Album [avec l'initiale enluminée]" et, en-dessous, "V . PLATEL, PHOT - - 17 , Rue Roche" (vers 1868-1871 ?).

Il existe également quelques vues stéréoscopiques, sur carton de couleur rouge-orangé, conservées de la période toulonnaise mais ces dernières révèlent une série sur Nice (Alpes-Maritimes). Elles présentent, au recto, le texte suivant, perpendiculaire aux images :

- à gauche, "LES BORDS DE LA MÉDITERANNÉE", avec en-dessous, "NICE . (Alpes-Maritimes),
et, à droite, "VICTOR PLATEL . PHOTOGRAPHE", avec en-dessous, "TOULON . Rue Roche, 17.".

Ces vues niçoises peuvent être datées assez précisément de fin 1867-début 1868, du fait de l'étude des architectures représentées.

Victor Platel semble quitter Toulon, pour Paris, entre 1868 (Martin Pinon, Annuaire de tous les rites de la la Maçonnerie française et étrangère, 1868, p. 352) et 1872 (absent du recensement de Toulon de cette année-là).



PARIS


A Paris, la famille Platel réside dans le 3ème arrondissement, rue Debelleyme, 37. Elle n'est signalée à cette adresse, qu'à l'occasion du mariage du fils aîné.

Philippe Marie Albert, horloger, âgé de 24 ans, en présence de son père, horloger, et de sa mère, sans profession, épouse le 6 février 1877, à la mairie du 3ème arrondissement de Paris, Marie Julie Billioen, couturière, 24 ans (née le 12 mai 1852 à Paris).

Victor Platel exerxe-t-il encore l'activité de photographe ? 

L'ancien atelier de son grand-père paternel, situé en Isère, dans la commune du Pont-de-Bonvoisin, rue du Pont (en a-t-il hérité ?) est, pour sa part, toujours actif.

"M. Platel, fils, horloger-bijoutier dont le magasin a toujours été parfaitement tenu de père en fils depuis plus d'un siècle (...). Maison de confiance occupant un ouvrier et possédant une nombreuse clientèle" (Feuille d'avis de Chambéry et d'Aix-les-Bains du 30 octobre 1880 ; Paris, BnF, Retronews).

Alors que son fils Albert reste à Paris, Victor Platel, probablement suite au décès de son épouse Clara Roustan (acte de décès non retrouvé), quitte la ville, avec son fils cadet Aristide, entre 1877 et 1887.



MARSEILLE


Victor Platel regagne Marseille où vit et travaille toujours son frère Jean Baptiste. 

Ce dernier a eu des soucis financiers (faillite du 23 mai 1879) et des soucis personnels (cible d'un coup de feu le 28 janvier 1886) mais s'en est remis et tient désormais une boutique d'horlogerie-bijouterie, rue de la République, 23.

Eugène Aristide Platel, horloger, âgé de 33 ans, fils de Victor Platel, horloger, avec qui il demeure rue Desaix, 1, et de feue Claire Marie Baptistine Roustan, épouse à Marseille, le 28 juin 1887, Marie Joséphine Voirier, sans profession, 24 ans (née le 20 décembre 1862 à Marseille).

C'est la dernière mention relevée de Victor Platel. Il a alors 62 ans.

Son acte de décès n'a pas été retrouvé.




mardi 14 juillet 2026

1476-CHARLES BRAINNE, "LA VILLÉGIATURE D'HIVER Á NICE" (1858)


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- BALDUS Edouard (1813-1889) et/ou DE ROSTAING Henri Charles Emmanuel (1824-1885) 
Vue de Nice (prise du Vieux Château), vers 1854-1856, 
épreuve sur papier salé, Archives nationales hongroises.



Voici l'article de Charles Brainne (1825-1864), paru dans Le Constitutionnel du 8 avril 1858 (p. 3). Ce texte sera repris avec très peu de différences dans son ouvrage, Baigneuses et buveurs d'eau, Librairie Nouvelle, 1860 (pp. 17-34).


LA VILLÉGIATURE D'HIVER.

Nice.


"Il prit un jour fantaisie à un savant homme, à M. de Jussieu, d'allonger de plusieurs chants le Paradis perdu de Milton. Le botaniste glissa, dans les pages fleuries de ce poème éternel, ses vers aujourd'hui desséchés comme les plantes d'un herbier. Et cependant ii chantait Nice ! Il disait comment Adam et Eve, chassés du Paradis Terrestre, furent conduits par l'ange dans les campapnes de la Ligurie, dont le doux climat, la riche végétation, le site pittoresque leur rappelèrent l'Eden et devinrent pour eux une compensation à la perte de ce délicieux séjour. 

Voilà le prétexte qui fit donner au golfe de Nice le poétique surnom de Baie des Anges. S'il était permis de refaire la mythologie, je dirais plutôt que Nice est la fille du soleil. Les marins de ce littoral inventèrent jadis la marinette, fidèle amante du pôle nord. La boussole de Nice se tourne désormais vers le midi : c'est du midi que lui viennent la lumière, la chaleur et la fortune. Aussi voyez comme la ville est orientée de de manière à recevoir les premiers rayons de l'aurore et les dernières lueurs du crépuscule, les dernières caresses de l'automne et les premiers sourires du printemps ! 

Le soleil luit pour tout le monde, dit le proverbe; mais il a pour Nice et ses alentours des préférences toutes particulières ; il est la richesse de ce pays, comme le Vésuve est celle de Naples : l'industrie de Nice, c'est, comment dirais-je ? c'est l'héliomonopole ou l'exploitation du soleil. La ville devrait avoir, sur son écusson, comme armes parlantes, un thermomètre et un cadran solaire, sur champ d'azur.

Bade, Vichy, Ems, Spa sont des parcs d'été ; Nice est un jardin d'hiver: c'est là que s'épanouit, au tiède soleil de février, la fine fleur de l'aristocratie européenne. L'été, tout le monde fait de la villégiature à sa manière et selon ses moyens ; les uns vont à la campagne, les autres aux bains de mer; à Paris même, on a le bois de Boulogne : la nature vient au devant du citadin et lui prodigue l'air pur et les brises embaumées ; mais échapper au brumes de décembre, aux glaces de janvier ; braver la grippe, se chauffer au soleil, le jour, et danser, le soir, aux bougies ; savourer des primeurs en tout temps, cueillir des roses en toute saison, voilà les frais raffinemens [sic] du luxe et de l'élégance; voilà des plaisirs que peuvent seuls se donner les princes et les millionnaires, les phthisiques et les chroniqueurs, tous ceux qui font à Nice une saison d'hiver. 

On me l'avait toujours dit : la route qui mène au Paradis est semée de ronces et d'épines ! Il y a deux manières de se rendre de Marseille à Nice , mais l'une ne vaut guère mieux que l'autre. La voie de terre est desservie par des diligences qui mettent régulièrement de 25 à 30 heures pour faire 55 lieues. On est de plus obligé de prendre des vivres avec soi, sous peine de rester douze heures sans nourriture. Enfin, l'on court le risque de rencontrer des voleurs de grande route dans les gorges de l'Esterel ; c'est un avant-goût de l'Italie.

Et cependant, malgré ce programme peu attrayant, il est rare que les voyageurs qui sont allés par mer à Nice n'en reviennent pas par terre. Jugez par là des charmes de traversée. Deux compagnies de bateux à vapeur se disputent le privilège de transporter les voyageurs de Marseille à Nice, Elles rivalisent entre elles de lenteur et de malpropreté. Les colis et les bogages sont installés aux premières places, sur le pont, et servent de support aux Anglais des deux sexes qui sont sur mer comme chez eux, et font le voyage, ayant constamment sous les yeux une carte marine ou l'itinéraire de Bradshaw.

La traversée dure de douze à quatorze heures, à moins qu'un coup de mistral ou un détraquement dans la machine du steamer ne retienne le navire, pendant cinq ou six heures, en rade de Marseille. On part ordinairement le soir, ce qui, du moins, permet de jouir en mer du lever de soleil sur les cimes neigeuses des Alpes maritimes. C'est un admirable spectacle et qui manque rarement son effet. Le soleil dessine d'abord à l'horizon une marge dentelée de pourpre, puis, émergeant tout d'un coup, colore d'un rose vif les montagnes couvertes de neige et les rochers à pic du littoral. 

Ce panorama splendide console des lenteurs du voyage, el, comme on serre la côte de près, on peut saluer en passant le golfe Juan, où s'opéra le glorieux débarquement de l'lle d'Elbe, les blanches maisons de Cannes, le phare d'Antibes, les lles de Lérins, et embrasser d'un coup d'œil, à l'horizon, la baie en fer à cheval qui s'étend de l'embouchure du Var au promontoire de Monaco.

Nous devons, en passant un souvenir aux îles de Lerins. l'une d'elles s'appelle Saint-Honorat, l'autre Sainte-Marguerite. La légende provençale, plus poétique que celles de la Thébaïde, raconte que Marguerite et Honorat, la soeur et le frère, âmes éprises de solitude, avaient choisi ces deux îles pour retraite. On s'était imposé, comme règle austère, de ne se revoir chaque année qu'à l'époque de la floraison du cerisier. Mais Sainte-Marguerite, sentant le besoin de fortifier sa vertu à l'ombre de celle de son frère, pria Dieu avec tant de ferveur que, sur cette terre hénie, le cerisier fleurit tous les mois. Simple et touchante tradition !

Hélas! les îles où florissaient, au moyen-âge, les vertus mystiques des anachorètes, sont devenues une prison d'Etat. La légende du masque de fer a fait oublier celle de sainte Marguerite : les prisonniers arabes qui sont internés aujourd'hui dans cette prison, voilés de leurs burnous et les regards tournés vers la Meuque, semblent autant de fantômes et rappellent le temps ou l'île des Saints n'était habitée que par les moines de saint Benoît. 

Le pélerinage de Lérins a été longtemps célèbre dans les annales dévotes de la Provence. Toutes les grandes familles du pays avaient leur sépulture dans l'ile de Saint-Honorat. La révolution est venue : le monastère devint propriété nationale et fut adjugé à Mlle Alzéary-Roquefort, ancienne actrice de la Comédie-Française ; on profana les tombes ; on laissa se dégrader les édifices. Mais les archéologues sont venus depuis, qui ont sauvé les ruines de la destruction et les souvenirs de l'oubli.

Voici, au-delà d'Antibes, l'embouchure Var. Ce fleuve semble vouloir séparer encore la France de l'Italie en traçant un sillon jaunâtre au milieu des ondes bleues de la Méditerranée. C'est dans ce coin de mer, souriant et fleuri, que Nice est blottie, comme un nid de cygnes, image encore empruntée à la poésie des albums anglais. 

Le territoire de Nice commence à l'embouehure du Var, à la frontière de France. Tout le littoral, qui s'élève en pente douce au-dessus du golfe, est couvert de villas invariablement orientées vers le midi. Ce sont les Champs-Elysées et le bois de Boulogne de Nice, car ici, comme à Paris et à Londres, il n'est pas de bon ton d'habiter au coeur de la ville. 

Parmi les villas royales et princières de cette banlieue aristocratique, on cite la villa Bermond, entourée d'un magnifique bois d'orangers. L'impératrice douairière de Russie l'a habitée l'an dernier [d'octobre 1856 à avril 1857] et y a donné de charmantes fêtes. La villa Césoles [sic] est occupée cet hiver [depuis janvier 1858] par la grande-duchesse Stéphanie de Bade, qui, à son tour, est à Nice la reine de la saison [de novembre 1857 à avril 1858]. La villa Gastaud, sur la route de France et la villa Mary-Fox, sa voisine, sont aussi de fort élégantes habitations et un but de promenade pour les citadins de Nice. 

En entrant dans la ville par la promenade des Anglais, parallèle à la route de France, nous trouvons la villa Avigdor, la villa Lyons, et une foule de magnifiques hôtels et de charmantes habitations qui font de cette promenade un délicieux panorama. C'est le rendez-vous habituel de la fashion. On a une vue magnifique sur le golfe et une exposition en plein midi. Les Anglais, frileux comme des lézards, mais qui craignent toujours pour leur teint, s'y garantissent du soleil de février au moyen d'ombrelles blanches doublées de vert. On en rencontre même qui portent à cheval le classique parasol.

La promenade des Anglais conduit au jardin public, dessiné en triangle et planté d'arbres de toutes les essences: oliviers, vernis du Japon, magnolias, bruyères arborescentes, altéas, palmiers, rosiers en fleurs, géraniums, etc., qui tous y réussissent à merveille. La musique de la garnison y joue deux fois la semaine ; les autres jours, l'orchestre est composé de virtuoses allemands. La mode anglaise domine dans les toilettes de ville, qui sont plutôt étriquées que tapageuses. Pas la moindre crinoline. La brise de la mer seule enfle par moments les blanches tuniques des filles d'Albion.

Le consulat de France fait face au jardin public. Le rez-de-chaussée de la maison est occupé par la boutique d'un fleuriste, marchand de légumes et de primeurs. Sur une plaque de marbre, servant d'enseigne, on lit : ALPHONSE KARR, JARDINIER. L'ex-romancier part tous les matins de son jardin, qu'on appelle la ferme Saint-Etienne, à un kilomètre du centre de la ville, et vient, monté sur un petit cheval blanc, donner des ordres à sa boutique. Puis il s'en retourne greffer ses rosiers et tailler ses arbres. Au fond du jardin est une ruche bourdonnante d'où s'échappe l'essaim des nouvelles Guêpes [nom de sa revue].

Il y a deux villes dans Nice : la vieille cité et la ville neuve. L'ancien Nice se reconnaît de loin à son aspect misérable et à l'odeur marseillaise qu'il exale. Il rappelle les ghetto de l'ancienne juiverie. Les rues y sont étroites, noires et froides. Le soleil s'y montre peu ; la ville neuve l'accapare. Pour bien voir le vieux Nice, il faut gravir la montée du château. 

Le pavé est en dalles ou en mosaïque de galets blancs, gris et noirs. Les maisons ont de trois à quatre étages, beaucoup sont reliées l'une à l'autre par une arcade. Elles ont en général des balcons de fer ouvragé à la mode de Gênes. Les soupiraux des caves et bon nombre de fenêtres du rez-de-chaussée sont garnis de grilles extrêmement fortes. Cette précaution date du temps, qui n'est pas encore bien éloigné, où les pirates barbaresques opéraient des descentes sur la côte de Gênes et de Nice, pillaient les habitants et enlevaient sur leurs galères le butin et les jeunes filles. 

Plusieurs matrones niçoises se souviennent d'avoir passé les plus belles années de leur jeunesse dans les harems d'Alger, de Tunis et de Tafilet. On voit encore, tout le long de la côte, les forts construits de distance en distance pour protéger les villages, mais qui, le plus souvent, servaient de phare aux pirates.

Un de ces petits forts, qu'on aperçoit à l'horizon du côté de Villefranche, a été depuis transformé en un pigeonnier, au toit pointu : c'est là qu'en 1843, on transporta provisoirement le corps de Paganini, qui venait de mourir à Nice d'une maladie de poitrine. Paganini avait laissé une somme importante pour ses funérailles; mais, sans doute, il n'avait pas désigné dans son testament, d'une manière précise, le lieu de sa sépulture.

 L'évêque de Nice prétendait avoir le droit de rendre au grand artiste les derniers devoirs, attendu qu'il était mort dans le diocèse. L'évêque de Gênes, de son côté, revendiquait ce privilége pour la ville où était né Paganini. On plaida de part et d'autre, et, pendant la durée du procès, le corps resta exposé dans cette morgue isolée... Enfin l'évêque de Gênes l'emporta : les restes mortels de Paganini furent embarqués en grande pompe, et l'illustre défunt put enfin reposer en terre sainte, dans sa ville natale.

Au-dessus du vieux Nice est le cimetière italien. Deux grands squelettes, peints à la détrempe, font sentinelle à la porte. A quoi bon montrer ainsi la mort dans sa laideur matérialiste ? Combien Vichy, Ems, et les villes thermales de tous les pays sont moins réalistes et mieux avisées ! Elles ne souffrent pas qu'un glas funèbre attriste les vivants : les convois mortuaires n'ont lieu que la nuit ou de très-grand matin ; mais elles se gardent bien surtout d'offrir, aux regards de malades réels ou imaginaires, des danses macabres ou des exhibitions d'ostéologie. A Bade, le cimetière est un musée de pierres tumulaires ; à Ems, c'est un jardin qui donnerait presque envie de mourir.

Il y a un second cimetière à l'autre extrémité de Nice, mais qui n'offre aucun monument remarquable. On y lit sur des plaques de marbre plusieurs noms de familles anglaises et françaises. Il est question d'exproprier ce champ des morts pour cause d'utilité publique. Triste raison à donner aux familles étrangères qui, ne pouvant pas toujours emporter avec elles les restes d'un enfant chéri ou d'une jeune fille morte dans sa fleur, avaient cru du moins leur assurer une sépulture inviolable, une concession à perpétuité.

Nice est séparé en deux parties par le Paglione, véritable Mançanarès [sic] italien [rivière qui traverse Madrid], qui promène l'été son maigre filet d'eau sur une grève de sable, et dont le lit, presque toujours à sec, sert aux blanchisseuses à sécher leur linge. Le Paillon (c'est le nom français du torrent) a néanmoins servi de prétexte à un fort beau pont et à des quais magnifiques. Deux belles rues, celle du Pont-Neuf, garnie de riches magasins, et le Corso, promenade assez élégante, complètent, avec la promenade des Anglais et le jardin public, le Nice moderne, qui, du reste, tend chaque année à s'accroître et à s'embellir.

Ce n'est pas que la ville fasse pour cela de grands frais : elle est même peu sympathique aux projets d'embellissements publics; mais la spéculation privée s'est jetée, depuis quelque temps, sur les constructions, et les maisons neuves à quatre ou cinq étages, se comptent déjà par centaines. Parmi les propriétaires, il en est qui ont bien calculé ou qui ont été heureux et qui tirent douze ou quinze pour cent de leur argent. Il en est d'autres qui perdent, mais c'est le petit nombre.

Les maisons de Nice sont invariablement peintes à l'extérieur, comme celles de Bade, avec des ornements en style Louis XV, des fleurs, des enroulements, etc., le tout de couleurs tendres : blanc sur gris, ou blanc sur vert. Toutes ont des persiennes vertes et des terrasses à l'italienne. L'intérieur en est assez confortable ; mais, hélas! les cheminées fument ! Est-ce une vengeance du soleil ? est-ce un vice de construction ? Je l'ignore, mais il est assez étrange que ce soit précisément dans le pays des fumistes que les cheminées sont le plus défectueuses. Les fumistes piémontais de Paris ne seraient-ils que des Parisiens déguisés ?

Pour quiconque n'a pas sa villa, Nice est une grande auberge très-dispendieuse, comme toutes les villes de bains et de villégiature élégante. L'exploitation des étrangers est la principale industrie du pays, et elle se pratique sur une large échelle, au plus grand profit des propriétaires et des hôteliers. Il est à regretter que l'admistration locale n'ait pas établi, pour régler les rapports entre les habitants et les étrangers, des tarifs sérieux, ou, si ces tarifs existent, qu'elle n'en surveille pas mieux l'exécution. 

Les millionnaires eux-mêmes n'aiment pas à être exploités, à plus forte raison les voyageurs, les touristes et ceux que leur santé oblige quelquefois à des sacrifices au delà de leurs ressources. Les faux riches seuls sont prodigues. La véritable opulence est économe, sensée et calcule ses dépenses. Elle dédaigne de marchander ou de se plaindre ; mais le moment vient où, par une sorte de convention tacite, la clientèle émigre vers un séjour plus hospitalier. Que Nice y prenne garde. La mode a ses caprices. Quelques villes voisines, Menton, Monaco, Antibes, Cannes, pourraient bien, sinon la détrôner, du moins lui enlever quelques fleurons de sa couronne.

Les Anglais, qui savent très-bien concilier l'économie avec le confortable, ont déjà provoqué une notable amélioration dans la tenue de leurs appartements garnis. Les boarding-houses de Nice, pensions bourgeoises à l'instar de celles des Champs-Elysées et du quartier Beaujon, offrent une bonne nourriture et un service convenable à des prix qui ne sont pas trop élevés. Mais les Français ne sont pas en faveur dans les hôtels. On ne trouve pas qu'ils y dépensent assez, et volontiers on laisse voir sa préférence pour les Anglais et les Russes, hôtes chéris qui sablent à flots le vin de Champagne et dédaignent, en grands seigneurs, de contrôler une addition.

Autrefois cependant, la vie n'était pas chère à Nice. Aujourd'hui, elle est aussi dispendieuse qu'à Paris. La ville donne pour raison qu'on lui a enlevé son privilége de port franc ; elle crie bien haut contre le gouvernement piémontais, en bénissant tout bas cet heureux impôt qui lui permet de doubler ses revenus. Les appartements, surtout ceux qui sont situés au midi, se louent au prix fort des Champs-Elysées. Il y a quelques années, on pouvait encore vivre à Nice avec 6,000 fr. de revenu ; aujourd'hui c'est impossible, à moins de se faire maître d'hôtel ou de sous-louer en garni. Il ne suffit donc plus d'être poitrinaire pour aller vivre à Nice, il faut encore être millionnaire.

Parlons maintenant des distractions de la ville. Il y a deux théâtres à Nice : un théâtre français et un théâtre italien ; ils sont également médiocres, malgré les efforts des directeurs, moins peut-être par l'insuffisance des artistes que par la difficulté de satisfaire un public blasé. Les Niçois, qui sont moins difficiles, font voir une préférence marquée pour le théâtre italien (Tiranty), non par dilettantisme, mais par patriotisme. Le théâtre français a un assez bon orchestre: on y joue tout le répertoire parisien, depuis les Huguenots jusqu'à la Chambre à deux lits. La pièce qui a eu le plus de succès, l'hiver dernier, est le MISANTHROPE..... et l'Auvergnat.

Desinit in piscem Molier [au lieu de mulier] formosa superné !

[vers tiré de l'Art poétique d'Horace évoquant ce qui commence bien et se termine mal].

Grassot a fait une saison à Nice. Il y est venu pour rétablir sa voix. C'est un rude métier que celui de comique au Palais-Royal. Alcide Tousez est mort à la peine. Sainville avait dû prendre à Pau ses invalides, avant l'âge. Grassot n'est heureusement malade que d'une laryngite, il n'a, dit-il, d'autre ambition que celle de la mère Michel, qui avait perdu son chat... Meyerbeer, lui aussi, passe l'hiver à Nice ! Il habite une jolie maison à la promenade des Anglais, et va chaque jour en bon bourgeois, un parapluie sous le bras, promener ses deux filles, deux charmantes personnes, en qui semble rayonner le génie de leur père. L'auteur de l'Africaine est, dit-on, à la recherche d'une voix qui puisse chanter cette partition surhumaine. La voix existe : elle habite même Nice en hiver, mais elle a renoncé pour jamais au théâtre, à ses triomphes et à ses épreuves. Mlle Sophie Cruvelli, aujourd'hui baronne Vigier, a élu domicile à la villa Avigdor; mais, en grande dame qu'elle est, elle ne chante plus que pour ses heureux invités.

Ce qui distingue Nice des autres villes cosmopolites, c'est qu'il n'y a pas de Casino. Le Casino est un salon omnibus où tout le monde se croit dispensé de la politesse parce qu'il n'y a pas de maître de maison. A Nice, il n'y a que des cercles et des salons. Le cercle de la ville est monté et entretenu par souscription. Il faut être Niçois pour être actionnaire et avoir le droit de présenter quelqu'un. On y donne des concerts et des soirées dansantes.

L'établissement littéraire Visconti est, dans ce genre, un des plus complets. On y trouve les journaux de tous les pays du monde et même ceux de Nice. Une bibliothèque circulante de 12,000 volumes tient les abonnés au courant des nouvelles littéraires; un salon de conversation avec jeux de tric-trac, d'échecs et de whist est à la disposition des souscripteurs. Il y a bien par-ci par-là quelques réunions plus intimes où l'on joue moins bourgeoisement; mais lorsqu'on s'y hasarde, il faut bien prendre garde à certains passagers qui arrivent du Pirée en droite ligne...

Les salons de Nice sont, en général, hospitaliers. La société anglaise, elle-même, s'est départie du système d'exclusivisme qui la rend presque inaccessible dans le pays du Cant [du faux-semblant]. Elle a donné l'hiver dernier des concerts, des bals par souscription ; elle a même organisé des régates.

Il y a peu de salons italiens à Nice. On ne cite guère que celui d'un opulent banquier, M. A..., consul de plusieurs souverainetés allemandes, la villa très-recherchée d'une riche veuve renommée pour sa beauté, Mme P..., et enfin celle, fort connue, du comte de C..., qui réunit les qualités du parfait gentleman à celles d'un éminent musicolâtre. Deux belles Milanaises, la marquise D... et la comtesse C..., ont aussi ouvert cette année, à leurs nombreux compatriotes, leur maison hospitalière. Mais les deux salons quasi royaux qui ont donné le, ton l'hiver dernier à Nice, sont celui de la villa Césoles, où S. A. I. la grande-duchesse Stéphanie de Bade, tante de l'Empereur des Français, réunissait l'élite des blasons et des talents de tous les pays, et celui de la duchesse de Sagan, princesse de Courlande, ex-comtesse de Dino, un véritable salon français, où l'on jouait la comédie en société ou tout au moins des charades en action.

La famille de Rothschild avait aussi, cet hiver, sa villa à Nice, et les pauvres, plus encore que les riches, se sont aperçus de sa présence. Elle assistait au bal par souscription qui avait été organisé pour les Français malheureux, bal des plus brillants et qui a réuni l'élite de la société étrangère : la grande-duchesse et sa petite cour, le duc et la duchesse Hamilton, la duchesse de Sagan, Mme Avigdor, les autorités de la ville et l'état-major de la petite garnison d'Antibes.

J'aurais trop à faire s'il me fallait citer ici les noms de tous les étrangers de distinction qui prennent à Nice leurs quartiers d'hiver ; mais pour donner une idée de la composition de cette colonie cosmopolite, je citerai du moins quelques chiffres de statistique empruntés à la liste officielle des étrangers. Sur 945 familles présentes à Nice le 1er janvier 1858, on en comptait 353 anglaises, 251 françaises, 77 russes, 50 italiennes, 44 allemandes, 25 américaines, et ainsi de suite, toujours en proportion décroissante. 

Parmi les Anglais, on remarquait lady Burgoyne, Mme et Mlle Cathcart, lady Cochrane, lady Hervey, l'amiral Holt, le général Makintosh, lady Montagu, lady Napier, le vicomte de Stopford ; beaucoup de guerriers invalides et de veuves en grand deuil. 

Parmi les Français, le marquis de Saint-Aignan, M. Amaury Duval, la baronne de Bazancourt, le comte Biron Roger de Gontaut, Mme Carmouche (née Jenny Vertpré), Mme Alexandre Dumas de la Pailleterie (sic), le marquis de Latour du Pin, M. E. Legouvé, de l'Académie française ; Mme la comtesse de Rayneval, qui a appris à Nice la mort si regrettable de son mari ; M. Rosseuw Saint-Hilaire, le baron James et le baron Nathaniel de Rothschild, Mme la duchesse de Sagan, M. le baron et Mme la baronne Vigier ; parmi les Russes, le comte Aprascin, la princesse Galitzine, la comtesse de Kissélef, le comte et la comtesse Tolstoy. 

Enfin, parmi les autres étrangers de distinction, Meyerbeer, le prince de Croy, le duc d'Arcos, le marquis Visconti, le peintre Hauser et Rustem-Bey.

Si agréable que soit le séjour de Nice, les étrangers n'en font pas moins de nombreuses excursions aux environs de la ville. On visite, le plus souvent, les ruines du couvent de Saint-Pons, la grotte de Saint-André, Villefranche et le petit port de Saint-Jean, d'où l'on s'embarque pour Monaco, à moins qu'on ne préfère suivre la vieille route, escarpée et pittoresque, celle de la Corniche. Un chemin neuf, taillé dans le marbre de la côte, va bientôt, en attendant le chemin de fer, conduire, en une heure et demie, de Nice dans la petite principauté de Monaco.

Menton, l'ancienne capitale des Florestan, est aujourd'hui une succursale de Nice. Les vrais malades préfèrent même le séjour de cet espalier de marbre où le soleil est encore plus chaud qu'à Nice et où la vie est moins agitée. Du reste, toutes les villes de ce littoral ont aujourd'hui leur colonie d'étrangers, comme tous les petits ports de la côte normande ont leurs bains de mer. 

Cannes surtout essaie de faire concurrence à Nice, et, pour cela, elle a imaginé, pour les malades fantaisistes, un traitement des plus originaux. Vous connaissez les bains froids et les bains chauds, les bains de mer et d'eau douce, les bains de petit lait et même les bains de bourgeons de sapin. Mais les bains de sable ! voilà du nouveau. L'insolation est la spécialité de Cannes et fera peut-être un jour sa fortune. On creuse une fosse dans le sable, en plein soleil, par 40 degrés de chaleur ; on y enterre le malade jusqu'au cou, et on l'en retire mort ou vif après quelques heures d'insolation. Le même procédé doit très-bien réussir pour la cuisson des homards. Eh bien ! tout empirique qu'il semble, ce régime a opéré des guérisons miraculeuses, et l'on vous dira volontiers, dans ce gai séjour de l'humour provençale [sic], que les paralytiques et rhumatisants qui se sont ensablés, n'ont plus besoin de Cannes.

Il est fort heureux, du moins, qu'on ait épargné cette torture à la pauvre Rachel, qui est morte sur ce rivage [le 3 janvier 1858, au Cannet, près de Cannes], livrée aux charlatans qui publiaient des bulletins mensongers sur la prétendue convalescence de la grande tragédienne déjà à l'agonie. Et cependant cette torture physique eût été moins douloureuse que l'autopsie morale pratiquée après sa mort, sur la mémoire de cette grande artiste.

Et maintenant veut-on savoir pourquoi le paradis de Nice a tant d'attrait pour les corps affaiblis et les âmes mélancoliques, pour les phthisiques et les victimes du spleen ; c'est que cet air tiède, ce ciel pur, cette mer calme, ces brises embaumées, sont comme une douce transition entre les douleurs terrestres et la béatitude du ciel. Les malades s'y sentent vivre, les mourants ne s'y sentent pas mourir !".