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mardi 6 décembre 2016

624-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU (NICE) DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XIX° s.-1





- Auteur non identifié, Nice, Vue du Paillon, sans date, vers 1855-1860 (?),
on aperçoit sur la droite, au second plan, la Colline du Château avec les murs d'enceinte du cimetière chrétien
et la chapelle Sainte-Madeleine puis, au troisième plan, le Château du Mont Alban se découpant sur le ciel.
tirage albuminé, Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.



Après un an de recherches sur le Cimetière du Château de la ville de Nice, je commençais à désespérer de ne pas trouver de photographies anciennes des lieux. Je connaissais deux photos panoramiques du premier tiers du XX° siècle mais très peu de photographies antérieures et ces dernières concernaient uniquement le Tombeau et la Pyramide de Gambetta (années 1883-1900).

Les photographes du XIX° siècle n'ont pas développé un intérêt majeur pour la prise de vues du Cimetière du Château, comme pour les autres cimetières niçois d'ailleurs. Leur riche clientèle étrangère et française était attirée par les vues urbaines et les lieux touristiques de la ville, et des vues du cimetière n'étaient pas vraiment "vendeur", du fait qu'une partie des touristes venait à Nice pour se soigner de maladies graves. De plus, les sculptures ne se sont vraiment multipliées sur les tombes du Cimetière du Château qu'à partir des années 1890 et ne sont devenues un sujet photographique que dans les premières années du siècle suivant.

En fait, je ne recherchais pas les documents au bon endroit ni avec les bons mots-clés ("colline du château", "cimetière", "sculpture funéraire", "tombe", tombeau", "sépulture"...). Les nombreux plans existants de la ville, riches en enseignements, auraient dû attirer plus tôt mon attention. Quant aux photographies, ce n'est que lorsque j'ai compris qu'il fallait chercher à "Vallée du Paillon" que j'ai découvert de nombreuses prises de vue.

En effet, dans leur volonté de faire des vues panoramiques de la ville de Nice, les photographes ont recherché, dès les années 1860, les lieux élevés et ils ont apprécié notamment la plate-forme du Château de la colline éponyme et la terrasse de l'Hôtel des Anglais (1861), capturant ainsi des vues de la ville des deux côtés de la rivière du Paillon, respectivement du sud-est vers le nord-ouest et du sud-ouest vers le nord-est, avec le Cimetière du Château au tout premier plan ou au contraire dans un plan lointain. 

Ces photographies, croisées avec les plans existants, m'ont enfin donné une idée du Cimetière du Château dans la seconde moitié du XIX° siècle, avec le détail des abords, l'aspect de la chapelle Sainte-Madeleine, les divisions entre les différents cimetières juif, catholique et protestant et la forêt des sépultures de marbre blanc qui recouvre petit à petit le sommet de la colline.

L'image ci-dessous est un agrandissement de la partie droite de la photographie placée en tête de l'article. C'est peut-être la photographie (prise depuis l'ouest) la plus ancienne conservée du Cimetière du Château. Elle montre, à gauche, la présence de grands cyprès plantés à l'extrémité nord du cimetière ainsi que de chaque côté du portail d'entrée. Elle montre, plus à droite, le sommet de la Grande Croix de bénédiction du cimetière puis la façade de l'église Sainte-Madeleine, avec son portail sombre surmonté peut-être de deux niches à statue latérales puis d'une petite baie jumelée et de la toiture de sa nef unique (terminée par une abside hémicirculaire) dominée par un clocheton.



- Auteur non identifié, Nice, Vue du Paillon, détail, sans date, vers 1855-1860 (?),
on aperçoit sur la droite, au second plan, la Colline du Château avec les murs d'enceinte du cimetière chrétien 
et la chapelle Sainte-Madeleine puis au troisième plan le Château du Mont Alban se découpant sur le ciel.
tirage albuminé, Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.



Rappelons brièvement que le Cimetière du Château a été créé en 1783 (ouverture en juillet) au nord de la colline, à l'emplacement vallonné du glacis de l'ancienne citadelle. Il a été divisé lors sa création, en deux parties séparées, le cimetière juif, côté sud, et le cimetière chrétien, côté nord, avec la chapelle Sainte-Madeleine et son entrée sur la rue. 

Un plan, daté du 31 décembre 1831 et signé Scoffié, montre cependant que, dès le début du XIX° siècle, il n'existe pas deux mais trois cimetières séparés : deux enclos chrétiens, au nord et au centre, séparés par l'espace situé à l'est de la chapelle, et un enclos juif au sud (Cimitero degli ebrei).



- Piano regolatore della Città di Nizza Marittima, détail des cimetières au nord de la Colline du Château,1831,
plan daté du 31 décembre 1831 et signé Scoffié (Jean-Antoine Scoffier),
Nice, Archives municipales.



Le cimetière protestant n'a pour sa part été créé qu'au milieu du XIX° siècle (demande du 5 février 1845) et est, de nos jours, situé sur le versant est de la colline, en contrebas du cimetière catholique. 

Sur les anciens plans de la ville, le cimetière protestant n'occupe pas, cependant, son emplacement actuel. En effet, tous les plans existants du troisième quart du XIX° siècle (1852/1856, 1865, 1870, 1876) attestent la présence du cimetière protestant dans l'enclos nord.



- Plan de la ville de Nice, détail des cimetières au nord de la Colline du Château, 1856,
plan de 1852 révisé en 1856, dressé par Ch. Montalivo, gravé par Ch. Dyonnet, édité à Nice par B.Visconti,
Paris, BnF, cf. le plan sur Gallica.


Il semble probable, qu'avant 1845, l'enclos nord et l'espace au dos de la chapelle (Plateau d'entrée actuel) étaient peu occupés par les tombes, ces dernières étant surtout regroupées dans l'enclos central aux abords méridionaux de la chapelle Sainte-Madeleine.

Il semble logique que ce soit la partie la plus septentrionale du cimetière qui ait été affectée aux sépultures protestantes vers 1845, pour une séparation nette avec le cimetière catholique et son église.



- Plan indicateur de la ville de Nice, détails des cimetières au nord de la Colline du Château, 1865,
plan édité par Ch. Jougla, Paris, BnF, cf. le plan sur Gallica.



Devant le développement de la population niçoise et l'augmentation du nombre de sépultures, le Cimetière du Château a cependant été agrandi par la suite vers l'est, et cette nouvelle partie, aménagée en 1877, a été affectée au culte protestant, comme on peut le voir sur le plan ci-dessous daté du 1er janvier 1878. 



- Plan de la ville de Nice, détail des cimetières au nord de la Colline du Château, 1878,
ce plan, dressé le 1er janvier 1878, montre le Cimetière protestant déplacé à l'est, en contrebas du cimetière catholique,
Nice, Bibliothèque du Chevalier de Cessole.


Il est probable que les tombes protestantes existant dans la partie nord ont alors été déplacées à l'est, et que les tombes catholiques ont petit à petit occupé tout l'ensemble du Plateau d'entrée, ce que semble confirmer la disparition des murs de séparation intérieurs sur les plans de 1878 et des années suivantes.

Sur les différents plans de la ville, le tracé des cimetières reste cependant assez sommaire avec parfois un pourtour fantaisiste (comparer le plan ci-dessous avec le plan ci-dessus), un positionnement approximatif de la chapelle Sainte-Madeleine et la représentation ou non du dépositoire accolé au mur sud de la chapelle et des murs de séparation intérieure du cimetière chrétien. 



- Plan de la ville de Nice, détail des cimetières au nord de la Colline du Château, 1882,
plan dressé par François Aune (architecte), édité à Nice par B.Visconti,
Paris, BnF, cf. le plan sur Gallica.



Ainsi la présence, sur les plans postérieurs à 1879 (voir le plan ci-dessus de 1882) d'un petit bâtiment d'entrée à l'extrémité sud du Cimetière juif, pourrait indiquer son édification récente ; il n'apparaît, de plus, sur aucun des plans antérieurs. Son existence plus ancienne est cependant attestée par des photographies bien datées (voir ci-dessous la photographie d'un recueil édité en 1876 ), ce qui me rappelle qu'il faut croiser au minimum deux sources documentaires différentes avant de pouvoir faire une affirmation.




















- WALBURG DE BRAY Jean (1839-1880 ?), Vue Panoramique de Nice [vue générale], ensemble et détail, 1876,
vue sur le Paillon et la ville, prise depuis la terrasse de l'Hôtel des Anglais (Promenade des Anglais),
image extraite du recueil intitulé, Souvenir de Voyage, Cannes, Nice, Menton, édité en 1876
tirage albuminé, Paris, BnF, cf. l'ouvrage sur Gallica.
Une photographie semblable intitulée, Nice , Panorama des Quais, a été faite par Eugène Degand
 du même point de vue et éditée dans les années 1870-1876.



Si l'on compare la vue du cimetière de 1876 (ci-dessus) avec celle plus ancienne (deuxième photo, non datée, de l'article), on constate à quel point, en moins de vingt ans, la végétation du cimetière s'est éclaircie du fait de la multiplication des tombes de marbre blanc. A gauche de la photo de 1876, on remarque que la plupart des cyprès a disparu, que le portail, repérable à la pointe des deux cyprès qui l'accostent, n'est plus visible du fait d'un bâtiment extérieur qui lui fait face, et que la chapelle est désormais précédée au sud d'un bâtiment extérieur. A droite, une grande chapelle blanche domine le cimetière catholique à son extrémité sud, au sommet du Plateau supérieur (actuel Plateau Gambetta), et le bâtiment d'entrée est bien visible tout au bout du cimetière juif.